Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Élise et Hélène 1er épisode — Chapitre 1
Auteur
Élise et Hélène 1er épisode
Chapitre 1
Une nouvelle
Élise et Hélène
Élise a quarante-trois ans et restaure des livres anciens dans un atelier de la rue Mouffetard. Elle est grande, longiligne, avec un cou long et des épaules étroites qu'elle tient très droites, de l'habitude des heures penchées sur l'établi. Ses cheveux châtains, striés de quelques fils d'argent qu'elle n'a jamais voulu cacher, sont relevés d'une épingle en os. Ses yeux sont gris-vert, un peu en amande, et ses mains fines, aux ongles courts, sentent la colle de blé. Elle passe ses journées avec des reliures fatiguées et une patience que ses amis trouvent inquiétante. Dans la vie, on la croit douce. Elle l'est, à sa manière, mais il y a en elle une exigence tranquille qu'elle ne montre qu'à ceux qu'elle a choisis.
Hélène a trente-neuf ans et plaide. Elle est plus petite qu'Élise, plus ramassée, avec des épaules solides de nageuse, la peau mate et des yeux presque noirs sous des sourcils nets. Ses cheveux sombres, coupés en un carré sévère, lui dessinent la mâchoire, et sa bouche, large et pleine, est la seule chose en elle qui ne sache pas toujours se tenir. Elle ne porte jamais que des escarpins noirs, mats, à stiletto de sept centimètres : assez pour imposer, pas assez pour qu'on la croie en représentation. Avocate en droit des affaires, elle a la voix posée et le regard qui ne cède pas, et elle passe ses journées à trancher pour les autres sans jamais montrer de faille. Elles se sont rencontrées il y a deux ans, à la sortie d'un vernissage. Hélène cherchait un relieur pour un code civil de 1804 hérité de son père. Elle est repartie avec le numéro d'Élise, puis avec bien d'autres choses.
Ce qu'Hélène n'avait dit à personne, et qu'elle a avoué à Élise un soir, tout bas, c'est qu'elle ne se reposait vraiment que lorsqu'on décidait pour elle. Élise n'avait pas souri. Elle avait seulement dit : « Quand tu veux. Et seulement si tu veux. » Depuis, elles ont leurs soirs. Des règles claires, des mots qui arrêtent tout, et une confiance qui tient à un seul mot dit à voix basse : oui.
Ce soir est l'un de ces soirs, chez Élise : un troisième étage de vieil immeuble, dans le 5ᵉ arrondissement, à deux pas de l'atelier, où les livres débordent des étagères.
Le rituel
Élise ferme la porte de la salle de bain à dix-neuf heures quarante, et le temps change de nature.
Le bruit de l'appartement s'éloigne. Il ne reste que la lumière chaude au-dessus du miroir et la boîte Cervin sur le rebord de la baignoire. Les bas noirs, 10 deniers, d'une finesse de voile, sont là. Elle les enfile avec une lenteur presque cérémonieuse, vérifiant chaque couture. Le nylon file sur sa peau avec un léger crissement. Entre ses cuisses, déjà, une chaleur sourde s'éveille.
Dans la chambre, elle chausse les stilettos vernis à semelle rouge. Le monde se redresse. Elle gagne cinq centimètres. Elle défait l'épingle d'os, secoue ses cheveux, puis ouvre la porte.
Dans le couloir, la silhouette d'Hélène se détache sur la lumière du salon. Elle est arrivée en tailleur anthracite, chemise blanche ouverte. Son regard noir descend lentement le long des jambes d'Élise.
— Tu es en avance, murmure Élise.
— Non… c'est toi qui as pris ton temps. Et j'ai attendu.
— Non… c'est toi qui as pris ton temps. Et j'ai attendu.
Le bruit du nylon
Hélène s'assoit dans le fauteuil de cuir. Élise s'installe en face et croise les jambes lentement.
Le nylon murmure.
— Recommence, dit Hélène.
