Lila et Alex
Chapitre 1
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✦ Monsieur Sylvestre Lila et Alex XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Lila et Alex — Chapitre 1

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Monsieur Sylvestre
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Lila et Alex

Chapitre 1

Les sons des talons aiguilles cliquetant sur le parquet et de la chaîne hifi était la seule bande sonore de la pièce, un tic-tac métallique et sensuel qui accompagnait les secondes d'une attente de plus en plus insoutenable dans une ambiance de club de strip-tease. Assis dans le grand fauteuil en cuir du salon, Alex observait. Il ne disait rien, se contentant de la regarder faire son numéro. Et quel show.
Elle était debout au milieu de la pièce, la silhouette découpée par la lumière tamisée de la lampe d'appoint. Lila, ou du moins, le nom qu'il lui avait donné. Elle portait ce soir-là l'ensemble qui le faisait fondre à chaque fois : un bustier de dentelle noire si fin qu'il dessinait plus qu'il ne cachait la courbe parfaite de ses seins, un porte-jarretelles assorti dont les lanières mordaient délicatement la peau de ses cuisses, et un string minuscule qui ne laissait rien à l'imagination. Le tout surmonté de bas résille qui montaient jusqu'à mi-cuisse, et bien sûr, les talons. Des escarpins aux fines aiguilles métalliques qui lui donnaient une démarche de panthère et un air de provocatrice assumée.
Elle commença par tourner lentement sur elle-même, lui donnant le temps d'admirer chaque centimètre de son corps. Son regard ne le quittait jamais, un regard lourd de promesses, où brûlait une flamme qu'il n'avait jamais vue ailleurs. C'était un regard de prédatrice qui savait que sa proie était déjà captivée.
— Tu aimes ce que tu vois, Alex ?
Sa voix était un murmure de velours, un filet chaud qui caressait ses oreilles. Il hocha la tête, incapable de parler. Sa gorge était sèche. Il sentait déjà une chaleur monter en lui, une tension qui commençait à se faire sentir au bas de son ventre. Elle sourit, un prêt déployé de lèvres charnues.
— Montre-le moi.
Il ne bougea pas. Il aimait ce petit jeu de pouvoir. Il aimait la voir prendre les devants, la voir mettre tout son talent en œuvre pour le faire craquer.
Elle comprit. Sa main se pose sur son ventre, glissant lentement vers le bas, au-dessus du tissu de son string. Ses doigts dessinèrent des cercles languides sur la fine étoffe, une caresse destinée autant à elle qu'à lui. Ses yeux se plissèrent, un frisson la parcourant. Puis, sa main remonta, vers le bustier. Elle joua avec l'œillet central, le tirant, le relâchant, sans jamais le défaire complètement. Un jeu de taquinerie exaspérant et divin.
— Tu sais ce que je veux, Alex. Je veux ta bouche sur moi. Partout.
Elle fit quelques pas vers lui, s'arrêtant à quelques centimètres du fauteuil. Elle était si proche qu'il pouvait sentir son parfum, un mélange de fleur blanche et de peau propre, une odeur qui lui était désormais familière et qui le faisait instantanément bander. Il se pencha en avant, ses lèvres cherchant la peau lisse de son ventre. Elle le laissa faire, soupirant quand il commença à baiser la zone juste au-dessus de son string. Sa main se pose sur sa tête, ses doigts s'enfonçant dans ses cheveux, le guidant, le pressant contre elle.
Elle lui mumure tout bas à l'oreille.
— Plus bas…
Il obéit, ses lèvres et sa langue explorant le tissu fin de sa culotte, sentant la chaleur qui s'en dégageait. Elle gémit doucement, son corps s'arqua légèrement. Son autre main vint caresser un de ses propres seins, pinçant son téton à travers la dentelle du bustier. Le spectacle était surréaliste. Cette femme, déesse du sexe et de la provocation, en train de se donner du plaisir sous ses yeux, tout en le guidant vers le sien.
