Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'équilibre des corps — Chapitre 4
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'équilibre des corps
Chapitre 4
Chapitre 4
Le jeudi matin me cueille avec la brutalité d'un réveil en sursaut dans un pays étranger dont je ne parle pas la langue. Je m'éveille avant Elie, fuyant la chaleur de son corps qui, la nuit durant, a été une source de torture silencieuse, hantée par le souvenir de l'échec cuisant de la veille à Dax. Dans le miroir de la salle de bain, le visage qui me fait face est celui d'un homme traqué : cerné, hagard, les yeux brillants d'une fièvre sourde que je ne parviens pas à éteindre. Le cours fadasse du « Centre Aliénor » n'a rien effacé, bien au contraire. Il a agi comme un révélateur brutal de mon impuissance. La comparaison avec Livio a été insupportable. Le contact me manque. C'est lui que je veux.
Je dois réagir. Je ne peux pas rester cette épave à la dérive, ce traître en sursis qui ment à la femme qu'il aime depuis seize ans. L'idée de samedi, de le revoir, de ressentir son contact, me donne des frissons, un mélange effrayant d'excitation sauvage et de culpabilité étouffante. Je suis perdu, désemparé, écartelé entre mon amour rationnel pour Elie et cette fascination irrationnelle, charnelle, pour Livio qui me submerge.
Je dois trouver une solution. Un antidote puissant pour saturer mon esprit, pour ne plus lui laisser la moindre faille où s'immiscer. Et la solution me semble évidente, presque désespérée : le travail. Je dois me noyer dans le boulot, me perdre dans les chiffres, les rapports, les réunions stratégiques. Transformer mon cerveau en une machine stérile, insensible, imperméable à toute émotion, à tout désir interdit. Me vider de toute humanité pour ne plus ressentir.
J'arrive au bureau bien avant l'heure habituelle, alors que la ville dort encore. Je m'installe à mon poste, j'allume mon ordinateur. L'écran s'illumine, crachant sa lumière blafarde sur mes mains qui tremblent légèrement. J'ouvre mes dossiers en cours, je me plonge dans les tableaux Excel, dans les présentations PowerPoint. Je lis, j'analyse, je rédige, je tape sur mon clavier avec une frénésie qui frôle l'hystérie. Je refuse de m'arrêter, de faire une pause, de lever les yeux de mon écran. Je décline toutes les invitations à prendre un café, je mange un sandwich insipide à mon bureau, les yeux rivés sur les chiffres qui dansent devant moi. Je veux m'épuiser, me vider, m'abrutir de travail jusqu'à ce que mon cerveau ne soit plus qu'une masse inerte, incapable de formuler la moindre pensée cohérente.
Mais la machine s'enraye. L'obsession est plus forte que ma volonté. L'image de Livio surgit au détour d'un paragraphe, son sourire moqueur se dessine derrière un graphique, sa voix grave résonne dans le silence du bureau. Chaque ajustement tactique que je lis me rappelle ses mains fermes sur mon corps lors de la posture du Pigeon, chaque commentaire sur la souplesse d'un marché me renvoie à la transparence troublante de sa chemisette en lin blanc cassé. Je revois l'ombre de son torse musclé, le dessin de ses pectoraux, la ligne sombre de ses abdominaux... La chair de poule me parcourt le corps malgré la climatisation.
La frustration me ronge, m'empoisonne. Je deviens excécrable. Je m'emporte pour un rien contre mes collaborateurs, je critique vertement leur travail, je suis froid, cassant, injuste. Je sens les regards surpris, inquiets, s'échanger autour de moi. « Ruben est tendu en ce moment », « Il doit avoir de la pression de la cadre sup.», chuchote-t-on derrière mon dos. Si seulement ils savaient... Si seulement ils savaient que la pression que je ressens n'est pas professionnelle, mais intime, charnelle, interdite. Je suis odieux. Je me déteste.
Le soir, je rentre chez moi, épuisé, vidé, mais l'esprit toujours aussi fiévreux. L'appartement est calme, trop calme. Elie est là, douce, attentionnée, aimante. Elle a préparé le dîner, m'accueille avec un sourire tendre qui me donne envie de pleurer de honte. Je me sens comme un imposteur dans ma propre vie, un étranger dans ce foyer que nous avons mis seize ans à construire.
