Je te déteste mais...
Chapitre 1
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✦ tounet777 Je te déteste mais... XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

Je te déteste mais... — Chapitre 1

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tounet777
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Je te déteste mais...

Chapitre 1

Le silence. Enfin.
Cela fait exactement deux heures et trente minutes que l'appartement a retrouvé une paix royale, et pourtant, mon système nerveux refuse obstinément de redescendre. Deux heures et trente minutes que ce satané verrou a claqué, m'offrant un répit que je n'ai plus connu depuis exactement trois semaines et deux jours. J'ai eu largement le temps de savourer cette absence, de m'installer à mon bureau, de fermer les yeux, et de respirer un air qui n'est pas saturé de sa présence.
Je pose mon Stabilo d'un geste sec sur le bureau, retire mes lunettes de repos et me frotte longuement les yeux. Ma tempe droite pulse d'une migraine carabinée, une compagne fidèle qui ne me quitte plus depuis que le CROUS a décidé de briser ma vie universitaire. Vingt-cinq mètres carrés. C'est la surface exacte de notre cage aux faucons. Une pièce principale minuscule qui fait office de salon, de salle à manger et de bureau, une kitchenette où l'on ne peut même pas faire cuire des pâtes sans que l'alarme incendie ne s'affole, et ce coin nuit ridicule, isolé du reste de la pièce par un paravent en bois tressé acheté une misère sur un site de seconde main. Un paravent qui laisse passer la lumière, les bruits et, pire que tout, sa présence.
Je me lève pour aller fermer la fenêtre du salon que ce putain de gros con a laissé entrouverte avant de filer à sa soirée. L'air frais de cette soirée d'automne me fouette le visage, mais il ne parvient pas à chasser la tension accumulée dans mes muscles. Je regarde autour de moi. Le studio est un champ de bataille miniature. Sur la petite table basse, traîne une canette de bière à moitié vide, entourée de prospectus publicitaires froissés et de notes de cours griffonnées sur des coins de nappe. Plus loin, au milieu de la pièce, un jean élimé gît en boule là où il l'a laissé tomber en se changeant, comme un vulgaire serpent mort.
C'est insupportable. Absolument insupportable.
Je repense à notre arrivée ici, au début du semestre. Quand j'ai vu mon nom affiché sur la liste des attributions tardives, j'ai cru à une mauvaise blague. Quand j'ai découvert le nom de mon co-locataire, j'ai frôlé la syncope. Ruben. Le même Ruben qui, sept ans plus tôt, au lycée, régnait sur la cour de récréation avec son sourire arrogant et ses bandes de copains bruyants, pendant que je m'acharnais à garder ma place de premier de la classe au premier rang. Une rivalité stupide, puérile, née de nos différences absolues, s'était installée entre nous à l'époque. Une guerre froide faite de regards condescendants, de piques bien senties et d'un mépris mutuel soigneusement entretenu. On s'était juré de ne plus jamais croiser nos routes. Et voilà que l'administration française, dans toute sa splendeur bureaucratique, nous jette dans la même pièce, condamnés à partager le même toit, le même frigo et le même air respirable.
Au début, on a essayé de faire semblant. Vingt-quatre heures d'une politesse glaciale, polie, presque surannée. Puis, la réalité a repris ses droits. Une véritable guerre des tranchées s'est installée, méthodique et féroce.
C'est à qui pourrira la vie de l'autre en premier pour le pousser à jeter l'éponge. Ruben a un talent inné pour ça. Il accumule les retards de loyer en riant au nez du gestionnaire, il ramène des potes à trois heures du matin un mardi soir en faisant trembler les cloisons, et il prend un malin plaisir à vider mes yaourts nature ou à piquer mon café de spécialité sous prétexte que « le partage fait partie de la vie en communauté ». En représailles, j'ai instauré un planning de ménage strict affiché au scotch sur le réfrigérateur, un planning qu'il utilise visiblement comme papier brouillon. Alors je réplique en coupant le disjoncteur quand sa musique techno résonne trop forte, ou en planquant ses affaires dans des endroits improbables. C'est bas, c'est mesquin, c'est épuisant. Mais aucun de nous deux ne cédera. La fierté est notre seul bouclier, et la mienne refuse catégoriquement de plier face à sa désinvolture permanente.
Je m'avance dans la pièce et récupère la canette vide pour la jeter à la poubelle. En passant près de son lit, de l'autre côté du paravent, une odeur subtile me saute au nez. Un mélange boisé, légèrement musqué, qui s'accroche aux oreillers. Mon estomac se noue instantanément, et ce n'est pas de la colère.
C'est ça le pire, le secret honteux que je n'avouerai jamais à âme qui vive. Derrière le mépris, derrière l'épuisement de cette cohabitation forcée, il y a quelque chose d'autre qui me ronge de l'intérieur depuis ces deux heures et demie de calme. Une crispation bizarre, une fébrilité malsaine qui s'empare de mes nerfs à l'idée qu'il va revenir. Quand il déambule dans le studio en nous infligeant sa présence, torse nu, profitant de la chaleur de l'appartement pour m'agresser visuellement avec cette assurance insolente qui le caractérise, je perds totalement pied. Mon cerveau, d'habitude si rigoureux, si prompt à tout analyser et à tout contrôler, disjoncte. Mes mains se mettent à transpirer, mon cœur s'emballe dans ma poitrine comme un oiseau pris au piège, et un affreux frisson me parcourt l'échine.
Je déteste l'effet qu'il me fait. Je déteste cette façon qu'a mon corps de trahir mon esprit, de réagir à sa présence physique oppressante, à sa voix trop basse, à cette provocante désinvolture qui semble dire qu'il sait exactement le chaos qu'il sème en moi. Chaque fois qu'il s'approche un peu trop près dans notre couloir exigu, au point que nos épaules se frôlent presque, j'ai l'impression de marcher sur un fil de fer tendu au-dessus du vide.
