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✦ Élise Selby Entre l'ombre et la lumière XSTORY
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Entre l'ombre et la lumière — Chapitre 4 · La maman et la putain

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Élise Selby
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Entre l'ombre et la lumière

Chapitre 4 · La maman et la putain

Résumé de l’épisode précédent : Entre vulnérabilité et puissance, Élise capturait de sulfureuses images où la peur laisse place à l’acceptation, sans que son mari n’en sache rien. Élise avait rencontré, il y a fort longtemps, Matthieu, son époux, sur un forum de photographie. Amoureux virtuels, leur relation s’était forgée à travers des mots et des clichés. Malgré ses complexes, engluée par une tentative maladroite de le rassurer, Élise s’inventa un passé charnel plus riche qu’il ne l’était. Elle voulait connaître la véritable fusion des corps, pas un coup d’un soir sans sentiment. Mais cette possible extase salvatrice se trouvait dès lors entachée par un effroyable sentiment de culpabilité.
​
Plus de dix années s’étaient écoulées entre cette première union brouillonne, hésitante, presque malhabile, et l’instant présent où elle s’était métamorphosée en créatrice de contenu pour adultes. Le temps avait effacé cette maladresse pour lui coller une maîtrise du désir et une obstination presque obscène.
« Créatrice de contenu » était une formule soigneusement édulcorée, élégante, derrière laquelle se cachait une vérité plus crue, plus cruelle : elle était devenue une catin qui montrait son cul pour de l’argent. Et elle était douée pour ça. Élise avait toujours été une allumeuse, une fille qui savait user de ses charmes, par instinct, par ses regards prolongés, ses sourires un peu trop lents et ses gestes calculés pour donner naissance à une pulsion, une envie brute dirigée uniquement vers elle. Elle provoquait le désir comme d’autres attisent un feu de bois.
Plus d’une fois, cette aptitude avait causé sa perte en lui jouant de sales tours. Des situations qui avaient soudainement dérapé. Des hommes qui avaient pris trop au sérieux ce qu’elle n’avait fait que suggérer du bout des doigts. Des lendemains amers où l’amusement avait cessé d’être qu’un simple jeu. Pourtant, ça ne l’avait jamais arrêtée, bien au contraire. Parce que c’était, au fond, sa seule façon de se rassurer. Un besoin presque vital de se sentir aimée, désirée, convoitée. De vérifier, encore et encore, que son corps avait le pouvoir d’éveiller quelque chose de sauvage chez l’autre et, par ricochet, de lui prouver qui elle était vraiment.
Rapidement, la petite nana vestale et hésitante, qui ne savait pas vraiment comment s’y prendre avec une bite, s’était envolée. Élise avait embrassé son nouveau rôle avec une ferveur presque vorace : celle d’être la locomotive sexuelle de leur couple, encore balbutiant. Un peu trop, même. À chacune de leurs rencontres dans cette chambre d’hôtel, elle repoussait légèrement plus loin les limites, comme si chaque nuit devait surpasser la précédente.
Ce fois-là, alors qu’ils s’étreignaient déjà à moitié dévêtus près du lit, elle s’écarta juste assez pour le regarder dans les yeux, un sourire insolent aux bords des lèvres.
— Et si tu me mettais un doigt dans le cul ? murmura-t-elle d’une voix douce, presque innocente, comme si elle proposait simplement de commander un dessert.
Il s’immobilisa, cligna des yeux, surpris par cette phrase sortie de nulle part.
— Maintenant ? Tout de suite ? Tu es sûre ?
— Non, andouille, pendant que tu me choperas avec frénésie par-derrière. Je veux sentir ta main. J’ai déjà testé seule avec mes doigts. Mais je veux quelque chose de plus intense. Fin c’est comme tu voudras.