Je dois me rapprocher d'elle. C'est ma seule planche de salut. Je dois réinvestir notre couple, notre intimité, pour effacer Livio, pour me prouver que j'aime toujours ma femme, que mon désir pour elle est intact. Je me persuade que si je fais l'amour avec Elie, tout rentrera dans l'ordre, que ce fantasme absurde s'évanouira comme une mauvaise fumée. C'est une tentative désespérée de reconnexion.
Après le dîner, nous nous installons sur le canapé. Je me rapproche d'elle, je pose ma main sur son épaule, je caresse doucement sa joue. Elle se tourne vers moi, ses yeux brillants de tendresse.
— Ça va, mon cœur ? Tu as l'air vraiment fatigué en ce moment.
— Oui, juste beaucoup de boulot... Mais je suis là, maintenant, je bafouille, essayant de paraître convaincant.
— Oui, juste beaucoup de boulot... Mais je suis là, maintenant, je bafouille, essayant de paraître convaincant.
Je l'embrasse. Un baiser doux, tendre, familier. Mais je suis ailleurs. Mon corps est là, mais mon esprit est au studio de yoga, dans la chaleur parfumée à l'encens, sous le regard perçant de Livio. Je me force à me concentrer sur Elie, sur son parfum, sur la douceur de sa peau. Je descends ma main le long de son dos, je caresse ses hanches.
Elle répond à mes caresses, se serre contre moi. Nous nous dirigeons vers la chambre. L'ambiance est intime, chaleureuse. Je la déshabille lentement, essayant de ressentir le désir qui, d'habitude, m'envahit si facilement. Je la regarde, nue, magnifique sous la lumière tamisée. C'est ma femme. Je l'aime.
Mais rien ne vient. Mon corps reste inerte, insensible à sa beauté, à sa proximité. C'est le vide absolu. Une angoisse sourde me serre l'estomac. Je me sens lâche, impuissant, émasculé. Je me force, je me concentre, je visualise Livio, son corps puissant, ses mains fermes, sa chemisette transparente... C'est lui que je veux. C'est pour lui que mon cœur bat à tout rompre. J'ai la chair de poule.
Je tente une pénétration. C'est une catastrophe. Je suis mou, fiasque, incapable de maintenir l'érection. Elie le sent. Elle s'inquiète, essaie de m'aider. Elle caresse mon sexe, le prend dans ses mains, essaie de le stimuler avec douceur, avec patience. Elle utilise sa bouche, ses lèvres... Mais c'est peine perdue. C'est comme si mon corps refusait d'obéir à ma volonté, comme s'il s'était déconnecté de mon esprit. Je suis figé, glacé, prisonnier de mon propre désarroi. Le contact de ses mains, de sa bouche sur mon corps me brûle. J'ai envie de hurler de honte, de me cacher sous les draps, de m'enfuir loin d'ici. Je pense à Livio. Si c'était lui qui me touchait, si c'était son corps puissant contre le mien... Je bande mou. C'est pathétique. Je suis un monstre.
Elie finit par s'arrêter. Elle soupire doucement, me serre contre elle. Sa déception est palpable, mêlée à une inquiétude grandissante.
— Ce n'est pas grave, mon cœur... Tu dois être vraiment épuisé en ce moment. Ne te force pas. Repose-toi. On réessaiera une autre fois, me dit-elle d'une voix douce, mais je sens sa tristesse, sa suspicion naissante.
Ses paroles me font l'effet d'un coup de poignard. « Ce n'est pas grave ». Si, c'est grave. C'est très grave. Je suis en train de la perdre. Je suis en train de gâcher seize ans de vie commune pour un fantasme interdit, pour un homme qui ne sait même pas ce que je ressens pour lui.
Je me tourne de l'autre côté, je ferme les yeux. Les larmes me montent aux yeux. Je suis perdu. Désemparé. Écartelé entre mon amour pour Elie et cette attraction sauvage, irraisonnée, pour Livio qui me submerge. Je suis terrifié par ce que je suis en train de devenir. Le piège se referme sur moi. Samedi arrive à grands pas. Je suis perdu.
