Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le masque de beauté — Chapitre unique
Auteur
Le masque de beauté
Chapitre unique
Eloise se réveilla en sursaut, le cœur battant déjà comme un tambour affolé. Ça faisait plusieurs jours qu’elle faisait des cauchemars à propos de son mariage. Dans chaque cauchemar, tout se passait mal en ce jour magnifique. Le soleil filtrait à travers les voilages de sa chambre à coucher, celle qu’elle partagerait bientôt avec Marc, son futur mari, dans moins de six jours. Six jours avant le mariage. Le compte à rebours tournait dans sa tête comme une horloge impitoyable.
Elle porta machinalement la main à son visage, et ses doigts rencontrèrent une texture rugueuse, irrégulière. Des boutons. Des dizaines de petits volcans rouges, purulents, qui avaient surgi pendant la nuit comme une invasion ennemie. Elle bondit hors du lit, courut vers le miroir de la salle de bain et alluma la lumière crue.
Le reflet la frappa comme une gifle. Son visage, d’ordinaire si lisse, si pâle et délicat, était couvert d’une constellation d’inflammations. Front, joues, menton, même le nez. Certains boutons étaient blancs, prêts à éclater, d’autres rouges et gonflés. Elle avait l’air d’une adolescente en pleine crise d’acné, pas d’une femme de vingt-huit ans sur le point de marcher vers l’autel dans une robe de mariée haute couture. Les larmes montèrent instantanément.
— Non, non, non… pas maintenant. Pas ça.
Sa voix tremblait dans le silence de l’appartement.
Elle attrapa son téléphone, les doigts glissants de panique, et ouvrit l’application de maquillage virtuel qu’elle utilisait pour tester les looks de mariage. Elle essaya couche sur couche : fond de teint haute couverture, correcteur, poudre fixante. Rien. Les boutons transperçaient tout, comme des fantômes obstinés. Le maquillage coulait déjà sur les zones humides, formant des plaques disgracieuses.
Elle sanglota, s’assit par terre, le dos contre la baignoire froide.
— Mon mariage… ma vie entière préparée pour ce jour. Les photos, les invités, Marc qui me regarde comme si j’étais la plus belle chose au monde… Et je vais ressembler à une pizza.
La honte la submergea, pas seulement pour son apparence, mais pour cette faiblesse soudaine. Elle qui avait toujours été parfaite : études brillantes, carrière dans la mode, corps entretenu grâce au yoga trois fois par semaine. Et maintenant, ça. Un visage ravagé qui la ramenait à l’adolescence qu’elle avait fuie.
Elle n’avait pas le choix. Elle appela sa dermatologue habituelle, la voix brisée, suppliant pour un rendez-vous d’urgence. Miracle : un créneau s’était libéré à dix heures. Elle annula sa séance de coiffure, prétexta une migraine à sa mère au téléphone, et se maquilla tant bien que mal avec ce qu’elle avait, un foulard autour du cou pour cacher ce qu’elle pouvait. Dans la salle d’attente, elle évitait les regards des autres patients, le nez baissé sur son téléphone, priant pour que personne ne la reconnaisse.
Le Dr Laurent, un homme d’une quarantaine d’années au visage impassible et aux mains gantées de latex, l’accueillit dans son cabinet immaculé. Il examina son visage sous une lampe grossissante, palpant doucement chaque bouton. Eloise retenait son souffle, les joues brûlantes d’humiliation.
— C’est une poussée aiguë de dermatite rosacée aggravée par le stress du mariage, expliqua-t-il d’une voix clinique.
— Malheureusement, mademoiselle, je ne peux rien faire. Les traitements habituels, antibiotiques topiques, rétinoïdes, mettent au moins deux semaines à agir. Et les corticoïdes injectables risqueraient d’empirer les cicatrices. Vous devez attendre que ça passe naturellement.
Eloise sentit le sol se dérober.
— Deux semaines ? Mais mon mariage est dans six jours ! Docteur, je vous en supplie… Il n’y a vraiment rien ? Même un traitement expérimental ? Une crème miracle, un laser d’urgence, n’importe quoi ! Je paierai ce qu’il faut.
Sa voix monta dans les aigus, suppliante, pathétique. Elle se haïssait déjà pour ça, pour s’abaisser ainsi devant un inconnu. Le médecin soupira, retira ses lunettes et se massa les tempes.
— Écoutez… Je ne devrais pas en parler. Ce n’est pas approuvé par l’ordre des médecins, et son efficacité n’a jamais été prouvée scientifiquement. C’est une méthode ancienne, folklorique, que certains praticiens murmurent entre eux. Un masque… à base de sperme frais.
Le mot tomba comme une bombe dans la pièce stérile. Eloise cligna des yeux, choquée, la bouche entrouverte.
— Pardon ? Du… sperme ?
Elle rit nerveusement, un rire sec qui se transforma en hoquet.