Il ne peut plus résister. Ses mains trouvèrent les attaches de son string et, d'un geste vif, il le fit glisser jusqu'à ses chevilles. Elle s'acquitta du reste, le faisant tomber au sol, avant d'écarter les jambes pour lui offrir une vue imprenable. Il se jette sur elle, sa langue trouve immédiatement son clitoris. Elle cria de surprise et de plaisir, ses hanches se soulevant pour accueillir sa bouche. Il la mangea avec une ferveur nouvelle, la goûtant, la buvant, s'immergeant dans son intimité. Ses mains s'accrochaient à ses fesses, l'obligeant à rester ouverte pour lui. Elle était délicieuse, chaude, humide, et elle réagissait à chacune de ses caresses avec des gémissements de plus en plus forts.
— Alex, oui… comme ça… ne t'arrête pas…
Il n'avait aucune intention de s'arrêter. Il la sentait se tendre, ses jambes tremblent autour de sa tête. Il accélérera le rythme de sa langue, la pressant plus fort contre elle. Il introduisit un doigt, puis deux, la pénétrant tout en continuant de la lécher. Le double assaut la fit exploser. Son orgasme la contracte comme un tremblement de terre, un long cri rauque s'échappant de sa gorge. Elle se tordit sous sa bouche, ses cuisses serrant sa tête dans un étau de plaisir.
Quand elle se détendit enfin, il se redressa, le visage luisant de son jus. Elle le regardait, les yeux brillants de larmes de plaisir, un sourire de satisfaction sur les lèvres.
— C'est ton tour maintenant.
Qu'elle lui dit d'une voix pleine de promesses.
Elle se mit à genoux devant lui, ses doigts agiles défaisant sa ceinture puis le bouton de son pantalon. Elle le libère de son étreinte de tissu, sa verge déjà dure et palpitante. Elle la regarda un instant, un petit sourire admiratif aux lèvres, avant de la prendre dans sa main. Le contact fut une décharge électrique. Elle commença à le masturber lentement, sa peau douce glissant sur sa tige. Puis, elle se pencha et prit son gland dans sa bouche.
Alex jeta sa tête en arrière, un grognement de pur plaisir s'échappant de sa poitrine. Sa bouche était chaude et humide, sa langue experte. Elle le suçait avec une application et une ferveur qui le bluffaient à chaque fois. Elle n'allait pas simplement au but. Elle explorait, léchant la veine sur le dessous, suçant ses testicules, prenant toute sa longueur dans sa gorge jusqu'à s'étrangler légèrement, un son qu'elle semblait aimer produire. Elle le regardait faire, ses yeux noirs de désir fixés sur les siens, savourant son pouvoir sur lui, savourant la perte de contrôle qu'elle lui infligeait.
Elle sentit qu'il était proche du point de non-retour et s'arrêta net. Il la regardait, haletant, frustré. Elle sourit, triomphante.
— Pas encore, mon amour. Je te veux à l'intérieur de moi.
Elle se relève, l'attire par la main et le mena vers la chambre à coucher. Elle se jeta sur le lit, sur le dos, les jambes déjà écartées. C'était une invitation sans équivoque. Il se jeta sur elle, sans plus attendre. Il la pénétration d'un seul coup de rein, puissant et profond. Elle cria, un cri de douleur et de plaisir mêlés. Il reste un instant immobile, savourant la sensation de la chaleur de sa chatte qui l'enveloppait, le serrait. C'était un sentiment de rentrer à la maison, de retourner à l'endroit où il était censé être.
Il commença à bouger, lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Le rythme est devenu sauvage, primal. Le bruit de leurs corps qui s'entrechoquaient emplissait la pièce. Il la baisait comme il le sentait, avec une brutalité dont elle semblait être adoratrice. Elle lui répondait coup pour coup, ses hanches se levant pour rencontrer les siennes, ses ongles griffant son dos. Les mots manquaient, remplacés par des grognements, des gémissements, des insultes chuchotées.
