Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'application BNWO — Chapitre 5 · Réunion de crise
Auteur
L'application BNWO
Chapitre 5 · Réunion de crise
Je sors mon téléphone et ouvre un nouveau message au numéro que Cody m'a donné dans la cour. Mes pouces bougent rapidement, dans l'urgence.
« Viens nous rejoindre au parc. Entrée arrière, banc en béton sous le chêne. Lilith et moi sommes là. Il faut qu'on compare tout : les offres, les délais, ce que l'application a déjà fait. Ne prends pas ton téléphone si tu peux l'éviter. Viens, c'est tout. »
Enfin, sa réponse après une longue hésitation :
« J'arrive. 10 min. »
Lilith me regarde, maintenant assise sur le banc et son carnet de croquis fermé. Ses mains sont immobiles mais ses doigts se recroquevillent et se détendent par petites contractions rythmiques.
En attendant l'arrivée de notre ami, nous avons écrit un récapitulatif des offres acceptées ou non ainsi que leurs conséquences depuis le début. Nous avons également noté Breed, ma copine. Elle souligne deux fois le nom de Bree. Assez fort pour déchirer le papier.
« Quatre confirmés », dit-elle. « Peut-être plus. L'application a mentionné le fait d'être "sur une liste" quand elle a parlé de Cody. Ils sont peut-être cinq. Peut-être cinquante. »
Son téléphone vibre mais elle l'ignore. Tout son corps se raidit. Une inspiration brusque, sa colonne vertébrale se figeant, ses cuisses se serrant l'une contre l'autre. Le fameux pic d'excitation la frappe comme une vague qui déferle, et son visage se contracte sous l'effet de cette sensation : ses yeux se ferment avec force, ses lèvres s'entrouvrent. Sa main agrippe le bord du banc si fort.
Cela dure environ trente secondes. Quand c'est terminé, elle respire difficilement, les yeux fixés entre ses jambes.
« Vingt-six minutes... Les intervalles raccourcissent. »
Je ne lui demande pas si ça va. Question idiote étant donnée la situation. La réponse est évidemment non.
Cody apparaît, marchant rapidement, son t-shirt à manches longues flotte sur une silhouette qui est… plus étroite qu'il y a une heure. Pas énormément mais suffisamment pour que je le remarque. Ses épaules ne remplissent plus le tissu comme elles le devraient. Ses yeux sont rouges.
« Alors, vous avez dit qu'on devait tout comparer. »
Lilith brandit la feuille.
« Assieds-toi. On est en train de faire une liste. »
Il s'exécute avec précaution, son centre de gravité semblant avoir changé. Son téléphone vibre contre sa cuisse. Cody sursaute.
« Montre-nous ce qu'elle te propose », dit Lilith. « L'offre qui revient sans arrêt. »
La mâchoire de Cody se contracte. Il prend son téléphone, le déverrouille et nous montre.
GIRLIE GLAZE — Offre mise à jour
Ton ami Théo est plus doux que toi. Lilith dessine des hommes qu'elle ne peut s'empêcher de désirer. Ta petite amie Megan ne t'a pas envoyé de message depuis six heures. Le monde se réorganise et toi, tu luttes contre le courant.
Ton ami Théo est plus doux que toi. Lilith dessine des hommes qu'elle ne peut s'empêcher de désirer. Ta petite amie Megan ne t'a pas envoyé de message depuis six heures. Le monde se réorganise et toi, tu luttes contre le courant.
Accepte maintenant et reçois : une féminisation du visage (mâchoire adoucie, sourcils affinés, lèvres plus pulpeuses, pommettes plus hautes), une féminisation de la voix (augmentation de la hauteur de 15 %) et une réduction de la densité musculaire du haut du corps. Bonus : ta peau dégagera un subtil parfum floral.
Refuse et reçois la conséquence par défaut : toutes les transformations mentionnées ci-dessus se produiront sur une période de 72 heures, de manière incontrôlée, sans le soulagement psychologique que procure l'acceptation.
Cody verrouille l'écran. « Elle ne me demande plus mon avis », dit-il. « Elle me dit ce qui va se passer, quoi que je choisisse. »
« L'application a mentionné Megan », dis-je. « Précisément. Elle a dit qu'elle ne t'avait pas envoyé de message depuis six heures. Comment pourrait-elle le savoir si elle ne surveillait pas tes messages ? »
« Elle ne l'a pas fait depuis six heures du matin environ. Elle m'a envoyé un emoji pouce levé après que je lui ai dit bonjour et puis… plus rien. »
« Mais l'application connaissait le délai exact », dit Lilith. « Ça veut dire qu'elle lit tes messages. Tous. »
« Ou alors, elle l'a aussi », dis-je.
