Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'amour et les ruines — Chapitre 4
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'amour et les ruines
Chapitre 4
L'amour et les ruines
Chapitre 4
Au cours des mois qui s'écoulèrent après l'acquisition de mes ruines, et, tandis que je me dépensais sans compter pour leur redonner vie, je fus amené à rencontrer certaines personnes des plus attachantes qui, une fois la glace brisée, s'entretenaient avec moi à bâton rompu. Il m'était plaisant de me sentir ainsi accepté par les gens du coin et, je savais qu'il en serait de même pour Élise.
La deuxième personne du village qui me fit l'honneur et la joie de me conter une histoire fut le maire lui-même. C'était un brave homme de soixante-quinze ans qui se mit en devoir de me raconter la vie de son pauvre père défunt.
Notre rencontre se déroula au bord de la fontaine et c'est sous les arbres centenaires de la place, lesquels nous procuraient une ombre bienfaisante, qu'il me raconta cette histoire.
"Autrefois, la vie ici n'était réglée que sur les saisons. Le lever ou le coucher du jour indiquaient l'heure bien mieux que n'importe quelle montre" !
"A ses débuts, c'est à dire lorsqu'il était encore tout jeunot, mon père était un modeste chevrier qui arpentait les collines avec son troupeau. Si au cœur de l'hiver il laissait ses bêtes à la bergerie, dès les premiers beaux jours, tout aussi impatient que ses protégées, il partait tôt le matin pour les faire paître là où l'herbe était encore verte. Oh des chevriers il n'y en avait déjà plus beaucoup dans la région et le métier était en train de disparaître. A la belle saison, il passait l'été dans les collines, couchant avec ses chèvres à la belle étoile, se nourrissant de pain, de lard et du fromage. C'est à l'eau toujours glacée des torrents qu'il s'abreuvait".
"Autrefois, la vie ici n'était réglée que sur les saisons. Le lever ou le coucher du jour indiquaient l'heure bien mieux que n'importe quelle montre" !
"A ses débuts, c'est à dire lorsqu'il était encore tout jeunot, mon père était un modeste chevrier qui arpentait les collines avec son troupeau. Si au cœur de l'hiver il laissait ses bêtes à la bergerie, dès les premiers beaux jours, tout aussi impatient que ses protégées, il partait tôt le matin pour les faire paître là où l'herbe était encore verte. Oh des chevriers il n'y en avait déjà plus beaucoup dans la région et le métier était en train de disparaître. A la belle saison, il passait l'été dans les collines, couchant avec ses chèvres à la belle étoile, se nourrissant de pain, de lard et du fromage. C'est à l'eau toujours glacée des torrents qu'il s'abreuvait".
"Il exerça ce métier plusieurs années mais, la grande guerre l'appela, comme tant d'autres, et il partit combattre sur la Somme. Il eut à souffrir comme tous des privations, du froid et du cortège de malheurs qui s'attelle à la guerre, mais il en revint plus fort et plus humain que jamais".
"Il comprit très vite que la vie ne vaut d'être vécue que si on lui accorde toute l'importance et le respect auxquels elle a droit. La vue des morts et des blessés lui devenaient insupportable. Après de longs mois de guerre, de barbarie, de misère, il était à bout. Il avait vu trop d'hommes tomber, trop de gamins à peine sortis de l'adolescence emportés par la mort. Il avait côtoyé bien trop de camarades qui, lors d'un assaut aveugle, se faisaient faucher tandis que la mort l'épargnait, pour ne pas garder en lui une profonde et ineffaçable cicatrice".
"Comment aurait-il pu oublier ces gerbes de terre soulevées par les obus ; cette terre rougie de sans" ?
"Comment aurait-il pu oublier les longues plaintes des soldats agonisants dans la boue des tranchées et souhaitant que la mort vienne les délivrer de leurs souffrances" ?
"Comment enfin, aurait-il pu un jour oublier ces minots d'à peine vingt ans, mutilés, brûlés et qui ne garderaient de leur jeunesse que le nom de gueules cassées ? Non ! Tout cela, jamais il ne pourrait l'oublier".
"Comment aurait-il pu oublier les longues plaintes des soldats agonisants dans la boue des tranchées et souhaitant que la mort vienne les délivrer de leurs souffrances" ?
"Comment enfin, aurait-il pu un jour oublier ces minots d'à peine vingt ans, mutilés, brûlés et qui ne garderaient de leur jeunesse que le nom de gueules cassées ? Non ! Tout cela, jamais il ne pourrait l'oublier".
