Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
C'est votre faute ! — Chapitre 3 · Pierre
Auteur
C'est votre faute !
Chapitre 3 · Pierre
23 juin
— Que faisait-il là ? Il n’était pas homo, alors pourquoi aller sur de tels sites ?
Je préfère lui répondre par une autre question :
— Comment es-tu si sûre de ses goûts en matière de sexe ?
— Je vivais avec lui et jamais il ne m’avait parlé de ça.
— Quels mails as-tu lus ?
— Je vivais avec lui et jamais il ne m’avait parlé de ça.
— Quels mails as-tu lus ?
Elle s’écarte de moi, et pendant un instant je crois qu’elle va me sauter à la gorge. Mes yeux croisent les siens. Conversation muette qui dure quelques secondes. J’essaie de lui faire comprendre que je ne suis pas son ennemi.
— Ceux échangés après votre première rencontre, ceux où il disait que grâce à toi il avait découvert des sensations très fortes et qui lui donnaient envie de recommencer encore et encore. C’est de ta faute, c’est toi qui l’as rendu comme ça !!
Encore cette rengaine…
Je ne réponds pas tout de suite, me demandant quelle sera la meilleure réponse. Pas vraiment pour moi : après tout elle n’est rien pour moi. Enfin, elle n’était rien, car maintenant que nos routes se sont croisées, je ne peux plus nier que j’ai une part de responsabilité dans ce qui lui arrive. Dois-je lui dire la vérité pour qu’elle comprenne et puisse peut-être accepter, quitte à souffrir ? Ou dois-je endosser une culpabilité qui n’est pas la mienne pour qu’elle se sente mieux ?
Son regard me répond. Elle est déterminée. Elle a eu le courage de venir me voir ; sans doute est-elle de taille à affronter la vérité.
14 février
Je pensais sortir faire quelques photos de la ville, mais la pluie m’a contraint à renoncer à cette idée. Va pour une soirée sur le Net. Je surfe un peu au hasard : d’abord quelques sites de critiques photos. Un petit tour sur Docti pour lire quelques récits que je suis avec plaisir. Et pour finir, j’atterris sur un site de rencontres pour hommes. Le tchat est plutôt vide : bon nombre d’habitués célèbrent la Saint-Valentin. Au moment où je me résous à aller dormir, un jingle m’avertit de l’arrivée d’un nouveau message privé. Je jette un œil.
— Sympa ta photo.
Il s’agit d’un vieux cliché en noir et blanc où je suis allongé nu sur un canapé. Je l’aime bien, cette photo, car on ne voit pas mon sexe. Non pas que j’en aie honte, mais ceux à qui elle plaît ne sont en général pas des obsédés de la taille et de la performance.
— Merci.
Je jette un œil à sa carte de visite : « Pierre, 33 ans, marié, curieux ».
— Tu ne fêtes pas la Saint-Valentin ?
— On est rentrés du resto et ma femme dormait déjà dans la voiture. Je n’avais pas envie de me coucher tout de suite.
— Et pourquoi venir ici ? Certainement pas le hasard.
— La curiosité, rien d’autre. Je n’ai jamais eu d’expérience avec un homme, si c’est ce que tu veux savoir.
— Il y a un début à tout.
— Et je parie que tu es prêt à satisfaire ma curiosité.
— On est rentrés du resto et ma femme dormait déjà dans la voiture. Je n’avais pas envie de me coucher tout de suite.
— Et pourquoi venir ici ? Certainement pas le hasard.
— La curiosité, rien d’autre. Je n’ai jamais eu d’expérience avec un homme, si c’est ce que tu veux savoir.
— Il y a un début à tout.
— Et je parie que tu es prêt à satisfaire ma curiosité.
J’hésite un moment. J’ai du mal à croire que la simple envie d’en savoir plus soit la raison de sa présence ici. Et je me méfie un peu de ceux qui ne savent pas trop ce qu’ils veulent ou qui ne l’assument pas. Une réponse de Normand me permettra de temporiser.
— Pas ce soir en tout cas, je suis trop fatigué. Et d’abord, que veux-tu savoir ?
— Quelle différence y a-t-il entre un homme et une femme ?
— Quelle différence y a-t-il entre un homme et une femme ?
C’est quoi cette question à la con ?! Je m’apprête à le zapper. Et puis, après tout, s’il veut jouer à l’idiot, jouons à deux.
— Les hommes ont un pénis et les femmes un vagin.
— Je connais les bases, merci ! Mais j’ai vu que tu aimais les deux. Pourquoi ?
— Tu aimes le vin rouge ?
— Oui, mais quel… ?
— Tu aimes le vin blanc ?
