La porte n'était pas verrouillée.
Inès posa la main sur la poignée froide, sentit le léger jeu du mécanisme sous ses doigts, et pendant une seconde elle resta immobile, le souffle court derrière l'épaisseur du tissu. Le hall de l'immeuble sentait la pierre humide et le tabac refroidi. Elle avait repéré l'adresse trois fois dans l'après-midi, sur son téléphone, dans les moindres détails. Quatrième étage, porte gauche, un paillasson gris avec le mot welcome en fibres râpées.
Elle n'était jamais venue ici.
Elle ne connaissait pas son prénom. Pas son visage, pas sa voix. Seulement les messages échangés depuis deux semaines sur une application qu'elle avait déjà désinstallée, des phrases de plus en plus précises, de plus en plus sales, qui lui avaient arraché des frissons dans la cuisine pendant que Samir regardait le journal télévisé.
Et maintenant, la porte.
Inès poussa lentement. Le battant s'ouvrit sans grincer, découvrant un couloir étroit peint d'un blanc cassé, une lumière jaune qui tombait d'un abat-jour en papier de riz. Elle entra, referma derrière elle d'un geste précis, et le claquement du pêne résonna dans l'appartement silencieux.
Le voile serrait ses tempes, sa mâchoire, le haut de sa gorge. Elle avait passé presque quarante minutes devant le miroir de la salle de bain, à épingler le hijab pour qu'aucune mèche ne dépasse, puis à ajuster le niqab par-dessus, ne laissant qu'une fente pour les yeux. Le tissu noir absorbait la lumière. Dans le reflet, elle ne s'était pas reconnue.
C'était exactement ce qu'elle voulait.
— T'es là ?
La voix venait du salon, un timbre grave, un peu rauque, avec cette assurance tranquille des hommes qui ont déjà vu une femme franchir leur porte sans un mot.
Inès avança dans le couloir, ses baskets couinant légèrement sur le parquet stratifié. L'appartement était plus grand qu'elle ne l'imaginait. Un canapé en cuir sombre, une table basse encombrée de canettes vides, un écran de télévision éteint qui reflétait la lumière d'une lampe posée au sol. Et lui, debout près de la fenêtre, les mains dans les poches d'un jogging gris, torse nu.
Il la regarda sans sourire, la tête légèrement penchée. Trente-cinq ans peut-être, une barbe de quelques jours, des épaules larges, une chaîne fine autour du cou. Il ne portait pas de t-shirt. Son ventre était plat, couvert d'une fine ligne de poils sombres qui descendait sous la ceinture élastique.
— Putain, dit-il doucement. T'as vraiment fait ça.
Inès s'arrêta à deux mètres de lui, laissa tomber son sac au sol. Le tissu sur son visage se soulevait au rythme de sa respiration, un voile noir qui ondulait sur sa bouche cachée.
— Je t'avais dit que je viendrais comme ça.
Sa propre voix la surprit. Plus basse que d'habitude, plus assurée, comme si le niqab modifiait aussi le timbre. Il hocha lentement la tête, les yeux fixés sur la fente sombre qui lui servait de regard.
— J'ai cru que tu bluffais. Les meufs sur cette appli, elles parlent, elles envoient des photos volées, et puis au dernier moment elles disparaissent.
— Je suis pas les autres meufs.
— Je vois ça.
Il fit un pas vers elle, et l'odeur de sa peau parvint jusqu'à Inès à travers l'épaisseur du tissu. Un mélange de gel douche mentholé et de transpiration ancienne, avec un fond plus sucré, comme du déodorant bon marché. Elle inspira profondément, laissant ses narines se dilater sous le voile.
— T'es mariée, il reprit. C'est ça que t'as dit dans les messages.
— Oui.
— Et ton mari, il sait que t'es là ?
Inès tourna légèrement la tête vers la fenêtre, les stores étaient baissés mais laissaient filtrer des rais de lumière orange. Elle revit le visage de Samir endormi, la bouche entrouverte, son téléphone posé sur la table de chevet. Il ne saurait jamais. Personne ne saurait jamais.
— Non, dit-elle. Et c'est justement pour ça que je suis venue.
L'homme s'approcha encore, jusqu'à ce que l'écart entre eux ne soit plus que quelques centimètres. Il la dépassait d'une demi-tête. Sans la toucher, il pencha le visage vers elle, et Inès sentit la chaleur de sa joue contre le tissu.