Le silence pèse de nouveau lourdement dans le studio, mais cette fois, il n'a plus rien de libérateur. Il est lourd, prégnant, presque menaçant. Je m'assieds enfin à mon bureau, ouvrant mon manuel de droit civil, bien décidé à rattraper mes heures perdues à fulminer. Mais les lignes de mon cours restent floues. Je fixe la porte d'entrée close, l'esprit curieusement hâtif, partagé entre la paix délicieuse de son absence prolongée et cette attente sourde, presque coupable, de le voir franchir à nouveau le seuil.
Les aiguilles de ma montre affichent un peu plus de minuit et demi. Une heure s'est écoulée depuis que je fixais cette fichue porte close, partagé entre la quiétude de son absence et l'angoisse de son retour. J'ai bien essayé de replonger le nez dans mes codes et mes manuels de droit civil, mais la concentration s'est évaporée, balayée par une lourde fatigue et par le désordre ambiant qui règne dans cette fichue pièce.
Le studio est un véritable dépotoir. Pour couronner le tout, Ruben a réussi à transformer l'unique plan de travail de la kitchenette en zone de désastre naturel. L'évier déborde d'assiettes crasseuses, de tasses à café maculées de résidus séchés et de couverts sales qui moisissent depuis trois jours. Et pour parfaire son œuvre de sabotage quotidien, il a laissé traîner son sac de sport et ses affaires en plein milieu du passage. En voulant me lever pour aller chercher un dictionnaire, mon pied a accroché l'une de ses sacoches, envoyant balader l'un de mes manuels de droit constitutionnel qui a fini sa course lamentablement à plat sur le carrelage, souillé par une traînée de boue que ce putain de gros con a ramenée sous ses baskets.
C'en est trop. La coupe est pleine, archipleine. J'ai accumulé tellement de bile, de stress pour les partiels et de haine contenue que je sens mes poings se serrer au point d'en avoir mal aux phalanges.
Le déclic retentit à ce moment précis. Le verrou de la porte d'entrée tourne avec un bruit sec. La porte s'ouvre brusquement, heurtant le mur dans un grand fracas. Ruben fait irruption dans l'appartement, ramenant avec lui une bouffée d'air frais, l'odeur entêtante de l'alcool bon marché, de la sueur et de la fumée de cigarette. Il tangue légèrement sur ses appuis, un sourire provocateur accroché aux lèvres, les yeux brillants d'une insouciance qui me donne instantanément envie de meurtre.
— Oh, le rat de bibliothèque est encore réveillé, lance-t-il avec sa voix grave, éraillée par la fête, en refermant la porte d'un coup de pied. Tu fais une descente aux flambeaux ou tu révises comment être un gros emmerdeur ?
Je ne prends même pas la peine de répondre par la politesse. Je me lève d'un bond de ma chaise, le souffle court, les muscles tendus comme des câbles d'acier. Je pointe mon index vers le sol, droit sur mon manuel souillé gisant dans la crasse.
— Regarde ça ! Tu as vu ce que ton foutu bordel a fait ? Tu es infoutu de ranger tes affaires ou de respecter le minimum vital dans vingt-cinq mètres carrés ! Cet évier est une porcherie, tu squattes ma vie, tu salopes mes bouquins, et tu te comportes comme un pauvre connard de la pire espèce ! Je ne supporte plus de te voir, tu m'entends ? Tu me rends dingue ! Je sature, je veux que tu dégages !
Ruben s'arrête net au milieu de la pièce. Son sourire narquois ne s'efface pas, il s'élargit, devenant plus carnassier, plus insultant encore. Il jette son blouson sur le dossier du canapé et s'avance vers moi d'un pas lent, délibérément menaçant. Sa haute silhouette m'oppresse instantanément, me coupant presque l'herbe sous le pied, mais la colère est trop forte pour que je recule d'un seul pouce.
— Tu veux que je dégage, l'intello ? crache-t-il en réduisant la distance qui nous sépare. Tu vas faire quoi ? Pleurer auprès du propriétaire ou m'expulser avec ton code civil ? Tu n'as pas les tripes pour supporter la vraie vie, tu passes ton temps à geindre !
— Ferme ta gueule ! j'hurle en le bousculant des deux mains contre son torse.
Un éclair de stupeur traverse ses yeux noisette, immédiatement remplacé par une lueur sombre, animale. Je viens de franchir la ligne rouge. En une fraction de seconde, Ruben perd tout contrôle. Ses mains s'abattent sur moi avec une brutalité fulgurante. Ses doigts s'enroulent d'une poigne de fer autour du col de mon t-shirt, me saisissant avec une force herculéenne. Il me soulève presque de terre, m'entraînant de force à travers la pièce minuscule avant de me projeter violemment contre le mur de la kitchenette.
Le choc me coupe le souffle. Ma tête manque de heurter le carrelage mural, mais mon dos est plaqué fermement contre la cloison froide, prisonnier de son corps massif qui m'écrase. Le visage de Ruben est à quelques centimètres du mien. Je sens sa respiration brûlante, chargée d'alcool, s'écraser sur mes lèvres. Ses yeux brillent d'une fureur pure, une rage aveugle et physique qui cherche à m'écraser, à me plier une bonne fois pour toutes.
— Tu veux que je la ferme, Diego ? souffle-t-il entre ses dents serrées, sa voix vibrant d'une intensité terrifiante et électrique. Tu veux que je te la ferme définitivement ?
Je suffoque, le cœur battant à tout rompre, piégé entre sa carrure et le mur. Je devrais le frapper, le repousser de toutes mes forces, hurler à l'aide. Mais à la place, mes yeux plongent malgré moi dans les siens, hypnotisés par cette violence brute qui se dégage de lui. Une tension inouïe, d'une nature totalement inédite, s'infiltre dans l'air, court-circuitant mon cerveau.
