L'éveil d'Aurora: la bimbo parfaite
Chapitre 1 · Un corps qui n'est plus le sien : la nuit où Thomas disparut
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L'éveil d'Aurora: la bimbo parfaite — Chapitre 1 · Un corps qui n'est plus le sien : la nuit où Thomas disparut

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Bimbo Aurora
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L'éveil d'Aurora: la bimbo parfaite

Chapitre 1 · Un corps qui n'est plus le sien : la nuit où Thomas disparut

Thomas Mercier n'avait jamais été du genre à croire aux histoires de magie. À dix-huit ans, il était le genre de garçon sérieux, discret, légèrement asocial, qui passait ses soirées à lire des romans de science-fiction et à jouer aux échecs en ligne. Ses cheveux bruns coupés court, ses lunettes à monture fine et ses éternels pulls gris faisaient de lui le prototype parfait de l'élève studieux que les professeurs adoraient et que les filles ignoraient. Il vivait seul avec son père, Marc, un comptable taciturne qui rentrait tard le soir et parlait peu. Sa mère était partie quand Thomas avait cinq ans, laissant derrière elle un vide que personne n'avait jamais vraiment comblé.
Ce matin-là, Thomas se réveilla comme d'habitude à sept heures, tendit le bras vers son téléphone posé sur la table de nuit et s'arrêta net. Sa main. Il la fixa pendant plusieurs secondes, certain de rêver encore. Ses doigts étaient fins, ses ongles longs et soigneusement ovales, sa peau douce et sans le moindre poil. Il se redressa d'un coup dans son lit et se figea complètement.
Ce n'était pas son lit.
Les draps étaient roses pâle, doux comme de la soie, parsemés d'un motif délicat de petites fleurs dorées. La chambre autour de lui était méconnaissable. Des guirlandes lumineuses couraient le long du plafond. Un grand miroir trônait face au lit, entouré de dizaines de produits de maquillage. Des vêtements pendaient partout, des robes, des mini-jupes, des hauts brillants, et des dizaines de paires de chaussures à talons vertigineux s'alignaient sur des étagères murales comme des trophées.
Thomas voulut crier. Ce qui sortit de sa bouche fut un son aigu, légèrement éraillé par le sommeil et indéniablement féminin.
Il se leva d'un bond et courut vers le miroir.
Ce qui le regardait n'était pas Thomas Mercier.
C'était une jeune fille d'environ dix-huit ans, grande, les cheveux bruns et épais tombant en cascade désordonnée sur ses épaules, les yeux marron foncé légèrement bridés, le visage parfaitement ovale avec des pommettes hautes et des lèvres naturellement pulpeuses. Elle portait une nuisette rose pâle en satin qui s'arrêtait à mi-cuisse et révélait deux jambes longues et parfaitement lisses. Sa silhouette était déjà marquée, une taille fine, des hanches doucement arrondies, une poitrine modeste mais présente.
Thomas porta les mains à son visage. La fille dans le miroir fit de même.
Il recula d'un pas, heurta la coiffeuse, et plusieurs tubes de mascara tombèrent au sol.
La porte de la chambre s'ouvrit.
Une femme entra, la quarantaine élégante, brune, mince avec des courbes prononcées mises en valeur par un tailleur ajusté. Elle souriait avec une bienveillance légèrement inquiétante, comme si elle savait exactement ce qui se passait et trouvait cela parfaitement normal.
— Bonjour ma chérie, dit-elle d'une voix douce et posée. Tu as bien dormi ?
Thomas ouvrit la bouche pour répondre et ce qui sortit fut encore une fois cette voix qui n'était pas la sienne, légèrement hésitante mais indéniablement féminine.
— Qu'est-ce qui se passe ? Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous m'avez fait ?
La femme s'approcha sans se presser et prit les mains de Thomas entre les siennes avec une tendresse désarmante.
— Je m'appelle Isabelle, dit-elle calmement. Et je suis ta maman.