Le silence est pesant. Cody fixe son téléphone.
« J'y ai pensé », sa voix se brise. Une voix plus aiguë, plus fine. « Elle est bizarre depuis une semaine environ. Distraite. Elle regarde constamment son téléphone, mais ne me répond jamais. Et hier, elle est rentrée de son entraînement de cheerleading et sa peau était… je sais pas. Différente. Plus douce ? Elle a dit qu'elle avait changé de crème hydratante, mais… »
Il lève son propre avant-bras. La peau y capte la lumière de midi comme de l'ivoire poli. Imberbe. Lumineuse. Le genre de peau qu'on voit dans les publicités pour les parfums.
« Comme ça, ses bras ressemblaient à ça. »
Lilith écrit :
Megan Torres — utilisatrice potentielle. Changements cutanés observés. Changement de comportement. Cheerleader.
« On ne parle plus vraiment... avant, oui. Mais dernièrement, c'est juste… des conversations superficielles. Elle est ailleurs. »
« C'est ce que fait cette application », dit Lilith. Elle se prépare à subir un autre pic. Elle compte les minutes dans sa tête. « Elle isole. Elle t'éloigne des personnes qui seraient les premières à remarquer les changements. »
Le téléphone de Cody vibre, face contre sa cuisse. Il ne le regarde pas. Ses mains élégantes se referment en poings sur ses genoux.
« Si Megan l'a aussi, qu'est-ce qu'elle lui fait ? »
Personne ne répond. On connait déjà la réponse au fond.
« Il faut qu'on lui parle », dis-je. « Qu'on l'ajoute à la liste. Qu'on découvre ce qu'on lui a proposé. »
« Et lui dire quoi ? Hé, chérie, ton téléphone est possédé ? Parce que le mien est en train de me transformer en… » dit Cody. Il fait un geste vers lui-même.
« Ce n'est pas aléatoire », dit Lilith. « Elle nous a choisis par paires. Et elle détruit chaque couple de l'intérieur. »
Le téléphone de Cody vibre à nouveau. Cette fois, il le retourne et son visage perd d'avantge de couleur.
« C'est écrit… »
Il tourne l'écran vers nous. Une nouvelle notification :
Megan a accepté son premier cadeau à 11 h 47. SKIN SMOOTH. Sa peau est maintenant plus douce que la tienne, Cody. C'est drôle, non ?
Elle ne te l'a pas dit non plus.
Elle ne te l'a pas dit non plus.
Cody fixe les mots. Une larme coule sur sa joue.
« Il faut que quelqu'un parle à Megan », dis-je. « Lilith, Tu es une femme. Tu pourrais l'aborder sans que ça paraisse bizarre. Engager la conversation. »
« Aborder une cheerleader », dit-elle. « Moi. La fille avec les tatouages et l'eye-liner qui donne l'impression que je l'ai appliqué pendant un exorcisme. Et juste… quoi ? Devenir sa copine ? Lui poser des questions sur sa routine de soins de la peau ? »
« Tu es observatrice. Tu sais cerner les gens. Tu pourrais la faire parler sans l'effrayer. »
« Elle est à l'entraînement de cheerleading en ce moment. Sur le terrain derrière le centre de loisirs. D'habitude, elles s'entraînent jusqu'à deux heures. » nous révèle Cody.
Lilith voit son corps se raidit à nouveau. Le pic d'excitation la frappe comme un accident de voiture. Sa colonne vertébrale se cambre légèrement et un son lui échappe, quelque part entre un halètement et un gémissement étouffé. Ses cuisses se serrent l'une contre l'autre et ses mains agrippent le bord du banc, ses ongles raclant le béton. Cette fois, ça dure plus longtemps, comme quasi une minute.
« Une heure une », parvient-elle à articuler, les pupilles dilatées. « Pile à l'heure prévue.. Je vais le faire. Après l'entraînement. Je l'intercepterai à la sortie. Je lui dirai que je travaille sur une série de portraits d'étudiants athlètes ou une connerie du genre. Elle ne trouvera rien d'étrange à ce qu'une étudiante en art veuille la dessiner. Si elle l'a, elle aura ce regard. Celui de quelqu'un qui lutte pour ne pas consulter son téléphone toutes les trente secondes. Je le saurai. »
« Je m'occupe de Bree », dis-je. Ces mots ont le goût d'un mensonge que je me raconte à moi-même.
Lilith part pour sa mission sans plus attendre. Et je sors mon téléphone. Cody reste assis à côté de moi sur le banc.
