Après la fermeture (suite de une nuit au club)
Chapitre 1 · Une histoire ondes de peau
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✦ SVesambre Après la fermeture (suite de une nuit au club) XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Après la fermeture (suite de une nuit au club) — Chapitre 1 · Une histoire ondes de peau

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SVesambre
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Le ton accroche d'abord : une voix masculine sèche, légèrement ironique, qui raconte avec une retenue parfaitement dosée. On apprécie la façon dont la tension s'installe sur la durée — Sophie qui passe et repasse, Seb qui fixe son sonomètre avec une application suspecte, Marc qui sourit dans son coin sans rien dire. Et puis il y a Élodie, dont la présence discrète au bar réserve bien plus qu'il n'y paraît.

Après la fermeture (suite de une nuit au club)

Chapitre 1 · Une histoire ondes de peau

Il y a des clients chez qui on revient avec plaisir. Et puis il y a ceux pour lesquels on vérifie trois fois la date du rendez-vous en essayant de se convaincre que c'est uniquement par professionnalisme.
Trois semaines après ma première visite, je suis de nouveau garé devant le club. Même façade discrète. Même enseigne noire. Même porte derrière laquelle, la dernière fois, une simple campagne de mesures avait légèrement débordé du cadre de ma mission.
Cette fois, ce n'est pas une étude complète. Marc a fait reprendre quelques réglages sur la diffusion et je dois simplement contrôler les niveaux en conditions réelles d'exploitation. Rien de compliqué. Quelques relevés. Deux passages à l'extérieur. Un contrôle final.
Je récupère ma mallette, pousse la porte et entre. Musique. Lumières tamisées. Une trentaine de personnes déjà présentes autour du bar et de la piste. Des couples, surtout. Certains habillés avec une élégance presque classique. D'autres beaucoup moins. Une femme passe devant moi dans une robe dont la fonction semble essentiellement administrative. Je regarde immédiatement mon sonomètre. Très intéressant, ce sonomètre.
— Bonsoir monsieur l'acousticien.
Cette voix. Je relève les yeux. Sophie. Rousse. Toujours aussi belle. Toujours ces formes généreuses. Ce soir, elle porte une robe vert sombre qui épouse son corps avec une efficacité franchement déloyale. Elle s'approche. Pendant une fraction de seconde, je crois retrouver le sourire gourmand de la dernière fois. Celui qui annonçait généralement que mon professionnalisme allait souffrir. Mais non. Elle me tend simplement la main.
— Contente de vous revoir.
Je reste une demi-seconde surpris.
— Moi aussi.
Poignée de main. Professionnelle. Impeccable. Puis elle se tourne.
— Marc vous attend à la régie. Je vous laisse travailler.
Et elle part. Comme ça. Je la regarde s'éloigner. Très bien. Donc on joue à ça.
Marc me voit arriver et sourit immédiatement.
— Salut.
— Salut.
Il me serre la main. Puis regarde derrière moi.
— T'as vu Sophie ?
— Oui.
— Elle t'a bien accueilli ?
Je pose ma mallette.
— Très professionnellement.
Il acquiesce avec beaucoup trop de sérieux.
— Elle tient à la qualité de l'accueil.
Je le regarde. Il tient exactement deux secondes. Puis sourit.
— Vous êtes vraiment pénibles tous les deux.
— Je vois pas du tout de quoi tu parles.
Bien sûr. Je commence mes relevés. Cette fois, le club est complètement différent. Lorsqu'il était vide, j'avais surtout vu une piste, un bar, quelques salons et un établissement à contrôler. Avec du monde, je comprends réellement l'atmosphère. Les couples discutent. S'observent. Se cherchent. Certains dansent. D'autres s'embrassent avec cette liberté particulière des endroits où personne ne fait semblant de ne pas regarder. Rien de glauque. Rien de caricatural. Simplement une sensualité beaucoup plus assumée qu'ailleurs. Et au milieu de tout ça, moi. Jean sombre. T-shirt noir. Sonomètre à la main. Probablement le seul homme du club à fixer un afficheur de décibels avec autant d'application.
Premier niveau. Deuxième. Sophie passe devant moi. Elle parle avec un couple. Elle ne me regarde même pas. Quelques minutes plus tard, elle repasse. Toujours rien. Je me concentre. Enfin, j'essaie. 63 Hz. 125 Hz. Passionnant.
