La transformation magique de Mathieu en Aurore : chronique d'une féminisation totale
Le bar était plein et Mathieu vida sa bière d'un trait et posa la bouteille sur le comptoir avec un bruit qui fit se retourner deux clients.
Il était furieux. Pas la colère froide et silencieuse des gens raisonnables mais la colère chaude et stupide des hommes qui n'avaient pas dormi depuis trente-six heures et qui venaient de recevoir un message de rupture par texto. Sa copine l'avait quitté ce matin. Son employeur l'avait renvoyé la semaine précédente. Son propriétaire lui avait envoyé une mise en demeure le mardi d'avant. Tout s'effondrait autour de lui dans un ordre chronologique presque comique et Mathieu n'avait rien trouvé de mieux à faire que de s'asseoir dans ce bar miteux du dix-neuvième et de boire jusqu'à ce que le monde devienne flou.
Le monde n'était pas encore assez flou.
— Vous avez besoin d'autre chose, monsieur ?
La serveuse avait réapparu devant lui, une petite brune aux yeux marron, mignonne, le genre de fille qui souriait beaucoup trop pour espérer voir de bons pourboires. Elle reprit la bouteille vide et attendit, un sourire purement professionnel aux lèvres.
— Faites-moi un massage... avec finitions, répondit Mathieu en la regardant de la tête aux pieds. Si vous voyez ce que je veux dire.
Le sourire se figea.
— Je... pardon ?
— Vous comprenez très bien, dit-il en se penchant sur le comptoir. Sympa comme endroit. Sympa comme serveuse. Ça serait encore mieux si la serveuse finissait son service en ma compagnie. Hmm ?
Il posa la main sur son avant-bras. La fille recula d'un pas, trop professionnelle pour reculer davantage. Elle chercha des yeux son collègue derrière le bar, qui avait le dos tourné.
Mathieu n'avait pas remarqué le léger mouvement au fond de la salle. Une silhouette s'était redressée à une table dans le coin, posant lentement son verre.
Il ne la vit que lorsqu'elle fut à côté de lui.
— Hé toi.
Une main lui tapota l'épaule. Mathieu pivota, irrité, et se retrouva face à une jeune femme qui le regardait avec des yeux d'un vert si profond qu'ils semblaient presque lumineux dans la pénombre du bar. Des cheveux noirs longs jusqu'à la taille. Des lèvres rouges carmin peintes avec une précision singulière. Une veste un peu punk, sur une chemise blanche dont les deux premiers boutons étaient ouverts et en dessous, une poitrine généreuse qui tendait le tissu. Elle avait quelque chose d'étrange dans son regard. Pas exactement menaçant. Plutôt amusé, comme quelqu'un qui regarde un insecte avant de décider ce qu'il va en faire, s'il va l'écraser ou le laisser voler.
Mathieu oublia complètement la serveuse.
— T'es magnifique, dit-il en posant la main sur son épaule avec la même aisance qu'il venait d'afficher trente secondes plus tôt. T'aurais pas envie qu'on aille prendre l'air ?
La fille aux yeux verts lui fit un clin d'œil lent.
— J'allais justement te le proposer, dit-elle. J'ai laissé des affaires dans la ruelle dehors. Accompagne-moi deux minutes.
Elle lui offrit son bras.
Mathieu, incrédule et beaucoup trop ivre pour analyser la situation, quitta son tabouret avec le sentiment d'être le type le plus chanceux du monde. Derrière lui, la serveuse souffla lentement et posa la main sur sa poitrine.
Dans la ruelle derrière le bar, entre deux poubelles et un carton abandonné, la fille aux yeux verts se retourna et le plaqua contre le mur avec une force qui ne correspondait absolument pas à sa carrure. Mathieu sentit le béton dans son dos et un frisson mi-surpris mi-excité.
— T'as un sacré punch, dit-il avec un sourire.
— Tu n'en as aucune idée, répondit-elle.
Ses yeux brillèrent.
Pas métaphoriquement. Ils brillèrent vraiment, d'un éclat vert qui s'intensifia jusqu'à projeter ses propres ombres sur les murs aux alentours. Et Mathieu sentit quelque chose se refermer autour de lui, invisible, un filet sans substance qui l'immobilisa aussi complètement qu'une cage de verre. Il essaya de lever la main. Impossible. Il essaya de parler. Sa bouche s'ouvrit sans produire le moindre bruit.
— Certains m'appellent une garce, dit-elle en croisant les bras et en le regardant avec une satisfaction tranquille. Ils n'ont pas tout à fait tort. Je suis une garce. Je suis aussi une sorcière. Et tu viens de faire une erreur particulièrement stupide devant une garce-sorcière qui s'ennuyait ce soir. Alors amusons-nous un peu.
Elle sourit.
Mathieu sentit son corps commencer à changer.
