Convoqué par la RH — Chapitre 1 · L'engrenage
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L'avis peut contenir des indices sur l'intrigue.
Ce qui séduit d'emblée, c'est le rythme : des phrases courtes, sèches, qui claquent comme des horaires de planning, et soudain un dialogue qui fait sourire. L'alchimie entre Léo et Camille s'installe sans forcer, dans les petits riens — le café trop sucré, le « non » qui veut dire « entre quand même ». On sent la tension monter sans qu'il se passe grand-chose, et c'est justement pour ça qu'on tourne les pages.
Convoqué par la RH
Chapitre 1 · L'engrenage
Il regarda l'heure sur son écran, soupira et posa son téléphone à côté du clavier.
Discret.
Dans les faits, une pression permanente.
Les plannings qui explosaient, les absences de dernière minute, les audits de sécurité, les réclamations, les arrêts maladie, les conflits entre managers et, au-dessus de tout ça, une direction qui attendait des résultats sans jamais vraiment demander comment on les obtenait.
Il encaissait.
Il réglait.
Puis il rentrait chez lui.
Et le lendemain, il recommençait.
Quarante-sept nouveaux messages.
Trois petits coups contre la porte.
Léo leva les yeux.
— Non.
C'était devenu une sorte de rituel entre eux.
Camille savait qu'il disait non par principe et Léo savait qu'elle entrerait quoiqu'il arrive.
— Il est huit heures douze.
— Justement.
— Tu commences à quelle heure ?
— Huit heures.
— Donc tu es en retard.
— Non. Je suis ponctuelle avec une marge de négociation.
— Je suis RH. J'invente des règles.
— Du café.
— Je vois bien que c'est du café.
— Alors pourquoi tu demandes ?
— Parce que tu ne m'apportes jamais de café.
— Justement. Profite. C'est exceptionnel.
— Camille.
— Deux sucres.
— Tu sais que je prends sans sucre.
— Je sais.
Il fit immédiatement une grimace.
Camille éclata de rire.
— Tu es insupportable.
— Et pourtant tu bois.
— Parce que j'ai besoin de café.
— Pas de problème. Demain, je t'en ramène un sans sucre.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que demain tu vas oublier.
— Probable.
Il ne savait pas exactement quand leur relation avait commencé à devenir aussi naturelle.
Ils n'étaient pas particulièrement proches en dehors du travail. Ils ne se racontaient pas leurs vies. Ils ne s'écrivaient pas le soir. Ils ne se voyaient jamais le week-end.
Et pourtant, au bureau, Camille était probablement la personne avec laquelle Léo échangeait le plus.
Parfois pour une vraie question RH.
Parfois pour une signature.
Et parfois sans aucune raison valable.
Il savait reconnaître sa démarche.
Et Camille, de son côté, savait parfaitement quand il était de mauvaise humeur.
— Elle a commencé il y a douze minutes.
— Donc oui.
— Oui.
— Rien.
— Léo.
— Camille.
— Ne fais pas ton Léo.
— Je suis littéralement Léo.
— Toujours.
Il sourit malgré lui.
Puis son téléphone sonna.
La parenthèse était terminée.
À onze heures trois, il avait reçu deux appels urgents.
À onze heures dix-sept, un manager lui annonça qu'il avait quatre absences imprévues sur la même équipe.
À onze heures quarante-deux, la direction lui demanda un état des effectifs « pour hier ».
À onze heures cinquante-huit, il réalisa qu'il n'avait toujours pas touché à son café.
Le gobelet était froid.
Tu es vivant ?
Malheureusement.
Dommage. J'avais prévu de te faire travailler cet après-midi.
Je savais que tu étais là pour ça.
Exactement.
Quelques secondes passèrent.
Puis :
Léo regarda le gobelet posé à côté de son clavier.
Il était horrible.
Mensonge.
Il était très mauvais.
Je l'ai goûté.
Alors tu savais.
Oui.
Pourquoi tu me l'as donné ?
La réponse mit un peu plus de temps à arriver.
Léo resta immobile devant l'écran.
Il relut le message.
Une fois.
Puis une deuxième.
Avant de recevoir un nouveau message :
Je plaisante 😌
Bien sûr.
Il retourna à son travail.
Blonde, les cheveux mi-longs, des lunettes rondes qui lui donnaient un air presque étudiant malgré ses trois ans d'ancienneté au service RH, elle avait appris très tôt à jouer avec les deux visages que lui imposait son métier.
Devant la direction, elle savait se faire parfaitement professionnelle.
Calme.
Précise.
Presque austère.
Léo l'appréciait.
Beaucoup.
Mais il n'y avait jamais pensé autrement.
Pour lui, Camille était simplement devenue une présence familière dans ses journées.
Quelqu'un qui rendait les journées difficiles un peu moins pénibles.
Quelqu'un dont il connaissait les habitudes.
Elle détestait les réunions avant neuf heures.
Elle mettait toujours son téléphone en silencieux, mais oubliait systématiquement de le remettre en sonnerie.
Elle buvait trois cafés avant midi.
Léo connaissait même son rire.
Il y en avait plusieurs.
Le petit rire poli qu'elle utilisait en réunion.
Le rire franc lorsqu'un collègue disait quelque chose de drôle.
