Jeux et séductions professionnels
Chapitre 1 · Mercredi
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Fantasme
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Jeux et séductions professionnels — Chapitre 1 · Mercredi

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Jeux et séductions professionnels

Chapitre 1 · Mercredi

Le café du matin n'avait pas encore fini de tiédir dans la tasse quand je me rassis devant l'écran. Ce n'était pas mon bureau officiel, qui m'avait été affecté il y a trois ans de cela, lorsque j'étais rentré dans cette boîte après mes études. Celui-ci appartenait à l'équipe Produit, au troisième étage, loin de mon open space habituel du cinquième. Mais j'avais mes raisons. Des raisons qui portaient un prénom.
Clémence était arrivée trois mois plus tôt, fraîchement diplômée, recrutée comme assistante chef de produit. Dès le premier jour, quelque chose s'était mis à vibrer entre nous — une de ces tensions magnifiques qui n'a de nom qu'au travers de son intensité, et que tous les gens autour finissent bien trop vite par deviner. Elle avait vingt-quatre ans, des cheveux châtains qu'elle attachait souvent en un chignon lâche, des yeux noisette aux reflets changeants selon la lumière, et une façon de mordiller son stylo qui donnait envie de tout lâcher pour la dévorer sur le champ. Moi, j'en avais trente-deux.
Nous nous tournions autour sans jamais nous rapprocher trop, tels deux aimants qui se maintiennent à distance sans jamais pouvoir s'éloigner trop de la présence de l'autre. Pour un café partagé à la machine. Lors d'une blague échangée dans le couloir. Et surtout par des regards : ô, le nombre de regards, à peine croisés et déjà détournés, trop vite, me laissant sur ma faim. Tous les deux, nous savions qu'une ligne existait, et nous ne tenions pas à la franchir. Le professionnalisme était une cage confortable, il fallait s'y tenir.
Mais ce matin-là, quelque chose changea.
Je le sentis dès qu'elle arriva. Pour une fois, elle était en retard, avec ses belles joues légèrement rosées par le froid du dehors, et son parfum — quelque chose de fleuri, avec un fond de vanille — plus présent que d'ordinaire. Elle me salua d'un « Salut, toi » qui n'avait rien de professionnel, et ses yeux brillèrent d'une lueur espiègle si tentante qu'une barrière sauta en moi (même si, sur le moment, je ne le réalisais pas encore).
Comme à mon habitude depuis quelques mois, je m'étais installé à mon bureau d'emprunt, dos à l'allée centrale, tapant une présentation que je n'avais aucune raison de rédiger ici plutôt qu'au cinquième étage. Mais sa présence, à quelques mètres de moi, justifiait tout.
Ce fut alors qu'elle passa derrière moi.
Elle n'avait aucune raison de passer par là. Son poste était dans l'autre direction, vers la baie vitrée qui donnait sur le parking. Mais elle se leva, un dossier à la main, et traça un arc qui la mena juste derrière ma chaise. Je sentis d'abord son parfum — traces de vanille qui m'entourèrent — puis son contact. Ses doigts, ou plutôt sa paume entière, effleurèrent le milieu de mon dos. Sa main s'attarda, appuyée contre le tissu de ma chemise, sur trois ou quatre centimètres avant de se retirer. J'eus le temps de sentir la chaleur de sa paume traverser le coton.
Je ne bougeai pas. Ni ne me retournai. Mes doigts cessèrent de pianoter sur le clavier, et je restai immobile, les yeux fixés sur l'écran, le cœur cognant contre mes côtes. Derrière, ses pas s'éloignèrent doucement. Quand je me retournai enfin, elle s'était déjà rassise à son poste, le dos légèrement tourné, les yeux sur son écran. Mais j'aperçus au coin de ses lèvres un pli imperceptible, qu'elle avait parfois, et qui me fit chavirer.
Quelque chose venait de craquer.
Je pris une gorgée de café froid. Il fallait faire quelque chose. Et l'occasion vint d'elle-même. Thomas rompit le silence de l'open space le premier, d'une voix posée qui portait sans effort jusqu'aux bureaux voisins, et Marc lui répondit presque aussitôt. Leur discussion commença légère — un article lu le matin même sur les réseaux sociaux — puis, très vite, elle bascula.
— Vous savez ce que je trouve fascinant ? lança Thomas de derrière son écran. Les petits trucs qu'on trouve érotiques, mais sans que ce soit sexuel. Genre, je ne parle pas des pratiques fétichistes lourdes, vous voyez. Pas les trucs explicites. Juste... des petites choses innocentes. Des fétichismes de tous les jours.
