Je chantonnais en rentrant chez moi. Tout allait bien, Ladyboss avait gagné, encore. Sous l'euphorie, je quittai même le boulot plus tôt pour aller faire les boutiques. J'anticipais peut-être mon très gros salaire promis par Emma et mon banquier ferait une attaque cardiaque. Peu importe, c'était le moment d'exploser la carte bleue. Et j'avais dans l'idée de faire plaisir à Liam. Je n'avais claqué que mille dollars en lingerie le mois dernier... Et puis cette nouvelle boutique me faisait de l'œil régulièrement. La vitrine était chic mais le fond semblait plus mystérieux. Le nom de la boutique, Divergente, écrit en rose fluo me plut tout de suite.
Sans doute était-il écrit je n'ai pas de limites sur mon front car la vendeuse, elle-même habillée en petite tenue, vint à ma rencontre avec un grand sourire. Parfait, j'étais incapable de réfléchir, après tout, ma boîte m'avait croisée en monokini puis j'avais eu une série d'orgasmes en réunion de négociation salariale. La vraie vie quoi.
La boutique était éclairée façon lounge, de quoi se faufiler dans l'obscurité pour les essayages et sans doute un peu plus. En tendant l'oreille, il y avait des froissements de tissus, peut-être un peu plus. J'aimais l'ambiance mais les modèles étaient classiques. Beaux, mais rien d'affriolant non plus. Liam méritait un peu plus, je me sentais vivre grâce à lui et il méritait le meilleur orgasme de tous les temps. La vendeuse en body et bas bleu ciel vit ma moue mais ne s'avoua pas vaincue. Elle m'attira vers le fond de la boutique, beaucoup plus sombre encore. Oui, c'était original ici, un petit goût des Enfers, version perversion et luxure.
Tout au fond il y avait du cuir, du latex et autre, mais ce n'était pas ma came. Je m'humiliais toute seule, pas besoin d'accessoire. Par contre, les tenues en nylon étaient beaucoup plus sympas. Je m'orientai vers un body intégral mauve. J'adorais la couleur, décolleté jusqu'au creux de mes seins et assez transparent pour y apercevoir mes tétons. Entrejambe ouvert, un string assorti était vendu avec. Je voulus l'essayer avec gourmandise. Avant d'ouvrir le rideau, je vis le visage radieux de la vendeuse, je vérifiai le prix, radieux lui aussi. Bon, on ne gagne pas sur tous les tableaux non plus.
Le contact du nylon sur toute ma peau me rendit toute chose. Sexy, oui. Et pour le coup provocante. Je me penchai et me dis qu'il ne pourrait pas rester insensible à la vue plongeante sur les seins, bien blottis l'un contre l'autre.
J'allais me rhabiller quand j'aperçus mon nouveau jouet vert fluo dans mon sac. Liam me l'avait précisément confié avec la télécommande, je voulais ma revanche sur ce morceau de plastique. Je fis mine de sortir pour m'admirer dans les glaces à l'extérieur de la cabine. Un couple à l'extérieur m'adressa un petit signe. La femme me regardait avec insistance puis vint vers moi en deux pas pour m'embrasser puis retourner se prélasser contre son compagnon, qui l'enlaçait langoureusement. Je croisai les bras, un peu interdite et finalement satisfaite. Oui, Ladyboss produisait de l'effet, sur tout le monde ! La vendeuse était partie plus loin, j'en profitai pour faire ma petite expérience. De retour dans la cabine, je ne pris pas la peine d'utiliser le gel. Je salivai sur le vibro abondamment puis me mis à quatre pattes pour me l'enfouir profondément. Cette fois je maîtrisais mieux le rythme. Je gardais au bout de mes doigts l'extrémité du jouet, multipliant les allers-retours.
C'était bon. Et il y avait un miroir juste en face de moi dans la cabine.
Me voir ainsi, dans cette position, accélérait mon excitation. La mouille coulait déjà sur le body. Je me léchais les lèvres devant mon reflet, les yeux mi-clos — et c'est là que les bruits commencèrent dans la cabine d'à côté. Deux personnes. Je ralentis instinctivement, tendis l'oreille, puis repris, calquant mon rythme sur ce que j'entendais.
Je remarquai que la paroi latérale de la cabine laissait un fin jour. Quelques centimètres, pas de quoi passer la tête, mais j'apercevais deux chaussures d'homme... et deux genoux féminins habillés en bas blancs. Le pantalon de son partenaire tombait au sol, les genoux s'agitaient.
Un grognement sourd, puis un bruit de succion. Mon propre plaisir grimpa d'un cran — je dus mordre mon avant-bras pour étouffer le son qui voulait sortir.
La succion s'intensifiait, les grognements aussi. J'entendis une petite salope — et j'imaginai qu'il s'adressait à moi, à quatre pattes comme une chienne. Mes hanches répondirent toutes seules.
— Han...
C'était sorti. De l'autre côté, la succion s'interrompit une seconde, comme un souffle retenu, puis reprit de plus belle. Je m'emparai de ce silence pour y glisser un gémissement de plus, à peine voilé.
Je commençai à couiner de moins en moins discrètement. Les jambes de l'homme bougèrent — il devait baiser la bouche de sa partenaire. Je haletai de plus en plus puis ne pus retenir l'orgasme.
Je pouffai et me redressai. Finalement, le lieu était presque fait pour ça. Je sortis rapidement et, amusée, tirai le bord du rideau épais de la cabine d'à côté.
Une femme était bien à genoux, vêtue uniquement de bas blancs, la crinière noire s'agitant sur le côté. L'homme tenait sa tête, l'appuyant contre sa queue. Il écarquilla les yeux en m'apercevant. Pas parce que mon string dégoulinait de mouille ou que mes tétons pointaient. Parce que c'était Liam. Et que la suceuse s'appelait Emma Watson.
Je ne bougeai pas. Il y avait un filet de sperme sur le grand sourire d'Emma et les larmes me montaient aux yeux, mais Ladyboss ne pleurait pas dans les boutiques. Ladyboss ne pleurait pas du tout — c'était la règle. Je laissai retomber le rideau. Je ramassai mon sac. Et je sortis sans un mot, les jambes parfaitement droites, le dos parfaitement droit, le cœur parfaitement en miettes.
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