Agacé par mon silence, fatigué de cette guerre psychologique interminable et voulant me clouer le bec de la pire des manières, Ruben abaisse brusquement son visage et plaque ses lèvres contre les miennes.
Le choc est électrique. Au tout début, le baiser est presque timide dans sa rudesse, une simple collision de bouches par défi, un acte de pure provocation pour assoir sa domination. Mais l'espace d'une seconde, mes défenses s'effondrent. Un vertige me saisit. Mes mains, qui cherchaient d'abord à le repousser en s'appuyant sur ses larges épaules, glissent malgré moi le long de son torse sculpté pour agripper le tissu de ses vêtements.
Je me recule d'un millimètre, le souffle coupé, les yeux grands ouverts sous le choc de ce qui vient de se passer, cherchant à reprendre contenance. Mais Ruben ne me laisse aucune échappatoire. Son regard s'assombrit encore, capturant le mien dans un face-à-face d'une intensité insoutenable. Il ne bat pas en retraite ; au contraire, une voracité nouvelle s'empare de ses traits.
Il referme ses mains sur mes hanches, me soulevant légèrement pour me coller plus fermement encore contre lui, et nous nous embrassons à nouveau. Cette fois, ce n'est plus un défi. C'est l'explosion d'une frustration rentrée pendant des années, un incendie qui ravage tout sur son passage. Sa langue force mes lèvres entrouvertes avec une sauvagerie féroce, s'appropriant ma bouche dans un baiser profond, vorace, presque violent. Je réponds avec la même férocité, mes doigts s'enfonçant frénétiquement dans ses cheveux châtains ébouriffés, tirant sur ses mèches tandis que nos langues s'entrechoquent dans une danse frénétique, humide et désespérée. Le goût de l'alcool et de la nuit se mélange au mien, et chaque parcelle de mon corps s'enflamme, réduisant en cendres des semaines de mépris, de haine et de mensonges pour laisser place à une faim irrépressible que nous avions étouffée trop longtemps.
Le baiser n'est plus seulement une étincelle ; c'est le déclencheur d'un incendie absolu qui consume tout sur son passage. La colère et la haine accumulées depuis des semaines, voire des années, se transforment en une urgence charnelle dévorante, un besoin viscéral et incontrôlable de détruire toutes les barrières que nous avons érigées entre nous, de faire taire nos querelles stériles dans une débauche de sueur et de chair.
Nos mains s'agitent avec une frénésie désespérée, s'emparant des tissus, tirant, griffant, arrachant sans prendre le temps de défaire les nœuds ou les boutons. Le t-shirt de Ruben est hissé d'un coup sec, balancé au loin dans la pièce, révélant enfin ce torse sculpté, ces larges épaules et cette peau brûlante qui hantaient mes nuits de frustration. En retour, il agrippe le mien, le déchirant presque en le faisant sauter par-dessus ma tête dans un raclement de tissu brutal. Le désordre déjà critique du studio atteint instantanément une dimension apocalyptique. Nos mouvements saccadés bousculent tout sur notre passage : une pile entière de dossiers universitaires vole en éclats, des dizaines de stylos roulent bruyamment partout sur le sol, et une lampe de bureau bascule dans un fracas métallique assourdissant avant de s'écraser sur le carrelage.
Ruben m'empoigne par les hanches avec une force herculéenne, me soulevant à moitié pour me faire faire un quart de tour sec. En une fraction de seconde, il me projette en avant, me plaquant face contre mon propre bureau en bois massif. Le choc fait trembler le meuble de tout son long, envoyant valser mes derniers codes civils et des brassées de feuilles volantes qui pleuvent comme des feuilles mortes dans toute la pièce.
Je me retrouve plié en deux sur le plateau, le souffle totalement coupé, haletant, tandis que son corps lourd, brûlant et musclé vient se presser violemment contre mon dos. Je sens la chaleur de sa peau nue contre la mienne, une friction électrique qui me fait perdre la tête. Dans un geste de domination crue, Ruben porte sa main à sa bouche, crache bruyamment dans sa paume avant de l'appliquer sans la moindre hésitation entre mes cuisses, massant et lubrifiant mon petit trou avec une autorité féroce qui me fait cambrer le dos dans un gémissement étouffé contre le bois.
— Vas-y… vas-y doucement, je t'en supplie, Ruben… souffle-je, la voix brisée par la panique, le vertige et le désir, mes mains agrippant désespérément le rebord du bureau au point d'avoir les phalanges blanches.
— Je vais essayer, l'intello, gronde sa voix rauque directement contre mon oreille, un souffle brûlant et menaçant qui m'envoie des décharges électriques jusqu'à la racine des cheveux.
Mais cette promesse d'indulgence ne dure pas une seule seconde. Sa verge, lourde, longue, épaisse, déjà gorgée de sang et libérée de son jean qu'il a baissé en hâte, vient buter contre mon petit trou, rigide et brûlante comme de la pierre. Il ne prend pas le temps de m'apprivoiser davantage. D'un coup de bassin implacable, brutal et sans appel, il s'enfonce en moi d'un seul bloc.
Un cri de douleur aiguë et de pur plaisir m'échappe simultanément, un son rauque qui se perd lamentablement contre le bois du bureau. C'est immense, c'est écrasant, ça me déchire presque tellement il est grand et large, mais la sensation est tellement puissante, tellement absolue, que mon corps bascule instantanément dans une addiction féroce.
— Putain… putain, serre-moi ça, c'est bon, gémit-il, les dents serrées, le visage ruisselant de sueur et tendu par l'effort suprême.