— Non, dit Thomas en reculant. Non, mon père s'appelle Marc Mercier et je m'appelle Thomas et je veux rentrer chez moi MAINTENANT.
Isabelle soupira avec une patience infinie et s'assit sur le bord du lit.
— Je vais tout t'expliquer, dit-elle. Assieds-toi avec moi.
Thomas resta debout, les bras croisés, tremblant légèrement. Isabelle commença à parler. Elle expliqua qu'elle était herboriste et alchimiste, qu'elle avait passé des années à perfectionner une potion de transformation dont les effets modifiaient non seulement le corps mais la réalité elle-même. Elle avait choisi Thomas pour des raisons qu'elle dit être trop longues à expliquer ce matin, mais qu'il comprendrait avec le temps.
— La potion a modifié la réalité, dit-elle. Marc Mercier a toujours eu un fils, mais ce n'est plus toi. Ce garçon s'appelle maintenant Théo. Et toi, tu es ma fille depuis ta naissance. Juridiquement, biologiquement, socialement. Tous tes souvenirs d'être Thomas Mercier sont réels, mais ils appartiennent désormais à un passé qui n'existe plus pour personne d'autre que toi.
Thomas sentit ses jambes se dérober. Il s'assit malgré lui sur la chaise de la coiffeuse.
— Et je ne peux pas annuler ça ? dit-il d'une voix étranglée.
— Non, dit Isabelle simplement. La transformation est permanente. Et il y a autre chose que tu dois savoir. La potion inclut un pouvoir de suggestion. Je suis la seule à pouvoir l'activer. Cela signifie que certaines choses que je te dirai deviendront des vérités que ton esprit acceptera sans résistance.
Thomas sentit la panique monter comme une vague. Mais quelque chose d'étrange se produisit en même temps. Une sorte de chaleur diffuse, presque agréable, qui semblait partir du bas de son ventre et remonter lentement jusqu'à sa poitrine. Comme si ce corps avait une chimie propre, une façon de réagir aux émotions qui lui était totalement étrangère et pourtant déjà sienne.
Les larmes vinrent sans prévenir, chaudes et abondantes, et Thomas fut horrifié de constater qu'il pleurait vraiment, de vraies larmes, avec des sanglots qui secouaient ses épaules.
Isabelle se leva et le prit dans ses bras.
— Chut, dit-elle doucement en lui caressant les cheveux. Ça va aller, ma belle. Tu t'appelles Aurora. Aurora Sylvie Marchetti. Et maman va s'occuper de toi.
Thomas voulut protester. Ce qui sortit entre deux sanglots fut :
— Aurora ?
— C'est ton prénom, dit Isabelle avec un sourire doux. Essaie de dire ton prénom.
Thomas rassembla toute sa volonté pour prononcer Thomas. Ce qui sortit de cette voix nouvelle, dans un souffle légèrement hébété, fut :
— Aurora.
Les deux premières semaines furent un cauchemar dont Thomas, Aurora désormais, ne parvint jamais tout à fait à s'échapper. Elle observait depuis l'intérieur de ce corps étranger les décisions se prendre autour d'elle comme si elle n'avait pas son mot à dire, parce qu'en réalité elle n'en avait pas. Le pouvoir de suggestion d'Isabelle était doux, imperceptible, presque affectueux dans sa façon de court-circuiter toute résistance. Ce n'était pas une contrainte brutale. C'était plutôt comme si certaines pensées glissaient simplement, sans accroc, dans la direction qu'Isabelle avait choisie.
Et pendant ce temps, quelque chose d'autre se produisait. Quelque chose de plus profond et de plus troublant que la simple obéissance.
Thomas commençait à penser différemment.
Cela commença par des petites choses. Il remarqua la couleur d'un vernis à ongles exposé dans une vitrine et trouva que le rose corail irait parfaitement avec le haut blanc qu'Isabelle avait acheté la veille. Il passa devant une boutique de lingerie et ralentit le pas instinctivement. Il entendit une chanson de pop sirupeuse dans un centre commercial et se retrouva à chantonner le refrain dix minutes plus tard sans s'en être aperçu.
