Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Entre l'ombre et la lumière — Chapitre 2 · Le revers de la médaille
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Entre l'ombre et la lumière
Chapitre 2 · Le revers de la médaille
Résumé de l’épisode précédent : Élise, mariée et engluée dans une routine qui l’éteint, se sent invisible malgré une sensualité qu’elle devine encore vive en elle. Un reportage sur la vente de photos en ligne ravive un ancien souvenir : sa tentative passée de s’exposer.
Malgré la peur, elle crée un compte anonyme et recommence à se photographier, d’abord timidement, puis avec assurance. Les regards admiratifs d’inconnus réveillent sa confiance et son désir. Ce jeu devient alors une renaissance intime, mêlant excitation et culpabilité.
Élise n’avait pas toujours été cette femme aux contours flous entre l’incarnation de la tentatrice vorace, icône visuelle de la muse intouchable et l’image de l’épouse parfaite, travailleuse, portant le foyer à bout de bras. Née dans un petit village de province semblable à beaucoup d’autres, elle avait grandi comme une ombre discrète, une adolescente à l’esthétique effacée avec une morphologie qui avait mis du temps à se sculpter.
Physiquement, elle avait paru plus jeune qu’elle ne l’était, à dix-huit ans, on lui en donnait seulement quatorze ou quinze. À vingt-cinq ans, on aurait dit qu’elle était tout juste majeure, ce qui était aujourd’hui un atout était vécu à la puberté comme un point noir. Elle était en retard sur toutes les autres et camouflait ses formes sous des pulls trop larges et des jupes décentes. Elle n’attirait pas les garçons de son âge et elle, non plus, ne semblait pas être attirée par eux.
Mais au fond d’elle, une braise couvait. Lors d’un été étouffant, elle avait été chamboulée par ce reflet dans le miroir embué de la salle de bains familiale. La vision pénétrante, de ses seins tendus pointant sous le tissu fin de son débardeur, de ses hanches épanouies qui avaient pris de l’envergure, de cette fourche impudique galbée par une culotte qui lui rentrait tout le temps dans les fesses. Cette enveloppe ordinaire était devenue un vrai corps de femme, où ses attributs érotiques s’exhibaient de toute part et se muaient déjà en une invitation muette. Ce fut le premier frisson, ce picotement traître entre les cuisses qui l’avait fait rougir jusqu’aux oreilles.
L’ébréchure
Élise avait toujours vu son corps comme un habit trop grand, un manteau usé aux coutures invisibles qui la grattaient aux heures les plus intimes. Elle n’avait jamais été saisie par ce sursaut d’évidence que d’autres semblaient connaître si naturellement, cette certitude soudaine d’être belle, désirable, capable d’aimanter les regards affamés. Chez elle, rien de tel, la beauté restait un mirage lointain, une représentation floue et glanée dans les pages froissées des magazines, un privilège réservé aux autres. Et non à elle, pas à cette enveloppe de chair qu’elle hantait avec une répudiation hypocrite.
Elle n’était pas si repoussante au point d’engendrer de la pitié ni sublime au point de devenir une convoitise. Elle était simplement là, une image tiède, une silhouette qui ne s’imposait pas et qui glissait entre les désirs sans les éveiller. Son reflet lui renvoyait une banalité tenace, une neutralité qui la rendait effaçable, baignée dans la masse des corps ordinaires. Et cette absence d’étincelle la rongeait, s’infiltrant en elle comme un poison lent et diffus, la convainquant peu à peu qu’elle n’était pas digne d’être désirée, ni même touchée.
À vingt ans, son corps avait été un temple austère, tendu vers un idéal de jeunesse implacable. Un ventre plat, svelte, presque musclé, des hanches étroites et droites comme un tronc d’arbre, une peau pâle et brillante qui captait la lumière sans la retenir, ne léguant sur elle que cette coloration laiteuse, presque maladive. Porcelaine, avait dit son mari, une fois. Elle avait souri, flattée, sans réaliser que le compliment sonnait aussi de la même manière qu’une condamnation. Porcelaine, une matière fragile, lisse, froide, inerte.