Il commence à imprimer un rythme, d'abord lourd et mesuré, puis de plus en plus sauvage, de plus en plus animal. Ses belles couilles lourdes et pleines viennent frapper et secouer mon fessier à chaque va-et-vient dans un bruit moite, claque sur claque, qui résonne lourdement dans tout le studio.
— Tu l'aimes, hein ? Tu aimes quand je te prends comme une salope sur ton bureau de premier de la classe ? me lance-t-il, provocateur et sadique, en mordant sauvagement la peau de ma nuque. Là, tu la fermes ta grande gueule ! C'est bon ça ? Putain, regarde-moi ce cul, c'est une merveille…
— Ah… oui… putain, Ruben, gémit-je, les doigts crispés sur le bois, incapable de retenir les sons rauques qui remontent de ma gorge.
Insatisfait de cette configuration, Ruben se retire dans un bruit humide et sonore qui me fait gémir de frustration immédiate, m'attrape par les épaules avec une rudesse inouïe et me redresse brutalement pour me plaquer de nouveau, dos contre le mur de la kitchenette. Ses mains glissent instantanément pour empoigner mes cuisses, me forçant à les enrouler fermement autour de sa taille. Suspendu dans le vide, prisonnier de son étreinte de fer, je plonge mes yeux embués de larmes et de sueur dans les siens. Ses yeux noisette brillent d'une folie furieuse. Il m'embrasse à nouveau à pleine bouche, un baiser vorace et carnassier où nos salives se mélangent, tandis qu'il se remet à m'empaler avec une frénésie bestiale.
Chaque coup de boutoir me souffle le peu d'air qu'il me reste dans les poumons. Les assiettes sales empilées dans l'évier tout proche tintent furieusement sous les vibrations de nos corps en collision.
— Plus vite ? Tu veux que je tape plus fort, c'est ça que tu veux, Diego ? grogne-t-il, le souffle court, ses larges pectoraux ruisselant de sueur sous les lumières crues de la pièce.
— Oui… oui, putain, continue, tape plus fort, je t'en supplie… lâché-je dans un soupir déchiré, abandonnant toute pudeur, toute fierté, tout ce qui faisait de moi le rigoureux Diego.
Il me laisse glisser le long de son corps en sueur pour nous retrouver directement au sol, au milieu d'un champ de bataille de feuilles froissées et de détritus. Il me retourne sans le moindre ménagement, me plaquant lourdement à quatre pattes sur le tapis élimé du salon. Le contact du sol frais contraste violemment avec la fournaise incandescente de nos peaux collées. Ses larges mains s'enfoncent profondément dans la chair de mes hanches, me maintenant impitoyablement ancré sous lui. Ses coups de reins reprennent de plus belle, plus profonds, plus sauvages et plus pervers encore, venant chercher sans cesse ce point exact au fond de moi qui me fait totalement perdre la raison.
Les grognements de Ruben se font de plus en plus rauques, primitifs, semblables à ceux d'une bête acculée qui marque son territoire. Mes gémissements résonnent dans la pièce exiguë, étouffés à moitié par les coussins du canapé contre lesquels je presse mon visage en sueur.
— Regarde-moi ! ordonne-t-il soudain d'une voix de commandement en glissant une main sous mon ventre pour me forcer à cambrer davantage, tandis que son autre main agrippe mes cheveux en pagaille pour tirer violemment ma tête en arrière.
Je tourne la tête à contrecœur, le visage inondé de sueur, les lèvres entrouvertes, totalement soumis à son emprise écrasante.
— Tu es à moi, putain, t'entends ? Rien qu'à moi ! crache-t-il dans un mélange de rage pure et d'adoration tordue alors qu'il accélère encore la cadence, ses coups de bassin devenant frénétiques, totalement incontrôlables.
Une pression insoutenable commence à s'accumuler au creux de mon bas-ventre, une urgence incandescente qui menace de tout faire exploser en morceaux. Ruben le sent, perçoit les spasmes violents de mon corps et la façon dont mes parois se serrent frénétiquement autour de lui. Ses propres mouvements deviennent saccadés, au bord de la rupture.
— Viens, Diego, lâche-toi, putain ! crache-t-il d'une voix rauque, au bord de l'implosion. Viens !
Dans une dernière ruade bestiale et surpuissante, alors que ses couilles frappent mon fessier dans un rythme frénétique et que ses mains me marquent la peau de rouge, l'orgasme me submerge dans une décharge électrique si violente que je hurle mon propre prénom en crachant mon plaisir directement sur le tapis. Mon corps se convulse sous lui, chaque muscle bandé à l'extrême, les spasmes qui secouent mon trou le serrant encore plus fort autour de sa queue encore dure.
Il se retire d'un coup sec, le bruit obscène de sa verge qui quitte mon trou encore ouvert résonnant dans le silence soudain. Avant même que je n'aie le temps de m'effondrer complètement, ses mains de fer s'abattent sur mes épaules. Il me force à basculer sur le côté, puis m'attrape par les cheveux et me tire brutalement vers le bas jusqu'à ce que mes genoux heurtent le sol dur.
— À genoux, salope, gronde-t-il, la voix rauque, brûlante de domination. Tu as joui comme une pute, maintenant tu prends ce que je te donne.
Je me retrouve à genoux au milieu du chaos, le visage à la hauteur de son sexe encore luisant de mes fluides et de sa propre sueur. Sa queue, massive, veineuse, encore dure comme du béton, pointe directement vers ma bouche. Ruben me tient fermement par les cheveux d'une main, l'autre se refermant autour de sa verge pour la diriger.
— Ouvre, ordonne-t-il.