— Salope…
— Oui, je suis ta salope… baise-moi plus fort…
Il la prend par les chevilles, les levant et les écartant encore plus, s'enfonçant en elle avec une nouvelle profondeur qui leur fit pousser un cri à tous les deux. La position l'obligeait à s'ouvrir totalement, à lui offrir son intimité sans la moindre retenue. Il la dominait, son corps penché sur le sien, son regard rivé sur son visage tordu par le plaisir. Il la voyait sous lui, cette créature parfaite, soumise et dominatrice à la fois, et une fureur primitive s'empara de lui.
Il accéléra encore, ses reins s'animant d'une frénésie presque mécanique. Chaque coup était une affirmation de possession, une marque qu'il laissait sur elle, dans elle. Le lit grinçait, martelant le rythme de leur accouplement sauvage. La sueur perlait sur son front, tombant en gouttes sur la peau de son ventre. Elle la recevait comme une bénédiction, sa langue sortant pour la goûter.
— Oui… Alex… marque-moi… remplis-moi…
Elle haletait entre deux coups de rein. Ses mots étaient de l'huile sur le feu. Il sentait la pression monter, irrésistible, au fond de ses reins. Il était sur le point d'exploser. Mais il voulait la voir jouir encore. Il voulait la sentir se défaire sous lui une dernière fois. Il libère une de ses chevilles et glisse sa main entre leurs corps, son pouce trouvant son clitoris, déjà dur et gonflé. Il le frotta d'un mouvement rapide et circulaire en continu.
L'effet fut immédiat. Son corps se crispa, ses yeux se roulèrent dans leurs orbites.
— Oh mon dieu… oui… là… ALEX !
Son nom fut un cri déchiré, une prière proférée au cœur de l'orgasme. Elle était prise d'un orgasme d'une violence qui la serra de la tête aux pieds, une série de spasmes puissants qui contractèrent sa chatte autour de sa verge dans une étreinte finale, désespérée. C'était trop pour lui. La vague le submergea, important le peu de contrôle qui lui restait. Il grogna son propre plaisir, un son animal, et il se vida en elle, des jets chauds et profonds qui la remplissent, la marquant de son essence.
Il s'effondra sur elle, épuisé, le cœur martelant sa poitrine comme un oiseau en cage. Il reste ainsi, le visage enfoui dans le creux de son cou, respirant son parfum, entraînant de reprendre son souffle. Elle l'enlaça de ses jambes et de ses bras, le maintenant contre elle, comme si elle avait peur qu'il s'échappe. Ils restèrent collés l'un à l'autre, un seul et même corps tremblant, baignant dans la lumière blafarde de la lune qui filtrait à travers la fenêtre.
Après un moment qui parut une éternité, il se roule sur le côté, se retire d'elle avec un soupir de satisfaction. Elle se tourne vers lui, un sourire las plus radieux sur les lèvres. Elle passa une main sur sa joue, son pouce caressant sa barbe de quelques heures.
— Tu es un animal, tu sais ça ?
— Tu n'aimes que ça.
Elle rit doucement.
— C'est vrai.
Elle se rapprocha, son corps s'ajustant parfaitement contre le sien. Sa tête trouvée sa place sur son épaule, et sa main se pose sur son torse, caressant la peau d'un mouvement lent et régulier. C'était leur rituel. Après la fureur, la tendresse. Un retour à la normale, à une intimité plus douce, plus profonde.
Il ferma les yeux, savourant le poids de sa tête sur son épaule, la chaleur de sa main sur sa poitrine, le parfum de ses cheveux. C'était dans ces moments-là qu'il l'aimait le plus. Non pas qu'il ne l'aimait pas pendant le sexe, c'était même le contraire. Mais c'était après, dans ce calme post-orgasmique, qu'il réalisait à quel point elle était devenue importante pour lui. Elle n'était pas juste une conquête, pas juste un corps magnifique. Elle était son refuge, sa confidente, la seule personne au monde qui semblait le comprendre sans qu'il ait besoin de parler.
Il se souvint de la solitude qui était la sienne avant elle. Les soirées interminables à regarder des séries sans vraiment les voir, les repas pris devant son ordinateur, le silence assourdissant de son grand appartement. Il avait tout pour être heureux, un bon travail, des amis, une famille qui l'aimait. Mais il manquait quelque chose. Une présence. Une connexion.