Aux grands désarrois de Matthieu, elle ramenait toujours plus d’accessoires. À chaque rendez-vous, un nouveau jouet sortait de son sac, commandé sans lui en parler, comme un secret qu’elle dévoilait seulement au dernier moment. Un gode réaliste, un plug plus large, des menottes matelassées, un petit fouet à franges pour elle. Et pour lui aussi : un cockring serré, des préservatifs texturés ou une gaine. Élise ne demandait plus vraiment la permission. Elle savait qu’il n’avait rien réclamé. Qu’elle avançait toujours plus vite que lui ! Qu’elle le plaçait devant le fait accompli, encore une fois ! Elle lui imposait pour ainsi dire, à l’instant même où la porte se refermait. Comme si elle était déjà convaincue qu’il céderait, qu’il la suivrait dans chaque nouvelle fantaisie.
— J’ai envie que tu m’attaches ce soir, dit-elle en lui tendant les menottes. Les poignets derrière le dos. Comme ça, je ne pourrai pas me toucher et tu feras ce que tu voudras.
Il n’avait même pas le temps de répondre qu’elle ajoutait déjà.
— Et si ça te plaît… on sortira le fouet. Juste un peu. Juste pour voir jusqu’où je peux aller.
Désormais, elle n’avait plus besoin de se contenter de ses nuits solitaires. Son hypersexualité pouvait enfin s’exprimer librement, avec lui, contre lui, en lui et elle n’avait pas l’intention de freiner ses envies.
Offerte, menottée, positionnée à genoux sur le lit, Élise attendait comme une bonne soumise qu’il lui fasse subir les pires sévices. Et pourtant, c’était elle qui tenait les rênes. Elle qui imposait le rythme. Elle qui réinventait chaque rencontre, avec une avidité toujours plus dévorante, en un plaisir souvent plus scabreux. Elle qui jouait avec les limites aussi aisément qu’elle s’amusait avec le feu.
Elle ne pouvait pas être à la fois la dominante et vouloir être dominée. C’était une aberration que seule elle refusait encore de voir. Tout ceci ne pouvait pas durer éternellement ainsi, mais la demi-mesure n’existait jamais avec Élise. Le despotisme et les velléités sexuelles d’Élise ne s’étaient pas érodés d’un millimètre. Même quand elle avait décidé, sans un mot de plus, de tout quitter et de déménager trois cents kilomètres plus loin, juste pour s’installer à ses côtés et devenir sa femme.
Tandis que leur relation s’approfondissait chaque jour, le sexe était devenu la seule note dissonante sur cette partition et l’élément qui les éloignait peu à peu comme si un vent froid, inexorablement, s’insinuait entre eux. La mauvaise communication, des deux parties, son comportement compulsif et ses envies constantes avaient été le fruit d’un mal-être commun et la source d’une difficulté qu’elle avait eue du mal digéré. Si bien qu’elle s’estimait incapable de vivre en couple. Elle avait tout donné. Elle s’était livrée corps et âme. Mais petit à petit, sans qu’elle en prenne conscience, les engrenages de leur harmonie sexuelle s’étaient grippés. Lentement et irrémédiablement.
Matthieu, lui, pensait que le temps et la grossesse allaient atténuer les ardeurs d’Élise. Comme si la maternité allait la transformer.
— On est une vraie famille maintenant, tu vas devenir une maman, lui avait-il souvent dit, la main posée sur son ventre rond, caressant la peau tendue près de son nombril.
Mais ce ne fut pas le cas. Au contraire. Les hormones en ébullition lui jouaient de mauvais tours, voir son corps s’épanouir n’avait pas supprimé anéanti ses besoins. Elle compensait en se masturbant longuement, au travail, à la maison, peu importe l’endroit. Elle était accro au porno. « Gang Bang », « Amateur » ou « Sexe brutal » faisait partie des catégories qu’elle visionnait le plus. Suppléant le manque de sexe réel par des vidéos absurdes qui la faisaient mouiller et jouir jusqu’à l’épuisement.
— Tu considères ça comme normal de mater des mecs et des meufs à poils toute la journée ? avait-il lancé un soir, alors qu’elle venait tout juste de poser son téléphone sur l’oreiller, le regard encore fiévreux.
