Comme une bouteille à la mer un soir de Noël. (concours pour Noël)
Chapitre 2 · Les Cadeaux de Noël
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Comme une bouteille à la mer un soir de Noël. (concours pour Noël) — Chapitre 2 · Les Cadeaux de Noël

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Comme une bouteille à la mer un soir de Noël. (concours pour Noël)

Chapitre 2 · Les Cadeaux de Noël

Comme une bouteille à la mer un soir de Noël
(Concours pour un conte de Noël)
Chapitre deux - Les cadeaux de Noël
Rappel.
Jean, la cinquantaine bien tassée, est riche et même très fortuné... financièrement parlant, car côté sentimental, sa vie est vide. Il s'est marié à la mort de ses parents, a hérité de la fortune familiale qu'il a fait fructifier. Quelques temps après, le divorce était prononcé, tout à son entreprise il n'a eu que quelques liaisons discrètes et sans lendemain.
Un matin, pris de douleurs abdominales, il consulte. Le résultat est alarmant, ses jours sont comptés... quelques semaines, un mois ou deux tout au plus. La nouvelle lui fait l'effet d'un coup de massue il ne veut pas quitter cette existence sans avoir connu l'amour et les bienfaits du sexe.
Il quitte tout, prend une location longue durée dans le Sud et décide de combler le manque en passant une annonce sur un site de rencontre.
Il n'en espérait pas tant, mais quelques femmes, aventureuses sans doute ou extrêmement sensibles, répondent à son appel qu'il a lancé comme on lançait une bouteille à la mer autrefois.
Il aura des aventures plus ou moins longues, plus ou moins sérieuses durant les derniers jours de sa vie avec Charline, Myriam et Claude, des jours au cours desquels, l'une des femmes rencontrées l'accompagnera dans ses derniers instants, Delphine vingt-cinq ans, qui jusqu'au bout restera à ses côtés même lors du dernier soir du réveillon de Noël.
Samedi 9 octobre 2010 - 8h30
Charline descend de la chambre. Elle utilise le magnifique escalier de pierres taillées qui la conduit à la grande salle où Jean semble l'attendre devant une tasse de café fumant, l'air ailleurs.
"Voilà, je suis prête Jean" !
Malgré la fraîcheur de la journée, Charline a opté pour un pantalon en toile légère, un chemisier tout aussi fin qui laisse apparaître une poitrine libérée de toute contrainte.
"Tu m'offres un café" ?
"Oui bien entendu je l'ai servi pour toi" !
Charline prend place devant son hôte, tire la chaise qui glisse sans bruit sur le plancher à la française devant l'îlot central en marbre de Calacatta, un marbre blanc veiné de gris.
"Si tu me parlais un peu de toi" ! lance la jeune femme.
Jean paraît mal à l'aise, hésite et puis finit par se lancer :
"Tu connais ma situation... je veux dire, tu sais ce qui m'attend et pourquoi j'ai lancé ce message sur les réseaux" !
Il s'interrompt un instant, regarde les yeux de Charline qu'il trouve superbes, puis son regard descend dans l'échancrure du chemisier jusqu'à la naissance des seins.
"Tu ne vas pas avoir chaud pour visiter le domaine" !
"Ne t'inquiète pas, j'ai mon gilet et mon manteau... Parle moi de toi s'il te plaît" !
"En quelques mots alors, il me tarde de te faire faire le tour du propriétaire et ensuite de passer du temps avec toi".
"Ok, comme tu veux, mais pour notre relation, nous devons échanger un petit peu avant non" ?
"Oui, tu as raison... alors voilà : Je viens d'une famille qui a bien réussi dans l'industrie et je suis... enfin... j'étais à la tête d'une grosse fortune, immense même. Mes parents sont morts jeunes et j'ai pris la direction des affaires. J'ai rencontré ma femme, on s'est mariés très vite et au final, ça n'a pas duré on a divorcé aussi vite" !
"Ah... pourquoi" ?