— T'as peur ? demanda-t-il.
— Non.
— T'as raison. Sous ce truc, t'es personne. Je peux pas te reconnaître. Même si je voulais, je saurais pas qui j'ai baisée.
Cette dernière phrase frappa Inès en plein ventre, une décharge courte qui remonta le long de son sternum. Ses jambes fléchirent imperceptiblement. Sous le voile, sa bouche s'ouvrit, laissant passer un soupir chaud contre le tissu humide.
— C'est exactement ça, murmura-t-elle. Je suis personne.
Il leva la main, effleura le bord du niqab au niveau de sa tempe. Le contact fut si léger qu'elle le perçut plus comme une ombre que comme une caresse. Les doigts descendirent le long de la courbe de sa joue, sans jamais soulever le tissu, éprouvant la forme du visage à travers les épaisseurs de coton et de mousseline.
— Tu vas le garder tout le temps ?
— Oui.
— Même quand je te baise ?
Elle laissa échapper un rire court, étouffé, qui fit vibrer le tissu sur ses lèvres.
— Surtout quand tu me baises.
Il retira sa main et recula d'un pas, les bras croisés. Les muscles de ses avant-bras saillirent sous la lumière jaune. Il la regardait toujours avec cette même intensité, comme s'il essayait de deviner les traits de son visage derrière le voile, la forme de ses lèvres, la couleur de sa peau.
— Mets-toi à genoux, dit-il.
Ce n'était pas une question. Inès sentit un flot de chaleur se répandre dans son ventre, descendre entre ses cuisses. Le contraste l'enivra d'un coup : elle, la femme voilée, celle pour qui les vieilles du quartier hochaient la tête avec respect quand elle passait au marché, celle qui baissait les yeux quand un homme lui adressait la parole, à genoux sur le parquet d'un inconnu.
Elle le fixa intensément, laissa passer cinq battements de cœur, puis plia les jambes.
Le sol était dur sous ses genoux, le tissu de son abaya noire s'évasait autour d'elle en une flaque sombre. Elle leva les yeux vers lui, et dans sa position, la fente du niqab ne laissait voir qu'un éclat de ses prunelles.
— Comme ça ? dit-elle.
— Ouais. Comme ça.
Il glissa les pouces sous l'élastique de son jogging et le fit descendre d'un geste fluide. Le vêtement tomba sur ses chevilles. Inès écarquilla légèrement les yeux derrière le voile, une réaction purement réflexe, parce que ce qu'elle découvrait était bien plus massif que ce qu'elle avait imaginé d'après les descriptions des messages.
Sa queue était à moitié dressée, épaisse, entourée d'une toison sombre taillée court. Les couilles pendaient lourdement, luisantes de chaleur, et une veine serpentait visiblement le long du membre. L'air de la pièce portait maintenant l'odeur musquée du sexe masculin, plus franche, plus urgente.
Inès approcha le visage, le bout du niqab effleurant presque la peau de sa cuisse. Le tissu captait la chaleur, la transmettait à ses lèvres comme une vibration sourde. Elle entendait sa propre salive se former, s'accumuler sous sa langue.
— J'ai pensé à ça toute la semaine, dit-elle, la voix rendue floue par le voile. Tous les soirs, dans mon lit, à côté de lui. J'imaginais une queue inconnue, un goût que je n'avais jamais senti. Je me touchais en pensant à la garder en bouche.
— Montre-moi.
Elle tendit la main, referma les doigts autour de la base. La peau brûlait. Elle commença par un mouvement lent, rotatif, sentant la chair durcir sous sa paume, le gland se découvrir, s'élargir, prendre une teinte plus foncée tandis que le membre s'allongeait. Une perle de liquide perla au sommet.
Inès se pencha et sortit la langue.
Le goût la frappa d'abord comme une évidence : salé, amer, un peu acide, avec un arrière-goût de savon sous le gland. Elle aplatit la langue plus fort, remontant du frein jusqu'au sommet, et l'homme émit un souffle bas, presque douloureux.
— Putain ouais, souffla-t-il.
Elle se retint de sourire. Sous le niqab, personne ne voyait ses lèvres s'étirer. Personne ne saurait qu'elle souriait en léchant un inconnu. Cette idée redoubla son excitation, la fit gémir contre la chair chaude, et la vibration s'étendit dans le membre comme une onde.
— Suce-moi, dit-il. Sans les mains.
