Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ce que l'on cache derrière un pseudo — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Ce que l'on cache derrière un pseudo
Chapitre 1
La chaise de fer forgé grince sur les dalles de pierre de la terrasse à chaque mouvement de mauvaise humeur que j'esquisse. Juillet écrase la place principale de la capitale de Valtoria d'une chaleur lourde, presque poisseuse, mais ce n'est pas le soleil qui met mes nerfs à vif. C'est l'insistance presque militaire de Coraline.
— Allez, Charlély. Arrête de faire la tête comme un enfant qu'on prive de dessert et redresse-moi ce dos. On dirait un point d'interrogation géant. Tu as vingt-six ans, bon sang, pas quatre-vingts. Et ne souffle pas, je t'entends souffler.
Je pousse un soupir délibérément bruyant, les coudes plantés sur la petite table ronde en zinc. Je n'ai eu aucune envie de me lever ce matin-là. Pas plus que les matins précédents, d'ailleurs. Depuis huit mois, chaque réveil s'apparente à une inondation lente : l'esprit qui émerge, la conscience confuse qui se reconstitue, et enfin le rappel brutal de la réalité qui s'abat comme un couperet. Il est parti. Cinq ans de vie commune, cinq années à construire un cocon, des projets, des souvenirs gravés dans les murs de notre ancien appartement, balayés en deux pauvres messages reçus sur mon écran de téléphone alors que j'étais au travail. « Ça ne va plus, je crois qu'il faut qu'on arrête. J'ai rencontré quelqu'un. » Lâche. Froid. Définitif. Une rupture par SMS après un bail aussi long, c'était une exécution sommaire. Et depuis, je ramasse les morceaux de mon propre cœur en me jurant bien qu'on ne m'y reprendra plus.
L'amour est une arnaque cruelle, une promesse creuse qui finit toujours par vous poignarder dans le dos.
Sauf que Coraline, ma meilleure amie depuis le lycée, a déménagé quelques mois plus tôt dans ce royaume lointain et méconnu de Valtoria pour suivre son copain, qui est originaire d'ici. Elle a exigé que je vienne passer mes vacances chez elle pour changer d'air. Une fois sur place, elle a rapidement décrété que la période de deuil officiel était largement dépassée. Pour elle, la solution tient en une application aux vibrations insistantes et au logo orange vif.
— Je ne bougerai pas d'ici tant que tu n'auras pas fait un tour d'horizon, décrète-t-elle en s'installant en face de moi, un grand verre de citronnade glacée entre les mains, alors que nous découvrons ensemble cette ville étrangère. Et retire tes lunettes de soleil, on est à l'ombre des parasols, je veux voir tes yeux. Tes superbes yeux noisette, oui, ceux qui font la grève de la joie depuis trop longtemps.
Sous la contrainte, je finis par obtempérer, ne serait-ce que pour l'empêcher de faire une scène au milieu de ce café branché du royaume. Je viens de recréer ce fichu profil sur l'application de rencontres, guidé par les doigts experts et autoritaires de Coraline qui surveille chaque ligne par-dessus mon épaule.
Mon profil affiche la réalité de ma silhouette : un mètre soixante-quinze pour soixante kilos, un corps svelte, un torse légèrement ombragé d'un duvet sombre qui tranche avec ma peau mate, des cheveux bruns en bataille et ce regard noisette clair, hérité de ma mère, qui semble toujours accuser une pointe de fatigue. Quant à la bio, c'est du pur moi, dictée par le cynisme et la désillusion :
— Passif. 1m75 / 60kg. Je ne cherche pas l'amour. L'amour ne sert à rien, il ne fait que mal. Viens me parler, je ne ferai pas le premier pas mais je te répondrai sans problème. Un verre et on verra si le feeling est là.
À côté de moi, Coraline relit par-dessus mon épaule, une moue mi-amusée mi-attendrie aux lèvres. — C'est d'une gaieté absolue, on dirait l'épitaphe d'un romantique déchu, commente-t-elle en me rendant mon téléphone d'un tapotement sec. Mais c'est honnête. Et t'as intérêt à ne pas le supprimer cette fois-ci, Charlély. Je surveille ton compte, j'ai tes identifiants. Si je vois que tu effaces tout au moment de te coucher, je viendrai te confisquer ton téléphone personnellement, et je veillerai à ce que tu ne puisses plus faire un seul pas sans que je sois sur ton dos.
Je grogne, replongeant dans mes souvenirs et dans l'amertume de ma solitude, tandis qu'autour de nous, la capitale de Valtoria continue de vivre sous le regard bienveillant et lointain de la famille royale qui dirige ce territoire mystérieux. Les calèches traditionnelles croisent les voitures modernes sur les grands boulevards pavés, un contraste anachronique qui caractérise si bien ce pays que je ne connais pas du tout et où la monarchie règne en maître. Mais pour moi, ce décor inconnu n'est qu'un flou total.
— Bon, reprend Coraline en me tirant brusquement de ma torpeur en me donnant un coup de pied amical sous la table. Tu te bouges ou quoi ? Lance-toi. Regarde s'il y a des profils qui t'intéressent dans le coin. Juste pour voir si ta libido respire encore sous les décombres.
— Tu m'exaspères, gronde-je en soupirant, les doigts glissant sans conviction sur l'écran tactile de mon smartphone.
— Tu m'exaspères, gronde-je en soupirant, les doigts glissant sans conviction sur l'écran tactile de mon smartphone.
Je défile les profils à contrecœur. Rien de bien croustillant. Des torses musclés retouchés à outrance, des photos floues dans des salles de bains mal éclairées, des descriptions vides ou prétentieuses. La grille de l'application affiche les utilisateurs situés à moins de deux cents mètres, une proximité géographique absurde alors qu'ils sont tous là, échoués sur les terrasses du centre-ville de Valtoria, à scruter un écran au lieu de se regarder en face. Je fais défiler les photos d'un geste machinal, uniquement pour que ma meilleure amie me lâche enfin la grappe, prisonnier de mes vacances forcées dans ce royaume que je découvre à peine.
C'est alors qu'une notification discrète vibre au creux de ma main, rompant la monotonie de mon balayage.