— Tu aimes ce bruit, n'est-ce pas ?
— Oui… putain, oui. Encore.
— Tu aimes ce bruit, n'est-ce pas ?
— Oui… putain, oui. Encore.
Élise décroise, laisse le nylon chuchoter plus lentement, change de jambe. Hélène retient son souffle une fraction de seconde — imperceptible, presque rien, mais Élise le voit. Elle le voit toujours.
— Comme ça ? Tu veux que je te montre encore ?
— Oui. Plus lentement. Je veux t'entendre croiser ces jambes jusqu'à ce que je n'en puisse plus.
— Dis-moi ce que tu ressens.
— Que j'ai chaud. Que je suis déjà mouillée. Que je veux me mettre à genoux.
— Oui. Plus lentement. Je veux t'entendre croiser ces jambes jusqu'à ce que je n'en puisse plus.
— Dis-moi ce que tu ressens.
— Que j'ai chaud. Que je suis déjà mouillée. Que je veux me mettre à genoux.
Le cérémonial
— Viens ici, ordonne Élise.
Hélène se lève, ôte ses escarpins et s'agenouille sur le tapis. Elle lève les yeux, lèvres déjà humides.
Hélène se lève, ôte ses escarpins et s'agenouille sur le tapis. Elle lève les yeux, lèvres déjà humides.
— Tu es sûre ?
— Oui. Je veux te servir.
— Oui. Je veux te servir.
Élise tend la jambe. La fine pointe laquée s'arrête à quelques centimètres du visage d'Hélène. Elle ne la retire pas tout de suite.
— D'abord ça, dit-elle d'une voix basse. Ouvre la bouche.
Hélène obéit. Élise approche le stiletto laqué de ses lèvres.
— Suce-le.
Hélène referme sa bouche autour de la pointe vernie. Sa langue glisse sur le cuir froid et lisse. Elle suce doucement, les yeux levés vers Élise.
— Plus fort… prends-le plus profond, murmure Élise. Tu aimes sucer mes stilettos ?
— Oui… souffle Hélène autour du vernis, la voix étouffée. Ils sont froids… durs… j'aime.
— Regarde-moi pendant que tu le fais. Lèche la semelle rouge aussi.
— Oui… souffle Hélène autour du vernis, la voix étouffée. Ils sont froids… durs… j'aime.
— Regarde-moi pendant que tu le fais. Lèche la semelle rouge aussi.
Hélène sort le talon de sa bouche, lèche lentement la semelle vernie, puis le reprend entre ses lèvres, plus avidement. Un petit bruit humide résonne dans le silence.
— Comme ça… bonne fille, dit Élise. Tu es si jolie avec mes stilettos dans la bouche.
Elle laisse Hélène sucer le stiletto encore un long moment, regardant ses lèvres s'étirer autour du vernis, avant de retirer doucement le pied.
— Maintenant l'autre.
Elle tend le second pied. Hélène l'accueille immédiatement, suce, lèche, gémit légèrement.
— Tu veux que je te laisse les sucer encore longtemps ? demande Élise.
— Oui… s'il te plaît.
— Pas ce soir. Ce soir, je veux ta bouche sur mon pied nu.
— Oui… s'il te plaît.
— Pas ce soir. Ce soir, je veux ta bouche sur mon pied nu.
Elle retire enfin le second stiletto et le laisse tomber sur le tapis. Le pied apparaît, long, étroit, gainé de nylon noir transparent.
— Embrasse-le. Lèche la couture. Et regarde-moi.
Hélène obéit. Sa langue suit la couture noire, du talon jusqu'à la cheville, puis remonte.
— Plus bas… les orteils. Un par un. Suce-les à travers le nylon.
Hélène s'exécute, les yeux toujours levés. Élise passe une main dans ses cheveux.
— Tu sens comme je suis mouillée, rien qu'à te regarder tout à l'heure ?
— Oui… je le sens.
— Alors continue. Et dis-moi que tu es à moi.
