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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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C'est votre faute ! — Chapitre 4 · Séparation

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sylbi
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Ce chapitre séduit par la vivacité des échanges entre Sylvain et Carole : leurs piques, leurs silences complices, leurs rires qui percent malgré la douleur sonnent incroyablement juste. On aime cette façon qu'a le narrateur de se regarder vivre avec une ironie douce-amère — « je me drape dans ma dignité en lambeaux » —, et ce portrait de Carole brossé à demi-mot, les yeux noisette qui virent au brun quand elle pleure. Un équilibre fragile entre deux êtres blessés qui donne envie de tourner la page.

C'est votre faute !

Chapitre 4 · Séparation

23 juin
— Jusqu’à hier, il ne m’a jamais rien dit.
Je la vois qui déglutit, puis inspire profondément…
Hier après-midi, en rangeant ses affaires, j’ai trouvé un papier froissé au pied de la chaise où il pose ses affaires. Il n’y avait que deux lignes : Hôtel de la gare, jeudi 19, 14 h 00.
Et ce jeudi-là, Pierre avait prétendu être injoignable tout l’après-midi à cause d’une réunion. J’ai bien sûr tout de suite pensé à une amante ; mes soupçons du début de l’année me revenaient en mémoire. Je n’avais pas fait de machine depuis jeudi, j’ai donc inspecté ses vêtements. De nouveau ces traces « suspectes » sur son boxer. Mais nulle odeur de parfum. Alors j’ai attendu le retour de Pierre. Avant même qu’il ne dise bonsoir, je lui ai mis le billet sous le nez.
— Comment elle s’appelle ? C’est juste pour baiser ou c’est sérieux ?
Il a voulu parler, mais rien n’est sorti de sa bouche. Il était là, rouge de confusion, pris la main dans le sac, et visiblement il ne réussissait pas à inventer une excuse valable.
— Alors réponds, dis quelque chose. Blonde, brune ? Un canon ou juste une bonne amante qui satisfait toutes tes envies ?
Et lui qui ne disait rien. Je crois que j’étais folle de rage. Folle de rage qu’il me trompe, qu’il couche avec une autre. Depuis la découverte du billet, je le voyais sans cesse en train de caresser un autre corps que le mien, je l’entendais murmurer des mots tendres à une autre que moi, donner du plaisir à une autre que moi.
Mais j’enrageais surtout à l’idée qu’il me croyait assez stupide pour ne rien remarquer. J’aurais pu comprendre l’envie d’une autre femme. Pas forcément l’admettre, mais au moins comprendre. Mais qu’il me prenne pour une conne me donnait envie de le gifler jusqu’à ce que mon bras me fasse mal.
Et il ne disait toujours rien.
Je l’invectivais, l’injuriais, je l’avais attrapé par le revers de sa veste et le secouais, mais il restait muet.
Et finalement il a parlé :
— Je suis désolé, Carole, c’est un homme et je crois que je l’aime.
Et là, c’est moi qui n’ai plus su quoi dire. Je l’ai lâché.
— Pardonne-moi, je ne savais pas comment t’en parler, je cherchais un moyen pour te l’annoncer, mais…
— Un homme, ai-je murmuré.
— Je l’ai rencontré il y a un mois dans un bar. Il m’a dragué gentiment et, comme il me plaisait, je l’ai revu le lendemain. On a passé un après-midi à parler, puis une heure à l’hôtel. Et depuis, on se voit deux ou trois fois par semaine.
J’étais anéantie. Pierre me trompait avec un homme. Pierre était homosexuel et…
Et les images se bousculaient dans ma tête. Images floues, car je me refusais obstinément à imaginer ce qu’ils faisaient ensemble. Je me sentais humiliée, salie. J’avais sans doute fait l’amour avec Pierre juste après un de ses rendez-vous.
— Je suis désolé, mais il y a quelques mois de ça, je me suis rendu compte que je ne serais jamais vraiment heureux avec toi, ni avec aucune autre femme. J’ai joué la comédie pendant des années, mais je n’en peux plus. Pardonne-moi, je t’en prie.