J'ouvre ma conversation avec Bree. Je tape :
« On peut se voir ? Dans un endroit neutre. Les bancs près de la fontaine, dans la cour ? J'ai besoin de te parler de quelque chose d'important. »
J'envoie. Le message reste lu quelques secondes paraissant des heures avant de recevoir sa réponse :
« Je suis un peu occupée là. C'est à propos de quoi ? »
« C'est à propos de ton téléphone. L'application. Je sais que tu l'as, Bree. »
La réponse de Bree prend quatre longues minutes. Elle m'appelle. Mon téléphone vibre dans ma main. Son nom remplit l'écran. Je décroche.
Sa voix est tendue, sèche, dépouillée chaleur. « Comment tu sais pour ça ? »
« Parce que je l'ai aussi », dis-je. « Et Lilith aussi. Et Cody. Et apparemment Megan. On est en train de comparer nos notes. »
Après un silence pesant et une lente inspiration. « Tu as parlé à cette barista. Ce matin. Quand tu es allé dans le couloir du fond. Vous étiez en train de… comparer. De parler de moi. »
« Bree, je… »
« Non. » Sa voix se durcit. « Vous étiez en train de comparer vos notes sur moi. Comme si j'étais… un sujet d'étude. Comme si j'étais quelque chose qui t'était arrivé plutôt qu'une personne que tu es censé… »
« Bree, je… »
« Non. » Sa voix se durcit. « Vous étiez en train de comparer vos notes sur moi. Comme si j'étais… un sujet d'étude. Comme si j'étais quelque chose qui t'était arrivé plutôt qu'une personne que tu es censé… »
Sa voix se brise.
« Je ne t'en ai pas parlé parce que je ne savais pas comment », dit-elle. « C'est apparu il y a trois jours. Avant la tienne. Et je pensais que si je me contentais de… tout refuser… elle finirait par disparaître. Mais elle ne disparaît pas, Théo. Elle devient juste de plus en plus insistante. »
« Je sais. C'est pour ça qu'il faut qu'on parle. En personne. Tous ensemble. Qu'on comprenne ce qu'elle veut avant que… »
« Avant quoi ? » Une pointe d'amertume. « Avant qu'elle fasse ce qu'elle est déjà en train de faire ? Il faut que j'y aille. »
« Bree, s'il te plaît… »
« Les bancs près de la fontaine. Seize heures. Je serai là. Mais Théo… »
« Bree, s'il te plaît… »
« Les bancs près de la fontaine. Seize heures. Je serai là. Mais Théo… »
Elle s'arrête.
« N'amène personne d'autre. Juste toi. »
La communication est coupée. Mon téléphone vibre. Ce n'est pas un message de Bree. C'est l'application.
Seize heures sera intéressant. Est-ce que tu la reconnaîtras ?
Je laisse Cody sur le banc. Il n'essaie pas de me retenir. La traversée du campus me prend douze minutes.
Les bancs de la fontaine se trouvent au centre de la cour. Je m'assois. Je consulte mon téléphone. Aucun nouveau message de Bree. L'application trône dans mes notifications comme une tumeur.
Tu es en avance. Nerveux. C'est mignon. Elle ne sera pas là avant deux heures et demie, mais tu répètes déjà tes répliques comme un garçon sur le point de se faire larguer.
Voici une petite information gratuite : elle est actuellement à son séminaire de communication de 13 h 30. Troisième rangée. Elle s'est assise à côté de Jaylen, l'ami de Derek Okafor. Elle a choisi cette place. Elle n'y était pas obligée.
Tic-tac, Théo.
Tic-tac, Théo.
Je verrouille le téléphone. Je le pose face contre le banc de pierre à côté de moi. Je reste assis là pendant quarante minutes. J'observe les gens. Je réfléchis à ce que je vais dire à Bree. Je repense à sa voix au téléphone. Plus petite que dans mes souvenirs. Comme si quelque chose la dévorait de l'intérieur.
À 14 h 08, mon téléphone vibre. Un message de Lilith :
« Je l'ai trouvée. Megan Torres. On a parlé pendant cinq minutes. Elle l'a. Elle a consulté son téléphone onze fois. Sa peau est différente aussi. Comme celle de Cody. Elle ne sait pas encore ce qui lui arrive. Elle pense que c'est une application de beauté. Je lui ai dit que je travaillais sur une série de portraits et elle m'a donné son numéro. Je la dessinerai demain. Je vais continuer à jouer le jeu. »
Un deuxième message :
« J'ai aussi eu un pic pendant que je lui parlais. Elle n'a rien remarqué. Mais j'ai failli laisser tomber mon carnet de croquis. Ça empire. Le prochain dans peut-être 25 minutes. »
Je réponds :
« Bon travail. Fais attention à toi. »
À 14 h 15, une ombre tombe sur mon banc. Je lève les yeux, découvrant un homme que je ne reconnais pas. Grand, à la peau sombre, portant un sweat à capuche et un sac de sport. Il doit avoir vingt-deux ans, bâti comme un athlète.
