Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'Homme que je ne serai jamais — Chapitre 3 · Objets de consolation
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'Homme que je ne serai jamais
Chapitre 3 · Objets de consolation
Le stage à Paris fut une délivrance. Loin des couloirs du Crous, des murmures, des regards en coin.
En pleine période de législatives, le cabinet politique m'absorbait toute la journée : rapports, communiqués, dossiers à synthétiser.
Le soir, je traînais dans les jardins du Luxembourg, observant les couples sans jamais croiser leurs yeux. Parfois, je les imaginais baiser, me glisser à leur fenêtre et regarder. J'ai même commencé à suivre un couple, une fois. La vingtaine, un grand noir musclé et une petite blanche pulpeuse, canon. Je m'étais arrêté après plusieurs centaines de mètres, dans une prise de conscience du ridicule de la situation. Quel genre de personnes accepterait de se faire mater par un type dans mon genre ? À la place, je tombais dans un incontrôlable tourbillon de misère sexuelle.
Avec mon premier salaire, j'ai acheté une poupée gonflable haut de gamme, livrée dans un carton anonyme. Pas une vulgaire imitation, non. Le modèle premium, avec orifice chauffant, textures réalistes, même une voix synthétique qui gémissait quand on pressait un bouton.
Ma copine fictive mourut discrètement durant l'été. Une rupture par texto, avais-je dit dans mon groupe WhatsApp de l'école.
Trop de distance, trop de différences. Personne ne posa de questions. À la place, chaque nuit, je regardais l'appartement loué pour l'été, je déballais ma compagne en plastique, la gonflais minutieusement, la lubrifiais avec soin.
Pour la première fois, je contrôlais la durée, le rythme, les positions. Elle ne ricanait pas, ne comparait pas, ne chuchotait pas dans mon dos.
Je pouvais lui enfoncer toute ma bite — même si elle ne fait que neuf centimètres — sans peur du jugement.
La voix synthétique gémissait quand j'appuyais sur le bouton, un son métallique qui finit par me donner la nausée.
Un soir, ivre de frustration, je l'éteignis d'un coup de coude rageur. Le silence fut pire. Je restais planté devant cette silhouette en PVC, ces seins trop fermes, ce sourire figé. Dans la pénombre de mon studio parisien, elle ressemblait à un cadavre gonflable.
Je l'ai déchirée d'un coup de cutter, vidée de son air en quinze secondes. Les morceaux ont atterri dans une benne à deux heures du matin, avec la même honte que mon jean plein de pisses.
Le lendemain, j'ai acheté un sex-toy pour hommes, une sorte de tube en silicone censé imiter une fellation. La vendeuse du sex-shop m'a regardé avec un sourire poli.
— C'est pour offrir ?
J'ai hoché la tête comme un idiot. Le soir, j'ai lu le mode d'emploi trois fois avant de m'en servir, comme si ça changeait quoi que ce soit. C'était mou, trop serré, pas du tout comme dans les vidéos.
Je suis allé sur un forum spécialisé, tapant « comment simuler une vraie bouche ». Les réponses parlaient de lubrifiant chauffant, de rythme lent, de préliminaires imaginaires.
J'ai tout essayé. Puis j'ai pleuré en nettoyant le jouet sous le robinet, l'eau trop chaude brûlant mes doigts.
La semaine suivante, j'ai commandé une culotte en satin sur internet, taille S. Je l'ai mise en secret devant mon miroir, mon petit sexe dur comme une brique, déformant le tissu. Je ne savais pas pourquoi, mais cela m'excitait terriblement.
J'ai fini par jouir sur la dentelle, la honte m'empêchant même de laver le tissu tout de suite. Le dessous sale est resté dans ma poubelle pendant deux jours avant que je n'ose le jeter, caché sous des épluchures.
Sur Tumblr, j'ai trouvé des blogs entiers dédiés aux « pussyfree men » — ces types qui n'avaient pas touché une chatte depuis des années, parfois jamais.
Je me suis abonné sous un faux nom, likant chaque post où des femmes moqueuses comparaient des bites ridicules à d'énormes sexes, leurs seins et leur chatte censurés.
