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Je hais la Saint-Valentin

Chapitre unique

Erotique

Gabriel, d’aussi loin qu’il pouvait s’en souvenir, avait toujours détesté la Saint-Valentin. Une détestation absolue, viscérale,ancrée au plus profond de son être.

Il n’aurait pu dire ce qui provoquait en lui un tel sentiment de rejet : l’éloge à peine déguisé du consumérisme effréné, l’obligation sociale de prouver son amour à une date donnée, ou le sexisme latent de ces parades amoureuses d’un autre temps. Dans son esprit les choses étaient cependant claires sur un point : sous prétexte de cette « fête des amoureux », les hommes se sentaient forcés d’offrir des cadeaux aux femmes dans l’unique espoir de pouvoir les mettre dans leur lit. Le règne de la vénalité dans toute sa splendeur !

La date fatidique approchant à grands pas, il supportait encore moins que le reste du temps la vue écœurante des jeunes couples qui s’embrassaient sans pudeur ou se tenaient simplement par la main en public. Le moindre échange de mots doux à portée de ses oreilles ou l’emploi d’un surnom ridiculement affectueux lui hérissait le poil (quelle personne adulte, se disait-il, apprécie réellement de se faire appeler « chaton » ou « poussin », et a fortiori en présence de parfaits inconnus ?).


Malgré son ressenti à l’encontre de ce jour particulier, le fringant quinquagénaire ne négligeait pas pour autant sa vie sentimentale le reste de l’année. Portant beau et aimant parfois jouer les charmeurs, il pouvait compter sur l’une ou l’autre de ses amies de longue date pour trouver une couche accueillante et une croupe avenante lorsqu’une envie mutuelle de se faire du bien les prenait. Il évitait cependant tout contact affectif lorsque le jour redouté arrivait, de crainte de se voir imposer par son amante un de ces rituels absurdes qu’il abhorrait.


En ce matin de 14 février, même en marchant à une allure rapide et en tentant de garder les yeux obstinément fixés sur le bitume craquelé du trottoir, Gabriel ne put échapper à l’atmosphère méphitique qui régnait autour de lui. Affiches promotionnelles de grandes surfaces, fleuriste lançant un tonitruant « joyeuse Saint-Valentin » à un client, chanson d’amour sirupeuse s’échappant par une fenêtre ouverte : le monde entier se liguait contre lui pour marteler un bonheur factice auquel il souhaitait plus que tout échapper.


Pressé d’en finir, il s’engouffra en toute hâte dans le hall d’entrée d’un immeuble de bureaux et, sans perdre le temps de saluer la jeune hôtesse d’accueil bien trop occupée à réceptionner un volumineux bouquet de roses écarlates, il se réfugia dans l’ascenseur agréablement vide.

Au septième étage, tout semblait parfaitement calme, les locaux baignant dans l’atmosphère de recueillement laborieux qui seule sied à un respectable cabinet d’experts comptables. D’une démarche désormais plus assurée, Gabriel gagna son bureau, certain d’y être à l’abri.

Il se laissa tomber dans son fauteuil avec un soupir résigné à l’idée des tâches qui l’attendaient au cours de la matinée. Il était sur le point d’allumer son ordinateur quand il la vit : une petite boîte rectangulaire en carton blanc, sans marque particulière et ceinte d’un élégant ruban bleu nuit était posée, comme si de rien n’était, sur un coin de la surface de travail habituellement rangée avec un soin maniaque.

Saisi par un mauvais pressentiment, il s’empara du petit paquet et défit fébrilement le nœud qui le maintenait fermé. Il hésita quelques secondes puis osa enfin soulever le couvercle. A l’intérieur se tenaient en rangs serrés de petits chocolats en forme de cœur...

Le pire cauchemar de Gabriel était en train de se réaliser : quelqu’un essayait de lui forcer la main, de l’inviter à rejoindre le chœur bêlant adepte des valentinades !


Rejetant soudain l’emballage comme s’il avait été mordu par quelque bête venimeuse, son sang ne fit qu’un tour. Qui pouvait bien lui avoir joué ce mauvais coup ? Qui parmi ses collègues (tous pourtant savaient parfaitement que c’était un sujet à éviter. Oui, ils le savaient tous !) se montrait assez lâche et retord pour déposer ici un paquet anonyme, véritable déclaration de guerre ?

Le visage rougi par la colère, il sortit en trombe dans le couloir,prêt à tout pour démasquer le coupable. La porte du bureau voisin était ouverte et il bondit dans la pièce en rugissant.


Surprise par cette irruption, sa collègue Louise (une petite brune aux formes voluptueuses et au caractère effacé) poussa un véritable cri de terreur et, dans un mouvement de recul, manqua de tomber de son siège.


