Camille et mes potes rugbyman
Chapitre 1
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Camille et mes potes rugbyman — Chapitre 1

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Mariajaymed
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Camille et mes potes rugbyman

Chapitre 1

Je m'appelle François. J'ai vingt ans, et si on m'avait demandé il y a deux ans où je me voyais à ce moment précis de ma vie, j'aurais probablement répondu « en train de réviser une interro de maths dans une chambre de huit mètres carrés à la cité U de Norma après avoir khûbé (redoublé en langage prépa) ». Pourtant, me voilà ici, à Toulouse, dans une école d'ingénieur qui sent encore le neuf, avec un badge étudiant qui brille comme une médaille olympique et un emploi du temps qui, pour la première fois depuis le lycée, me laisse respirer.
Les deux années de prépa ont été un marathon sans ligne d'arrivée visible. J'ai fait une MPSI puis une MP* dans un lycée du centre de Paris, là où les murs suintent l'ambition et où le café est toujours trop fort. Réveil à six heures, cours jusqu'à vingt heures, DS le samedi matin, colles tous les soirs jusqu'à 19h30 puis révisions jusqu'à minuit et même plus tard. On vivait à trois dans une chambre prévue pour deux, on se battait pour la meilleure place à la bibliothèque, et on se jurait que tout ça valait le coup parce que « après, ce sera la liberté ». La liberté. Le mot magique. Celui qu'on répétait comme un mantra en descendant nos bières tièdes le soir des rares soirées autorisées.
Et puis le concours est arrivé. Les oraux, les écrits, l'attente interminable. Quand la liste d'admission est tombée, j'ai vu mon nom en milieu de liste pour l'école d'ingénieur de mes rêves à Toulouse. J'ai hurlé dans ma chambre. Ma mère a pleuré au téléphone. Mon père m'a dit « bravo, maintenant bosse ». Classique.
Le déménagement s'est fait en une journée. Une camionnette louée, trois valises, un sac de sport et un carton de livres que je n'ouvrirais jamais. Toulouse m'a accueilli comme une vieille copine un peu trop tactile : chaleur écrasante en septembre, odeur de terre mouillée après l'orage, et ce ciel immense qui semble toujours prêt à te pardonner tes conneries. L'école est posée sur le campus, entre les bâtiments blancs et les pins parasols. Les premiers jours, on nous a fait visiter : amphi 200 places, labos qui sentent l'ozone, foyer étudiant avec un baby-foot qui a vu passer trois générations d'ingés. Et puis, surtout, les « intég ».
L'intégration. Le mot qui fait briller les yeux des anciens et trembler les genoux des nouveaux. Pendant un mois entier, on n'a pas dormi. Ou presque. Chaque soir, une nouvelle soirée : rallye dans les bars du centre-ville, soirée mousse à la piscine municipale, barbecue géant sur les quais de la Garonne, after dans une cave transformée en discothèque. On buvait des litres de bière locale, on chantait « La Montagne » à tue-tête à trois heures du matin sur le Pont-Neuf, on se perdait dans les ruelles pavées en riant comme des gamins. J'ai embrassé une fille dont je ne me souviens même plus du prénom, j'ai dormi trois heures par nuit pendant quinze jours, j'ai mangé des kebabs à cinq euros qui m'ont donné des brûlures d'estomac pendant une semaine. C'était la liberté. La vraie. Celle qui fait mal au crâne le lendemain.