La descente s'est accélérée avec les captions. Ces textes humiliants, superposés aux images de filles qui riaient.
L'une d'elles montrait une femme assise sur son vélo, sous-titrée : « Cette selle a touché plus de chatte que tu n'en auras jamais. » Je pensais à Lou, qui avait l'habitude d'arpenter Rennes à bicyclette.
J'ai passé des heures à photoshopper Alix en train de lever les yeux au ciel avec une bulle : « Quatre centimètres ? T'es sérieux ? »
Certaines nuits, je me masturbais devant en imaginant son rire aigu, ses doigts pinçant ma peau comme si elle cherchait quelque chose qui n'existait pas.
Un soir, j'ai téléchargé des photos de Maëva depuis Facebook ; j'ai détouré son visage et l'ai collé sur le corps d'une actrice, les jambes écartées. Une barre noire sur les tétons indiquait « loser », une autre cachait son vagin sous la mention « jamais ».
J'ai sauvegardé le dossier sur mon disque dur. Je l'ai ouvert tous les soirs avant de dormir.
Nuit après nuit, le stagiaire modèle que j'étais se transformait en détraqué sévère.
Après mes deux mois de stage, une trentaine de filles que je connaissais de près ou de loin avaient rejoint ma collection.
Je mélangeais leurs visages à des corps anonymes, avec des légendes comme « une année de plus à rester puceau », « virgin forever », « tu ne sentiras jamais la chaleur d'une chatte ».
Ou alors, je prenais des captures de leurs stories Instagram et je les détournais en : « Encore une soirée où ta bite n'est pas la bienvenue. » Je laissais courir mon imagination, mes frustrations.
Parfois, je n'avais même pas besoin de montage. Lou avait des vacances rayonnantes, postait des stories à la chaîne, en bikini échancré.
Un soir, je n'ai pas pu m'empêcher de lâcher un like sur l'une de ses photos. Le lendemain, elle postait une story avec un mec musclé qui lui embrassait le cou, sous-titrée : « Enfin un vrai homme. »
Maëva et Étienne profitaient du soleil de la Côte d'Azur. Je suivais les vacances de mon ancienne bande de potes par procuration, par photos interposées.
Beaucoup des gars s'étaient musclés, de nouveaux visages avaient fait leur apparition. Moi, je restais désespérément seul.
Mon stage terminé, mes parents furent ravis de me voir revenir pour les vacances.
— Notre petit génie !
Ils ne voyaient pas que je mangeais seul dans ma chambre devant des vidéos de cuckold. Pour eux, j'étais l'étudiant modèle, celui qui avait eu son stage en politique à Paris.
J'avais beau avoir validé ma première année avec brio, j'étais toujours leur petit garçon. Ma mère préparait mes plats préférés sans se douter que je les engloutissais devant des vidéos où des femmes se moquaient de bites comme la mienne.
Mon père me posait des questions sur ma carrière, ignorant que mon ordinateur était bourré de montages humiliants avec les filles de ma promo.
— Et tes amis du lycée ? Tu les vois encore ?
Ma mère posa la question entre deux fourchettes de gratin. J'ai fait rouler des petits pois dans mon assiette.
— Pas trop le temps.
Elle échangea un regard avec mon père.
— Maëva et Étienne ont posté des photos à Marseille. Tu ne les as pas vus ?
J'ai haussé les épaules.
— On n'est plus trop en contact.
Mon père marmonna quelque chose sur « les vrais amis » et « les liens qui se perdent ». Je me suis demandé ce qu'il dirait s'il savait ce que je faisais des photos de vacances de Maëva.
Après cet été désespérant, la rentrée a commencé par un miracle.
Avec mes notes, j'ai convaincu mes parents de me laisser quitter le Crous.
— Tu deviens responsable, soupira ma mère en signant le chèque de caution.
— Un meilleur cadre pour travailler, avec deux étudiantes sérieuses, renchérit mon père, séduit par une annonce postée sur un groupe d'entraide « bon chic bon genre ».
— Un meilleur cadre pour travailler, avec deux étudiantes sérieuses, renchérit mon père, séduit par une annonce postée sur un groupe d'entraide « bon chic bon genre ».
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