"J'étais pris par mon travail, elle aimait s'amuser... Je voulais des enfants, elle voulait sa liberté... Cela ne pouvait pas marcher entre nous. Nous nous sommes séparés après quelques mois, à peine un an, nous étions restés en bons termes jusqu'au moment où elle est partie vivre à l'autre bout du monde avec un autre et je n'ai plus eu de nouvelles" !
"Ah... désolé"
"Y a pas de quoi, je n'ai même pas eu le temps de pleurer sur mon sort, le boulot accaparait toutes mes pensées".
Un silence, presque lourd, s'installe. Charline et Jean finissent leur café.
"Tu ne voulais pas me montrer le domaine" ?
"Si bien sûr... couvre toi et on y va de ce pas" !
Après avoir enfilé son manteau, Charline suit Jean. Ils passent par la porte de derrière et là, la surprise pour la jeune femme est totale. Le parc est immense, une piscine traverse une grande partie de la pelouse à main-droite et s'enfonce sous les fondations de ce qui pourrait être une piscine olympique.
"Mais c'est grandiose... Elle est chauffée" ?
"Oui bien entendu. Nous pourrons nous y baigner tout à l'heure, du moins à l'intérieur" !
"Ah... mais je n'ai pas pris de maillot" !
"Pas besoin... tu sais parfaitement pourquoi tu es ici, on ne va pas jouer les timides... Mais d'un autre côté tu as raison, j'aurais dû préciser dans mon message que je possédais une piscine mixte, couverte et découverte et que le maillot était de mise pour les petites personnes pudiques" !
Jean poursuit d'un ton enjoué :
"Pour ce matin, on va se contenter de faire le tour, tu m'excuseras mais je dois faire attention. Il me faut faire de nombreuses petites siestes dans la journée pour tenir le coup le soir. Lorsque la douleur se fait moins intense, je suis plus disponible. J'avoue que c'est de plus en plus rare".
"Tu n'as pas à t'excuser Jean. Je sais et je comprends parfaitement tout cela. Ce qui importe c'est que nous passions une agréable semaine, du moins, la plus agréable possible. Repose toi autant que tu le peux je ne serai pas gênante. Prenons notre temps" !
— Merci Charline. Pour ce midi ce sera poulet haricots verts, mon personnel est en congé. Ce soir je t'emmène dans un petit resto sympa. Pour cet après-midi, je te propose farniente, piscine, et ce que tu voudras de plus.
[/i] !
"Parfait pour moi... Et heu... ce soir... Je prévois une tenue spéciale ou ordinaire" ?
"Non... si tu as une jolie robe, prends la... Tu verras que le restaurant n'est pas un "mange-debout" !
La journée s'est déroulée comme elle était prévue. Jean a somnolé plusieurs fois, Charline a fait le tour de la maison, comptant les pièces, regardant le parc. Ils ont passé une bonne partie de l'après-midi au bord de la piscine. Charline a eu quelques difficultés à se mettre nue devant l'inconnu qu'était encore Jean et puis, petit à petit, elle a laissé tomber le drap de bain qui la couvrait. Ils se sont installés côte à côte, ont parlé, ont même ri de tout et de rien. Charline a jeté des petits coups d'œil à la virilité de Jean en pensant pour elle même :
"Quel dommage, il est vraiment encore très beau... La vie n'est pas juste. Même si ce n'est pas dans mes habitudes je dois bien reconnaître qu'il me fait de l'effet".
Ils ne se sont pas touchés et quand l'heure de partir au restaurant s'est approchée, Jean le plus simplement du monde a juste dit en reprenant par amusement le vouvoiement :
"Bon, ma très chère, il serait temps de penser à nous préparer... Non pas que la vision de votre corps me laisse indifférent, mais nous devons être à l'heure au restaurant... C'est un lieu fort prisé et je ne voudrais pas qu'on cède notre place à un autre couple".
"Bien mon cher... dans ce cas permettez que je me retire dans mes appartements qui, cette nuit, ne seront pas fermés à clef" ! (petits rires complices)
A l'heure dite, Jean sort sa grosse voiture de location et l'avance devant l'entrée. Charline apparaît dans une robe rouge éclatante, un collier de perle semblant ruisseler dans l'échancrure de son décolleté plus que profond.
"Tu es ravissante Charline, et le mot est faible" !