"Pourtant tout allait changer pour lui en cette fin du mois de novembre 1918. C'est à son retour, toujours en tenue militaire, que lui qui ne savait ni lire ni écrire, rencontra l'institutrice du village".
"L'institutrice, pour tout vous dire, c'était un petit bout de femme au visage rayonnant et ouvert dans lequel brillaient deux grands yeux bleus qui s'émerveillaient de tout. J'ai encore d'elle, quelques photos d'époque en noir et blanc bien entendu. Elles sont rangées dans mes albums souvenirs de famille... Bref : Elle était arrivée à la communale alors que Virgile pataugeait encore dans la boue des tranchées pour conquérir quelques mètres de terrain qui, quelques jours après, retomberaient entre les mains ennemies, au prix d'effroyables pertes humaines".
"Pour tout dire, pour elle qui venait d'une grande ville, le pays était nouveau et elle en découvrit chaque jour, dès son arrivée, la profonde et naturelle beauté. C'est donc sans surprise qu'elle aussi en tomba amoureuse et que l'idée de retourner à Aix ne lui traversa plus jamais l'esprit".
"En ce qui concerne l'enseignement, elle n'eut aucune difficulté à s'accorder avec les fillettes de sa classe, celles-là mêmes qu'elle devait mener jusqu'au certificat d'études. Elle souhaitait sincèrement et du fond du cœur mettre de leur côté toutes les chances de réussir. Parce qu'elle était femme, douce et jeune, elle put apporter toute son attention aux petites pour la plupart déjà orphelines de leur papa pour un temps... d'autres le seraient pour toujours, mais cela, elles l'ignoraient encore".
"Lorsque, enfin, la paix revint planer au-dessus des villes et des campagnes décimées, Virgile, aigri, amaigri, fatigué, regagna le village. Ce n'était plus le jeune homme de quatorze partant la fleur aux dents pour repousser l'ennemi... Non ! C'était un homme vieilli avant l'âge, usé, qui revenait d'un enfer sans nom".
"Sur le quai de la gare où le train déversa de ses entrailles une horde de militaires déguenillés, une petite troupe de fillettes menée de main de maître par une toute jeune femme aux yeux d'azur, entonna l'hymne patriotique qui tira des larmes à bien des baroudeurs".
"Eux qui en avaient tant vu, laissèrent l'espace d'un instant, échapper de leurs tripes tout ce qu'ils avaient accumulé de peur, de chagrin et d'amertume au cours de ces longues années de guerre".
"Seul Virgile garda les yeux secs. Son regard venait de croiser celui de l'institutrice. Autour de lui dès lors, plus rien ne devait exister, rien d'autre n'existerait jamais plus".
"L'été qui suivit, il ne mena pas ses chèvres paître dans les montagnes. Celles-ci pleurèrent peut-être cette absence dans l'ombre bleutée du soir, mais il ne s'en soucia que peu".
"Il préféra apprendre à lire et à écrire et on le vit du matin au soir en compagnie de la belle institutrice avec en permanence un livre ou un cahier à la main, ses gros doigts tâchés d'encre violette"
"L'été qui suivit, il ne mena pas ses chèvres paître dans les montagnes. Celles-ci pleurèrent peut-être cette absence dans l'ombre bleutée du soir, mais il ne s'en soucia que peu".
"Il préféra apprendre à lire et à écrire et on le vit du matin au soir en compagnie de la belle institutrice avec en permanence un livre ou un cahier à la main, ses gros doigts tâchés d'encre violette"
"Quelques années plus tard, à plus de trente ans, il passa l'examen du certificat d'études avec succès. Lorsqu'il apporta la bonne nouvelle, il tenait dans une main les résultats, dans l'autre, la bague de fiançailles que ma mère portait encore à son doigt le jour de sa mort" !
Le maire avait terminé l'histoire... son histoire. Il semblait heureux de m'avoir fait comprendre que son père, qui était parti de rien, avait réussi à faire de son fils le premier magistrat de la ville... et oui, il pouvait en être fier.
Je devais passer la semaine complète sur place pour certains travaux qui demandaient ma présence quotidienne et même si depuis mon arrivée ici, dans ce somptueux décor avec pour toile de fond le massif de l'Estérel, je n'avais qu'une hâte, faire venir à moi ma bien-aimée, et même si notre éloignement n'était que temporaire, je décidai de lui écrire et de lui redire la magnificence de ce pays.