— C’est la nature, avait-elle répondu d’un ton calme et presque victorieux. Ça me détend et j’assouvis mon appétit sans te solliciter. Ça fait longtemps entre toi et moi, tu ne crois pas.
Matthieu, lui, trouvait cela excessif et dérangeant, à la limite d’une boulimie extrême.
— C’est malsain, Élise. Regarde ton historique, merde ! T’es pas censée bosser à 14 h 23. Tu peux m’expliquer un peu, c’est quoi cette vidéo dégradante que tu as matée à ce moment-là. Et pourquoi, il y a toutes ces photos de mecs nus dans ton téléphone ? On est en couple, bordel !
— On est en couple, tu crois, on dirait qu’on est juste des colocataires. Dans un mariage, il y a de la baise et de la passion. Nous, on a plus tout ça. Une fois tous les trois mois, c’est quoi ? Un devoir conjugal !
Le tourbillon
Alors qu’elle consultait son profil, cela faisait plus de trois ans qu’il ne s’était rien passé entre eux. Le sexe réel était mort. Les désaccords, l’opposition extrême de leurs désirs et de besoins en matière de libido, avaient fini par tuer leur vie sexuelle pour de bon. Il ne restait plus rien qu’un vide glacé. Et là, dans la noirceur de sa folie, elle se laissait enfin emporter par les anges rebelles qui avaient attendu des années avant de se réveiller. Élise jonglait dès lors entre son quotidien d’épouse respectable et ses désirs secrets. Grisée par les premiers retours enthousiastes sur cette plateforme payante, elle avait rapidement compris le pouvoir de la visibilité. Son profil mis en avant sur la page d’accueil avait agi comme un puissant accélérateur. En quelques jours seulement, elle s’était taillé une place de choix parmi les fantasmes des voyeurs de l’ombre.
Elle se sentait à la fois flattée et profondément offensée d’être réduite à un simple morceau de chair fraîche. Pour eux, elle n’était qu’une nouvelle venue prête à se dénuder pour de l’argent, une énième source de profit à hameçonner. Pourtant, sans ce coup de pouce algorithmique, ses publications perdaient rapidement de leur éclat. Le manque se faisait déjà sentir : le frisson s’émoussait. Alors, elle avait franchi une nouvelle étape. Elle avait créé un profil sur un réseau social plus classique, une vitrine racoleuse où elle distillait des extraits savamment choisis de son univers intime. D’autres le faisaient, alors pourquoi pas elle !
Ses pensées étaient le théâtre d’un combat incessant entre culpabilité et excitation dévorante. Même en plein après-midi, au cœur de son quotidien ordinaire, elle s’adonnait à cette exploration publique risquée, ignorant délibérément le danger d’être découverte. Élise tentait de se concentrer sur le tableau Excel ouvert devant elle. Les chiffres dansaient, flous, dénués de sens, mais son esprit avait déjà déserté pour plonger dans un univers bien plus scabreux.
Les doigts d’Élise fouettaient l’écran, ses ongles vernis d’un rouge sombre cliquetant sur les messages et notifications avec une impatience prenante. Son téléphone, unique témoin silencieux de sa transgression, baignait son visage d’une lueur bleutée froide qui sculptait ses pommettes hautes et accentuait l’ombre de ses cils épais. Elle rafraîchissait la page sans cesse, les yeux écarquillés, avides. Les chiffres augmentaient : likes, commentaires, partages, messages privés… Chaque vibration était une caresse électrique.
Elle mordilla violemment sa lèvre inférieure pour retenir un soupir. Le frottement glacial de son alliance contre son annulaire gauche lui rappela brutalement qui elle était : mère, épouse, femme respectable, cadre sérieuse et considérée. Une femme que tout le monde enviait pour sa vie parfaitement ordonnée. Elle imagina un instant le visage de son mari s’il se rendait compte de tout ça. La déception, la colère, la honte. Et sa fille, mon Dieu, sa fille.