Mais le temps, ce sculpteur cruel et patient, avait laissé des marques. La fermeté s’était relâchée et chaque matin, elle contemplait cette reddition avec un dégoût voilé, presque fuyant. Les années avaient façonné son corps sans jamais lui demander son avis, le modelant en un paysage de contradictions où chaque nouvelle courbe avait le goût amer de la trahison.
Le réalignement
Sous la lumière crue du néon de la salle de bain, le contraste était saisissant et le constat n’était plus le même. Cette lumière ne dissimulait plus les imperfections, il n’y avait plus aucune ombre pour masquer ses formes disgracieuses qu’elle ne tolérait plus. Élise, après une nuit de sommeil agitée, revenait peu à peu dans la réalité de son quotidien. Elle avait perdu de la superbe qu’elle semblait avoir retrouvée pas plus tard qu’hier soir. Sans la ferveur de ses nouveaux admirateurs, Élise n’était plus cette nymphe exquise, et luttait encore contre ses propres démons.
Ses seins avaient été le théâtre de ses premières guerres intimes, ces deux formes qu’elle avait toujours jugées disgracieuses, trop petits pour être vraiment voluptueux, trop lourds pour être délicats. Ces poires chancelantes, ballottées sous les chemisiers trop ajustés, attiraient des regards qu’elle percevait comme moqueurs plutôt que désireux.
— Pas joli ! se murmurait-elle, en les palpant du bout des doigts comme on effleure une cicatrice ancienne. Ses mamelles tombantes ne possédaient pas la rondeur insolente de la poitrine des pin-up. Ils étaient simplement là, fonctionnels, fades, dissimulés sous des soutiens-gorge rembourrés qui feignaient une perfection absente. Elle cligna des paupières, pour chasser l’image. Mais elle persistait, implacablement, avec toujours la même sensation désagréable.
Les indécents bourgeons de chairs pointaient déjà sous le tissu aussi bien que des aveux involontaires. Ils étaient sa honte invisible, traître et hypersensible, ses tétons capables de frémir par contact d’un simple courant d’air ou de durcir par le stimulus d’un regard qui s’attardait sur elle une minute de trop. Elle les percevait comme une difformité, une exubérance inconvenante qui parlait à sa place. Elle attrapa l’ourlet de sa chemise et le tira par-dessus sa tête d’un geste brusque. Le tissu glissa sur ses bras, effleurant ses seins avant de tomber sur le sol froid. Elle frissonna de cette exposition soudaine, comme si elle venait de s’arracher une couche de sa peau.
Sa main hésita légèrement en dégrafant son soutien-gorge, un modèle beige, fonctionnel, choisi pour son invisibilité sous les vêtements. Ses petits nénés se libérèrent avec un subtil rebond, leurs pointes roses se raidirent complètement sous l’effet de l’air conditionné. Elle les observa, critique. Elle pinça son mamelon entre le pouce et l’index, assez fort pour que la douleur se mêle au plaisir, assez pour ressentir quelque chose. Un gémissement lui échappa, contenu, honteux.
Le short de pyjama, gris, moulant, suivit le même chemin que la chemise. Elle le fit descendre le long de ses cuisses, s’aidant de ses talons, avant de la pousser du bout du pied. Maintenant, il ne restait plus que sa culotte noire, en dentelle, un luxe qu’elle s’offrait parfois, comme pour se rappeler qu’elle était encore une femme, sous ses costumes de travail. Elle hésita. Puis, d’un mouvement sec, elle l’enleva à son tour.
Sa main gauche glissa le long de son flanc, s’arrêtant sur la courbe de sa hanche. Elle le pinça, comme pour tester la fermeté de sa chair, puis la relâcha avec un soupir. Trop molle, trop flasque, trop vieille, les adjectifs les plus avilissants fusaient dans ses pensées. Ses doigts remontaient vers son ventre, traçant les contours d’une rondeur qu’elle haïssait. Ce n’était pas de la graisse, non, elle n’était pas grasse, se corrigea-t-elle mentalement, les mâchoires serrées. Elle était juste flétrie. Les repas solitaires, les dérèglements hormonaux et silencieux de son organisme l’avaient métamorphosée à l’imitation d’un fruit qui aurait mûri beaucoup trop vite à son goût.