La vibration au creux de ma paume rompt net le rythme monotone de mon balayage. Une petite bulle de notification s'affiche sur l'icône de l'application, signalant un message. Je fronce les sourcils, m'attendant au pire — un énième profil vide ou un compliment lourdingue d'un inconnu en manque d'imagination. D'un mouvement machinal, je glisse mon pouce sur l'écran pour ouvrir la conversation.
Le message est étonnamment long, bien loin des traditionnels « Salut cv ? » ou des emojis unilatéraux qui peuplent habituellement ce genre de plateforme. Je plisse les yeux pour le lire, tandis que les mots s'enchaînent avec une fluidité surprenante :
— Salut Charlély. Je ne peux pas m'empêcher de t'écrire en lisant ta bio. Elle a le mérite d'être honnête et rafraîchissante, ça change radicalement de toutes ces descriptions stéréotypées et faussement joviales qu'on passe son temps à croiser ici. Ça pique un peu, mais au moins, c'est cash. Ton profil m'a interpellé, et j'aimerais bien en savoir un peu plus sur toi si le cœur t'en dit.
Je reste figé une fraction de seconde, l'écran lumineux braqué sur mon visage. Quelque chose dans ce ton direct, un brin mature, sans être lourd, me désarçonne. Machinalement, je clique sur sa miniature pour aller inspecter son profil.
La photo ne montre pas son visage. C'est un cliché pris sans doute dans un miroir ou en extérieur, cadré de manière à préserver l'anonymat, mais le visuel est percutant. On y découvre un corps athlétique, dessiné par le sport sans être bodybuildé à outrance, dégageant une impression de force tranquille et d'assurance. Les informations complémentaires s'affichent en dessous : 1m75, 74kgs , 32 ans, actif.
Puis, je lis sa description : « Recherche discrétion absolue sinon pas la peine d'y penser. Sinon, je ne mords pas, je suis sociable, un plan sans lendemain : pourquoi pas ? mais une rencontre avant. »
Cette exigence de discrétion me rappelle immédiatement où je suis. À Valtoria, sous l'œil inquisiteur de la monarchie et des traditions rigides, la vie privée des gens — et particulièrement celle des hommes aimant les hommes — ne s'étale pas sur la place publique. Ici, la prudence est une seconde nature, un réflexe dicté par l'atmosphère feutrée et secrète de ce royaume méconnu.
Je sens mes doigts hésiter au-dessus du clavier virtuel. J'avais pourtant écrit noir sur blanc dans ma bio que je ne ferais jamais le premier pas. Mais la franchise de ce message et la perspective de briser cet ennui poisseux l'emportent sur mon entêtement. Je me racle la gorge, rejette mes cheveux en bataille en arrière, et commence à taper ma réponse :
— Salut. Merci pour ton message, c'est gentil. C'est vrai que j'ai préféré poser les bases tout de suite, autant ne pas perdre de temps avec des faux-semblants. Qu'est-ce que tu aimerais savoir ?
L'envoi est instantané. Je pose mon téléphone sur la table en zinc, reprenant ma posture boudeuse, comme pour signifier à l'univers entier que je ne suis pas dupe et que je ne m'emballe surtout pas. Sauf que, à peine quelques secondes plus tard, mon téléphone vibre à nouveau.
Il a répondu du tac au tac.
Je le saisis de nouveau, ouvrant la discussion.
Je le saisis de nouveau, ouvrant la discussion.
— Pour commencer, tu fais quoi dans la vie ? Et qu'est-ce qui t'amène à traîner par ici en plein mois de juillet ?
Le dialogue s'installe, fluide, presque déconcertant de naturel. On discute de tout et de rien, de la chaleur lourde qui écrase la capitale, de nos visions respectives de ces applications de rencontre où tout le monde se croise sans jamais se voir vraiment. Au fil des messages, mes épaules se détendent imperceptiblement. Je me surprends à souffler du nez, puis à esquisser un sourire discret, un vrai, le premier depuis des mois, un rictus amusé qui étire le coin de mes lèvres face à une de ses répliques piquantes.
Je n'ai même pas le temps de savourer ce minuscule moment de lâcher-prise qu'un raclement de gorge bienveillant retentit en face de moi. Je relève la tête. Coraline est accoudée sur la table, les yeux grands ouverts, un sourire triomphant fendu jusqu'aux oreilles, planté en plein milieu de son visage.
— Enfin ! lâche-t-elle, un éclat de victoire dans le regard en pointant mon visage du doigt. Tu as souri ! Un vrai sourire, Charlély ! Pas la grimace crispée que tu me tires depuis qu'on a commandé nos boissons. Allez, crache le morceau, c'est qui ce mystérieux inconnu qui réussit à décrisper ton cœur de pierre en moins de dix minutes ? Fais-moi voir son profil, je veux tout savoir !
Elle tend déjà la main par-dessus la petite table ronde, prête à s'emparer de mon téléphone avec l'enthousiasme d'une adolescente en folie. Je m'exécute en un éclair, reculant mon bras et pivotant sur ma chaise pour bloquer son assaut, tout en riant doucement — un son presque étranger dans ma propre bouche.
— Oh, non, non, non, tu gardes tes mains pour toi, Coraline, je proteste en verrouillant l'écran d'un tapotement rapide avant de le glisser hors de sa portée. On verra ! Chaque chose en son temps. Je discute, c'est tout, ne t'enflamme pas.
— Oh la la, le mystérieux ! raille-t-elle en levant les yeux au ciel, bien que ses yeux pétillent d'amusement. Tu vas voir qu'il va finir par m'inviter à son propre mariage d'ici la fin de la semaine. Bon, au moins, ça prouve que ton radar à célibataires n'est pas totalement grillé. Dis-moi au moins ce qu'il dégage !
— Oh la la, le mystérieux ! raille-t-elle en levant les yeux au ciel, bien que ses yeux pétillent d'amusement. Tu vas voir qu'il va finir par m'inviter à son propre mariage d'ici la fin de la semaine. Bon, au moins, ça prouve que ton radar à célibataires n'est pas totalement grillé. Dis-moi au moins ce qu'il dégage !