Elle relâcha la base, noua ses doigts autour de ses propres cuisses, et ouvrit la bouche. Le voile s'étira, le tissu s'écarta juste assez pour laisser passer le gland. Elle le prit entre ses lèvres avec une lenteur délibérée, aspirant légèrement, la langue en coupe. Le goût de la mouille s'épaissit sur ses papilles, gluant et électrique.
Elle le méprisait, ce goût, en apparence. Samir croyait qu'elle détestait ça. Il ne comprenait pas que la répugnance affichée n'était qu'une façade, comme le voile, comme ses yeux baissés à la mosquée. Sous les couches de tissu, sous les années de retenue apprise, elle adorait le goût de la queue, sa texture, son poids sur la langue, la façon dont elle étouffait les pensées.
L'inconnu posa une main derrière la tête voilée, sans appuyer. Les doigts s'agrippèrent au tissu, trouvèrent les épingles, s'y accrochèrent.
— Plus profond, demanda-t-il.
Inès obéit. Elle laissa le membre glisser plus loin, sentit le gland passer la voûte du palais, frôler la luette. Un haut-le-cœur la parcourut, involontaire, mais elle ne recula pas. Ses yeux se mirent à larmoyer derrière le voile, la fente noire s'assombrit de larmes retenues.
— C'est ça, prends tout.
Il parlait d'une voix nasale, tendue, les hanches légèrement creusées. Le jogging froissé pendait autour de ses chevilles. Les ressorts du canapé grincèrent quand il y appuya une main pour garder l'équilibre. Inès se laissa enrouler dans la sensation : la brûlure douce au fond de sa gorge, l'odeur forte qui emprisonnait sous le niqab, sa propre salive qui s'échappait aux commissures et imbibait le bas du tissu.
Elle recula brusquement, une goulée d'air siffla entre ses dents.
— Décris-moi ce que tu ressens, murmura-t-elle, les lèvres à quelques millimètres du gland luisant.
Il baissa les yeux vers elle.
— T'aimes entendre les mots, hein ?
— Oui. Dis-moi.
— Je sens ta bouche, c'est chaud, c'est serré. Et le tissu... putain, le tissu qui frotte sur mes couilles quand tu t'avances. C'est ça qui me rend fou.
Il marqua un temps, le ventre contracté.
— J'ai l'impression de me faire sucer par un fantôme.
Inès frissonna de tout son corps. Un frisson si puissant que ses cuisses se pressèrent l'une contre l'autre sous l'abaya. Un fantôme. Elle répéta le mot dans sa tête, le laissa rouler dans sa conscience. Oui, c'était exactement ça : sans visage, sans identité, sans passé. Une bouche et des yeux. Rien d'autre.
Elle se remit au travail avec une ardeur renouvelée, prenant la queue en bouche profondément, puis se retirant pour lécher toute la longueur, des couilles chargées jusqu'au sommet du gland. Elle sortait la langue, enroulait le frein, aspirait la peau fine, puis redescendait pour happer une testicule après l'autre.
Le goût de ses couilles était différent : plus dense, plus salé, avec une note de transpiration qui lui rappela les vestiaires de la piscine, cette odeur interdite qui l'attirait déjà adolescente. Elle les suça avec application, sentant la peau se plisser sous sa langue, le poil court lui chatouiller le nez à travers le voile.
— J'adore ça, murmura-t-elle sans s'arrêter. J'adore les avoir plein la bouche. Elles sont lourdes, on dirait qu'elles vont exploser.
— Elles sont remplies à ras bord. Tu vas tout avaler ?
— Tu me la donneras quand tu voudras. Je veux le goût du sperme sur ma langue, tu comprends ? J'en ai rêvé cette nuit. Je me suis réveillée la bouche pleine de salive.
Le voile s'était mouillé sur le bas, collant à son menton. Elle sentait le froid relatif de la pièce sur le tissu humide, sa propre respiration chaude qui formait comme un hammam miniature contre son visage. Chaque inspiration lui apportait une nouvelle bouffée de l'odeur mêlée : excitation masculine, salive, et la senteur d'un adoucissant bon marché imprimée dans le coton du voile depuis des années d'utilisation.
L'inconnu gémit et sa main se resserra sur sa tête.
— Lève-toi, dit-il. Tourne-toi. Baisse ton pantalon.
