Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Un pari gênant — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Un pari gênant
Chapitre 1
Le rythme lourd des basses continue de cogner dans mes tempes au Pulsations, une vibration sourde qui semble faire trembler les glaçons dans mon verre. L'air est saturé d'une brume artificielle teintée de néons violets, et la chaleur des corps qui s'agitent autour de nous est devenue presque étouffante. Mais ce qui me brûle le plus, là tout de suite, c'est la honte qui me plaque au comptoir.
— Sérieux Charlély, t'as vu sa tête ? On aurait dit que tu lui demandais de remplir un constat amiable, pas de te donner son numéro !
C'est Johnny qui hurle ça au-dessus du son, les dents blanches et son verre de vodka levé comme un trophée de victoire. Les autres éclatent de rire derrière lui, se tapant sur les épaules. Ils ne me loupent pas. Il y a dix minutes, j'ai enfin pris mon courage à deux mains pour aborder la serveuse au bout du bar. Une brune incendiaire avec un regard qui aurait dû m'inspirer. Résultat ? Je me suis emmêlé les pinceaux, j'ai bafouillé un truc pathétique sur la température de la salle et j'ai fini par commander un Perrier citron alors que j'avais déjà une bière pleine à la main. Elle m'a regardé avec une pitié tellement profonde que j'ai cru que j'allais me dissoudre sur le parquet poisseux.
— Laissez-le, intervient Nico en se tordant de rire, il a une technique bien à lui. C'est la stratégie du « je te fais peur tellement je suis mal à l'aise ». Ça va finir par marcher... dans une autre vie, peut-être !
— Oh ouais, renchérit Johnny en s'essuyant une larme de rire, t'as vu comment elle s'est carapatée ? Elle a cru que t'allais lui parler de ton plan d'épargne logement, mec ! Trente-six piges et toujours le charisme d'un huissier de justice en fin de carrière !
— Oh ouais, renchérit Johnny en s'essuyant une larme de rire, t'as vu comment elle s'est carapatée ? Elle a cru que t'allais lui parler de ton plan d'épargne logement, mec ! Trente-six piges et toujours le charisme d'un huissier de justice en fin de carrière !
Je sens la chaleur me monter violemment aux joues, et ce n'est pas seulement l'alcool. Je suis là, trente-six ans, un mètre quatre-vingt-cinq, les épaules larges, plutôt bien foutu selon les dires, et je suis incapable de décrocher un sourire sans avoir l'air de passer un examen de coloscopie. Je me tourne vers Jesse, qui observe la scène avec un petit sourire en coin, affalé contre le rebord du bar. Lui, il n'a rien dit encore. Il se contente de siroter son gin en regardant Johnny et les autres me démolir méthodiquement.
— Arrêtez de l'emmerder, lâche finalement Jesse, sa voix passant miraculeusement à travers le brouhaha. Il n'est pas mauvais, il est juste... rouillé.
— Rouillé ? hurle Johnny. Le mec est fossilisé, Jesse ! Dis-lui la vérité. Il fait fuir les nanas plus vite qu'une alerte incendie. Toi qui enchaînes les plans cul, même si c'est avec des mecs, fais quelque chose, par pitié ! Donne-lui une leçon, parce que là, on va finir la soirée à regarder Charlély pleurer dans sa limonade.
— Rouillé ? hurle Johnny. Le mec est fossilisé, Jesse ! Dis-lui la vérité. Il fait fuir les nanas plus vite qu'une alerte incendie. Toi qui enchaînes les plans cul, même si c'est avec des mecs, fais quelque chose, par pitié ! Donne-lui une leçon, parce que là, on va finir la soirée à regarder Charlély pleurer dans sa limonade.
Johnny se tourne soudain vers Nico et les autres, l'œil brillant d'un éclat pervers.
— D'ailleurs les gars, on parie ? Je mets cinquante balles que Jesse le fait craquer. Cinquante balles que notre Charlély finit avec une érection monumentale avant la fin de la démo !
— Tenu ! réplique Nico en sortant son portefeuille. Moi je mets trente balles sur le baiser. Je parie qu'il ne pourra pas s'empêcher de l'embrasser tellement Jesse va le chauffer !
— Tenu ! réplique Nico en sortant son portefeuille. Moi je mets trente balles sur le baiser. Je parie qu'il ne pourra pas s'empêcher de l'embrasser tellement Jesse va le chauffer !
Je les regarde, totalement sidéré, la bouche bée.
— Mais vous êtes des grands malades ! je hurle pour couvrir la musique. Vous êtes complètement ravagés, ma parole ! C'est mon pote, et je vous rappelle que je suis hétéro. Vous délirez complètement avec vos paris de dégénérés, allez-vous faire soigner !
Je vide mon verre d'un trait, piqué au vif par les provocations de Johnny et cette mise en scène absurde qui me fait passer pour le puceau de service. L'alcool me donne ce mélange de courage et de stupidité dont j'ai besoin. Je fixe Jesse dans les yeux, cherchant un appui, ou peut-être juste un moyen de fermer le clapet à ces crétins.
