Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La vengeance, 20 ans plus tard. — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La vengeance, 20 ans plus tard.
Chapitre 1
La sueur perle sur mes tempes alors que je noue mes lacets. C'est ridicule. À quarante ans, ma vie est un champ de bataille émotionnel que je parcours en solitaire. Pas de foyer, pas de compagne, pas de compagnon ; juste des aventures sans lendemain, des corps éphémères dans lesquels je me perds pour oublier que je suis, fondamentalement, seul. La persécution de ma jeunesse a fini par sceller mon cœur, rendant toute attache durable impossible. Pourtant, face au miroir, je suis projeté vingt ans en arrière. Je contemple mes mains : elles sont nerveuses, musclées, parcourues de veines saillantes. Je passe la main sur mes cheveux blonds, rasés court, et je scrute mes yeux verts. Je suis devenu « présentable », dirait ma mère. Mais sous cette armure, forgée à force de sueur et de privations pour compenser les années de honte, je sens encore le poids de la graisse qui a défini mon adolescence.
Ce soir, je vais voir mon passé en face. Je vérifie mon reflet : je ne me reconnais pas, et c'est ma seule victoire. Personne ne me reconnaîtra. Le fantôme est censé être mort.
Le trajet vers la salle des fêtes est un supplice. Mon estomac est un nœud coulant. Les souvenirs remontent violemment. Le couloir sombre du lycée. Le bruit des pas derrière moi. Les rires étouffés qui explosaient en insultes dès que je tournais le coin. Pierrick. Ce nom résonne comme un coup de fouet. Il avait dix-neuf ans, avait redoublé sa terminale, et c'est à ce moment-là que mon enfer a commencé.
Pierrick était le chef de meute. Il ne se contentait pas de m'ignorer ; il orchestrait ma déchéance quotidienne. Il aimait voir mon corps vaciller contre les casiers sous ses poussées « accidentelles ». Il aimait la façon dont je me recroquevillais quand il hurlait, devant tout le monde, « Hé, le gros PD ! ». C'était devenu mon identité. J'étais le punching-ball, le monstre, l'être méprisable qu'il fallait humilier pour asseoir sa domination de mâle alpha. Je vivais reclus, mangeant seul dans les toilettes ou derrière le gymnase, le souffle court, priant pour que la journée se termine sans qu'il ne m'ait repéré. Sa cruauté était un sport. Il était le beau gosse hétéro, le roi du lycée, et je n'étais qu'une cible vivante sur laquelle il gravait sa haine.
La salle est déjà bruyante. Je m'enfonce dans la foule, cherchant le refuge du bar. Je commande un whisky sec. Je m'adosse au comptoir, feignant l'assurance, discutant avec deux anciennes camarades.
Soudain, le temps se fige.
Une silhouette fend la foule. Il est là. Pierrick. Mais cette fois, il n'est pas seul. Un homme est à ses côtés, une main posée familièrement dans le bas de son dos. Pierrick sourit, un sourire tendre, avant de pencher la tête pour murmurer quelque chose à l'oreille de son compagnon. La scène me frappe avec la violence d'un coup de poing.
Mon whisky manque de m'échapper. Mon estomac se noue, non plus de peur, mais d'une indignation fulgurante. Pierrick ? Ce monstre qui a fait de ma vie un champ de ruines, ce type qui m'a traité de "gros PD" jusqu'à ce que je me haïsse moi-même… il est gay ? Il vit sa vie, épanoui, en couple ?
L'injustice est si forte qu'elle en devient physique. La honte et la rancœur, ces vieilles amies que j'avais cru domptées, hurlent à la vengeance. Je ne suis pas rancunier, je me le suis toujours répété, mais là, devant cette image de sérénité, une idée sombre germe. Je veux qu'il paie. Je veux qu'il ressente un millième de ce que j'ai enduré. Mais comment ?
Ils avancent vers le bar. Le cœur battant, je ne fuis pas. Je reste planté là, figé comme une proie qui a décidé de mordre.
— Bonsoir, lance Pierrick, une coupe à la main, son regard brun rencontrant le mien avec une décontraction totale.
Il est toujours ce beau gosse imposant, son tatouage de bras complet attirant les regards, mais il ne me voit pas. Je ne suis qu'un inconnu.
— Je ne crois pas qu'on ait eu l'occasion de se parler, continue-t-il. Moi, c'est Pierrick. Et voici Andréa, mon compagnon depuis dix ans.
Andréa me sourit poliment. Je sens la bile monter, mais je la ravale. Je regarde Pierrick, ce type qui a oublié mon existence alors qu'il a bâti une partie de mon traumatisme sur ses brimades. Il ne se souvient pas de moi. Pour lui, je n'ai jamais existé.
Une lueur de défi s'allume dans mes yeux. La vengeance ne passera pas par la violence physique. Elle sera plus sournoise. Je vais le draguer. Je vais l'amener à me regarder, à me désirer, à se demander pourquoi il est attiré par cet inconnu, avant de lui révéler, au moment où il y sera le plus sensible, qui je suis vraiment.
— Allan, répondu-je, ma voix basse et assurée. Enchanté, Andréa. Pierrick.
Je soutiens son regard avec une intensité calculée, un sourire en coin qui semble le surprendre. Il ne se doute de rien. Il croit rencontrer un homme charmant. Il ne sait pas qu'il vient de réveiller le monstre qu'il a lui-même créé.
— Terminale C, précise-je en le fixant intensément. On n'a pas dû beaucoup se croiser, en effet. Mais je crois que le temps est venu de faire connaissance, n'est-ce pas ?
Son sourire s'élargit, inconscient du piège qui se referme. Le jeu a commencé.
La soirée ne fait que commencer. L'air de la salle des fêtes est encore saturé de parfums mêlés, de rires forcés et de cette excitation électrique qui précède toujours les grandes retrouvailles. Andréa, le compagnon de Pierrick, vient tout juste de s'éclipser vers le buffet, entraîné par une ancienne camarade trop bavarde. C'est l'ouverture. Le moment de placer mon pion sur l'échiquier.