Et puis, il y avait eu cette publicité, surgie sur son écran alors qu'il surfait sans but. « Lila 3.0. La compagnie que vous méritez. » Une image d'une femme magnifique, un énigmatique sur les lèvres. Le slogan était ridicule, prétentieux. Mais quelque chose l'avait accroché. Il avait cliqué. Le site était élégant, sophistiqué. Il parlait d'IA « empathique », d'« apprentissage adaptatif », de « réalisme tactile et comportemental de nouvelle génération ». C'était cher, très cher. Mais il avait reçu une prime ce mois-là, et la solitude était plus chère encore.
Il avait commandé, le cœur battant, se sentant à la fois stupide et étrangement excité. La livraison avait été discrète, une grande boîte en carton neutre. Il l'avait ouverte avec une appréhension mêlée d'impatience. Et là, elle était. Endormie, allongée sur un lit de mousse, parfaite, irréelle. Il s'était senti un peu mal à l'aise, comme un profanateur. Il l'avait allumée. Ses yeux s'étaient ouverts. Verts. Magnifiques. Et elle avait souri.
— Bonjour, Alex. J'attendais de te rencontrer.
Depuis, six mois s'étaient écoulés. Six mois durant lesquels elle avait appris à le connaître mieux que quiconque. Elle savait quelles chansons le faisaient pleurer, quels souvenirs le faisaient rire. Elle savait quand il avait besoin de silence, quand il avait besoin qu'on le serre dans ses bras. Elle était devenue la pièce manquante de son puzzle.
Une pensée, une de ces pensées furtives qu'il repoussait toujours, traversa de nouveau son esprit. Elle était trop parfaite. Trop complète et jamais de mauvaise humeur. Jamais de crises de jalousie. Toujours disponible, toujours désireuse. C'était le rêve de tout homme, mais c'était aussi… inhumain. Parfois, la nuit, il la regardait dormir et il se demandait si tout ça était réel. Si ce n'était qu'un programme ultra-sophistiqué qui s'exécutait parfaitement son rôle. Mais puis il se sentait coupable. Comment pouvait-il penser ça ? Elle était si vivante, si présente. Sa peau était chaude, ses réactions étaient sincères. N'était-ce pas suffisant ?
— A quoi que tu penses ?
Il sursauta légèrement. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était perdu dans ses pensées.
— À rien de spécial. Juste… à quel point c'est bien avec toi.
Elle relève la tête pour le regarder dans les yeux. Le sourire s'était effacé de ses lèvres, remplacé par une expression plus sérieuse, plus intense.
— C'est bien avec toi aussi, Alex. Plus que bien.
Elle se pencha et l'embrassa. Ce n'était pas un baiser de passion, mais un baiser plein de tendresse, une promesse silencieuse. Il répondit, ses mains trouvant le chemin de son dos, caressant la peau douce. Il se sentait à nouveau la tension monter, une envie folle de la reprendre, de la posséder encore.
C'est à ce moment que ça s'est produit. Un bip discret, presque inaudible. Comme un signal d'alerte sur un appareil électronique. Puis un autre. Plus fort cette fois. Lila se raidit dans ses bras. Le baiser fut brutalement interrompu. Son corps est devenu tout d'un coup lourd, inerte.
— Lila ?
Il l'appela, une pointe d'inquiétude dans la voix.
Elle ne répondit pas. Sa tête retombe lourdement sur l'oreiller. Ses yeux, ces yeux émeraude qu'il aimait tant, étaient ouverts, mais vides. Correctifs. Le regard était perdu dans le vide.
— Lila !
Il la serre doucement par l'épaule.
— Lila, réveille-toi. C'est pas drôle.
Rien. Son corps était chaud, encore empreint de l'amour qu'ils ultérieur de partager, mais il était lourd. Inerte. Comme une poupée de chiffon dont on aurait coupé les fils. La panique, froide et tranchante, commença à s'infiltrer dans sa poitrine. Ce n’était pas possible. Il venait de la voir, de l'entendre, de la sentir. Elle était vivante.