Marc haussa un sourcil.
— Genre ?
— Genre... l'odeur d'un parfum sur une écharpe. Ou la façon dont quelqu'un tient son verre. Des trucs comme ça.
Marc eut un rire bref.
— C'est pas un fétiche, ça. C'est juste de l'attirance.
— Non, non, c'est plus précis que ça, insista Thomas. C'est comme un déclencheur. Quelque chose qui te met dans un état sans que tu puisses l'expliquer rationnellement. Un truc anodin qui devient érotique par contexte.
Le débat s'installa. Thomas, lui, évoqua son attrait des mains — la façon dont la vue de doigts fins pouvait le rendre fou. Marc se confia sur son attirance pour les voix, et en particulier ces timbres graves et feutrés qui lui faisaient oublier ce qu'on lui disait. Une collègue, Sophie, passa par là et apporta sa contribution : les regards par-dessus les lunettes, ce mouvement précis du menton qui cachait le cou et révélait toute l'intensité du sentiment.
Et tout ce temps, je guettais le silence derrière moi. Ce genre de silence qui prouve que quelqu'un écoute. Clémence avait cessé de taper sur son clavier. Sans la voir, je pouvais la sentir, présence tendue, concentrée.
J'attendis le bon moment. Thomas venait de finir une tirade sur les chevilles — oui, les chevilles, il avait un truc pour ça — et Marc cherchait une nouvelle idée. Sophie était repartie. Le bureau était plus calme. Je tournai légèrement la tête, juste assez pour que ma voix porte vers ma cible.
— Moi, dis-je, ma voix baissant d'un demi-ton, c'est le goût de la salive.
Marc cligna des yeux.
— La salive ?
— La salive, répétai-je. Pas de façon glauque, plus dans ce que ça représente, en termes d'échange. Pour moi, c'est un marqueur du fait de partager quelque chose de profondément intime. Tu bois dans le verre de quelqu'un, et tu sais que sa bouche était là. Que sa salive est encore sur le bord. Ou quelqu'un qui laisse tomber une goutte de sa bouche dans ton verre, devant toi, et qui te regarde pendant que tu bois. C'est... Je marquai une pause. C'est puissamment érotique. Une sorte de signature invisible.
Le silence qui suivit ne dura qu'une seconde. Marc eut un rire gêné. Thomas fit une blague sur les cocktails partagés. La conversation reprit, légère, banale. Mais moi, je ne bougeai pas. Je restai immobile, la main sur ma tasse vide, les yeux fixés dans le vide. Derrière moi, le clavier de Clémence restait muet.
La discussion s'éteignit d'elle-même. Thomas lança une dernière blague graveleuse, Marc hocha la tête en riant, puis ce fut tout. Chacun reprit le fil de sa matinée, les chaises grincèrent, les claviers reprirent leur clapotis. Je me replongeai dans le travail. Les chiffres d'une campagne display défilaient sous mes yeux, je corrigeai des libellés, je validai des bannières. Le matin s'écoula dans cette routine familière et besogneuse ; je perdis la notion du temps.
Midi sonna.
Thomas s'étira, Marc proposa qu'on mange sur la terrasse, vu le temps. Sophie récupéra son Tupperware, Clémence attrapa sa salade composée dans le frigo. Je descendis au distributeur, pris un sandwich poulet-curry et une bouteille d'eau. Nous nous retrouvâmes tous les cinq sur la terrasse du premier étage, cette petite dalle de béton avec trois tables en plastique blanc et un parasol oscillant dans le vent léger.
L'ambiance était bon enfant. Thomas raconta sa soirée de la veille — un resto japonais qui l'avait déçu, des sushis qui avaient eu le goût du frigo — puis, presque sans transition, il s'en prit à Marc : « Et toi, t'as commandé quoi la dernière fois qu'on est sortis ensemble ? Un burger. Un burger dans un japonais. » Marc haussa les épaules avec un sourire placide. Sophie le taquina sur ses standards gastronomiques irréalistes. Marc parla de son fils qui apprenait à nager, et on sentit tous la fierté qui transparaissait dans ses propos. Je mangeai mon sandwich tranquillement, ris au bon moment, hochai la tête. Clémence était assise en face de moi, légèrement de trois quarts. Elle piquait dans sa salade, mâchait lentement, participait aux conversations d'un mot, ou appuyait la tirade de nos voisins d'un sourire. Mais ses yeux noisette revenaient vers moi à chaque pause.