— Ouais, Jesse. Vas-y. Puisque ces abrutis parient sur ma gueule, montre-moi. Mais pas des conseils théoriques de dragueur de bac à sable. Montre-moi sur moi. Fais-moi voir comment tu t'y prends pour que la personne en face de toi ait envie de te sauter dessus dans la minute. De toute façon, ils vont perdre leur fric : les mecs, c'est pas mon truc, tu le sais. Mais au moins je verrai la méthode, je noterai les gestes pour la prochaine fois où je voudrai aborder une nana.
Jesse pose lentement son verre. Son expression change du tout au tout. Le pote sympa et rigolard avec qui je regarde le foot disparaît pour laisser place à quelque chose de beaucoup plus affûté, plus sombre, presque prédateur. Il se décolle du rebord du bar, réajuste sa chemise et fait un pas vers moi. Un seul, mais il est déjà trop près.
— Fais gaffe, l'étalon, murmure-t-il, sa voix descendant d'une octave pour devenir un velours dangereux. Si je commence vraiment mon numéro, tu vas finir par oublier Johnny, leurs paris débiles et même pourquoi on est là. Tu vas juste avoir envie de savoir si je suis aussi doué avec mes mains qu'avec mes mots. Tu es sûr de vouloir que je te montre, Charlély ? Une fois que j'aurai commencé, il n'y aura plus de retour en arrière possible devant eux.
— Pfff, même pas en rêve, Jesse, je réplique en essayant de garder ma contenance malgré un frisson bizarre qui me parcourt l'échine. Vas-y, montre-moi ton prétendu "pouvoir". Je t'attends.
— Pfff, même pas en rêve, Jesse, je réplique en essayant de garder ma contenance malgré un frisson bizarre qui me parcourt l'échine. Vas-y, montre-moi ton prétendu "pouvoir". Je t'attends.
Le rythme de la musique devient plus lourd, plus étouffant, alors que Jesse me saisit fermement par le coude pour m'arracher au tumulte du bar. Johnny, Nico et les autres nous suivent comme une meute de loups, leurs verres à la main, l'excitation brillant dans leurs yeux. On traverse la boîte, évitant les corps en sueur, pour atteindre le fond de celle-ci, là où des banquettes en cuir rouge capitonné sont nichées dans l'ombre d'un renfoncement discret.
Jesse s'assoit, une jambe repliée sur la banquette, et me force à m'installer juste en face de lui. L'espace est si réduit que mes genoux sont littéralement emprisonnés entre ses cuisses. L'obscurité ici est seulement zébrée par quelques flashs de lumière pourpre qui balayent son visage, lui donnant un air de démon séducteur. Johnny s'affale à côté de nous, son téléphone déjà dégainé, tandis que Nico pose son verre avec un sourire carnassier.
Jesse ne me quitte pas des yeux. Son regard a changé ; il est devenu sombre, lourd, chargé d'une intention que je n'arrive pas à nommer.
— Bon, on oublie les autres, Charlély, commence-t-il d'une voix qui a perdu toute trace de camaraderie pour devenir un murmure de velours. On oublie que c'est un jeu. Regarde-moi bien.
Il se penche en avant, ses avant-bras posés sur ses genoux, réduisant la distance jusqu'à ce que nos visages ne soient plus qu'à dix centimètres l'un de l'autre.
— T'as passé la soirée à chercher le regard d'une nana qui ne sait même pas ce qu'elle ferait d'un mec comme toi, reprend-il, le ton calme mais brûlant. Moi, par contre, je sais exactement ce que je ferais de toi. Rien qu'à voir tes mains serrées sur tes genoux, je sais que t'as besoin de quelqu'un qui te pousse dans tes retranchements.
Je sens une décharge électrique me parcourir l'échine. C'est plus du "comme si". Il me parle directement, avec une assurance qui me glace le sang.
— T'as des épaules de dingue, Charlély. T'as cette carrure imposante qui me donne envie de voir si tu serais capable de me plaquer contre un mur juste pour me faire taire. J'ai envie de sentir tes doigts s'ancrer dans ma peau, de sentir ta force contre ma fragilité.
Mon visage s'embrase. Je sens la chaleur monter de mon cou jusqu'à mes tempes. Johnny lâche un sifflement sonore, surexcité.
— Oh putain ! Regardez-moi ça ! Il commence à se décomposer ! Allez Jesse, continue, il est en train de fondre !
— Tais-toi Johnny, lance Jesse sans détourner les yeux de ma bouche. Charlély, tu te demandes pourquoi t'as pas de copine ? C'est parce que tu n'oses pas être le prédateur que tu es. Moi, j'ai envie de voir ce prédateur. J'ai envie que tu perdes patience. J'ai envie de sentir ton souffle court dans mon cou, de t'entendre grogner de frustration parce que je suis trop près, parce que je sens trop bon pour toi.
— Tais-toi Johnny, lance Jesse sans détourner les yeux de ma bouche. Charlély, tu te demandes pourquoi t'as pas de copine ? C'est parce que tu n'oses pas être le prédateur que tu es. Moi, j'ai envie de voir ce prédateur. J'ai envie que tu perdes patience. J'ai envie de sentir ton souffle court dans mon cou, de t'entendre grogner de frustration parce que je suis trop près, parce que je sens trop bon pour toi.