Inès se releva lentement, les genoux raidis et de menues douleurs dans les articulations, mais une légèreté étrange dans tout le corps, une sensation d'apesanteur. Elle lui tourna le dos et releva l'ourlet de son abaya. Dessous, elle portait un legging noir qui moulait ses cuisses et ses fesses. Ses doigts tremblèrent un instant sur la ceinture, pas d'hésitation mais d'impatience pure.
Elle fit glisser le legging sur ses hanches, le baissa jusqu'aux chevilles, resta penchée en avant, et le dos arrondi, les mains en appui sur le dossier du canapé. L'air frais mordit sa vulve mouillée. Elle l'entendit retenir son souffle.
— T'as rien en dessous, constata-t-il.
— Je voulais être prête. Je dégouline depuis que j'ai monté l'escalier.
Il ne répondit pas, mais elle perçut le bruit de sa main montant le long de sa propre queue, le bruit mouillé de la peau sur la chair tendue d'humidité. Puis il fut derrière elle, ses cuisses contre les siennes, et son gland pivota contre l'entrée de son sexe, écartant les lèvres gonflées sans encore pénétrer.
— Regarde-toi, dit-il. Tout ce tissu noir, ces manches longues, et ce cul qui attend. Personne pourrait deviner ce que t'es en train de faire.
— Personne, répéta Inès, la voix cassée.
— Tu veux que je te baise ?
— Oui. Tout de suite. Baise-moi comme une inconnue.
Il sortit un préservatif de la poche de son jogging froissé, le déchira avec les dents — un bruit sec qui résonna dans le salon — et Inès l'entendit dérouler le latex sur sa queue, une pression glissante, régulière. Elle resta penchée, les coudes enfoncés dans le dossier du canapé, le tissu de l'abaya remonté sur ses reins, le legging en boucle autour de ses chevilles. Voilée de la tête aux pieds, le cul offert à un inconnu. Elle ferma les yeux derrière la fente noire, et tout devint plus intense : le bruissement du préservatif, le souffle court de l'homme, l'odeur de sa propre excitation qui remontait de ses cuisses.
Puis le gland toucha son entrée. Il le fit pivoter un instant, s'humectant contre sa mouille, la taquinant sans entrer — et Inès cambra instinctivement. Elle cria dans le voile, un son étouffé, rauque, qui se répercuta contre le tissu et revint dans sa gorge. La largeur du membre l'ouvrit brutalement, déplia des parois que Samir n'atteignait jamais avec la même ampleur, et pendant une seconde elle perdit la notion de la pièce, les objets du salon se fondirent dans le noir strié de la fente du niqab.
— Putain, elle est serrée, gronda-t-il. Serre encore.
Elle obéit, contracta les muscles, l'entendit jurer. Il se retira puis revint avec un coup de reins plus net, lui arrachant un gémissement dont elle n'aurait jamais cru sa propre voix capable.
— Tu aimes ça, hein ? dit-il en accélérant. Dis-le. Dis ce que t'aimes.
— J'aime ta queue dans ma chatte, lâcha Inès. J'aime la sentir qui m'écarte, j'aime quand tu vas au fond. Encore. Plus vite.
Le canapé tanguait sous ses mains. Les coups de bassin claquaient contre ses fesses, produisant un bruit de chairs humides qui se mêlait au halètement de l'homme et aux couinements du parquet. À chaque va-et-vient, le voile ballottait contre son visage, la doublure s'accordait aux mouvements, s'embrasait de chaleur et d'humidité.
— Tu te sens protégée sous ce truc ? demanda-t-il, essoufflé.
— Oui. Libre. J'ai l'impression... ah... j'ai l'impression que c'est pas moi. Que tout est permis.
— Alors demande. Demande ce que tu veux vraiment.
Inès ferma les yeux. Derrière ses paupières, le noir était différent, moins absolu, traversé d'éclairs rouges à chaque impact. Elle pensa aux messages qu'elle avait effacés ce matin, aux mots qu'elle avait tapés d'une main pendant que l'autre s'enfouissait entre ses cuisses. Elle les avait écrits sans hésiter, sans honte, parce qu'elle savait que jamais ils ne ressortiraient de l'écran. Elle les prononça maintenant à voix haute.
— Encule-moi.
Le rythme se brisa. Il s'arrêta, complètement sorti, et posa une main sur la cambrure de ses reins. La sueur couvrait le bas de son dos, rendant la peau glissante sous ses doigts.