Une heure passe. Et je commence franchement à trouver ça étrange. À la première visite, cette femme avait passé la soirée à chercher le moindre prétexte pour venir près de moi. Ce soir ? Rien. Un sourire vaguement poli. Une indication sur le niveau sonore. Puis elle disparaît.
Au troisième passage, je finis par l'interpeller.
— Sophie ?
Elle se retourne.
— Oui ?
— Tu peux venir deux secondes ?
Elle s'approche. Enfin.
— J'ai besoin que tu vérifies le niveau à la régie pendant que je vais dehors.
— Bien sûr.
Elle se penche sur l'écran. Son parfum. Exactement le même que la dernière fois. Pendant une seconde, elle reste suffisamment proche pour faire remonter quelques souvenirs très précis. Puis elle se redresse.
— C'est tout ?
Je la regarde. Elle est parfaitement sérieuse.
— Oui.
— Très bien.
Et elle repart. Je reste planté là.
Marc apparaît derrière moi.
— Un problème ?
— Aucun.
— T'as l'air contrarié.
— Je travaille.
— Ah.
Il hoche la tête.
— Le fameux professionnalisme.
Je le regarde.
— Va t'occuper de ton club.
Il éclate de rire.
Premier point extérieur. Puis deuxième. Cette fois, je suis seul. Curieusement, personne ne vient me déconcentrer pendant l'acquisition. Je devrais apprécier. Au lieu de ça, je repense à Sophie. Très mature comme comportement.
Lorsque je rentre, elle est au bar avec une femme que je n'avais pas encore remarquée. Brune. Probablement quarante ans. Plus petite que Sophie. Longs cheveux légèrement ondulés. Robe noire très simple. Des formes généreuses. Et surtout une manière particulière de regarder. Pas provocante. Pas insistante. Curieuse. Comme si elle hésitait encore entre détourner les yeux et assumer complètement qu'elle me détaille.
Je passe devant elles avec mon matériel. Son regard descend sur mes tatouages. Puis remonte. Elle dit quelque chose à Sophie. Sophie tourne la tête vers moi. Et toutes les deux sourient. Super. Je continue jusqu'à la régie.
Marc est là.
— C'est qui ?
Il suit mon regard.
— Élodie.
— D'accord.
— Une habituée.
Je hoche la tête.
— Pourquoi ?
— Pour rien.
— Bien sûr.
Il sourit.
— Concentre-toi sur tes décibels.
Connard.
Il est presque une heure. Je continue mes mesures. Élodie apparaît régulièrement dans mon champ de vision. Une fois depuis le bar. Une autre depuis la piste. Puis elle passe près de moi. Son regard descend sur mon avant-bras tatoué. Elle hésite.
— Bon courage.
— Merci.
Elle continue. Je la regarde partir. Elle tourne légèrement la tête au même moment. Nos regards se croisent. Cette fois elle sourit franchement.
Lorsque je regarde devant moi, Sophie est là. Elle a tout vu. Et enfin… Je retrouve ce sourire. Gourmand. Je hausse un sourcil. Elle boit tranquillement une gorgée. Puis s'éloigne. Je commence à comprendre que je suis probablement le seul dans cet établissement à ne pas connaître le programme de la soirée.
Deux heures. Les niveaux sont bons. Quelques ajustements mineurs. Rien de problématique. Marc fait progressivement fermer certaines zones. Les clients commencent à partir. Je récupère une dernière séquence. Puis je range mon microphone.
Lorsque je relève la tête, Sophie est devant moi.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Cette tête.
— Quelle tête ?
Elle sourit.
— Celle d'un homme qui pensait que sa soirée se déroulerait autrement.
Je range méthodiquement mon câble.
— Absolument pas.
— Menteur.
— Je suis venu travailler.
— Évidemment.
Elle s'approche. Enfin.
— Tu pensais vraiment que j'allais te sauter dessus dès que tu passerais la porte ?
Je réfléchis.
— J'avais envisagé cette éventualité.
Elle éclate de rire.
— J'ai hésité.
— Et ?
— C'était beaucoup plus amusant de te regarder attendre.
Je secoue la tête.
— T'es infernale.
— Je sais.
Sa main vient enfin se poser sur mon torse. Premier véritable contact de la soirée. Et immédiatement, les quatre heures précédentes prennent une autre saveur. Elle le sent. Son sourire s'élargit.
— Tu vois ?
— Quoi ?
— Ça valait le coup d'attendre.
Mais elle ne m'embrasse toujours pas. Elle retire sa main.