Je reporte les yeux sur mon écran que je viens de déverrouiller. La conversation est toujours active, et l'idée d'aller plus loin commence à s'immiscer dans mon esprit, malgré mes propres barrières. Puisque la règle du jeu est posée — un verre, et on verra si le feeling est là —, autant avancer un peu.
Je tape un nouveau message :
— Tu aurais une autre photo à m'envoyer ? Histoire de voir à quoi tu ressembles un peu plus, ou au moins ton visage ?
L'attente est courte, mais l'indicateur de frappe s'anime presque immédiatement. Ses bulles de texte s'affichent, puis s'effacent, avant qu'il ne finisse par m'envoyer sa réponse :
— Je préfère largement qu'on se voit en réel. Si on se plaît une fois en face, tant mieux, et si le courant ne passe pas entre nous, ce n'est pas grave du tout, ça arrive. Mais pour la photo de mon visage, je dois t'avouer un truc : je déteste me prendre en photo. Je n'ai jamais aimé ça, je n'en ai quasiment aucune récente. C'est plus fort que moi, je trouve ça hyper gênant. Tu m'excuseras pour ce petit défaut ?
Je relis la phrase plusieurs fois, partagé entre une légère déception pragmatique — à l'ère du tout-numérique, c'est rare — et une pointe de curiosité accrue. Quelqu'un qui fuit les selfies sur une application de rencontre, c'est pour le moins atypique. C'est presque rafraîchissant dans ce catalogue de profils survendus.
Je réponds en souriant à nouveau :
— C'est assez original pour quelqu'un sur une application de rencontres, mais je suppose que je peux faire une exception. Au fait, on discute depuis tout à l'heure, mais je ne connais même pas ton prénom.
La réponse ne tarde pas à arriver, claire et directe, comme le reste de ses messages :
— Enchanté Charlély. Moi, c'est Harry.
Je répète le nom mentalement. Harry. Ça lui va bien, un son simple, ancré, qui résonne étrangement bien avec l'atmosphère lourde et estivale de cette capitale de Valtoria que je commence à peine à apprivoiser.
— Je te propose de se retrouver à 20h dans un petit café-librairie. C'est un endroit calme, un peu planqué, qui s'appelle La Contre-Allée. Personne n'y prête attention aux autres, on sera tranquilles pour discuter.
Je fixe les mots qui s'affichent sur l'écran. Une lueur de méfiance traverse immédiatement mon esprit : accepter de voir un inconnu total, sans visage, le soir même, ça frôle l'inconscience. Pourtant, une curiosité soudaine balaye mes réticences. Après tout, qu'est-ce que je risque ? Un verre, pas plus. Pourquoi pas ?
Je tape rapidement ma réponse :
— D'accord pour La Contre-Allée. Envoie-moi l'adresse exacte, je serai là à 20h.
Une fois l'indication reçue, je verrouille mon téléphone et lève machinalement les yeux vers le coin supérieur de l'écran pour vérifier l'heure. Mon cœur rate un battement. Déjà 19h ! Le temps s'est étiré sans que je m'en rende compte.
Je me tourne immédiatement vers Coraline, qui m'observe toujours avec un sourire narquois, attendant la moindre miette croustillante.
— Il faut qu'on rentre, je lance en me redressant brusquement de ma chaise de fer forgé. Je dois me doucher, me changer et filer. Je vais boire un verre.
Les yeux de Coraline s'illuminent d'une joie non dissimulée, manquant de s'extraire de leurs orbites. Elle manque de s'étouffer avec sa paille.
— Quoi ? Ce soir ? Déjà ? Oh, mais c'est formidable ! S'exclame-t-elle en battant des mains. Dis-moi tout, tu le retrouves où ?
— Dans un café-librairie qui s'appelle La Contre-Allée, je réponds en ramassant mes affaires à la hâte.
— Dans un café-librairie qui s'appelle La Contre-Allée, je réponds en ramassant mes affaires à la hâte.
Coraline fronce les sourcils une fraction de seconde, puis un sourire entendu se dessine sur ses lèvres.
— Ah, mais ce n'est pas loin d'ici du tout ! C'est dans la rue d'à côté, juste derrière le palais royal. Tu y seras en cinq minutes à pied. Allez, bouge-toi, ne le fais pas attendre !
Vingt minutes plus tard, après une douche rapide pour chasser la chaleur poisseuse de l'après-midi, je me tiens debout face au miroir de la salle de bains de Coraline, scrutant mon reflet d'un œil critique. J'ai opté pour une tenue simple mais soignée : un jean clair bien coupé, une chemise en lin légère dont j'ai retroussé les manches sur mes avant-bras, et mes baskets blanches impeccables. C'est parfait pour un premier rendez-vous estival.
Pourtant, à mesure que l'heure tourne, une boule de stress monumental se noue au creux de mon estomac. Plus je m'approche du moment fatidique, plus la réalité me frappe de plein fouet : je m'apprête à aller retrouver un homme dont je ne connais absolument pas le visage. Et si c'était une catastrophe ? Et si le feeling ne passait pas du tout en vrai ? Mes mains en sueur trahissent mon anxiété alors que je quitte l'appartement pour m'engouffrer dans les rues calmes de la capitale de Valtoria, sous la lueur crépusculaire de ce mois de juillet.
Il est tout juste 19h58 lorsque je pousse la porte vitrée de La Contre-Allée.
Une bouffée d'air climatisé mêlée à l'odeur caractéristique du papier vieilli et du café fraîchement moulu m'enveloppe instantanément. L'endroit est charmant, intime, baigné d'une lumière tamisée qui se reflète sur les étagères de bois blond débordant de romans et de recueils de poésie. Quelques clients sont installés ça et là, absorbés par leur lecture, m'offrant l'anonymat discret que j'espérais.
Une bouffée d'air climatisé mêlée à l'odeur caractéristique du papier vieilli et du café fraîchement moulu m'enveloppe instantanément. L'endroit est charmant, intime, baigné d'une lumière tamisée qui se reflète sur les étagères de bois blond débordant de romans et de recueils de poésie. Quelques clients sont installés ça et là, absorbés par leur lecture, m'offrant l'anonymat discret que j'espérais.