Mais au bout d'un mois, quelque chose a craqué. Pas un grand drame, non. Juste une sensation. Un matin, je me suis regardé dans le miroir de la salle de bain commune de ma résidence. Yeux cernés, barbe de trois jours, haleine qui sentait encore la vodka. J'avais vingt ans, j'étais en école d'ingé, et je me sentais déjà en train de tout gâcher. Les cours avaient commencé depuis deux semaines, et je n'avais ouvert un seul polycopié que pour en faire des avions en papier pendant les soirées. Je me suis dit : « François, arrête tes conneries. Prends-toi en main. »
Le lendemain, je suis allé au forum des associations du campus. Il y avait des stands partout : escalade, photo, théâtre, échecs, et puis, au fond, un stand rugby avec un ballon ovale posé sur une table pliante et trois mecs en short qui rigolaient en buvant du café dans des gobelets en plastique. Le président du club, un grand gaillard barbu qui s'appelait Mathieu, m'a serré la main comme s'il voulait me broyer les os. « Tu fais quelle taille ? 1m85 ? Parfait pour la deuxième ligne. Viens à l'entraînement jeudi soir. »
Je n'avais jamais touché un ballon de rugby de ma vie. En prépa, le sport, c'était la course à pied pour évacuer le stress et les pompes dans la chambre parce que la salle de muscu était toujours pleine. Mais quelque chose m'a poussé à dire oui. Peut-être l'envie de me prouver que je pouvais encore choisir autre chose que la fête.
Le jeudi suivant, j'étais sur le terrain annexe du campus, en short et en vieux t-shirt, les crampons trop neufs qui glissaient dans la boue. Il pleuvait des cordes. Vingt mecs couraient, criaient, se rentraient dedans. L'entraîneur, un ancien pro reconverti prof de maths, hurlait des consignes en occitan quand il était énervé. J'ai pris un plaquage dès la première mêlée. J'ai cru que mes côtes allaient exploser. Et pourtant, quand je me suis relevé, j'ai souri. Pour la première fois depuis longtemps, je me sentais vivant. Pas ivre, pas défoncé à l'adrénaline des soirées. Vivant.
Après l'entraînement, on est allés boire une bière au foyer. C'est là que j'ai rencontré le noyau dur de ce qui allait devenir mon groupe.
Jean était le premier. Un grand blond aux cheveux en bataille, originaire de Bordeaux, ailier rapide comme l'éclair et toujours en train de raconter une histoire qui finissait mal. Il avait un rire gras qui portait à cinquante mètres. « Toi, t'es le nouveau de la prépa parisienne, c'est ça ? Bienvenue chez les sauvages, mec. »
Thomas, la deuxième ligne comme moi, était un colosse toulousain pur jus. Cheveux noirs, barbe de trois jours permanente, voix grave qui faisait trembler les verres. Il parlait peu, mais quand il ouvrait la bouche, c'était pour dire quelque chose de définitif ou pour lancer une vanne qui te laissait sans voix pendant dix secondes.
Philippe, dit « Phil », était le demi de mêlée. Petit, nerveux, toujours en mouvement. Il venait de Lyon et compensait sa taille par une technique diabolique et un sens de l'humour noir qui faisait peur. Il avait déjà un tatouage sur l'avant-bras : une citation en latin qu'il refusait de traduire.
Et enfin Raphaël, « Raph », la troisième ligne centre. Cheveux châtains, yeux verts, le genre de mec qui pouvait passer pour un mannequin s'il n'avait pas eu ce nez cassé qui lui donnait un air de boxeur. Il était le plus calme du groupe, celui qui écoutait avant de parler, mais quand il riait, tout le monde suivait.
On a bu trois tournées ce soir-là. On a parlé rugby, bien sûr, mais aussi des cours, des profs qu'on détestait déjà, des filles qu'on n'osait pas aborder, des parents qui appelaient trop souvent. À minuit, on était déjà en train de se tutoyer comme si on se connaissait depuis dix ans.
Les semaines suivantes ont filé à toute vitesse. Les entraînements du mardi et du jeudi sont devenus sacrés. On arrivait en avance pour taper dans le ballon, on finissait trempés, couverts de boue, les épaules en feu et le sourire jusqu'aux oreilles. Après, on rentrait souvent à pied jusqu'au centre-ville, en chantant des chansons paillardes que Jean avait apprises en prépa. « Qu'est-ce qu'on boit ? Du rhum ! » hurlait-on dans les rues désertes à deux heures du matin, nos voix résonnant contre les façades roses.
Mais ce qui a vraiment soudé le groupe, c'est la coloc.
