Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Alliance Royale — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Alliance Royale
Chapitre 1
Devant mon miroir, j'apprêtai ma robe une dernière fois avec l'aide des servantes. Je fis mine de me sourire à moi-même, comme pour me ragaillardir, mais ce fut sans succès. Au contraire, je remarquai un air encore plus renfrogné lorsque ma bouche revint à sa position naturelle. Je levai mes iris bleutés au ciel. Tant pis, ils allaient faire avec.
Une fille repoudra une dernière fois mes joues à la peau rouge, presque cuivrée, avec une teinte légèrement plus claire, tandis qu'une autre épinglait une dernière boucle sur l'une de mes oreilles pointues. Je glissai une mèche noire rebelle hors de mon front en me regardant une dernière fois. Si les elfes de sang n'étaient pas au goût de cette cour, je n'en avais que faire. Il n'y avait qu'une seule personne à laquelle je devais faire bonne impression, si je souhaitais que tout se passât bien pour la suite.
J'allai enfin rejoindre cette dite personne, et j'appréhendais ce moment. Non pas que j'avais peur, bien sûr, mais il s'agissait là d'un mariage de convenance, je n'étais pas la seule mise en jeu, et j'avais vu mon futur époux si peu de fois que je ne me rappelais même plus vraiment à quoi il ressemblait. Et puis tous les humains se ressemblent, avec leurs traits si durs et leurs barbes hirsutes. Quoi que les femmes n'en eussent peut-être pas...
Ma suivante ramassa par terre ma traîne beaucoup trop longue pour m'aider à marcher tandis que nous sortions de la pièce. L'apparat de cette nouvelle culture à laquelle j'allais devoir me faire n'était décidément vraiment pas de mon goût. Cette tenue était beaucoup trop exubérante et je devais surveiller chacun de mes pas pour ne pas m'empêtrer.
On me conduisit dans un long couloir où attendaient sagement çà et là quelques gardes qui me jaugeaient du coin de l'œil. J'entendais de plus en plus les chuchotis des convives de la salle cérémonielle à mesure que je m'approchais. Deux hommes ouvrirent une très large porte et je tressaillis malgré moi.
Tous les visages qui étaient dans l'attente de ma venue s'étaient tu et avaient pivoté droit vers moi. Je détestais être le centre de l'attention. Et puis je savais qu'ils me jugeaient tous sans exception. Il n'y avait presque que des membres de cette cour humaine, peu s'étaient donné la peine de faire le long trajet de mon ancien chez-moi jusqu'ici, ce que je pouvais aisément comprendre. Je ne me serais pas donné cette peine non plus si seulement je n'étais pas obligée d'être présente.
Enfin, il ne s'agissait que d'un dur moment à passer.
Après un soupir, je levai les yeux vers le bout de la pièce où m'attendait ma nouvelle destinée. L'homme que je devais épouser ne se donnait même pas la peine de se retourner pour voir sa future compagne de vie. J'en conclus que lui aussi aurait aimé être ailleurs, ce qui faisait bien commencer cette belle union. Il restait là, son large dos face à moi, pendant que j'avançais vers lui parmi les murmures.
Après ce qui sembla durer une éternité, j'arrivai enfin à son niveau. Nous faisions tous deux solennellement face à une sorte de religieux en toge sombre qui commença un discours sans grand intérêt pour justifier l'intérêt de cette célébration, comme si c'était encore nécessaire. Chacun ici savait qu'il s'agissait d'une alliance entre deux nations scellée par deux êtres que peu de choses réunissaient, si ce n'était la volonté d'une paix durable entre ses peuples respectifs.
— C'est pourquoi nous glorifions ensemble ce jour béni où le prince Clemens, héritier du trône du royaume de Weitzberg, consent à s'unir la princesse Velatha, elfe de sang du royaume de Lumaer...
C'était sans fin et nous n'avions aucun mot à dire.
Je détournai furtivement le regard en pivotant à peine vers l'arrière où m'observait mon père, impassible. Au moins, je n'avais pas l'air de le contrarier.
Lorsque je revins à ma position initiale, ma vision croisa enfin celle de Clemens qui dévia aussitôt les yeux, droit devant lui, comme si je le n'avais pas remarqué, aussi rigide qu'une lance. Au milieu de son bouc soigneusement taillé, ses lèvres étaient pincées sans émotion, et sous une espèce de serre-tête orné, ses épais sourcils semblaient légèrement crispés, sûrement dans un certain sérieux. Néanmoins ses yeux sombres s'agitaient discrètement, d'impatience ou d'anxiété, mais toujours en m'évitant. Difficile de dire ce qu'il ressentait à ce moment-là.