Si jamais une photo fuitait, si un collègue tombait dessus par hasard, son existence entière s’effondrerait comme un château de cartes. Elle deviendrait cette femme, la salope qui se déshabille sur internet pour quelques euros. C’était précisément ce contraste, ce grain de sel dangereux, qui rendait son plaisir si intense. Le frisson glacé de la trahison et la conscience aiguë que sa vie parfaite pouvait basculer si quelqu’un, n’importe qui, découvrait ces images. Mais elle avait besoin sans cesse de prolonger ses instants, de ressentir encore ces regards inconnus sur elle.
Une nouvelle vague de notifications inonda l’écran. Elle les ouvrit, les yeux écarquillés. Ses doigts se crispèrent sur le smartphone, ses genoux tremblèrent légèrement. Une caresse interdite et brûlante parcourut son plexus solaire avant de se lover entre ses cuisses. Sa culotte était déjà trempée. Elle sentait l’humidité chaude et gênante dégouliner de ses chairs sensibles à chaque fois qu’Élise gesticulait sur sa chaise. Elle serra les dents, essayant de rester impassible, alors que son corps tout entier criait plaisir. Ils la désiraient. Des hommes, des femmes, des inconnus, tous avides des fragments intimes qu’elle leur offrait. Des photos soigneusement cadrées, retouchées avec art, assez suggestives pour enflammer les sens, jamais suffisamment pour basculer dans l’indécence.
Assise à son bureau, dans l’open-space feutré de l’entreprise, elle jeta un regard discret autour d’elle : ses collègues étaient absorbés par leurs écrans ou en pleine discussion téléphonique. Personne ne faisait attention à elle. Personne ne pouvait deviner. Le contraste la consumait : ici, dans ce décor professionnel aseptisé, avec son chemisier boutonné jusqu’au col et sa jupe crayon sage, elle était en train de se noyer dans un océan de désir sale et libérateur. Elle se détestait et s’adorait à la fois. La honte alimentait l’excitation, et l’excitation rendait la honte encore plus brûlante.
Elle se pencha en avant, les seins écrasés contre le bord du bureau, elle sentait ses tétons durcir douloureusement sous la soie fine de sa blouse. Elle croisa les jambes plus fort, essayant d’asphyxier le besoin qui grandissait, mais cela ne fit qu’empirer les choses. Personne ne savait qu’à trois heures de l’après-midi, tandis que son mari travaillait, Élise, si parfaite et si composée, se consumait en silence, cuisses serrées, sexe trempé, excitée par l’idée d’être reluquée.
Elle se leva d’un mouvement fluide, la chaise roulant en arrière avec un grincement étouffé. La sonnerie de fin de journée l’avait extirpée brusquement de sa transe. Elle n’avait pas vu le temps passer. Elle referma précipitamment l’application, les doigts tremblants, et rangea son téléphone dans son sac comme s’il était brûlant. Son corps était tendu comme un arc, son sexe pulsait douloureusement, frustré et insatiable. Elle attrapa sa veste pour cacher l’état de ses tétons dressés et se dirigea vers la sortie, le visage composé, le sourire professionnel aux lèvres.
Le besoin
La route du retour fut un supplice. Assise derrière le volant, Élise sentait chaque vibration de la voiture se répercuter directement entre ses cuisses. Son sexe frottait contre la dentelle de sa culotte à chaque changement de vitesse. Elle essayait de se concentrer sur la circulation plutôt que sur les images qui tournaient en boucle dans sa tête : les commentaires, les likes, les demandes explicites des inconnus.
La culpabilité la rongeait, mais elle était impuissante face à la chaleur qui irradiait dans son ventre. Elle avait tenté de se raisonner pendant tout le trajet : ce soir, elle allait tout arrêter. Supprimer le profil. Revenir à sa vie normale. Pourtant, au fond d’elle, elle savait déjà que ce n’était qu’un mensonge qu’elle se répétait pour apaiser sa conscience.
Dès qu’elle franchit la porte de l’appartement, le silence l’enveloppa. Son mari travaillait tard et leur fille dormait chez une amie. Elle était seule. Terriblement seule avec son désir.