— T'es sûre ?
— Oui. J'ai pensé à ça toute la putain de semaine. Je veux sentir ton gland pousser contre mon cul. Je veux que tu m'ouvres, doucement, et puis que tu me remplisses.
Il rit, un rire qui ne contenait aucune méchanceté, plutôt de l'étonnement mêlé d'excitation.
— T'es vraiment une salope.
— Je sais pas qui je suis, murmura Inès. C'est ça le truc. Je pourrais être n'importe qui. Ta voisine, ta collègue, la meuf que tu croises au supermarché. Tu sauras jamais. Alors ouais, je peux te demander de m'enculer. Parce que personne ne le saura jamais. Et oui je suis une salope et j'adore ça, j'aime pouvoir le dire à voix haute et l'assumer. Maintenant baise-moi comme la salope que je suis.
Il cracha dans sa main, frotta le gland, puis le posa contre l'anneau fermé. Inès se mordit l'intérieur de la joue. La pression était intense, à la limite de la douleur, mais elle poussa les hanches en arrière pour l'inviter.
— Doucement, souffla-t-elle.
— T'inquiète pas. Respire.
La pointe entra. Inès émit un filet de voix aigu, les mains crispées sur le cuir du canapé. La brûlure était réelle, mais contenue, presque plus délicieuse que la douleur. Le tissu du niqab s'humidifiait encore, aspirant sa respiration haletante.
— C'est bon ? demanda l'homme, immobile, le gland à peine inséré.
— Continue. Lentement.
Il s'exécuta, millimètre par millimètre, accompagnant chaque progression de petits mouvements de bassin. Inès entendait son propre souffle résonner dans le voile, un son de gorge ouvert et tremblant. Des gouttes de sueur coulaient le long de ses tempes, sous les épingles, et le coton absorbait tout.
Sa propre saleté l'excitait davantage. Toute cette sueur, cette salive, ces fluides qui s'accumulaient sous le tissu comme si son corps tentait de fuir par tous les pores. Elle se sentait couverte, enfermée, méconnaissable — et donc capable de tout.
— Plus profond, dit-elle.
Il tint sa hanche d'une main, s'enfonça jusqu'à la garde. Inès laissa échapper un gémissement sourd, long, qui se termina en tremblement des cuisses. La sensation était si pleine, si immédiate, qu'elle en oublia le tournis. Elle oublia où elle était, le prénom qu'on lui donnait dans la rue, la date de son mariage, les assiettes à laver ce soir. Tout ça s'effaça. Il ne resta qu'un cul serré autour d'une queue inconnue.
— T'es bien accrochée, dit-il. Quand je bouge plus, je te sens qui me serres, t'as des contractions.
— Je peux pas contrôler. C'est tellement bon.
Il commença à remuer, des mouvements courts, puis plus longs, ses couilles battant contre l'arrière de ses cuisses. Inès plaqua le front contre le dossier du canapé, le tissu du voile écrasé sur sa peau brûlante. Elle voyait par la fente des éclats brouillés de cuir, un coin de table, une ampoule qui tremblait.
— Touche-toi, ordonna-t-il. Je veux que tu jouisses avec ma queue dans le cul.
Elle glissa une main entre ses cuisses, les doigts trouvèrent son clitoris engorgé, brûlant. Le seul contact suffit à provoquer un spasme dans tout le bas de son corps. Elle frotta des cercles rapides, maladroits, l'autre main agrippée à l'accoudoir.
— Parle-moi, dit-elle. Dis-moi ce que tu vois.
— Je vois une belle salope en abaya, en train de se faire enculer dans le cul d'un inconnu. Je vois ton voile bouger à chaque coup de bite. Je vois ton dos qui se tord. Et je vois cette main, discrète, qui se branle la chatte.
— Continue.
— T'es anonyme, tu m'as dit. Mais là, t'es surtout une pute. Une pute en chaleur qui veut se faire baiser comme une chienne.
Le mot la traversa comme un courant. Pas une insulte, non. Une confirmation. Sous ce niqab, dans cet appartement, avec la queue de cet inconnu au fond de son cul, être appelée ainsi était un titre honorifique, la preuve qu'elle avait réussi à disparaître.
— Redis-le, supplia-t-elle.
— T'es ma petite pute.
Elle jouit.