Je pousse la porte du studio Lotus & Souffle à 10h29 précises. L'air est frais à l'intérieur, saturé de cette odeur d'encens au santal qui me prend à la gorge dès le premier pas, mêlée à une note plus animale, plus chaude, comme si quelqu'un venait juste de finir une séance avant moi. Mon cœur cogne déjà fort, trop fort, un tambour désordonné qui résonne dans mes oreilles. La nuit a été courte, agitée. J'ai tourné en boucle les images de la semaine : le déjeuner sous la treille, les messages Instagram qui s'enchaînaient jusqu'à minuit, l'échec cuisant du cours impersonnel à Dax où j'ai cherché désespérément sa présence et n'ai trouvé que du vide. Elie dormait à côté de moi, sa respiration calme et régulière me rappelant à chaque inspiration tout ce que je suis en train de trahir. Moi, je bandais à moitié rien qu'en repensant à la transparence de sa chemisette en lin blanc cassé, à la ligne sombre qui descendait de son nombril jusqu'à disparaître sous la ceinture.
Je me déteste, et pourtant mes pas m'ont amené ici.
Il est déjà là.
Adossé au comptoir de l'accueil, exactement dans la même tenue que la semaine dernière : short ample noir en tissu léger qui tombe bas sur les hanches, t-shirt gris souris fin qui moule les pectoraux et les épaules sans rien cacher. Pieds nus. Cheveux blonds attachés en chignon haut avec ce crayon de papier jaune planté dedans. Dès qu'il me voit entrer, son sourire s'ouvre, large, confiant, presque prédateur. Ses yeux bleu clair me capturent immédiatement.
Et moi… putain.
Et moi… putain.
Mon regard glisse tout seul vers le bas. Le tissu du short est fin, presque vaporeux. Il bouge à peine quand il se redresse, mais c'est suffisant. Je revois en flash ce que j'avais entrevu la dernière fois : l'épaisseur sombre, lourde, qui pend librement dessous. Sans rien. Pas de caleçon, pas de slip, rien. Mon sexe réagit dans la seconde. Une chaleur violente monte dans mon bas-ventre, mon collant se tend brutalement sous le jean. Je bande à moitié avant même qu'il ait fait un pas vers moi.
— Ruben… murmure-t-il de sa voix basse, rauque, avec cet accent du sud qui traîne sur les syllabes. Pile à l'heure. J'aime ça chez toi.
Il s'avance sans une hésitation et me prend dans ses bras. Pas une accolade de convenance. Une étreinte franche, possessive. Ses mains larges se plaquent dans mon dos, une paume descend jusqu'à la limite de mes reins, frôle le haut de mes fesses. Son torse se colle au mien, chaud, solide, musclé. Je sens ses pectoraux à travers le tissu fin, son odeur de musc propre, de savon frais et d'une pointe de sueur déjà présente. Mon érection appuie contre sa cuisse. Je prie pour qu'il ne la sente pas – ou au contraire pour qu'il la sente. Il serre plus fort, comme s'il voulait m'absorber.
— Comment vas-tu ? souffle-t-il tout près de mon oreille, son souffle tiède contre ma peau. La semaine t'a marqué ? Ton corps… il se souvient de moi ?
Je déglutis péniblement. Ma voix sort rauque, presque cassée.
— Ça va… mieux que la semaine dernière. Le boulot reste une catastrophe, mais… je respire un peu mieux grâce à toi.
Il recule juste assez pour plonger son regard dans le mien. Ce bleu clair qui perce, qui lit chaque fissure, chaque mensonge que je me raconte. Son sourire s'élargit, plus doux mais toujours chargé d'une promesse tacite.
— Tant mieux. Parce qu'aujourd'hui on va aller plus loin. Beaucoup plus loin. Tu es prêt à transpirer ?
Il ne me laisse pas répondre. Sa main glisse sur mon épaule, descend le long de mon bras, serre légèrement mon biceps comme pour en tester la fermeté encore chaude de la tension accumulée.
— Viens. On va dans la petite salle du fond. Je l'ai préparée rien que pour nous deux. Stores baissés, lumière tamisée… ambiance parfaite.
Il m'accompagne jusqu'à la porte de la salle de bain annexe. Je m'attends à ce qu'il reste dehors. Mais non. Il entre avec moi. Appuie son épaule contre le chambranle, laisse la porte grande ouverte. Il croise les bras sur son torse, me regarde tranquillement pendant que je pose mon sac sur le petit banc en bois.
Je reste figé deux secondes, le cœur qui tambourine dans ma gorge. Il ne bouge pas. Ses yeux descendent lentement sur moi, des épaules aux hanches, puis plus bas encore. Il ne cache rien de son intérêt.
— Tu peux te changer, dit-il calmement, presque nonchalant. Je reste là. Ça ne me dérange pas. Au contraire.