— Termine de ranger.
— Sérieusement ?
— Oui.
Elle fait deux pas. Puis se retourne.
— Après, tu es à moi.
Je souris.
Elle laisse passer une seconde.
— Enfin…
Son regard glisse derrière mon épaule.
— Pas seulement à moi.
Je me retourne. Élodie est encore au bar. Le club est presque vide.
— Elle n'est pas partie ?
— Non.
— J'avais remarqué.
Sophie sourit.
— Elle attendait.
— Quoi ?
Une voix répond derrière nous.
— Toi.
Je me retourne. Élodie s'approche. Son regard ne quitte pas le mien mais, arrivée devant nous, elle remet machinalement une mèche derrière son oreille. Presque timide.
— Sophie m'a beaucoup parlé de son acousticien.
Je tourne lentement la tête vers Sophie.
— Ah.
Elle fait semblant de réfléchir.
— J'ai peut-être raconté deux ou trois choses.
Marc arrive avec quatre verres.
— Beaucoup plus que deux ou trois.
Sophie le fusille du regard. Élodie rit. Moi aussi. Un peu nerveusement.
— Donc tout ça était prévu ?
Sophie vient près de mon oreille.
— Disons que j'avais une idée.
— Depuis quand ?
— Avant que tu arrives.
Évidemment.
Marc pose les verres. Je prends le mien. Sans alcool. La discussion devient étonnamment normale. Élodie me demande ce que je fais exactement. Pourquoi je suis revenu. Ce que je contrôle. Puis :
— Et Sophie t'a vraiment déconcentré pendant une mesure la dernière fois ?
Je manque de m'étouffer. Sophie éclate de rire.
— T'étais obligée ?
— Absolument.
Je la regarde.
— Tu racontes vraiment tout ?
Marc répond à sa place.
— Presque.
— Fantastique.
Élodie me regarde.
— Moi j'ai trouvé ça plutôt amusant.
— Évidemment.
Elle baisse les yeux vers son verre. Puis ajoute :
— Et intéressant.
Une seconde.
— Surtout intéressant.
Son genou touche légèrement le mien. Pas un accident. Je la regarde. Elle ne détourne pas les yeux.
Le dernier client quitte le club. Marc verrouille la porte. Le bruit du verrou semble soudain changer complètement l'atmosphère. Plus de musique forte. Simplement une playlist basse.
Sophie se lève.
— Viens.
— Où ?
— Tu poses beaucoup de questions pour quelqu'un qui avait très envie de revenir.
Elle prend ma main. Élodie reste une seconde immobile. Sophie la regarde. Pas comme un ordre. Une invitation. Élodie hésite. Puis prend mon autre main.
Je regarde Marc. Il sourit.
— Ce soir, ne me regarde pas pour avoir le mode d'emploi.
Sophie acquiesce.
— Exactement.
— Pourquoi ?
Elle se retourne.
— Parce que ce soir, c'est moi qui ai décidé du programme.
Je ris.
— Ça promet.
— Tu n'as encore rien vu.
Elle nous emmène dans une partie du club que je n'avais pas visitée. Une chambre privée. Lumière douce. Grand canapé. Rideaux sombres. Quelques miroirs. Sophie referme la porte. Puis reste devant. Elle nous regarde tous les trois. Marc. Élodie. Moi. Et là, je retrouve complètement la femme de la première soirée. Son regard. Son sourire. Cette façon de nous observer comme si elle avait déjà joué cette scène plusieurs fois dans sa tête.
Elle vient vers moi. Très lentement.
— Tu sais ce qui a été difficile ce soir ?
— Non.
Elle pose ses mains sur mes épaules.
— Passer devant toi pendant quatre heures sans te toucher.
— C'était ton idée.
— Je sais.
Elle sourit.
— Mauvaise idée.
Puis elle m'embrasse. Enfin. Et tout ce qu'elle a retenu disparaît. Pas de prudence. Elle vient franchement contre moi. Ses bras autour de mon cou. Son corps collé au mien. Je la serre par la taille.
Elle souffle contre mes lèvres.
— Putain…
— Quoi ?
— J'avais oublié.
— Quoi ?
Elle m'embrasse encore.
— Ça.
Je ris contre sa bouche. Puis une main se pose doucement sur mon bras. Élodie. Je tourne la tête. Elle est juste là. Et malgré tout ce qu'elle m'a laissé comprendre au bar, quelque chose change maintenant que la porte est fermée. Son sourire devient moins assuré. Elle regarde Sophie. Puis moi.