Il prit conscience de ces glissements avec une terreur qui s'émoussait progressivement, comme une douleur qu'on finit par ne plus ressentir parce qu'on s'y est trop habitué.
Isabelle avait pris rendez-vous dans un salon de beauté dans le seizième arrondissement, tenu par sa meilleure amie, Valérie, une femme spectaculaire de quarante-cinq ans qui ressemblait à une bimbo. Valérie mesurait un mètre soixante-dix-huit avec ses talons aiguilles de douze centimètres, ses cheveux blond platine ultra volumineux cascadant jusqu'au milieu du dos, ses ongles en acrylique d'un rose intense et ses faux cils si dramatiques qu'ils projetaient de légères ombres sur ses pommettes. Sa poitrine, manifestement augmentée et fièrement assumée, débordait d'un soutien-gorge push-up visible sous son chemisier en soie crème. Ses hanches larges et ses fesses rebondies complétaient une silhouette de bimbo sophistiquée et parfaitement entretenue.
Elle accueillit Aurora avec un cri de joie et la prit dans ses bras comme si elle la connaissait depuis toujours.
— Mon Dieu, dit-elle en la tenant à bout de bras pour l'examiner. Elle est magnifique, Isabelle. Mais on a tellement de travail !
Ce dernier commentaire fut dit avec un enthousiasme sincère qui ne contenait pas la moindre cruauté, ce qui le rendait d'une certaine façon encore plus déroutant.
Valérie présenta son équipe. Il y avait Manon, vingt-huit ans, esthéticienne spécialisée dans l'épilation et les soins du corps, un mètre soixante-cinq avec des talons, brune aux yeux noisette, une silhouette de sablier dans une blouse rose fuchsia qui ne laissait guère de place à l'imagination. Il y avait Lucie, coiffeuse coloriste, trente ans, rousse flamboyante avec une courte frange, des taches de rousseur sur le nez et un sourire à faire fondre les glaciers. Et il y avait Camille, technicienne en ongles, vingt-cinq ans, blonde avec des extensions, des ongles en stiletto d'un rouge carmin spectaculaire et une façon de claquer des doigts en parlant qui fascinait Aurora malgré elle.
Isabelle dit à Aurora :
— Chérie, écoute et fais tout ce que Valérie et son équipe te disent.
Aurora sentit ce petit clic intérieur, comme un verrou qui se fermait, et hocha la tête.
— Bien sûr, maman.
Manon emmena Aurora dans une cabine à l'arrière et lui demanda de se déshabiller entièrement. Aurora s'exécuta sans hésiter, grimpa sur la table recouverte de papier propre et s'allongea sur le dos. Elle fixa le plafond pendant que Manon disposait ses instruments avec des gestes professionnels et efficaces.
— Détends-toi, dit Manon avec un sourire chaleureux. La première fois c'est toujours un peu surprenant mais tu t'y habitueras très vite, je te le promets.
Elle commença par les sourcils. Elle expliqua à Aurora qu'elle allait leur donner une forme haute et arquée, fine et très dessinée, qui ouvrirait son regard et lui donnerait un air à la fois innocent et séducteur. Elle appliqua la cire chaude et arracha d'un geste vif. Aurora tressaillit. La douleur fut brève, remplacée presque instantanément par un engourdissement agréable. Manon répéta l'opération jusqu'à obtenir deux arcs fins et parfaitement symétriques.
— Voilà, dit Manon en tendant un petit miroir à Aurora. Tu vois ? Beaucoup plus joli.
Aurora regarda. Ses sourcils redessinés changeaient effectivement tout son visage. Elle parut plus douce, plus ouverte, légèrement plus vulnérable. Quelque chose en elle trouva cela très bien, et elle fut troublée par cette pensée.