L'orgasme partit de la base de son ventre, non pas en vague mais en déflagration sèche, un tremblement qui coula le long de ses jambes et remonta dans sa gorge. Elle cria à travers le voile, une note longue et brisée, le corps agité de secousses, les doigts toujours pressés sur sa chatte. Les contractions se répercutèrent dans son cul, serrant autour du membre, et l'homme grogna.
— Merde, ça y est, je vais venir.
— Dans ma bouche. Viens dans ma bouche.
Il se retira précipitamment. Inès se retourna en vacillant, retomba à genoux, releva le bas du niqab et prit le gland entre ses lèvres. Elle le sentit exploser contre sa langue, un jet chaud et épais, puis un deuxième, accompagné du goût salé et amer qui lui emplit la bouche. Elle n'avala pas tout de suite. Elle garda le sperme sur la langue, ferma les yeux, le fit rouler contre son palais.
— Montre-moi, dit l'inconnu, le souffle court.
Elle releva la tête, fente noire tournée vers lui. Puis elle tira la langue, juste assez pour qu'il distingue à travers l'ombre le liquide blanc qui s'y étalait.
— Avale.
Elle obéit, fit claquer sa langue une fois, puis se lécha les lèvres sous le tissu.
— C'est bon, dit-elle. J'aime le goût. Je me sens tellement salope comme ça, c'est tellement bon.
Il s'affala sur le canapé, le ventre luisant de sueur, la queue encore à moitié raide tachée de salive. Inès resta à genoux, le souffle progressivement apaisé, le niqab trempé dans sa partie inférieure. La pièce sentait le sexe, la sueur, le cuir, et cette odeur particulière du coton humide, comme une lessive qui n'aurait jamais fini de sécher.
— Tu veux de l'eau ? proposa-t-il.
— Non.
— Quelque chose d'autre ?
Elle tourna la tête vers la porte-fenêtre. Les rais orange avaient disparu, remplacés par une pénombre bleutée. Elle pensa à son téléphone dans le sac, aux appels manqués qu'elle y trouverait peut-être, à la voix de Samir qui demanderait où elle était passée.
Elle pensa aussi à l'homme derrière elle, à son ventre qui se soulevait encore, à tout ce qu'elle pourrait encore faire maintenant que la première barrière était tombée. Maintenant qu'elle savait quel goût il avait, comment sa queue s'ouvrait un chemin, comment sa voix se brisait quand il jouissait.
Elle se tourna de nouveau vers lui.
— Il est quelle heure ?
— Je sais pas. Neuf heures et demie, par là.
Il se pencha en avant, les bras posés sur les genoux, les yeux plongés dans la fente du voile.
— T'es pas venue que pour une fois, alors.
— Non.
— Tu veux quoi d'autre ?
Inès laissa passer un silence pendant lequel elle sentit sa poitrine se gonfler sous l'abaya. Le sperme laissait un arrière-goût de sel au fond de sa gorge. Ses fesses brûlaient doucement, palpitaient du souvenir de la pénétration.
— Je veux que tu me prennes chaque fois d'une façon différente. Je veux goûter ma propre jouissance sur ta queue quand tu ressortiras. Je veux que tu me baises si fort que demain je sente encore l'empreinte de tes mains dans mes hanches. Je veux être une pute voilée jusqu'à l'aube.
Elle se releva sans se presser, laissa l'abaya retomber sur ses cuisses nues. Puis, d'un geste lent, elle défit le premier nœud du hijab sous son menton, mais s'arrêta avant de dérouler le tissu.
— Je garde quand même le visage caché, dit-elle. Mais j'ai besoin que tu comprennes une chose.
— Quoi ?
— Tant que tu ne vois pas mon visage, je peux être exactement ce que tu veux. Alors dis-moi, qu'est-ce que tu veux que je sois maintenant ?
Les yeux de l'inconnu vacillèrent, furent parcourus d'une lueur que Inès n'aurait su nommer, mais qui ressemblait à de la faim. Il se leva à son tour, se tint face à elle, la queue dressée entre eux, luisante d'une salive qui n'avait rien perdu de sa chaleur.
— Nettoie ma queue avant de partir salope
Elle soutint son regard un long moment. Puis, sans le quitter des yeux, elle se mit à genoux, releva son voile pour découvrir sa bouche et se mit à lécher la queue de tout son long, puis parcourut son gland avec la langue avant de tout avaler.
Elle se leva, remit ses habits en place puis quitta l'appartement sans un mot.
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