— Vous plaisantez ? C’est… c’est dégoûtant !
Mais au fond d’elle, une petite voix désespérée murmurait déjà :
— Et si ça marchait ?
Le Dr Laurent leva une main apaisante.
— Je sais que ça choque. Les protéines, les enzymes, les hormones masculines ont des propriétés anti-inflammatoires puissantes dans certaines cultures traditionnelles. Mais ce n’est pas un médicament. Et surtout… ça ne s’achète pas. Le sperme perd ses actifs en quelques minutes. Il doit être appliqué immédiatement après l’extraction.
Eloise sentit son estomac se nouer. La honte la transperçait déjà, chaude et gluante.
— Où… où est-ce que je peux en trouver ? Un… un donneur ? Une banque ?
Le médecin griffonna rapidement une adresse sur un bout de papier blanc, sans en-tête.
— Ne parlez de ça à personne. Jamais. Dites simplement que vous venez de ma part. C’est un endroit discret, privé. Ils… s’occupent de ça.
Il lui tendit le papier comme s’il lui passait une grenade dégoupillée.
— Réfléchissez bien, mademoiselle. Ce n’est pas sans risque psychologique. Mais si vous n’avez vraiment pas d’autre choix…
Elle sortit du cabinet en titubant, le papier froissé dans sa poche. Pendant deux jours entiers, elle tourna en rond dans son appartement. Marc l’appela plusieurs fois, elle prétexta une grippe, s’enferma, pleura devant le miroir en voyant les boutons s’aggraver encore sous le stress.
— Je suis folle ? Me couvrir le visage de sperme ? Pour un mariage ?
La honte la rongeait comme un acide. Elle imaginait la scène : elle, Eloise Valmont, future Mme Dupont, allongée comme une prostituée de bas étage, le visage offert à des hommes qu’elle ne connaissait pas.
— Marc ne me pardonnerait jamais s’il savait. Personne ne doit savoir. C’est mon secret, ma souillure. Mais si je n’ai plus de visage pour le jour J… à quoi bon me marier ?
Elle se répétait ces mots comme un mantra, se convainquant qu’elle n’avait pas le choix. Sa robe blanche pendait dans la penderie, innocente et accusatrice. Les invitations étaient envoyées. Les fleurs commandées. Elle devait être parfaite. Coûte que coûte.
Le troisième jour, à l’aube, elle craqua. Elle enfila un sweat large, un jean, des lunettes de soleil malgré le ciel gris, et prit un taxi jusqu’à l’adresse : un immeuble anonyme dans une ruelle du onzième arrondissement, porte noire sans nom. Elle frappa, le cœur battant à deux cents. Une femme d’une cinquantaine d’années, en blouse blanche impeccable, ouvrit.
— Vous venez de la part du Dr Laurent ?
Eloise hocha la tête, muette. La femme la fit entrer sans un mot de plus, la guida dans un couloir feutré jusqu’à une pièce aux murs capitonnés, éclairée d’une lumière douce. Une table de massage inclinée trônait au centre, recouverte d’un drap stérile.
— Déshabillez-vous complètement, sauf les sous-vêtements si vous préférez. Allongez-vous sur le dos, la tête en arrière, au bord de la table. Nous allons tout préparer. Pas de téléphone, pas de questions. Restez silencieuse.
Eloise obéit, les mains tremblantes. Elle enleva tout, se sentant nue non seulement physiquement mais dans son âme. Elle s’allongea, le cuir froid contre sa peau. La honte la submergea par vagues.
— Qu’est-ce que je fais ici ? Je suis une femme respectable, pas une… une salope. Mais les boutons… mon mariage…
La femme revint avec un bandeau pour les yeux.
— Pour votre confort. Et pour préserver l’anonymat des participants.
Eloise accepta, plongeant dans le noir. Elle entendit la porte s’ouvrir. Des pas. Six paires de pieds. Des respirations masculines, lourdes, excitées. L’odeur de savon et de peau propre flotta jusqu’à elle.
— Ils sont là, murmura l’assistante.
— Six volontaires sains, testés. Ils vont procéder. Ne bougez pas.
Eloise serra les poings. Elle les entendit se placer en cercle autour de sa tête, comme des prêtres autour d’un autel païen. Le bruit des ceintures, des fermetures éclair. Des mains qui s’activent. Des grognements étouffés. La honte la brûlait vive : elle imaginait leurs sexes dressés, pointés vers son visage comme des armes. Elle, la fiancée pure, offerte ainsi.
— Je ne suis plus rien. Juste un réceptacle à foutre. Pour mon mariage. Pour être belle.
Des larmes coulaient sous le bandeau.