Manon passa ensuite à l'épilation intégrale du corps. Elle travailla méthodiquement, bras, aisselles, jambes, et arriva enfin à l'intimité d'Aurora. Elle demanda, avec le naturel professionnel de quelqu'un qui pose cette question vingt fois par jour :
— Tu préfères une petite bande ou une épilation intégrale ?
Aurora hésita une fraction de seconde. Isabelle, assise dans un fauteuil à l'entrée de la cabine, leva les yeux de son magazine et dit simplement :
— L'intégrale, ma chérie. C'est beaucoup plus net.
— L'intégrale, répéta Aurora.
Manon hocha la tête et travailla. Aurora fixa le plafond et pensa à n'importe quoi d'autre. Quand ce fut terminé, Manon appliqua une lotion apaisante et Aurora fut stupéfaite de constater à quel point sa peau était douce. Elle passa la main sur sa jambe et eut un petit frisson involontaire.
— Tu vois ? dit Manon avec satisfaction. Maintenant on passe au bronzage.
La cabine de bronzage était dans la pièce suivante. Manon lui tendit des lunettes de protection, lui demanda d'enlever le peignoir rose qu'elle avait enfilé entre les deux soins, et Aurora s'allongea dans la cabine. Le couvercle se ferma. Une musique commença, électronique et enveloppante, et la voix d'Isabelle se glissa entre les notes comme quelque chose de naturel, de bienveillant, d'inévitable.
La voix disait : Tu t'appelles Aurora Sylvie Marchetti. Tu aimes être belle. Tu aimes qu'on s'occupe de toi. Tu accepteras les conseils de Valérie et de son équipe parce qu'elles savent ce qui est bon pour toi. Tu accepteras de faire les courses avec Manon et de te laisser guider dans tes choix de vêtements. Tu accepteras de te faire percer les oreilles et peut-être d'autres endroits si Valérie le recommande. Tu commenceras à trouver les garçons intéressants, puis fascinants, puis irrésistibles. Tu voudras leur plaire. Tu voudras qu'ils te regardent. Tu trouveras que l'intelligence est une qualité surestimée et que la séduction est un art bien plus utile dans la vraie vie. Tu seras une élève dans la moyenne, pas plus, parce que tes vraies priorités seront ailleurs. Tu seras la plus belle fille de ton lycée et tu le sauras.
Ces phrases tournèrent en boucle pendant trente minutes. Aurora les entendait avec une partie de son cerveau qui les analysait encore, qui protestait encore, qui reconnaissait la manipulation. Mais une autre partie les absorbait comme une éponge absorbe l'eau, naturellement, sans résistance, avec même une sorte de soulagement.
Quand Manon rouvrit la cabine, Aurora cligna des yeux dans la lumière et remarqua que sa peau avait pris un hâle doré parfait, uniforme, qui lui donnait immédiatement l'air d'une fille qui revenait de vacances aux Maldives.
— Oh mon Dieu, dit Aurora en regardant son bras.
Manon sourit.
— Tu es magnifique. Et ça ne fait que commencer.
Lucie l'attendait au poste de coiffure, une cape rose autour des épaules, les instruments alignés comme un chirurgien prépare ses outils avant une opération. Elle examina les cheveux d'Aurora avec un sérieux professionnel, les souleva, les laissa retomber, en prit une mèche entre ses doigts.
— Tu as une bonne base, dit-elle à Isabelle. Épaisse, saine. On peut faire quelque chose de vraiment spectaculaire.
— Je veux du volume, dit Isabelle. Beaucoup de volume. Et des couleurs.
— Extensions blond platine, quelques mèches caramel pour la profondeur, et on garde quelques mèches brunes à la racine pour que ça soit naturel, dit Lucie avec enthousiasme. Des grandes boucles hollywoodiennes et beaucoup de laque.
