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Orientation principale dans ce chapitre
L'apprentis — Chapitre 6
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'apprentis
Chapitre 6
DEGAGE ! Les yeux d'Eulalie me foudroient. Je regarde Léon, je suis en larme et je lis la détresse sur son visage. Je sors de la remise. Je vais à l'atelier pour récupérer le peu de choses que je possède et l'argent que j'ai gagné. Puis je pars me réfugier je ne sais où. Au bout d'une heure, je finis par aller chez Félicien, le boulanger. Je le connais bien, nous faisons parfois des parties de cartes ensemble. Nous nous entendons bien et je sais qu'il m'aidera. Je lui explique que suite à une dispute entre mes patrons, Eulalie m'a chassé.
Félicien comprend et me propose de m'héberger dans la chambre de sa mère décédée il y a un mois. Cela ne me réjouit pas de dormir dans ce lit où la pauvre vieille a été veillée pendant trois jours, mais je n'ai pas d'autres choix. Le soir venu, j'en parle malgré tout à Félicien qui finit par me proposer de dormir avec lui.
Dans la nuit, je sens les mains de Félicien se promener sur moi. Il caresse mon corps sous ma chemise de nuit, il prend ma main et la pose sur son sexe très dur. Je commence à comprendre que son aide n'est pas gratuite… A croire que tous les hommes ne pensent qu'au sexe et que tous aiment les jeunes hommes ! Mais je n'ai nulle part où aller ni assez de sous pour cela.
Je me tourne face a lui et descends sous le drap, je prend sa bite dans ma bouche. Félicien me dit tout bas « c'est ça que tu lui faisais au Léon hein ?». Puis il m'attire contre lui, me retourne et me pénètre lentement. Son sexe est bien plus épais que la verge de Léon et après plusieurs minutes de va-et-vient, je gémis de plaisir et je jouis. Il continue son étreinte et me féconde. Après, il se retourne et s'endort.
Vers quatre heures, il se lève pour aller au fournil. Je me lève aussi, je reste nu et lui prépare un café. Il me regarde en souriant, tu as un corps magnifique, tes hanches sont presque celles d'une femme. Je lui souris, merci Félicien. Tu sais, avec Léon c'est parce qu'il ne faisait plus rien avec Eulalie, que c'est arrivé. Il avait besoin de se soulager, alors en déplacement, à l'auberge, il a fait comme toi cette nuit. Moi j'aimais ce qu'il me faisait, il m'a pris en douceur, il était gentil et me donnait beaucoup de plaisir. Félicien hoche doucement la tête. J'ajoute que je crois que tous les hommes se comportent de la même façon. Je ne sais pas répond-il, mais tu es sacrément attirant et puis… enfin… moi j'aime les hommes depuis toujours, c'est pour cela que je vis seul.
Je vais rester deux mois chez Félicien, il me fera l'amour souvent, je lui ouvre mes bras, c'est un amant doux et délicat. Je veux aussi lui montrer ma reconnaissance pour m'avoir recueilli, et puis qu'ai-je d'autre à lui offrir que mon corps ? La séparation de Léon et Eulalie a fait grand bruit dans le bourg. Cette dernière a clamé à qui voulait l'entendre que son mari la trompait avec un homme. Léon a été obligé de quitter la région, certains voulaient le lyncher. Je n'ai plus de nouvelles de lui. J'ai décidé de partir aussi, les gens parlent dans mon dos et bien que Eulalie ne m'ait pas nommé, beaucoup ont vite conclu que Léon baisait son jeune apprenti.
Un matin, après avoir fait l'amour, je fais mes adieux à Félicien. Il m'a proposé de vivre avec lui, il me protègera, je serais officiellement sont commis. Mais je préfère quitter la ville également, je pars m'installer à Caen. Là-bas j'essaierai de trouver un travail dans une menuiserie, ou chez un boulanger.
Un an plus tard, je vis à Caen. J'ai trouvé un travail chez un menuisier, il paye correctement et reconnait mes compétences. Léon m'a bien formé. Je vis dans une chambre de bonne à deux pas de l'atelier. La vie citadine ne me convient pas vraiment, le calme et le cadre verdoyant de l'atelier de Léon me manque souvent. Toutefois, j'arrive à m'en sortir et à avoir une vie calme, mais confortable.
C'est le printemps et le dimanche, je vais souvent à la guinguette au bord de l'Orne où l'on peut boire un verre et danser. J'y prends aussi plaisir à croiser de jolies jeunes femmes et de beaux garçons aux yeux ravageurs, mais je n'ai plus de partenaire d'un sexe ou de l'autre. J'ai accepté ma double personnalité, d'être attiré par les deux sexes. Je n'éprouve aucune honte à cette ambiguïté, le plaisir entre hommes et celui avec une femme sont pour moi complémentaires. Mais j'ai conscience que cela doit rester secret.