Le premier homme gémit plus fort. Un jet chaud, épais, s’écrasa sur son front, gluant, odorant. Puis un deuxième sur sa joue gauche, visqueux, descendant vers l’œil. Un troisième sur le menton, éclaboussant ses lèvres closes. Les suivants vinrent en rafales : sur le nez, les paupières, les cheveux même. Six hommes, six orgasmes successifs, leurs semences se mélangeant sur son visage en un masque chaud, collant, qui coulait dans son cou, dans ses oreilles. L’odeur âcre, musquée, envahit tout. Elle sentait chaque goutte atterrir avec un petit bruit humide, chaque pulsation des sexes qui se vidaient. Certains visaient précisément, d’autres laissaient couler. Elle ne voyait rien, mais elle entendait leurs soupirs de soulagement, leurs « ahhh » satisfaits. La honte la transperçait jusqu’à l’os.
— Je suis couverte du sperme d’inconnus. Six queues qui m’ont souillée. Et je le voulais. Je l’ai demandé.
Quand le dernier eut fini, le silence revint, seulement troublé par leurs respirations apaisées. Ils se retirèrent sans un mot. L’assistante revint. Lui enleva le bandeau.
— Maintenant, massez bien. Avec vos deux mains. Étalez uniformément, comme un masque de soin. Ne laissez aucune zone intacte. Restez ainsi deux heures minimum. Le produit doit pénétrer. Après, vous pourrez vous laver. Pas avant.
Eloise, humiliée, porta les mains à son visage. Le sperme était encore tiède, épais comme de la crème. Elle le massa, les doigts glissant dans la mixture : front, joues, menton, lèvres même. Elle en avala un peu par accident, le goût salé lui arrachant un haut-le-cœur.
— Oh mon Dieu… je suis en train de me tartiner le visage avec du foutre. Comme une pute de film porno. Et je paie pour ça en plus.
La honte la faisait trembler, mais elle continua, méthodique, désespérée. Chaque mouvement étalait l’odeur plus profondément dans sa peau. Elle était seule avec son masque vivant.
Les deux heures furent un supplice. Allongée dans le noir, le visage poisseux, elle sentait la semence sécher lentement, tirant sur sa peau comme un film. L’odeur persistait, animale, envahissante. Elle pensait à Marc.
— S’il me voyait comme ça… s’il savait que sa future femme s’est fait éjaculer dessus par six inconnus…
Des larmes coulaient, se mélangeant au sperme.
La honte la rongeait, mais au fond, une petite voix murmurait :
— C’est pour lui. Pour nous. Pour être belle.
Elle revivait chaque jet, chaque sensation chaude, la façon dont ça avait coulé sur ses lèvres, dont elle avait dû les lécher discrètement pour ne pas étouffer. Son corps trahissait même une chaleur interdite entre ses cuisses, pas du désir, non, mais une excitation honteuse née de l’humiliation pure.
— Je suis dégoûtante. Je me déteste. Mais je n’avais pas le choix.
Enfin, l’assistante revint.
— Vous pouvez vous nettoyer. La douche est là-bas. Lavez tout, mais doucement. Rentrez chez vous. Ne parlez à personne.
Eloise se leva, les jambes flageolantes. Sous la douche, elle frotta frénétiquement, mais l’odeur persistait, incrustée dans ses pores. Même après le shampooing, même après le savon parfumé, elle la sentait encore : musquée, intime, accusatrice. Elle rentra chez elle en taxi, le foulard sur le nez, priant pour que Marc ne remarque rien. Ce soir-là, elle dormit mal, le visage encore sensible, l’esprit hanté par les images : les sexes tendus, les jets puissants, sa propre main massant le tout.
Le lendemain matin, elle se leva avant l’aube. Elle courut au miroir. Les boutons… avaient disparu. Pas un seul. Sa peau était lisse, rosée, parfaite. Comme neuve. Les inflammations s’étaient résorbées pendant la nuit, laissant place à un teint éclatant.
Elle toucha son visage, incrédule. Les larmes montèrent, cette fois de soulagement.
— Ça a marché… Oh mon Dieu, ça a marché.
Mais la honte ne s’effaça pas. Elle resta là, ancrée en elle, comme une cicatrice invisible. Elle avait sacrifié sa dignité pour ce visage. Elle avait laissé six inconnus la souiller, s’était abaissée à l’impensable. Et pourtant, en regardant son reflet parfait, elle sut qu’elle recommencerait si nécessaire. Parce qu’elle n’avait pas eu le choix. Parce que son mariage, sa vie, valaient plus que sa fierté.
Elle enfila sa robe une dernière fois. Le tissu blanc glissa sur sa peau désormais immaculée. Marc allait la trouver sublime. Personne ne saurait jamais. Mais elle, elle saurait. Et cette odeur fantôme, cette chaleur gluante dans ses souvenirs, la hanterait pour toujours. Un secret érotique et honteux, scellé à jamais dans sa chair. Elle sourit au miroir, belle, enfin. Et murmura pour elle seule :
— Ça en valait la peine. Même si j’ai dû me noyer dans leur sperme pour y arriver.
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