Le néon blanc de l’aéroport Charles de Gaulle baignait le hall d’embarquement d’une lumière crue, à peine adoucie par les premières lueurs grises qui pointaient derrière les baies vitrées. Cinq heures du matin. L’odeur du café tiède flottait, mêlée au parfum de duty-free. Clara s’enfonça un peu plus dans le siège en plastique moulé, les jambes croisées, le regard balayant la foule clairsemée des voyageurs qui attendaient comme elles, engourdis de sommeil.
Elle pencha la tête vers Jeanne, épaule contre épaule, et murmura près de son oreille, le souffle encore chaud de la nuit trop courte.
— Regarde-moi ces trois-là.
Trois jeunes blacks dégingandés et plutôt beaux gosses patientaient debout près de la borne d’embarquement, casquettes vissées à l’envers, épaules larges sous des maillots de basket trop amples. Leurs baskets montantes couinaient sur le sol ciré chaque fois que l’un d’eux faisait rebondir un ballon invisible, mimant un tir à trois points.
— Je te parie qu’ils vont aux Canaries, souffla Clara. Même vol, même hôtel. Ça se voit, ils attendent à la zone d'embarquement de notre vol.
Jeanne tourna lentement la tête, ses cheveux châtains ondulés effleurant sa joue. Elle mordit le coin de sa lèvre inférieure, ce tic que Clara connaissait trop bien — celui qui annonçait qu’elle avait déjà gagné avant même d’avoir parlé.
— Eux ?
Elle désigna du menton, presque imperceptiblement, un couple assis trois rangées plus loin. Lui, grand, crâne rasé, bouc brun clairsemé de poils gris, lunettes à monture fine, un ventre qui trahissait la quarantaine confortable. Elle, brune aux longs cheveux ondulés, jolie sans ostentation, les formes généreuses à la taille et aux fesses, de petits seins sous un chemisier léger. Ils portaient des alliances toutes neuves, encore brillantes sous les néons.
— Les jeunes mariés, dit Jeanne d’une voix calme et moqueuse. Ceux-là, je te les prends.
Clara croisa les bras sous ses petits seins fermes, le menton levé.
— Tu rêves. Ils vont dans un hôtel bon marché, ces deux-là.
— On parie ?
Le haut-parleur grésilla. Le vol à destination de Las Palmas était annoncé, embarquement immédiat. Clara serra son billet d’embarquement entre ses doigts, le papier légèrement froissé par la sueur tiède de sa paume, et observa une dernière fois les basketteurs puis le couple. Lequel des deux groupes se lèverait pour la même porte ?
Le boarding fut appelé. Les deux femmes se levèrent sans savoir qui avait raison.
La porte d’embarquement les avait avalées sans révéler le gagnant. Dans la coursive de l’avion, Clara traînait le pas, le cou tendu par-dessus les têtes, guettant les silhouettes dégingandées des trois basketteurs. Rien. Elle se glissa dans son siège côté hublot, posa son billet d’embarquement sur la tablette, et se pencha dans l’allée dès que la ceinture fut bouclée le coude planté sur l’accoudoir, la nuque vrillée vers l’arrière, les yeux plissés.
Jeanne, à côté, ne bougeait pas. Elle attendait, le visage tourné vers l’avant, un demi-sourire au coin des lèvres. Puis sa main s’abattit doucement sur la cuisse de Clara une tape du plat de la paume, presque silencieuse.
— Rangée douze, dit-elle sans hausser la voix. Le marié.
Clara pivota. Le grand type au crâne rasé et au bouc grisonnant s’installait péniblement dans un siège étroit, sa femme déjà assise près du hublot. Puis elle aperçoit les trois grands blacks entrer. Clara rapprocha de Jeanne, posa les lèvres contre sa tempe et chuchota, le souffle chaud roulant sur la joue de sa copine :
— Ils viennent de monter aussi, le pari tient jusqu'à la destination finale.
L’avion décolla. Le ronronnement des réacteurs emplissait la cabine, et Jeanne, la tête appuyée contre l’épaule de Clara, avait fermé les yeux.
Quand les roues touchèrent la piste de Las Palmas, Clara rouvrit les paupières. Le soleil matinal frappait le hublot. Jeanne décroisa les jambes et murmura, sans même regarder :
— On saura dans le bus.
La passerelle vibrait sous leurs pas, l’air chaud des Canaries s’engouffrant par les joints. Clara plissa les yeux dès la sortie du terminal, la foule compacte ondulant devant les bus alignés. Elle se dressa sur la pointe des pieds, le cou tendu, balayant les têtes — rien. Aucune silhouette dégingandée, aucun survêtement de basketteur. Jeanne, à côté d’elle, tenait son billet d’embarquement froissé entre deux doigts, le papier ramolli par la sueur du trajet. Elle ne cherchait pas. Elle attendait.