Sophie le voit. Elle se détache.
— Hé.
Élodie relève les yeux.
— Quoi ?
— Tu fais uniquement ce dont tu as envie.
Élodie acquiesce.
— Je sais.
Sophie sourit.
— Alors ?
Élodie me regarde. Longuement. Puis vient poser une main sur mon torse. Ses doigts suivent l'encre de mes tatouages.
— Je voulais faire ça depuis tout à l'heure.
— Regarder mes tatouages ?
— Au début.
Je souris.
— Et après ?
Elle lève les yeux.
— Après, j'ai eu d'autres idées.
Puis elle m'embrasse. Rien à voir avec Sophie. Plus lent. Plus prudent. Comme si elle vérifiait d'abord que l'envie qu'elle avait imaginée était bien réelle.
Ma main se pose sur sa taille. Elle avance d'un pas. Le baiser change. Une première hésitation disparaît. Puis une deuxième. Quand elle recule, ses joues sont légèrement rouges.
Sophie l'observe.
— Quoi ? demande Élodie.
— Rien.
— Sophie.
— Je suis très fière de moi.
Élodie éclate de rire.
— Connasse.
Et tout le monde rit. Même moi. Cette petite insulte fait disparaître les derniers restes de tension.
Marc vient derrière Sophie. Passe un bras autour de sa taille. Elle se laisse attirer contre lui mais continue à nous regarder.
Élodie le remarque.
— Elle aime vraiment regarder.
Marc sourit.
— Beaucoup.
Sophie lui donne une tape.
— Je suis là.
— On sait, répond Élodie.
Et pour la première fois, Sophie reste sans réponse. Une demi-seconde seulement. Mais je la vois. Je souris.
— Quoi ? demande-t-elle.
— Rien.
— Ce sourire veut dire quelque chose.
— Je profite.
Elle plisse les yeux. Puis prend Élodie par la nuque. Et l'embrasse. Élodie répond immédiatement. Plus aucune hésitation. Je les regarde. Sophie ouvre les yeux vers moi pendant leur baiser. Son fameux regard. Gourmand. Elle me tend une main. Je les rejoins.
Au début, Sophie mène. Évidemment. Elle passe de Marc à moi. Puis à Élodie. Elle rapproche. Éloigne. Regarde. Teste. Elle semble vouloir vérifier chaque combinaison qu'elle avait imaginée. Puis, progressivement, son petit scénario commence à lui échapper. Et je crois que c'est précisément là qu'elle commence vraiment à s'amuser.
Élodie prend de l'assurance. Par petites étapes. Une main qui reste plus longtemps. Un baiser qu'elle vient chercher elle-même. Une plaisanterie soufflée à mon oreille. Puis elle me pousse doucement contre le canapé.
Je la regarde.
— Ah.
Elle sourit.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu pensais que j'allais rester timide toute la nuit ?
Sophie, derrière elle :
— Personnellement, non.
Élodie se retourne.
— Toi, tais-toi.
Sophie éclate de rire. Marc aussi.
Je crois que c'est à cet instant précis que le programme de Sophie cesse définitivement de lui appartenir.
Quelques minutes plus tard, elle se retrouve entre Marc et moi. Littéralement. Marc devant elle. Moi dans son dos. Ses épaules contre mon torse. Ses hanches tenues entre nos mains. Elle essaie encore de sourire. De provoquer. Puis Marc l'embrasse et quelque chose change. Son rire s'interrompt. Je la resserre contre moi. Elle tourne la tête pour venir chercher ma bouche.
Élodie arrive avant elle. Ses mains encadrent le visage de Sophie. Et elle l'embrasse. Je m'arrête une seconde. Juste pour regarder. Sophie est prise entre Marc et moi, tandis qu'Élodie ne quitte plus sa bouche. Cette fois, personne n'est spectateur. Nous sommes tous les quatre dans le même mouvement. Sophie ouvre les yeux. Son regard trouve le mien. Et ce que j'y vois n'a plus rien de moqueur. Elle nous veut là. Tous. Maintenant.
Je resserre ma main sur sa hanche. Marc accélère le mouvement. Élodie approfondit son baiser. Sophie gémit contre ses lèvres. Son corps se cambre entre nous.
— Putain…
Élodie sourit contre sa bouche.
— Toujours ton programme ?