La coloc, c'était LE QG. Une grande maison bourgeoise des années 30, un peu décrépite, mais pleine de charme, située dans le quartier de Saint-Michel, à dix minutes à vélo du campus. Jean, Thomas, Philippe et Raphaël y vivaient depuis la rentrée. Quatre chambres à l'étage, une cuisine immense au rez-de-chaussée avec une table en bois qui pouvait accueillir douze personnes, un salon avec deux canapés défoncés, une télé 50 pouces et une chaîne hi-fi qui datait des années 2000, mais qui faisait encore trembler les murs. Le jardin derrière était un vrai terrain vague : herbe haute, un barbecue rouillé, des chaises longues en plastique et un hamac tendu entre deux arbres. Le loyer était modéré parce que le proprio était un ancien prof de l'école qui aimait bien les étudiants « sérieux » (on riait encore de ce mot).
Chaque jeudi soir, sans exception, on se retrouvait à la coloc. Parfois pour un « before » avant de sortir en ville, parfois pour un « after » quand on rentrait d'une soirée ailleurs. Le rituel était immuable.
Je me souviens du premier jeudi où j'ai été invité. J'étais arrivé vers dix-neuf heures, un pack de bières sous le bras et un sac de courses contenant des saucisses et des chips. La porte était ouverte, comme toujours. De la musique – du vieux rock français – sortait par les fenêtres. Jean était dans la cuisine, torse nu, en train de couper des oignons en pleurant comme une madeleine. « Putain, François, t'es en avance ! Viens m'aider, ces oignons veulent ma mort. »
Thomas était déjà installé sur le canapé, une bière à la main, en train de gratter une guitare désaccordée. Philippe et Raphaël arrivaient juste derrière moi, les bras chargés de pizzas surgelées et d'un énorme sac de charbon pour le barbecue.
On a commencé par le before classique : apéro dans le jardin. Le soleil de fin septembre était encore chaud. On a allumé le barbecue, on a ouvert les bières. Les premières tournées ont été calmes, presque studieuses : on parlait des cours de la semaine, des TD de mécanique des fluides qui nous avaient tous achevés, du prof de maths qui avait un accent du Sud-Ouest à couper au couteau. Puis, vers vingt et une heures, l'ambiance est montée.
Jean a lancé la première chanson. « Les filles de La Rochelle... » On a tous repris en chœur, les verres levés, la voix qui déraillait sur les notes hautes. Philippe imitait le geste du rameur avec sa canette vide. Thomas battait le rythme sur la table en bois avec ses paumes. Raph, assis sur le hamac, souriait en secouant la tête comme s'il était le seul adulte responsable du groupe (il ne l'était pas).
On a mangé : saucisses grillées jusqu'à être noires, pizzas à la pâte molle, chips ramollies par l'humidité. On a parlé de tout et de rien. Des filles qu'on avait vues en cours. De celle que Thomas draguait depuis trois semaines et qui lui avait répondu « peut-être » la veille. Des projets de week-end : un match de rugby à Montauban, une virée à la plage à Lacanau si on trouvait une voiture. Des souvenirs de prépa aussi. Moi, j'ai raconté la fois où j'avais passé une nuit blanche pour réviser et où j'avais fini par dessiner des bites sur tous mes cours de physique.
Vers minuit, on est rentrés dans le salon. La table était couverte de cadavres de bières. Quelqu'un avait mis une playlist « soirée étudiante » sur l'enceinte : du rap français, du vieux Johnny, des trucs des années 2010 qu'on connaissait par cœur. On a chanté « Belle » de Patrick Fiori en version complètement déformée, en remplaçant les paroles par des insanités. On a fait un tournoi de bière-pong improvisé sur la table basse. J'ai perdu contre Jean, évidemment. Il avait une précision chirurgicale.
À deux heures du matin, on était tous affalés sur les canapés et par terre. La pièce sentait la bière, la fumée de cigarette (même si on fumait dehors), la sueur et la pizza froide. Philippe ronflait déjà dans un coin, la tête posée sur un coussin taché. Thomas grattait toujours sa guitare, plus doucement cette fois, une chanson lente qu'il avait écrite lui-même. Raph et Jean parlaient à voix basse d'une fille que Jean avait rencontrée lors d'une soirée intég et qui ne répondait plus à ses messages.