Puis sa main saisit le poignet de Clara, ferme, et le bras de Jeanne se tendit vers la droite. Clara suivit la ligne du doigt. Le couple de jeunes mariés avançait tranquillement vers le bus marqué du logo de leur hôtel, lui voûté sous le soleil, elle la jupe froissée par le vol. Ils montèrent les marches sans se presser, main dans la main. Clara souffla, un long filet d’air entre les dents, et posa le front contre l’épaule de Jeanne. Jeanne sourit, le coin de la lèvre coincé entre ses dents, et monta la première dans le bus.
Le bus sentait le plastique chauffé et la climatisation poussive. Clara laissa tomber sa nuque contre l’appui-tête, les yeux mi-clos, et passa le bras autour des épaules de Jeanne pour la serrer contre elle sans un mot. Jeanne ne dit rien non plus, elle posa la tête contre l’épaule de Clara, et sa main glissa sur la cuisse de Clara, paume ouverte, juste posée, chaude à travers le jean. Dehors, les palmiers défilaient, les murets de pierre volcanique, le ciel trop bleu pour être vrai. Clara tourna la tête et déposa un baiser lent sur le sommet du crâne de Jeanne, là où les cheveux sentaient encore l’air recyclé de la cabine. Le billet d’embarquement dépassait de la poche de Jeanne, froissé, inutile, oublié. Le bus s’arrêta devant l’hôtel, le soleil canarien inonda les sièges.
Le bus s’immobilisa dans un soupir hydraulique, et la porte coulissante s’ouvrit sur une vague de chaleur sèche. Clara se leva la première, les jambes engourdies, et tendit la main à Jeanne pour l’aider à se dégager du siège. Jeanne prit la main, ses doigts moites s’enroulant autour de ceux de Clara, et elles descendirent les marches l’une derrière l’autre.
Clara posa le pied sur l’asphalte chauffé. La semelle de sa sandale s’enfonça dans une flaque de bitume ramolli, et la chaleur lui remonta le mollet comme une langue. Elle plissa les yeux, éblouie, et compta machinalement les passagers qui s’éparpillaient devant le bus. Une douzaine. Pas plus. Et parmi eux, le couple de jeunes mariés, lui qui portait les deux sacs, elle qui rajustait sa jupe froissée en riant à quelque chose d’inaudible. Clara tourna la tête vers Jeanne, qui venait de poser le pied sur l’asphalte à son tour. Jeanne regardait dans la même direction. Leurs yeux se croisèrent, et Jeanne sourit, un sourire lent, sans triomphe, juste la confirmation tranquille de ce qu’elles savaient déjà. La victoire de Jeanne était totale. Clara haussa un sourcil, résignée, et passa un bras autour de la taille de Jeanne pour l’attirer contre elle un instant.
Un homme s’avança vers le groupe, les bras écartés en signe de bienvenue. Guillaume, le guide. Il portait un t-shirt rose floqué du logo de l'agence de voyages. Le bronzage doré de ceux qui vivent sous le soleil toute l’année, et sa voix portait ce mélange d’enthousiasme professionnel et de chaleur sincère propre aux guides de séjour.
— Bienvenue à l’hôtel R2, suivez-moi, je vous prie.
Il les entraîna à travers le hall, une vaste pièce ouverte aux murs blanchis à la chaux où des ventilateurs de plafond brassaient l’air chaud en silence. Clara tenait Jeanne par la main, leurs doigts entrelacés sans serrer, juste le contact paresseux de deux corps trop fatigués pour autre chose. Guillaume leur montra la piscine, le bar, le chemin qui menait à la plage, et Clara hochait la tête à chaque arrêt sans vraiment écouter, elle sentait le poids du voyage dans ses épaules, une lourdeur qui lui tirait les paupières.
Ils empruntèrent un escalier extérieur, les marches de pierre ponce rugueuses sous les pieds, et Guillaume s’arrêta devant une porte en métal d’un bleu délavé. Il sortit une clé de sa poche, l’inséra dans la serrure, et poussa le battant.
— Voici l'hôtel romantique, mesdemoiselles, mesdames, messieurs. Je n'ai pas encore les clés de vos chambres, mais vous pourrez les récupérer à la réception d'ici quelques heures, sans doute après le déjeuner. Passez un bon séjour.
Jeanne enlaça le bras de Clara.
— On va être bien ici ma chérie !