Lorsque le discours fut enfin terminé, nous fîmes enfin face l'un à l'autre pour échanger selon leur coutume deux anneaux précieux. Nous ne regardions que nos mains tout le long de la procédure, et j'avais l'impression qu'il n'y avait plus que nous deux dans la pièce, sans plus entendre le moindre son alentour. C'était une impression très étrange et troublante qui m'électrisa lorsque nos doigts s'effleurèrent. Je me rendais enfin compte du fait que j'allais passer le restant de mes jours avec un homme que je ne connaissais pas, et je basculai dans le vide. Je pouvais sentir qu'il avait la même prise de conscience aussi vertigineuse.
Nous levâmes nos yeux à l'unisson, dans un temps comme figé. Tout était flou autour de moi et j'aurais pu tomber à la renverse si son regard ne m'avait pas soutenu.
Je sortis de ma torpeur au milieu des applaudissements de l'assemblée et papillonnai des cils pour reprendre contenance. Nous nous tournions vers elle, les mains toujours jointes, lorsque je sentis une légère pression de ses doigts sur les miens, comme une caresse sourde. Je cherchai ce que cela voulait dire sur son visage, mais il souriait à la foule. Cela me mit dans une position agitée, sans que je ne pusse comprendre réellement pourquoi. Mon cœur en faisait même des bonds soudains.
L'homme qui était à présent mon mari s'éclipsa alors vers ses géniteurs, sans me prêter la moindre attention, me laissant ainsi pantoise.
Les personnes présentes se mélangèrent enfin, entre elfes et humains, pour discuter et se féliciter d'une telle célébration. Un brouhaha ambiant prit de l'ampleur pendant qu'un orchestre se mettait à jouer de la musique locale.
Les personnes présentes se mélangèrent enfin, entre elfes et humains, pour discuter et se féliciter d'une telle célébration. Un brouhaha ambiant prit de l'ampleur pendant qu'un orchestre se mettait à jouer de la musique locale.
Je restai debout au milieu de tout le monde, sans vraiment écouter ce que l'on me disait. Personne n'attendait réellement de réponse de ma part. Je suivais du regard les déplacements de Clemens et je ne pensais plus à rien. J'étais complètement absente et le temps paraissait désormais défiler en accéléré tandis que lui passait d'une conversation à une autre comme si je n'existais plus.
Contre toute attente de ma part, je ressentais une sorte de déception.
Mon père finit par remarquer mon trouble et intima ma suivante de me conduire dans mes nouveaux quartiers où je m'étais préparée plus tôt, afin de prendre du repos. Je la suivis sans faire d'histoire et sans dire un mot.
Je pris enfin la parole lorsque nous fûmes arrivées sans que je ne m'en rende compte :
— Vous pouvez disposer, Lena.
Ma suivante fit une courbette avant de quitter la pièce et de me laisser seule.
Je relâchai alors soudainement toute la pression accumulée et des larmes coulèrent sur mes joues sans que je ne pusse les contrôler, assise dans un divan où je m'étais laissée tomber. Je devais avoir l'air d'une pauvre enfant, dans cet état misérable.
Je sanglotai en soubresauts de plus en plus bruyants, lorsque l'on toqua à ma porte. Du revers de la main, j'essuyai mes larmes comme je pus et d'une voix légèrement tremblotante, j'accordai l'entrée à mon invité. Je fus surprise qu'il s'agît de Clemens qui me dévisagea en fermant la porte derrière lui.
— Vous pleurez ? demanda-t-il d'une voix douce et grave.
— Non, non ! dis-je en essayant de donner toute la conviction dont je disposais, ne sortant qu'un ton sec et tranchant. Qu'est-ce que vous allez chercher ?
— Non, non ! dis-je en essayant de donner toute la conviction dont je disposais, ne sortant qu'un ton sec et tranchant. Qu'est-ce que vous allez chercher ?
Le prince soupira avant de marquer une pause et regardait dans le lointain.
— Vous savez, continua-t-il, si nous voulons instaurer une confiance entre nous, il serait préférable de ne pas se mentir dès le départ. Vos yeux sont presque plus rougeoyants que votre peau.
Malgré son air calme et dépourvu de condescendance, je le fusillai du regard, les larmes remontant à nouveau à mes yeux encore en émoi. Il reprit quand il les croisa à nouveau :
— Excusez-moi, je me suis sûrement mal exprimé...
— C'est le moins qu'on puisse dire !
— C'est le moins qu'on puisse dire !
Il s'avança lentement et s'assit sur un siège en face de moi, sans rien ajouter, les yeux baissés. Il prit ma main où se trouvait la bague qu'il m'avait enfilée plus tôt, et j'hésitai à la retirer aussitôt, mais n'en fis rien. Il semblait scruter l'anneau comme pour tenter d'en déceler une quelconque inscription qui donnerait du sens à tout ceci. Sa main était étonnamment chaude et douce.