Moi, j'étais assis sur le rebord de la fenêtre, une dernière bière tiède à la main, et je regardais mes nouveaux potes. J'avais passé un mois à faire la fête avec tout le monde, à enchaîner les visages et les prénoms. Et là, pour la première fois, je me sentais chez moi. Pas dans une soirée où on se force à être drôle pour plaire. Pas dans une prépa où on se bat contre soi-même. Ici, avec ces quatre mecs, dans cette coloc un peu pourrie, mais vivante, je me sentais accepté tel que j'étais. Un mec de vingt ans qui avait encore tout à apprendre, qui aimait le rugby, qui buvait trop le jeudi, qui chantait faux, mais avec conviction.
Ce soir-là, en rentrant à pied vers ma résidence à trois heures du matin, les rues de Toulouse étaient silencieuses. Les platanes du boulevard bruissaient doucement. J'avais mal aux épaules à cause de l'entraînement, mal à la tête à cause de la bière, mais je souriais comme un idiot. J'ai envoyé un message groupé au groupe WhatsApp qu'on venait de créer : « Les gars, jeudi prochain, c'est chez vous. J'apporte les pizzas. »
La réponse est arrivée presque immédiatement. C'était Jean : « T'as intérêt, le Parisien. Et ramène du bon rhum cette fois. »
J'ai ri tout seul dans la nuit.
Les jeudis suivants ont suivi le même rythme, mais avec des variations qui rendaient chaque soirée unique. Un jeudi, on a décidé de faire un barbecue géant pour fêter la première victoire de l'équipe universitaire. On a invité dix autres mecs du club. Le jardin était bondé. On a grillé cinquante saucisses, on a ouvert un fût de bière de trente litres qu'on avait récupéré Dieu sait où. Les chansons paillardes ont duré jusqu'à l'aube. On a fini par danser sur la table, torse nu, en hurlant « Toulouse ! » comme si on venait de gagner le Top 14.
Un autre jeudi, il a plu des trombes. On est restés enfermés dans le salon. Philippe avait apporté sa console et on a joué à un jeu de foot jusqu'à ce que les manettes nous glissent des mains. On a commandé des kebabs à quatre heures du matin parce que plus personne n'avait la force de cuisiner. Thomas a vomi dans le jardin à cinq heures. On l'a applaudi comme un héros.
Il y avait aussi les soirées plus calmes, presque intimes. Quand on était juste nous cinq, on parlait de nos familles. Jean racontait son père vigneron qui l'engueulait parce qu'il voulait faire ingénieur plutôt que reprendre l'exploitation. Thomas parlait de sa petite sœur qui venait d'entrer en terminale et qui lui envoyait des textos paniqués avant chaque DS. Philippe avouait qu'il avait peur de ne pas être à la hauteur en deuxième année. Raph, lui, restait souvent silencieux, mais il écoutait. Et quand il parlait, c'était pour dire quelque chose qui faisait mouche : « On est tous dans le même bateau, les mecs. On rame ensemble, on coule ensemble. »
Moi, je leur racontais Paris. La prépa. La pression. Le sentiment d'être un imposteur parfois. Ils m'écoutaient sans me juger. Ils me charriaient, oui – « le Parisien qui pleure sur sa prépa » – mais c'était doux. Affectueux.
La coloc est devenue mon deuxième chez-moi. J'y laissais des affaires : un sweat à capuche, une paire de crampons de rechange, un chargeur de téléphone. J'avais même un tiroir dans la cuisine où je rangeais mes céréales préférées parce que chez moi, à la résidence, le frigo était toujours vide.
Les week-ends, on partait parfois. Un match à l'extérieur à Albi, une virée à Carcassonne pour voir un concert. On dormait à cinq dans une chambre d'hôtel pour deux, on se disputait pour la dernière douche, on riait jusqu'à en avoir mal au ventre.