Sophie essaie de répondre. Elle n'y arrive pas. Marc relève les yeux vers moi. Un regard suffit. Je rapproche encore Sophie. Sa tête part en arrière contre mon épaule. Élodie quitte sa bouche pour descendre contre son cou. Ses mains la parcourent. Sophie saisit mon bras. Puis la main de Marc. Comme si elle avait besoin de nous retenir tous les deux à la fois. Son souffle se brise. Une fois. Deux fois. Puis plus rien. Son corps se tend brutalement. Un tremblement la traverse. Puis un deuxième. Elle enfouit son visage contre Élodie. Je la garde fermement contre moi pendant que Marc ralentit. Élodie lui caresse les cheveux.
Et en quelques secondes, la scène bascule complètement. Plus de sauvagerie. Plus de jeu. Juste Sophie qui reprend difficilement son souffle entre nous. Marc embrasse son épaule. Je garde mon visage contre ses cheveux. Élodie lui caresse la joue. Elle ouvre enfin les yeux.
— Ça va ? demande Élodie.
Sophie respire encore quelques secondes. Puis :
— Pourquoi vous vous arrêtez ?
Je pars immédiatement dans un rire. Marc ferme les yeux.
— Évidemment.
Sophie retrouve lentement son sourire.
— J'ai jamais dit que j'avais fini.
— T'es complètement malade, je lui dis.
— Oui.
Son regard descend sur moi. Puis remonte. Toujours gourmand.
— Et toi, t'es encore là.
Difficile de discuter. Mais cette fois, ce n'est pas elle qui décide de la suite.
Élodie vient vers moi. Passe une main derrière ma nuque. Et m'embrasse avec une assurance nouvelle. Elle me fait reculer. Doucement. Puis plus franchement.
— À mon tour.
Je regarde Sophie. Encore à moitié abandonnée contre Marc. Cheveux défaits. Joues rouges. Elle sourit.
— Je t'avais prévenu.
Élodie se retourne vers elle.
— Non.
Elle revient sur moi.
— Maintenant tu regardes.
Sophie lève un sourcil. Puis s'installe contre Marc.
Très bien.
Élodie prend son temps. Ses mains parcourent mon torse. Mon ventre. Mes flancs. Sa bouche descend. Je ferme les yeux. Sa présence disparaît un instant de mon champ de vision mais certainement pas de mes sensations.
Puis je sens Sophie revenir derrière moi. D'abord ses mains. Puis sa bouche contre ma peau. Je tourne légèrement la tête. Marc l'attire contre lui au même instant. Sophie se retrouve prise par son mari tout en restant accrochée à moi. Elle lève les yeux. Trouve mon regard. Et ne le quitte plus.
Élodie comprend immédiatement ce qui se passe. Elle relève légèrement la tête. Regarde Sophie. Puis moi. Un rire essoufflé.
— Sérieusement ?
Sophie trouve encore assez de souffle pour répondre :
— Quoi ?
— Vous êtes complètement malades.
Sophie sourit.
— T'es encore là.
Élodie ferme les yeux lorsque je reviens entièrement à elle.
— Alors continue.
Je continue. Marc aussi. Sophie aussi. Tous les quatre. En même temps. Et pendant quelques minutes, la pièce devient presque irréelle.
Élodie sous mes mains, qui cesse progressivement de plaisanter. Sophie derrière moi, partagée entre ce qu'elle donne et ce que Marc lui impose avec une énergie devenue beaucoup plus animale. Marc qui la tient fermement. Et moi qui tourne parfois la tête juste pour voir son visage.
Sophie ne sourit plus. Ses cheveux collent à ses joues. Son souffle est court. Mais son regard reste accroché au mien. Comme si cette connexion faisait partie du jeu.
Élodie attrape mon bras.
— Seb…
Je me retourne vers elle.
— Je suis là.
— Alors reste là.
Je souris.
— Avec plaisir.
Je me concentre entièrement sur elle. Sa respiration accélère. Ses doigts se crispent. Une première tension traverse son corps. Puis elle cède. Son souffle devient un long gémissement qu'elle essaie d'étouffer contre moi. Ses jambes tremblent. Je la tiens. Elle se raccroche à mes épaules.
Sophie, derrière, éclate de rire entre deux respirations.
— Alors la timide ?
Élodie lève difficilement la tête.
— Va te faire foutre.
Marc rit. Moi aussi. Même Sophie.