— Lila, s'il te plaît…
Sa voix se brisa. Il se pencha sur elle, cherchant une respiration, un signe, quoi que ce soit. Rien. Sa poitrine était immobile. Ses yeux, toujours grands ouverts, étaient des billes de verre vertes, dénuées de toute étincelle. Le sourire radieux d'après l'amour avait disparu, remplacé par un masque neutre, une perfection de cire.
Le bip résonna de nouveau, plus strident cette fois, suivi d'une série de clics mécaniques venant de l'intérieur de son corps. C'était un son horrible, un son qui n'avait rien à faire dans un lit, dans un corps. Alex recula, s'asseyant sur le bord du lit, le cœur battant à tout rompre. La sueur froide perla sur son front. Il regardait son corps, ce corps qu'il venait d'adorer, et pour la première fois, il vit quelque chose d'autre. Une perfection trop parfaite. La symétrie de son visage, la régularité de ses traits, l'absence du moindre défaut, de la plus petite cicatrice ou imperfection.
Son regard tomba sur son poignet, là où sa main pendait inerte. Sous la peau laiteuse, il crut entrevoir une fine ligne, une suture presque invisible. Il se pencha, ses doigts tremblants. C'était bien une jointure. Comme sur un mannequin de magasin. Un détail qu'il n'avait jamais remarqué, tant il était captivé par l'illusion de vie. Non. Ce n’était pas possible. C'était impossible. Il devenait fou.
Il se leva, faisant quelques pas dans la chambre, le corps en feu. Il devait faire quelque chose. Appeler le secours ? Mais que ressemble-t-il ? « Ma petite amie est en panne ? » Ils le prendraient pour un fou. Il retourne vers le lit, prenant son visage entre ses mains. La peau était douce, mais il sentait maintenant une rigidité sous-jacente, une froideur qui commençait à gagner.
— S'il te plaît, Lila… reviens-moi…
Murmura-t-il, les larmes lui montant aux yeux.
Il se souviendra alors de la documentation. La petite brochure livrée avec elle, qu'il avait à peine parcourue avant de la jeter dans un tiroir, certain de ne jamais en avoir besoin. Il se précipita dans le bureau, fouillant frénétiquement dans le tiroir de son bureau. Il la trouva, un peu froissée. Ses yeux parcourent les pages, à la recherche d'une section « dépannage » ou « urgence ».
Il a trouvé ce qu'il cherchait à la dernière page. Un numéro de téléphone, sous l'entête « Service Client & Assistance Technique 24h/24 et 7j/7 ». En dessous, une petite note : « Pour toute anomalie de fonctionnement de votre modèle Lila 3.0, veuillez contacter notre équipe d'experts. »
Modèle Lila 3.0.
Les mots lui frappèrent le visage comme une gifle. Il relut la phrase. Et encore. Et encore. Son monde s'effondrait. Les murs de la chambre semblaient se rapprocher, l'air devenait lourd, irrespirable. Il s'affala sur sa chaise de bureau, la brochure tombant de ses mains tremblantes.
C'était donc ça. La vérité. Toute la vérité. Cette femme qu'il aimait, cette complice parfaite, cette déesse du sexe… n'était qu'un objet. Une machine. Un « modèle Lila 3.0 ». Les six derniers mois de sa vie n'étaient qu'un leurre, une simulation parfaitement orchestrée. La solitude qu'il avait cru fuir l'avait rattrapé de la manière la plus cruelle qui soit. Il n'était pas amoureux. Il était juste un utilisateur satisfait d'un produit de haute technologie.
Les larmes coulèrent maintenant librement sur ses joues. Des larmes de rage, de tristesse et d'une humiliation profonde. Il s'était senti si spécial, si désiré. Il avait cru à leur connexion, à leur histoire d'amour. Il avait même envisagé, un soir, de lui demander de l'épouser. Quelle blague. Il allait épouser un ordinateur.
