Fantasme
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 7 Séville — Chapitre 1 · L'appel de l'enveloppe cachetée
Auteur
Histoire 7 Séville
Chapitre 1 · L'appel de l'enveloppe cachetée
En ce mois de novembre maussade, où la grisaille automnale engonce la France dans une humidité morose, l'arrivée de ce courrier inattendu agit comme un sésame incandescent. Dans le silence feutré du cabinet Vasseur, Valérie fend l'enveloppe épaisse d'un geste machinal à l'aide de son coupe-papier en argent, interrompant net la conversation importante qu'elle tenait au téléphone avec un client haut placé de la haute finance parisienne. Ses yeux parcourent les lignes tracées d'une écriture élégante, fluide, presque théâtrale :
« Le soleil de Séville brûle sur ma peau, mais il est bien fade comparé au souvenir de cette nuit autrichienne et du feu que vous avez allumé en moi. Venez retrouver celle que vous avez libérée... »
« Le soleil de Séville brûle sur ma peau, mais il est bien fade comparé au souvenir de cette nuit autrichienne et du feu que vous avez allumé en moi. Venez retrouver celle que vous avez libérée... »
Un imperceptible frisson parcourt sa nuque, balayant en une fraction de seconde toute la rigueur professionnelle qu'elle s'évertue à afficher au quotidien. Son cœur rate un battement. Sans même chercher à formuler une excuse diplomatique bien construite, elle écourte son échange d'un ton sec, raccroche brusquement et reste un long moment figée, les yeux rivés sur les mots signés de cette main qu'elle reconnaît entre mille.
À quelques bureaux de là, de l'autre côté du plateau décloisonné, Nadia lève brusquement les yeux de ses dossiers en cours, une enveloppe rigoureusement identique entre les mains. Ses doigts fins crispés sur le papier de qualité supérieure trahissent une fébrilité inhabituelle chez cette femme d'habitude si ancrée dans le contrôle et la méthode. Leurs regards se croisent par-delà les cloisons vitrées. Ils s'attardent, lourds de sens, et comprennent au même instant qu'elles tiennent toutes les deux la même promesse venue d'ailleurs, le même appel voilé de mystère.
À des kilomètres de là, dans le calme studieux de son appartement encombré de manuels et de synthèses universitaires, Sophie est tirée de sa rêverie par la sonnerie incisive de son téléphone portable qui vibre violemment sur la table en bois. Le sursaut la fait sursauter au point de faire glisser une lourde pile de copies qui s'éparpille bruyamment sur le parquet dans un fracas de feuilles volantes. En décrochant à la hâte, elle découvre la voix de Roxane, déjà vibrante d'une curiosité rieuse, qui commente la lettre reçue à l'instant même dans sa boîte aux lettres, au beau milieu des factures et des prospectus de novembre.
— Tu as reçu ça, Sophie ? Dis-moi que je ne rêve pas ! lance Roxane, mi-amusée, mi-troublée.
À travers ces mots, le passé de Kitzbühel ressurface doucement, s'insinuant dans leur esprit comme un poison délicieux. Il s'enveloppe d'un voile de nostalgie et de frissons indicibles. Les souvenirs de ce séjour dans les Alpes autrichiennes reviennent les assaillir : le froid glacial de l'hiver alpin qui mordait les vitres du chalet de luxe, contrastant si violemment avec la fournaise qui s'était emparée d'elles à l'intérieur.
Valérie, laissant glisser son regard sur les mots provocants de l'invitation, sourit imperceptiblement. Elle se repaît du souvenir de l'ascendant qu'elle exerçait autrefois, de ce jeu subtil de regards, d'autorité et de soumission partagée qui avait su faire plier les certitudes les plus ancrées de leur groupe.
Nadia, profitant d'une accalmie pour rejoindre Valérie et partager ses impressions à chaud, se laisse submerger par la mémoire feutrée d'un feu de bois, des frôlements complices dans la pénombre et la délicieuse certitude d'avoir partagé un secret inavouable, scellé sous le regard et l'emprise magnétique de Carmen.
Sophie, écoutant Roxane au bout du fil, sent une douce chaleur lui monter aux joues, rougissant seule dans sa pièce face à la vitre embuée par le froid de novembre. En imaginant le voyage et ce qui les attend sous le soleil d'Espagne, elle se rappelle le trouble de sa propre nudité autrefois offerte, puis la bascule troublante d'une soumission muée en une infinie tendresse entre leurs mains.
Roxane, de son côté, mène la conversation avec une gourmandise espiègle. Insatiable et provocatrice, elle ne perd pas une seconde et initie un échange groupé par messagerie instantanée, créant une bulle privée rien que pour toutes les quatre :
— « Les filles, vous avez lu ce qu'elle écrit ? On ne va quand même pas refuser un tel appel du pied... Séville nous attend toutes les quatre », lance-t-elle dans un rire complice à travers l'écran.
— « Les filles, vous avez lu ce qu'elle écrit ? On ne va quand même pas refuser un tel appel du pied... Séville nous attend toutes les quatre », lance-t-elle dans un rire complice à travers l'écran.
Le groupe s'embrase en quelques secondes. Les réticences s'effondrent face à la grisaille ambiante.
— « C'est complètement fou... On est en plein milieu du mois, j'ai des dossiers impossibles à déléguer... mais je crois bien que mes valises sont déjà prêtes », répond Nadia en tapotant à la hâte sur son clavier, le pouls battant la chamade.
— « Pareil pour moi. Je pose un congé sans solde s'il le faut, je ne raterai ça pour rien au monde, ras-le-bol de ce temps de chien », soupire Sophie, le cœur battant à tout rompre, incapable de se concentrer sur ses copies éparpillées.
— « Pareil pour moi. Je pose un congé sans solde s'il le faut, je ne raterai ça pour rien au monde, ras-le-bol de ce temps de chien », soupire Sophie, le cœur battant à tout rompre, incapable de se concentrer sur ses copies éparpillées.
Entre les impératifs professionnels, les emplois du temps de la faculté, les responsabilités de novembre et les attaches de chacune, le doute ne dure qu'un instant superficiel. Portées par un même élan irrésistible et par l'aimant puissant de ces souvenirs communs, les décisions s'imposent d'elles-mêmes au fil des messages croisés qui s'accélèrent. En quelques clics, les billets sont pris, le voyage est organisé, les contraintes balayées d'un revers de main.
Bientôt, fuyant la morosité de l'automne français, c'est sous le ciel flamboyant de l'Andalousie que leurs destins s'apprêtent à se croiser à nouveau, prêtes à abandonner leurs vies bien rangées et à écrire le prochain chapitre de leurs retrouvailles sous l'égide de celle qui les appelle.
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