Elle laissa tomber son sac dans l’entrée et se dirigea directement vers la chambre, comme aimantée. La porte se referma dans un souffle, comme si le bois lui-même retenait sa respiration. Élise s’adossa contre le panneau, les yeux mi-clos, écoutant le déclic discret du verrou qui scellait son sanctuaire. Le monde extérieur s’effaça dans l’instant : exit le bruit de la ville, terminés les murmures lointains de la télévision du voisin. Rien, uniquement le battement sourd et précipité de son propre cœur, un tambour qui résonnait entre ses cuisses.
Devant le grand miroir en pied du dressing, elle s’arrêta. D’un geste lent, presque cérémonial, elle retira d’abord ses escarpins. Puis ses doigts tremblants s’attaquèrent aux boutons de son chemisier. Un à un. Le tissu glissa sur ses épaules, révélant un soutien-gorge en dentelle beige qui peinait à contenir ses seins tendus. Ses tétons, encore durs, pointaient distinctement à travers l’étoffe. Elle fit descendre la fermeture éclair de sa jupe, qui tomba à ses pieds dans un murmure. Il ne restait plus que ses sous-vêtements.
Elle enfila délicatement la chemise de nuit légère qu’elle avait prise hâtivement en rentrant, un déshabillé noir moulant, qui épousait chaque courbe de son anatomie avec une indécence presque innocente. Elle l’avait choisie autrefois pour son élégance et pour plaire à son mari. Elle se tourna frivolement, observant son reflet sous tous les angles.
— Si seulement il savait ce que je fais quand il n’est pas là… se disait-elle en la voyant.
Ses doigts glissèrent sous l’ourlet de la nuisette et remontèrent jusqu’à la dentelle noire de sa culotte. Elle était trempée. Une tache sombre trahissait son excitation depuis des heures. Avec une lenteur torturée, elle écarta le tissu et faufila deux doigts autour de ses lèvres gonflées. L’air frais de la chambre contrastait violemment avec la chaleur moite de sa chair. Elle ferma les yeux un instant, savourant cette vulnérabilité exposée.
Et si quelqu’un entrait ?
Et si elle avait oublié de verrouiller la porte.
Et si son mari rentrait plus tôt que prévu ?
Chaque scénario catastrophe faisait contracter son vagin. Le danger l’excitait au-delà de toute raison. Elle rouvrit les yeux et plongea son regard dans celui de son reflet. Une inconnue la fixait : les pupilles dilatées, les lèvres entrouvertes, les cheveux légèrement défaits. Une humidité abondante, sournoise s’écoulait lentement sur sa cuisse, trahissant un corps qui n’attendait que cela. Ses doigts frais rencontrèrent la chaleur moite de ses nymphes.
— Regarde ce que tu es vraiment, murmura-t-elle d’une voix cassée. Une épouse qui mouille pour des inconnus.
Ces mots résonnèrent en elle inlassablement, tel un gémissement complice dans la quiétude dense de la pièce. Dans un geste irréfléchie, la chemise de nuit glissa le long de son épiderme, par la forme d’une caresse furtive d’un amant invisible, et tomba à ses pieds dans un froissement soyeux. Nue face au miroir, les jambes légèrement écartées, elle commença à se caresser. Ses doigts traçaient des arabesques exquises autour de son clitoris gonflé, alternant pression et douceur. Chaque mouvement envoyait des ondes de plaisir irradiant dans tout son corps, vers son bas-ventre, jusqu’à la pointe de ses orteils qui se recroquevillaient contre le tapis moelleux.
Ses hanches ondulaient d’elles-mêmes, suivant un rythme primal. Ses phalanges plongeaient plus profondément, chaque pénétration était plus urgente, accompagnée d’un bruit humide et obscène qui emplissait la pièce comme une symphonie secrète.
Le dos arqué, seins lourds tendus vers le plafond, tétons durs comme de la pierre, elle haletait. Elle voulait la prolonger, elle voulait souffrir, se noyer dans cette tension exquise qui faisait de son corps un instrument tendu à se rompre, une corde de violon vibrant sous l’archet invisible de son imagination, cette lente agonie du désir qui la consumait goutte à goutte. Sa respiration devenait saccadée, des petits sons incohérents s’échappaient de sa bouche à chaque escalade du plaisir. Le silence immortalisait chaque soubresaut, chaque frémissement de ses hanches.