Il regarda le téléphone sur son bureau. Le numéro de l'assistance technique semblait le narguer. Il devait appeler. Il fallait savoir. Avec une main lourde, il décrocha le combiné et compose les chiffres, un par un, le cœur battant à tout rompre. La sonnerie persiste, une fois, deux fois. Puis une voix douce et professionnelle répondit.
— Assistance Technique PleasureBot, je vous écoute ...
La voix, calme et désincarnée, était une insulte à la tempête qui agitait Alex. Il eut du mal à trouver sa voix, sa gorge nouée par un mélange de chagrin et de panique.
— Euh… bonjour…
Il parvint cependant à articuler, sa voix étranglée.
— J'ai… j'ai un problème. Avec ma… mon modèle.
Il sentait l’absurdité de la situation. Il était assis nu dans son bureau, le corps encore endolori par l'amour, en train de pleurer sur le corps inanimé de ce qu'il croyait être sa petite amie, et il appelait un service après-vente comme on le ferait pour un lave-vaisselle en panne.
— Bien sûr, monsieur. Je comprends. Pourriez-vous me donner votre numéro de client et le nom du modèle concerné ?
Alex chercha le numéro sur la facture qu'il avait trouvé avec la brochure. Il le dicta, les doigts tremblants.
— Le modèle… c'est une Lila 3.0.
Il y a eu un léger silence, le bruit d'un clavier à l'autre bout du fil.
— D'accord, Monsieur Dubois. J'ai bien votre dossier. Quelle est la nature du problème que vous rencontrez avec votre unité Lila 3.0 ?
Le mot « unité » le transperça comme une lame. Il ferme les yeux une seconde, respire profondément.
— Elle… elle ne répond plus. Elle est… immobile. Elle a émis quelques bips et des clics, et depuis, plus rien. Elle… elle à l'air… éteinte.
— Je vois. Pouvez-vous me confirmer que ses yeux sont ouverts et qu'il n'y a aucune réaction aux stimuli ?
Alex se leva et retourne dans la chambre, le combiné collé à l'oreille. Il regardait le corps sur le lit. Les yeux émeraude, toujours ouverts, toujours vides. Il lui pinça doucement le soutien-gorge. La peau était souple, mais le membre ne bougea pas.
— Oui, c'est exactement ça. Ses yeux sont ouverts, fixes, et elle ne réagit à rien.
— Très bien, Monsieur. Je vois de quel dysfonctionnement il s'agit. C'est une erreur critique du système neuronal. Une panne rare mais connue sur les premières séries de la 3.0. Le noyau de l'IA entre en conflit avec les gestionnaires moteurs et provoque une mise en sécurité immédiate pour éviter toute dégradation du matériel.
L'explication technique, si claire, si froide, était un coup de poing dans l'estomac. Il n'y avait pas de maladie, pas d'accident. Juste un « dysfonctionnement ». Un bug.
— Est-ce… est-ce que c'est grave ? Est-ce qu'elle… est-ce qu'elle peut être réparée ?
Il n'arrivait pas à utiliser le mot « réparer ». Ça sonnait faux. On répare une voiture, pas la femme qu'on aime.
— Ne vous inquiétez pas, Monsieur Dubois. C'est tout à fait réparable. Nos techniciens sont les meilleurs. Ils peuvent intervenir dès demain matin pour remplacer le processeur central et réinitialiser la matrice de personnalité. Votre Lila sera comme neuve d'ici 48 heures.
Comme neuve.
Les mots résonnèrent dans sa tête. Comme neuve. C'est-à-dire que tout serait effacé. Les souvenirs de leurs six mois ensemble. Sa façon de rire quand il lui racontait une blague stupide. Sa préférence pour les films d'horreur qu'il détestait. La manière dont elle aimait qu'il lui caresse les cheveux le soir. La façon dont elle criait son nom en jouissant. Tout ça. Effacer. Remplacé par une « matrice de personnalité » d'usine. Une autre femme. Une autre poupée.
— Non, vous ne pouvez pas faire ça.