Je m'arrête un instant près de l'entrée, hésitant, promenant un regard un peu perdu entre les rayonnages. Mon cœur tambourine contre mes côtes. C'est alors qu'au fond de la librairie, un homme adossé à une haute étagère se redresse lentement. Il tient un livre à la main, me dévisage une fraction de seconde, puis lève la main pour me faire un petit signe de tête discret, tout en esquissant un sourire.
Mes jambes se mettent en marche malgré elles. À mesure que je m'avance vers lui à travers les travées étroites, je sens l'air quitter mes poumons dans un long souffle involontaire.
Merde. Il est tout simplement canon.
Merde. Il est tout simplement canon.
De près, il dégage une prestance folle. Il est grand, solidement bâti — ce qui correspond parfaitement aux mensurations de son profil —, avec une chevelure blonde parfaitement coiffée qui attrape la lumière chaude des suspensions. Mais ce sont ses yeux qui me clouent littéralement sur place : d'un bleu électrique, perçants, d'une intensité troublante qui me transperce de part en part.
Lorsqu'il referme son livre d'un geste souple et pose son regard direct sur moi, sa voix s'élève, grave, chaude et enveloppante :
— Charlély ? C'est moi, Harry.
L'intonation de sa voix, incroyablement séduisante et posée, fait vibrer quelque chose au plus profond de moi. Toute l'anxiété accumulée s'évapore en un instant, balayée par une onde de charme pure. Un sourire s'étire malgré moi sur mes lèvres, un sourire grand, sincère, totalement désarmé.
— Salut Harry, je souffle, la voix un peu plus rauque que prévu.
Sans un mot de plus, il s'avance et nous échangeons la bise. Son parfum boisé, subtil et masculin, se mêle à la chaleur de sa peau. La tension électrique entre nous est palpable, mais instantanément rassurante. Un grand sourire aux lèvres, nous choisissons une petite table ronde au fond de la librairie, prêts à découvrir si le feeling virtuel se confirme dans la vraie vie.
L'ambiance feutrée de La Contre-Allée nous enveloppe immédiatement, coupée du monde extérieur et du tumulte de la capitale. Installés face à face à notre petite table ronde, le courant passe avec une fluidité presque troublante, comme si nous nous connaissions déjà depuis des années. Les minutes filent sans que l'on voie le temps s'écouler.
Harry parle avec une aisance remarquable, articulant chaque mot avec une clarté et un ton qui me captivent. Je me surprends à l'écouter en silence, le menton appuyé dans la paume de ma main, captivé. Qu'est-ce qu'il parle bien, pensé-je en le voyant détailler une anecdote avec un sourire en coin. Chaque intonation de sa voix grave résonne en moi, m'enveloppant d'un charme auquel je n'oppose plus aucune résistance. Ses yeux électriques me fixent avec une intensité qui me fait parfois perdre le fil de ses phrases, mais il ponctue toujours ses récits par des éclats de rire chaleureux qui détendent instantanément l'atmosphère.
La serveuse dépose sur notre table deux verres de boissons fraîches accompagnés d'un petit bol de pop-corn salé. Au milieu d'une conversation animée où nous venons d'échanger une énième boutade, je tends la main pour attraper quelques grains de pop-corn. Au même moment, Harry fait de même.
Dans le petit espace qui nous sépare, nos doigts se frôlent.
Un contact furtif, à peine une seconde, mais qui provoque en moi l'effet d'une décharge électrique fulgurante. Un frisson violent me parcourt l'échine du bas du dos jusqu'à la nuque, me coupant littéralement le souffle. Je retire ma main en sursautant légèrement, les yeux grands ouverts. Harry s'arrête net, son regard bleu se plante dans le mien, brillant d'une lueur espiègle et complice, comme s'il avait ressenti exactement la même onde de choc.
Les heures s'égrènent ainsi, suspendues hors du temps. Nous parlons de tout, de rien, de nos vies, de nos visions des choses, enchaînant les rires et les confidences légères. Trois heures pleines s'écoulent sans que la moindre ombre de lassitude ne vienne entacher notre bulle. Lorsque Harry demande l'addition et insiste pour régler nos consommations malgré mes protestations polies, je regarde discrètement l'horloge murale de la librairie : il est déjà tard, mais aucune envie de rentrer ne s'est manifestée en moi.
Nous finissons par nous lever et quitter le café-librairie pour retrouver la fraîcheur nocturne des rues de Valtoria. La ville est calme, éclairée par les lanternes dorées qui bordent les façades anciennes. Harry s'arrête net sur le trottoir, juste à côté de l'entrée, et se tourne face à moi. Son expression change imperceptiblement, devenant plus grave, plus intense, balayant toute l'insouciance de notre discussion.
Il me regarde droit dans les yeux, un sourire à la fois tendre et affamé aux lèvres, et murmure de sa voix chaude :
— Je ne sais pas pour toi, Charlély, mais tu me plais beaucoup. Et j'ai une envie soudaine de t'embrasser.
Mon cœur rate un battement, résonnant lourdement dans ma cage thoracique. Le pavé sous mes baskets semble se dérober une fraction de seconde. Avant que je ne puisse formuler le moindre son, Harry fait un pas de plus, réduisant à néant la distance qui nous sépare. Son torse frôle le mien, et il plonge son regard percutant dans le mien, guettant la moindre de mes réactions.
— Et si toi aussi, tu en as envie... souffle-t-il doucement.
Je n'ai pas le temps de répondre par les mots. Mes yeux se ferment à demi-mesure et, dans un hochement de tête imperceptible mais chargé d'un désir accumulé depuis des mois, je valide son attente.
Ses lèvres viennent se poser sur les miennes.
Ses lèvres viennent se poser sur les miennes.
Le baiser est instantanément profond, d'une intensité rare, chaud et délicieux. Ses lèvres sont douces, expertes, et la pression qu'il exerce est à la fois assurée et respectueuse. Je laisse échapper un léger soupir qui se perd directement dans sa bouche. Le baiser s'étire, long, très long, suspendu dans le silence de la rue déserte, balayant d'un seul coup toutes mes réserves, mon cynisme et les fantômes de mon passé.