Je n'ai même pas le temps de réfléchir. Ma bouche s'ouvre sous la pression de sa main, et il s'enfonce d'un coup jusqu'à la racine, me faisant tousser et larmoyer. Le goût de ma propre chair et de sa sueur m'envahit, salé, amer, animal. Il baise ma bouche avec la même sauvagerie qu'il a baisé mon cul, des coups de bassin courts et profonds, me forçant à l'avaler jusqu'à ce que mon nez se heurte contre son bas-ventre.
— Oui… suce… suce comme ça… putain, Diego… gémit-il, les yeux mi-clos, la mâchoire crispée.
Ses mouvements deviennent irréguliers. Il se retire presque complètement, laissant juste le gland gonflé frotter contre mes lèvres, puis il me regarde droit dans les yeux, un sourire cruel aux lèvres.
— Regarde-moi pendant que je te jute dessus.
Il se branle deux, trois fois rapidement, le poing serré, puis un grognement sauvage lui échappe. Des jets chauds et épais de sperme jaillissent sur mon visage, s'écrasant contre mes joues, mon front, mes lèvres entrouvertes. Un filet glisse le long de mon menton. Ruben continue à se vider, forçant mon visage à rester collé contre son sexe pendant qu'il finit de jouir, le dernier jet s'écrasant directement sur ma langue.
— Lèche, murmure-t-il, la voix rauque, presque tendre dans sa cruauté. Tout.
Je m'exécute, la langue sortant pour ramasser le liquide chaud qui coule sur ma peau, avalant ce qu'il me donne pendant qu'il me regarde, encore à genoux, le visage maculé, le souffle court, le corps tremblant d'épuisement et de quelque chose de bien plus dangereux encore.
Le silence retombe enfin sur le studio détruit, lourd, saturé de l'odeur de sexe, de sueur et de défaite.
Et pour la première fois depuis trois semaines et deux jours, je ne sais plus si je le déteste… ou si je viens de perdre définitivement la guerre.
Ruben s'écroule sur mon lit comme un arbre abattu.
Son corps lourd, encore chaud et luisant de sueur, s'affaisse sur le matelas étroit. Il n'a même pas pris la peine d'enfiler un slip. Une de ses jambes pend hors du lit, le bras droit est jeté en travers de l'oreiller que j'utilise depuis le début du semestre. Son souffle devient déjà plus lent, plus profond. Il s'endort. Juste comme ça. Comme si de rien n'était. Comme s'il n'avait pas passé la dernière heure à me baiser jusqu'à m'arracher des cris que je n'avais jamais entendus sortir de ma propre gorge.
Je reste debout au milieu des débris de notre studio, nu, le visage encore collant de son sperme, les jambes tremblantes. Mon trou pulse douloureusement. Chaque battement de mon cœur résonne entre mes fesses. Je le regarde. Cette gueule d'ange pourri, ces cils longs, cette bouche encore rouge de m'avoir embrassé et insulté dans le même souffle.
— Bouge, dis-je d'une voix rauque. C'est mon lit.
Il n'ouvre même pas les yeux. Un grognement paresseux lui échappe.
— Va dans le mien, alors.
— Ton lit pue, Ruben. Ça sent le casque de moto, la bière rance et tes putains de chaussettes de sport. Je ne mettrai jamais les pieds dans ce nid à microbes.
Un silence. Puis, sans même bouger la tête, il tend le bras et tape à côté de lui sur le matelas, d'un geste presque imperceptible.
— Viens ici, alors. Et ferme ta gueule.
Je reste planté là, les bras croisés sur ma poitrine nue, essayant de récupérer un semblant de dignité. Mais le froid de la nuit d'automne commence à me mordre la peau. Mes dents claquent légèrement. Et mon corps, traître, me rappelle qu'il est vidé, douloureux, et qu'il a besoin de chaleur.
Je cède.
Je m'allonge à côté de lui, le plus loin possible, le dos collé au mur froid. Mais le lit est trop étroit. Au bout de trente secondes, Ruben soupire, se tourne, et d'un geste possessif et endormi, passe un bras lourd autour de ma taille. Il me tire contre lui jusqu'à ce que mon dos s'emboîte contre son torse. Sa queue, encore tiède et molle, vient se loger contre le creux de mes fesses. Sa respiration chaude me caresse la nuque.
— T'es glacé, murmure-t-il, à moitié inconscient. Arrête de trembler, putain.
Je ne réponds rien. Je ferme les yeux. Et pour la première fois depuis des semaines, je m'endors sans migraine, sans colère, sans cette tension permanente qui me dévorait de l'intérieur. Juste le poids de son bras, l'odeur de son sexe sur ma peau, et le battement lent de son cœur contre mon dos.
Le lendemain matin, c'est mon cul qui me réveille en premier.
Une douleur sourde, profonde, irradie entre mes fesses à chaque micromouvement. Mes cuisses sont courbaturées, mes hanches me font mal, et mes épaules gardent la mémoire de toutes les positions impossibles de la veille. Je suis allongé sur le côté, le dos encore collé au torse de Ruben, son bras toujours posé lourdement sur ma taille. Je me glisse hors du lit avec une prudence de voleur, les dents serrées pour ne pas gémir. Chaque pas me rappelle brutalement ce qu'il m'a fait. Mon trou pulse. Mes muscles crient.
Ruben, lui, a la gueule de bois.
Quand il se réveille dix minutes plus tard, il s'assoit au bord du lit en grimaçant, se prend la tête à deux mains et pousse un grognement de douleur pure. Ses yeux sont injectés de sang, ses cheveux en bataille, son visage tiré. L'alcool de la soirée et le manque de sommeil le frappent de plein fouet. Il me regarde à travers ses paupières mi-closes, sans un mot. Nos regards se croisent une fraction de seconde, puis se détournent immédiatement, comme s'ils s'étaient brûlés.
On ne parle pas de la nuit.
On ne parle de rien.