Mes doigts tremblent quand je retire mon pull, puis mon jean. Je me retrouve en boxer noir, simple, un peu trop serré maintenant à cause de l'érection qui refuse de redescendre. Livio ne détourne pas le regard. Il penche légèrement la tête, observe sans la moindre gêne.
— Putain, Ruben… tu as un beau corps, tu sais ça ? Large d'épaules, taille fine, jambes puissantes. Le yoga commence à te sculpter. C'est… très agréable à regarder.
Je sens mes joues s'enflammer. Je bafouille un minuscule :
— Merci…
C'est tout ce qui sort. Ma gorge est sèche, ma respiration courte. Je me tourne vite pour enfiler le collant noir, le short large par-dessus, le débardeur gris foncé. Mais je sens son regard dans mon dos, sur mes fesses quand je me penche, sur l'intérieur de mes cuisses quand je relève la jambe. Quand je me retourne, il sourit encore, plus doux cette fois, mais avec une lueur qui dit qu'il a tout vu, qu'il sait exactement dans quel état je suis.
— Allez, viens. On va préparer les tapis.
On entre dans la petite salle. La lumière est tamisée, rideaux presque fermés, encens qui brûle doucement sur une étagère basse. Musique très basse, un bourdonnement hypnotique de tambours et de respiration profonde. Il déroule deux tapis face à face, à un mètre environ l'un de l'autre, de sorte qu'on se retrouve assis ou allongé en miroir parfait. Je comprends tout de suite pourquoi. Chaque posture, chaque mouvement, chaque regard sera direct, frontal. Impossible d'échapper à sa vue. Impossible d'échapper à ce que je vais voir.
Puis, sans un mot, il attrape le bas de son t-shirt gris et le retire d'un geste fluide. Torse nu.
Sa peau mate luit déjà légèrement sous la lumière douce. Pectoraux dessinés, abdos qui descendent en V prononcé jusqu'à la ceinture élastique du short ample. Une fine ligne de poils clairs sur le torse, puis plus sombre qui disparaît sous le tissu. Ses épaules sont larges, ses bras veinés par l'effort récent. Il passe une main sur son ventre, lentement, comme s'il essuyait une goutte de sueur imaginaire, et ses abdos se contractent sous ses doigts.
— Ça va être chaud aujourd'hui, dit-il d'une voix plus basse, presque murmurée. Je préfère être libre… pour mieux te guider. Tu n'es pas gêné ?
Je secoue la tête, incapable de parler. Il s'approche, pose une main sur mon épaule nue (le débardeur est large aux emmanchures), descend jusqu'à mon omoplate, presse légèrement.
— On commence direct. Pas de douceur excessive cette fois. On réveille le corps.
On s'assoit face à face en tailleur. Nos genoux se touchent presque. Puis il me fait passer en Navasana, le Bateau. Jambes et buste levés, équilibre sur les fesses. Mes abdos hurlent après dix secondes. Mes jambes tremblent déjà. Livio fait la même posture en face de moi. Son short ample s'ouvre légèrement quand il lève les jambes. Je vois tout de suite : son sexe pend librement, lourd, sombre, qui bouge au rythme de sa respiration. Il reste souple, détendu, sans signe d'excitation visible pour l'instant. Mais le simple fait de le voir ainsi, offert au regard, suffit à faire monter la pression en moi. Mon érection durcit encore.
— Contracte plus profond, murmure-t-il, les yeux plantés dans les miens. Descends le nombril vers la colonne… oui, comme ça. Tu sens comme ton corps se tend ?
Je rougis violemment. Il reste en posture plus longtemps que nécessaire, me laissant le voir. Son membre reste calme, mais sa présence seule me consume.
Les planches dynamiques suivent. Face à face. Quand je passe en planche haute, il est en miroir. Quand je lève une jambe, il fait pareil. Son short tombe bas, son sexe pend entre ses cuisses, toujours souple, lourd, balançant doucement au rythme des transitions. À chaque passage proche, il se rapproche un peu plus, jusqu'à ce que nos visages soient à quelques centimètres quand on est en planche basse. Il souffle :
— Tu trembles déjà… c'est bon signe. Ton corps me parle.
Les Vinyasa s'enchaînent. Guerriers en mouvement. Face à face. Chaque passage du Guerrier I au II, au Renversé, nos regards se croisent. Mes cuisses brûlent. Son sexe balance au rythme de ses mouvements, reste naturel, imposant sans être tendu. Dans le Guerrier III, équilibre sur une jambe, corps en T, il se penche légèrement vers moi, son membre frôle presque mon visage quand je descends le buste.