Puis tout redescend. Vraiment. Nous nous retrouvons sur le canapé. Élodie allongée contre moi. Sophie à moitié sur Marc. Un verre d'eau circule. Personne n'a plus beaucoup d'énergie pour faire le malin.
Sophie récupère son verre. Ses doigts tremblent encore légèrement. Je le remarque. Elle aussi.
— Pas un mot.
— J'ai rien dit.
— Ton visage parle.
Élodie, les yeux fermés :
— Son visage n'est pas le problème.
Sophie lui balance un coussin. Élodie le reçoit en pleine tête. Puis part dans un fou rire.
Voilà. Deux minutes plus tôt, nous étions quatre corps complètement hors de contrôle. Maintenant, Élodie se marre avec un coussin sur le visage. Marc lui tend de l'eau. Sophie vient poser sa tête contre mon épaule. Je lui embrasse les cheveux.
Quelques minutes passent. Respirations plus lentes. Quelques caresses. Des baisers presque paresseux. Je crois réellement que la soirée commence à s'éteindre.
Puis Élodie enlève le coussin. Et regarde Sophie. Ce regard. Sophie le voit immédiatement.
— Quoi ?
Élodie se redresse.
— Rien.
Ce « rien » ressemble beaucoup trop à ceux de Sophie. Marc le comprend également.
— Oh non.
Je tourne la tête.
— Quoi ?
— Je crois qu'elle a une idée.
Sophie fronce les sourcils.
— Moi, non.
Élodie se lève.
— Moi, si.
Elle s'approche de Sophie. Cette dernière la regarde arriver. Son fameux sourire revient.
— Fais attention.
— À quoi ?
— Tu prends beaucoup d'assurance.
Élodie s'arrête devant elle.
— Tu préférais quand j'étais timide ?
Sophie la regarde. Puis son sourire ralentit.
— Pas du tout.
Élodie l'embrasse. Puis la fait reculer.
Marc et moi échangeons un regard. Il hausse les sourcils.
Le deuxième round vient officiellement de commencer.
Seulement cette fois, tout est inversé. Élodie mène. Sophie se retrouve allongée. Élodie contre elle. Sa bouche descend progressivement hors de mon regard. Sophie comprend immédiatement. Son visage change.
— Putain…
Élodie ne répond pas. Elle continue. Sophie ferme les yeux. Sa main vient chercher quelque chose. Moi. Je prends ses doigts. Elle serre fort.
Puis Élodie relève les yeux vers Marc et moi. Ce même sourire qui, quelques heures auparavant, était encore hésitant. Plus maintenant.
— Vous comptez regarder longtemps ?
Sophie éclate de rire.
— Putain, qu'est-ce que je t'ai fait ?
Élodie lui répond sans s'interrompre :
— Tu m'as invitée.
Je regarde Marc.
— Elle marque un point.
— Clairement.
Nous nous rapprochons d'Élodie. Et cette fois, la pièce bascule complètement.
Élodie reste entièrement occupée par Sophie. Sophie perd progressivement toute capacité à plaisanter. Marc et moi nous plaçons de part et d'autre d'Élodie. Elle tourne légèrement la tête. D'abord vers Marc. Puis vers moi. Son regard suffit. Elle veut les deux présences. En même temps.
Alors nous la prenons entre nous. Pas comme Sophie plus tôt. Autrement. Marc d'un côté. Moi de l'autre. Nos mains se répondent sur son corps. Nos rythmes changent. Parfois ensemble. Parfois décalés.
Élodie essaie encore de maintenir son attention sur Sophie. Puis sa respiration la trahit. Sophie ouvre les yeux. Découvre la scène au-dessus d'elle. Élodie avec nous deux. Et son expression devient presque folle.
— Oh putain…
Élodie ne relève même pas la tête. Je croise le regard de Marc. Aucun mot. Plus besoin. Cette fois, il n'y a réellement plus de meneur. Plus de programme. Plus de Sophie qui distribue les rôles. Plus d'Élodie timide. Seulement quatre personnes prises dans la même montée.
Élodie se cambre entre Marc et moi. Puis revient vers Sophie. Sophie attrape ses cheveux. Pas brutalement. Juste assez pour la garder là. Élodie répond en resserrant ses mains contre elle. Je sens son corps trembler. Marc change de rythme. Je suis le mouvement. Élodie gémit. Sophie aussi. Les sons se mélangent. Les respirations. Les rires ont complètement disparu. Tout devient plus cru. Plus instinctif. Une main serre plus fort. Une hanche est ramenée contre un corps. Une bouche est cherchée presque avec violence.