On se prépare en silence, chacun dans son coin. Lui enfile un jean et un sweat à capuche en grimaçant à chaque mouvement de tête. Moi, je mets un pull col roulé pour cacher la marque violette à la base de mon cou et j'essaie de marcher normalement malgré la brûlure entre mes fesses. On sort presque en même temps. Dans le couloir de la résidence, juste avant de se séparer, il me lance, d'une voix trop neutre et encore rauque de sommeil et d'alcool :
— T'as un cours de droit civil à neuf heures, non ?
— Ouais.
— Moi j'ai sport. À plus.
Et c'est tout. Le pacte tacite est scellé à cet instant précis. Ce qui s'est passé n'était qu'un accident biologique. Un bug. L'alcool, la fatigue, la tension accumulée. Rien d'autre. On ne le dira jamais. On ne le regardera jamais en face. C'était juste… ça.
Sauf que le soir même, on remet ça.
Je rentre de la bibliothèque vers vingt-trois heures, les bras chargés de codes et de fiches. Ruben est déjà là, allongé sur le canapé, un casque sur les oreilles, les yeux rivés sur son téléphone. L'évier est encore un chaos. Son sac de sport est encore au milieu du passage. Je le regarde. Il relève les yeux. Le silence s'étire, dense, chargé.
— T'as encore laissé tes affaires partout, dis-je, juste pour dire quelque chose.
Il retire un écouteur. Un sourire lent, presque paresseux, s'étire sur ses lèvres.
— Et t'as encore l'air d'un rat de bibliothèque sur le point de péter un câble. Qu'est-ce que tu comptes faire, Diego ? Me coller une amende ?
Je pose mes livres trop fort sur le bureau. Le bruit résonne. Il se lève. On se retrouve face à face au milieu de la pièce, trop proches, trop vite. Cette fois, il n'y a pas d'alcool. Juste la même électricité crue qui a tout fait exploser la veille.
— Ferme ta gueule, soufflé-je.
Il me pousse contre le mur. Je le pousse en retour. Et en moins de dix secondes, on s'embrasse comme si on allait s'entre-tuer. Les vêtements volent. On baise sur le canapé, puis par terre, puis contre la porte de la salle de bain. C'est encore plus brutal que la veille. Il me retourne, me tient les hanches à en laisser des marques, me traite de salope entre deux coups de reins. Je le mords à l'épaule jusqu'au sang. On jouit presque en même temps, lui dans mon trou, moi sur le coussin du canapé. Ensuite on se sépare, on se lave en silence, et on se couche chacun de son côté du paravent. Comme si de rien n'était.
Le surlendemain, c'est la même chose.
Et le jour d'après.
Et le suivant.
En moins d'une semaine, un schéma se met en place avec une précision mécanique. Le jour, on se déteste avec ostentation. En amphi de droit constitutionnel, Ruben s'assoit volontairement trois rangs derrière moi et me lance des piques à voix haute chaque fois que le professeur me pose une question. À la cafétéria, il s'installe à la table d'à côté avec sa bande de potes et commente mon plateau-repas d'une voix assez forte pour que tout le monde entende : « Regarde-moi ça, le rat de bibliothèque mange des légumes vapeur. Il doit avoir peur de se salir les mains. » Je réponds sur le même ton, froid, méprisant, en le traitant de demeuré sportif qui ne passera jamais ses partiels. Les gens rient. Certains pensent même qu'on va se battre pour de vrai un de ces jours.
Mais chaque soir, dès que la porte du studio se referme derrière nous, le masque tombe.
On se jette l'un sur l'autre avec une violence qui frôle le désespoir. On se déchire les vêtements. On s'insulte. On se mord. On se prend sur toutes les surfaces possibles : le bureau, le sol, la douche minuscule, une fois même contre le frigo ouvert. Le sexe reste brutal, presque punitif. C'est notre façon de continuer la guerre par d'autres moyens. Chaque orgasme est une défaite et une victoire en même temps. Chaque fois que je jouis sous lui en criant son prénom, je me hais un peu plus. Chaque fois qu'il se vide en moi en gémissant mon nom contre mon oreille, je vois dans ses yeux qu'il se hait aussi.
Pourtant, petit à petit, quelque chose change.
Un soir, après qu'il m'a pris à quatre pattes sur le tapis, alors qu'on est encore collés l'un à l'autre, le souffle court, il ne se retire pas tout de suite. Sa main, au lieu de me repousser, reste posée sur mon ventre. Son pouce caresse distraitement la peau juste au-dessus de mon pubis. On reste comme ça de longues minutes, sans parler. Puis il murmure, presque contre mon dos :
— T'as toujours autant la haine de perdre, hein ? Même au lycée, t'étais incapable de lâcher quoi que ce soit.
Je ne réponds pas tout de suite. Ma gorge se serre.
— Et toi, t'as toujours autant besoin qu'on te regarde, dis-je enfin. Même quand t'es en train de me baiser, t'as besoin que je te voie.
Il ne dit rien. Mais sa main ne quitte pas mon ventre. Et cette nuit-là, pour la première fois, on s'endort collés l'un à l'autre sans même faire semblant de se détester.
Les confidences commencent à s'échapper, rares, maladroites, toujours entre deux draps froissés, toujours dans le noir, toujours juste après qu'on a fini de se détruire mutuellement. Un soir, il me parle de son père qui a claqué la porte quand il avait seize ans. Un autre soir, je lui avoue que la seule raison pour laquelle j'ai choisi le droit, c'est parce que c'était la filière où on m'attendait le moins. Il rit doucement contre mon épaule. Moi je lui raconte la nuit où j'ai failli craquer complètement pendant les partiels de première année. Il écoute en silence, ses doigts jouant distraitement dans mes cheveux.
Et chaque matin, on se réveille, on se regarde une fraction de seconde trop longtemps, puis on se détourne. On se rhabille. On sort. Et devant les autres, on redevient ce qu'on a toujours été : deux ennemis qui se détestent depuis le lycée.