Lorsqu'il finit par rompre le contact à regret, je reste un instant les yeux mi-clos, le souffle court, l'esprit embrumé par la sensation enivrante de ses lèvres.
Harry esquisse un sourire irrésistible, sa main venant frôler tendrement ma joue de la pulpe de ses doigts. — Dis-moi, Charlély... Est-ce que ça te dirait de venir dans ma chambre d'hôtel ? Je descends dans un établissement pas très loin d'ici pour le travail, et je repars dans deux jours. J'aimerais beaucoup qu'on prolonge la soirée tous les deux.
Je le regarde, sentant encore sur ma bouche le goût et la chaleur de son baiser. Mon cœur bat la chamade, et la peur du lendemain s'efface face à l'évidence de ce moment.
— Oui, je souffle, un sourire nerveux mais conquis étirant mes lèvres. Je veux bien.
La marche jusqu'à l'hôtel a des airs de voyage suspendu. Harry guide le chemin d'un pas souple à travers les ruelles pavées de la capitale, sa main frôlant la mienne à plusieurs reprises avant de venir enlacer fermement mes doigts. Son contact me galvanise autant qu'il m'apaise. À chaque fois que nous croisons un passant dans la rue, soucieux de cette discrétion absolue qu'il exigeait sur son profil, Harry détourne un peu la tête pour masquer son visage, un réflexe prudent qui m'amuse et me fait sourire tendrement dans la pénombre.
Lorsque nous franchissons enfin la porte de sa chambre, située au dernier étage d'un établissement discret au charme feutré, la porte à peine refermée et verrouillée, tout s'enchante et s'accélère.
Il se retourne, et ses bras m'enveloppent instantanément. Ses lèvres se pressent de nouveau contre les miennes dans un baiser urgent, profond, qui balaye les derniers lambeaux de ma réserve. Nous nous embrassons sans nous arrêter, avides, nos souffles se mêlant dans l'obscurité naissante de la pièce éclairée seulement par la lueur dorée des lampadaires de la rue à travers les vitres.
Le temps s'efface. Lentement, nos mains se font exploratrices. Les vêtements tombent comme des évidences, retirés avec une délicatesse infinie qui n'ôte rien à la fureur du désir. Chaque centimètre de peau découvert est une révélation. Je découvre son corps athlétique, la musculature dessinée de son torse, ses épaules larges, tandis que mes mains s'attardent sur sa peau chaude. Lui caresse mon dos, glisse ses doigts le long de mes flancs, s'attarde sur mon torse svelte et la ligne de mon ventre. À chaque frôlement, nos regards se croisent, chargés d'une électricité pure, complices et embrumés d'envie.
Quand nous nous retrouvons enfin nus sur le grand lit, enlacés, la réalité bascule dans une autre dimension.
Harry se montre d'une douceur bouleversante. Ses caresses sont des promesses, ses baisers inondent mon visage, mon cou, mes clavicules, descendant lentement le long de son torse jusqu'à faire frissonner chaque pore de ma peau. Je suis en transe, prisonnier volontaire d'une spirale de sensations enivrantes. Mes mains s'accrochent à ses épaules, mes doigts se crispent dans ses cheveux blonds tandis que je laisse échapper des soupirs saccadés et des gémissements étouffés qu'il absorbe directement contre ses lèvres.
Lorsqu'il se positionne entre mes jambes, le souffle court, mes yeux s'ouvrent pour croiser son regard d'un bleu électrique, débordant d'une intensité féroce et tendre à la fois. Je découvre alors sa magnifique queue, dure, dressée et puissante, qui témoigne de son désir brut pour moi. Ses couilles lourdes et chaudes se balancent légèrement au rythme de sa respiration, tandis que son gland rosé et brillant pulse doucement.
— Regarde-moi, t'es tellement beau comme ça, murmure-t-il d'une voix rauque qui me transperce.
La tension est à son comble. Avec une attention infinie, s'assurant à chaque seconde que je suis pleinement réceptif, il me prépare, ses doigts experts et une huile glissant sur ma peau, faisant monter en moi une vague de chaleur insoutenable.
Puis, il se glisse en moi.
Puis, il se glisse en moi.
La pénétration est lente, magistrale. Je pousse un long soupir gémissant, cambrant mon dos sous l'effet de cet envahissement délicieux. Harry me prend avec une assurance folle, dictant un rythme à la fois soutenu et profondément sensuel.
— T'as un cul tellement serré, c'est incroyable... souffle-t-il, les dents serrées par l'effort, tandis que ses coups se font plus appuyés.
Chaque va-et-vient de sa queue brûlante est accompagné de baisers furieux, de caresses brûlantes sur mes hanches et de regards intenses où nos âmes semblent se scruter. Le plaisir m'envahit par vagues successives, me faisant perdre toute notion du temps et de l'espace. Je suis en transe, emporté par le tourbillon de ses mouvements, mes gémissements et mes petits cris résonnant sans retenue dans la chambre tandis qu'il me baise avec une ferveur sauvage et addictive.
Cela dure longtemps, une éternité suspendue hors du monde, rythmée par le frottement de nos peaux moites, les halètements, et la puissance de nos corps qui s'accordent à la perfection.
Vers le sommet de cette intensité, sentant l'apogée approcher, Harry halète de plus en plus fort, ses reins accélérant la cadence.
— Je viens... lâche-t-il dans un râle étouffé.
Il se retire au tout dernier moment avec un soupir rauque. Dans un geste d'une sensualité brute, il jouit avec abondance, déversant son jus chaud et épais directement sur mon petit trou bien dilaté, la chaleur de sa semence coulant sur cette zone ultra sensible. Mais avant même que je ne puisse reprendre mon souffle, complètement ivre de désir, il me plaque un peu plus contre le matelas et, dans un élan insatiable, il replonge immédiatement sa queue ardente et couverte de son propre jus dans mon petit cul serré.
Je pousse un cri de plaisir aigu, totalement submergé par cette décharge finale, tandis que nos souffles se brisent l'un contre l'autre dans une dernière secousse fusionnelle.
Le calme retombe lentement dans la pièce, lourd d'une fatigue délicieuse et d'une plénitude absolue. Nos corps sont enlacés, trempés de sueur, nos respirations cherchant à s'accorder.