Ma gorge est sèche comme du sable. Je sens mes battements de cœur résonner jusque dans mes oreilles. C'est absurde, c'est mon pote, mais ce qu'il dit... la façon dont il se place comme une offre, comme une tentation... ça me retourne le cerveau.
— C'est bon, Jesse... je bafouille, essayant de me reculer, mais mes genoux sont coincés par les siens. On arrête là, tu m'as montré la technique, c'est bon. On peut retourner au bar.
— Pas question ! intervient Nico avec un rire nerveux. Le pari tient toujours ! Jesse, il n'est pas encore assez mal à l'aise, il arrive encore à parler ! Regardez, il tremble presque !
— Ouais, Charlély, assume ! lance Johnny. Jesse, dis-lui ce que tu ferais si on n'était pas là. Montre-lui comment on achève une cible.
— Pas question ! intervient Nico avec un rire nerveux. Le pari tient toujours ! Jesse, il n'est pas encore assez mal à l'aise, il arrive encore à parler ! Regardez, il tremble presque !
— Ouais, Charlély, assume ! lance Johnny. Jesse, dis-lui ce que tu ferais si on n'était pas là. Montre-lui comment on achève une cible.
Jesse sourit, un sourire lent, presque cruel, qui dévoile ses dents. Il s'approche encore, son nez frôlant maintenant le mien. Ses yeux descendent sur ma gorge, là où ma carotide bat à tout rompre.
— Si on était seuls, Charlély, je ne te parlerais pas d'ici. Je serais déjà sur tes genoux. Je sentirais ton envie monter contre moi, je sentirais ton jean devenir trop étroit parce que mes mots te font imaginer des choses que tu t'interdis. J'ai envie que tu me retournes, que tu me bloques les mains derrière le dos et que tu me fasses comprendre que c'est toi le patron. J'ai envie de sentir ta virilité dure, impatiente, et de savoir que c'est moi qui provoque ça chez un mec aussi "droit" que toi.
Je suis pétrifié. Une érection traîtresse et violente commence à se manifester sous mon jean, une réaction purement animale à ces paroles si crues, si directes. C'est l'horreur absolue. Je suis là, grand, costaud, trente-six ans, et je suis en train de perdre tout contrôle sous le regard de mes amis.
— Regardez cette bosse ! hurle Johnny, fou de joie en pointant mon entrejambe. Il est au taquet ! Nico, prépare les billets, je crois que mon pari est en train de devenir légendaire ! Charlély est en train de craquer pour son pote !
— Mais vous êtes des malades... je tente de dire, mais ma voix s'étrangle. Jesse, arrête...
— Pourquoi j'arrêterais ? murmure-t-il, ses lèvres effleurant presque mon lobe d'oreille. Regarde-toi. Tu as envie de me prendre ici, sur cette banquette. Tu as envie de voir jusqu'où je peux me cambrer pour toi. Tu as envie de sentir mon corps s'abandonner totalement sous le tien. Avoue-le, Charlély. Avoue que t'as jamais eu autant envie de posséder quelqu'un qu'en cet instant.
— Mais vous êtes des malades... je tente de dire, mais ma voix s'étrangle. Jesse, arrête...
— Pourquoi j'arrêterais ? murmure-t-il, ses lèvres effleurant presque mon lobe d'oreille. Regarde-toi. Tu as envie de me prendre ici, sur cette banquette. Tu as envie de voir jusqu'où je peux me cambrer pour toi. Tu as envie de sentir mon corps s'abandonner totalement sous le tien. Avoue-le, Charlély. Avoue que t'as jamais eu autant envie de posséder quelqu'un qu'en cet instant.
Je reste cloué à la banquette, incapable de fuir, les yeux fixés sur la bouche de Jesse qui semble savourer chaque seconde de mon agonie sensuelle sous les rires de Johnny et Nico.
L'air dans le renfoncement des banquettes est devenu irrespirable, une chape de plomb saturée de testostérone et de non-dits. Jesse ne me quitte pas du regard, un sourire de prédateur au bord des lèvres, savourant le chaos total qu'il vient d'instaurer dans mes veines. Ma respiration est courte, saccadée, et je sens le regard de Johnny et Nico peser sur moi comme des juges lors d'une exécution publique.
Soudain, Jesse rompt le dernier barrage. Il pose sa main sur ma cuisse. C'est une pression ferme, délibérée, presque possessive. À travers le tissu de mon jean, la chaleur de sa paume me brûle comme s'il touchait ma peau à nu. Il fait remonter ses doigts de quelques centimètres, avec une lenteur de torture, venant frôler dangereusement la zone où mon érection, désormais impossible à dissimuler, tend le denim à en craquer. Je me fige, le cœur cognant si fort dans ma poitrine que j'ai l'impression que la banquette entière vibre au rythme de mes pulsations.
Puis, d'un coup sec, il retire sa main et se lève avec une souplesse insolente, me laissant là, haletant et à moitié dévasté.