"Toi aussi Jean, je trouve que tu as meilleure mine... pardon" !
La phrase est sortie toute seule et Charline s'en veut déjà.
"Ne t'inquiète pas... j'ai juste passé un peu de crème pour me donner meilleur teint. Je ne voulais pas être celui qui par sa blancheur cadavérique attirerait les regards, ils doivent se tourner vers toi, voir ta beauté féline" !
***
25 décembre 2010 fin de matinée
Delphine, toujours dans la salle de repos n'a pas encore revu le gars des pompes funèbres... Drôle de Noël, triste jour. Le brouhaha incessant des couloirs, le bruit des plateaux repas, des enfants que les parents ne savent faire tenir tranquilles... et cette musique incessante entre "douce nuit" "petit papa Noël" "Mon beau sapin"... elle se jure de ne jamais plus écouter ces chants qui ne pourront que lui rappeler le jour où elle a perdu l'être qu'elle aimait.
L'infirmière de la relève a été prévenue de la présence de Delphine dans la salle de repos. C'est elle qui frappe à la porte et qui d'un sourire gêné lance :
"Bonjour... Toutes mes condoléances Madame. Je viens juste vous proposer... heu... comment dire : enfin, vous dire que si vous désirez vous rafraîchir, il y a moyen de prendre une douche dans la chambre qu'occupait votre... votre défunt. Elle va être nettoyée sous peu, vous pouvez y aller dès maintenant personne ne vous dérangera et cela vous fera du bien. La journée n'est pas finie, vous avez besoin de vous délasser. Il y a tout ce qu'il faut, serviette savon etc etc".
Delphine remercie l'infirmière, pas mécontente d'avoir l'occasion de se passer sous l'eau.
"Merci oui, c'est très gentil à vous... Je vais en profiter tout de suite avant que..." Elle ne finit pas sa phrase, elle pense aux pompes funèbres qui doivent venir la retrouver.
Elle se force à penser à autre chose et c'est Claude qui envahit son esprit. Jean lui en a parlé comme d'une amie précieuse. Elle sait qu'il ne s'est rien passé entre eux, mais qu'ils se sont mutuellement écoutés. Elle est arrivée dès le lendemain du départ de Charline pour quelques jours, du moins trois étaient prévus et elle était restée cinq jours complets, cinq jours à raconter ses malheurs et à écouter Jean dérouler sa vie. Ils avaient aussi ri, bu le soir plus que de raison ce qui avait mis Claude un peu en colère, mais Jean affirmait qu'il avait été heureux durant ce temps.
Encore perdue dans ses pensées, Delphine sent la vibration de son portable la rappeler à la réalité.
"Tiens... C'est Myriam... Je pensais qu'elle ne voulait pas répondre" ! Pense Delphine à haute voix. Puis regardant le message qui apparaît sur son écran elle peut y lire :
"Bonjour et sincères condoléances
Merci de m'avoir prévenue pour Jean.
Quel dommage, il était si gentil. Je suis
certaine que vous avez connu de bons
moments avec lui. Actuellement je suis
à la montagne, je vous appelle dès mon retour
en début de semaine.
Encore Merci et bon courage à vous.
Myriam".
Ah Myriam ! Jean ne l'a pas oubliée non plus, tout comme il n'a pas manqué de raconter cette aventure qu'il trouvait particulièrement exceptionnelle et la dernière avant qu'elle même entre en scène.
Myriam était arrivée peu de temps, elle aussi, après le départ de Claude cette fois. Jean l'avait trouvée charmante, attentionnée un tantinet hippie avec son long gilet des années soixante dix en laine, mais avec une certaine élégance et une désinvolture qui ne pouvaient laisser indifférent. Ils avaient passé d'agréables moments, il avait découvert bien d'autres plaisirs de la chair avec elle, bien pus jeune que lui. A vingt ans, pour Jean, ce n'était encore qu'une gamine, mais une gamine avec déjà une connaissance absolue des choses de la vie et du sexe. Mais là, Delphine lui avait défendu d'en dire plus... Elle était en train de tomber amoureuse et ne voulait pas en connaître d'avantage sur la liaison des deux amants occasionnels.