— Regarde comme tu ouvres bien les hanches… Tu es beau quand tu te donnes comme ça. Fort… et tellement réceptif. J'aime quand tu trembles.
Les torsions debout. Face à face en fente. Nos torses se rapprochent à chaque twist. Son sexe effleure mon ventre quand on se penche l'un vers l'autre, toujours calme, mais sa proximité me rend fou.
— Imagine ce que ça ferait si c'était autre chose qui te tordait comme ça… lentement… profondément.
Les inversions. Préparation au poirier contre le mur. Face à face. Il me guide, se place en miroir. Quand je suis tête en bas, pieds contre le mur, son sexe est à hauteur de mon visage, lourd, pendu, la peau mate et lisse. Il pousse doucement pour stabiliser.
— Laisse-toi aller. Je te tiens. Tu peux tout lâcher.
Le Dauphin. Même chose. Son membre pend lourdement quand il est en avant, sans signe d'érection marquée.
Puis le Yin. Le Pigeon. Face à face. Cinq longues minutes. Ma hanche hurle. Livio fait la même posture en miroir. Son short s'écarte complètement. Son sexe, toujours souple mais imposant, pend juste au-dessus de mon champ de vision quand il se penche en avant pour masser ses propres lombaires – mais c'est pour moi qu'il le fait : pour que je le vois bien. Il murmure :
— Respire dans la douleur… Laisse tes hanches s'ouvrir. Tu es tellement beau quand tu te laisses aller comme ça. Ouvert. Prêt. J'adore te voir comme ça. Vulnérable.
Je bande comme jamais, le short trempé. Je le vois, incapable de détourner les yeux. Il reste longtemps, le laissant pendu sous mon regard, sans jamais durcir vraiment, comme s'il contrôlait parfaitement son corps.
Enfin Savasana. Allongés face à face. Il s'assoit près de moi, une main sur mon sternum, l'autre sur mon ventre, pouce qui caresse juste au-dessus de l'élastique.
— Ton corps est magnifique après l'effort… dur, chaud, réactif. Tu as été parfait aujourd'hui. Tu m'as donné tout ce que j'attendais.
Quand il me dit de revenir, je suis sonné. Il m'aide à me lever, main très bas dans le dos.
— Va prendre ta douche. Attends-moi à l'accueil. J'ai quelque chose à te proposer.
Je sors de la douche, encore troublé, les cheveux humides collés au front, le corps propre mais toujours électrisé. Livio arrive torse nu, short propre gris clair, son sexe toujours visible dans le tissu fin, calme et lourd.
— Viens boire un verre chez moi. Juste un verre. J'habite la rue d'à côté.
Je bafouille une excuse, la voix tremblante.
— Je… je ne sais pas, Livio. Elie m'attend, et…
Il se rapproche encore, son torse nu à quelques centimètres du mien. Son odeur m'envahit.
— Juste un verre. Tu lui dis que tu discutes avec ton prof. Que c'est important pour ton dos, pour ta progression. Elle comprendra. Appelle-la. Maintenant.
Je sors mon téléphone d'une main moite. Mes doigts glissent sur l'écran, je cherche son nom dans les contacts. Le petit cœur à côté de « Elie » me fait l'effet d'un coup de poignard. Je sens la nausée monter. Livio reste là, immobile, son regard posé sur moi, patient mais implacable.
Je compose le numéro. Chaque tonalité résonne comme un glas. Une, deux, trois… Elle décroche à la quatrième.
— Mon cœur ? Sa voix est douce, enjouée, pleine de cette confiance aveugle qui me déchire. La séance est finie ? Tu n'es pas trop cassé ?
Je déglutis, la gorge nouée. Ma voix sort faible, hésitante.
— Salut… oui, c'est fini. C'était… très intense. Vraiment très intense.
— Super ! Tu rentres ? J'ai pris du poisson frais au marché, je pensais faire une petite poêlée avec des légumes, on pourrait manger en terrasse si tu veux. Et après on se pose, tu me racontes tout.
— Super ! Tu rentres ? J'ai pris du poisson frais au marché, je pensais faire une petite poêlée avec des légumes, on pourrait manger en terrasse si tu veux. Et après on se pose, tu me racontes tout.
Je ferme les yeux une seconde. La culpabilité me ronge l'estomac comme de l'acide. Je sens le regard de Livio sur moi, sa présence physique qui remplit l'espace.