Sauf que maintenant, chaque insulte publique est un jeu de dupes. Chaque regard méprisant lancé en amphi cache l'attente fébrile du moment où la porte du studio se refermera. Chaque « connard » murmuré à la cafétéria est une promesse de ce qui va se passer ce soir, sur le lit, par terre, contre le mur.
Plus on couche ensemble, plus la frontière devient floue.
Plus on se touche, plus on se confie, plus la haine qu'on affiche commence à sonner faux.
Et plus on s'obstine à la maintenir, plus on a peur de ce qui se passera le jour où elle s'effondrera pour de bon.
À l'approche des examens finaux, le studio est devenu un champ de mines à retardement.
Les partiels tombent dans moins de trois semaines. Les codes s'empilent sur mon bureau jusqu'à former des tours instables. Ruben, lui, a un stage de fin d'année qui commence le mois prochain dans une boîte de sport à Lyon. Trois cents kilomètres. Un nouveau bail. Un petit appartement qu'il a déjà signé. Il ne me l'a pas dit directement. Je l'ai appris en tombant sur le contrat qui traînait sur la table basse, à côté d'une canette vide et de mes propres fiches de révision. Depuis, chaque nuit qu'on passe collés l'un à l'autre a un goût de compte à rebours.
Autour de nous, les gens commencent à remarquer.
En amphi, on ne s'engueule plus avec la même ferveur. Les piques sont toujours là, mais elles sonnent creux. Un après-midi, en sortant de droit des obligations, Léa, une fille de ma promo, m'a attrapé par le bras dans le couloir.
— Vous vous disputez moins, non ? Ou alors c'est juste devenu… bizarre. Comme si vous jouiez.
J'ai ri trop fort. J'ai dit qu'il était toujours aussi con, qu'il n'avait juste plus assez d'énergie pour m'emmerder correctement. Elle a haussé un sourcil et n'a rien ajouté. Le même jour, un pote de Ruben l'a apostrophé à la cafète :
— T'as arrêté de le pourrir, le rat de bibliothèque ? Tu deviens mou, frère.
Ruben a juste haussé les épaules et a ordonné une bière. Mais ce soir-là, quand on s'est retrouvés seuls, il m'a baisé avec une violence presque désespérée, comme s'il voulait laisser des traces assez profondes pour qu'elles restent après son départ.
Le mensonge devient intenable.
On se touche presque tous les soirs. On se confie encore, parfois, dans le noir, après. Mais le jour, on continue de jouer aux ennemis. Sauf que le jeu craque. Les regards durent une seconde de trop. Les insultes manquent de conviction. Et moi, chaque matin, en le regardant dormir, je sens cette dépendance viscérale qui m'étrangle un peu plus. Ce n'est plus seulement du désir. C'est pire. C'est le besoin de le sentir là, même quand on se déteste encore un peu.
Ce soir-là, on a baisé sur mon lit.
Pas de violence pure. Juste une urgence lourde, presque tendre dans sa brutalité. Il m'a pris face à lui, mes jambes autour de sa taille, ses mains sous mon cul pour me soulever à chaque coup de reins. On s'est regardés tout du long. Pas de « salope », pas d'insultes. Juste le bruit de nos peaux, nos souffles, et cette façon qu'il avait de rentrer plus profond chaque fois que je gémissais son nom. Quand j'ai joui, il m'a embrassé pour avaler mon cri. Quand il a joui, il s'est vidé en moi en murmurant quelque chose d'inaudible contre ma bouche.
Après, on est restés collés, mon visage dans le creux de son cou, sa queue encore en moi, molle et chaude. Le silence a duré longtemps. Trop longtemps.
C'est lui qui a parlé en premier.
— J'me casse dans trois semaines.
Sa voix est rauque, plate. Comme s'il parlait de la météo.
Je ne bouge pas. Mon cœur, lui, s'arrête une seconde.
— Je sais, je réponds. J'ai vu le contrat.
Il expire longuement. Sa main, posée sur mon dos, se crispe légèrement.
— Lyon. Stage de six mois. Après, je sais pas. Peut-être que je reste là-bas. Peut-être que je reviens. Mais le bail ici, c'est fini. Le CROUS me vire dès que les examens sont passés. J'ai pris un petit appart. Deux pièces. Pas grand-chose, mais… assez pour deux, si jamais.
Je reste silencieux. Je sens sa gorge bouger contre ma tempe.
— Et toi ? demande-t-il.
— Moi… j'ai mon Master 2 à finir. Ici, normalement.
Un autre silence. Plus lourd encore.
Puis Ruben se retire doucement, se met sur le côté, face à moi. Ses yeux noisette sont sombres dans la pénombre. Il me regarde comme s'il cherchait ses mots avec une clé de douze.
— Écoute… j'suis pas doué pour ces conneries. Tu le sais. J'ai passé des années à te détester, à te pourrir la vie, à vouloir te voir craquer. Et maintenant… putain.
Il passe une main dans ses cheveux, agacé par lui-même.
— Maintenant je peux plus m'en passer. De ta gueule d'intello qui me regarde comme si j'étais de la merde. De ta façon de te cambrer quand je te prends. De ton silence le matin, de tes insultes le jour, de tes confidences la nuit. T'es devenu un putain de problème que je veux garder. Et si tu crois que je vais partir à Lyon en faisant semblant que tout ça n'était qu'un accident de parcours, t'as vraiment rien pigé.
Il me fixe, la mâchoire serrée, comme s'il venait de cracher quelque chose de trop lourd.