Le processus prit deux heures et demie. Lucie posa les extensions une par une, travaillant avec une précision méticuleuse. Aurora sentait le poids croître progressivement sur sa tête, une sensation étrange et lourde qui finit par devenir presque rassurante. Puis Lucie colora, sectionna, roula sur des bigoudis chauffants, attendit, déroula et commença à coiffer. Elle crêpa, laqua et vaporisa des quantités spectaculaires de fixatif, laqua encore, ajouta du volume avec ses doigts, laqua une dernière fois.
Quand elle eut terminé, elle fit pivoter le fauteuil vers le miroir.
Aurora fixa son reflet pendant un long moment sans dire un mot.
La femme dans le miroir avait une chevelure spectaculaire. Volumineuse, brillante, cascadant en boucles amples et parfaites sur ses épaules et dans son dos, blond platine avec des reflets caramel et quelques mèches brunes à la racine qui donnaient une profondeur naturelle à l'ensemble. C'était exactement le genre de cheveux qu'on voit dans les publicités pour le shampoing, sauf que là c'était réel et que c'était ses cheveux.
— Oh, dit Aurora dans un souffle.
Et dans ce oh il y avait quelque chose qu'elle ne contrôlait plus, une admiration sincère, une émotion qui n'appartenait plus à Thomas Mercier mais entièrement à Aurora Marchetti.
Lucie lui tendit son kit de coiffure.
— Du crêpage tous les jours, dit-elle. Au moins deux cent cinquante millilitres de laque par séance pour maintenir ce volume. Dis à ta maman de faire des stocks parce que ta chevelure va en consommer des quantités industrielles.
Aurora hocha la tête avec sérieux, comme si c'était l'information la plus importante qu'on lui ait jamais donnée.
Camille l'attendait au poste de manucure avec un sourire carnassier et une collection de teintes qui couvrait tout le spectre du rose.
— Ta maman m'a dit que tu voulais des ongles en acrylique, dit-elle.
— Euh, dit Aurora. Je pense que oui.
— Bien sûr que oui, dit Camille avec autorité bienveillante. On va te faire des ongles à tomber par terre. Tu vas voir, une fois que tu y auras goûté tu ne pourras plus t'en passer.
Camille travailla avec une habileté impressionnante malgré ses propres ongles en stiletto de huit centimètres. Elle prépara les ongles naturels, appliqua les primers, posa les formes, construisit l'acrylique couche par couche, lima, pola, sculpta, peignit avec une minutie absolue. Elle expliqua chaque étape à Aurora comme si c'était un cours magistral.
— Quand tu téléphones, dit-elle en travaillant, tu tiens le téléphone avec le bout des doigts, comme ça. Quand tu tapes sur un écran, c'est pareil. Pour ouvrir un sac, pour fermer un bracelet, pour tout ce que tu faisais avant naturellement, maintenant tu vas devoir recalculer. Mais je te promets que dans deux semaines tu ne remarqueras même plus la différence.
Quand ce fut terminé, Aurora leva les mains et les examina avec un sentiment mélangé de fascination et d'incrédulité. Ses doigts se terminaient par dix petites œuvres d'art rose et blanc, longs, ovales, brillants, parfaits. Ses mains semblaient appartenir à une autre personne.
— Magnifique, dit Isabelle depuis le fauteuil voisin où Lisa finissait ses propres ongles.
Aurora sourit malgré elle.
Ce fut Valérie en personne qui s'occupa du maquillage.
Elle installa Aurora face au grand miroir de sa station principale, couvrit tous les miroirs adjacents avec des draps pour qu'Aurora ne voie pas le résultat intermédiaire, et travailla avec la concentration silencieuse d'une artiste devant sa toile.
