00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ Élise Selby Entre l'ombre et la lumière XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Entre l'ombre et la lumière — Chapitre 1 · La tentation

20 minutes
7.4k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de Élise Selby
Élise Selby
Histoires publiées
4
Abonnés
66
J'aime cumulés
259
Coup de cœur
Notre équipe a apprécié ce chapitre. Cliquez pour découvrir pourquoi.
L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.

L'écriture installe Élise avec une précision douce et sans effet, et c'est cette retenue-là qui rend le récit si efficace. On aime la façon dont le texte alterne les grands silences intérieurs et les petites frictions du quotidien, comme si la vie ordinaire était elle-même une forme de tension. Le chapitre avance à son propre rythme — hésitation, frisson, point de non-retour — et on suit, sans pouvoir décrocher.

Entre l'ombre et la lumière

Chapitre 1 · La tentation

Élise avait toujours entretenu une relation particulière avec son reflet, une connexion intime et presque obsessionnelle qui allait bien au-delà de la simple vanité. Dans le miroir, elle discernait une version d’elle-même que le monde extérieur semblait ignorer : une audace silencieuse, tapie au fond de son regard, une étincelle de rébellion sensuelle qui la faisait frissonner intérieurement.
Mariée depuis dix ans à Mathieu, un homme aimant, mais irrémédiablement englué dans la routine, les gestes mécaniques du quotidien, les baisers distraits sur la joue, les nuits où leurs corps se frôlaient sans s’enflammer. Elle menait une existence tranquille, presque anesthésiée. Trop tranquille, au point que les journées se fondaient en un continuum monotone et les mois en un cycle prévisible qui la laissait avec un vide béant.
Ce calme apparent masquait un tourment croissant, un sentiment d’invisibilité, comme si son corps, avec ses courbes généreuses et ses zones érogènes négligées, n’était plus qu’un accessoire optionnel dans leur vie de couple. Le terrain du désir, du jeu et du frisson, ce jardin sauvage qu’elle avait autrefois tenté d’explorer avec avidité, était un territoire désormais jeté en friche.
L’étincelle
La graine avait été plantée un samedi après-midi banal. Assise dans le salon, contre son mari, elle regardait distraitement un reportage sur M6. Le ton était racoleur et vantait une nouvelle ruée vers l’or numérique. Des jeunes femmes qui vendaient des photos de leurs pieds à de parfaits inconnus, transformant une partie anodine de leur anatomie en produit lucratif. Les images alternaient entre chiffres vertigineux, captures d’écran floutées et témoignages mi-fiers, mi-gênés.
On parlait d’eldorado, d’argent facile, d’indépendance financière presque ludique. Mais entre les lignes, on devinait les revers : les dérives, l’exhibition permanente, un glissement progressif vers la marchandisation du corps. Élise écoutait d’une oreille attentive, un pli pensif au coin des lèvres. Dans un recoin silencieux de son esprit, une aspiration s’était formée, timide, mais tenace : pourquoi pas moi ?
Ce n’était pas la première fois qu’Élise flirtait avec l’idée de s’exposer. Plus jeune, alors qu’elle se cherchait encore, mal assurée, ébranlée par un manque cruel de confiance en elle, Élise avait tenté une aventure qui lui paraissait à l’époque audacieuse : devenir une Suicide Girl. Fascinée par ces femmes qui semblaient libres, affranchies des codes traditionnels, magnifiées par des mises en scène artistiques et provocantes. Elle était là pour revendiquer une place, une identité, sans doute même une validation. Ce fut ses premiers pas dans le monde de la photographie, les prémisses d’une passion naissante qui survivait toujours.