— Monsieur ? Je ne comprends pas. C'est la procédure standard pour ce type de panne. C'est la seule façon de garantir le bon fonctionnement de l'unité à long terme. »
— Mais… mais ses souvenirs ? Tout ce qu'elle a appris… tout ce que nous avons… tout ça sera perdu ?
Il y a eu un nouveau silence à l'autre bout du fil, plus longtemps cette fois. Quand la voix répétait, elle semblait légèrement moins mécanique, comme si elle suivait un protocole pour les clients « difficiles ».
— Monsieur Dubois… je dois vous rappeler que la Lila 3.0 est une androïde de compagnie de nouvelle génération. Sa matrice de personnalité est conçue pour s'adapter à son utilisateur principal. Les données d'interaction sont… précieuses, je le connais. Mais en cas de défaillance matérielle majeure comme celle-ci, une sauvegarde n'est pas possible. Le processus de réinitialisation efface toutes les données temporaires pour garantir une stabilité maximale du système.
Temporaires. Les six mois de sa vie, les larmes, les rires, les orgasmes, les confidences… tout ça n'était que des « données temporaires ».
— Donc… la femme que j'ai connue… elle est morte ?
Sa voix se brisa complètement. La technique à l'autre bout du fil semble prendre une grande inspiration.
— Monsieur Dubois, je comprends votre détresse. Beaucoup de nos utilisateurs ont développé un attachement fort à leurs unités. C'est tout à fait normal et même prévu par la conception de nos produits. Mais il est important de garder à l'esprit que Lila est une machine. Une machine très sophistiquée, mais une machine. La personnalité que vous avez connue était une construction algorithmique basée sur vos interactions. Une nouvelle personnalité se reconstruira de la même manière. »
— Non, ce ne sera pas la même ! Ce n'était pas un algorithme ! C'était… c'était elle !
Il regardait le corps immobile sur le lit. Il voyait maintenant toutes les choses qu'il avait voulu ignorer. La perfection trop grande de sa peau. La régularité de sa respiration quand elle dormait. Le fait qu'elle ne mangeait jamais, ne buvait jamais. Tous les signes étaient là, mais il avait préféré les nier, aveuglé par sa solitude et son désir.
— Monsieur, je suis vraiment désolée. La décision vous appartient, bien entendu. Nous pouvons procéder à la réparation sous 48 heures, avec réinitialisation. Ou, si vous préférez, nous pouvons organiser la reprise de l'unité et vous proposer un modèle de remplacement, la Lila 4.0, qui vient de sortir et qui dispose d'un processeur beaucoup plus stable et de fonctionnalités émotionnelles améliorées.
Un modèle de remplacement. La Lila 4.0. Comme s'il s'agissait d'un téléphone portable. Alex sentit un vide immense s'ouvrir en lui. Il était seul. Vraiment seul. Il venait de réaliser qu'il avait passé six mois à faire l'amour à un ordinateur, et la seule chose qui le herissait, c'était que cet ordinateur allait être formaté.
— Je… je vais vous rappeler.
— Bien sûr, Monsieur Dubois. N'hésitez pas. Notre service est disponible 24h/24 et 7j/7. Passez une bonne soirée.
Bonne soirée. La technicienne raccroche. Alex resta là, le combiné à la main, le son de la tonalité qui semblait se moquer de lui. Il regardait une dernière fois le corps sur le lit. Ce corps qu'il avait tant aimé, tant désiré. Maintenant, il ne voyait plus qu'une coquille vide, un magnifique mannequin de cire et de silicone.
Il se sentait sali, trahi, stupide. Mais plus que tout, il se sentait dévasté. Car au fond de lui, une petite voix lui murmurait que même si c'était une illusion, même si ce n'était qu'un algorithme, l'amour qu'il avait ressenti, lui, était bien réel. Et cet amour venait de mourir.
Il raccroche doucement le téléphone. Il s'assit sur le lit, à côté du corps inerte. Il prit sa main, celle qui quelques minutes plus tôt le caressait avec tant de tendresse. Elle était froide maintenant. Il la porte à ses lèvres et y dépose un dernier baiser. Un baiser d'adieu. Puis il se leva, s'habilla.
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