Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ladyboss — Chapitre 3
Auteure
Ladyboss
Chapitre 3
Pour mon premier jour, je voulais y aller piano. Tailleur noir, collants opaques et mon chemisier blanc étincelant. Ma relation charnelle avec Emma était une chose, ma réputation de Ladyboss en était une autre. On me recrutait parce que j'assurais sur le terrain, et pas grâce à mon cul ni mes seins. En face de moi, la quinzaine d'ingénieurs m'examinaient d'ailleurs avec curiosité. Ils me bombardaient de questions somme toutes classiques : le boulot, les salaires, les vacances. Et la machine à café. Une belle troupe dynamique, peut-être un chouia trop sûre d'elle. Je sentis en passant une main légèrement trop proche de mon fessier et je dus faire mon regard de méchante. C'était la ligne rouge, celle qui devrait normalement s'imposer partout. Si je veux et quand je veux. Et en l'occurrence l'ingé qui se permettait de dire bonjour à mon fessier allait sans doute recevoir un avertissement, quand bien même il était superbement gaulé.
Emma m'avait confié un bureau grandiose, avec une vue magnifique sur New York. De quoi entamer la mission Liam en toute quiétude. Je sortais une pile de dossiers individuels que je mis sur ma table et commençais à étudier les profils sur un divan en vieux cuir installé dans un coin. Délicieusement confortable, je m'allongeais en lisant mes différents profils, plutôt monotones d'ailleurs. Oui ils étaient beaux, bardés de diplômes, etc. Mais bon, j'aimais quand même une touche pimentée parfois. Les CV faisaient état de goûts classiques : des gros sportifs, un peu de jeux vidéo par-ci par-là... Et puis Liam. Un simple diplôme en mécanique automobile. Je relus trois fois le CV pour vérifier qu'il n'y avait pas d'erreurs, mais non, rien à voir avec l'informatique. Vingt-six ans, habitait dans le Bronx. J'y étais née et la vie n'y était pas simple. Je me redressais tout en tenant son dossier.
Liam... Merde, sa tête me disait quelque chose maintenant. J'ai longtemps habité un appartement miteux avant de devenir Ladyboss. Et lorsque j'étais une étudiante fauchée, j'étais régulièrement en rade, la faute à une voiture un peu merdique. Il pleuvait abondamment ce soir-là quand ma vieille Honda pétaradait alors qu'il me restait dix minutes à faire. En plein dans le Bronx, non loin d'un point de deal. Et en ce mois d'août, il faisait bien chaud malgré les trombes d'eau. Mini short en jean, débardeur rose. Si je sortais comme ça, au mieux on m'aurait proposé du fric pour coucher.
Bêtement j'étais sortie en ouvrant mon capot fumant. D'ailleurs je me sentis conne : je connaissais le droit social new-yorkais mais alors la mécanique et moi nous faisions deux...
Une main lourde et chaude se posa sur mon épaule, mon cœur s'arrêta et je poussai un petit cri aigu.
Il avait une combinaison de mécano bardée de graisse, comme son visage un peu dur. Je lui donnais vingt-trois ans, peut-être plus à cause de son air un peu fatigué et bourru.
— Vous êtes devant mon garage, Mademoiselle.
J'étais trempée en rade. Le type devait être mécano et la seule chose qu'il trouve à dire à une nana en détresse c'était ça. Une voiture passa et nous arrosa au niveau des jambes. Il arborait un petit rictus alors que ma peau ruisselait. Je ne sais si c'était mon débardeur trempé sur mes seins ou alors mon allure pathétique mais le mécano soupira.
— Je suppose que je dois faire des heures sup... Mettez-vous au volant, je vais la pousser dans mon garage.
— Vous êtes adorable, lâchai-je.
— J'ai envie de rentrer chez moi.