« Hé », dit-il. Sa voix est grave et posée. « Tu es Théo, c'est ça ? Le gars du café ? Marcus m'a parlé de toi. Il m'a dit que tu étais passé à la salle de musculation tout à l'heure. Que tu avais des choses intéressantes à dire. »
Il pose son sac et s'assoit en face de moi sans demander la permission.
« Je m'appelle Darnell. Entraîneur adjoint de cheerleading. Je t'ai déjà vu dans le coin. »
Il me tend la main. Je la prends. Sa paume engloutit la mienne. Quelque chose pulse à travers ce contact. On parle de ma poésie. Il est gentil et sourit. Naturellement. Sans se presser.
« Alors, Marcus et toi, vous êtes proches ? » demandé-je en gardant un ton décontracté. « Il n'a pas l'air du genre à parler à ses amis d'un poète rencontré au hasard. »
Darnell éclate de rire.
« Marcus parle de tout le monde. Ce mec remarque absolument tout. Il n'en dit simplement pas grand-chose. Mais quand il en parle… Il classe les gens. Par catégories. La plupart finissent dans le dossier "figurants". Toi, tu as atterri ailleurs. »
« Où ça ? »
« Où ça ? »
« Dans le dossier "intéressant". Il m'a dit que tu étais venu le voir à la salle de musculation et que tu lui avais dit qu'il avait une sorte de "gravité". Que tu l'avais dit comme un compliment, pas comme une tentative de drague. Il a apprécié. Il a aussi dit que ta poignée de main était différente. Il a dit que tu l'avais gardée une fraction de seconde trop longtemps. Pas de façon bizarre — il a dit qu'il avait eu l'impression que tu essayais de comprendre quelque chose. Comme si tu testais quelque chose. »
Je sens mon visage s'échauffer.
« Il a dit autre chose ? À propos de… je sais pas. Est-ce qu'il a mentionné des trucs bizarres avec son téléphone dernièrement ? Des applications étranges ? Des notifications ? »
Les sourcils de Darnell se soulèvent.
« Son téléphone ? Nan, mec. On parle surtout de basket. De muscu. Parfois de bouffe. C'est pas vraiment un accro au téléphone. Pourquoi ? Il se passe quelque chose avec les téléphones ? »
Je suis allé trop loin. Je le sens.
« C'est juste que… il y a des spams bizarres qui circulent sur le campus. Des applications de phishing. Je me demandais si d'autres personnes avaient été touchées. »
« Hmm. » Darnell m'étudie pendant un instant. « Ouais, j'ai rien reçu de ce genre. Mais tu sais quoi ? Les filles de mon équipe de cheerleading se comportent bizarrement ces derniers temps. Elles regardent leurs téléphones comme si elles attendaient un SMS de Dieu. Surtout Megan Torres. Elle rayonne, genre littéralement. Et elle n'arrête pas de se rapprocher de moi pendant les étirements. »
Il dit cela sans gêne, comme une simple constatation.
« Megan fait partie de ton équipe de cheerleading ? »
« C'est l'une des filles de l'équipe. Elle sort avec un joueur de crosse. Un gentil gamin, d'après ce que j'ai vu. Bref. Tu attends quelqu'un ici ? Tu avais l'air de répéter quelque chose dans ta tête. »
« C'est l'une des filles de l'équipe. Elle sort avec un joueur de crosse. Un gentil gamin, d'après ce que j'ai vu. Bref. Tu attends quelqu'un ici ? Tu avais l'air de répéter quelque chose dans ta tête. »
Mon téléphone vibre sur le banc à côté de moi. Je ne le regarde pas.
« Ma petite amie. On doit se retrouver à seize heures. »
« Cool. »
« Cool. »
Darnell se lève, hissant son sac de sport sur une épaule.
« Bon, si un jour tu veux vraiment t'entraîner avec Marcus, passe au bâtiment des sports. Il est généralement là. Et sincèrement ? »
Il baisse les yeux vers moi.
« T'as l'air d'avoir besoin de passer un peu de temps avec des gens qui savent prendre leur place. Sans vouloir t'offenser. »
Aucune offense. Il a raison.
Darnell s'éloigne à travers la cour. De mon côté j'attends Breed désespérément, comme un petit chien attendant le retour de sa Maîtresse...
Elle arrive...
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