— Oui, enfin moins…
— Moi c’est pareil. J’aime beaucoup les femmes, parfois les hommes.
— Je connais les bases, merci ! Mais j’ai vu que tu aimais les deux. Pourquoi ?
— Tu aimes le vin rouge ?
— Oui, mais quel… ?
— Tu aimes le vin blanc ?
— Oui, enfin moins…
— Moi c’est pareil. J’aime beaucoup les femmes, parfois les hommes.
J’espère que mes réponses capillotractées vont le faire fuir, mais non, il s’accroche, le bougre.
— Quand on aime quelque chose, il y a souvent une raison.
— Pourquoi aimes-tu ta femme ? Si tu devais ne garder qu’une seule raison, ce serait laquelle ? Le sexe, la couleur de ses yeux, ou c’était la seule qui voulait de toi ?
— Ben euh…
— Pourquoi aimes-tu ta femme ? Si tu devais ne garder qu’une seule raison, ce serait laquelle ? Le sexe, la couleur de ses yeux, ou c’était la seule qui voulait de toi ?
— Ben euh…
Son hésitation m’amuse.
— Je vois ce que tu veux dire : on n’a pas besoin d’une raison précise pour aimer quelqu’un ou quelque chose.
Tiens, finalement il y a de la lumière qui brille au fond de son cerveau.
— Gagné, tu as compris.
— Et j’ai gagné quoi ?
— Et j’ai gagné quoi ?
En temps normal je réponds « une sucette ». Mais vu le contexte, ce serait un poil risqué : il pourrait me prendre au mot et je ne suis pas sûr d’en avoir envie.
— Le droit de poser une autre question.
— Comment t’es-tu rendu compte que tu aimais aussi les mecs ?
— Comment t’es-tu rendu compte que tu aimais aussi les mecs ?
Chez moi aussi la lumière s’allume. Je crois que l’ami Pierrot a envie de jouer de la flûte et que ça le tarabuste.
— Je devais avoir quinze, seize ans. Je fantasmais beaucoup sur les filles, mais certains garçons m’attiraient aussi. Et depuis mes vingt ans, je joue sur les deux tableaux. Et je suis prêt à parier que toi aussi tu t’es déjà fait des films avec des mecs, mais que tu n’as jamais osé aller plus loin qu’un petit plaisir solitaire vaguement honteux.
Objection, Votre Honneur, ce n’est que pure spéculation, aurait sans doute crié un avocat. Mais Pierre est venu sans avocat, alors autant essayer de savoir tout de suite.
— Je me trompe ?
— Euh… non, pas vraiment…
— Euh… non, pas vraiment…
Au moment où je savoure ce bien modeste triomphe, la fenêtre du tchat se referme.
« Pierre n’est plus en ligne. »
23 février, le matin
La semaine qui vient de s’écouler a été épuisante et je ne suis pas mécontent de retrouver un peu de calme. Dimanche dernier, alors que je me baladais, j’ai reçu un SMS :
— Salut, suis à Paris pour un stage de cinq jours. Si tu as envie d’un verre, fais-moi signe. Laurent.
Laurent est un des hommes que j’ai rencontrés via le Net. Quelques virées ensemble, quelques nuits passées avec lui et des souvenirs plutôt agréables. Ensuite il était parti pour le Sud et nous avions perdu contact. J’étais assez surpris de sa proposition, mais je n’avais rien de mieux à faire.
Nous voilà donc tous les deux devant un verre. Puis, comme le courant passe toujours bien, devant une pizza. Puis sous la couette. Il nous a néanmoins fallu ressortir : plus de préservatif. Je n’étais plus habitué à en utiliser depuis que je vivais avec Isabelle et que j’étais (relativement) sage, et mon maigre stock avait vite fondu. Je ne me souvenais pas qu’il était aussi bon amant.
Ou bien était-ce l’état de manque dans lequel je me trouvais qui me rendait plus réceptif ? Quoi qu’il en soit, la nuit fut courte et fatigante. Comme il avait prévu de loger à l’hôtel pendant la durée de son stage, je lui proposai de rester aussi longtemps qu’il le souhaitait. Et lui aussi avait dû apprécier cette nuit, puisque nous avons passé cinq nuits ensemble. Cinq nuits toutes aussi jouissives les unes que les autres, toutes aussi épuisantes. Je crois que nous avons revisité une bonne partie du Kama Sutra (version hommes entre eux) au cours de cette semaine.
Entre deux moments de plaisir, nous discutions, nous sortions, au gré de nos envies. Je dois dire que cela me fit un bien fou de reprendre une vie normale et de ne plus rester cloîtré. J’ai aussi fait pas mal de portraits de lui, certains très académiques, d’autres franchement plus érotiques. Ça me changeait des pierres et des scènes de rues qui étaient devenues mes seuls sujets photographiques depuis le départ d’Isabelle.