Pierrick est là, adossé à un pilier, une bière à la main. Sa stature imposante, ce tatouage complexe qui enroule son bras comme un serpent d'encre sombre, tout cela m'attire autant que cela me révulse. Je me rapproche, calant mon corps contre le sien, occupant l'espace qu'il a laissé libre. Je ne le touche pas encore, mais je me tiens si près que mon souffle caresse le tissu de sa chemise.
— Tu as l'air pensif, Pierrick, dis-je d'une voix basse, délibérément posée.
Il tourne la tête, surpris. Ses yeux bruns se perdent dans les miens. Il ne voit pas le "gros PD" qu'il a piétiné jadis ; il voit un homme charismatique, un égal. C'est délicieux.
— Un peu de nostalgie, répond-il en esquissant ce sourire en coin, celui-là même qui faisait chavirer le lycée entier. Voir tout ce monde, c'est… étrange.
Je prends une gorgée de mon verre, mon regard ne quittant pas le sien une seconde. C'est le moment.
— C'est vrai. Et c'est étrange de te voir aujourd'hui, avec Andréa… Ça change tellement de l'image que tu renvoyais il y a vingt ans. À l'époque, tu avais ce rôle de "mâle alpha" très hétéro, très rigide, tu ne laissais rien passer. Je me suis toujours demandé… c'était une vraie conviction, ou juste une armure pour protéger ce que tu étais vraiment ?
Un silence lourd s'installe entre nous. Ce n'est pas un silence confortable. Je vois ses pupilles se contracter imperceptiblement. Ma question l'a touché là où son narcissisme n'avait aucune réponse prête. Il repose son verre sur une table haute, le bruit du cristal contre le métal claque comme un coup de feu.
— C'était une autre époque, Allan, lâche-t-il, sa voix perdant un peu de son assurance habituelle. On était tous… différents. On cherchait à s'intégrer, à ne pas faire de vagues.
— À ne pas être soi-même, tu veux dire ? insisté-je avec une fausse naïveté, presque compassionnelle.
— À ne pas être soi-même, tu veux dire ? insisté-je avec une fausse naïveté, presque compassionnelle.
Je fais un pas de plus. Je peux sentir la chaleur qui émane de son corps. Je pose ma main, presque par accident, sur son avant-bras, juste au-dessus du tatouage. Le contraste de ma peau sur la sienne, rugueuse et brûlante, m'envoie une décharge. Je laisse mes doigts traîner, effleurant ses muscles saillants avec une lenteur calculée.
Pierrick se tend sous mon contact. Il ne recule pas. Au contraire, il semble absorber cette attention, comme s'il en avait besoin.
— Tu sais, reprend-il en baissant la voix, comme s'il s'adressait à un confident intime, à dix-neuf ans, la pression… ce n'était pas simple. On jouait tous un jeu. C'était ça, la règle.
— Je comprends, dis-je en laissant mon sourire se faire plus léger, plus dangereux. On fait tous des erreurs par peur d'être soi-même, n'est-ce pas ?
— Je comprends, dis-je en laissant mon sourire se faire plus léger, plus dangereux. On fait tous des erreurs par peur d'être soi-même, n'est-ce pas ?
Il me fixe intensément. Dans ses yeux, je lis une lueur de soulagement, presque de gratitude pour cette absolution que je lui offre sans effort. Mais ce qu'il ignore, c'est que ce pardon est le venin que je lui injecte goutte à goutte.
— Tu es perspicace, Allan, murmure-t-il en se rapprochant encore un peu. C'est vrai que j'étais… peut-être un peu trop rigide. J'avais besoin de prouver quelque chose, à moi-même plus qu'aux autres.
Je resserre ma main sur son bras, mes doigts creusant légèrement la chair. C'est un geste de possession déguisé en geste d'amitié.
— Ne te justifie pas, Pierrick, glissé-je, ma voix n'étant plus qu'un murmure à peine audible. Je trouve ça plutôt courageux, finalement, d'avoir changé. Ça donne envie de découvrir qui tu es vraiment devenu derrière tout ça.
Son souffle se raccourcit. Il jette un coup d'œil rapide vers la foule, cherchant Andréa, avant de se retourner vers moi. Ses yeux brillent d'une intensité nouvelle, une soif de validation qu'il ne peut plus cacher.
— Qui je suis devenu ? répète-t-il avec un sourire provocateur. Tu veux vraiment savoir ?
— J'ai toute la soirée, réponds-je.
— J'ai toute la soirée, réponds-je.
Je lui adresse un sourire plein de promesses, un sourire qui dit tout ce que je n'ose pas encore formuler, mais qui annonce sa chute. La vengeance est là, tangible. Je le tiens, et pour la première fois depuis vingt ans, je sais que je vais le faire tomber, doucement, irrémédiablement, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de son assurance de prédateur. Il croit avoir trouvé un nouvel ami ; il ne sait pas qu'il vient de franchir le seuil d'une cage dont je détiens la clé.
Le brouhaha de la salle des fêtes semble s'estomper, étouffé par la bulle invisible que je viens de créer entre nous. Pierrick est là, planté devant moi, et je sens son ego vibrer sous l'effet de mes mots. Je ne le traite pas comme un simple ex-camarade, mais comme une icône que j'aurais observée depuis les gradins pendant des décennies. C'est un rôle que je joue avec une précision chirurgicale, un mélange de fascination feinte et d'admiration dévorante.
Je réduis encore l'espace entre nous. Je sens l'odeur de son parfum — un mélange boisé, viril, un peu trop entêtant — et la chaleur qui émane de son corps. Sans quitter son regard, je déplace lentement ma main vers son avant-bras droit. Mes doigts se posent sur le tatouage sombre, suivant la courbe d'un trait d'encre, puis s'immobilisent sur sa peau nue. Je laisse ma main peser une seconde de trop, une caresse qui n'est plus tout à fait innocente, une prise de contact qui affirme ma présence. Sa peau est brûlante, presque électrique sous mes doigts. Je sens ses muscles se contracter imperceptiblement sous ma paume, une réaction réflexe, animale.
— C'est amusant de te regarder circuler dans cette salle, dis-je d'une voix calme, presque traînante. Tu as encore cette façon d'attirer tous les regards, comme si tu étais le seul à savoir exactement où tu vas. Je suppose que c'est pour ça qu'on ne pouvait pas détacher les yeux de toi au lycée. C'était presque intimidant.