Elle était passée de la fermeté prometteuse d’un corps au sommet de sa fraîcheur à cette texture mollassonne qui invitait plus à l’indifférence qu’à la fusion. Un galbe obstiné qui se plissait sous la ceinture des jeans trop serrés, constellé de vergetures pâles semblables à des fissures dessinées dans de l’argile séchée. Elle ferma les yeux, inspira profondément par le nez, comme si elle pouvait aspirer la volonté de se trouver belle.
Son sexe lui apparaissait aussi comme une anomalie. Non pas monstrueuse, non, mais dérangeante par sa simple existence. Trop concret dans un monde qui exigeait des corps lisses et hermétiques, elle avait très tôt compris que cette partie d’elle devait rester cachée, contenue, presque niée. Elle n’en parlait pas, elle n’y touchait pas sans raison. Elle n’y posait jamais un regard franc sans exprimer un léger malaise. Elle avait honte de sa texture, de cette peau différente du reste, plus fragile, plus sensible, plus granuleuse aussi et c’était précisément cela qui l’effrayait.
Elle aurait voulu qu’elle soit lisse, discrète, presque inexistante. Pas cette zone humide, chaude, traversée de sensations imprévisibles qui semblaient échapper à sa propre volonté. Elle redoutait son odeur, même fraîche, comme si elle portait en elle une preuve irréfutable de son animalité, quelque chose de foncièrement inconvenant. Dans ce lieu invisible aux autres, mais omniprésent dans sa conscience cristallisait la part la plus douloureuse de son amertume. Ses règles avaient longtemps été une humiliation silencieuse. Chaque trace, chaque tache fortuite renforçait l’idée que son corps intime était sale, incontrôlable. Elle vivait ces jours-là comme une punition mensuelle, un rappel brutal de ce qu’elle était censée dissimuler. Elle se mouvait avec précaution, contractée, craignant l’accident, le dévoilement involontaire.
Lorsqu’elle osait s’observer, brièvement, dans la lumière crue de la salle de bain, elle ressentait ce pincement familier dans la poitrine. Ce n’était jamais « comme il fallait ». Trop charnu ici, trop poilu là. Des plis qu’elle jugeait excessifs, indisciplinés, comme s’ils débordaient de la forme attendue. Elle se comparait, malgré elle, aux images vues furtivement dans les pornos, aux plastiques retouchées des magazines de mode. Elle se confrontait sans cesse à ces corps idéalisés, symétriques, attrayants et presque abstraits.
Le sien était inadéquat, imparfait, trop visible. Élise vivait ainsi depuis des années, prisonnière d’une apparence qu’elle ne reconnaissait pas, dérivant entre dégoût et résignation. Et dans les rares étreintes qu’elle avait connues, son corps se raidissait, appréhendant que l’autre découvre la laideur qu’elle croyait porter en elle comme une malédiction. Elle avait du mal à se laisser aller, elle se crispait, bridant son propre plaisir. Elle retenait sa respiration, redoutant le jugement silencieux, même quand aucun mot n’était prononcé. Mais ça, personne d’autre qu’elle ne le savait, pas même Matthieu, son mari.
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Commentaires ()
C'est un bien triste constat tout cela.
Bien que cela ne soit pas mon genre, tu me rendrais presque empathique.
J'espère sincèrement qu'un tu iras mieux :/
Je ne suis pas empathique pour un sou. C'est peut être en partie pour ça que j'ai toujours rechercher les sensations fortes.
Depuis mes multiples thérapie je vais mieux, rien n'est parfait mais des choses ont changées.
Merci
Je n'ai jamais su séduire juste aguicher.
Merci pour ces belles paroles 🤗
L’oeil du photographe ne s’arrête pas au défaut révélé.
Il l’occulte, il le transforme, il le sublime.
Il écrit l’histoire du corps.