Mais surtout, on restait entre mecs. Pas par misogynie. Juste parce que c'était simple. Pas besoin de faire semblant. Pas besoin de draguer, de se la jouer. On était nous-mêmes : bruts, bruyants, un peu cons parfois, mais solidaires. Les filles venaient parfois aux soirées, bien sûr. Il y en avait qui passaient, qui riaient avec nous, qui repartaient. Mais le noyau dur, c'était nous cinq. La bande des jeudis. La coloc.
Un soir de fin octobre, après un entraînement particulièrement violent où j'avais pris un coup de genou dans la mâchoire, on était tous affalés dans le salon. La télé était allumée sur un match de rugby sans le son. La pièce sentait la menthe de la cigarette électronique de Raph et la pizza pepperoni froide. J'avais la tête qui tournait un peu. J'ai regardé mes potes un par un.
Jean, qui ronflait déjà, la bouche ouverte, une canette vide sur le ventre.
Thomas qui lisait un bouquin de cours en fronçant les sourcils comme si les équations allaient lui sauter à la gorge.
Philippe qui scrollait sur son téléphone en riant tout seul d'une vidéo.
Raph qui me regardait avec ce petit sourire en coin qu'il avait quand il sentait que j'étais en train de réfléchir trop fort.
— Quoi ? m'a-t-il demandé doucement.
J'ai haussé les épaules. « Rien. Juste... merci. »
Il a ri. « De quoi, mec ? »
— D'être là. D'avoir fait de moi un mec normal.
Il n'a rien répondu. Il a juste levé sa bière vers moi. On a trinqué en silence.
Dehors, la pluie tombait doucement sur Toulouse. Dedans, la coloc vivait. Et moi, François, vingt ans, étudiant en école d'ingénieur, ancien fêtard repenti, j'étais exactement là où je devais être.
Les jeudis se sont enchaînés. Octobre est devenu novembre. Les feuilles des platanes ont jauni, puis sont tombées. Les soirées se sont faites plus fraîches, on a sorti les pulls et les plaids. Mais le rituel est resté intact : bières, pizzas, barbecue quand il faisait beau, chansons paillardes, rires gras, confidences à voix basse à trois heures du matin.
J'ai commencé à réussir mes partiels. Pas brillamment, mais suffisamment pour ne pas me faire virer. Le rugby m'a endurci. J'ai pris du muscle, j'ai appris à plaquer sans peur, à me relever après un choc. J'ai appris aussi à dire non à une soirée quand j'avais un TD à rendre.
Et surtout, j'ai appris ce que c'était d'avoir de vrais potes. Pas des connaissances de fête. Des mecs avec qui on peut se taire pendant une heure sans que ce soit gênant. Des mecs qui te prêtent cent euros sans te demander pourquoi. Des mecs qui te réveillent à sept heures pour un footing parce que « t'as une gueule de déterré, François ».
La coloc est devenue légendaire dans notre promo. Les gens disaient « on va à la coloc ? » comme on disait « on va en soirée ? ». Mais nous, on savait que c'était plus que ça. C'était notre refuge. Notre bulle.
Les jeudis se succédaient comme des battements de cœur réguliers, mais ce soir-là, tout a basculé. On était début novembre, l'air de Toulouse avait déjà ce petit mordant qui annonçait l'hiver. Après l'entraînement du jeudi, on avait décidé de sortir en ville plutôt que de rester directement à la coloc. Jean avait lancé l'idée : « Allez les mecs, on va tester ce nouveau bar près de la place Saint-Pierre. Paraît qu'ils ont des bières artisanales qui claquent. » Thomas avait grogné son accord habituel, Philippe avait haussé les épaules avec son sourire en coin, et Raphaël avait simplement hoché la tête en enfilant son sweat. Moi, j'étais partant. Les cours de la semaine avaient été lourds – un TD de thermo qui m'avait pompé l'énergie – et j'avais besoin de décompresser sans trop forcer sur la bière.