Le repas passé, elles récupèrent leurs clés et allaient poser leurs affaires. La chambre était spacieuse, baignée de lumière, les murs blancs cassés, un lit large aux draps immaculés, une moustiquaire nouée au-dessus de la tête de lit, et des rideaux entrouverts sur une terrasse minuscule qui donnait sur la piscine. Un transat, une table et deux chaises. Le carrelage frais sous les pieds, l’odeur de lessive et de fleurs coupées. Clara entra, posa son sac au pied du lit, et se tourna vers Jeanne, qui souriait déjà, les yeux plissés par la fatigue et le contentement.
— Ça te plaît ? demanda Jeanne.
— C’est parfait, répondit Clara.
Clara s’assit au bord du lit, fit glisser ses sandales, et posa ses pieds nus sur le carrelage froid. Jeanne l’imita, puis se leva pour ouvrir les volets en grand. La lumière canarienne inonda la pièce, dorée, épaisse, presque palpable.
— On va voir la plage ? proposa Clara.
— J’allais le dire.
Elles redescendirent pieds nus, leurs sandales abandonnées dans la chambre, et traversèrent le jardin de l'hôtel jusqu’à la plage. Le sable était fin, presque blanc, encore chaud de la journée malgré l’heure qui avançait. Clara marcha pieds nus sur le sable, Jeanne à ses côtés, et le contact des grains sous la plante de ses pieds lui arracha un soupir de bien-être. L’océan s’étendait devant elles, turquoise et calme, les vagues paresseuses qui venaient mourir sur le rivage dans un chuintement régulier. Elles marchèrent en silence le long de l’eau, les pieds effleurés par l’écume tiède, les épaules qui se frôlaient parfois. Clara regardait l’horizon, les yeux mi-clos, et sentait la fatigue du voyage se déposer doucement dans ses muscles, remplacée par une langueur tranquille, une paix vacancière qui n’avait pas encore de nom.
Au bout d’un moment, Jeanne s’arrêta et posa la tête contre l’épaule de Clara.
— J’ai faim, dit-elle sans bouger.
— Moi aussi. Enfin, je crois.
Elles remontèrent vers l’hôtel, les pieds poudrés de sable, et entrèrent dans la salle du restaurant. Le buffet s’étalait sur une longue table nappée de blanc, les plats disposés dans des réchauds en inox, les salades colorées, les poissons grillés, les fruits découpés. L’odeur était bonne, épicée et douce à la fois, mais Clara sentit son estomac se serrer rien qu’en regardant les assiettes. La fatigue du voyage lui avait coupé l’appétit, une lourdeur dans la mâchoire qui rendait l’idée de mâcher presque désagréable. Elle prit une assiette, la remplit à peine, deux cuillères de riz, une tranche de melon, un morceau de pain, et s’assit en face de Jeanne, qui avait fait exactement la même chose. Jeanne poussa à peine les plats du buffet dans son assiette, la fourchette qui traînait sans conviction, la mâchoire lourde de fatigue. Elles mangèrent en silence, quelques bouchées distraites, les coudes sur la table, les regards qui se perdaient vers la fenêtre ouverte sur la nuit qui tombait.
— Je crois que je vais m’endormir dans mon assiette, murmura Jeanne.
— Pareil. On monte ?
Elles laissèrent leurs assiettes à moitié pleines et remontèrent dans la chambre. Clara poussa la porte bleue, et la fraîcheur du carrelage l’accueillit comme une bénédiction. Elle se dirigea vers le lit sans allumer la lumière, guidée par la lueur orangée qui filtrait à travers les volets mi-clos. Jeanne la suivit, et elles s’effondrèrent sur les draps frais, les corps lourds, les membres abandonnés. Clara sentit le matelas s’enfoncer sous le poids de Jeanne, puis la chaleur de son corps tout contre le sien. Jeanne laissa tomber sa tête sur l’épaule de Clara, son souffle déjà plus lent, ses cheveux qui chatouillaient le cou de Clara. Clara tourna légèrement la tête, posa ses lèvres sur le front de Jeanne sans un mot, et ferma les yeux. Le vent canarien faisait battre doucement les volets contre le mur.
La tête de Jeanne pesait sur son épaule, chaude, confiante, et Clara sentit le sommeil la prendre par les chevilles, l’aspirer vers le bas, tandis que le soleil canarien dessinait des lignes dorées sur le carrelage à travers les volets mi-clos.
Clara ouvrit les yeux d’un coup.