— Je suis à toi… toute à toi.
— Oui… je le sens.
— Alors continue. Et dis-moi que tu es à moi.
— Je suis à toi… toute à toi.
L'abandon
Élise laisse faire longtemps, puis change de jambe. Le second pied, encore tiède du nylon, se pose contre l'épaule d'Hélène. Elle se penche, prend le menton d'Hélène entre deux doigts et l'embrasse profondément.
— Tu goûtes encore le vernis sur ta langue ? murmure-t-elle contre sa bouche.
— Oui…
— Embrasse-moi encore. Puis descends. Je veux ta bouche plus bas, sur moi.
— Oui…
— Embrasse-moi encore. Puis descends. Je veux ta bouche plus bas, sur moi.
Élise tire Hélène sur le canapé, ouvre sa chemise et découvre ses seins mats, les tétons déjà durs. Elle les pince légèrement, puis les prend en bouche. Hélène gémit pendant que ses mains glissent sous le nylon, trouvent la chaleur nue, déjà trempée.
— Tu es trempée… tellement, souffle-t-elle.
— Alors goûte. Maintenant. Et ne t'arrête pas tant que je ne te le dirai pas.
— Alors goûte. Maintenant. Et ne t'arrête pas tant que je ne te le dirai pas.
Hélène s'agenouille entre ses cuisses. Elle sent le poids des cuisses d'Élise contre ses épaules, la chaleur du tapis sous ses genoux. Elle embrasse l'intérieur des cuisses, lèche le long de la couture jusqu'au bord de la dentelle, puis relève les yeux. Élise pose une main dans ses cheveux et la guide plus haut.
Hélène obéit. Sa langue trouve le petit bouton gonflé, le lèche d'abord lentement, puis plus ferme, en cercles. Elle le prend entre ses lèvres, le suce doucement, le tire un instant avant d'y revenir. Élise se cambre, un long soupir lui échappe.
— Oui… juste là… plus fort maintenant.
Hélène glisse un doigt en elle, puis un second, sans quitter cette chaleur de la bouche. Les hanches d'Élise se soulèvent contre elle. Les ordres deviennent plus brefs, plus pressés :
— Plus profond… et continue… ne t'arrête pas.
Le silence de l'appartement n'est plus rompu que par les bruits humides de la bouche d'Hélène et les gémissements d'Élise, de plus en plus incontrôlés. Elle crie une fois — courte, dure, inattendue — puis ses mains lâchent les cheveux d'Hélène et retombent.
Le reste appartient à la nuit. Au vieux parquet de chêne qui craque sous leurs corps, aux livres qui veillent dans le couloir, à la lampe qui finit par s'éteindre, et à ces deux femmes qui, pour une fois, ne se hâtent vers rien.
Après
Il est minuit passé. Élise revient avec deux tasses de thé et le plaid. Hélène est assise sur le tapis, chemise froissée, cheveux en désordre.
— Ça va ?
— Mieux que ça. (Hélène sourit, lasse.) Je n'ai pensé qu'à toi. À ta voix. À tes stilettos dans ma bouche. À tes jambes.
— Mieux que ça. (Hélène sourit, lasse.) Je n'ai pensé qu'à toi. À ta voix. À tes stilettos dans ma bouche. À tes jambes.
Élise fait glisser le premier bas le long de sa jambe et le range dans le papier de soie.
— On les remettra, dit Hélène, la voix encore rauque. Les bas… et les stilettos.
— Samedi ?
— Samedi. Et si tu veux… plus tôt. J'ai encore envie du vernis sur ma langue.
— Samedi ?
— Samedi. Et si tu veux… plus tôt. J'ai encore envie du vernis sur ma langue.
Dans le silence, la rue Mouffetard s'éveille. Hélène pose la tête sur l'épaule d'Élise. Deux paires de stilettos n'ont plus rien à prouver, et sur le rebord de la baignoire, la boîte Cervin brille encore.
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