Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lioubov à l'Abbaye de Ker Ozen — Chapitre 5
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Lioubov à l'Abbaye de Ker Ozen
Chapitre 5
Malgré leurs pratiques ascétiques, les bonzes avaient décidé d'oublier – au moins à l'occasion de leur séjour à Ker Ozen – leurs treize Dhutanga, aussi dévorèrent-ils le grand plat de poissons frits que leur avait préparé le Père Lan, selon la recette principale du Père Septheure. Venait ensuite de grandes assiettes de gibier que le Père Drot avait mitonné avec soin et, pour saucer ces mets, les miches des petits bâtards du Père Igor étaient bien appréciées de ces bouddhistes. À l'issue de ce repas pantagruélique et bien arrosé, les bonzes demandèrent à prendre un peu de repos avant d'examiner d'un peu plus près ce mystérieux Père Igor.
Dans le courant, de l'après midi, après une bonne sieste, le Père Plex réunit au Chapitre moines et bonzes. Le Père Igor était le centre d'intérêt de cette bruyante assemblée où chacun émettait son hypothèse sur son éventuelle transformation en loup. Il y avait des incrédules comme le Père Suadhé, ou des moqueurs comme le Père Siffleur ; d'autres y voyaient la preuve d'une manifestation satanique comme le Père Ducorébien.
Le bonze Hail décida d'une étude plus précise de l'anatomie du Père Igor. Celui-ci dut s'allonger sur une sorte d'autel au beau milieu de la cour et exposer ainsi sa totale nudité, en plein soleil, aux regards inquisiteurs des bouddhistes. Ceux-ci s'attardèrent longuement sur les griffes qui commençaient à remplacer peu à peu les ongles de ses doigts et de ses orteils. Les poils qui avaient poussé de manière anormale sur son poitrail et sur son dos les intriguaient également, mais ce qui les étonnait le plus, c'était ce sexe qui restait imperturbablement dressé, malgré les litres de thé au bromure que le Père Igor avait dû ingurgiter depuis l'arrivée des bonzes. Ils avaient beau essayer de le plier, de le tordre, de le secouer dans tous les sens, ce phallus restait perpétuellement dressé. Rien n'y faisait, et malgré les mauvais traitements que l'on infligeait à son membre, le Père Igor semblait détaché de tout, ne ressentait rien et restait impassible.
Le bonze Har Yen était particulièrement agacé de voir que ses confrères ne parvenaient pas à obtenir plus de résultats. Furieux, il se rendit dans les cuisines et revint armé d'un très grand couteau, une sorte de sabre. Les moines furent horrifiés en comprenant soudain ce qu'il allait faire. Lorsqu'ils le virent prendre son élan pour porter un coup de taille à la base de cet insolent pénis qui semblait narguer l'assistance, beaucoup fermèrent les yeux ou tournèrent la tête pour éviter de voir cette boucherie.
Il y eu un bruit horrible, comme une sorte de bruit métallique frappant une roche bien dure. Tous étaient médusés : après ce terrible choc, aucune goutte de sang n'avait jailli, et le phallus restait fièrement érigé droit comme un I tandis que, penaud, le bonze Har Yen regardait, stupéfait, la lame de son couteau ébréchée. Le Père Igor avait un sexe de pierre !
Le bonze Hail remit vertement à sa place le bonze Har Yen après cet incident. Il discuta quelque temps avec les autres bonzes et fit part de ses conclusions au Père Plex et à l'assemblée présente.
Selon lui – et les signes qu'ils avaient relevés ne trompaient pas – le Père Igor pouvait tout à fait se transformer en loup ou en tout autre animal. Ils avaient ainsi décelé au cours de leurs diverses manipulations la présence à la base du pénis d'un baculum, cet os pénien que l'on trouve chez certains mammifères, notamment les ours, les loups, les chiens, les chats, mais pas chez l'homme. Donc le Père Igor avait bien en lui quelque chose d'animal et possédait en outre des pouvoirs de transformation. N'avait-il pas réussi à transformer son sexe en pierre pour prévenir les dégâts provoqués par une lame ? Cette démonstration magistrale avait laissé sans voix le Père Plex qui n'avait aucun élément pour la contredire.
Aucun des moines de Ker Ozen n'avait d'ailleurs connaissance de cette particularité anatomique, et le Père Iljône, comme ses coreligionnaires, restaient sceptiques mais commençaient à craindre les sortilèges et maléfices que le Père Igor pouvait occasionner. Comme la pleine lune approchait et que cette année elle allait coïncider avec le solstice d'été, tous furent d'accord pour que le Père Igor soit enfermé dans les tréfonds de l'abbaye jusqu'à ce que la lune soit décroissante.
Aussi ils descendirent le Père Igor jusqu'à la crypte, et trouvant là une solide cage de fer moyenâgeuse, le Père Ygueux installa le moine – dont le sexe érigé passait à travers les barreaux – dans l'étroit ergastule en le cadenassant solidement. Tous remontèrent ensuite en une lente procession vers le cloître. Le Père Pignant en avait les larmes aux yeux : c'était lui qui était chargé de fermer à double tour, derrière lui, les nombreuses portes qui se trouvaient sur son passage.
Au même moment, les sœurs du couvent de Mouillépartansec déboulaient nues dans le cloître pour leur désormais traditionnelle partie du samedi soir. Apercevant la croix vide et ne voyant personne dans les couloirs, d'avance frustrées, elles riaient jaune, les nonnes, et gémissaient de dépit. Heureusement, le cortège de retour de la crypte arriva juste à temps pour atténuer leur déception, et la présence de quelques robes safran leur redonna quelques couleurs. Tous éprouvaient un grand besoin de se changer les idées après les révélations des bonzes, si bien que les plaisirs de la chair reprirent très vite le dessus.
Les bonzes avaient beaucoup de succès. Étaient-ce leurs robes de couleur orange-jaune qui attiraient les nonnes comme le miel attire les guêpes ? Alors les bonzes durent s'employer pour se montrer à la hauteur. Le bonze Hé Lev mettait en pratique ses connaissances tantriques en testant avec chaque sœur une des positions du Kamasoutra ; un peu plus loin, le bonze Har Yen faisait découvrir à la Mère Itagricol les charmes de la brouette japonaise en lui promettant bonzes et merveilles.
Le bonze Hé Loy Ho Cer Vis avait réuni autour de lui une bonne douzaine de moines et de sœurs, et leur apprenait à s'accoupler en position de la fleur de lotus, où les corps sont en étroite communion. Dans cet exercice, la Mère Luchon et Le Père Lan étaient en parfaite osmose.
Le bonze Hail, assis tel le Bouddha pensant, se livrait un peu à l'écart à des exercices de lévitation, et plusieurs mères et pères, très intéressés par cet homme qui arrivait à s'élever légèrement au-dessus du sol uniquement par la force mentale, formèrent autour de lui un demi-cercle. Voyant l'intérêt que certains lui portaient, le bonze Hail leur expliqua longuement et doctement comment on pouvait tout simplement parvenir à ce résultat. Beaucoup essayèrent, et quelques-uns parvinrent même à décoller légèrement du sol ; mais par manque de concentration, très souvent ils retombaient lourdement sur le sol. Le bonze Ho Fisse leur vint en aide en ramenant de la sacristie une brassée de gros cierges qu'il mit, au fur et à mesure qu'ils s'élevaient, sous les participants à cette séance de lévitation, si bien qu'ils ne retombaient plus sur le sol mais s'empalaient sur les cierges, ce qui semblait les combler d'aise. Beaucoup, d'ailleurs, éprouvaient du plaisir à décoller, tomber, redécoller, et retomber ainsi sur les cierges, ressentant ces lents va-et-vient au plus profond de leur intimité.
Il est fort possible que l'origine de l'expression « s'envoyer en l'air » provienne de cette lévitation particulière.
Au petit matin, les bonzes regagnèrent leur temple, et les religieuses, aux yeux cernés mais encore dans une demi-extase après cette nuit de débauche, reprirent le chemin de Mouillépartansec.
La vie reprenait un cours normal à Ker Ozen ; chaque moine vaquait à ses occupations, essayant d'oublier le Père Igor enfermé au fin fond de la crypte.
L'esprit dégagé après la généreuse pipe que la Mère Sipourcemoman lui avait prodiguée avant de s'en aller, le Père Plex s'installa finalement dans son bureau et se mit à rédiger une lettre contenant ses conclusions, destinée au juge qui lui avait envoyé le Père Igor. Comme il était également persuadé qu'il y avait dans cette affaire certains signes évidents de manifestations sataniques, il lui parut nécessaire d'expédier la même missive à l’évêché à l'attention de Monseigneur Deport.
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Commentaires ()
Mais n'oublie pas que, lui aussi, George a ri ; sonne le toque-sein !
Il fallait bien trouver à la placer, mais je doute fort qu'un lecteur s'amuse à éplucher les différents chapitres de ce texte pour y retrouver tous jeux de mots.
Ce texte est un peu décousu, je ne sais pas si mes personnages ont vraiment du corps, je pense que je reste assez vague pour que chacun puisse imaginer les personnages.
=)
PM
Mais en plus fouillé, avec des personnages qui ont du coffre, une réelle épaisseur.
C'est ça, le jus de neurones breton !