Il bombe légèrement le torse à mes mots. Le mot « intimidant » frappe juste. Je vois ses pupilles se dilater ; il se nourrit de cette validation. Dans sa tête, ma remarque efface la cruauté, la remplaçant par l'aura d'un prédateur naturel. Il ne se souvient pas d'un tyran ; il se voit comme un dieu olympien. C'est exactement le miroir que je veux lui tendre.
À cet instant, Andréa revient vers nous, une assiette de petits fours à la main, un sourire bienveillant aux lèvres.
— Tu as vu le buffet, Pierrick ? On devrait peut-être aller manger un morceau, non ?
Je ne décroche pas mon regard de Pierrick, ignorant ostensiblement la présence d'Andréa. Je vois Pierrick se raidir légèrement. Il sent la tension, mais au lieu de s'ouvrir à son compagnon, il tourne la tête vers lui, son expression se durcissant une fraction de seconde, une forme de contrariété mêlée d'agacement.
— Pas maintenant, Andréa, répond Pierrick d'un ton sec, presque cassant, sans même daigner le regarder. Je discute. Débrouille-toi pour le moment.
La réponse est tranchante, dépourvue de la tendresse que j'avais observée plus tôt. Andréa reste figé un instant, surpris, avant de hocher la tête, un peu penaud, et de s'éloigner, visiblement blessé. Pierrick se retourne immédiatement vers moi. Son visage s'adoucit instantanément, une expression de désir non dissimulé venant remplacer la froideur qu'il a montrée à son compagnon.
Je reporte toute mon attention sur lui, plongeant mon regard dans le sien avec une intensité délibérée, avant de laisser mes yeux glisser lentement vers ses lèvres, puis de redescendre vers le col ouvert de sa chemise. Je marque un temps d'arrêt, comme si je me forçais à reprendre le contrôle, puis je détourne le regard vers le sol, un léger sourire en coin sur les lèvres.
C'est un signal universel : le « je te veux, mais je lutte contre ça ». Pierrick se fige. Il a vu mon regard. Il a vu cette hésitation, ce désir que je fais semblant de réprimer. L'effet est immédiat. Son assurance vacille, remplacée par une faim nouvelle. Il veut que je le regarde à nouveau. Il veut être celui qui brisera ma « décence ».
— Intimidant, tu disais ? demande-t-il, sa voix se faisant plus grave, plus posée, presque un grognement sourd.
Il fait un pas de côté pour se rapprocher encore, cherchant à capter mon attention par tous les moyens. Il se tourne entièrement vers moi, tournant le dos au reste de la salle, s'isolant délibérément dans notre bulle. Il commence à parler de lui, de ses projets, de ses succès, mais je vois bien qu'il ne s'écoute plus parler. Il est en train de se vendre à moi. Chaque geste qu'il fait est une tentative de me séduire, de s'assurer qu'il a toujours ce pouvoir, ce magnétisme qu'il croit être sa marque de fabrique.
— J'ai toujours été curieux, dis-je en effleurant à nouveau son avant-bras, mes doigts remontant cette fois vers le pli du coude, là où la peau est plus sensible. Curieux de savoir ce que ça fait, d'être celui que tout le monde regarde, mais que personne ne comprend vraiment.
Pierrick me fixe, suspendu à mes lèvres. Il est en train de tomber tête la première dans le piège. Il croit qu'il est en train de me conquérir, alors qu'il est en train de s'ouvrir, de se montrer vulnérable. Chaque détail — la façon dont je le touche, le ton de ma voix, mon regard fuyant — est une pièce de théâtre dont je suis le metteur en scène.
La tension est devenue palpable. Andréa, au loin, jette des regards inquiets vers nous, mais Pierrick ne lui accorde plus le moindre crédit. Je savoure le moment. La vengeance n'est plus une pensée abstraite ; elle est là, dans la chaleur de ma main sur son bras, dans le trouble qui agite ses yeux, et dans cette certitude absolue : d'ici quelques instants, il sera prêt à tout pour que je pose mon regard sur lui une seconde de plus. Le chat a commencé à jouer avec la souris, et il est bien trop tard pour qu'elle puisse s'échapper.
La musique a basculé, se transformant en une onde électronique plus rythmée, plus sauvage. Le beat percutant incite les couples à se désolidariser, à lâcher leurs mains pour laisser place à une gestuelle plus individuelle, plus animale. Andréa, entraîné par le tempo, lâche la taille de Pierrick et commence à bouger à quelques centimètres de lui. C'est exactement l'espace dont j'avais besoin. Le lien entre eux est rompu, la bulle de leur couple se fissure. C'est le moment.
Je ne danse pas ; je me déplace. Je me glisse entre les corps en mouvement, une ombre dont les gestes sont calculés pour fasciner et dominer. Je n'ai pas besoin de suivre la cadence, je la crée. Je les repère au centre de la piste. Andréa est un peu plus loin, perdu dans son propre rythme, tandis que Pierrick s'est retrouvé seul, une main dans la poche de son jean, l'autre tenant une bière tiède. Son regard balaie la salle, cherchant mon ombre.
C'est là que je frappe.
Je me faufile avec une fluidité féline derrière lui. Je m'installe dans son dos, là où il est le plus exposé, transgressant brutalement son espace vital. La proximité est totale, électrique. Je sens la chaleur qui émane de son corps à travers sa chemise fine. Je ne le touche pas, je me contente de planer à quelques millimètres, comme une menace invisible. Il sent ma présence ; je vois ses épaules se tendre, son dos se redresser sous l'impact de ma proximité. Il sait que je suis là, juste dans son sillage.
Je relève les yeux et croise son regard par-dessus l'épaule d'Andréa qui est à présent légèrement sur le côté. Mon visage est un masque de glace, une intensité froide qui contraste violemment avec l'atmosphère moite et joyeuse de la piste. Je ne souris pas. Je traque. Je plante mes yeux dans les siens avec une telle insistance qu'il manque un temps à sa respiration. Pierrick essaie de garder une contenance, de maintenir son masque d'alpha dominant, mais il est irrésistiblement aimanté. Il est incapable de détacher ses yeux des miens, comme s'il était hypnotisé par la menace et le désir qui se mêlent dans mon regard.