Son pseudonyme « Grivoise » exprimait cette volonté de s’émanciper, d’assumer sa féminité, son pouvoir sexuel. Mais ce pseudo mettait en lumière le paradoxe de ces deux univers totalement opposés qui s’entrechoquait. Élise ne correspondait pas vraiment à l’esthétique attendue, pas de tatouages, à ce moment-là, pas de piercings étincelants ni de chevelure aux couleurs électriques. Juste elle, avec ses doutes. Elle avait cette beauté plus classique, plus lisse, qu’elle jugeait fade face aux silhouettes affirmées qu’elle admirait. Malgré tout, elle avait osé. Elle avait pris son courage à deux mains et contacté une photographe agréée par la plateforme, économisé sur plusieurs mois, et déboursé les cent euros nécessaires à un shooting complet.
Elle se souvenait de la lumière du studio, blanche et impitoyable, du bruit de l’obturateur, sec et régulier. De la sensation étrange d’être à la fois héroïne et objet, maîtresse de sa gestuelle, mais impuissante sous les clappements intensifs de l’objectif. De cette perte d’assurance graduelle, de cette aspiration sensuelle qui s’étiolait au même rythme que disparaissaient, un à un, ses vêtements. À poil et à visage découvert, elle avait offert au cadre chaque courbe, chaque grain de peau, chaque repli de chair. Elle voulait paraître sûre d’elle, ambitieuse, presque insolente. Pourtant, à travers les clichés, techniquement réussis, quelque chose trahissait son trouble, un sourire forcé, un regard fuyant, une crispation imperceptible dans les épaules. On y lisait le manque de confiance plus que l’assurance revendiquée.
Le set d’une cinquantaine de photos avait reçu un accueil modéré. Quelques commentaires polis, mais rien d’enthousiasmant. Pas d’acclamations, pas d’engouement démesuré ni de messages lubriques sur sa plastique, moins « likée » que les autres qui avaient été publiées en même temps que le sien. Elle était juste devenue une « Hopeful », un statut intermédiaire, suspendu entre l’ombre et la reconnaissance. Pour Élise, ce fut une douche froide. Elle s’était crue audacieuse, elle se découvrait vulnérable.
La désillusion avait été cuisante, Élise avait aussi dit adieu à la rémunération lucrative des officielles. Elle qui escomptait secrètement que cette singularité réparerait quelque chose en elle, mais au contraire, cette fantaisie avait eu pour effet de la fragiliser encore plus. Exposées, archivées et indexées. Faisant face au constat brutal, que ces images ne lui appartenaient plus vraiment, elles vivaient désormais ailleurs, hors de son contrôle.
Les années passèrent, mais cette trace numérique perdura. Avec un peu de recherche, on pouvait malgré tout tomber sur ces photos, vestiges virtuels d’une jeune Élise, balbutiante, fixée dans une tentative désespérée de réappropriation symbolique. Ce souvenir planté comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa vie rangée. Elle était pendue par une angoisse latente, le frisson récurrent de la possibilité qu’un collègue, un ami ou un membre de sa famille découvre un jour cette version d’elle-même.
Alors, en regardant ce reportage sur ces femmes qui monnayaient des fragments de leur corps, Élise ne voyait pas uniquement une opportunité financière. C’était une revanche silencieuse de pouvoir décider des règles. Elle pesait le prix réel de l’exposition et savait désormais qu’on ne vend jamais juste une image. On cède un morceau de soi qui ne revient pas toujours.
Les préliminaires
En fin d’après-midi, seule dans la chambre plongée dans la pénombre, elle eut l’envie presque impulsive de prendre une photo d’elle, un acte qui avait surgi comme un cri muet contre l’ennui. Rien d’explicite au départ, juste un cliché artistique. Une silhouette découpée par la lumière tamisée d’une lampe de chevet, une épaule dénudée, un clair-obscur où sa peau pâle luisait gracieusement. Puis, une autre, moins timorée, une courbe de hanche soulignée par l’ombre, invitant l’œil à deviner ses contours les plus intimes, la rondeur de ses fesses et la promesse voilée d’une poitrine pulpeuse.
En se voyant sur l’écran, Élise fut traversée par une vague de sensations charnelles, un picotement qui descendait le long de son dos jusqu’à ses reins. C’était un choc, elle se trouva belle, différente, vivante, comme si ce reflet digital enjolivait une version d’elle-même cachée, une femme capable de susciter le désir, y compris le sien. Ce moment la troubla profondément, soulevait un mélange d’excitation, d’une peur irrationnelle d’être montrée sous son vrai jour mêlée au sentiment de reprendre le contrôle de ce temple négligé qu’elle ressuscitait avec une avidité inédite.