— Bon, assez parlé, Charlély, lance-t-il avec un clin d'œil qui me déstabilise encore plus. La théorie, c'est bien, mais si tu veux vraiment savoir comment on rend quelqu'un dingue, c'est le moment d'aller danser.
Avant que je puisse bafouiller la moindre protestation ou tenter de calmer le brasier qui fait rage entre mes jambes, il saisit ma main. Ses doigts s'entrelacent aux miens, sa paume contre la mienne, et il m'entraîne vers le centre de la boîte. Derrière nous, j'entends Johnny hurler par-dessus le vacarme :
— Allez les gars ! On ne bouge pas d'ici, on a la meilleure vue ! Cent balles qu'il ne finit pas la chanson sans lui coller les mains aux fesses ! Regardez-le, il est déjà en train de le suivre comme un petit chien !
Je suis comme un somnambule, incapable de lâcher cette main qui me guide. Jesse m'entraîne au milieu de la foule compacte de la boîte. La musique a changé, c'est un morceau électro-pop ultra-rythmé, les basses sont des coups de boutoir qui résonnent jusque dans mon entrejambe. Les lumières stroboscopiques hachent nos mouvements, créant une atmosphère de transe. Jesse commence à bouger, ses hanches suivant le rythme avec une fluidité provocante, presque indécente.
Il ne reste pas à distance. Il danse sur moi. Il tourne le dos et vient presser ses fesses contre mon érection, se frottant avec une cadence qui me tire des gémissements que j'essaie d'étouffer dans le bruit ambiant. Autour de nous, quelques clients s'arrêtent de danser pour nous regarder. Le contraste est frappant : moi, le grand costaud pétrifié et rouge comme une écrevisse, et lui, ce mec électrique qui me manipule avec une aisance diabolique. Les gens ne disent rien, mais leurs regards sont lourds de sous-entendus.
Puis, sans transition, le tempo s'effondre. Les lumières deviennent bleutées, tamisées. Un slow langoureux et profond envahit la boîte. Le contraste est violent. Jesse se retourne face à moi et me fixe dans le blanc des yeux.
— On en danse un, murmure-t-il en passant ses bras autour de mon cou, m'obligeant à poser mes mains sur sa taille pour ne pas avoir l'air d'un idiot.
Je sens son corps tout entier contre le mien. Il est un peu plus petit que moi, mais sa présence physique est telle qu'il semble combler chaque espace vide entre nous. Son odeur de musc et de sueur sucrée m'enivre alors que son visage se rapproche, ses yeux à hauteur des miens. On commence à tanguer lentement.
— Tu sens ça, Charlély ? me souffle-t-il à l'oreille, ses lèvres frôlant mon lobe. Tu sens comment nos corps s'emboîtent ? Si j'étais une fille, tu serais déjà en train de m'imaginer sans rien. Mais là, c'est moi. Et pourtant, ton corps réagit exactement de la même façon, n'est-ce pas ? Tu as envie de sentir ce qu'il y a sous ma chemise... tu as envie de savoir si ma peau est aussi douce que mes paroles.
Je suis dans un état second. Le désir est devenu une douleur sourde et constante. Sans même m'en rendre compte, mes mains, qui étaient sagement posées sur ses hanches, commencent à glisser. Mes doigts s'aventurent plus bas, descendant tout doucement sur le galbe de ses fesses. La sensation de ses muscles qui bougent sous mes paumes me fait perdre le peu de raison qu'il me reste. Je le serre plus fort contre moi, mon érection écrasée contre son bassin, et je sens qu'il ne s'écarte pas. Au contraire, il se presse davantage.
— C'est bien, Charlély... murmure-t-il encore, sa voix n'est plus qu'un soupir brûlant. Laisse tes mains faire ce qu'elles veulent. Tu vois ? Tu n'as plus besoin de savoir draguer. Tu as juste besoin de laisser tes instincts parler. Est-ce que tu as envie de m'embrasser là, tout de suite, devant tout le monde ? Est-ce que tu as envie que je sois celui qui te fasse oublier ces deux ans de solitude ?
Je craque. C'est trop fort, trop intense. Je baisse la tête, mes lèvres ne sont plus qu'à un millimètre des siennes, je sens sa respiration rapide, j'ai envie de goûter cette bouche qui me provoque depuis une heure. Je ferme les yeux, prêt à tout envoyer valser, prêt à assumer ce baiser devant toute la boîte...
Soudain, Jesse se dégage avec une agilité déconcertante. La musique n'est pas encore finie, mais il me lâche et me saisit à nouveau la main pour me ramener vers la table, comme si de rien n'était.
On arrive devant les banquettes où Johnny et Nico sont littéralement pliés en deux, se tenant les côtes.
— Oh là là ! On a tout vu ! hurle Johnny entre deux quintes de toux. Charlély, t'avais une tête de mec prêt à dévorer un gâteau ! T'étais à deux doigts de le galocher ! J'ai gagné mon pari, Nico, regarde sa braguette, elle va exploser !
Jesse s'assoit, reprend son verre de gin et me regarde avec un sourire angélique, tandis que je reste debout, essoufflé, le pantalon déformé par un désir que je ne sais plus comment gérer, foudroyé par la honte et une frustration qui me donne envie de hurler.