Je profite du rythme saccadé pour réduire la distance à néant. Je suis si proche que mon torse effleure son dos. Je me penche, mes lèvres frôlant son cartilage. Mon souffle brûle son oreille.
— Tu as l'air d'avoir un cul bien ferme, Pierrick...
Ma voix, grave et rocailleuse, tranche dans le vacarme des percussions. Le choc est immédiat. Je sens son corps se figer, tétanisé par l'audace de ma transgression. L'électrocution est totale. Il se retourne brusquement, le visage balayé par une vague de surprise qui, en une fraction de seconde, se transforme en un mélange de défi et d'excitation brute. Il ne s'attendait pas à une telle attaque, ni à une telle crudité dans un lieu public.
Loin de s'indigner, loin de me repousser, ses pupilles s'assombrissent. Son ego, flatté par cette prise de possession verbale, prend le relais. Il sourit, un sourire carnassier qui ne s'adresse qu'à moi. Il a décidé de jouer. Il bombe le torse, ses mouvements deviennent plus marqués, plus virils, plus provocateurs. Il croit qu'il mène la danse, qu'il est en train de se prêter à un jeu de séduction sans limites avec un inconnu qui ose le braver.
Andréa, sentant soudainement une faille, un changement d'énergie, se rapproche, l'air interrogateur, une main prête à toucher l'épaule de son compagnon.
— Pierrick, on...
Mais Pierrick le coupe d'un geste sec de la main, sans même le regarder, son regard restant scotché au mien comme un aimant.
— Laisse, Andréa, lâche-t-il, un feu de dévotion malsaine brillant dans son regard. Je m'occupe de ça.
Il se tourne entièrement vers moi, me délaissant Andréa pour faire de notre zone de danse une arène privée. Il se rapproche, son torse venant frôler le mien au rythme de la basse. Il m'observe, cherchant dans mes traits une faille, un signe de faiblesse, alors qu'il est en train de s'offrir, sans le savoir, à l'homme qu'il a humilié pendant des mois, il y a vingt ans.
Chaque seconde est un supplice délicieux. Je sens la tension dans ses muscles, ce besoin viscéral de me prouver qu'il est celui qui domine, celui qui attire. Il ne se doute pas qu'il danse avec son propre bourreau. Il ne voit pas que, derrière mon regard vide, chaque détail de sa posture est disséqué, chaque fibre de son être est en train d'être cataloguée pour le coup de grâce. Il est en train de m'offrir exactement ce que je voulais : sa vulnérabilité totale, déguisée en triomphe narcissique. Le piège n'est pas seulement refermé, il est scellé.
La tension sur la piste est devenue irrespirable, une chape de plomb électrique. Andréa, incapable de soutenir plus longtemps le mépris ouvert de Pierrick, finit par capituler. Il lui jette un regard blessé, presque suppliant, que Pierrick ignore avec une indifférence brutale. D'un geste brusque, Andréa se retourne et s'enfonce dans la foule, cherchant refuge vers le buffet, la silhouette fuyante, humiliée par l'attitude de celui avec qui il partage sa vie.
Je ne quitte pas Pierrick des yeux. Je lui lance un regard brûlant, une invitation silencieuse qui fait office de signal de chasse sans équivoque. Sans un mot, sans même attendre une réaction, je tourne les talons et je m'éloigne vers la zone du bar, là où la pénombre tamisée offre une intimité propice à la confidence. Je sens son regard peser sur mon dos à chaque pas, une pression physique, presque palpable. À peine suis-je arrivé au comptoir, à peine ai-je commandé un verre, que je sens sa présence derrière moi. Il m'a suivi. Le prédateur est devenu la proie.
Il se glisse à mes côtés, s'adossant au bar, son épaule effleurant la mienne. Il a troqué son assurance de « beau gosse » pour une pointe d'irritation contrôlée, une sorte de défi bouillonnant.
— Tu joues à un jeu dangereux, tu sais ? lâche-t-il d'un ton qu'il veut sérieux, bien que ses yeux trahissent son trouble. J'ai un mec, je suis en couple.
Je pivote lentement vers lui. Je prends le temps de détailler son visage, de savourer cette contradiction entre ses paroles de loyauté feinte et le désir qui brûle dans ses pupilles. Je ne me démonte pas ; je plante mes yeux dans les siens, un sourire en coin, presque arrogant, étirant mes lèvres.
— Le danger, c'est justement ce qui me stimule, Pierrick. Et j'ai toujours aimé les défis, surtout quand ils semblent hors de portée.
Le silence retombe, plus lourd encore que sur la piste. Il ne s'attendait pas à cette repartie, à cette absence totale de crainte. Au lieu de reculer, il fait le premier pas. Il réduit l'espace, se penche vers moi, et son regard glisse, volontairement, lourdement, vers le bas de mon corps, là où mon jean souligne la tension de mon entrejambe. Il joue sa partition de séducteur, mais il est déjà en train de se mettre à nu.
— Tu sais, murmure-t-il, sa voix devenant traînante, presque suave, je peux paraître très sûr de moi, très dominateur… mais au fond, j'ai des goûts assez précis. J'aime quand c'est viril, quand ça prend de la place. Certains disent que je suis difficile à satisfaire, mais je pense juste que beaucoup d'hommes ne savent pas ce qu'ils ont entre les mains.
Il m'observe, cherchant une réaction, un signe que je "comprends". Sa main, nerveuse, vient se poser sur ma cuisse. Il n'effleure pas, il appuie, ses doigts s'enfonçant dans le tissu, cherchant à tâter la fermeté de mes muscles. C'est l'aveu masqué : il cherche la fermeté, l'imposant, il cherche celui qui saura le soumettre. Il est en train de quémander l'attention, de se présenter comme celui qui attend d'être pris, d'être "rempli".
Je garde une expression presque clinique, celle d'un chercheur observant une réaction chimique dont il connaît déjà l'issue. À l'intérieur, cependant, une satisfaction sombre, un délice noir, se propage dans mes veines. C'est la revanche absolue. Cet homme qui, il y a vingt ans, m'écrasait de sa superbe est en train de m'offrir son corps sur un plateau, prêt à abandonner tout ce qu'il a bâti — son couple, sa réputation — pour satisfaire mes caprices.