Je me suis retournée sans dire un mot. J’ai couru jusque dans la chambre où je me suis enfermée. Je me suis jetée sur le lit où j’ai pleuré pendant des heures avant de m’endormir.
À mon réveil, au milieu de la nuit, j’étais seule dans l’appartement. J’ai trouvé un mot :
« Nous devrons parler, mais je ne veux plus vivre dans le mensonge, ni avec toi ni avec personne. Garde l’appart aussi longtemps que tu le voudras, je paierai. Hormis quelques objets personnels, tout est à toi. J’espère juste qu’un jour tu sauras me pardonner. »
Je me refusais à dépendre de sa charité. Je ne voulais plus rien avoir à faire avec lui. Mais avant de partir, je voulais essayer de savoir. J’ai fouillé partout sans rien trouver. Et puis j’ai pensé à son ordinateur. Et c’est ainsi que je t’ai trouvé. J’ai pris quelques affaires et je suis partie. Ce matin. J’ai attendu toute la journée devant chez toi pour être sûre de te trouver. Si j’avais eu une arme, je crois que je t’aurais tué.
Son regard me dit sans équivoque qu’elle dit vrai.
— Pourquoi moi et pas son nouvel amant ?
— Parce que c’est de ta faute.
Ça faisait longtemps, tiens. Mais ça ne me manquait pas vraiment.
— Pourquoi moi ?
— J’ai lu ses mails où il disait que tu as su lui ouvrir les yeux sur sa vraie personnalité, sur sa vraie sexualité.
— Un autre l’aurait fait.
— Pas forcément. Tu as su le guider lorsqu’il s’interrogeait, tu as su lui faire comprendre qu’il se mentait depuis des années. J’ai lu d’autres mails échangés avec d’autres hommes et eux s’intéressaient surtout au cul, ne voulaient pas chercher plus loin que leur petit plaisir. S’il n’y avait eu qu’eux, Pierre serait resté avec moi. Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi vous ne vous voyez plus.
— Parce qu’il cherchait une relation stable avec un homme. Et que moi, ça ne m’intéressait pas. J’aime beaucoup trop les femmes.
Elle se tait. Puis reprend :
— Il ne reviendra pas, n’est-ce pas ?
— Non. Et je crois que tu as compris que cela n’a rien à voir avec toi.
Carole me regarde intensément, attend que je poursuive. J’ai de nouveau ce sentiment étrange que l’on se comprend à demi-mot.
— Je reste persuadé que tu te trompes : Pierre aurait fini par évoluer, même tout seul. Peut-être, au pire, l’ai-je un peu aidé, juste suffisamment pour accélérer le processus et lui éviter quelques tâtonnements et erreurs.
À peine responsable, mais absolument pas coupable. Elle sourit.
— Je sais ce qu’il a aimé chez toi.
— Mon ardeur ?
La blague a fusé avant même que je songe à sa cruauté.
Chose curieuse, le sourire ne s’efface pas.
— Au risque de te décevoir, non. Mais tu sais écouter. Tu viens de me le prouver. Tu aurais dû me laisser dehors après une bonne baffe et tu m’as laissé t’envahir.
— Je n’ai jamais su résister à une jolie femme en pleurs. Et je suppose que les premiers coups ont quelque peu altéré ma raison.
Elle rit.
— Pierre a aussi écrit que tu avais un humour assez déplorable.
Je me drape dans ma dignité en lambeaux :
— La chambre d’amis est au fond à droite, tu devrais aller chercher tes affaires.
J’ai beau ne pas être coupable, je ne peux pas la laisser partir ainsi.
24/25 juin
Le lendemain, lorsque je me réveille, Carole dort encore. Comme à mon habitude, douche et petit-déj sont expédiés. La journée de boulot passe très vite : je dois régler pas mal de détails avant le retour d’Alain et mon départ en vacances.
Le soir, retour au bercail. Et là, je retrouve Carole prête à partir, avec armes et bagages.
Je lui jette un regard interrogatif.
— Je ne vais pas m’incruster. Merci pour cette nuit.
Je songe avec ironie que c’est la phrase rituelle des amants d’un soir qui ne vont pas se revoir.
— Ça fait cliché, hein.