— Écoute, Elie… je… je ne vais pas rentrer tout de suite.
Un silence. Court, mais lourd. Je l'entends presque retenir son souffle.
— Ah bon ? Il y a un problème ? Tu as mal quelque part ?
— Non, non, rien de grave. C'est juste que… Livio m'a proposé de boire un verre pour discuter un peu plus de ma pratique. Il y a des choses qu'on n'a pas eu le temps de voir pendant la séance, des ajustements pour le dos, la respiration… Il dit que c'est important pour que je progresse vraiment, pour que les bénéfices durent. C'est juste à côté, chez lui, un appart au-dessus d'une boutique. Pas loin.
— Non, non, rien de grave. C'est juste que… Livio m'a proposé de boire un verre pour discuter un peu plus de ma pratique. Il y a des choses qu'on n'a pas eu le temps de voir pendant la séance, des ajustements pour le dos, la respiration… Il dit que c'est important pour que je progresse vraiment, pour que les bénéfices durent. C'est juste à côté, chez lui, un appart au-dessus d'une boutique. Pas loin.
Nouveau silence. Plus long cette fois. Je sens mon pouls battre dans mes tempes. Je m'attends à une question, à une pointe de suspicion, à un « tu es sûr ? » ou un « reviens vite ». Mais sa voix reste douce, presque trop douce.
— D'accord… Si c'est pour ton dos et pour que tu ailles mieux… c'est bien que tu t'investisses autant. Ça me fait plaisir de voir que tu prends soin de toi, pour une fois.
Elle marque une pause. Je sens qu'elle se retient.
— Tu en as pour longtemps ?
— Non, juste un verre, une heure maximum. Je te préviens quand je pars, promis.
— Ok. Prends ton temps alors. Mais bois pas trop, hein ? Et envoie-moi un message quand tu rentres, même si c'est tard. Je t'aime, Ruben.
— Moi aussi. Je t'aime.
— Non, juste un verre, une heure maximum. Je te préviens quand je pars, promis.
— Ok. Prends ton temps alors. Mais bois pas trop, hein ? Et envoie-moi un message quand tu rentres, même si c'est tard. Je t'aime, Ruben.
— Moi aussi. Je t'aime.
Je raccroche. Le téléphone tremble dans ma main. Je le range sans regarder Livio. La culpabilité me submerge comme une vague glacée. Seize ans. Seize ans de confiance, de rires, de projets, de nuits enlacés. Et moi, je viens de lui mentir, encore une fois, pour suivre un homme qui me trouble jusqu'aux os.
Livio pose une main sur mon épaule, légère cette fois, presque réconfortante.
— Elle a compris. C'est bien.
Il attrape son sac, passe un bras autour de mes épaules – pas comme un prof, comme quelqu'un qui revendique déjà quelque chose – et m'entraîne vers la sortie.
On sort du studio, le soleil tape déjà fort sur les pavés de la rue. Livio marche devant, sac sur l'épaule, son bras qui effleure le mien à chaque pas. Je sens encore la sueur de la séance sécher sur ma peau, le tissu du tee-shirt qui colle dans mon dos, et surtout cette chaleur qui ne descend pas entre mes jambes. Chaque foulée ravive le souvenir de son sexe pendu librement face à moi pendant le Pigeon, de ses murmures qui glissaient dans mon oreille, de ses mains qui me guidaient sans jamais vraiment lâcher prise. Mon short de sport frotte contre mon érection à moitié retombée, et la culpabilité me serre la gorge comme une main invisible.
On tourne dans une petite rue calme, bordée de maisons basses aux volets colorés. Il s'arrête devant un immeuble de deux étages, façade blanche, balcons en fer forgé envahis de lierre. Il sort une clé, monte l'escalier étroit sans un mot. Les marches craquent sous nos pas. Je monte derrière lui, le regard fixé sur son dos large, sur la façon dont ses épaules roulent sous le t-shirt encore humide.
Il ouvre la porte du dernier étage.
L'appartement est un havre de lumière et de verdure. Murs blanc, parquet clair qui reflète le soleil, meubles en bois brut et tissu beige. Une immense baie vitrée coulissante occupe tout un pan de mur et donne sur une terrasse qui semble suspendue au-dessus des toits. Des plantes partout : fougères en cascade sur des étagères en macramé, palmiers nains en pots de terre cuite, citronniers chargés de fruits jaunes, jardinières débordantes de basilic, menthe, romarin, thym, lavande. L'air est chargé d'odeurs mêlées : terre humide, agrumes frais, herbes écrasées par le vent. Une table basse en teck patinée, un sofa de jardin en rotin clair avec des coussins épais couleur sable, un hamac tendu entre deux poteaux qui se balance doucement. C'est calme, luxueux sans ostentation, comme un prolongement du studio mais en plus intime, en plus personnel.