Ce fut d'abord ses jambes, une contraction, une redistribution des graisses, ses muscles qui se restructuraient et ses os qui craquaient. Ses jambes s'allongèrent d'un centimètre ou deux tout en s'affinant radicalement, perdant leur masse musculaire pour quelque chose de plus élancé, de plus délicat, une silhouette qui n'avait jamais appartenu à Mathieu. La peau devint instantanément lisse, sans poils des chevilles aux cuisses comme s'ils n'avaient jamais été là, et la sensation d'air sur cette peau nouvelle était indescriptible, presque indécente dans sa sensibilité.
Puis les hanches.
Ses hanches craquèrent et s'élargirent avec une douleur nette et brève comme une articulation qu'on replace, et sa taille se creusa simultanément, ses organes internes qui se réorganisaient pour créer cette courbe que Mathieu avait admirée toute sa vie sur des corps qui n'étaient pas les siens. Il glissa le long du mur de quelques centimètres tandis que sa hauteur se rééquilibrait. Et derrière, ses fesses gonflèrent et s'arrondirent en quelque chose de dense et de rebondi, comme si des années de sport avaient été compressées en dix secondes et appliquées exactement au bon endroit.
Il voulut crier. Il ne pouvait pas.
Son torse s'aplatit puis se creusa, ses épaules se réduisirent, ses bras s'allongèrent et s'affinèrent jusqu'à devenir fins et doux. La peau de ses avant-bras était maintenant sans défaut, sans un seul poil, et il sentait l'air frais dessus comme il ne l'avait jamais senti auparavant.
Puis une pression. Venant de l'intérieur.
Ses tétons s'éveillèrent d'abord, une chaleur éphémère, deux points précis qui devinrent en quelques secondes hypersensibles, et il sentit le tissu de sa chemise contre eux. Sous cette sensibilité, quelque chose poussa. Lentement, puis de moins en moins lentement, deux masses rondes et fermes qui soulevèrent le tissu de sa chemise et continuèrent jusqu'à ce qu'elles atteignent la taille de grosses pommes pleines, hautes et fermes, traversées d'une sensibilité qui descendait directement jusqu'à son entrejambe.
La gorge. Le larynx se dissolvait et se reformait. Sa respiration changea de timbre.
Son visage. Sa mâchoire qui se fondait, ses pommettes qui montaient, ses joues qui s'arrondissaient vers quelque chose de doux, de jeune, de féminin. Et ses lèvres, il les sentit enfler, se gonfler en deux coussins charnus qui se touchèrent avec une sensibilité immédiate, et la pression de ses propres lèvres l'une contre l'autre envoya quelque chose dans son bas-ventre qu'il n'attendait pas.
Ses cheveux descendirent dans son dos blonds, ondulés, longs, encadrant un visage qui n'était plus du tout le sien.
La sorcière l'observa avec l'expression d'une artiste qui évalue son travail.
— Bonnet C, dit-elle. Respectable.
Elle marqua une pause. Son sourire s'élargit.
— Mais les filles respectables ne finissent pas dans des ruelles. Les salopes, si. Et les salopes n'ont pas de seins. Elles ont des nichons.
Mathieu comprit une seconde trop tard ce qui allait se passer.
Il sentit quelque chose se déverser dans sa poitrine, une masse qui s'installa sous chaque sein et les poussa vers l'extérieur avec une régularité mécanique, abandonnant leur galbe naturel pour une rotondité parfaite et excessive, arrondie à un degré qu'aucune glande mammaire n'aurait produit, trop haute, trop ronde, trop ferme. La peau se tendit. Ses nouveaux seins continuèrent de gonfler, passant du bonnet C au D, puis au E, et ne s'arrêtèrent que lorsqu'ils eurent atteint une taille qui rendait tout vêtement ordinaire obscène. La chemise de Mathieu était maintenant écartée et tendue au maximum, les boutons tendus et prêts à craquer.
Ils étaient plus gros que ceux de la sorcière.
Et ils étaient durs, immobiles et parfaitement sphériques. Artificiels.
— Magnifique, dit la sorcière en les effleurant du bout des doigts.
Le contact, même indirect à travers le tissu, envoya une décharge dans tout son corps. Ses genoux fléchirent. S'il avait pu crier, il l'aurait fait.
— Maintenant ces lèvres. Parce que t'as l'air du genre à vouloir te mettre à genoux pour obtenir ce que tu veux.
Ses lèvres, déjà transformées, déjà sensibles gonflèrent encore. Elles prirent une épaisseur qui les rendit visibles même sans miroir, deux coussins charnus et brillants qui se séparaient légèrement au repos, et le simple contact de l'air sur cette nouvelle sensibilité fit frissonner Mathieu de la nuque jusqu'aux orteils. Il pensa malgré lui, la pensée arriva sans permission, étrangère et immédiate, à ce que ça ferait de refermer ces lèvres-là autour de quelque chose de long, de rond, de chaud... Quelque chose de phallique.
Non.
Il ne voulait pas ça.
Il ne...
— J'adore les voir résister, dit la sorcière en levant la main vers son front.
Et elle plongea dans l'esprit de Mathieu.
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