Harry glisse doucement pour se positionner à nouveau entre mes jambes. Il relève mon visage d'une main tendre, ses doigts caressant ma joue, et vient poser ses lèvres sur les miennes pour un long baiser, doux, sucré, empreint d'une tendresse infinie, scellant la promesse de cette nuit hors du commun.
Le silence de la chambre d'hôtel n'est troublé que par le balancement léger de nos respirations accordées et la chaleur réconfortante de nos peaux enlacées. Dans la pénombre tamisée, Harry resserre ses bras musclés autour de ma taille, me collant un peu plus contre son torse. Son visage se penche vers le mien, et ses doigts s'attardent délicatement sur ma nuque.
— Ne t'en va pas, murmure-t-il de sa voix grave, empreinte d'une douceur irrésistible. Reste pour la nuit. J'ai envie que tu dormes ici avec moi.
Mes yeux se plongent dans les siens, brillants dans l'obscurité, et une vague de plénitude m'envahit. L'idée de quitter ce cocon pour regagner mon appartement au milieu de la nuit m'est tout à coup insoutenable.
— Je reste, je souffle avec un sourire attendri.
Ses lèvres se pressent alors sur les miennes pour un baiser d'une longueur infinie. C'est un échange lent, profond, suspendu hors du temps, où toute la tendresse et la passion de cette soirée se condensent. Ses mains caressent mon dos avec une infinie délicatesse, effleurant chaque vertèbre, tandis que je me perds totalement dans le goût et la chaleur de sa bouche. Quand nous finissons par nous séparer à regret pour reprendre souffle, nous nous glissons sous les draps légers, blottis l'un contre l'autre, avant de sombrer paisiblement dans un sommeil profond et réparateur.
Les premiers rayons d'un soleil estival filtrent à travers les rideaux entrouverts lorsque nos paupières s'ouvrent le lendemain matin. Le réveil a des douces saveurs de lévitation. Après une douche partagée dans une intimité complice et riante, nous nous habillons à la hâte pour descendre prendre notre petit-déjeuner ensemble.
Dans la salle aux tons feutrés de l'hôtel, installés face à face autour d'une petite table bistrot, nous partageons des croissants croustillants et des tasses de café fumant. L'atmosphère est détendue, baignée de sourires complices et de regards qui en disent long, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Mais la réalité de nos agendas reprend vite le dessus. Harry sort un carnet de notes de sa poche, griffonne une suite de chiffres sur un papier qu'il glisse avec élégance entre mes mains. Je fais de même, lui tendant mon propre numéro sur un bout de papier qu'il empare avec un regard chaleureux.
— Les prochains jours s'annoncent extrêmement chargés pour moi avec le travail, m'explique Harry en posant sa main par-dessus la mienne sur la table, son pouce caressant doucement le dos de ma main. Mais je pense déjà à toi, et dès que j'ai une minute de libre, je t'appelle, c'est promis.
Je hoche la tête, un mélange de nostalgie précoce et d'excitation m'emportant.
— C'est gentil... De mon côté, je rentre en France dès demain, alors le timing est serré, mais j'ai une envie folle de te revoir aussi, je réponds en le fixant intensément.
Le temps de nous acquitter de l'addition et nous quittons l'établissement pour nous retrouver sur le trottoir baigné par la lumière éclatante du matin. Autour de nous, la ville s'éveille et s'active. Sachant que nous devons nous séparer, Harry s'arrête face à moi, ses yeux bleus ancrés dans les miens. Il me tire doucement contre lui pour un ultime baiser sur le pavé, un baiser passionné, sucré et brûlant qui fait voler en éclats le bruit de la rue.
Quand nos lèvres se détachent enfin, il m'embrasse une dernière fois la joue, esquissant un sourire à la fois tendre et prometteur.
— À très vite, Charlély.
— À très vite, Harry.
— À très vite, Harry.
Je le regarde s'éloigner d'un pas souple à travers la foule matinale, le cœur battant à tout rompre. Porté par une euphorie totale, j'ai l'impression de flotter à dix centimètres du sol. Je prends le chemin du retour, littéralement sur un petit nuage, l'esprit totalement envahi par son souvenir, jusqu'à franchir la porte de l'appartement de Coraline, impatient de lui raconter chaque seconde de cette nuit irréelle.
La clé tourne doucement dans la serrure de l'appartement que je partage temporairement avec Coraline, et lorsque je pousse la porte, une bouffée de chaleur familière et rassurante m'accueille. L'atmosphère est calme, baignée par la lumière éclatante de cette matinée de fin d'été qui filtre à travers les stores à demi baissés. À peine ai-je déposé mes clés sur le meuble de l'entrée qu'une odeur irrésistible de café fraîchement coulé et de pain grillé chatouille mes narines, me rappelant que, malgré l'effervescence de ma nuit, le monde continue de tourner à son rythme habituel.
Je m'avance à pas feutrés vers la cuisine, encore enveloppé dans cette bulle cotonneuse, le cœur léger et l'esprit totalement embrumé par le souvenir d'Harry. Assise à la table en bois clair, Coraline est là, plongée dans ses pensées, une tasse fumante entre les mains. Devant elle, la petite télévision de comptoir diffuse un programme matinal quelconque, un reportage de fond dont les commentaires journalistiques s'égrènent d'une voix monocorde et lointaine, servant à peine de bruit de fond à l'espace de la pièce.
— Salut toi..., dis-je d'une voix un peu voilée, en m'affalant sur l'une des chaises libres en face d'elle.
Coraline lève les yeux vers moi, un sourire espiègle illuminant instantanément son visage. Elle me détaille de la tête aux pieds, observant mes vêtements légèrement froissés, l'éclat particulier de mon regard et ce sourire niais que je n'arrive pas, et ne veux pas, dissimuler.
— Eh bien ! On dirait que le petit chaperon rouge a passé une sacrée nuit, hein ? lance-t-elle avec une étincelle de malice dans les yeux, posant sa tasse avec fracas sur la table. Dis donc, j'exige des détails croustillants. Tout de suite ! Comment il s'appelle ? Il est comment ? Et montre-moi une photo, je veux voir sa tête à ce mystérieux inconnu qui t'a mis dans un état pareil !