Livio referme la porte derrière nous. Le claquement est doux, presque feutré.
— Bienvenue chez moi, dit-il simplement. Fais comme chez toi. Je vais me changer, deux minutes. Mets-toi à l'aise. Tu n'as pas à avoir honte de montrer ton corps, Ruben. Il est beau. Vraiment beau. Retire ton pull si tu as chaud, ou ton tee-shirt. Ici, il n'y a que nous.
Il disparaît dans une pièce adjacente. J'entends le froissement du tissu, le bruit d'un pantalon qu'on enfile, le léger cliquetis d'un élastique. Je reste planté au milieu du salon, les mains dans les poches, le cœur qui cogne. Je regarde la terrasse. Le vent fait danser les feuilles des plantes, le soleil filtre à travers les branches du citronnier et dessine des motifs mouvants sur le sol. Je pense à Elie. Elle est en train de préparer le poisson, elle coupe les légumes, elle m'attend pour manger en terrasse. Elle me fait confiance. Et moi je suis ici.
Livio revient pieds nus. Il a attaché ses cheveux blonds en un chignon haut et serré, comme pendant la séance, avec le même crayon de papier jaune planté dedans. Il porte maintenant un pantalon en lin ample, beige clair, qui tombe bas sur ses hanches, le tissu léger et légèrement froissé qui épouse à peine ses cuisses quand il marche. Torse nu. Sa peau mate luit doucement sous la lumière qui entre par la baie vitrée. Ses abdos se contractent à chaque respiration, la ligne sombre de poils qui descend vers la ceinture du pantalon. Son sexe se devine sous le lin, lourd, calme, qui bouge légèrement à chaque pas. Il a l'air encore plus imposant, plus détendu, plus chez lui.
Il me sourit, un sourire lent qui fait plisser le coin de ses yeux.
— Tu vois ? Pas de gêne ici. Tu peux retirer ton pull si tu veux. Ton corps a travaillé dur ce matin. Il mérite de respirer.
Il va dans la cuisine ouverte, attrape une bouteille de vin rouge dans un casier en bois, deux verres fins en cristal. Il les remplit avec un geste précis. Le liquide sombre tournoie, épais, avec des reflets rubis. Il me tend un verre.
— Un Bordeaux 2018. Léger, avec des notes de fruits noirs et une pointe d'épice. Ça va te détendre après l'effort.
Je prends le verre. Nos doigts se frôlent. Il sort sur la terrasse. Je le suis.
Il s'installe sur le sofa en rotin, tapote la place juste à côté de lui, tout près. Les coussins s'enfoncent quand je m'assois. Nos cuisses se touchent. Le vent fait bruisser les plantes autour de nous, une petite brise qui porte l'odeur du basilic et du citron. Livio pose son bras sur le dossier du sofa, derrière mes épaules. Pas tout à fait sur moi, mais assez près pour que je sente la chaleur de sa peau nue.
— Alors… la séance, commence-t-il d'une voix basse, presque intime. Tu as été impressionnant. Vraiment. Dans le Bateau, tes abdos tremblaient mais tu as tenu. Dans les Guerriers, tes cuisses brûlaient et tu continuais à respirer avec moi. Et dans le Pigeon… la façon dont tu me regardais… c'était intense.
Sa main descend lentement de l'accoudoir, effleure mon épaule, glisse le long de mon bras. Ses doigts sont chauds, légers, presque caressants. Ils dessinent des cercles lents sur mon biceps à travers le tissu du tee-shirt. Je ne bouge pas. Je ne sais pas quoi faire. Mon verre tremble un peu dans ma main. Je fixe le vin rouge, les reflets qui dansent.
— Tu as senti comme je te guidais ? continue-t-il. Chaque posture, chaque correction… c'était pour toi. Pour te faire sentir à quel point ton corps peut s'ouvrir. Pour te faire voir ce que je vois quand je te regarde. Quand tu étais face à moi, les yeux fixés sur moi… tu étais magnifique. Vulnérable. Réceptif.