On est arrivés vers 21h30, le bar était déjà bondé. Lumière tamisée, murs en briques apparentes, musique électro un peu trop forte pour qu'on s'entende vraiment. On s'est frayé un chemin jusqu'au comptoir, on a commandé cinq pintes de blonde locale, et on s'est posés près d'une table haute qui donnait sur la salle. Jean racontait déjà une vanne sur le prof de fluides quand mon regard a accroché un groupe de quatre filles à quelques mètres. Elles riaient fort, un verre de vin blanc à la main, habillées casual mais avec ce petit truc étudiantes qui les faisait briller : jeans slim, tops légers, cheveux lâchés. Elles avaient l'air d'avoir notre âge, peut-être un peu plus jeunes, mais avec cette assurance des premières années d'école.
Jean les a repérées en même temps que moi. « Oh putain, les gars, regardez-moi ça. Des futures ingénieures agro, je parie. » Il avait raison. On a appris plus tard qu'elles étaient toutes en première année d'école d'agro. Manon était la plus grande, brune aux cheveux longs, avec un rire qui portait loin et un style un peu rock. Julie, châtain clair, lunettes fines, semblait la plus réservée du groupe, toujours en train d'observer. Juliette était rousse, énergique, avec des taches de rousseur qui lui donnaient un air espiègle. Et puis il y avait Camille.
Camille. Dès que je l'ai vue, quelque chose a claqué. Elle était petite, 1m55 à tout casser, peut-être 50 kilos toute mouillée. Une vraie petite blonde aux cheveux clairs, presque platine sous les lumières du bar, qui cascadaient en vagues souples sur ses épaules. Yeux bleus perçants, un sourire qui illuminait tout autour d'elle. Une petite poitrine discrète qui se devinait sous son top blanc ajusté, une taille fine, des hanches juste assez marquées pour donner cette silhouette de poupée vivante. Elle bougeait tout le temps, comme une petite boule d'énergie solaire, riant aux éclats, gesticulant avec ses mains fines. Elle portait un jean skinny noir et des baskets blanches, rien de flashy, mais elle rayonnait.
Jean, fidèle à lui-même, a lancé l'offensive. Il s'est approché avec son verre, nous derrière comme une garde rapprochée. « Salut les filles, vous avez l'air de vous ennuyer sans nous. On est de l'école d'ingé juste à côté, on fête la fin d'une semaine de merde. Vous venez d'où ? » Manon a répondu du tac au tac, moqueuse : « Agro, première année. Et vous, les rugbymen en puissance ? On vous a vus avec vos shorts tout à l'heure sur le campus. » La glace a fondu en dix secondes. On s'est mélangés naturellement. Thomas a parlé rugby avec Julie qui s'y connaissait un peu par son frère. Philippe a charrié Juliette sur son accent lyonnais à elle aussi. Raphaël, calme comme toujours, a discuté avec Manon de la vie sur le campus. Moi, je me suis retrouvé à côté de Camille.
Elle m'a souri direct, ce sourire qui te fait oublier le bruit du bar. « Toi, t'es le Parisien, c'est ça ? Jean nous a déjà tout balancé. » Sa voix était claire, un peu rauque quand elle riait, pleine de soleil même à minuit. On a parlé de tout : ses cours d'agro qui la passionnaient (elle voulait bosser sur la viticulture durable), ma prépa de taré, le rugby qui m'avait sauvé. Elle était solaire, oui. Une énergie qui débordait, elle touchait mon bras en parlant, se penchait pour mieux entendre, ses yeux bleus plantés dans les miens. À un moment, elle a commandé un shot pour nous deux : « Allez François, on trinque à la liberté post-prépa ! » On l'a bu cul sec, et son rire a résonné.
Vers 23h30, l'ambiance du bar montait. Quelqu'un a mis une playlist plus dansante. Jean a crié : « On vous invite à l'after à la coloc ? C'est à dix minutes à vélo, y a du rhum, des pizzas et zéro jugement. » Les filles ont hésité deux secondes, puis Manon a dit oui pour tout le monde. On est sortis en bande, riant déjà dans la rue. On a récupéré des vélos en libre-service, Camille est montée sur le mien en riant, ses bras autour de ma taille. « T'as intérêt à pas me faire tomber, le Parisien ! » Son corps chaud contre mon dos, son parfum léger de vanille et de shampoing, j'ai senti un truc monter.