Je sens mes joues s'échauffer, envahies par une bouffée de chaleur délicieuse, tandis que je secoue la tête en riant doucement.
— Je n'ai pas de photo, Coraline, je t'assure, réponds-je en secouant les mains, le sourire jusqu'aux oreilles. Et pour les détails... disons que c'était magique. Vraiment. J'ai passé une soirée et une nuit absolument fabuleuses, hors du temps. C'est simple, j'ai une envie folle de le revoir.
Un silence s'installe soudain entre nous, suspendu, à peine troublé par le murmure monocorde de la télévision qui continue de diffuser son reportage en arrière-plan. Coraline fronce les sourcils, mi-amusée, mi-intriguée par mon incapacité à lui donner le moindre nom ou le moindre indice visuel.
Mais à cet instant précis, le ton de la journaliste à l'écran change, gagnant soudain en solennité et en emphase. Des images de la principauté de Valtoria s'enchaînent, montrant les rues pavées de la capitale drapées de bannières et des façades officielles en effervescence. D'un geste machinal, Coraline tend la main vers la télécommande posée sur la table et augmente le son d'un cran. Les commentaires de la chaîne d'information s'amplifient, résonnant dans la pièce :
— ... et c'est donc dans deux jours que se déroulera le couronnement tant attendu, annonce la présentatrice avec un sérieux implacable. Le pays tout entier se prépare à vivre cet événement historique...
Tout en écoutant le reportage, Coraline suit les images qui défilent à l'antenne et plisse soudain les paupières, interpellée par le gros plan que diffuse la chaîne d'information. Elle écarquille les yeux, pointe l'écran du doigt et s'écrie :
— Tiens, regardes, c'est lui...
Je fronce légèrement les sourcils, distrait par cette irruption d'actualité institutionnelle dans notre bulle intime, et je lui lance :
— De quoi tu parles ?
Sans me quitter des yeux, un sourire mi-moqueur aux lèvres, elle désigne l'écran d'un signe de tête et lâche :
— Oh, rien, l'actualité de notre bonne vieille principauté, tu sais bien... Notre vieux roi est décédé il y a quelques mois, et c'est son fils aîné que l'on va couronner dans deux jours, c'est Aldric !
N'y prêtant qu'une attention distraite, me fichant éperdument des têtes couronnées et des fastes de la monarchie locale, je pivote nonchalamment sur ma chaise pour jeter un coup d'œil par-dessus mon épaule vers le petit écran plat fixé au mur.
À l'instant même où mon regard se pose sur les images du reportage, le monde semble s'arrêter de tourner. Le temps se fige net, le sang se retire de mon visage, et mon cœur rate un battement, puis deux, avant de se fracasser contre mes côtes. Sur le plan large de la chaîne d'information, filmé en train de descendre les marches d'un perron ministériel sous les flashes des photographes, le visage grand, altier, la carrure athlétique et ces cheveux blonds sautent aux yeux. C'est lui. Ses traits, son port de tête, ce regard perçant...
Sous le choc sidéral de cette vision, mes doigts, qui tenaient distraitement mon téléphone portable, se desserrent instantanément. L'appareil glisse de ma main, rebondit lourdement sur le bord de la table en bois avant de s'écraser lourdement sur le carrelage de la cuisine dans un fracas métallique.
— Putain..., je souffle, la voix étranglée, les yeux écarquillés rivés sur l'écran. Mais putain...
Coraline sursaute, effrayée par ma réaction et par la chute brutale du téléphone. Elle passe en une fraction de seconde de l'amusement à l'inquiétude la plus totale.
— Mais qu'est-ce qui t'prend ? Pourquoi tu dis ça ? Tu es andouille ou quoi, tu as failli casser ton écran ! Qu'est-ce qui ne va pas ?
Je suis incapable de détacher mes yeux du téléviseur, la poitrine soulevée par des inspirations courtes, le cerveau complètement court-circuité. Je pointe un doigt tremblant vers l'écran, incapable d'articuler une phrase cohérente au début.
— Mais... c'est lui, Coraline. C'est Harry. Le mec... le mec que j'ai rencontré hier soir sur l'application, avec qui j'ai passé toute la nuit... c'est lui !
Un silence lourd, pesant, s'abat dans la pièce. Coraline me regarde, passe son regard de mon visage blafard à l'écran de télévision, puis éclate d'un rire franc, sonore et incrédule.
— Non mais tu te fous de ma gueule ? ricane-t-elle en se tenant le ventre. Faut vraiment que tu arrêtes la science-fiction, Charlély ! Tu as passé la nuit avec le futur roi de Valtoria, bien sûr, et pourquoi pas avec le pape tant que tu y es ? Tu t'es cru dans un roman de bas étage ou quoi ?
— Je ne déconne pas ! m'exclamé-je, paniqué, la voix au bord de la crise de nerfs en me redressant brusquement de ma chaise. C'est lui ! Je te jure que c'est lui ! Les traits, la voix, la stature, tout ! C'est exactement le même ! Tu crois que je n'ai pas reconnu l'homme avec qui j'étais il y a encore deux heures ?
— Je ne déconne pas ! m'exclamé-je, paniqué, la voix au bord de la crise de nerfs en me redressant brusquement de ma chaise. C'est lui ! Je te jure que c'est lui ! Les traits, la voix, la stature, tout ! C'est exactement le même ! Tu crois que je n'ai pas reconnu l'homme avec qui j'étais il y a encore deux heures ?
Voyant mon désarroi total et la terreur panique qui se lit dans mon regard, le sourire de Coraline s'efface lentement, remplacé par une immense perplexité.
— Attends... tu es sérieux ? murmure-t-elle, les yeux ronds. Tu es en train de me dire que...
Je ne l'écoute déjà plus. Je me précipite pour ramasser mon téléphone tombé par terre, vérifie d'un coup d'œil rapide que l'écran n'est heureusement pas brisé, et, les doigts tremblant à s'en fracturer les os, je déverrouille l'application de messagerie. Sans réfléchir aux conséquences, porté par une impulsion viscérale, je clique sur notre fil de discussion et tape un message direct, fulgurant, brut :
— C'est quoi cette blague ?! Je viens de voir le reportage à la télé. Tu es le prince Aldric de Valtoria ? Tu vas être couronné dans deux jours ? Dis-moi la vérité, putain !