Ses doigts remontent sur mon bras, vers mon épaule, frôlent mon cou. Un frisson me parcourt la colonne. Il sourit sans me regarder, comme s'il savourait chaque réaction de ma peau. Sa main redescend, plus audacieuse, passe sur mon torse. Paume ouverte, chaude à travers le tee-shirt. Elle s'attarde sur mes pectoraux, le pouce qui trace lentement la ligne de mon muscle, qui effleure presque mon téton gauche à travers le tissu.
Je recule un peu le buste, le dos contre le coussin.
— Livio… je suis marié. Je… je ne peux pas faire ça.
Il tourne la tête vers moi. Son regard bleu est calme, amusé, presque tendre.
— Ça ne t'a pas dérangé de me mater tout à l'heure, pendant la séance. Tu as fixé mon sexe pendant cinq bonnes minutes dans le Pigeon. Et tu bandais. Fort.
Je ne sais pas quoi répondre. Ma gorge est sèche. Les mots restent bloqués. Il profite du silence. Sa main reste sur mon torse, les doigts qui bougent doucement, descendent vers mon ventre, remontent, caressent la peau à travers le tissu.
— Ça t'a plu ? murmure-t-il tout contre mon oreille, son souffle tiède. De me voir comme ça. Ouvert. Offert. Juste pour toi. De voir comment mon corps réagissait à ta présence.
Je ne dis rien. Mais mon corps parle à ma place. Je me rapproche légèrement.
Il pose son verre sur la table basse. Ses deux mains remontent maintenant sur mes flancs, attrapent l'ourlet de mon tee-shirt.
— Laisse-moi t'aider, murmure-t-il. Tu as trop chaud là-dessous.
Il tire doucement vers le haut. Je ne résiste pas. Je lève les bras. Le tee-shirt glisse sur ma peau, emportant avec lui une partie de ma sueur séchée. Il le retire complètement, le pose sur le dossier du sofa. Je me retrouve torse nu devant lui, les muscles encore tendus par la séance, la peau rougie par le soleil et l'effort. Il me regarde longuement, les yeux qui descendent lentement de mes épaules à mon ventre, s'attardant sur mes pectoraux, sur mes tétons qui durcissent au contact de l'air.
— Magnifique, souffle-t-il. Ton corps est encore chaud de l'effort. Regarde comme il réagit déjà.
Sa main revient sur mon torse nu, paume à plat, chaude contre ma peau. Il caresse lentement, du sternum jusqu'au ventre, en remontant vers les pectoraux. Ses doigts effleurent mes tétons, les pincent doucement, les font rouler entre le pouce et l'index. Un courant électrique me traverse. Je pousse un léger soupir, involontaire, rauque, presque un gémissement étouffé.
Il sourit, les yeux brillants.
— Je sais généralement ce que je veux, Ruben. Et là… je te veux. Toi. Exactement comme ça. Torse nu, sous mes mains, avec ce regard que tu as quand tu me fixes.
— Ce n'est pas possible, je souffle, la voix cassée. Je suis marié. J'aime Elie. Je ne peux pas…
— Ce n'est pas possible, je souffle, la voix cassée. Je suis marié. J'aime Elie. Je ne peux pas…
Il rit doucement, sans méchanceté, presque avec affection. Un rire bas qui vibre contre ma peau.
— Tu dis ça, mais ton corps dit autre chose. Tes tétons sont durs sous mes doigts. Ton souffle est court. Et regarde…
Il prend ma main dans la sienne. Doucement, sans forcer. Il la descend. Plus bas. Il la pose sur son entrejambe, à travers le lin ample. Je sens la chaleur, la forme lourde, épaisse, qui commence à gonfler lentement sous mes doigts, qui durcit contre ma paume.
— Regarde ce que tu me provoques, murmure-t-il tout contre mon oreille, son souffle brûlant. Depuis la première séance. Depuis le moment où je t'ai touché pour la première fois. Je ne pense qu'à ça. À ton corps contre le mien. À tes yeux qui me fixent. À toi qui te laisses aller. À toi qui bandes en me voyant.
Ses doigts restent sur ma main, la pressent doucement contre lui. Son sexe durcit davantage sous le tissu, épais, chaud, vivant. Le vent fait bruisser les plantes autour de nous. Le soleil chauffe mes joues. Le vin tremble dans mon verre.
Je me lève d'un coup.
Le verre bascule. Le vin rouge éclabousse mon torse nu, coule en longues traînées sombres sur mon ventre, sur mon jean, goutte sur les dalles de la terrasse.
Fin du chapitre 4.
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