Puis quelqu'un murmure :
— Doucement.
Et tout ralentit immédiatement. Quelques secondes. Une caresse. Un front posé contre un autre. Un baiser.
Puis :
— Encore.
Et tout repart.
Cette alternance me rend fou. De la douceur. Puis quelque chose de presque animal. Puis de nouveau une main dans les cheveux. Une joue caressée. Un rire essoufflé. Et soudain la bestialité revient.
Sophie ne tient plus. Son corps se tend sous Élodie. Ses doigts se ferment. Un cri lui échappe. Élodie, toujours prise entre Marc et moi, réagit à son tour. Je sens son corps perdre le rythme. Puis trembler. Elle ne peut plus vraiment maintenir quoi que ce soit. Marc la tient. Moi aussi. Elle enfouit son visage contre Sophie. Sophie la serre contre elle. Et pendant quelques secondes, les deux femmes semblent perdre pied presque ensemble.
Marc et moi cessons progressivement de retenir quoi que ce soit à notre tour. La pièce n'est plus faite que de souffles. De corps tendus. Puis de relâchement. Long. Lent. Presque brutal dans son contraste.
Tout retombe. Pas proprement. Pas élégamment. Sophie reste allongée. Élodie à moitié sur elle. Marc s'affale contre le dossier. Moi, je m'assieds comme je peux. Une jambe est coincée sous quelqu'un. Aucune idée de qui. Une mèche rousse me chatouille le bras. Élodie respire encore beaucoup trop vite. Marc regarde le plafond. Puis :
— Café ?
Silence. Sophie lève une main.
— Dans vingt minutes.
Élodie ajoute :
— Trente.
Je ferme les yeux.
— Une heure.
Sophie rit. Puis vient poser sa tête contre mon épaule. Élodie fait exactement la même chose de l'autre côté. Je regarde Marc.
— Je crois que je suis bloqué.
— Démerde-toi.
— Merci.
— Avec plaisir.
Et là, exactement là, entre les cheveux en bataille, les peaux encore chaudes, les respirations qui ralentissent et les sourires épuisés… je comprends ce qui rend cette nuit différente de la première. Ce n'est pas qu'il y a une personne de plus. C'est qu'à quatre, plus personne ne peut réellement contrôler le mouvement. Même Sophie. Surtout Sophie. Et je crois que c'est précisément pour ça qu'elle sourit encore les yeux fermés.
La nuit ne bascule jamais franchement vers une fin. Elle se calme par vagues. Un verre. Quelques minutes à quatre sur le canapé. Une main distraite. Un baiser qui devait être rapide. Puis un autre. Élodie reste longtemps blottie contre moi. Sophie rejoint Marc. Puis revient. Puis embrasse Élodie. Comme si aucune configuration ne devait durer trop longtemps.
Je perds complètement la notion du temps. Lorsque je regarde enfin mon téléphone, il est 4 h 23.
— Putain.
Sophie ouvre un oeil.
— Quoi ?
— Je devais juste faire une mesure de contrôle.
Marc regarde l'heure.
— Techniquement, tu l'as faite.
Élodie, la tête sur mon torse, sourit.
— C'est très consciencieux comme métier.
Je ris. Sophie se redresse. Cheveux roux en bataille. Regard encore brillant.
— Tu regrettes d'être revenu ?
Je la regarde.
— Terriblement.
— Connard.
Elle m'embrasse. Élodie lève la main.
— Moi aussi je regrette énormément.
Sophie se tourne vers elle.
— Toi, je t'ai entendue dire l'inverse il y a vingt minutes.
— J'étais vulnérable.
— Bien sûr.
Marc soupire.
— J'ai créé des monstres.
Sophie lui lance un coussin.
Un peu plus tard, nous retournons au bar. Quatre cafés. Cette image commence à devenir une tradition étrange. Le club est silencieux maintenant. Presque banal.
Marc regarde ma mallette posée plus loin.
— Bon.
— Quoi ?
— Verdict.
Je bois une gorgée.
— Les réglages sont bons.
— Donc conforme ?
— Oui.
Sophie prend un air faussement déçu.
— Merde.
— Pourquoi ?
— Parce que ça veut dire que tu n'as plus besoin de revenir.
Élodie tourne la tête vers elle.
— Vous avez vraiment besoin d'une raison professionnelle ?