Je commence à bien aimer ce mode de conversation, moitié paroles, moitié regards.
Pour toute réponse, je lui jette un double de mes clefs. Cette fois, c’est elle qui interroge des yeux.
— Ma dernière rupture est suffisamment proche pour que je me rappelle que l’on n’aime pas se retrouver seul dans un appartement chargé de souvenirs. Tu es la bienvenue ici le temps de te trouver un nouveau nid.
— Ce sera peut-être long, je participerai au loyer.
— Et tu feras le ménage, le repassage, la cuisine et tu seras mon esclave sexuel.
— Et là, tu préfères une petite gâterie ou un bon dîner ?
Bon, me voilà prévenu : Carole a un humour aussi déplorable que le mien et aime avoir le dernier mot.
— Je propose un apéro pour commencer.
— Un whisky d’abord, ça me va.
Sourire en coin. Je vois que nous avons quelques références cinématographiques en commun.
Le week-end fut consacré à son installation. Pour quelqu’un qui ne voulait pas s’incruster, elle ne prend pas mal de place, la demoiselle. Je parie que si elle est toujours là dans deux mois, la décoration sera totalement refaite.
Comme il fait beau, nous allons faire une balade en forêt. J’en profite pour ressortir mon appareil et faire quelques portraits de Carole. Qui, bien évidemment, râle et exige que j’efface immédiatement tous les fichiers.
Même pas en rêve !!
Nous bavardons beaucoup. Elle me parle de sa vie avec Pierre. De temps à autre, je la vois qui se crispe un peu, qui se tait quelques secondes avant de repartir de plus belle. J’admire sa force de caractère. Il m’a fallu une semaine pour pouvoir parler d’Isa sans avoir au moins un paquet de mouchoirs à proximité.
Elle me parle de ses rêves : une maison en province, au calme, un boulot dans le domaine associatif où elle pourrait côtoyer un maximum de gens. Son envie d’enfants. Elle a trente ans comme moi et dit que son horloge tourne, de plus en plus vite.
Je lui parle d’Isabelle, bien entendu. De son départ surprise. Du fait qu’apparemment je ne sois pas très doué pour construire une relation durable. Lorsque je dis cela, elle me regarde d’un drôle d’air. Genre « arrête tes conneries ».
Moi je veux bien, mais je commence par lesquelles ??
Une fois rentrés, je prends un malin plaisir à visionner sur la télé les photos prises durant l’après-midi, et plus particulièrement celles où elle apparaît. Cela ne tarde pas à dégénérer en pugilat sur le canapé. La bougresse utilise toutes les armes à sa disposition : chatouilles, ongles transformés en griffes, regards enjôleurs.
Et c’est sans le moindre scrupule que je profite de mes kilos supplémentaires pour la maîtriser. Je suis en train de faire le pitre, de jouer les machos dominateurs, lorsque je la vois se rembrunir puis éclater en sanglots. Je la prends contre moi, caresse ses cheveux pour la calmer comme on le ferait avec un enfant. Petit à petit, elle se calme.
— Je suis désolée, mais je l’aime tellement… Que vais-je devenir sans lui ?
Mais cette fois, je n’ai pas de réponse à lui donner. Cette question, je me la pose tous les matins depuis six mois et je cherche encore les prémices d’un début de solution.
30 juin
Semaine épuisante. Au boulot, j’ai pas mal couru. Entre le retour d’Alain qu’il a fallu mettre au courant des événements des six derniers mois et la préparation de mon départ, j’ai eu beaucoup à faire. Car j’ai accepté la proposition qui m’a été faite et, dès mon retour de vacances, je devrai m’occuper de notre nouvelle unité de production. Ma nomination a été officialisée aujourd’hui.
Je n’ai encore rien dit à Carole. Je ne veux pas la brusquer ou lui faire croire qu’elle me gêne. Entre nous deux, tout va pour le mieux.
Elle a encore quelques crises de larmes parfois, mais elles deviennent rares. Notre cohabitation s’organise sur un mode très amical et détendu, mais chacun préserve l’intimité de l’autre. Je ne me promène plus à poil dans l’appart et, même au lever, elle prend soin de ne pas trop faire étalage de ses appâts.