Le noir de la chambre vibrait. Quelque chose l’avait arrachée au sommeil, un cri, un cri étouffé qui traversait le mur comme une décharge électrique. Elle resta immobile, le cœur battant, les draps emmêlés autour de ses jambes. Puis ça recommença. Un gémissement long, modulé, suivi d’un choc sourd et rythmique contre la cloison. Le matelas du voisin qui cognait le mur. Bam. Bam. Bam. Et cette voix de femme, aiguë, qui montait dans les aigus à chaque impact.
Clara tourna la tête vers le réveil sur la table de nuit. Deux heures trente-quatre. Les chiffres rouges clignotaient dans la pénombre.
Elle sourit. Un sourire lent, amusé, qui naquit au coin des lèvres avant de gagner tout son visage. La chambre voisine ne dormait pas. La chambre voisine baisait. Et pas à moitié, la femme criait maintenant, des vrais cris pornographiques, des « oui oui oui » qui s’enchaînaient sans pudeur, et le lit qui tapait le mur comme un métronome déréglé.
Clara glissa hors des draps. Le carrelage était frais sous ses pieds nus, un frisson qui remonta le long de ses mollets tandis qu’elle traversait la chambre sur la pointe des pieds. Elle posa d’abord la paume contre le mur mitoyen, la surface était froide, légèrement rugueuse sous ses doigts, puis elle y colla l’oreille.
Le son explosa dans sa tête. La femme hurlait littéralement, des petits cris hachés qui s’étranglaient dans sa gorge, et en dessous, plus grave, plus sourd, le grognement masculin qui répondait à chaque poussée. Le lit tapait le mur en cadence, un rythme animal, primitif, et Clara sentit la vibration se propager dans sa tempe, dans sa mâchoire, dans sa poitrine. Elle écouta, le souffle suspendu, les lèvres entrouvertes sur un sourire de plus en plus large. Les voisins étaient en pleine cavalcade, sans retenue, sans gêne, et le mur tremblait sous la violence des coups de bassin.
Elle resta là une longue minute, l’oreille écrasée contre le plâtre, à savourer chaque gémissement, chaque claquement de peau qu’elle devinait derrière les bruits de matelas. Puis elle se tourna vers le lit.
Jeanne dormait sur le ventre, les cheveux éparpillés sur l’oreiller, un bras pendant hors des draps. Son souffle était régulier, profond, sa bouche légèrement entrouverte. Clara revint vers le lit, se pencha, et posa ses lèvres sur celles de Jeanne, un baiser doux, à peine appuyé, juste assez pour la tirer du sommeil sans la brusquer.
Jeanne grogna. Ses paupières papillonnèrent, ses doigts se refermèrent mollement sur le vide.
— Quoi... chérie, qu’est-ce qu’il y a ?
Sa voix était pâteuse, embrumée, à peine audible.
— Viens écouter, ma puce.
Clara lui tendit la main. Jeanne se frotta les yeux du revers du poignet, se redressa péniblement sur le matelas, les cheveux en bataille, le visage encore gonflé de sommeil. Elle posa ses pieds sur le carrelage en frissonnant, et Clara la guida jusqu’au mur, une main dans le creux de ses reins.
— Écoute.
Jeanne plaqua son oreille contre la cloison. Ses yeux s’écarquillèrent d’un coup, immenses dans la pénombre, tandis que les cris de la voisine traversaient le plâtre. La femme hurlait un orgasme maintenant, un long feulement qui montait et se brisait en sanglots de plaisir, et le lit tapait plus fort, plus vite, une déflagration de coups sourds qui faisait vibrer le mur tout entier.
Clara glissa ses mains sur les hanches de Jeanne, les doigts légers, taquins, et commença à la chatouiller juste au-dessus des os iliaques. Jeanne sursauta, un petit cri étranglé qui se mua en rire étouffé. « Arrête ! » chuchota-t-elle en se tortillant, l’oreille toujours collée au mur, les yeux brillants de complicité. Clara rit doucement contre sa nuque, ses doigts qui dansaient sur la chair tiède, et Jeanne écoutait, les joues en feu, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, tandis que derrière le mur la voisine jouissait à pleins poumons.
Clara colla ses lèvres contre l’oreille de Jeanne, toujours plaquée au mur, et chuchota d’une voix rauque, vibrante d’excitation :
— Tu as gagné le pari, je te dois un gage, ma puce.
Jeanne tourna la tête, les yeux encore écarquillés par les cris de la voisine qui résonnaient à travers le plâtre. Un sourire flotta sur ses lèvres gonflées de sommeil.
— Ah ouais ? souffla-t-elle, la voix déjà moins pâteuse, déjà plus mouillée.