Silence. Je regarde Sophie. Elle me regarde. Marc lève les yeux au ciel.
— Merci Élodie. Trois semaines que j'essaie de lui expliquer ça.
Sophie lui donne une tape. Puis se tourne vers moi.
— Bon alors ?
— Alors quoi ?
— Tu reviendras ?
Je regarde Marc. Élodie. Puis elle.
— Sans sonomètre ?
Son sourire apparaît.
— Ce serait déjà un bon début.
Élodie boit une gorgée.
— Moi je vote pour.
— Personne ne t'a demandé, répond Sophie.
— Je vote quand même.
Je souris.
— Je note qu'on commence déjà à organiser la prochaine visite.
Marc secoue la tête.
— Tu vois ? T'as même plus besoin de devis.
Il est presque six heures lorsque nous sortons. Le ciel commence à éclaircir.
Élodie part avant moi. Elle avance vers sa voiture. Puis s'arrête. Se retourne. Hésite. Et revient. Elle passe les bras autour de mon cou. Cette fois, son baiser est très doux. Presque le même que le premier. Lorsqu'elle recule, je retrouve brièvement la femme du bar.
— Bon courage.
Je ris.
— Encore ?
— La prochaine fois.
Elle fait quelques pas. Puis se retourne.
— Enfin… s'il y en a une.
— Je croyais que tu avais voté.
Elle sourit.
— C'est vrai.
Elle ouvre sa voiture.
— Alors à la prochaine.
Elle disparaît.
Marc m'aide à charger ma mallette.
— La prochaine fois, laisse ça chez toi.
— Je constate que tout le monde critique mon matériel maintenant.
— Il prend de la place.
Sophie arrive derrière nous. Elle a remis sa robe. Ses cheveux sont toujours complètement indisciplinés. Elle vient se placer devant moi.
— Alors monsieur l'acousticien…
— Oui ?
— La mesure de contrôle est terminée.
— Confirmé.
— Plus aucune réserve ?
Je réfléchis.
— Une seule.
Elle lève un sourcil.
— Laquelle ?
— La cliente perturbe beaucoup trop les conditions de mesure.
Elle sourit.
— Et tu comptes faire quoi ?
— Probablement revenir vérifier.
— Sans appareil cette fois.
— Apparemment, c'est une exigence du maître d'ouvrage.
Marc acquiesce.
— Absolument.
Sophie rit. Puis vient m'embrasser. Longuement. Quand elle recule, je retrouve exactement le regard de notre première rencontre. La même gourmandise. Mais avec autre chose maintenant. Une familiarité. Comme si nous savions tous les deux que le petit jeu du client, de l'acousticien et des raisons professionnelles ne trompait plus personne.
— Bonne route.
— Bonne nuit.
— Il est six heures.
— Alors bonne journée.
Elle sourit.
— Reviens quand même la nuit.
Je monte dans la voiture. Sophie et Marc restent devant l'entrée pendant que je démarre. Je regarde une dernière fois la façade dans le rétroviseur. La première fois, j'étais entré dans ce club sans savoir exactement où je mettais les pieds. Cette fois, je le savais. Du moins je le croyais. Sophie avait passé quatre heures à m'ignorer. Élodie avait commencé la soirée en me regardant de loin. Marc avait probablement compris avant tout le monde que rien ne se déroulerait exactement comme prévu. Et après la fermeture, Sophie avait ouvert une porte. Pas seulement celle d'une chambre. Celle d'un jeu qu'elle pensait avoir entièrement imaginé. Elle s'était trompée. Heureusement. Parce qu'au fond, c'était probablement ce que j'avais préféré cette nuit-là. Voir son scénario lui échapper. Voir Élodie passer d'un regard hésitant à une audace que personne n'avait anticipée. Voir quatre personnes arrêter progressivement de chercher qui devait faire quoi, avec qui, et dans quel ordre. Il ne restait plus vraiment de programme. Juste des envies. Des rires. Des moments de douceur. D'autres presque sauvages. Des corps qui changeaient de place. Des mains qui se trouvaient. Des souffles qui se perdaient. Et cette étrange complicité qui, pendant quelques heures, avait rendu tout cela incroyablement simple.
Je souris en reprenant la route. J'étais revenu vérifier si les nouveaux réglages du club étaient conformes. Ils l'étaient. Parfaitement. Le seul élément qui avait encore refusé de respecter le programme, cette nuit-là, c'était nous.
S. Vesambre
Ondes de peau
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