"Mon amour, ma douce, ma tendre Élise,
"Comment t'expliquer, comment te faire comprendre ce que l'on ressent lorsqu'on est ici, cet ici qui sera bientôt chez nous ? Il n'y a pas de mots assez forts pour te décrire cette splendeur. Comment te dire... lorsque je regarde autour de moi, je vois de jolies petites collines et ce sont tes seins qui se dessinent, tes jolis petits seins que j'aime temps caresser et qui, à cet instant me manquent tellement".
"Comment t'expliquer, comment te faire comprendre ce que l'on ressent lorsqu'on est ici, cet ici qui sera bientôt chez nous ? Il n'y a pas de mots assez forts pour te décrire cette splendeur. Comment te dire... lorsque je regarde autour de moi, je vois de jolies petites collines et ce sont tes seins qui se dessinent, tes jolis petits seins que j'aime temps caresser et qui, à cet instant me manquent tellement".
"Tout n'est que contraste, puissance, beauté et douceur. Tout me rappelle ton corps, le contraste de tes seins laiteux et de ta peau bronzée, la puissance de tes reins comme lorsque tu te donnes à moi avec amour et passion, la beauté de tes cuisses et la douceur de ton intimité lorsque je peux enfin y pénétrer et y jouir pour notre plaisir mutuel" !
"Tu verras mon amour, ici les fruits sont d'or et se balancent aux branches légèrement chahutées par le vent, ce vent qui prend les noms familiers de Tramontane ou d'Autan, et, lorsqu'il cesse son chant, ce sont les cigales qui entonnent leur doux refrain... Alors j'écoute, muet ces chants qui me rappellent les tiens lorsque, sous mes caresses, timidement tu jouis".
"Que ne puis-je avoir la tendresse de Mistral pour te chanter le charme de ces collines ou encore l'humour de Daudet pour te conter les légendes qui bercent ces vallées" !
"Ici, ce sont les oliviers qui, sereins, semblent monter la garde auprès du temps qui passe, un peu comme toi qui, silencieuse, me regarde parfois dormir... Oui je le sais, souvent je ne fais que semblant. Là, ce sont les vignes qui projettent sous l'azur immaculé des cieux leurs grappes juteuses et parfumées tandis que dans les champs s'affairent les paysans".
"Ici, ce sont les oliviers qui, sereins, semblent monter la garde auprès du temps qui passe, un peu comme toi qui, silencieuse, me regarde parfois dormir... Oui je le sais, souvent je ne fais que semblant. Là, ce sont les vignes qui projettent sous l'azur immaculé des cieux leurs grappes juteuses et parfumées tandis que dans les champs s'affairent les paysans".
"Bientôt, toi aussi tu découvriras ces merveilles, toi aussi tu succomberas au charme de la Provence. Il ne peut en être autrement, notre vie est ici et nous y ferons l'amour comme jamais nous ne l'avons encore fait".
"Tu pourras suivre le cheminement du ruisseau qui serpente entre les bouquets de fleurs sauvages. Je t'y imagine nue, toute à moi. Tu entendras chanter l'onde, tu la verras polir les galets sans âge qui jonchent son lit. Tu pourras à loisir parcourir la garrigue, t'emplir les poumons de toutes ces odeurs qui s'élèvent de la terre, t'user enfin les yeux à contempler l'éternelle splendeur de ces lieux tandis que mes mains caresseront ton corps".
"Tu verras, notre bonheur sera parfait et les enfants qui s'épanouiront dans notre maison n'auront de cesse de nous remercier pour tous les bonheurs que nous leur aurons offerts".
"Quant à nous, nos jours s'écouleront paisibles et nous serons heureux, heureux d'un bonheur simple sur une terre fertile qui saura nous rendre l'attention que nous lui porterons".
"Adésias ma pit-choune comme ils disent par ici. Je t'aime et ces quelques lignes que je t'adresse me rappellent à quel point en cet instant tu me manques".
"Quant à nous, nos jours s'écouleront paisibles et nous serons heureux, heureux d'un bonheur simple sur une terre fertile qui saura nous rendre l'attention que nous lui porterons".
"Adésias ma pit-choune comme ils disent par ici. Je t'aime et ces quelques lignes que je t'adresse me rappellent à quel point en cet instant tu me manques".
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