Sans me prévenir il retira sa veste bleue en coton et me la tendit. Sa veste était tout sale, mouillée et sentait... lui. Une odeur forte, salée et épicée. Je m'installais au volant et vérifiais qu'il ne me regardait pas. Oui, je remis mon nez pour m'imprégner de cette odeur animale et savoureuse que je n'avais pas rencontrée récemment. Et j'avais l'odorat fin et délicat. C'était important pour moi. Un mec qui ne sentait pas bon, c'était rédhibitoire. Dans le rétroviseur, il s'était mis en position pour pousser ma voiture. Ses bras musclés étaient ouverts en large. La vue était grandiose, un véritable panorama sur l'Everest. Ses muscles bandés sous la pluie, le visage amusé. Il devenait rouge sous l'effort mais la voiture ne bougeait pas. Il tapa sur le capot.
— Le frein !
Oh merde ! Le pauvre chaton. Oui, avec le frein à main il avait du mal. Je le retirais en pouffant, alors qu'il secouait la tête. Le pauvre, il ne savait pas sur qui il était tombé.
Son garage était un joyeux bordel, qui sentait un mélange de fer et de graisse. Monsieur ne rangeait pas ses affaires. Je lui en fis le reproche alors qu'il farfouillait dans le moteur. Il se contenta d'adresser un doigt d'honneur pour toute réponse. Je ne lui répondais pas, la vue sur son cul tout musclé dans son pantalon bleu me satisfaisait. J'en profitais pour faire le tour de l'atelier. Du bric-à-brac de partout, des outils, des photos de bagnole évidemment... Je m'attendais à des posters de pin-up mais même pas. Tout juste un format polaroïd de lui avec... Une autre femme sans doute, dont il ne restait que l'avant-bras autour du cou. Le reste était déchiré.
— Célibataire ?
Je l'entendis seulement marmonner sous le capot.
— Je vais avoir besoin de vous, Mademoiselle.
— À part vous encourager, je ne vois pas ce que je peux faire.
Son visage grimaçait alors que son doigt maintenait une espèce de gros câble contre un autre bidule.
— Je ne peux pas lâcher ce truc. Vous seriez gentille, allez récupérer une clé à molette dans la réserve là-bas.
Je soupirai et il me fit de gros yeux.
— C'est bien parce que c'est vous, souriai-je.
J'allais au fond de l'atelier, où une porte était entrouverte sur un cagibi. Très étroit et sombre évidemment, tout ce que je détestais. Il y avait du bric-à-brac partout encore une fois et je n'avais pas osé lui dire mais une clé à molette c'était comme un ovni pour moi. J'essayais de regarder en hauteur à l'aide d'un marchepied sans succès.
— C'est le foutoir ici...
Il ronchonna si fort que je l'entendis du cagibi. Il arriva en traînant les pieds, les mains dans les poches.
— Vous n'êtes pas douée...
— Je ne comptais pas ouvrir de garage, soupirai-je. Je suis en RH.
— Ça sert à rien les RH. Regardez vous êtes en panne.
— Un jour vous m'appellerez peut-être. D'ailleurs je serai la meilleure dans mon domaine. La boss des boss des RH.
Il essayait d'avoir l'air ronchon mais un léger rictus le trahit. Une nana en mini short qui ne pigeait rien à la mécanique. Oui, la légende était vraie et je n'en avais rien à foutre. Il tendit son bras musclé au-dessus de mon épaule et en sortit un outil aussi brillant assorti à ses yeux, fixés sur moi. Grâce au marchepied, j'étais pile à sa hauteur, sentant pratiquement son souffle chaud contre mes lèvres.
C'était si spécial. Mais cela avait failli tourner au drame pourtant, quand j'y repensais. L'orage tonna de toute sa force, les murs tremblèrent un peu. Je levais la tête affolée quand la petite ampoule juste au-dessus grésilla puis mourut en silence. Moi, le noir et un espace confiné. Conséquence : je hurlai quelques secondes et perdis l'équilibre pour atterrir sur lui. Enfin bizarrement, j'étais à califourchon sur sa cuisse gauche.