Je presse l'envoi, le cœur battant la chamade, retenant littéralement ma respiration alors que les petites bulles de chargement s'agitent à l'écran. Moins de trente secondes plus tard, mon téléphone vibre si violemment dans ma paume que je sursaute. Son nom s'affiche en grand sur l'écran, assorti d'un appel entrant. Sans hésiter une seule seconde, je glisse mon doigt pour décrocher et porte l'appareil à mon oreille.
— Allô... ? souffle-je, la voix tremblante.
De l'autre côté de la ligne, un soupir lourd, profond, traverse les ondes, mêlé à un raclement de gorge trahissant un immense embarras.
— Charlély... commence sa voix grave, instantanément reconnaissable entre mille. Je suis tellement désolé. Je voulais te le dire, je cherchais le moment opportun, mais... c'était tellement compliqué.
— C'est une blague ? interviens-je, mes mots se bousculant, entre le rire nerveux et la panique pure. Tu es le prince héritier ? Putain, Harry... enfin, Aldric ! Tu m'as fait quoi là ? Sur ton profil, tu avais mis des balivernes, tu m'as parlé de commerce, de négoce international...
— J'avais mes raisons, se défend-il doucement, le ton empreint d'une sincérité poignante. Tu sais très bien pourquoi j'exigeais une discrétion absolue sur l'application. Dans ma position, chaque faux pas, chaque rencontre publique est épiée, analysée, montée en épingle par les tabloïds. Si mon identité avait filtré sur une appli de rencontres, ça aurait été un scandale d'État, une tempête médiatique ingérable à deux jours de mon couronnement. Je voulais juste... être un homme normal, le temps d'une soirée, sans protocole, sans gardes du corps postés derrière chaque porte. Et puis je t'ai rencontré, toi.
— C'est une blague ? interviens-je, mes mots se bousculant, entre le rire nerveux et la panique pure. Tu es le prince héritier ? Putain, Harry... enfin, Aldric ! Tu m'as fait quoi là ? Sur ton profil, tu avais mis des balivernes, tu m'as parlé de commerce, de négoce international...
— J'avais mes raisons, se défend-il doucement, le ton empreint d'une sincérité poignante. Tu sais très bien pourquoi j'exigeais une discrétion absolue sur l'application. Dans ma position, chaque faux pas, chaque rencontre publique est épiée, analysée, montée en épingle par les tabloïds. Si mon identité avait filtré sur une appli de rencontres, ça aurait été un scandale d'État, une tempête médiatique ingérable à deux jours de mon couronnement. Je voulais juste... être un homme normal, le temps d'une soirée, sans protocole, sans gardes du corps postés derrière chaque porte. Et puis je t'ai rencontré, toi.
Il marque une courte pause, mais je ne lui laisse pas le temps de continuer. Le vertige de la situation, l'ampleur de ce mensonge et le poids de sa véritable identité me percutent de plein fouet, me laissant à bout de souffle.
— Écoute, Aldric... coupe-je, la voix sèche et tremblante. C'est... c'est beaucoup trop d'un coup. Laisse-moi du temps. J'ai besoin d'encaisser.
Sans attendre sa réponse, retenant mes larmes et la panique qui m'envahit, je raccroche d'un geste sec.
Je reste figé au milieu de la cuisine, le combiné serré dans ma main, regardant Coraline qui me dévisage avec des yeux grands comme des soucoupes, ne perdant pas une miette de mon manège. Une tempête d'émotions contradictoires s'affronte en moi : le vertige de la situation, l'absurdité folle de mon histoire, et la terrible prise de conscience que l'homme avec qui j'ai partagé ma nuit est intouchable.
Je reste figé au milieu de la cuisine, le combiné serré dans ma main, regardant Coraline qui me dévisage avec des yeux grands comme des soucoupes, ne perdant pas une miette de mon manège. Une tempête d'émotions contradictoires s'affronte en moi : le vertige de la situation, l'absurdité folle de mon histoire, et la terrible prise de conscience que l'homme avec qui j'ai partagé ma nuit est intouchable.
Les mois ont passés depuis ce matin-là, pareils à un battement de cils et pourtant chargés d'un poids immense. Le tumulte médiatique du couronnement s'est estompé, le pays a apprivoisé son nouveau souverain, et la vie a repris son cours entre les rues de la capitale valtorienne et les charmes discrets du quotidien.
Aujourd'hui, pourtant, les circonstances m'ont ramené ici, au cœur même du palais royal de Valtoria. Par une discrétion absolue, dans l'ombre feutrée d'une aile isolée loin des regards inquisiteurs de la cour et de la presse, je me tiens là, en toute intimité. S'il a réussi à me ménager cet accès secret, c'est parce qu'au fil du temps, malgré les responsabilités écrasantes qui pèsent sur ses épaules et le fardeau de sa couronne, il a fini par forcer mes portes, me prouvant que notre histoire méritait qu'on lui laisse une chance.
Quand la lourde porte en bois s'entrouvre et qu'il apparaît dans l'embrasure, le costume officiel troqué pour une simple chemise blanche aux manches retroussées, son regard bleu électrique croise immédiatement le mien. Un sourire franc, chaleureux et terriblement familier éclaire son visage, balayant en une fraction de seconde la distance et les fastes de son rang.
Alors que je le rejoins pour me blottir un instant contre son torse, savourant la chaleur de ses bras qui m'enlacent avec la même force et la même tendresse que dans cette chambre d'hôtel isolée, une réflexion m'envahit l'esprit. À travers les épreuves, les secrets et l'incroyable complexité de notre histoire, je réalise à quel point la vie réserve parfois des trajectoires insoupçonnées. Sur les sites de rencontres, où l'on s'attend souvent au pire, on peut finalement faire de magnifiques découvertes ; il n'y a pas que des tordus derrière ces écrans, et une belle rencontre reste toujours possible, même lorsque, comme la mienne, elle prend des chemins particulièrement tortueux, royaux et extraordinaires.
Fin.
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