À chaque nouvelle capture, elle sentait son corps répondre. Les premières photos furent hésitantes, cette première session était un combat contre ses inhibitions, une redécouverte de son pouvoir séducteur, mais aussi une source de culpabilité lancinante. Elle n’était pas à l’abri qu’une poignée s’abaisse sans prévenir, qu’un pas résonne dans le couloir. Que son mari, ou pire, l’un de ses enfants, franchisse le seuil et la trouve à demi vêtue, immobile sous la lumière crue de la lampe, s’offrant au regard froid et inquisiteur de son reflex numérique. Chaque déclic était à la fois une prise de risque et une affirmation silencieuse.
Échauffée par cette étincelle formée durant le reportage de M6 et exacerbée par cette nouvelle version d’elle-même qu’elle avait entraperçue lors de ce shooting improvisé quelques heures plus tôt. Elle créa, dans la soirée, un compte anonyme sur la plateforme spécialisée en photographie sensuelle qui avait été mentionnée à l’écran. Elle tapa un pseudonyme qui ne ressemblait en rien à son prénom, une adresse mail vierge et une date de naissance légèrement modifiée. En trente minutes à peine, son profil existait, sobre, mystérieux et sans visage, passant avec brio les processus de vérification.
Elle rationalisait ce geste impulsif, elle se répéta que ce n’était qu’une simple curiosité, une tentative innocente d’explorer cette fierté florissante, une façon de tester le regard des autres sans jamais leur livrer son identité. C’était la rencontre avec cette version d’elle-même qu’elle avait toujours maintenue sous silence. Cette Élise qui, dans ses fantasmes muets, imaginait des mains étrangères effleurer sa peau, des appétits voraces ingurgitant ses courbes. C’était l’envie d’être contemplée, pas comme on reluque une mère à la sortie de l’école ou une femme dans la routine d’un supermarché. Scruter avec faim, lenteur et attention.
Les premiers clichés, qu’elle retoucha avec minutie, portaient la marque de cette hésitation. Tout était en noir et blanc, comme pour adoucir l’audace. Pour donner une distance artistique à ce qui restait profondément intime. Elle ne montrait jamais tout, juste des fragments.
Une photographie de son dos, capturée en trois-quarts, la ligne de sa colonne se perdant dans l’obscurité. Elle avait subtilement cambré les reins, assez pour suggérer sans jamais montrer. La lumière dessinait le relief discret de ses omoplates, l’arrondi naissant des hanches.
Une jambe enveloppée de soie noire sous la lueur rasante, le tissu glissant lentement sur sa cuisse parcourue d’un frisson visible. Rien n’était effacé, les fines irrégularités, les ombres naturelles qui déformaient sa peau.
Une autre image exhibait l’émergence d’une épaule nue, un pan de chemise entrouvert, comme si quelqu’un venait de la lui retirer. Il n’y avait rien de frontal, rien de vulgaire. C’était une invitation, tout était dans la suggestion, l’harmonie et l’expectation.
Mais à mesure que les photos se chargeaient, le doute s’insinua. Les souvenirs de sa tentative passée refaisaient surface.
Et si c’était encore un échec ?
Et si personne ne regardait ?
Et si quelqu’un reconnaissait un détail ? Un grain de beauté, une mèche de cheveux, une cicatrice familière, un bijou, son tatouage ?
Et si Mathieu tombait dessus par hasard ?
Et si cette audace l’entraînait plus loin qu’elle ne l’avait prévu ?
Et si, à son âge, elle se ridiculisait ?
Son ventre se noua, elle referma presque l’ordinateur, puis les premières notifications apparurent. Des commentaires admiratifs, étonnamment délicats. On saluait l’élégance de la composition, on louait l’initiative. Ces mots, anonymes, mais attentifs, la touchèrent plus profondément qu’elle ne l’aurait cru. On n’encensait pas une jeunesse insolente ou une perfection lisse. On voyait en elle ce qu’elle avait oublié : une femme séduisante, mystérieuse, vibrante, un être charnel dont le corps, avec ses vergetures discrètes et ses formes imparfaites, était célébré comme un objet de désir pur.