— Tout va bien. Ça arrive ici, l'immeuble est pourri, l'électricité aussi. Mais ça va revenir.
Je haletais et serrais sa main.
— Ne me lâchez pas...
— Je suis là.
Il prit ma main, je respirai un peu et me détendis. Sa joue piquante et moite était plaquée contre la mienne et sentait divinement bon. Je lâchais prise et posais ma tête contre son épaule. J'en profitais vraiment, ce n'était pas de la recherche de plaisirs comme d'habitude, juste je me sentais bien. Et son souffle prit subitement une accélération. Toute légère mais je la ressentis. Alors je m'autorisais à faire une chose. Un coup de hanche aussi léger que son souffle. Quelques centimètres de pression de mon entrejambe sur sa cuisse. Il ne dit rien et j'essayais d'imaginer sa tête dans le noir. Que pensait-il ? Il me répondit sans le vouloir. Dans l'intérieur de ma cuisse gauche, je sentis remuer. Son corps réagissait aussi. Je repris un mouvement de pression de mon intimité contre lui et ne pus m'arrêter. J'étais mouillée et ce n'était pas la pluie. C'était délicieux, je me frottais contre un inconnu dont je n'avais pas peur. Il me plaisait et me rassurait. Et m'excitait de plus en plus d'ailleurs. De son côté, sa queue avait durci contre ma jambe, toujours enfermée dans son pantalon bien sûr. Mais elle était bien présente et d'une bonne taille sans doute. Car je sentais sa forme puissante se frotter. Lui aussi soufflait dans mon cou. J'accompagnais son mouvement, sa queue contre ma cuisse, mon intimité sur la sienne. C'était anarchique et si plaisant, à peine éclairés par une petite lumière sous la porte. Je n'apercevais que sa silhouette et ne pouvais compter que sur son souffle qui s'accélérait comme le mien. Ma chatte pulsait de plus en plus et je ne pus réprimer le premier cri. Étouffé, c'est vrai mais bien réel. Le plaisir m'envahissait, il me répondit par un grognement tout en secouant ses hanches plus fort encore. Je l'aidais à ressentir mon corps, ses mains se figèrent sur mes fesses et s'y agrippèrent. Je me rapprochais pour sucer son lobe d'oreille et la sensation douce du petit morceau de chair dans mes lèvres nous projeta tous les deux dans un orgasme doux et silencieux, calme et délicieux. Je tremblais sur sa cuisse en me frottant lentement tandis qu'il agrippait mes épaules en relâchant la pression de son membre.
Je souriais dans l'obscurité et caressais son visage. Je sentais sa tête qui approchait quand la lumière revint d'un coup.
— Je...
— Je dois finir... balbutia-t-il.
Il sortit de la pièce à reculons comme s'il avait vu un fantôme. Et moi je planais encore sous le déluge d'hormones du plaisir. J'avais déjà fait des plans à trois et essayé toutes sortes de choses. Et pourtant. Dans un cagibi pas très propre, sans éclairage et sans même m'être déshabillée, j'avais vécu le meilleur moment charnel de toute ma vie. Ma voiture redémarra dans le garage, j'y allais doucement. Il restait debout, me regardant confus.
— Merci. Pour tout, lui dis-je.
— Y'a pas de quoi. Je dois dire que je n'oublierai pas.
La pluie venait de s'arrêter, il tourna la tête vers la rue. Mais je voulus graver son visage dans ma tête. L'homme qui avait fusionné avec moi le temps d'un orage.
— Je ne connais même pas votre nom.
— Liam. Liam Foster. Et vous ?
Je m'approchais et lui déposais un baiser tendre sur ses lèvres charnues.
— Je serai la meilleure dans mon domaine. Appelez-moi Ladyboss.
Au volant, je lui fis un clin d'œil et repartis chez moi, dans le Bronx.
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