Je sens le sang cogner contre mes tempes, un mélange de rage, de désir refoulé et d'une gêne si profonde que j'ai l'impression que je pourrais m'effondrer sur place. Johnny et Nico continuent de s'esclaffer, leurs rires ricochant contre les parois de la boîte comme des insultes. Johnny pointe encore une fois mon entrejambe avec son téléphone, les yeux larmoyants de rire.
— Non mais regardez-le ! Il est au garde-à-vous ! Cent balles de gagnés, Charlély ! Merci pour le spectacle, t'as été plus convaincant que dans tes rêves les plus fous !
Je lance un regard noir à Johnny, mais ma voix s'étrangle dans ma gorge. Je me tourne vers Jesse. Il est là, assis tranquillement, son verre à la main, me fixant avec ce petit sourire indéchiffrable, comme s'il venait de réaliser un tour de magie sans même transpirer.
— C'est bon, les gars, je lâche enfin, essayant de raffermir ma voix. On s'est bien marré. J'ai joué le jeu, j'ai montré que je pouvais entrer dans le personnage. On peut passer à autre chose ?
Jesse lève un sourcil, s'appuyant contre le dossier de la banquette.
— Ah, donc tu jouais la comédie ? C'était juste pour le spectacle, cette façon dont ton cœur battait contre moi et la manière dont tes mains descendaient sur mes fesses ?
Le silence tombe un court instant sur notre groupe, seulement brisé par la basse étouffée. Les sourires de Johnny et Nico s'élargissent. Ils sentent que le jeu n'est pas fini.
— Puisque tu es si bon acteur, Charlély, reprend Jesse en se levant lentement, pourquoi ne pas finir la leçon correctement ? Ici, il y a trop de distractions. On va sortir prendre l'air. Juste toi et moi. On va voir si tu arrives à tenir ton rôle de "mec qui joue la comédie" quand il n'y a plus de public.
Je devrais dire non. Je devrais me rasseoir, commander une bière et attendre que l'orage passe. Mais l'adrénaline et la frustration me poussent en avant. Je veux lui montrer que je maîtrise la situation.
— Très bien. Allons-y.
— Ouh là là ! hurle Nico alors qu'on s'éloigne. Faites gaffe les gars, si Charlély continue de jouer comme ça, il va finir par nous ramener un petit nouveau à la maison !
— N'oublie pas de protéger ton dos, Jesse ! crie Johnny dans un dernier éclat de rire gras qui me poursuit jusqu'à la sortie.
— Ouh là là ! hurle Nico alors qu'on s'éloigne. Faites gaffe les gars, si Charlély continue de jouer comme ça, il va finir par nous ramener un petit nouveau à la maison !
— N'oublie pas de protéger ton dos, Jesse ! crie Johnny dans un dernier éclat de rire gras qui me poursuit jusqu'à la sortie.
L'air frais du parking me percute de plein fouet, mais il ne suffit pas à calmer l'incendie qui couve en moi. On s'éloigne de l'entrée, vers la zone d'ombre derrière les voitures, là où les lampadaires n'éclairent que par intermittence. Jesse s'arrête brusquement et se tourne vers moi, se plaquant contre le flanc d'une berline sombre.
— On est seuls, Charlély. Plus de paris, plus de Johnny pour filmer. Alors dis-moi la vérité : tu jouais vraiment ?
Il réduit la distance entre nous. La tension est dix fois plus forte qu'à l'intérieur de la boîte. Ici, le silence du parking rend chaque respiration audible. Je le surplombe de toute ma taille, mais c'est lui qui semble avoir tout le pouvoir.
— Bien sûr que je jouais, je mens, la voix légèrement tremblante. Je voulais juste vous montrer que je n'étais pas aussi coincé que vous le pensiez.
Jesse laisse échapper un rire sombre, presque un grognement.
— Tu es un menteur pathétique.
Soudain, il attrape les revers de ma veste et me tire violemment vers lui, tout en me poussant contre la portière de la voiture. Le choc métallique résonne dans le silence. Avant que je puisse réagir, il plaque son corps contre le mien. Ce n'est plus la danse de tout à l'heure ; c'est une agression sensuelle, brute, frontale.
— Ton corps dit le contraire, murmure-t-il, son visage à quelques millimètres du mien. Je sens ton envie à travers tes fringues. Je sens que tu as envie de m'écraser ici, de me faire payer pour l'humiliation devant tes potes.
Il glisse une main sous ma veste, remontant lentement le long de mes côtes, sa paume brûlante cherchant le contact direct avec ma peau sous mon t-shirt. Ses doigts s'ancrent dans mes chairs avec une force que je ne lui soupçonnais pas. Je sens ma résistance s'effriter comme du sable.
— Tu veux que je te dise ce que je vois ? continue-t-il, sa voix devenant une caresse érotique et cruelle. Je vois un mec qui crève de désir pour la première personne qui a osé le regarder comme un homme. Je vois un mec qui a envie de me retourner contre cette caisse, de déchirer ma chemise et de me prendre ici, dans le noir, juste pour se prouver qu'il est encore le plus fort.