Clara ne répondit pas. Elle attrapa le poignet de Jeanne et la tira en arrière, loin du mur, vers le centre du matelas défait. Jeanne bascula sur le dos avec un petit cri étouffé, les cheveux éparpillés sur l’oreiller, les cuisses entrouvertes par la chute. Clara grimpa sur elle sans attendre, ses genoux encadrant les hanches généreuses de sa compagne, et elle écrasa sa bouche contre la sienne.
Sa langue fouilla entre les dents de Jeanne, chaude, insistante, avide. Jeanne gémit dans le baiser, ses mains remontant le long du dos de Clara, griffant le coton froissé de son débardeur. Clara mordilla sa lèvre inférieure, tira doucement, puis descendit le long de sa gorge en déposant une traînée de baisers mouillés. Sa main glissa sur le ventre rond de Jeanne, ses doigts effleurant la peau tiède juste sous le nombril, et continua sa descente.
Elle écarta les cuisses de Jeanne d’une pression ferme du poignet et glissa sa main entre elles. Ses doigts trouvèrent la fente déjà trempée, les lèvres gonflées et glissantes de mouille. Elle les écarta doucement, caressant l’entrée humide du bout de l’index, et Jeanne hoqueta contre sa tempe.
— Tu es déjà toute prête, ma puce ! murmura Clara en enfonçant deux doigts d’un coup dans sa chatte brûlante.
Jeanne cria, un son aigu qui se mêla aux hurlements de la voisine derrière le mur. Clara pompa lentement d’abord, ses doigts s’enfonçant jusqu’aux jointures dans la chair moite et serrée, puis elle accéléra. Sa paume frottait contre le clitoris de Jeanne à chaque poussée, un va-et-vient humide et bruyant qui claquait dans la pénombre. Jeanne cambra les reins, ses hanches se soulevant du matelas pour venir à la rencontre des coups de doigts de Clara.
Derrière le mur, le voisin grogna, un long râle bestial, et les coups de boutoir contre la cloison redoublèrent, plus violents, plus rapides. Le lit des voisins cognait comme un tambour, et la femme hurlait, hurlait, sa voix se brisant en un feulement interminable. Puis un dernier cri, un coup sourd, et le silence.
Clara ne s’arrêta pas. Elle courba les phalanges à l’intérieur de Jeanne, pressant la paroi antérieure de son vagin, cette zone spongieuse qui la faisait toujours gémir. Ses doigts allaient et venaient à une cadence frénétique, la paume martelant le clitoris gonflé. Jeanne agrippa les draps, les jointures blanches, la bouche ouverte sur un cri muet.
— Viens, ma puce, viens pour moi ! souffla Clara contre sa joue.
Jeanne explosa. Son con palpita autour des doigts de Clara, des contractions violentes et désordonnées, et un cri aigu s’échappa de ses lèvres, déchirant le silence laissé par les voisins. Sa mouille coula sur la main de Clara, chaude et abondante, tandis que ses cuisses tremblaient de chaque côté des hanches de sa compagne.
Clara retira doucement ses doigts, les porta à ses lèvres et les lécha un à un, les yeux plantés dans ceux de Jeanne.
— Je t’avais promis un gage, mais si tu penses que je vais m'arrêter là tu te trompes.
Elle descendit le long du corps moite de Jeanne, déposant des baisers sur son sternum, sur le renflement tendre de son ventre, sur la saillie de ses hanches. Elle s’installa entre ses cuisses, les écarta largement, et plongea son visage dans la chatte trempée.
Sa langue s’enfonça d’abord dans l’entrée encore palpitante, lapant la mouille qui s’écoulait, remontant lentement le long des lèvres gonflées. Jeanne gémit, ses doigts s’enfonçant dans les cheveux blonds de Clara. Clara aspira le clitoris entre ses lèvres, le suçant doucement, puis plus fort, sa langue fouettant la petite perle durcie.
Jeanne se tordait sous elle, les hanches roulant contre sa bouche, des gémissements rauques s’échappant de sa gorge. Clara la dévora avec une avidité méthodique, sa langue alternant entre de longs coups de langue plats et des succions intenses du clitoris. Elle glissa de nouveau deux doigts dans sa chatte, les courba, et Jeanne cria.
Son dos se voûta, ses talons s’enfoncèrent dans le matelas, et elle jouit une seconde fois, un gémissement rauque déchirant la nuit, aussi fort, aussi animal que celui de la voisine quelques minutes plus tôt. Son corps tout entier fut secoué de spasmes, sa chatte se contractant autour des doigts et de la langue de Clara.
Jeanne retomba haletante sur les draps, les cuisses encore tremblantes, le silence de la chambre voisine comme un écho à sa propre jouissance.
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