Pourtant, je suis sûr que je pourrais dessiner son corps les yeux fermés. Ce n’est pas un top-model, mais elle a énormément de charme. De jolies formes pleines de grâce, de beaux arrondis là où il faut. Ce qui me plaît le plus en elle, ce sont ses yeux. Ils sont pleins de vie, de malice, d’intelligence aussi. Noisette avec une nuance de vert. Presque marrons quand elle est en colère ou très triste. Et lorsqu’elle rit aux éclats, quelques reflets d’or s’allument. Si les circonstances avaient été différentes, je lui aurais fait une cour empressée. Carole n’est pas une femme que l’on drague à la hussarde, sauf à avoir des tendances suicidaires.
Car derrière une jolie bouche volontiers mutine, elle a une langue acérée. Il m’arrive d’en faire les frais. C’est la première fois que je ne gagne pas mes joutes verbales de façon systématique. Sans fausse modestie, je suis plutôt doué pour le ping-pong verbal. Avec Carole, c’est du 50/50. Et encore quand je suis en forme et elle fatiguée.
Mais j’aime ça. Maso, moi ? Oui, un peu.
Enfin, quoi qu’il en soit, me voilà en vacances. Je suis d’humeur joyeuse, comme je ne l’ai pas été depuis six mois. Sans trop réfléchir, je passe chez le fleuriste et achète un bouquet pour Carole. Et d’un coup, devant la porte, la similitude des situations me frappe de plein fouet. En janvier aussi, j’avais des fleurs à la main et pensais fêter une bonne nouvelle. Enfin, la soirée qui s’annonce ne pourra pas être aussi désastreuse que celle où Isa est partie.
En entrant, je jette un œil dans le couloir : pas de valise, tout va bien.
Lorsque je lui tends les fleurs, Carole s’empourpre. C’est la première fois que je la vois rougir. Cela me rend encore plus gai. Je la prends par la taille, lui pose un baiser sur le front. Elle devient écarlate. Elle veut parler, mais aucun son ne sort. Je me retiens de rire. Cette fois, j’ai eu le premier et le dernier mot. Sans rien dire !!
Puis elle esquisse une révérence, puis me dit presque froidement :
— Mon seigneur a donc décidé de faire valoir son droit de cuissage. Dois-je changer de tenue ou bien veut-il me trousser sans attendre ?
J’ouvre la bouche. Scotché. Je referme la bouche, l’ouvre à nouveau. J’ai connu des carpes plus bavardes, au moins elles faisaient des bulles. Je crois que ce n’est pas encore cette fois que j’aurai le dessus.
Elle me regarde, un large sourire éclaire son visage, ses yeux pétillent.
— Et sinon, que me vaut cet honneur ?
— J’ai eu une promotion, me voilà responsable qualité d’une nouvelle usine à Blois.
Son sourire se lézarde, disparaît.
— Oh, et donc tu pars.
Dans le genre délicat, je viens de faire très fort. Je sors donc la deuxième surprise de ma manche. J’aurais voulu lui en parler avant, mais je ne veux pas qu’elle croie que je la mets dehors.
— J’aimerais que tu jettes un œil à ceci avant de m’arracher les miens.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ça ressemble à une enveloppe, non ?
Boum boum, je viens de prendre deux balles. Une chance qu’elle n’ait pas plus d’yeux.
— Regarde au lieu de faire ta mauvaise tête.
Elle lit, ouvre de grands yeux, relit.
En fait, j’ai fait refaire le bail de l’appartement à nos deux noms. Il s’agissait d’une des conditions pour que j’accepte le poste.
— Je voulais juste que les choses soient officielles : tu es ici chez nous. Dans un premier temps, je ne resterai à Blois que la semaine, et j’ai la ferme intention de revenir ici tous les week-ends. Alors attends un peu avant de refaire la déco, hein.
Carole ne dit rien, fait juste un pas vers moi et pose ses lèvres sur ma joue.
— Merci.
Eh bien, si finalement je l’ai eue, ma victoire.
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sylbi
21 octobre 2026 à 16:03
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