Et celui, beaucoup plus rare, qu'elle avait lorsqu'elle était réellement surprise.
Camille, elle, connaissait tout autant Léo.
Qu'il disait « ça marche » lorsqu'il voulait mettre fin à une conversation.
Qu'il vérifiait trois fois ses mails avant de les envoyer lorsqu'ils concernaient la direction.
Et surtout, elle savait qu'il disait toujours oui.
Même lorsqu'il aurait dû dire non.
C'était probablement ce qui l'avait intriguée chez lui au départ.
Pas son physique.
Pas son poste.
Pas son sérieux.
Sa manière de vouloir tout régler.
Tout le temps.
La porte était entrouverte.
Elle frappa deux fois.
— Oui ?
Il avait précisément zéro minute.
— Tu fais toujours ça.
— Quoi ?
— Tu demandes si j'ai deux minutes et tu entres quand même.
— Parce que si tu avais vraiment voulu que je parte, tu aurais fermé la porte.
— Oui.
— Il est mauvais.
— Mais tu ne me fais pas sortir.
Il soupira.
— Le tableau de suivi des heures de vol, celui du mois dernier.
— Pourquoi ?
— Parce que je dois le présenter en salle 2.
— Quand ?
— Dans dix minutes.
Quatorze heures huit.
— Pas du tout.
— Camille...
— S'il te plaît.
Léo la fixa quelques secondes.
— On me le dit souvent.
— Très souvent ?
— Principalement par toi.
— Parce que je suis honnête.
— Parce que tu m'adores.
— Le tableau ?
— Merci.
— Et tu me dois un café.
— Deux cafés.
— Sans sucre.
— Je sais.
Il chercha le fichier, l'ouvrit, vérifia les données, lança l'impression.
Puis, au lieu d'attendre tranquillement que l'imprimante termine son travail, il vérifia l'heure.
Quatorze heures douze.
Il avait encore huit minutes.
Lorsqu'il arriva en salle 2, il était légèrement essoufflé.
Camille était seule.
Elle leva les yeux.
— Tu avais dit dix minutes.
— J'avais dit dix minutes, oui.
Leurs doigts se touchèrent brièvement.
Un contact insignifiant.
Une fraction de seconde.
Mais Camille ne retira pas immédiatement sa main.
Elle le regarda.
Pas comme elle regardait les autres.
Ou du moins, Léo eut cette impression sans savoir pourquoi.
— Tu avais une réunion.
— Elle n'a pas commencé.
— Alors je suis en avance.
— De beaucoup.
Camille avait posé les documents sur la table.
— Sans sucre.
— Alors oui.
— J'ai du travail.
— Cinq minutes.
Puis s'assit.
Cinq minutes devinrent quinze.
Ils parlèrent du travail, évidemment.
D'un manager qu'ils trouvaient tous les deux particulièrement compliqué.
D'une réunion de direction qui approchait.
Puis, sans vraiment savoir comment, la conversation dériva.
Léo lui parla d'une série qu'il regardait.
Elle se moqua de ses goûts.
Il se moqua des siens.
Ils rirent.
— Rien.
— Tu me regardes bizarrement.
— Je réfléchis.
— À quoi ?
Il ne remarqua pas que Camille le suivait du regard depuis la salle 2.
Les semaines suivantes, leur complicité devint progressivement une habitude.
Un café.
Une plaisanterie.
Un message.
Une porte entrouverte.
Un « tu as cinq minutes ? » qui en devenait régulièrement vingt.
Au contraire.
Léo ne se posait aucune question.
Camille non plus, du moins en apparence.
Elle savait pourtant qu'elle cherchait de plus en plus souvent une raison de passer devant son bureau.
Elle pouvait envoyer un mail.
Elle préférait venir.
Elle pouvait demander une information à son manager.
Elle demandait à Léo.
Elle pouvait attendre le lendemain.
Elle trouvait toujours une raison de venir le jour même.
Huit heures douze.
Encore en retard sur son propre planning.
Il posa son sac, alluma son écran.
Objet : Dossiers navigants — urgent
Léo, j'ai besoin que tu me redescendes les fiches d'évaluation de ton équipe avant midi. On en a discuté la semaine dernière, je crois ? Merci d'avance 🙂
Il ne se souvenait d'aucune discussion de ce genre.
Mais ce n'était pas le genre de détail sur lequel il s'attardait un lundi matin.
Il commença à ouvrir les dossiers.
Elle s'arrêta.
Léo leva les yeux.
Elle lui adressa un sourire.
— Bonjour, madame RH.
— Tu as vu mon mail ?
— Oui.
— Tu vas me détester.
— Probablement.
— D'accord.
— Oui ?
— Merci pour vendredi.
— Le café.
— Ah.
— Celui-là.
Puis il retourna à son écran.
Il ne savait pas encore que ce genre de petits moments allait devenir important.
Un café.
Une plaisanterie.
Un message auquel on répond trop vite.
Une personne dont on remarque l'absence avant même de remarquer sa présence.
Et parfois, sans qu'on sache exactement quand, quelque chose change.
Camille avait commencé à le remarquer.
Léo, lui, n'avait encore rien compris.
Mais l'engrenage, lui, avait déjà commencé.
Silencieusement.
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