La coloc était déjà en mode fête quand on est arrivés. Musique à fond – du vieux rock français qui passait en boucle ces temps-ci –, lumières tamisées, le jardin éclairé par des guirlandes que Thomas avait bricolées. On a ouvert le fût de bière, sorti les saucisses pour le barbecue même s'il faisait frais. Les filles se sont intégrées direct. Manon et Jean ont lancé un jeu de bière-pong improvisé sur la table du salon. Julie discutait tech avec Philippe. Juliette et Raphaël étaient déjà en train de danser un peu maladroitement sur une chanson de Johnny.
Moi, j'étais avec Camille dans le jardin. On dansait collés-serrés sur un rythme plus lent qui venait de l'intérieur. Son corps minuscule contre le mien, sa tête qui arrivait à peine à mon torse. Elle levait les yeux, souriait, ses mains sur mes épaules. « T'es pas comme les autres, François. Y a un truc chez toi... comme si t'avais déjà vécu dix vies en prépa. » On a dansé comme ça, serrés, ses hanches contre les miennes, sa petite poitrine qui frôlait mon torse. Et puis elle s'est hissée sur la pointe des pieds, a attrapé ma nuque, et m'a embrassé. Un baiser chaud, rapide d'abord, puis plus profond. Ses lèvres douces, sa langue qui cherchait la mienne avec cette énergie solaire qui la définissait. J'ai senti mon cœur exploser. Elle sentait la bière et le gloss à la fraise.
Elle s'est détachée en riant, les joues roses, et a filé vers Raphaël qui était seul près du hamac. Je l'ai vue danser avec lui de la même façon : collée, rieuse, et deux minutes plus tard, elle l'embrassait aussi. Raphaël, surpris, mais pas contre, a passé ses mains dans ses cheveux blonds. Puis ç'a été le tour de Jean. Elle est revenue vers le salon où il était en train de servir des shots. Danse collée-serrée encore, son petit corps qui se frottait contre lui avec cette innocence joueuse. Jean a ri, l'a soulevée presque, et ils se sont embrassés longuement, elle sur la pointe des pieds, lui penché. J'ai ressenti un pincement, mais pas de jalousie réelle – c'était l'ambiance, la soirée, la liberté brute de la coloc.
Vers 2h30, les filles ont décidé de rentrer. Camille a embrassé Jean une dernière fois près de la porte, un baiser rapide, mais prometteur, puis elles sont parties en riant dans la nuit, sur leurs vélos. « À bientôt les sauvages ! » a crié Manon. On a fini la soirée entre mecs, mais mon esprit était resté sur Camille.
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MelanieD
20 août 2026 à 23:01
Hâte de lire la suite :-)
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Élise Selby
20 août 2026 à 12:04
Avec in titre comme Ça, j'ai pensé à un mauvais porno, une tournante dans les vestiaire de rugby. Mais non, c'est frais léger. Ça m'importe dans un univers inconnu, je comprends la moitié des choses, des termes nouveau, un univers dépeint avec réaliste comme souvent avec toi mais je vois à quoi ça peut ressembler dans l'ensemble. Donc je suis à l'aise.

Et puis l'étincelle, la mèche rebelle arrivé pour le second chapitre, je vais peut être y avoir droit à cette partouze délurée finalement. :D

Pourquoi c'est toujours les blondes qui s'amuse comme ça!
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Clemental
17 août 2026 à 13:59
Début prometteur ! Hate de lire la suite :)
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Frederyc
7 août 2026 à 17:25
Souvenirs souvenirs !!!
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Palavy
7 août 2026 à 16:22
Superbe.
On ressent, presque envieux, l'amitié, la fraternité de cette bande d'amis. Et puis le grain de sable sous l'aspect d'une jolie blonde qui arrive.
Soyez respectueux
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