En Juin, je suis retourné à Thury Harcourt pour retrouver Manon. Je me suis déclaré et elle a accepté de m'épouser. Nous nous marierons au printemps prochain. Cela nous laissera le temps d'économiser assez pour pouvoir louer un appartement plus grand. Je vais entrer dans un nouveau cycle de ma vie, cela me donne parfois le vertige, mais nous faisons plein de projet !
Le 28 juillet 1914, la guerre a éclaté. Je suis mobilisé le 19 Novembre. Cantonné pendant deux mois dans une caserne puis transféré au front, je découvre l'horreur, la souffrance d'un côté comme de l'autre, et la mort. Je n'imaginais pas que les hommes puissent commettre de telles folies. Lors des assauts, ceux qui ne tombent pas presque tout de suite sous les balles ennemies, finissent par se battre au corp-à-corp. Les cadavres souvent déchiquetés, certains sans visage, jonchent le sol, mélange de boue et de sang.
Ceux qui survivent, ressemblent à des fantômes, sales, hagards, perdus et je n'y échappe pas. Ce matin, lors d'une sortie vers les positions ennemies, dans la lumière chaude du jour naissant, j'ai empalé un jeune allemand sur ma baïonnette. Il avait un visage d'ange, ses grands yeux bleus pleuraient lorsque la lame a transpercé sa poitrine. Il devait avoir mon âge tout au plus, il était beau. En d'autre temps, nous eussions pu être amis, peut-être même amants, si tel était son penchant. Je n'avais aucune raison de le haïr. Tout cela n'a aucun sens.
Comme les autres, je dors peu, le bruit incessant des tirs des canons, la pluie, le froid et les gémissements des blessés qu'on ne soigne même pas, par manque de matériel et de médicaments m'en empêchent. Mais mon régiment à enfin reçu un ordre de relève !
Nous partirons dans trois jours. Je l'ai écrit à Manon mais elle sait qu'elle devra encore patienter avant nos retrouvailles, car nous ne rentrerons pas chez nous. Pour limiter les désertions, nous serons cantonnés dans un camp à dix kilomètres derrière les lignes de front. Nous retournerons au front dix jours plus tard.
Là-bas, je pourrai me reposer, manger à ma faim et tenter d'oublier ce chaos si c'est possible. Il se dit qu'un bordel s'est installé juste à côté du camp mais cela ne me tente pas. Bref ce n'est pas le paradis, mais tout vaut mieux que cet enfer.
Trois jours, cela va vite passer !
Au soir du 13 Mars 1915, après deux tentatives de reprise d'une tranchée allemande sous d'intenses bombardements, Oscar Leflûtre a été retrouvé mort dans un trou d'obus. Les jambes arrachées, il s'est vidé de son sang et a agonisé, seul, sous une pluie glacée.
Dans sa main droite, on a trouvé une photo de lui posant à coté d'un homme grand et roux.
Au dos de la photo, aucun nom ne figure, mais il y est écrit : Je t'aime...
C'était la veille de la relève.
Fin.
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Commentaires ()
Elle commence avec le petit côté bucolique du voyage en charrette qui m’a ramené à ma tendre enfance quand j’accompagnais mon grand-père dans une charrette tirée par un percheron, nommé JACOB, qui traînait des quatre fers quand il partait au travail des labours et qui, curieusement, retrouvait une belle vélocité, quand le soleil déclinait, ce qui pour lui sentait bon le retour à l’écurie.
L’histoire décrit très bien la découverte et l’évolution de la sexualité d’Oscar initiée par son patron, tout en douceur et en plaisir partagé, douceur et compréhension que l’on retrouve avec Manon puis, plus tard, avec Félicien.
La fin est horrible mais Paul VALÉRY n’ a t-il pas écrit
« La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent bien mais .......ne se massacrent pas «
Bravo à toi.
Merci, merci, merci.
La fin m'a bien ému ça mon grand oncle y a été assassiné a 19ans. C'était un beau garçon plein de vie et de joie ... Il n'avait aucune haine non plus des adversaires qui selon lui étaient comme lui des pauvres types utilisés pour un combat qu'ils ne partageaient pas. Mon grand père en est revenu, traumatisé à vie...
Merci pour ce bel hommage tout à fait conforme a l'horrible réalité.
Et puis ta remarque me montre que tu y a été sensible. C'est, pour moi, la preuve que j'ai touché mon lecteur.
Merci de ta fidélité à mes textes. 🙂