Je pose ma main sur la sienne, bloquant son geste, mais sans le repousser. Je le domine.
— Tu es très suggestif, Pierrick, dis-je d'une voix froide, presque déshumanisée, tout en laissant mon regard plonger dans le sien avec une intensité qui semble le brûler. Je ne suis pas certain que ton mec apprécierait cette honnêteté.
Il rit nerveusement, un son qui se perd contre le bar.
— Il ne regarde pas ce qu'il ne veut pas voir, rétorque-t-il, les yeux fixés sur ma bouche. Et toi, tu as l'air d'être du genre à savoir exactement ce que tu veux. Tu ne m'as pas quitté des yeux depuis que je suis entré.
Il se rapproche encore, son souffle chaud sur mon visage. Il est en pleine autodestruction, grisé par l'idée qu'il est en train de me conquérir, alors qu'il est en train de se livrer pieds et poings liés à son propre bourreau. Il ne sait rien de moi. Il ne sait pas qu'il danse avec le monstre qu'il a créé dans les couloirs du lycée. Je savoure le spectacle. J'ai déjà gagné. Il ne me reste plus qu'à récolter les fruits de cette agonie narcissique. Je me penche à mon tour, une main venant saisir fermement sa nuque, le forçant à un contact visuel total, implacable.
— Oh, je sais exactement ce que je veux, Pierrick. Et je crois que tu vas être très surpris de voir à quel point je peux être… exigeant.
Le piège est scellé. Il est prêt à tout, et la nuit ne fait que commencer.
La musique, à travers les parois épaisses de la salle, ne devient plus qu'un battement sourd et lointain, comme un cœur qui s'emballe. Au bar, la lumière tamisée ne suffit plus à masquer l'éclat fiévreux des yeux de Pierrick. Il continue son manège, sa main glissant sur mon bras avec une assurance artificielle, cherchant à domestiquer l'inconnu qu'il pense avoir séduit.
Je me lasse de cette pantomime.
D'un geste brusque, je réduis l'espace vital jusqu'à ce que nos torses s'écrasent l'un contre l'autre. Je le pousse brutalement contre le comptoir en bois verni, le coin du meuble s'enfonçant dans ses reins. Il a un souffle court, un hoquet de surprise, mais je ne lui laisse aucune chance de reprendre ses esprits. Je me penche, mon visage si près du sien que je sens la sueur perler sur sa tempe.
— Arrête de faire le beau gosse inaccessible, Pierrick, je murmure, ma voix descendant dans les graves, dépouillée de tout artifice. On sait tous les deux ce que tu es. Tu ne veux pas d'une petite aventure, tu as juste envie de te faire baiser comme la bonne petite salope que tu es. Oublie ton mec et ta vie rangée. Dehors, dans le noir, je pourrais faire de toi ma chose, te remplir comme je l'entends.
Le silence qui suit est abyssal. Le mot « salope » flotte entre nous, chargé d'une violence que Pierrick n'avait sans doute jamais osé imaginer. Je vois ses pupilles se dilater, presque effacées par le noir de ses yeux. Il tremble, une vibration fine qui part de ses hanches pour remonter jusqu'à ses épaules. Son regard bascule vers la foule, cherchant fébrilement Andréa dans le brouhaha, comme si le simple fait que son compagnon puisse se retourner le terrifiait. Sa peur est une drogue, et je m'en délecte.
Je saisis fermement sa taille, mes doigts s'agrippant à son jean pour le plaquer contre moi, tandis que mon autre main se referme en une poigne possessive sur sa nuque. Je tire violemment vers l'arrière, forçant son menton à se lever, sa gorge à s'exposer. Il est vulnérable, offert, déshabillé de toute sa superbe.
— On ne peut pas rester là... On nous voit, murmure-t-il, sa voix brisée, un souffle rauque qui trahit un besoin compulsif, une capitulation totale.
Son assurance de mâle alpha s'est effondrée. Il ne reste plus que cet homme, ici, tremblant sous ma main, attendant que je décide de son sort. Je le lâche, le laissant un instant reprendre son souffle, mais je vois dans ses yeux qu'il ne peut déjà plus s'échapper. Il est à moi.
— Alors bouge, dis-je en me détournant sans lui accorder un regard de plus.
Je marche vers la sortie de secours, mes pas résonnant contre le lino de la salle. Je sens, sans me retourner, qu'il me suit comme un automate, un chien qui n'attend qu'un ordre. La porte métallique s'ouvre sur la nuit d'été. L'air est lourd, saturé de l'odeur de la terre et de l'herbe coupée. Le parking est plongé dans le noir absolu, loin des lumières de la fête. Le contraste avec la moiteur de l'intérieur est saisissant ; ici, le silence est oppressant, presque sacré.
Je m'arrête un peu plus loin, sous le vieux tilleul. La table de pique-nique en bois, grise et rude, se découpe dans la pénombre, comme un autel improvisé pour notre transaction. Sans un mot pour Pierrick qui s'est figé à quelques pas de moi, je défais ma braguette. Le bruit du métal est une détonation dans le calme de la nuit. Je sors ma queue, lourde, chaude, déjà impatiente, et je la tiens dans ma main, exhibant mes couilles lisses sous le peu de lumière qui parvient du lointain.
Je ne propose rien. Je n'explique rien. Je me contente de me tenir là, face à lui, imposant ma présence brute, mon sexe exposé comme une arme de guerre. Je veux qu'il voit, qu'il comprenne ce qui va le remplir. Je veux qu'il réalise que tout ce qu'il est — ses années de supériorité, son mépris, son statut — ne vaut rien face à ce qui l'attend ici, dans le noir, au pied de ce vieux bois.
— Approche, Pierrick, je lâche, d'une voix qui n'est plus qu'un ordre. À genoux, devant la table.
Je n'ai pas besoin d'en dire plus. L'exhibition est totale. Je savoure le spectacle de son agonie narcissique : il est là, devant moi, face à l'outil de sa propre soumission, totalement déshumanisé, réduit à sa fonction de partenaire passif. Il n'est plus le dominant de la soirée, il est une chose, et je suis le maître absolu de son plaisir et de sa destruction. La jouissance que je ressens n'est pas charnelle ; elle est intellectuelle, sombre, une victoire froide et chirurgicale sur l'homme qu'il a été pour moi pendant si longtemps. Il s'avance vers moi, les yeux fixés sur ma verge, et je sais, avec une certitude absolue, qu'il va s'exécuter.
Le gravier craque sous ses genoux, un son sec qui résonne dans le silence de la nuit. Pierrick ne cherche pas à se protéger, il ne cherche pas à temporiser. Dans l'obscurité totale de ce parking, loin des projecteurs et de la vie qu'il s'est construite, il se prosterne devant moi comme on se jette dans le vide. Il n'y a plus d'alpha, plus de façade ; il n'y a qu'un homme à genoux qui, sans une seconde d'hésitation, saisit ma verge à deux mains avec une ferveur presque religieuse.
Il l'enveloppe immédiatement de sa bouche. Ses lèvres sont brûlantes, sa langue parcourt la peau tendue avec une avidité qui trahit son besoin viscéral de se perdre. Un gémissement étouffé, un mélange de honte pure et d'une excitation qu'il ne maîtrise plus, s'échappe de sa gorge pour se perdre dans le noir. Je reste immobile un instant, dominant cette silhouette qui s'incline devant moi, savourant la chute de celui qui, autrefois, se pensait intouchable.
Puis, je passe à l'acte. Je ne suis pas là pour le plaisir, je suis là pour marquer.
Je saisis fermement ses cheveux, mes doigts s'ancrant dans son cuir chevelu pour stabiliser sa tête. Je ne cherche pas à être doux ; j'impose un rythme brutal, saccadé, impitoyable. Je m'enfonce dans sa gorge avec une vigueur qui lui fait perdre le souffle. À chaque poussée, je sens ses cordes vocales se tendre, sa résistance s'effondrer. Je m'assure que chaque mouvement soit ressenti jusqu'au fond de son gosier, l'obligeant à accepter ma présence, à s'étouffer presque sous mon autorité.
Je retire ma verge pour mieux revenir, assénant des biffles cinglantes et répétées sur ses joues. Le bruit de la chair contre la peau est sec, rythmé, une marque de possession qui s'imprime sur son visage. Il est offert, la bouche grande ouverte, la langue sortie et tremblante, incapable de fermer les yeux. Il n'est plus qu'un réceptacle, un objet dont je sculpte le destin à coups de va-et-vient impitoyables.
— Regarde-toi, Pierrick, je lâche, ma voix découpant le silence comme une lame. Le grand chef de meute, à genoux dans la poussière, en train de sucer un homme que tu aurais voulu détruire autrefois.
Je marque une pause, le dominant, le forçant à lever les yeux vers moi tandis que ma verge occupe encore sa bouche.
— Tu es une vraie petite salope, tu le sais ça ? Tu ne mérites rien d'autre que de servir de défouloir. Dis-le : dis que tu es ma salope.
Chaque insulte le fait vibrer davantage. Au lieu de le freiner, mes mots sont le carburant de son délire. Ses yeux sont larmoyants, fixés sur moi avec une soumission aveugle. Il bave, les commissures des lèvres souillées par mon sexe, et il répond à chaque ordre par un gémissement affirmatif qui résonne contre mon corps.
— Oui... je suis ta salope, parvient-il à articuler dans un souffle brisé, sa voix dénuée de toute volonté propre.
Il est devenu totalement dépendant de ce mépris. Je le pousse encore plus loin, forçant un mouvement de va-et-vient profond, le poussant dans ses derniers retranchements, jusqu'à ce que son réflexe nauséeux soit la seule chose qui témoigne de sa présence. Il est à bout de souffle, ses lèvres sont endolories par la rudesse de mes mouvements, mais il ne s'arrête pas. Il ne peut pas. Il cherche avidement à plaire, à satisfaire celui qui le traite avec un dédain absolu.
Il est l'ombre de lui-même, un être vidé de sa superbe, réduit à cet état de dépendance brute. Je le sens s'agripper à mes cuisses, ses doigts griffant le tissu de mon jean. C'est la symétrie parfaite : il finit exactement là où il a tenté de m'envoyer il y a vingt ans, mais avec une différence capitale : il y a pris goût. Cette déshumanisation est la preuve la plus éclatante de ma victoire. Je ne cherche pas le plaisir, je cherche la jouissance pure de voir cet homme se détruire devant moi, de voir l'arrogance d'hier se transformer en une avidité servile et dégradante.
Il continue de me sucer avec une frénésie désespérée, ses yeux ne me quittant pas, implorant silencieusement une suite, une confirmation, une nouvelle preuve de mon mépris. Il est à mes pieds, dans le noir, prêt à tout, prêt à être utilisé jusqu'à ce qu'il ne reste rien de son ego. La nuit d'été, lourde et moite, étouffe les derniers vestiges de sa vie rangée. Ici, il n'est plus qu'une chose, et je suis le maître absolu de ce champ de ruines.
Je saisis Pierrick par les cheveux avec une brutalité qui le fait gémir, non pas de douleur, mais d'une terreur exquise qui confine à l'extase. Je le traîne sans ménagement jusqu'à la table de pique-nique, cette masse de bois sombre et froid qui domine le parking. D'un geste sec, je le plaque contre le plateau, le forçant à se plier en deux. Il est là, offert, vulnérable, soutenu seulement par le rebord rugueux. Ses mains se crispent sur le bois, les échardes lui griffant la paume, mais il ne cherche pas à se défendre.
D'un mouvement violent, je lui arrache son jean et son boxer. Ses fesses, pâles dans la pénombre, sont exposées à ma merci. Je me colle contre lui, mon sexe déjà dur et impérieux pressé contre son orifice. Je lui murmure à l'oreille, d'une voix glaciale :
— Maintenant, dis-le. Dis que tu veux que je te remplisse, espèce de salope.
Pierrick, totalement hors de lui, la gorge nouée par un mélange de honte et d'une excitation brutale, articule dans un souffle étranglé, le visage écrasé contre le bois :
— Oui... s'il te plaît... remplis-moi...
Je ne perds pas une seconde. D'un coup sec, je pénètre sa chair, le prenant sans aucune préparation. Il lâche un cri déchirant qui se répercute contre les murs du bâtiment. Immédiatement, je lui plaque ma main sur la bouche, étouffant ses gémissements tout en l'obligeant à rester immobile, en prise avec cette intrusion sauvage. Chaque coup de rein est une décharge de mépris, une affirmation de ma domination totale sur cet homme qui, il y a vingt ans, pensait pouvoir régenter ma vie. Je le défonce sans retenue, savourant la façon dont sa chair se donne, dont son corps m'appartient à chaque va-et-vient qui le fait rebondir contre le plateau.
— Tu aimes ça, hein ? je crache entre mes dents alors que je m'enfonce au plus profond. Sentir toute ma queue te déchirer ? Tu n'es qu'un trou, Pierrick, mon petit défouloir de luxe. Un simple réceptacle.
La moiteur de la nuit d'été semble alourdir chaque seconde. Je le saisis par les hanches, le basculant pour le faire basculer dans l'herbe humide. Je le force à se mettre à quatre pattes, le visage enfoncé dans la terre et les brins d'herbe qui collent à sa peau. Il est là, offert, à ma merci. Je m'installe derrière lui et je reprends ma cadence, plus sauvage encore. Chaque poussée est un rappel de ma supériorité. Je le vois gémir dans l'herbe, ses doigts s'enfonçant dans la terre, incapable de se soustraire à mon emprise.
— Tu es à moi, Pierrick. Dans l'herbe, sur la table, peu importe. Tu n'es qu'une chose que je façonne à ma guise.
Je le saisis alors par les cheveux pour redresser sa tête, l'obligeant à regarder vers le haut, vers les étoiles qui ne voient rien de sa déchéance. Je lui impose un rythme frénétique, alternant les poussées profondes et les saccades sèches. Je le sens serrer, convulser, pris au piège de ma force.
— Je vais te remplir de tout mon jus, je grogne.
Je décharge avec une force brute, le vidant entièrement en lui, chaque spasme de mon corps étant une marque supplémentaire de ma propriété. Je reste quelques instants ainsi, immobile, le dominant physiquement, savourant son souffle court.
Mais je ne m'arrête pas là. Je retire ma verge, et alors qu'il s'apprête à reprendre ses esprits, je le force à se redresser pour le plaquer contre le tronc rugueux du tilleul. Je réintroduis ma verge d'un coup sec, profitant de sa réaction de surprise pour savourer le contrôle absolu que j'exerce sur ses sensations. Je le fais gémir, je le fais vaciller, je le brise une fois de plus, le laissant glisser le long de l'écorce dans un état d'abandon total.
— Retourne-toi, je lui ordonne, mon ton redevenant chirurgical. Et nettoie-moi.
Il s'exécute, baissant les yeux, le visage défait, la bouche tremblante. Il nettoie chaque trace de son humiliation avec une soumission servile.
Une fois terminé, je range mon sexe. Je repars vers la salle sans un mot. Pierrick reste seul dans le noir, se rajustant laborieusement, essuyant les traces de mon plaisir brutal qui coulent le long de ses jambes.
Je rentre dans la salle. La lumière crue, la musique, le brouhaha... le contraste est saisissant. Andréa m'aperçoit et s'approche, l'air anxieux.
— Dis, tu n'aurais pas vu Pierrick ? Il a disparu depuis un moment...
Je lui adresse un sourire d'une sérénité terrifiante. Je regarde derrière son épaule : Pierrick apparaît à l'entrée, hagard, les traits tirés, tentant désespérément de se fondre dans la masse.
— Oh, je crois qu'il ne doit pas être bien loin, je réponds d'un ton léger.
Voyant Pierrick, je lui fais un signe de la main, un geste de complicité qui sonne comme un ordre irrévocable.
— Tiens, le voilà justement.
Pierrick s'approche, le visage marqué, incapable de croiser mon regard, tandis qu'Andréa, soulagé, se précipite vers lui. Le piège n'est plus seulement scellé ; il est devenu sa nouvelle réalité, et il est incapable d'y échapper.
Je suis debout près d'Andréa, savourant le contraste entre la musique qui bat son plein et le calme glacial qui m'habite désormais, quand je vois Pierrick se diriger vers nous. Il marche d'un pas hésitant, ses vêtements encore froissés par l'herbe du parking, le regard fuyant et les traits tirés par une tension qu'il tente désespérément de masquer sous un masque d'assurance qui ne tient plus qu'à un fil. Il s'arrête devant nous, et je sens le malaise d'Andréa redoubler.
Je ne dis rien. Je le laisse s'approcher, le laissant entrer dans mon espace vital, là où je sais désormais qu'il se sent le plus vulnérable.
— Dis-moi, Pierrick... je lance alors, ma voix perçant le brouhaha ambiant avec une clarté chirurgicale, un soupçon de nostalgie feinte dans le ton. Tu te souviens du "gros PD" de notre terminale ? Ce gamin que tu prenais un malin plaisir à humilier devant tout le monde ?
Pierrick se fige. Ses yeux balaient la salle, cherchant une porte de sortie, avant de se recroqueviller sur moi. Un sourire cruel, un réflexe conditionné de sa vie d'autrefois, s'étire sur ses lèvres, une dernière tentative de nier l'évidence.
— Ah, mais oui ! lâche-t-il, la voix chevrotante. Ce type pathétique...
Je fais un pas vers lui, imposant un silence lourd dans l'air moite de la salle.
— Ce type, c'était moi, Pierrick. C'est moi que tu as martyrisé toute l'année. J'étais complexé, terrifié, et tu as passé ton temps à me détruire pour te donner une contenance. Je suis devenu ce que je suis aujourd'hui à cause de ce que tu m'as fait subir, de ce monstre que tu as alimenté avec ta cruauté gratuite.
Le sang quitte le visage de Pierrick instantanément. Il devient livide, ses yeux écarquillés, son assurance s'effondrant comme un château de cartes. Je me tourne vers Andréa, qui nous observe avec un mélange d'incompréhension et de malaise grandissant.
— Dis, Andréa, je demande, le calme dans ma voix étant bien plus terrifiant que n'importe quelle menace. Il est toujours aussi arrogant et méprisant ? Il se moque toujours de tout le monde quand tu as le dos tourné ?
Andréa, secoué par cette intrusion, tente une défense maladroite :
— Non... pas du tout, c'est tout le contraire, Pierrick est...
Je ricane, un son sec et dénué de toute joie.
— Il ne changera jamais. Il se moque de tout le monde, et de toi le premier. C'est sa nature profonde.
Pierrick tente d'intervenir, ses mains s'agitant dans le vide, sa voix montant dans les aigus, brisée par la panique :
— Tais-toi ! Ne l'écoute pas, Andréa, c'est un malade, il invente tout ! C'est n'importe quoi !
Je ne le regarde même plus, je fixe Andréa. Je veux qu'il voit la vérité, je veux qu'il sente l'odeur de la trahison qui imprègne chaque pore de la peau de Pierrick.
— Tu ne me crois pas, Andréa ? Demande-lui donc ce qu'il faisait il y a dix minutes quand tu le cherchais partout. Il était dans le noir, au parking, en train de se faire remplir par moi. Il a tellement aimé ça, il a tellement bien joué son rôle de salope qu'il doit encore sentir encore mon jus, bien chaud, qui coule entre ses cuisses.
Le mot explose comme une bombe. Autour de nous, la fête semble s'arrêter. Pierrick explose de rage, hurlant à Andréa de ne pas écouter ces « conneries », mais son visage décomposé, ses yeux injectés de honte et la façon dont il se tient, comme s'il tentait encore de cacher la souillure physique que je lui ai infligée, trahissent la vérité la plus crue.
Je plante mon regard, empreint d'un dégoût pur, dans celui de mon ancien tortionnaire.
— J'ai enfin pris ma revanche, Pierrick. Et tu sais quoi ? Ça fait un bien fou de voir à quel point ta petite vie parfaite, ton couple, ton arrogance... tout s'écroule en quelques secondes. Tu n'es rien, Pierrick. Tu ne seras jamais rien.
Sans accorder un regard supplémentaire à la scène qui dégénère — les cris d'Andréa exigeant la vérité, les dénégations paniquées de Pierrick — je tourne les talons. Je marche vers la sortie, chaque pas étant un poids qui quitte mes épaules. Je ne me retourne pas. Derrière moi, le chaos est total, une symphonie de destruction que j'ai orchestrée avec une précision absolue. La mission est accomplie. Le poison est distillé, la justice est rendue, et je m'enfonce dans la nuit, enfin libéré du spectre de celui qui m'avait brisé.
Un mois a passé. Le tumulte de cette nuit d'été, avec ses éclats de voix et ses non-dits, s'est estompé pour laisser place à une normalité retrouvée. Pour l'extérieur, il ne reste de cette soirée qu'un souvenir flou, une dispute de couple banale qui a fait jaser quelques jours avant de tomber dans l'oubli des conversations de quartier.
Pour moi, c'est une tout autre réalité qui s'est figée dans le temps.
Je suis assis devant mon écran, une tasse de café tiède à la main, quand une notification attire mon attention. Le profil de Pierrick sur les réseaux sociaux a radicalement changé. Il n'y a plus de traces de cette vie millimétrée, plus de photos de couple, plus de ces portraits léchés dans des cadres de vie idylliques qu'il aimait tant exhiber. Tout a été balayé. En naviguant sur le fil d'une connaissance commune, je tombe sur une publication sans équivoque : Pierrick est reparti vivre seul. Andréa a fait ses valises, mettant un terme définitif à leur "parfait" binôme, quelques jours seulement après notre confrontation. Il est seul désormais, et sur les rares clichés où il apparaît, son regard trahit une perte de superbe qui, je dois l'admettre, me procure une satisfaction froide, presque mélancolique.
Je ferme l'onglet. L'écran devient noir et je contemple mon reflet dans la vitre sombre, où la nuit se reflète.
Est-ce que ce que j'ai fait est « bien » ? La question résonne dans le silence de mon appartement avec une ironie mordante.
Si je devais soumettre mes actes à un tribunal, ou même à ma propre conscience dans ses moments les plus lucides, la réponse serait sans appel : non. Ce n'était pas bien. J'ai pris un être humain, je l'ai broyé, j'ai transformé son intimité en une arme de guerre pour apaiser un spectre vieux de vingt ans. J'ai agi avec une cruauté préméditée, une froideur de scalpel qui ne laisse aucune place à la rédemption morale. J'ai forcé Pierrick à s'effacer, et dans ce processus, je me suis moi-même sali les mains. Il n'y a rien de glorieux à transformer une souffrance passée en un instrument de torture présent.
Pourtant, en me levant pour m'approcher de la fenêtre, je ressens une légèreté que je n'avais pas connue depuis des décennies.
La vérité, c'est que je me sens étrangement épanoui. Cette blessure purulente qui, depuis la terminale, m'obligeait à vivre dans l'ombre de ce que Pierrick m'avait imposé, a enfin cicatrisé. Je ne traîne plus ce poids mort derrière moi. J'ai rendu la monnaie de sa pièce, j'ai forcé le destin à rétablir un équilibre tordu, et le résultat est là : je respire enfin. Je ne suis plus l'homme complexé, plus celui qui se sent diminué face au regard des autres.
Je suppose que c'est là le paradoxe des hommes brisés : parfois, il faut détruire quelque chose de beau — ou de prétendu tel — pour enfin se sentir entier. J'ai fait ce qu'il ne fallait pas faire, j'ai emprunté le chemin des ténèbres pour retrouver la lumière, et le plus dérangeant dans tout cela, c'est que je ne regrette rien.
Je contemple l'horizon, là où la ville s'étend dans une immensité calme. Pour la première fois depuis très longtemps, l'avenir ne me semble plus être le prolongement de mon passé. Pierrick est seul avec ses débris, et moi, je commence enfin à vivre sans avoir besoin de la validation de ceux qui, jadis, avaient tenté de m'effacer. La morale est une construction complexe, mais la paix, elle, est une sensation très simple. Et pour la première fois, la mienne est réelle.
Fin.
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