Ses lèvres frôlent mon cou, et cette fois, il ne se contente pas de souffler. Il mordille ma peau, une morsure légère mais marquée, qui me fait lâcher un gémissement rauque que je n'arrive pas à contenir. Ma main, agissant d'elle-même, remonte dans sa nuque et s'agrippe violemment à ses cheveux.
— Voilà... murmure-t-il contre ma peau. Enfin. Voilà le prédateur. Tu sens ça, Charlély ? Cette envie de me posséder qui te fait oublier tout le reste ? Est-ce que tu joues encore, là ?
Sa main descend plus bas, vers ma ceinture, ses doigts s'insérant avec une précision diabolique sous le denim. Je sens le contact de sa main contre mon ventre contracté. La chaleur est insoutenable. Je suis à deux doigts de le plaquer au sol, de l'embrasser avec une violence qui me fait peur. Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus si je suis hétéro, je sais juste que je veux que ce mec ne s'arrête jamais.
— Regarde-moi, Charlély, ordonne-t-il.
Je plonge mes yeux dans les siens. Ils brillent d'un éclat sauvage dans l'obscurité.
— Dis-le. Dis que tu as envie de moi. Dis-le et je te montre ce que c'est que de vraiment perdre le contrôle.
Je suis au bord du gouffre, le souffle court, le corps en feu, terrifié par l'intensité de ce qui se passe entre nous, loin des rires et des paris, dans l'ombre étouffante de ce parking.
L'obscurité du parking est comme un linceul protecteur, loin des néons agressifs et du jugement des autres. Jesse est toujours plaqué contre moi, son corps est une braise ardente dans la nuit fraîche. Quand ses doigts agiles s'insinuent finalement sous le rebord de mon jean, effleurant la base de mon sexe qui pulse de rage et de désir, le dernier verrou de ma conscience saute. Je ne suis plus Charlély le coincé, je ne suis plus le pote hétéro qu'on tourne en dérision. Je suis une bête affamée.
Je me jette sur lui. Je m'empare de sa bouche dans un baiser sauvage, presque brutal, écrasant mes lèvres contre les siennes. C'est un choc de langues, de dents qui s'entrechoquent, un échange de salive fiévreux où je cherche à le dominer, à étouffer ses murmures provocateurs. Je l'embrasse comme si ma vie en dépendait, mes mains s'agrippant à son visage puis à ses cheveux, le forçant à subir l'assaut de ma langue qui explore chaque recoin de sa bouche avec une faim insatiable.
Dans un mouvement de rage libératrice, je me recule d'un pouce, le souffle court, et je déboutonne mon jean d'un geste sec. La pression s'échappe, mon érection jaillissant dans la fraîcheur nocturne, tendue à l'extrême, marquant le tissu de mon caleçon avant que je ne l'en libère totalement.
— À genoux, je grogne d'une voix que je ne reconnais pas, une voix d'outre-tombe qui ne supporte aucune réplique.
Jesse me regarde, un éclair de triomphe et de soumission mêlés dans les yeux, et s'exécute sans un mot. Il s'affale sur le bitume, ses mains agrippant mes cuisses. Quand il prend mon sexe dans sa bouche, le contraste entre la chaleur moite de son gosier et l'air du parking me tire un cri rauque. Il me suce avec une expertise dévastatrice, sa gorge s'ouvrant pour m'accueillir tout entier. Mais je ne le laisse pas faire le travail seul. Je le saisis par les cheveux, mes doigts s'enroulant dans les mèches sombres, et je commence à baiser sa bouche sauvagement. J'impose un rythme violent, m'enfonçant au fond de lui sans ménagement pendant de longues minutes, savourant le bruit de succion et ses étouffements qui ne font qu'exciter mes nerfs à vif.
Je le relève brusquement, le faisant pivoter d'un coup de rein. Je le plaque le ventre contre le capot de la voiture, le métal froid contrastant avec la fournaise de nos corps. Je lui baisse son pantalon d'un geste brusque, révélant ses fesses qui luisent faiblement sous la lune. Je crache abondamment dans ma paume, une traînée de salive épaisse que j'étale sans aucune douceur sur son entrée, préparant le terrain avec une hâte brutale.
— C'est ça que tu voulais, hein ? je murmure à son oreille en lui mordant violemment le lobe. C'est ça que tu cherchais avec tes provocations de merde ? Tu voulais voir ce que ça fait quand je lâche prise ?
— Oui... oh oui, Charlély... prends-moi... gémit-il, le visage écrasé contre le métal du capot, son corps se cambrant pour m'offrir un meilleur accès.
— Oui... oh oui, Charlély... prends-moi... gémit-il, le visage écrasé contre le métal du capot, son corps se cambrant pour m'offrir un meilleur accès.
Je ne me fais pas prier. Je m'aligne et je m'enfonce en lui d'un seul coup sec, une poussée brutale qui nous fait sursauter tous les deux. Le plaisir est si intense, si immédiat, que je manque de défaillir. Je commence à le baiser sauvagement, mes mains clouant ses poignets sur le capot. Chaque coup de boutoir fait grincer la suspension de la voiture. Je suis en transe, perdant toute notion du temps et de l'espace, concentré uniquement sur la sensation de sa chaleur qui m'enserre et ses gémissements qui se transforment en cris de jouissance.
Je le prends avec une force animale, mes hanches frappant les siennes dans un claquement sourd et régulier. Je ne suis plus qu'un instinct, un désir pur qui cherche son exutoire. Jesse s'abandonne totalement, sa tête basculant d'un côté à l'autre, ses doigts griffant la carrosserie.
Quand je sens que je suis sur le point d'exploser, que la pression dans mes reins devient insoutenable, je me retire brusquement dans un dernier râle. Jesse se retourne, essoufflé, le regard embrumé.
— À genoux. Encore, j'ordonne, les muscles tremblants.
Il obéit instantanément, ouvrant grand la bouche comme pour recevoir une offrande. Au moment où je jouis, c'est une déferlante qui l'éclabousse, du sperme chaud qui macule son visage, ses joues, et finit sa course au fond de sa gorge alors qu'il essaie d'en perdre le moins possible. Il reste là quelques instants, les yeux fermés, le visage recouvert de mon plaisir, avant de s'employer à me nettoyer méticuleusement, sa langue faisant disparaître la moindre trace de notre ébat avec une dévotion qui me laisse pantois.
Le silence retombe sur le parking, seulement troublé par nos respirations lourdes. On se rhabille dans une sorte de chorégraphie muette, ajustant nos vêtements, lissant nos chemises. Jesse passe une main dans ses cheveux, retrouve son sourire en coin, celui-là même qui m'avait provoqué une heure plus tôt, mais cette fois, il y a une complicité nouvelle dans son regard.
— On rentre ? demande-t-il simplement, une lueur de défi toujours présente. Les autres doivent commencer à s'impatienter.
On traverse le parking, côte à côte, l'air frais nous aidant à reprendre une contenance. En franchissant les portes de la boîte, la chaleur et le bruit nous frappent à nouveau. On se dirige vers les banquettes où Johnny et Nico nous attendent, leurs verres vides.
— Alors ? s'écrie Johnny en nous voyant arriver, un sourire goguenard aux lèvres. L'air était bon ? Charlély, t'as une mine... on dirait que tu viens de gagner au loto !
Jesse s'assoit avec une grâce nonchalante, commandant une nouvelle tournée d'un signe de tête, pendant que je m'installe, sentant encore la chaleur de son corps sur ma peau, prêt à affronter leurs moqueries avec un secret qu'aucun de leurs paris ne pourra jamais égaler.
Le brouhaha de la boîte de nuit nous enveloppe instantanément, mais l'atmosphère à notre table semble s'être figée dans une attente fébrile. Johnny et Nico sont redressés sur leur banquette, les yeux brillants de cette curiosité malsaine qui les caractérise depuis le début de la soirée. Je sens encore l'humidité sur ma peau, le contrecoup de l'adrénaline qui fait trembler mes mains, et cette odeur de sexe et de nuit qui semble émaner de chaque pore de mon corps.
— Alors ? s'exclame Johnny en tapant du poing sur la table pour couvrir une énième montée de basses. On vous a vus partir comme des amants maudits. Alors, Charlély, tu jouais toujours la comédie une fois les portes passées ? Ou tu t'es dégonflé dès qu'il n'y avait plus de public ?
Un frisson de pure terreur me parcourt l'échine. Je sens ma gorge se nouer. Je lance un regard désespéré à Jesse, terrifié à l'idée qu'il balance tout, qu'il décrive avec sa précision chirurgicale comment je l'ai retourné contre cette bagnole, comment j'ai grogné son nom en jouissant. Si la vérité éclate, je ne sais pas comment je vais pouvoir assumer ça devant eux.
Jesse prend une gorgée de son gin, pose le verre avec une lenteur insupportable, puis lâche un petit rire moqueur en secouant la tête.
— Désolé de vous décevoir, les gars, lance-t-il avec un aplomb qui me coupe le souffle. Notre Charlély national est une vraie tête de mule. J'ai tout essayé sur le parking, je l'ai poussé à bout, je l'ai même provoqué physiquement pour voir s'il allait enfin craquer et m'en coller une ou m'embrasser... mais rien. Il n'a pas bougé d'un cil. Il est resté sur sa ligne : "je suis hétéro et tu perds ton temps". Un vrai mur de briques.
Un immense soulagement m'envahit, si puissant que je manque de m'affaler sur la banquette. Johnny lâche un soupir de déception, mais finit par éclater de rire en me donnant une bourrade sur l'épaule.
— Putain, t'es un roc, vieux ! Moi je t'aurais sauté dessus rien qu'avec son numéro dans le coin sombre. T'es vraiment une cause perdue pour la drague, mais au moins t'as des principes !
Pendant dix minutes, la tension redescend. On commande une autre tournée, on discute de tout et de rien, la musique sature l'espace. Je commence enfin à me détendre, pensant que le plus dur est passé. Jesse est assis juste à côté de Johnny, ils rigolent ensemble d'une connerie que Nico vient de sortir.
Soudain, Johnny s'arrête de rire. Il fronce les sourcils en fixant le côté de la tête de Jesse.
— Attends, Jesse, t'as un truc là... dans les cheveux, juste au-dessus de l'oreille.
Mon cœur s'arrête net. Je vois la scène au ralenti. Johnny tend la main avant que Jesse ne puisse réagir. Ses doigts se referment sur une petite mèche rebelle et il en retire une substance visqueuse, translucide et blanche. Il fronce les sourcils, intrigué, et porte ses doigts juste sous son nez pour renifler.
L'expression de Johnny change en une fraction de seconde. Ses yeux s'écarquillent, il passe du rire à une stupéfaction totale. Il lâche le bras de Jesse comme s'il venait de toucher du métal brûlant et se tourne vers moi, la bouche grande ouverte, le regard alternant entre ses doigts et mon visage décomposé.
— J'y crois pas... souffle-t-il, sa voix s'élevant malgré la musique. Oh putain, j'y crois pas ! C'est pas ce que je pense ? Charlély... t'as craqué, vieux ? Tu l'as fait ?
— Quoi ? Mais non... de quoi tu parles ? je bafouille, sentant une chaleur atroce me consumer le visage. C'est... c'est peut-être du gel, ou de la sauce d'un sandwich, j'en sais rien !
— Du gel ? Tu te fous de ma gueule ? hurle Johnny, attirant l'attention de Nico qui se penche, fasciné. Ça sent le foutre à plein nez, mec ! Jesse a ton sperme dans les cheveux ! Putain, t'as fini par lui vider ton sac dessus sur le parking !
— Quoi ? Mais non... de quoi tu parles ? je bafouille, sentant une chaleur atroce me consumer le visage. C'est... c'est peut-être du gel, ou de la sauce d'un sandwich, j'en sais rien !
— Du gel ? Tu te fous de ma gueule ? hurle Johnny, attirant l'attention de Nico qui se penche, fasciné. Ça sent le foutre à plein nez, mec ! Jesse a ton sperme dans les cheveux ! Putain, t'as fini par lui vider ton sac dessus sur le parking !
Je commence à bégayer lamentablement, mes mains s'agitent dans le vide, je cherche une excuse bidon mais mon cerveau est en mode court-circuit. La honte est telle que je ne peux plus aligner deux mots cohérents.
— Je... c'est pas... il m'a... je...
— Oh le salaud ! explose Nico en se tapant le front. Il a craqué ! Le grand hétéro a fini par s'envoyer son pote derrière les bagnoles !
— Putain, ouais ! je finis par hurler, à bout de nerfs, balançant mes mains en l'air. C'est bon, vous êtes contents ? Vous faites chier, les mecs ! C'est de sa faute aussi ! Il m'a cherché jusqu'au bout, il m'a poussé à bout avec ses mots et ses mains... j'ai fini par péter un plomb !
— Oh le salaud ! explose Nico en se tapant le front. Il a craqué ! Le grand hétéro a fini par s'envoyer son pote derrière les bagnoles !
— Putain, ouais ! je finis par hurler, à bout de nerfs, balançant mes mains en l'air. C'est bon, vous êtes contents ? Vous faites chier, les mecs ! C'est de sa faute aussi ! Il m'a cherché jusqu'au bout, il m'a poussé à bout avec ses mots et ses mains... j'ai fini par péter un plomb !
Le silence dure une demi-seconde avant que Johnny ne parte dans un fou rire absolument titanesque. Il se plie en deux, manque de tomber de la banquette, les larmes coulant sur ses joues.
— J'ai gagné ! J'ai gagné mon pari ! hurle-t-il entre deux hoquets de rire. Cinquante balles, Nico ! Je savais que sous ses airs de coincé, Charlély cachait un monstre ! Putain, le coup du sperme dans les cheveux, c'est la meilleure de l'année !
Il n'y a aucune méchanceté dans leurs voix, juste une hilarité totale, une déconnade de potes qui vient de prendre une dimension légendaire. Ils me chambrent, ils me miment en train de "jouer la comédie" avec une exagération grotesque, mais l'ambiance reste joyeuse, électrique. Jesse, lui, me jette un regard par-dessus son verre, un regard lourd de sous-entendus, un petit sourire victorieux aux lèvres. Il sait qu'il m'a eu, et il sait surtout que ce n'est pas la fin.
Depuis cette nuit-là, la vie a repris son cours normal en apparence. On continue de se voir au bar, de mater les matchs et de vanner les passants. Mais de temps en temps, quand le manque devient trop fort, quand l'image de Jesse à genoux sur le bitume ou cambré sur le capot revient me hanter la nuit, je l'appelle. On se retrouve loin des regards de Johnny et Nico, dans l'ombre de son appartement ou dans le secret d'une voiture garée à l'abri. Dans ces moments-là, il n'y a plus besoin de leçons, plus besoin de mots crus pour me provoquer. Je prends ce dont j'ai besoin avec une faim de loup, et Jesse, fidèle à lui-même, savoure chaque seconde de ma perte de contrôle, aimant par-dessus tout voir le "grand mec droit" s'abandonner totalement entre ses mains expertes.
Fin.
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