À chaque séance photo, quelque chose se réveillait en elle, nourri par le trac et l’adrénaline. Le frémissement délicieux d’une femme qui redécouvrait sa propre sensualité quand elle ajustait la lumière, qu’elle choisît une tenue laissant deviner les contours de ses seins ou un drapé pour suggérer sans montrer. Quand elle posait lentement devant l’objectif, écartant en douceur les cuisses pour jeter une promesse, Élise sentait une chaleur familière s’éveiller dans son ventre. Non parce qu’elle se savait désirée par des inconnus, mais pour la bonne raison qu’elle s’émoustillait elle-même.
Ce doppelgänger parfait qui prenait vie sous ses yeux provoquait un plaisir auto-érotique durant lequel elle ne pouvait pas s’empêcher de se toucher hors cadre. Elle avait trouvé une liberté secrète, un espace mental et physique où elle pouvait s’abandonner sans conséquences immédiates, où son corps redevenait un terrain de jeu, sensible et réactif.
Vendre ses photos n’avait été au début qu’une idée secondaire, un caprice né de la curiosité, mais voir que des inconnus étaient prêts à payer pour ses créations lui donnait l’impression étrange et grisante d’exister dans un cadre où elle n’était plus seulement une épouse ou une collègue, mais un fantasme incarné, une muse charnelle dont l’anatomie était monnayée comme un trésor érotique.
Cette pensée la troublait profondément, un mélange d’exaltation d’être désirée pour courbes exposées sans filtre et de honte attisée par une culpabilité catholique inavouée et un sentiment de trahison envers Mathieu qui la rongeait de la même manière d’une substance corrosive. Chaque fois qu’elle refermait son appareil, un sourire qu’elle ne parvenait pas à réprimer se dessinait sur ses lèvres, un rictus de satisfaction mêlé à une pointe de tristesse. Le bonheur d’avoir reconquis son corps, le désespoir de devoir le masquer.
Ce silence lui appartenait, c’était son jardin secret où elle se retrouvait elle-même, cultivant les fleurs de l’interdit qui exhalaient un parfum de liberté sensuelle. Un lieu où elle se sentait plus femme qu’elle ne l’avait été depuis longtemps, prête à explorer les abysses de son désir sans filet.
L’euphorie
La maison était plongée dans un silence si épais qu’Élise pouvait entendre le frottement de ses propres pensées contre les murs. Le soir s’était installé comme une couverture douillette, étouffant les bruits de la rue, les rires lointains, le grésillement de la télévision. Elle resta un moment immobile au milieu du bureau, les doigts effleurant le luminaire posé sur le meuble. Une vieille lampe verte en céramique, ébréchée, héritage familial d’une grand-tante dont elle avait oublié le nom. Quand elle l’alluma, le halo jaillit en un cône doré, transformant l’espace en une bulle hors du temps. Les ombres s’étirèrent, dociles, caressant les courbes du siège en rotin, le bois sombre de l’armoire, le tapis persan usé où ses orteils nus s’enfonçaient à peine.
Elle n’avait rien prévu, pas ce soir, pas comme ça. Pourtant, ses mains agirent avant que son esprit ne puisse protester. Le trépied était déjà sorti de son sac, ses sections métalliques glissant les unes dans les autres avec un cliquetis précis. Elle le déplia, ajusta la hauteur, vissa l’appareil photo dessus. Un reflex numérique, lourd et rassurant, que son ex lui avait offert pour un anniversaire qu’elle avait fini par haïr. L’objectif, un 50 mm, captait la lumière comme une bouche avide. Elle recula d’un pas, étudia le cadrage dans le viseur : le mur nu en arrière-plan, la chaise en rotin à moitié cachée dans la pénombre, l’espace vide au centre où elle allait se tenir. Son pouls s’accéléra. Ce n’était pas la première fois qu’elle se photographiait, bien sûr. Mais cette fois, quelque chose était différent. Comme si l’air lui-même était chargé d’une électricité pesante, prête à crépiter.