Elle commença par une base hydratante puis un fond de teint parfaitement assorti au nouveau teint hâlé d'Aurora. Elle appliqua un correcteur sous les yeux, une poudre bronzante sur les pommettes et le nez, un highlighter nacré sur les points hauts du visage. Elle travailla les yeux ensuite, appliquant d'abord une base à paupières, puis une série de fards, un brun foncé dans le creux, un bronze doré sur la paupière mobile, un blanc cassé sous les sourcils. Elle posa des faux cils individuels un à un avec une précision chirurgicale, les colla, attendit, tira légèrement pour vérifier la tenue, répéta l'opération sur l'œil suivant. Elle les recouvrit d'une couche de mascara noir intense, appliqua un eye-liner liquide en un trait fin et précis, une légère aile au coin externe de chaque œil.
Avant de commencer les lèvres, le docteur Frédéric entra.
C'était le médecin esthétique de Valérie, un homme dans la cinquantaine, discret et professionnel, qui salua Aurora avec courtoisie et posa sa mallette sur la table.
Isabelle dit à Aurora :
— Ma chérie, le docteur Frédéric va s'occuper de toi. Fais ce qu'il te dit.
Aurora hocha la tête docilement.
Le docteur Frédéric expliqua qu'il allait d'abord poser un stérilet, mesure préventive recommandée par Isabelle, puis s'occuper de ses lèvres. Aurora s'allongea dans la cabine médicale attenante avec un calme qui l'aurait stupéfiée deux semaines plus tôt. Le stérilet fut posé rapidement et professionnellement. Puis Valérie, qui avait rejoint le groupe, dit :
— Frédéric, ses lèvres. Je veux qu'elles soient au moins aussi pulpeuses que les miennes, voire un tout petit peu plus.
Valérie avait des lèvres de poupée, des DSL gonflées à l'acide hyaluronique, volumineuses, parfaitement dessinées, d'un rose naturel qui donnait l'impression qu'elle venait d'être embrassée.
Le docteur Frédéric injecta le produit de comblement avec précision, quatre points à la lèvre supérieure, trois à l'inférieure, massa délicatement pour répartir le produit uniformément, et tendit une poche de glace à Aurora.
— Dix minutes, dit-il. La sensation de brûlure va disparaître.
Isabelle dit pendant qu'Aurora tenait la poche de glace contre ses lèvres :
— Et pour sa poitrine, si elle ne se développe pas suffisamment avant ses dix-neuf ans, le docteur Frédéric peut faire quelque chose ?
— Absolument, dit-il. On évalue à dix-huit ans et on voit. Un beau bonnet C, peut-être D selon sa morphologie, serait parfaitement harmonieux avec sa silhouette.
Isabelle sourit. Aurora, derrière sa poche de glace, gloussa légèrement sans tout à fait comprendre pourquoi.
Quand les dix minutes furent écoulées, Valérie reprit sa place devant Aurora. Elle dessina le contour des nouvelles lèvres pulpeuses avec un crayon rose, une ligne légèrement au-delà du contour naturel pour accentuer encore le volume, rempli avec un rouge à lèvres rosé, puis appliqua un gloss transparent avec une brosse fine pour obtenir cet effet mouillé, brillant, légèrement entrouvert qui était la signature de Valérie et de toutes les femmes qui passaient entre ses mains.
Puis Valérie retira le drap du miroir.
Aurora se regarda.
Le silence dura plusieurs secondes.
Ce qui regardait Aurora depuis le miroir était une jeune femme spectaculaire. La peau hâlée et parfaitement homogène, les cheveux blond platine et volumineuse cascadant autour d'un visage aux traits fins et remarquablement bien proportionnés, les yeux agrandis par le travail expert de Valérie, les lèvres pulpeuses et brillantes qui tremblèrent légèrement sous le regard de Thomas enfermé quelque part à l'intérieur.
Et Aurora tendit les mains vers le miroir, ces mains aux ongles longs et rose fuchsia, et dit dans un souffle :
— Oh mon Dieu.
Valérie rit de satisfaction. Isabelle sourit avec une tendresse sincère. Et quelque chose en Aurora, quelque chose qui était encore Thomas, regarda tout ça de loin, de très loin, depuis un endroit de plus en plus inaccessible, et comprit que le chemin du retour s'éloignait à chaque minute.
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