— Je te demande pas de me suivre demain. Je te demande pas de tout plaquer. Mais… viens. Quand tu peux. Quand tu veux. Rejoins-moi. Même une semaine. Même un week-end. Même si c'est juste pour qu'on s'engueule et qu'on baise comme des cons. Parce que je veux plus faire ça avec quelqu'un d'autre. Et je veux plus te voir faire ça avec quelqu'un d'autre non plus. L'appart est assez grand pour deux. Et j'veux que tu sois dedans.
Je le regarde. Mon cœur bat trop fort. Mes yeux piquent. Les mots restent coincés dans ma gorge.
— Je… je sais pas, Ruben. C'est compliqué. Mon Master, les dossiers, tout ça… je peux pas te dire oui comme ça, d'un coup.
Il ne détourne pas les yeux. Il attend. Sa mâchoire est toujours crispée, mais il ne force pas.
— Ok, finit-il par souffler. Prends le temps que tu veux. Mais sache que la porte est ouverte. Et que je veux que tu la franchisses.
Il m'attire quand même contre lui. On s'embrasse, plus lentement. Pas un oui. Pas encore. Juste cette urgence qui refuse de mourir.
Dans les jours qui suivent, je ne dors presque plus. Entre deux révisions, je cherche. Je regarde les possibilités de transfert de Master 2 à Lyon. Les dossiers, les délais, les universités. C'est serré, mais possible. Très possible. Je ne lui dis rien. Pas encore. Je veux être sûr.
Trois semaines plus tard, le jour de son départ, on se retrouve sur le parvis de la fac.
Il y a du monde. Des potes à lui, des gens de ma promo, Léa qui fume une cigarette en nous observant du coin de l'œil. Ruben a son sac de sport en bandoulière, un carton à ses pieds. Il est déjà en retard pour son train. On se regarde. Le silence est lourd. Tout le monde s'attend sans doute à une dernière pique, un dernier « va te faire foutre » pour la route.
Ruben s'avance.
Sans un mot, il m'attrape par la nuque et m'embrasse.
Pas un baiser discret. Un vrai baiser. Profond, possessif, presque agressif, comme tous ceux qu'il me donnait la nuit. Ses lèvres écrasent les miennes devant tout le monde. Quelqu'un siffle. Quelqu'un d'autre étouffe un « putain… ». Léa laisse tomber sa cigarette.
Quand il se recule, ses yeux sont rivés dans les miens. Sa voix est basse, mais assez claire pour que les plus proches entendent.
— Tu viens quand t'as fini ton année. Pas de conneries. Tu ranges tes codes, tu prends le train, et tu débarques. Compris ?
Je sens mon visage brûler. Mon cœur bat trop fort. Mais cette fois, je ne recule pas.
— Oui, je réponds, assez fort pour que ça porte. Je viens.
Il esquisse déjà ce demi-sourire, mais je continue avant qu'il n'ait le temps de parler.
— Et pas juste pour un week-end. J'ai regardé. J'ai trouvé. Je peux faire mon Master 2 à Lyon. Le dossier est lancé. Dès que les examens sont finis, je déménage. Pour de bon.
Un silence. Ses yeux s'écarquillent légèrement. Puis ce sourire arrogant, celui qui m'a toujours rendu fou, s'étire enfin pleinement sur ses lèvres.
— Putain… t'es sérieux, l'intello ?
— Ouais. Alors arrête de me regarder comme un con et embrasse-moi encore une fois avant que tu rates ton putain de train.
Il m'embrasse. Cette fois, c'est lui qui prend mon visage entre ses mains, plus fort, plus longtemps. Autour de nous, les regards sont fixés, les murmures fusent. On s'en fiche.
Quand il part enfin, sac sur l'épaule, je reste planté sur le parvis, le goût de sa bouche encore sur les lèvres, et pour la première fois depuis des années, je n'ai plus peur de ce que les autres pensent.
Des mois plus tard, je suis à Lyon.
Le petit appartement de Ruben sent encore le neuf et le café trop fort. Il y a mon code civil sur son bureau. Son sweat à capuche sur le dossier de ma chaise. On s'engueule encore. On se blesse encore un peu. Mais le soir, on se retrouve toujours dans le même lit, et la haine n'est plus qu'un vieux réflexe qu'on n'utilise plus vraiment.
Parfois, la nuit, quand il dort contre moi, je repense à tout ça. Et je me dis :
On passe parfois sa vie entière à aiguiser ses armes contre la seule personne qui détient, sans le savoir, la clé de notre propre vérité. Pendant longtemps, nous avions fait de notre rivalité une forteresse, érigeant la colère et les regards fuyants en boucliers pour nous protéger d'un vertige trop violent. Le jour, nous jouions à nous ignorer, emprisonnés dans nos rôles d'ennemis jurés, prisonniers d'un orgueil aussi lourd qu'inutile. Mais la nuit venue, dans le secret de l'obscurité, les masques volaient en éclats.
Faire semblant de ne rien voir au réveil relevait de la survie, car s'avouer la vérité aurait signifié tout risquer. Pourtant, nos corps, plus courageux que nos âmes, savaient depuis le premier jour ce que notre fierté refusait d'admettre : la haine et l'amour ne sont souvent que les deux versants d'une même et unique brûlure. À force de nous frôler dans l'ombre et de consumer nos nuits en silence, nous avons compris que l'on ne combat jamais avec autant d'acharnement que celui ou celle qui nous bouleverse au plus profond. Nos querelles n'étaient que des cris d'appel, une manière désespérée de nous retenir.
Et lorsqu'enfin les barrières sont tombées au grand jour, ce n'est plus la guerre qui a triomphé, mais l'évidence. Le plus beau des aveux n'est pas celui que l'on murmure au premier regard, mais celui que l'on s'arrache après avoir cessé de se battre contre soi-même, prouvant qu'il suffit parfois de traverser l'hiver de la rancœur pour trouver, entre les bras de son pire ennemi, la seule maison qui nous ait jamais appartenu.
Fin.
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