Presque…
Presque…
Juste un peu plus…
L’excitation montait par vagues successives, de plus en plus puissantes. Elle sentait l’orgasme approcher, un tsunami ravageur prêt à tout emporter, mais Élise s’arrêta net. Ses doigts immobiles restèrent pressés contre sa chair ruisselante et palpitante, comme une statue de marbre dans un jardin interdit. Une sueur fine perlait sur sa peau brûlante, traçant des cascades scintillantes entre ses seins. Son corps tout entier protesta. Son clitoris pulsait furieusement, désespéré d’être abandonné.
Quelque chose l’avait retenue. Une angoisse fugace. Un reste de contrôle. Elle s’était rappelée que c’était vendredi.
Elle retira sa main avec un bruit moite, presque indécent. Les joues en feu, la poitrine se soulevant par saccades, ses seins lourds et luisants se tendant vers l’avant comme des baies mûres sous la morsure invisible du désir inachevé. Elle se redressa brusquement, arrachant ses doigts de son nid humide, Élise contempla son reflet : une femme aux yeux brillants, aux lèvres entrouvertes, au corps tendu tel un arc. Le portrait d’une épouse parfaite transformée en déesse païenne, affamée et insatisfaite.
Elle expira lentement, les doigts effleurant la courbe de sa clavicule, là où la peau était si fine qu’elle pouvait presque sentir le sang circuler, chaud et épais. C’est ici que ça commence, songea-t-elle. Pas une décision raisonnée, pas même une vraie pensée. Juste une certitude animale qui la poussait en avant.
Le vendredi soir était pour elle bien plus qu’une simple fin de semaine. C’était l’heure du basculement, l’instant précis où le masque devait se remettre en place avec une justesse quasi rituelle. Élise savait qu’elle devait alors redevenir cette femme sage, posée, presque effacée, celle dont le regard ne trahissait jamais rien de trop brûlant. Face à sa famille, il lui fallait offrir l’image parfaite : douce, raisonnable, maîtrisée.
Alors elle bridait sa libido comme on enferme une bête fauve. Elle l’emprisonnait à double tour, au plus profond d’elle-même, derrière des portes qu’elle croyait solides. Elle laissait en retrait ce monde tentateur, ces sensations qui la suivaient pourtant de la même manière qu’une ombre chaude, ce frisson permanent qui dormait juste sous sa peau. Même enchaînée, même muselée, cette part d’elle restait ancrée au creux de son esprit, palpitante, impatiente, prête à se réveiller au moindre relâchement.
Le samedi après-midi, elle sentait encore, sous le tissu léger, la mémoire de ses propres doigts, la chaleur persistante entre ses cuisses, le goût salé d’un baiser trop avide. Chaque pas dans le salon familial était une lutte silencieuse. Elle souriait niaisement, répondait vaguement à son mari, elle tentait de trouver une occupation saine, pendant que son corps, lui, continuait de murmurer.
La robe noir satiné de la veille avait disparu, remplacée par un jean sobre et un pull fin. Ses cheveux étaient tirés en un chignon discret. Plus de poses provocantes, plus de téléphone qui se mettait à vibrer dans sa main, plus de secret brûlant entre ses cuisses. Elle avait même rangé l’appareil photo dans un tiroir fermé, comme si les images capturées sur le diaphragme pouvaient encore la trahir. Elle pensait jouer parfaitement son rôle, écouter les conversations banales, répondre avec justesse, rire aux bons moments. Sans que personne ne remarque la tension discrète qui parcourait inlassablement son corps.
Le vendredi soir était un instant pivot, oui. Mais Élise savait que, le lundi matin, quand elle reprendrait le chemin du travail. Alors là seulement, Élise réouvrirait les portes et tournerait à nouveau la clé dans l’autre sens et laisserait la bête reprendre possession d’elle, lentement, goulûment, sans retenue.
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