Elle se tourna vers l’armoire, hésita, puis écarta les portes avec une prudence calculée. Ses doigts frôlèrent les cintres, glissèrent sur les tissus. La laine rude d’un pull, la soie froide d’une robe de soirée qu’elle n’avait plus enfilée depuis des années. Puis elle le vit. Le kimono, accroché tout au fond, presque oublié, comme un secret qu’elle se serait laissé à elle-même. Du satin noir, fluide et brillant, brodé de fleurs de cerisier à peine visibles, usées par le temps. Elle l’avait acheté lors d’un voyage à Kyoto, dans une friperie où l’odeur du thé vert se mêlait à celle du bois de cèdre. Elle ne l’avait porté que quelquefois, par coquetterie, avant de le reléguer ici, dans l’obscurité.
Quand elle l’enleva du cintre, le tissu émit un chuchotement soyeux. Elle le laissa couler entre ses doigts, savourant la façon dont il captait la lumière, des reflets changeants qui rendaient la matière presque vivante. Puis, sans se donner le temps de réfléchir, elle l’enroula autour d’elle. Le satin glissa sur sa peau nue, frais tout d’abord, puis tiédissant au contact de son corps. Elle noua la ceinture avec des gestes maladroits, trop serrée, puis trop lâche, avant de trouver un juste milieu. Assez pour tenir, pas assez pour tout cacher. Quand elle se regarda dans le miroir de la tête au pied, elle retint son souffle.
La femme qui lui faisait face n’était pas tout à fait elle. Ses cheveux, habituellement tirés en un chignon strict, tombaient en vagues sombres sur ses épaules, ses lèvres, naturellement pâles, semblaient plus pleines, plus rouges, comme si le simple fait de se voir ainsi les avait gonflées de désir. Mais c’étaient ses yeux qui la frappèrent le plus : grands, noisette, avec ce reflet doré que la lampe faisait resplendir, une lueur qui n’avait rien de timoré. Elle porta une main à sa gorge, elle sentit son pouls s’accélérer.
— Tu peux aller plus loin, murmura-t-elle.
Sa voix lui parvint étouffée, comme venue d’ailleurs. Ses doigts délaçaient déjà machinalement le nœud qu’elle avait mis cinq minutes à faire. Le kimono s’entrouvrit d’abord à peine, révélant une large ligne de peau pâle là où la ceinture avait marqué sa taille. Puis un peu plus, assez pour deviner la courbe de ses hanches, entrevoir l’ombre entre ses seins, mais pas assez pour tout montrer. Elle joua avec les pans du tissu, les éloignant puis les rapprochant, comme si elle hésitait encore à se dévoiler, même seule face au miroir. L’appareil photo l’attendait, paisible, complice. Elle se positionna devant l’objectif, les pieds légèrement écartés, les épaules en arrière. Le premier cliché fut un accident. Un frisson lui parcourut l’échine, son doigt avait appuyé sur le déclencheur par inadvertance. Le clic résonna comme un coup de feu dans le silence.
Elle en capturera une autre, avec soin, puis d’autres avec le même élan. Elle enchaînait les prises et les postures sans se poser de questions. Chaque fois, elle allait un peu plus loin. D’abord, une main glissée dans l’échancrure du kimono, les ongles effleurant le galbe d’un sein sans oser le toucher vraiment. Sous ses gesticulations lascives, la ceinture chancelait de plus en plus bas jusqu’à finalement finir sa course sur le sol. Les deux pendants ouverts ne cachaient plus que l’essentiel, l’ombre entre ses cuisses comme seul rempart de chasteté. La courbe de son ventre s’illuminait, elle se cambrait, offrait sa nuque à la lumière, sentant ses tétons durcir sous le regard invisible de l’objectif. Une chaleur lui monta aux joues, avant de redescendre entre les jambes, où un poids nouveau s’installait, pénible et doux à la fois.
Ses phalanges atterrissaient fébrilement sur des territoires ardants, la moiteur avait envahi sa peau, le tissu satiné du kimono avait du mal à tenir en place, glissait de ses épaules, se faufilait en toute impunité sur ses bras.