Et Laurent était reparti, son stage achevé. Bien sûr nous nous étions promis de ne pas perdre contact cette fois, mais l’un comme l’autre savions que le combat était perdu d’avance : la routine et le temps qui passe nous éloigneraient à nouveau.
Après son départ, je suis retourné sur la toile. D’abord pour soumettre quelques-uns de mes nouveaux clichés à la critique. L’accueil fut plutôt favorable, ce qui me fit très plaisir et acheva de me mettre de bonne humeur. Le monde me semblait moins noir. J’en profitai aussi pour lire mes mails que j’avais négligés durant cette semaine.
Pierre m’avait laissé un message chaque jour, me demandant de prendre contact avec lui.
Ce que je fis…
Je n’ai pas attendu très longtemps avant que Pierre ne se manifeste.
— Salut, c’est sympa d’être venu.
— Tu as su te montrer convaincant, alors me voilà.
— Semaine chargée ? Je t’ai attendu !
— Un ami qui a débarqué à l’improviste.
— Un bon coup ??
— Excellent !!
— Tu as su te montrer convaincant, alors me voilà.
— Semaine chargée ? Je t’ai attendu !
— Un ami qui a débarqué à l’improviste.
— Un bon coup ??
— Excellent !!
Pierre marque un temps d’arrêt, ne sachant pas si je blague ou non.
— Tu voulais me parler d’une chose en particulier ?
— Je voulais juste parler avec toi.
— Je voulais juste parler avec toi.
Je souris. Quelle insistance pour juste échanger quelques mots…
— Eh bien, parlons.
Nouveau blanc.
— Comment ça s’est passé, ta première fois avec un homme ?
— Avec un copain au lycée. Le plan on ne peut plus banal : deux copains qui matent un film porno, qui se branlent côte à côte et finissent par une masturbation mutuelle.
— Avec un copain au lycée. Le plan on ne peut plus banal : deux copains qui matent un film porno, qui se branlent côte à côte et finissent par une masturbation mutuelle.
Je suis distant, aussi peu passionné que possible.
J’ai connu pas mal d’hommes mariés sur le Net, des hommes qui veulent découvrir de nouvelles sensations parce qu’ils s’ennuient avec leur femme. L’expérience s’avère souvent décevante pour les deux protagonistes. Et après la semaine fabuleuse que je viens de passer, je ne tiens du tout à me lancer dans une aventure de ce type.
Il y a aussi ceux qui ont refoulé leur homosexualité pour ne pas se retrouver au ban de leur famille. Je pense, sans trop savoir pourquoi, que Pierre appartient à cette catégorie. Auquel cas sa première expérience avec un homme risque d’être déterminante. Et je ne veux surtout pas lui donner de faux espoirs ou de fausses illusions. L’envie de passer à l’acte doit venir de lui et non de l’excitation que je pourrais faire naître en lui racontant des souvenirs plus torrides les uns que les autres.
— Et ça t’a plu ? Je croyais que tu étais plus vieux, tu m’as dit que c’est vers vingt ans que tu as commencé à draguer les mecs.
Visiblement Pierre écoute ce que je lui dis.
— J’avais vingt ans en effet quand je me suis mis à coucher régulièrement avec des hommes. Mais la première fois, j’étais au lycée. Ça m’a plu, oui, mais à l’époque je n’avais pas vraiment d’expérience avec les femmes. Et pour être honnête, j’ai plus trop pensé aux hommes dès que j’ai attaqué les choses sérieuses avec les femmes.
— Ah ok.
— Pourquoi es-tu parti si brusquement l’autre fois ? Sur le Net aussi on peut dire au revoir.
— Désolé, ma femme s’était réveillée et je ne suis pas certain qu’elle apprécierait de me voir parler ainsi avec un homme.
— Tu lui en as parlé ?
— De quoi ?
— Du fait que tu fantasmes sur les hommes.
— Non, il ne m’avait rien dit, jusqu’à hier.
— Ah ok.
— Pourquoi es-tu parti si brusquement l’autre fois ? Sur le Net aussi on peut dire au revoir.
— Désolé, ma femme s’était réveillée et je ne suis pas certain qu’elle apprécierait de me voir parler ainsi avec un homme.
— Tu lui en as parlé ?
— De quoi ?
— Du fait que tu fantasmes sur les hommes.
— Non, il ne m’avait rien dit, jusqu’à hier.
Perdu dans mes souvenirs, j’en avais presque oublié que Carole écoutait mon récit.
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