Le repas s'acheva. Sophie rangea sa boîte, Thomas écrasa sa canette. Le moment du café arriva — ce rituel de fin de pause qui prolongeait la convivialité de dix minutes. Je me levai en même temps que Clémence. Nos regards se croisèrent une fraction de seconde, puis nous nous dirigeâmes vers la machine à café à l'intérieur, laissant les autres sur la terrasse.
La machine occupait le coin du couloir, un gros cube métallique qui grognait et vibrait. Clémence posa sa tasse vide sous le bec, sélectionna un expresso. Le liquide noir coula en sifflant, emplissant l'air d'une odeur de café brûlé. Elle récupéra sa tasse, souffla sur la surface fumante. À mon tour. Je posai ma tasse et sélectionnai un allongé. La machine gronda, commença à couler.
Et là, plus rapide que moi, la main de Clémence se tendit et récupéra ma tasse. Je me tournai vers elle. Elle me fixa. Ses yeux noisette toujours si profonds. Elle porta la tasse à hauteur de son menton, pencha légèrement la tête, et ses lèvres s'entrouvrirent. Un filet de salive s'étira de sa lèvre inférieure, lentement, délicatement, et tomba dans le liquide noir. Une goutte claire qui se mêla au café, formant un petit tourbillon à la surface. Elle redressa la tête, son regard toujours accroché au mien, défi mutin et gêne mêlés sur ses traits.
— Bonne dégustation, dit-elle d'une voix légèrement plus grave que d'habitude.
Ses joues rosirent. Ses doigts tremblaient à peine autour de la tasse qu'elle me tendait. Je la pris. Le café était encore brûlant, sa salive flottait à la surface, filament transparent se dissolvant lentement dans le noir.
— Je vais me régaler, répondis-je.
Je portai la tasse à mes lèvres. Je bus lentement. L'amertume du café arriva en premier, familière, presque rassurante ; puis vint autre chose — quelque chose de plus doux, de légèrement salé, qui se fondait dans le liquide brûlant sans se laisser nommer tout à fait. Sa chaleur à elle, dissoute dans la mienne. Je sentis le mélange descendre, lent, précis, comme si chaque gorgée portait le poids de tout ce qui venait de se passer entre nous. Mon sang me battait aux tempes, une tension nouée au bas du ventre que je dus m'employer à ignorer. Je bus tout. J'avalai jusqu'à la dernière goutte, sentant le liquide brûlant descendre dans ma gorge, emportant avec lui la part d'elle qu'elle m'avait offerte.
Je posai la tasse vide. Elle me regardait, les joues toujours cramoisies, les lèvres entrouvertes, comme si elle n'arrivait pas à croire que j'avais vraiment fait ça (ou peut-être ne croyait-elle pas en son propre geste). Je sentais encore la chaleur du café dans ma gorge, et quelque chose de plus diffus — la conscience aiguë des centimètres qui nous séparaient. Elle détourna le regard, porta sa propre tasse à ses lèvres pour se donner une contenance.
Nous retournâmes à la terrasse comme si de rien n'était. Thomas parlait d'un projet de rénovation, Sophie hochait la tête, Marc finissait son café. Je m'assis et participai de nouveau à la conversation. Clémence reprit son attitude distante. Mais entre nous quelque chose palpitait — une connexion secrète, un fil invisible qui reliait nos deux bouches par le souvenir de ce café détourné.
La pause se termina. Tout le monde se leva, rangea les tasses, se dirigea vers l'escalier. Je laissai les autres passer devant. Clémence était la dernière, juste devant moi dans le couloir qui menait à l'escalier. J'accélérai le pas, me penchai vers son oreille. Mes lèvres effleurèrent sa peau et je murmurai :
— Ta recette est exceptionnelle. J'espère la goûter aussi demain...
Elle ne se retourna pas. Mais je vis la chair de poule se lever sur sa nuque, là où ses cheveux détachés laissaient la peau à découvert. Elle accéléra le pas, descendit les marches devant moi sans un mot. Je m'arrêtai un instant en haut de l'escalier, la main sur la rampe, et je la regardai descendre. Je n'avais aucune envie de bouger. Le goût du café s'attardait encore sur ma langue — son goût, le sien — et je n'étais pas pressé de le laisser partir. En bas, elle disparut dans le couloir sans se retourner. Mais sa démarche était plus raide, et, quand elle reprit place à son bureau, ses doigts tremblèrent sur le clavier pendant les dix premières secondes avant de retrouver leur rythme.
Le temps me sembla si long cet après-midi...
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