Quand elle s’arrêta enfin, haletante, le rose aux joues, elle avait rempli la carte mémoire. Elle se précipita vers l’ordinateur, brancha l’appareil, les images apparurent une à une sur l’écran, et elle les contempla, le souffle court. Elle ne se reconnaissait pas, pas complètement. La femme sur ces photos était à la fois elle et en même temps une inconnue. Une version d’elle-même qui n’avait pas peur, qui osait et qui détenait un sex appeal redoutable. Ses courbes étaient mises en valeur par les jeux d’ombres et de lumières, son visage alternait entre abandon et défi, elle était sûre d’elle, certaine de son emprise. Sur un cliché, ses doigts agrippaient le tissu du kimono, comme si elle allait l’arracher. Sur une autre, elle mordillait sa lèvre inférieure, les yeux mi-clos, coincés dans une extase solitaire.
— Mon Dieu ! souffla-t-elle, une main se portant instinctivement à son entrejambe, où la chaleur était devenue presque insupportable.
Elle devrait les effacer, c’était trop. Cette session avait basculé vers une autre mesure, virée à l’excès, elle ne regardait plus un corps anonyme, elle se voyait, elle, magnifiée par les techniques qu’elle avait peaufinées ces dernières années. Son excitation transpirait sur chaque cliché, son corps gonflé de désir chatoyait en arrière-plan et c’est cette fausse pudeur qui voilait son intimité qui rendait ses images encore plus subversives. Pourtant, ses doigts se déplacèrent vers la souris. Elle en sélectionna trois, les moins explicites, mais les plus suggestives. Celle où le kimono glissait sur son épaule, révélant la naissance d’un sein. Celle où ses yeux brillaient d'une extase contenue, ses lèvres entrouvertes sur un soupir. Et la dernière, où ses mains, cachées sous le tissu, étaient sans équivoque en train de se caresser. Elle hésitait longuement ave celle-ci, mais elle la conserva, elle ne pouvait pas faire autrement.
Elle les posta sur son compte anonyme, suivi par désormais quelques dizaines de personnes. « Pour ceux qui aiment l’art du suggéré » avait-elle écrit, les doigts mal assurés, vraiment sûre de son fait puis elle s’éloigna de l’ordinateur, le cœur battant à tout rompre comme si elle venait de commettre un crime. Elle quitta le bureau pour rejoindre le salon, Matthieu ne devrait plus tarder à rentrer du travail.
Les notifications commençaient à affluer avant même qu’elle n’ait eu le temps de s’asseoir sur le canapé. Chaque vibration de son téléphone était comme une succession de caresses, sur sa nuque, dans le creux de son poignet, sur le dessus de son pied, au niveau du pelvis, sous son aisselle. Chaque parcelle de son corps était devenue une zone érogène, un énième épicentre du plaisir qui résonnait à l’unisson à chaque message. Dès qu’un inconnu réagissait à sa nouvelle publication, elle déplaçait son portable ailleurs, pour profiter de la pulsation sur chacune des parties de son anatomie. Elle avait lu tous les commentaires sans interruption, les cuisses serrées l’une contre l’autre pour tenter d’apaiser l’ondulation étouffée qui y battait.
— Ils la veulent. Ils la désirent, pensa-t-elle, éblouie.
Gorgée d’adrénaline, la palpitation submergeait son cerveau, faisait trembloter ses mollets. Un sifflement se propagea soudainement dans ses oreilles. Elle se leva d’un bond, alla se poster devant le miroir, les yeux brillants, les lèvres gonflées par les morsures de ses propres dents. Elle effleura son bras, là où le satin du kimono avait laissé une empreinte avide. Elle se sentait vivante, plus enjouée que jamais.
Mais alors qu’elle s’apprêtait à se changer, au moment de plonger la pièce dans le noir pour tenter de retrouver un semblant de normalité, quelque chose la retint. Une ombre. Pas celle des meubles, pas celle de son propre corps. Non, c’était autre chose. Une présence, presque palpable, qui paraissait s’étirer derrière elle, dans les recoins du salon que la lumière ne parvenait pas à atteindre. Comme si, en s’offrant ainsi au regard des autres, elle avait involontairement invoqué quelque chose. Elle frissonna, et pour la première fois depuis des années, Élise eut peur. Pas du désir ni des inconnus qui la convoitaient à travers un écran, mais de cette part d’elle-même qu’elle venait de réveiller et qui, maintenant, refusait de se rendormir.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier

Commentaires ()

Passer les 46 commentaires
Photo de profil de james333
james333
5 septembre 2026 à 18:03
Belle première pleine de délicatesse
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de mind13
mind13
3 septembre 2026 à 01:18
Je suis un « photographe amateur très passionné » par la mise en valeur des corps féminins.
L’expérience aide à créer un climat de confiance.
Parfois je scénarise mes shootings, le modèle incarne alors ma muse.
Elle sait ce qui va se passer.
Ensuite, c’est une question de feeling. Mais j’ai remarqué que dans ces cas là, le modèle lache prise plus facilement.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de mind13
mind13
2 septembre 2026 à 06:17
Je suis photographe et je retrouve dans ce texte tout ce qu’expriment les modèles qui osent dévoiler leurs âmes plus que leurs corps.
Immersif et magnifique.
Merci
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de LaVieDeLucie
LaVieDeLucie
20 août 2026 à 09:16
Je suis touchée par l'importance que tu accordes à mon modeste avis ! Merci à toi... ☺️

En tous les cas, jai hâte de découvrir la suite de ton parcours et la manière avec laquelle vont évoluer les choses. Au delà de l'érotisme, ton retour au désir et au plaisir d'être désirée est très touchant.

Vivement les chapitres suivants ! 😃
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de LaVieDeLucie
LaVieDeLucie
19 août 2026 à 12:45
Waouw ! Merci pour ce récit intime rempli de douceur et de sensualité. :D

Au-delà de ton écriture aussi fluide qu’irréprochable, c’est vraiment l’atmosphère que tu as su retranscrire qui permet d’entrer pleinement dans ton histoire.

Une montée en puissance pleine de contradictions et de combats intérieurs, qui m’a conduite à adorer la dernière étape : celle du miroir. Un magnifique moment de lâcher-prise et de réconciliation avec ta féminité, agrémenté d’un soupçon de doute et de pudeur… Bravo !

Même si je n’ai jamais pratiqué autre chose que des selfies « coquins » (voire très coquins), à destination de certains de mes partenaires, je comprends parfaitement ce que tu as pu ressentir et le côté « grisant » de ces séances photo, autant que le plaisir de s'exhiber (et dans ton cas sous le regard d'inconnus, ce qui est une source de fantasmes pour ma part).

Tu y ajoutes une part de frustration, de désirs endormis et de besoin de te sentir désirée, et c’est précisément ce qui donne toute la profondeur à ton récit.

Forcément, la lecture de ton récit m’amène à une question : as-tu poursuivi l’expérience (ou d’autres du même type) ? Peut-être que ton prochain récit abordera ce sujet… ;)

En tous les cas, merci encore pour ce partage ! :)
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Daryl_A
Daryl_A
15 août 2026 à 05:57
Bonjour, le jour où on te déclarera sensible, pulpeuse et délicate n'est plus très loin, tu peux me croire miss El.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Exorium
Exorium
12 août 2026 à 19:10
On a vraiment le sentiment d'être dans votre "peau", de vivre avec vous ces moments où vous osez franchir les limites, bousculer les interdits et vous aventurer à la rencontre de vous-même. C'est un cheminement passionnant auquel vous nous avez conviés là. Il y aura forcément un avant et un après.

Quant aux photos en question, j'ai presque envie de dire qu'on les voit plus précisément encore que si on les voyait vraiment. Qu'on les rêve telles qu'on les voudrait?

En tout cas vous nous procurez des émotions étonnamment subtiles et sensuelles. Un pur enchantement.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Touslesdeux
Touslesdeux
11 août 2026 à 16:08
Une histoire magnifique !
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Armorique
Armorique
9 juillet 2026 à 14:56
J'avais oublié de commenter mais tu sais bien que j'ai aimé ce récit :)
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monpankido
Monpankido
4 juillet 2026 à 02:03
Tres sympa belle premiere histoire !
Soyez respectueux
Répondre
Charger plus de commentaires

Histoires similaires

✦ Cestpresqueca Angélique sage et coquine XSTORY
Angélique sage et coquine
Chapitre 7
Par Cestpresqueca
65
2
10.8k
Hétéro
✦ Miss_sexcret Nus sous l’objectif XSTORY
Nus sous l’objectif
Chapitre 2
Par Miss_sexcret
142
9
8.5k
Lesbiennes
✦ solenc Séance photo révélatrice XSTORY
Séance photo révélatrice
Chapitre unique
Par solenc
217
11
24k
Hétéro
✦ ZabouTabou Découverte intime d'une épouse XSTORY
Découverte intime d'une épouse
Chapitre unique
Par ZabouTabou
0
0
16
Hétéro
✦ Folie31 Liaisons presque dangereuses XSTORY
Liaisons presque dangereuses
Chapitre 2
Par Folie31
60
4
5.5k
Hétéro
✦ Miss_sexcret Nus sous l’objectif XSTORY
Nus sous l’objectif
Chapitre 1
Par Miss_sexcret
117
5
8.4k
Hétéro
✦ Galaxie rouge Jusqu’à ce que mon corps dise “oui” XSTORY
Jusqu’à ce que mon corps dise “oui”
Chapitre 8
Par Galaxie rouge
76
2
3.3k
Hétéro
✦ Emilie 73 Première séance en studio XSTORY
Première séance en studio
Chapitre unique
Par Emilie 73
41
4
5.3k
Hétéro
✦ nusab26 Un secret pas si bien gardé XSTORY
Un secret pas si bien gardé
Chapitre unique
Par nusab26
110
7
14.1k
Bi

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio