Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sous le ciel de Paris — Chapitre 1 · Eloge de la lenteur
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sous le ciel de Paris
Chapitre 1 · Eloge de la lenteur
Le soleil de juillet s'abat sur les quais de Seine comme une main chaude et lourde posée sur les épaules. Il est environ seize heures, et la lumière a cette qualité dorée, presque liquide, propre aux après-midis d'été parisiens. Une lumière qui transforme les pierres blondes en miel, qui fait scintiller le fleuve en milliers d'éclats pareils à du verre brisé. L'air sent la Seine : cette odeur particulière, un peu minérale, un peu végétale, mêlée à la chaleur de l'asphalte, aux bouffées de café qui s'échappent des terrasses du quai haut.
Laura marche d'un pas lent, la main glissée dans celle de Maxime. Elle avance, pieds nus dans ses sandales légères, et elle sent la chaleur des pavés remonter sous ses semelles à chaque foulée. Sa longue jupe, un tissu bleu nuit, souple et fluide comme de l'eau, ondule à ses chevilles au rythme de ses pas. Elle effleure ses chevilles, joue contre ses mollets, dessine et cache à la fois la silhouette élancée qui se trouve dessous : un mètre soixante-douze, soixante-deux kilos, une ossature fine, une poitrine haute et ferme que le crop-top blanc maintient avec une désinvolture étudiée. Ses cheveux châtains, longs jusqu'au bas du dos, sont rassemblés en un demi-chignon nonchalant dont quelques mèches s'échappent pour coller légèrement à sa nuque.
Ce qu'aucun passant ne peut savoir, et ce que Maxime lui-même ignore encore, c'est qu'elle ne porte rien sous cette jupe. Rien. Aucune culotte, aucun string, aucune barrière entre sa peau et le tissu léger qui glisse sur elle à chaque mouvement. Elle l'a décidé en se regardant dans le miroir de son appartement, ce matin, avec le calme tranquille de quelqu'un qui a longuement réfléchi à ce qu'il allait faire. Elle a enfilé la jupe, a regardé son reflet, a tourné sur elle-même. Le tissu tombait parfaitement. Long, couvrant tout, ne laissant rien deviner.
Personne ne saura. Elle est exactement parfaite pour ce que j'ai en tête.
Souvent, c'est Maxime qui mène. Pas de façon unilatérale, plutôt avec cette façon qu'il a de glisser une idée, de poser une main, de chuchoter quelque chose à l'oreille qui transforme une occasion ordinaire en quelque chose d'autre. C'est lui qui propose, qui invente, qui ouvre des portes auxquelles Laura n'aurait pas forcément pensé à frapper. Et elle s'y abandonne volontiers, avec confiance, avec plaisir, parfois avec une délectation qu'elle ne s'était pas cru capable d'avoir avant lui. Il connaît ses limites mieux qu'elle parfois, et il sait jusqu'où les approcher sans les franchir.
Mais ce matin, devant le miroir, c'est elle qui a choisit. Elle seule. Et quelque chose dans ce renversement, cette initiative qu'elle prend, lui procure un plaisir particulier, presque aussi intense que ce qu'elle anticipe. Elle veut le surprendre. Le voir perdre, l'espace d'un instant, son flegme tranquille. Voir dans ses yeux le moment exact où il comprendra ce qu'elle a préparé pour lui.
Maxime marche à sa gauche, d'une tête plus grand, les épaules larges, une chemise en lin blanc roulée aux coudes qui laisse voir ses avant-bras bronzés. Son short d'été en toile kaki est léger et souple sur sa peau. Il parle de quelque chose, un film qu'ils ont vu la semaine passée, une scène qui l'a fait rire, et Laura l'écoute avec ce sourire patient et doux des femmes qui savent que leur attention est déjà, secrètement, ailleurs. Elle hoche la tête, répond par quelques mots, rit à sa place. Sa main serre doucement la sienne.
Dans sa tête, le plan tourne et retourne depuis des jours, la surprise qu'elle lui prépare, le plaisir qu'elle veut goûter avec lui.
Ils dépassent les bouquinistes aux boîtes vertes entrouvertes. Un vieil homme feuillette un atlas. Deux adolescents s'arrêtent devant une série de reproductions de vieilles affiches de cinéma. Un joggeur les croise en soufflant, coudes au corps, cuissard noir luisant de sueur. Plus loin, un groupe de touristes italiens gesticule vers Notre-Dame dont la silhouette se découpe, majestueuse, contre le ciel d'un bleu presque irréel de propreté. Des pigeons s'envolent en bruit de draps qu'on secoue. L'air vibre.
Ils descendent les quais du bas, qui bordent la Seine. C'est alors que Maxime aperçoit le rebord de pierre. Un muret, massif, adossé à la paroi du quai haut, à peine en retrait du passage principal. La pierre y est taillée en oblique, et la surface supérieure a été polie par des années de corps qui s'y sont assis. Il offre une vue dégagée sur la cathédrale tout en étant légèrement abrité du flux des promeneurs. Maxime lâche sa main, s'y dirige, et s'y assied avec cette aisance décontractée qu'ont les hommes habitués à prendre leurs aises dans l'espace public. Ses jambes s'allongent devant lui, il lève les yeux vers Notre-Dame.
— On s'arrête un peu ?
Laura s'arrête devant lui. Elle le regarde une seconde, ses cuisses légèrement écartées, ses avant-bras posés sur ses genoux, son profil tourné vers la cathédrale. Oui, pense-t-elle. C'est là. C'est maintenant. Parfait.
Le sourire qu'elle lui offre est le plus innocent du monde.
— Bonne idée.
Et avec la grâce fluide d'un geste longuement répété dans son imagination, elle enjambe ses jambes. Sa jupe s'ouvre comme une corolle, le tissu s'écarte, et elle vient se poser sur lui, face à lui, ses cuisses encadrant les siennes, sa poitrine contre sa poitrine, son ventre pressé contre son abdomen. La jupe retombe immédiatement en plis amples autour d'eux deux, couvrant entièrement leurs jambes, leurs hanches, leurs genoux emmêlés. De l'extérieur, le tableau est d'une tendresse presque photographique : une femme qui se love sur son compagnon au bord de la Seine, la tête glissée dans le creux de son cou.
Laura pose sa joue contre l'épaule de Maxime et ferme les yeux. Elle sent la chaleur de son corps traverser les deux tissus fins. Elle sent sa respiration, régulière pour l'instant, qui soulève doucement sa poitrine. Elle sent le lin de sa chemise contre sa joue, légèrement rugueux, un peu humide de la chaleur de la journée.
— Tu es fatiguée ? murmure-t-il, les bras qui se referment autour de sa taille.
— Un peu, dit-elle. Je veux juste rester là.
— Un peu, dit-elle. Je veux juste rester là.
Sa voix est parfaitement calme. Sage. Elle ressemble à quelqu'un qui se repose.
Les premières minutes s'écoulent ainsi, dans une immobilité presque parfaite. Autour d'eux, Paris respire. Des voix en anglais, en espagnol, en mandarin. Des rires. Le claquement d'un skate sur les pavés. Le clapotis sourd de la Seine contre les pierres en contrebas. Une péniche passe, lente et massive, et son sillage fait mollement osciller les reflets de lumière sur l'eau. Une femme passe avec un golden retriever qui tire sur sa laisse, curieux de tout. Deux enfants courent en criant et leur mère les rappelle d'une voix lasse.
Tout ce monde autour d'eux. Toute cette vie indifférente.
Et Laura, là, au milieu, qui attend.
Elle perçoit d'abord une pression infime. Un changement de densité contre son intimité. Nue sous sa jupe, la position dans laquelle elle est assise fait que son sexe repose, sans aucun tissu intermédiaire, contre le coton fin du short de Maxime. La chaleur est immédiate. La chaleur de lui, à travers si peu de chose. Et cette chaleur se transforme, en quelques battements de cœur, en quelque chose de plus précis, de plus consistant.
Le sexe de Maxime commence à durcir.
Laura ne bouge pas. Elle le sent, lentement d'abord, comme quelqu'un qui sort du sommeil, puis avec une détermination qui s'accélère. Elle perçoit le gonflement progressif, le changement de pression contre elle, et chaque fraction de centimètre gagné par l'érection de Maxime réveille des terminaisons nerveuses dont elle ignorait presque l'existence dans cette position. Elle sent son propre corps répondre : une chaleur qui monte en elle, ses lèvres qui gonflent doucement, son intimité déjà prête.
Il réagit, pense-t-elle. Déjà. Il ne sait pas encore ce qu'il touche. Il ne sait pas que je n'ai rien dessous. Il pense que c'est juste un câlin.
Elle est étonnée par l'intensité que lui procure ce secret unilatéral. Cette dissymétrie d'information, elle sait tout et il ne sait pas encore, est une forme de pouvoir doux, presque tendre, qui l'excite profondément. Elle sait ce qui va se passer et lui pas encore. Et elle va le mener là, à son rythme.
Elle attend.
Ses muscles restent relâchés, ses épaules basses, sa respiration lente. Mais sous cette façade de calme, son cœur s'emballe doucement. Elle sent le membre de Maxime qui continue de gonfler, de se dresser, de pousser plus franchement contre elle. Elle entend sa respiration se modifier imperceptiblement : un souffle légèrement plus long, une retenue à peine perceptible.
Maxime ne dit rien. Sans doute ne comprend-il pas encore tout à fait. Peut-être refuse-t-il de comprendre, de peur de se tromper.
Laura, elle, ne se trompe pas. Elle sent le membre désormais pleinement dressé, dur, chaud, épais, pressé contre ses lèvres nues à travers le tissu du short. La sensation est presque insoutenable de précision. Elle perçoit sa forme exacte, sa courbure légère, la résistance de son gland contre sa fente. Sa moiteur interne s'est accentuée. Elle est abondamment humide maintenant, ce qu'elle ressent avec une acuité particulière dans cette position, nue, ouverte.
Je suis prête, constate-t-elle. Je l'ai été depuis qu'on a quitté l'appartement.
Elle attend encore. Pas par timidité, par calcul. Elle attend le bon moment : un creux dans le flux des passants, une seconde d'inattention collective. Les touristes italiens sont repartis vers le pont. Le couple d'amoureux a disparu vers l'amont. Il reste quelques promeneurs éloignés, absorbés par leurs téléphones ou leurs conversations.
Maintenant.
Le geste est minimal et précis. Elle se soulève de quelques centimètres à peine, un simple ajustement de position, rien qui ne mérite un regard, et dans le même mouvement, sa main droite glisse entre leurs corps, protégée par les plis de la jupe. Elle trouve le bouton du short de Maxime, le défait d'une pression sûre, fait descendre la fermeture. Ses doigts entrent dans l'ouverture, trouvent la tige de chair chaude et tendue, et la libèrent.
Le sexe de Maxime est dressé, épais, pulsant doucement dans sa paume. Elle referme un instant les doigts sur lui, juste une seconde, juste pour le sentir, juste parce qu'elle peut. Puis elle le guide, oriente le gland vers elle. Et elle laisse retomber la jupe.
Le tissu souple descend en corolle parfaite et engloutit tout.
De l'extérieur : une femme installée sur son compagnon, jupe longue étalée, tête sur son épaule. Deux personnes qui se reposent. Rien de plus.
Maxime, lui, a retenu son souffle. Elle l'entend. Elle sent ses mains qui s'immobilisent dans son dos, ses muscles qui se contractent.
— Laura… chuchote-t-il, et dans ce seul prénom il y a une question entière, une stupéfaction totale.
— Chut, répond-elle tout bas. Ne bouge pas.
— Chut, répond-elle tout bas. Ne bouge pas.
Sa voix est d'une douceur absolue. Le ton de quelqu'un qui rassure.
Elle sent maintenant le gland chaud et nu appuyé contre sa fente. Sa moiteur le reçoit immédiatement : une chaleur réciproque, une reconnaissance presque organique. Elle est à ce point lubrifiée que la texture de son intimité, humide et gonflée, enveloppe déjà partiellement le bout du membre sans qu'elle ait encore bougé. Juste la gravité. Juste le contact.
Il est là. À l'orée de moi. Il lui suffirait d'un battement de hanches pour être en moi. Mais nous allons prendre tout le temps du monde.
Elle laisse venir la descente. Pas un mouvement volontaire, pas une reddition. Une décision prise, dans son appartement face au miroir, et qui se réalise maintenant dans le corps, dans la chair, dans ce point précis où elle et Maxime se touchent sans encore se rejoindre complètement. Elle relâche imperceptiblement la tension de ses cuisses. À peine. Juste assez pour que la gravité comprenne qu'elle a la permission d'agir.
Le gland commence à s'ouvrir un chemin entre ses grandes lèvres.
La sensation est immédiate et absolue. Ses chairs extérieures, déjà gonflées par l'attente, s'écartent avec une lenteur moelleuse, comme si elles reconnaissaient quelque chose qu'elles attendaient. Laura perçoit la chaleur en premier, une chaleur intense. Puis la forme : arrondie, ferme, lisse. Le gland presse contre ses grandes lèvres et les ouvre comme on ouvre quelque chose de précieux, sans forcer, avec cette exacte quantité de pression qui se situe entre la douceur et la certitude.
Mon Dieu, pense-t-elle. Il est si chaud.
Elle n'avance pas plus vite. Elle s'arrête là, gland logé entre ses grandes lèvres mais pas encore à l'entrée de son vagin, et elle reste immobile un moment. Elle savoure. Elle veut mémoriser cette sensation-là, ce seuil, cet avant, parce qu'elle sait qu'on n'y revient jamais une fois qu'on l'a franchi. Elle sent sa propre chaleur répondre à la sienne, sa moiteur abondante qui vient enrober le bout du membre, qui le reçoit et l'accueille.
Pour le monde, toujours cette femme, immobile, la tête sagement posée sur l'épaule. Les cheveux châtains qui cascadent sur son dos. Une image de tendresse paisible.
À l'intérieur : elle est brûlante de désir.
Elle retient un souffle. Elle laisse à nouveau ses cuisses céder, un tout petit peu plus.
Le gland avance et trouve les petites lèvres.
Ce contact-là est d'une précision différente. Ses nymphes sont d'une sensibilité extrême, plus fine que le reste, presque électrique au toucher, et quand le bord du gland les écarte doucement, la sensation remonte directement jusqu'à son clitoris dans une ligne droite, brève et nette, comme un fil qu'on tire. Elle serre les dents. Ses petites lèvres s'ouvrent lentement, cèdent avec une résistance soyeuse, et enveloppent les côtés du gland dans un glissement humide.
Il est entre mes lèvre. Encore dehors mais déjà dedans. Ce moment-là. Je voudrais rester là des heures avec cette sensation.
Elle entend la voix d'un guide touristique, à une vingtaine de mètres, qui explique l'histoire du Pont de l'Archevêché à un groupe de visiteurs attentifs. Des mots qui flottent dans l'air chaud de juillet, « gothique flamboyant », « reconstruction », « XIVe siècle », et qui lui parviennent comme depuis un autre monde, une autre dimension, absolument étrangers à ce qui se passe sous ses plis de tissu bleu nuit.
Elle descend encore.
Le gland est maintenant précisément à l'entrée de son vagin. La couronne du gland, légèrement en saillie, bute doucement contre le cercle de son entrée. Elle perçoit la pression circulaire, régulière, insistante sans être brusque. Son vagin répond en se contractant une fois, involontairement, un réflexe de bienvenue ou de défense, elle n'aurait pas su dire, les deux peut-être, entremêlés.
Voilà le moment. Le seuil. Après, il n'y a plus de retour.
C'est ce qu'elle voulait depuis qu'elle a glissé la jupe sur ses hanches nues, ce matin, en souriant toute seule devant son reflet.
Elle s'ouvre.
L'entrée est lente à un point qui frôle le vertige.
Son anneau vaginal s'ouvre autour du gland avec cette même résistance douce, avec un étirement qui est une forme de plaisir en soi, archaïque, profond, impossible à confondre avec quoi que ce soit d'autre. Elle sent ses muscles s'écarter, accueillir la forme arrondie, s'en imprégner. Elle sent le moment précis où la couronne du gland franchit son entrée, une légère résistance, puis le relâchement, puis ses lèvres intimes qui se referment derrière la tête du membre avec un serrement humide et satisfait.
Mes lèvres l'ont avalé, pense-t-elle avec une précision mentale qu'elle ne se serait pas cru capable d'avoir. Je l'ai pris. Maintenant il est en moi.
Maxime serre légèrement ses mains dans son dos. Un geste qui ressemble à une étreinte tendre. Personne ne pourrait y voir autre chose. Il n'a pas l'habitude que Laura prenne ainsi les rênes. D'habitude, c'est lui qui invente les règles. Mais cette fois, il choisit de se laisser guider.
— Tu veux que nous allions ailleurs ? murmure-t-il, la voix très basse, concentrée.
Il lui offre une sortie. Ou plutôt : il veut savoir si elle veut une sortie. La question réelle est : est-ce que tu sais vraiment ce que tu fais ?
— Non, répond Laura. Nous sommes très bien ici.
Six mots, courts. Denses comme du plomb.
— Parfait, acquiesce Maxime dans un souffle.
Elle entend le petit bruit dans la gorge de Maxime, pas tout à fait un soupir, pas tout à fait un grognement. Quelque chose d'adulte et de contenu, une reconnaissance. Il laisse aller sa tête légèrement en arrière, les yeux mi-clos, et de l'extérieur on pourrait croire qu'il somnole au soleil.
Alors qu'à l'intérieur de lui tout se tend, tout tire vers l'avant.
Dehors, une mouette crie au-dessus du fleuve. Le cri est aigu, presque impertinent. Laura faillit rire, un rire qu'elle étouffe en enfonçant davantage son visage dans le creux de l'épaule de Maxime, transformant le mouvement en un geste de tendresse.
Maxime reste parfaitement immobile. Elle sent ses bras qui l'entourent, pas plus serrés qu'avant, pas moins, exactement pareils pour n'importe quel observateur. Mais sous ses paumes à elle, posées à plat contre ses flancs, elle sent ses muscles abdominaux qui sont tétanisés, durs comme de la pierre. Il se retient. Il se retient avec une force qu'elle comprend, parce qu'elle exerce la même.
Elle descend encore.
Le membre pénètre maintenant en elle par centimètres distincts, et chaque centimètre a sa propre texture, sa propre sensation. Elle sent la veine principale, cette longue veine dorsale qui court sur la face supérieure du sexe, glisser contre sa paroi interne avec un frottement d'une précision presque indécente. Elle sent la légère courbure du membre qui le fait appuyer vers le haut, vers cette zone précise de sa paroi antérieure qui est bien plus sensible que le reste et qui, sous cette pression progressive et lente, envoie des signaux à son cerveau que son cerveau a du mal à classer autrement que comme une urgence.
Elle s'arrête. Attend. Respire.
Je suis tellement excitée, si je continue au même rythme je pourrais jouir avant qu'il soit à mi-chemin. Et je ne veux pas ça. Je veux le sentir jusqu'au fond avant. Je veux être pleine avant de m'effondrer.
Elle attend donc. Immobile, les muscles de son vagin pulsant doucement autour des quelques centimètres déjà présents en elle, son corps qui brûle de descendre d'un coup, mais qu'elle tient, qu'elle dompte, avec une volonté dont elle ne se serait pas crue capable.
Un promeneur passe à un mètre d'eux. Elle entend ses pas sur les pavés, le frottement de ses semelles. Elle l'entend fredonner quelque chose à mi-voix. Il passe, continue, disparaît. Dans son sillage, un prêtre, soutane noire, col blanc, bréviaire sous le bras, longe le parapet d'un pas mesuré et tranquille, les yeux dans le vague, perdu dans ses pensées ou dans une prière silencieuse. Il passe près d'eux sans les regarder.
Un prêtre. Elle se retient pour ne pas rire ou pour ne pas gémir, elle ne saurait plus dire lequel des deux la menace davantage.
Elle se laisse descendre davantage.
Trois centimètres de plus. Le membre glisse en elle avec une facilité qui dit tout de son état, elle est si mouillée que la progression est un glissement pur, presque sans frottement, puis soudain plus précis là où ses parois se resserrent. Elle sent ses chairs s'ouvrir devant lui comme on ouvre un passage, s'adapter à sa forme, garder son empreinte. Elle pense à une cire chaude qui accueille un sceau, une image précise et étrange qui surgit de nulle part et qu'elle retient parce qu'elle est juste.
Il prend la forme de moi. Ou alors c'est moi qui prends la forme de lui. Je ne sais plus.
La plénitude la gagne. Ce sentiment d'être occupée, habitée, ce sentiment que la géographie intime de son corps est en train d'être sculptée par une présence qui la remplit centimètre par centimètre. Elle sent ses parois latérales s'écarter doucement, s'étirer en cercle autour du membre. Elle sent la chaleur dense et sourde qui irradie depuis le centre vers ses cuisses, vers son bas-ventre, vers le bas de son dos.
Paris continue de vivre. Le soleil descend d'un degré imperceptible. Un bateau-mouche remonte le fleuve, son moteur diesel ronronnant en sourdine. Une personne crie quelque chose de joyeux. D'autres voix répondent. Quelqu'un rit, fort et beau, un rire de vacances.
Laura est là, tête sur l'épaule de son amant, parfaitement immobile.
Et au fond d'elle, il y a cet homme.
Ses seins, comprimés contre la poitrine de Maxime, sont exquis de sensibilité. Les pointes dures appuient contre le lin léger de sa chemise, et chaque respiration, chaque soulèvement discret de son torse, crée un frottement infinitésimal qui se propage comme une décharge vers son ventre, et qui est, dans ce contexte, à la limite du supportable.
Si quelqu'un me touchait maintenant les seins, juste les effleurait, je crierais.
Cette pensée la fait sourire, un sourire entièrement intérieur.
Elle s'arrête encore. À mi-chemin, peut-être un peu plus. Elle évalue la situation avec un détachement amusé qui cohabite étrangement avec l'intensité de ce qu'elle vit : elle est assise sur Maxime qui est posé un rebord de pierre des quais de Seine, rive gauche, en plein soleil de juillet, au milieu des touristes et des Parisiens, et le sexe de son compagnon est à moitié enfoncé en elle sous une jupe fluide qui cache tout.
Je suis folle. Je suis absolument folle. Et je n'ai jamais été aussi exactement moi-même.
Elle contracte ses muscles autour des centimètres présents. Une contraction longue, délibérée, qui part de son entrée et remonte en serrement progressif. Elle sent le membre répondre, une pulsation involontaire, une légère augmentation de la rigidité, comme si son corps à lui refusait qu'on le serre sans réagir. Ce dialogue muet entre leurs deux chairs est quelque chose qu'elle ne saurait raconter à personne et qu'elle porte pourtant en elle comme une évidence.
Maxime penche très légèrement la tête vers elle. Elle sent ses lèvres contre sa tempe, un baiser si discret qu'il ressemble à un souffle.
— Tu vas me tuer, chuchote-t-il, la voix réduite à presque rien.
— Non, répond-elle à mi-voix, dans le même registre d'absolue discrétion. Tu vas juste me remplir complètement. Je veux te sentir tout au fond de moi.
— Non, répond-elle à mi-voix, dans le même registre d'absolue discrétion. Tu vas juste me remplir complètement. Je veux te sentir tout au fond de moi.
Elle dit ça à lui. Elle se le dit à elle-même aussi. Elle se le dit à son propre corps qui n'attend qu'une chose : que la retenue cède.
Elle cède juste un peu plus.
Les derniers centimètres sont différents.
Différents parce que là, au fond, ses parois sont plus étroites, pas douloureusement, mais perceptiblement. La résistance est plus dense, plus charnue, et le membre doit s'y frayer un chemin dans une intimité différente, plus profonde, plus obscure. Elle sent ses chairs se resserrer autour de lui à mesure qu'il progresse, et ce resserrement est une sensation double : pour elle, une plénitude croissante qui commence à appuyer sur elle avec une douceur sourde ; pour lui, elle l'imagine, un doux étau qui se ferme, une pression de plus en plus totale.
Il doit sentir que je suis entière autour de lui là. Il doit sentir que je le tiens en moi.
Ses parois se referment sur lui par petites ondulations, presque indépendantes de sa volonté, des contractions réflexes qui saluent chaque nouveau centimètre comme une conquête. Elle les laisse faire. Elle ne se retient pas à l'intérieur. Ce qu'elle retient, c'est l'extérieur : la posture, la tête sur l'épaule, les épaules basses, les mains calmes.
Les deux derniers centimètres arrivent et elle les accueille avec le même abandon décidé. Elle sent le gland remonter encore un peu plus haut en elle, trouver l'espace qu'il cherche, appuyer lentement contre ce qu'elle appelle dans sa tête simplement le fond, ce point de pression diffuse et totale où la profondeur se heurte à sa limite.
Et puis la progression s'arrête.
La pression contre son col est douce, juste perceptible, exactement à la limite entre la sensation neutre et quelque chose de plus chaud. Elle retient un souffle complet, le gorge serrée. Il est là. Entièrement. Jusqu'à la garde. Ses lèvres intimes sont scellées autour de la base du membre, elle les sent, ces lèvres, étirées à leur plein écart, moites, palpitantes, et la base du sexe de Maxime les remplit si exactement qu'il ne reste plus d'espace entre eux nulle part.
Je suis pleine de lui, pense-t-elle, et la formulation est si directe, si exacte, qu'elle en a presque le vertige. Il est en moi jusqu'au fond. Il est tout entier en moi.
Un souffle sort d'elle, long, étouffé, inaudible au-delà de l'épaule de Maxime dans laquelle elle l'enterre. Ses yeux se ferment. Pour quelques secondes, elle ne pense plus à Paris, aux passants, aux touristes qui prennent des photos à dix mètres d'eux. Elle ne pense plus à rien du tout. Elle est simplement là, dans son corps, dans cette plénitude, dans cette chaleur.
Puis la conscience revient. Et avec elle, tous les détails.
Paris vit autour d'eux avec une indifférence magnifique. Le soleil continue sa descente vers l'ouest et sa lumière, plus oblique maintenant, accroche les flèches de Notre-Dame et les fait flamboyer d'or. Des voix en plusieurs langues. Des pas. Une bicyclette dont la roue arrière grince légèrement. L'odeur de la Seine qui monte par bouffées, tiède, chargée de l'été. Quelqu'un, tout près, parle de réservation de restaurant. La vie ordinaire du monde.
Et elle, immobile, la tête posée sur l'épaule de Maxime.
Un couple de touristes s'arrête à quelques mètres. Deux Américains d'une cinquantaine d'années, sac à dos, chapeaux clairs. La femme dit quelque chose à son mari et pointe son téléphone dans leur direction.
Laura les entend. Elle les voit du coin de l'œil sans bouger la tête.
Elle est en ce moment précis empalée jusqu'à la garde sur le sexe de Maxime. Elle sent ses muscles se contracter autour de lui, par réflexe. Ou par provocation ? Elle ne sait pas.
Le déclic du téléphone.
— So cute, dit la femme avec conviction. Look at them. (Trop mignons. Regarde-les)
Son mari approuve. Ils repartent tranquillement vers le pont.
Un sourire imperceptible étire les lèvres de Laura. Vous n'imaginez pas, pense-t-elle. Vous avez photographié quelque chose que vous n'avez pas vu. Cette pensée la traverse comme une flamme : l'idée que cette photo existe quelque part, un couple sage sur un quai de Seine, beau cliché de voyage, alors qu'elle dissimule sous les plis de sa jupe une vérité entièrement différente. Cette ironie l'excite à un point qu'elle n'a pas prévu.
Elle savoure. Puis elle commence les contractions.
Ses muscles vaginaux se serrent doucement autour du membre en une longue onde qui part de son entrée et remonte jusqu'au fond, pressant, relâchant, pressant encore, une caresse interne, totale et silencieuse. Elle sent le membre répondre : un message sans langage. Elle sent le membre de Maxime réagir : un gonflement supplémentaire, une légère pulsation en réponse, comme si le corps de son amant lui parlait en retour dans ce même langage silencieux. Le plaisir que cela lui procure est immédiat et diffus, une chaleur qui irradie dans tout son bas-ventre, qui monte le long de sa colonne, qui se répand dans sa poitrine jusqu'à ses tétons qui durcissent encore davantage contre le lin.
Mon corps lui parle et le sien me répond, se dit-elle avec une satisfaction profonde. Nous nous parlons sans mots, sans gestes, sans que personne ne sache ce qu'il se passe.
Elle entend Maxime pousser un long soupir entre ses dents, aussi étouffé que le sien. Son bras tremble légèrement sous sa main.
— Je me suis plusieurs fois caressée en pensant à ça, à ce moment, chaque fois je jouissais complètement trempée, dit-elle dans un souffle, les lèvres proches de son oreille.
Son aveu le fait durcir encore davantage, elle le sent immédiatement, cette réponse involontaire et absolue, et elle sourit avec la satisfaction tranquille de quelqu'un qui sait ce qu'il faisait.
Elle ferme les yeux un instant. Goûte l'instant. Elle adore être là, sous ce ciel immense et bleu, avec au centre d'elle-même ce secret brulant, sa queue tendue enfouie jusqu'au fond d'elle, un secret invisible au monde entier.
Elle recommence les contractions. Plus longues, cette fois. Plus appuyées. Elle sent ses parois se refermer sur lui par vagues successives, le masser avec une précision qu'elle affine à chaque cycle. Elle pense à une main, à ce que ferait une main, paume et doigts, si elle le tenait, et elle essaie de reproduire ça de l'intérieur, avec ses muscles, avec ses chairs. Elle ne sait pas si elle y parvient exactement mais ce qu'elle sent, elle, en essayant, est une chose extraordinaire : ses propres contractions lui reviennent en sensations, le membre contre lequel elle appuie lui résiste et cet appui est un plaisir réciproque, chaque pression qu'elle exerce lui revient amplifiée.
Maxime, à son bras, tremble très légèrement.
Il se tend en moi, pense-t-elle avec une précision qui la stupéfie elle-même. Je le sens s'élargir. Je le sens vouloir prendre encore plus de place. Et moi, je m'ouvre encore à lui.
Elle enfonce ses doigts dans ses muscles. Une prise ferme, une ancre. Il ne bronche pas. Il garde les bras autour d'elle, parfaitement stables, parfaitement tendres pour quiconque passe devant eux, alors qu'elle sent dans la tension de ses avant-bras, dans la rigidité de son torse contre elle, tout ce qu'il contient.
Les minutes s'étirent. Laura fait un premier micro-mouvement.
Un basculement du bassin infinitésimal, vers l'avant, d'un millimètre, peut-être deux. De l'extérieur : invisible. Une femme qui ajuste sa position assise. À l'intérieur : le gland se déplace, remonte légèrement, vient appuyer sous un angle différent contre la paroi supérieure de son vagin, cette zone précise, à trois ou quatre centimètres de l'entrée, qui transforme n'importe quelle sensation en quelque chose d'urgent.
L'onde de plaisir remonte jusqu'à sa gorge.
Elle serre les dents.
Ne fais pas de bruit, s'impose-t-elle avec une sévérité intérieure qui touche au comique. Ne fais absolument pas de bruit. Il y a gens qui mangent des glaces à quelques mètres de toi.
D'un autre mouvement infime, elle ramène le bassin en arrière. Le gland se repositionne. La friction inverse envoie une onde différente, peut-être plus longue, plus grave. Ses yeux se ferment à nouveau.
Je vais mourir de plaisir. Très lentement. Et je n'ai jamais autant aimé ça.
C'est un délice et une torture d'une intensité qu'elle n'avait pas anticipée. Tout son corps lui hurle de bouger, de se lever et de retomber sur lui, d'onduler des hanches, de chevaucher Maxime franchement, de sentir ce pieu planté en elle se déplacer comme il en a envie, comme elle en a envie, avec toute l'ampleur que la situation lui refuse. Ses muscles, ses hanches, son ventre entier conspire vers un seul geste impossible. Mais la moindre ondulation visible les trahirait, un mouvement de trop, un soulèvement de son bassin qu'un passant croiserait du regard, et tout s'effondre. Alors elle se retient. Elle prend ce désir énorme et le comprime jusqu'à le réduire à presque rien, jusqu'à le faire tenir dans un millimètre.
Elle contracte plus fort. Ses muscles se resserrent en vague longue et profonde, une pression qui part de l'entrée et remonte jusqu'au fond, massant le membre en elle avec précision. Elle sent Maxime tressaillir. Ses mains dans son dos tremblent légèrement.
— Laura, dit-il, son prénom comme un mot qui suffit à tout dire.
— Je sais, murmure-t-elle. Moi aussi.
— Je sais, murmure-t-elle. Moi aussi.
Les micro-mouvements se succèdent. Espacés, toujours minuscules, toujours habillés d'un prétexte, un réajustement, une position plus confortable, mais chacun précisément calculé pour produire une friction exacte là où elle la veut. Elle apprend son propre corps de cette façon, sur lui, dans ce contexte impossible, comme on apprend parfois les choses importantes sous contrainte.
Un groupe d'étudiants déboule sur les quais dans un brouhaha joyeux, rires, téléphones, conversations qui se chevauchent, l'énergie insouciante de gens qui n'ont nulle part où être précisément. Ils passent en grappe désordonnée, occupés d'eux-mêmes. Mais l'un d'eux, grand, le regard vif, les remarque au passage. Il ralentit d'une fraction de seconde, les regarde, et fait un clin d'œil.
Le cœur de Laura s'arrête.
Il sait. La pensée frappe avant toute autre chose, brutale et immédiate. Il a compris. Il a vu quelque chose, un détail, la façon dont je suis assise, la tension de mes épaules, quelque chose. Puis aussitôt le doute : ou alors non, nous sommes simplement deux amoureux blottis l'un contre l'autre sur un quai de Seine en juillet, et le clin d'œil dit juste « joli tableau », comme on salue quelque chose de simple et de beau en passant. Comme le couple de touristes tout à l'heure. Comme tous ceux qui ne voient que la surface.
Elle ne sait pas. Elle ne saura jamais.
L'étudiant se retourne déjà, rattrape ses amis, fond dans le groupe sans un regard en arrière. Le brouhaha s'éloigne. Les quais reprennent leur respiration tranquille.
Laura réalise qu'elle a retenu la sienne pendant dix secondes entières.
Elle reprend les contractions qui continuent leur travail sourd. Elle alterne : une contraction longue et profonde, puis un micro-mouvement, puis une pause où elle laisse simplement les sensations décanter, où elle sent les battements de son propre cœur se répercuter dans ses parois qui se referment doucement sur lui à chaque systole, son cœur qui fait l'amour à sa place, sans même qu'elle lui demande.
Mon cœur le serre, littéralement, à chaque battement.
Elle attend. Laisse la sensation décroître jusqu'à quelque chose qu'elle peut gérer. Recommence. Encore, puis encore, puis encore...
Chaque instant est un événement. La lenteur forcée, l'interdit de tout geste ample, transforment chaque fraction de centimètre en quelque chose d'extraordinairement concentré. Ce plaisir-là, ce plaisir muselé, contraint, retenu, a une texture différente du plaisir ordinaire. Il est plus profond, plus diffus, il part du centre et gagne tout le corps par ondes successives plutôt que de se concentrer en un point unique. Elle sent ses cuisses vibrer très légèrement à chaque frisson qui la parcourt. Elle sent ses orteils se recroqueviller dans ses sandales. Elle sent une chaleur dense descendre jusque dans ses mollets.
C'est à cet instant qu'un couple de touristes d'une soixantaine d'années, asiatiques, s'approche lentement de leur côté. Ils cherchent l'angle parfait pour cadrer Notre-Dame dans leur objectif. La femme parle doucement à son mari, lui indique quelque chose du doigt, recule d'un pas pour mieux voir.
lls s'immobilisent tout près, à moins d'un mètre, presque assez près pour que Laura puisse sentir le souffle de leurs déplacements.
Laura sent son cœur effectuer un bond brutal dans sa poitrine.
L'adrénaline frappe son système comme une eau froide jetée sur du métal chaud, sauf que dans son cas, le métal est déjà incandescent, et l'eau froide ne refroidit rien, elle se transforme immédiatement en vapeur. L'afflux d'adrénaline atteint son sexe et ses parois se contractent de façon involontaire, violemment, dans un spasme bref et intense qui comprime le membre en elle avec une force qu'elle ne contrôle pas.
Voilà.
La vague arrive de bas en haut, comme une lame de fond. Elle l'emporte.
Elle part du point le plus profond d'elle, là où le gland appuie contre son col et remonte en une ondulation lente, massive, irrésistible. Pas l'arrivée rapide et ponctuelle d'une excitation ordinaire. Quelque chose de beaucoup plus vaste, de beaucoup plus long. Quelque chose qui a été construit centimètre par centimètre, contraction par contraction, micro-mouvement par micro-mouvement, pendant tout ce temps de retenue et de lenteur forcée.
Ça y est. Ça y est et je ne peux plus l'arrêter. Je ne veux plus l'arrêter.
Elle sent la chaleur qui gagne son bas-ventre, ses hanches, sa poitrine. Ses seins sont douloureux de sensibilité. Les pointes dures frottent contre le lin à chaque infime mouvement et cette friction minuscule, qui en temps normal ne serait rien, devient dans ce contexte une sensation à part entière, presque trop intense.
La vague atteint son clitoris, qui n'a pas été touché une seule fois depuis le début, qui a simplement attendu là dans son silence électrique, et il explose à son contact comme une poudrière. L'orgasme la saisit de l'intérieur avec une brutalité silencieuse. Elle sent la déflagration se propager dans toutes les directions à la fois : vers ses cuisses qui se tétanisent, vers son bas-ventre qui se contracte en bloc, vers ses seins que la secousse atteint en une décharge simultanée.
Elle reste immobile.
C'est peut-être la chose la plus difficile qu'elle ait jamais faite.
Rester immobile pendant que tout son corps veut se tordre, pendant que ses hanches veulent se lever et retomber, pendant que sa gorge veut crier, pendant que ses mains veulent s'agripper à quelque chose avec une force qu'elle n'a pas d'autre façon d'expulser. Elle canalise tout dans sa main sur le bras de Maxime. Elle l'agrippe convulsivement, ses ongles dans ses muscles, une prise presque douloureuse, et dans le souffle qu'elle étouffe en l'enfonçant dans le creux de son épaule. Un seul souffle long, retenu jusqu'au fond de la gorge, absolument silencieux au-delà de dix centimètres.
À l'intérieur, ses parois se referment sur lui par vagues, trois contractions rapides et puissantes, puis deux plus longues, puis trois encore, un rythme qui n'est plus le sien, qui ne lui appartient plus, qui appartient au corps dans son langage le plus primitif. Elle les sent distinctement toutes. Elle sent le membre en elle qui résiste à ces contractions, qui y répond, qui s'y love, qui en est l'axe fixe autour duquel tout tourne.
Clic, clac. Les touristes prennent leurs photos. Ils l'ont peut-être vue dans le cadre, tête sagement posée sur l'épaule de son compagnon.
Pendant qu'elle jouit.
Je jouis, pense-t-elle avec une netteté stupéfiante. Je jouis sur lui, en lui, autour de lui, sous les yeux de tout Paris. Personne ne le sait. Je suis la seule à le savoir, et lui. Ce secret est le plus intense que j'aie jamais porté.
À l'intérieur, c'est une tempête.
Ses muscles se contractent par vagues successives, chacune un peu plus longue que la précédente, massant le membre avec une force qu'elle ne dirige plus.
Ne bouge pas. Ne bouge pas. Ne bouge pas.
Elle se force à une immobilité presque douloureuse pendant que tout son ventre, tout son sexe, sont traversées de convulsions intimes. Seuls ses muscles contractés et le léger tremblement de ses cuisses contre celles de Maxime pourraient trahir, pour qui saurait voir, ce qui se passe. Car ses cuisses tremblent. Elle le sent, un tremblement fin, involontaire, celui des muscles tétanisés qui ont retenu trop longtemps et qui libèrent par vibrations ce qu'ils n'ont pas le droit de libérer autrement. Elle pose davantage de poids sur Maxime, s'y abandonne encore plus complètement, et cet abandon supplémentaire lui permet de tenir l'immobilité apparente encore quelques secondes de plus.
Les contractions continuent. Longues, profondes, rythmées. Son vagin masse le membre avec une régularité qui ressemble à quelque chose d'involontaire, de végétatif, de fondamental. Elle est traversée par le plaisir comme on est traversé par un courant, de part en part, sans pouvoir s'y opposer, sans vouloir s'y opposer.
La vague se retire lentement.
Très lentement.
Les contractions s'espacent. Deviennent plus douces. La tétanie dans ses cuisses se relâche par degrés. Sa main sur le bras de Maxime desserre imperceptiblement ses doigts, elle n'avait pas réalisé à quel point elle serrait.
Elle reprend sa respiration. Profondément, lentement, comme quelqu'un qui remonte à la surface.
Elle sent le membre de Maxime vibrer en elle.
Il jouit à son tour.
Sans un mouvement de hanche. Sans un geste visible. Emporté par l'étreinte répétée de son intimité à elle, par les contractions qui l'ont serré, massé, aspiré sans relâche jusqu'à ce que son corps n'ait plus d'autre réponse possible.
La première contraction est longue et forte, une pulsation du membre lui-même, une expansion brève et puissante contre ses parois déjà contractées, et elle est suivie immédiatement de la chaleur. Cette chaleur-là est unique. Reconnaissable entre toutes. Dense, localisée d'abord, puis qui se répand en cercles concentriques depuis le fond. La deuxième pulsation arrive, puis la troisième. Elle les compte, elle ne peut pas s'en empêcher, comme on compte les secondes d'un tonnerre pour mesurer l'orage. Quatre. Cinq. Chaque jet chaud qui s'accumule en elle est une nouvelle information transmise directement à ses parois, et ses parois répondent par leurs propres contractions résiduelles dans une boucle qui semble ne jamais vouloir s'arrêter.
Il jouit en moi. Juste sous la force de mon corps autour de lui. Je l'ai fait jouir sans que personne ne sache. Je l'ai pris entièrement, en silence, au milieu de tout le monde.
Maxime pousse un long soupir entre ses dents serrées, étouffé, tenu, mais elle l'entend parce qu'elle a l'oreille contre sa gorge. Elle sent le frémissement de son larynx. Elle sent son bras qui tremble sous sa main. Elle sent, au fond d'elle, les dernières pulsations qui s'espacent et s'affaiblissent, le sexe de Maxime qui commence, très doucement, à se transformer dans l'après de la jouissance.
Elle lui laisse reprendre sa respiration. Elle reprend la sienne.
Paris les entoure, indifférent et magnifique.
Ils restent ainsi. Très longtemps.
Les cœurs battent trop vite, puis moins vite, puis presque normalement. Le fleuve coule. Paris vit. Un chien aboie, deux fois, et se tait.
Laura reprend ses esprits par couches successives, comme on remonte d'une profondeur. Elle est consciente d'abord de la chaleur de l'épaule de Maxime sous sa joue. Puis de la lumière dorée qui tombe maintenant à un angle plus oblique sur l'eau. Puis du bruit de la rue. Puis du membre de Maxime, qui décroît doucement en elle, toujours présent, toujours chaud, mais différent maintenant, post-orgasmique, empreint d'une sérénité nouvelle.
Elle regarde autour d'elle sans bouger la tête. Elle observe. Elle attend le bon moment avec la même patience tranquille qu'elle a mise à tout le reste.
Un groupe de jeunes femmes déboule bruyamment dans la direction opposée, aimantées par quelque chose sur l'autre rive. Les quelques promeneurs proches ont les yeux levés vers la cathédrale. Un photographe professionnel installe son trépied un peu plus loin, absorbé par ses réglages.
Maintenant.
Laura se soulève avec une lenteur mesurée. Elle sent le membre de Maxime glisser hors d'elle, une sensation d'un vide soudain, presque mélancolique, puis le tissu de la jupe retombe et recouvre tout. Maxime referme son short d'un geste bref et précis, avec les mains habiles de quelqu'un qui a tenu ses nerfs toute une heure et les libère dans ce seul geste discret.
Laura se relève. Ses jambes sont encore instables, un léger flageolement dans les genoux qu'elle dissimule en prenant appui sur le rebord de pierre un instant, comme si elle s'étirait. Elle tend la main à Maxime. Il la prend.
Ils reprennent leur marche vers Notre-Dame. Et à chaque pas, Laura sent la chaleur de Maxime qui s'écoule hors d'elle, lentement, irrémédiablement, glissant le long de sa cuisse intérieure avec cette tiédeur singulière que rien d'autre au monde ne ressemble. Elle n'est pas gênée. Elle ne cherche pas à l'arrêter. Elle marche avec, elle le porte avec elle, elle l'emmène dans chaque foulée sur les pavés chauds du quai de Seine.
Elle serre la main de Maxime plus fort.
— Tu savais que tu allais faire ça aujourd'hui ? demande-t-il tout bas, son regard droit devant, la voix d'une neutralité si parfaite qu'elle cache à peine l'émoi encore présent en dessous.
Elle met quelques secondes avant de répondre. Elle regarde Notre-Dame, ses flèches dorées, son échafaudage qui ressemble presque à une parure, le ciel derrière elle d'un bleu doux qui commence à pâlir vers l'ouest.
— Oui, dit-elle simplement.
Maxime ne dit rien. Elle sent sa main se serrer un peu plus dans la sienne.
Ils continuent leur chemin. Deux silhouettes parmi les autres, un homme et une femme qui marchent main dans la main sur les quais de Seine un jour d'été, sous le ciel de Paris, avec leur secret intact entre eux, aussi chaud, aussi présent, aussi silencieux que la lumière qui illumine le fleuve.
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Cette histoire est un mélange de réalité vécue et de fantasme. Je suis curieux de savoir comment cette échappée sur les quais a résonné en vous. Est-ce la tension du secret ou l'audace de Laura qui vous a le plus touché ? Ou est-ce encore autre chose ?
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Commentaires ()
Éloge de la lenteur : j’ai déjà lu ce titre quelque part.
Prendre son temps pour déguster tous les plaisirs de la vie.
Merci pour ce très beau texte.
J’ai usée lenteur moi aussi puisque j’ai commencé ma lecture hier soir et fini ce matin…
Merci pour votre commentaire.
Un mélange de sensualité, de retenue et pourtant avec tant d'intensité...
Oui, comme je disais un éloge de la lenteur pour des sensations sublimées...
Cela Fait remonter de bons souvenirs pour moi aussi @Louise41