Un peu gêné de s’être emporté de la sorte, Gabriel tenta par quelques mots maladroits d’expliquer la situation. Son revirement s’expliquait surtout à cause du spectacle offert par l’opulente poitrine de Louise qui, engoncée dans un pull informe, palpitait au rythme de l’émotion forte qu’elle venait de vivre.

Il savait sa collègue complexée par ses courbes et, comme toujours, constata avec regret qu’elle n’osait pas assumer son corps si désirable pourtant. Ah, si seulement elle avait conscience de l’effet qu’elle produisait sur lui ! Il rêvait depuis longtemps de poser délicatement ses mains sur le corps nu et doux de la jeune femme, d’embrasser respectueusement ses pieds de déesse callipyge, d’explorer de la langue les délices inconnus qui s’offrirait alors à lui : cuisses, fesses, seins, avant de plonger la tête la première vers ce sexe rendu moite de désir.

Ce fantasme lui inspirait bien d’autres images qui auraient fait rougir la timide Louise si elle avait eu la faculté de lire ses pensées : après avoir longuement dégusté sa tendre intimité et bu les flots qui s’en déverseraient, Gabriel s’imaginait couvrir de baisers rapides le ventre et les seins de Louise, ses mains prenant bientôt la place de sa bouche pour soupeser les orbes lourds et marmoréens avant de jouer avec les tétons durcis par l’excitation. Les soupirs s’échappant alors de la bouche de labelle seraient musique à ses oreilles.

Son sexe remplacerait ensuite ses mains ; délicieusement emprisonné entre les seins de sa complice, il se verrait prodiguer une caresse des plus sensuelles, coulissant de plus en plus rapidement, faisant monter son plaisir jusqu’à la limite supportable. Sa douce tourmenteuse le relâcherait juste avant le moment fatidique, le laissant alors à la fois surexcité et frustré. Mais l’attente ne serait pas longue avant qu’elle se place dos à lui et le guide vers son antre brûlant. La tenant fermement par ses hanches replètes, il la besognerait lentement au cours d’une levrette magistrale, les seins de sa compagne ballottant sous elle au rythme de ses va et vient, jusqu’à ce qu’ils atteignent ensemble un orgasme fulgurant...


— Gabriel ? Gabriel ! Mais est-ce que tu vas m’expliquer ce qui t’arrive, à la fin ?


Le retour à la réalité fut brutal. Il secoua la tête pour chasser les dernières bribes de cette rêverie érotique, espérant que la bosse qui déformait son pantalon n’était pas trop visible. Ce fantasme n’était pas destiné à se réaliser car il savait bien que Louise avait un fiancé falot qui, certainement, avait prévu de l’emmener dîner ce soir dans un restaurant tape-à-l’œil avant de la ramener dans leur lit pour la lutiner vite fait mal fait, puis s’écrouler de sommeil…


Il exposa rapidement l’énigme à laquelle il était confronté et, finalement rassurée, Louise l’aida à éliminer les suspects potentiels : une fois écartés ceux absents pour cause de télétravail, de congé ou pas encore arrivés à cause de la grève des transports, et admis que le responsable de cette mauvaise blague ne pouvait qu’être un de leurs collègues masculins, il ne restait plus qu’une possibilité.


Pénétrant sans prévenir dans le bureau d’Hervé, il lui jeta un regard accusateur. Celui-ci tenait à la main une boîte de chocolats identique à celle qui avait tout déclenché et il n’en fallut pas plus pour faire ressurgir la colère qui couvait. Gabriel balaya d’un revers de la main tout ce qui se trouvait sur le bureau, projetant en l’air dossiers et fournitures, arracha d’un geste rageur le clavier de l’ordinateur avant de l’utiliser pour fracasser l’écran en hurlant. Puis il s’avança vers son collègue désemparé…


♥♥♥


On avait vanté à Sonia le calme et le sérieux de l’équipe qu’elle venait d’intégrer, aussi eut-elle du mal à comprendre ce qu’il s’était passé entre le moment où, de bon matin, elle était passée récupérer quelques dossiers nécessaires à ses rendez-vous et son retour quelques heures plus tard.


— Hervé a eu de la chance de s’en tirer avec simplement un œil au beurre noir ! On m’a dit que vous aviez vu Gabriel juste avant tout ce chaos, Louise. Est-ce qu’il a dit quelque chose qui expliquerait son comportement ?

— Il a juste parlé d’une boîte de chocolats trouvée sur son bureau. C’est ce qui l’aurait mis dans cet état.

— Des chocolats ? Mais... Pas mes « giri choco », quand même ? C’est une coutume que j’ai découverte quand je travaillais à Tokyo. L’usage veut que les femmes, le jour de la Saint-Valentin, en offrent à leurs collègues masculins. Il n’y avait aucun sous-entendu romantique, bien au contraire : ce n’était rien d’autre qu’un petit geste anodin en forme de marque de politesse…

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