Il finit par rompre le silence alors que j'avais repris peu à peu mon calme :
— Tout comme vous, j'aimerais que cela se passe au mieux. Je ne voudrais pas que vous restiez en retrait de notre relation pour mieux la supporter. Croyez-le, ce n'est pas facile pour moi non plus... Tout est nouveau. Et j'ai à cœur d'apprendre à vous connaître. Je le dis sincèrement.
Je ne remarquai pas qu'il cherchait mon regard, toujours absorbée par ma main dans la sienne. Il la serra pour capter sans doute mon attention, mais je demeurais d'autant plus figée, néanmoins toujours attentive à ses mots.
Il se mit alors à bouger tout doucement les doigts pour me caresser, ce qui ne manqua pas de me troubler à nouveau, malgré le fait que je tentais de rester concentrée sur sa main. Sa peau pâlichonne dénotait beaucoup de la mienne et j'avais l'air encore plus fine à côté de lui.
Le silence avait l'air de se faire pesant davantage pour lui que pour moi.
Le silence avait l'air de se faire pesant davantage pour lui que pour moi.
— Je vous en prie, reprit-il sur un ton implorant, dites quelque chose...
Je répondis alors sur un coup de tête, sans vraiment réfléchir, après m'être levée d'un bond et soustraite à son toucher :
— Prenez-moi dans vos bras.
Il resta coi l'espace d'une seconde, sans savoir quoi faire, puis hocha la tête en se levant doucement comme pour me laisser le temps de faire machine arrière. Assez maladroitement, il m'enlaça de ses grands bras, ses mains à peine appuyées dans mon dos, et je posai ma joue contre son torse. Il faisait bien une tête de plus que moi, et avec sa carrure, j'avais ainsi l'impression de me reposer à l'abri.
Le silence devint alors moins gênant et nous restâmes ainsi un moment, en proie à cette situation étrange que nous essayions d'analyser. L'atmosphère était moins lourde, maintenant que nous avions sauté ce petit pas de proximité.
Cependant, contre toute attente, et sans doute à cause de la pression qui baissait à nouveau, nos respirations prenaient un rythme accéléré et un désordre émotionnel s'emparait de moi. Nous nous décollâmes à peine l'un de l'autre, pour nous regarder dans les yeux et vérifier si cette confusion était mutuelle. Et c'était bien le cas.
Alors sans réfléchir, et d'un élan commun, nous nous embrassâmes avec une férocité que je ne me connaissais pas. Nous nous poussions presque l'un l'autre, en vacillant pour trouver lequel arriverait à être plus près de l'autre. Il serrait ses bras autour de ma taille si fort que j'avais l'impression d'étouffer, et pourtant je ne reprenais pas ma respiration pour ne pas desceller nos lèvres.
Nous respirions tous deux bruyamment tant bien que mal tandis que nos mâchoires s'ouvraient peu à peu naturellement, pour chercher nos langues. Bientôt, le mélange de nos salives perlait au coin de ma bouche et nous titubions tant que je finis par tomber à la renverse sur mon divan, entraînant Clemens dans ma chute.
Cela ne nous interrompit pas outre mesure, et il continua à embrasser et à laper mes lèvres, un de ses bras appuyé au dossier du divan pendant que l'autre tenait toujours fermement ma taille, pressant ma poitrine écrasée contre lui. Le bout de ses phalanges s'enfonçait dans les plis de ma robe comme s'ils cherchaient à atteindre ma peau cachée dessous.
Mes propres doigts s'agitaient dans tous les sens, parcourant à la fois son dos agité par ses soupirs et ses courts cheveux raides que j'ébouriffais pour l'encourager à appesantir encore davantage son baiser. Chaque rapprochement me laissait échapper une plainte gémissante, qui semblait signaler que ce n'était toujours pas assez.
Nous échangions la chaleur de nos corps qui grimpait ainsi que notre souffle, et je commençais sincèrement à y prendre goût.
Il eut cependant un éclair de retour à la réalité, et Clemens se leva aussitôt du divan en me laissant en désordre, alors qu'il arrangeait sa tenue. Je voyais bien qu'il luttait pour reprendre son calme et dut retrouver sa respiration avant de pouvoir parler après cette expérience nouvelle.
— Pardonnez-moi, dit-il d'une voix grave. Nos invités m'attendent. Nous attendent. Rejoignez-moi dès que vous le pourrez.
Il ne me laissa pas le temps de répondre et sortit avec un regard encore empreint de la tentation de succomber à ses pulsions. Il en claque la porte, sûrement sans le vouloir.
Prise au dépourvu, je me précipitai au miroir pour arranger au mieux mon apparence. Mon visage échauffé était encore plus rouge qu'à l'accoutumée. Je déglutis lorsque je parvins enfin après mes agitations à avoir un atour à nouveau convenable, puis j'ouvris la porte pour sortir à mon tour.
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