Jean n'avait pas insisté, et pour cause. Il avait compris que lui aussi était sur le point de tomber totalement sous le charme de Delphine. Pour rien au monde il n'aurait voulu la faire souffrir il s'était donc contenté de raconter comment Myriam avait répondu à son message. Elle avait été la troisième. Delphine se souvient mot pour mot de leurs échanges. S'ils furent brefs, il n'en résultat pas moins que Myriam accepta comme les deux autres la rencontre en Provence.
Tout en repensant à cela, elle se dirige vers la chambre. En poussant la porte elle a un peu d'appréhension. La pièce est sombre, le lit est défait, la fenêtre est ouverte et laisse passer l'air glacial de l'extérieur. Sans perdre un instant, elle file vers la douche, elle ne peut ni ne veut rester longtemps là où Jean s'en est allé.
Elle regrette de ne pas avoir de vêtements de rechange. Une fois dévêtue, elle fait couler l'eau, se glisse dessous. Un étrange bien-être l'envahit, il chasse l'espace d'un instant l'immense détresse et la lourde solitude qu'elle ressent. Et Myriam lui revient à l'esprit.
Dans les derniers jours de sa vie, Jean en avait reparlé... Elle était étudiante en Art, quelque part en région parisienne... elle était restée évasive. Elle aimait la vie, les sorties, le sexe sans différence de genre... Homme-femme lui importait peu dès l'instant où elle sentait une réelle attirance. C'était une jeune femme sans tabou, sans complexe. Delphine se dit que son compagnon n'avait pas dû s'ennuyer avec elle.
9 octobre 2010 - soirée
Si Charline a été subjuguée par la maison que Jean a louée, elle ne l'est pas moins en pénétrant dans le restaurant. Le cadre est majestueux, toutes les tables sont recouvertes d'une jolie nappe blanche brodée, au centre, une bougie est allumée dans le chandelier tandis qu'une rose blanche, elle aussi, vient terminer ce joli tableau.
"Oh Jean... mais c'est plus que chic ici" !
"Oui, le plus beau et luxueux restaurant de la région... Tu ne vas pas être déçue, mais, tu es digne de ce lieu et toi aussi tu es superbe" !
Un serveur les a installés, grand, mince, en tenue irréprochable, la serviette sur le bras gauche. Il a fait asseoir Charline en lui tirant sa chaise, puis fait de même avec Jean.
"Madame, Monsieur, je vais chercher la carte des apéritifs et je reviens" !
Il s'est retiré à pas feutrés.
"Mon Dieu, je ne suis pas habituée à tant de grandes manières" !
"Ne t'inquiète pas, tu t'y feras très vite" !
"Oui enfin, je n'y viendrai pas tous les jours hein, la note doit être pour le moins salée." (petits rires)
Le serveur revient, deux cartes à la main.
"Je vous laisse choisir" !
Il s'apprête à repartir mais Jean le retient :
"Non, inutile, apportez nous deux coupes de votre meilleur champagne... Ce soir nous fêtons la vie" !
"Bien Monsieur, je préviens le sommelier et je vous apporte quelques mises en bouche immédiatement" !
Quelques minutes plus tard, Charline et Jean trempent leurs lèvres dans le nectar où tressautent les bulles.
"Hum... il est excellent Jean" !
"Oui... j'ai découvert ce restaurant il y a quelques années à l'occasion d'un rachat d'entreprise... enfin, pour le boulot quoi".
Le repas se déroule avec le même faste et les plats sont exceptionnels tant par le goût que par la présentation. Le couple parle un peu de tout et de rien, évitant l'un est l'autre les sujets tels que la maladie et la raison de leur présence ici.
A la fin du repas, Jean demande la note. Les cernes sont réapparues sous ses yeux, l'alcool, bien qu'il y a fait attention, laisse déjà des traces.
Charline qui, discrètement, l'observe lui propose
"Si tu veux, je peux conduire pour rentrer... j'espère que tu n'as pas peur d'une femme au volant" ?
"Non je n'ai pas peur et j'avoue que je vais accepter ta proposition avec plaisir. Je n'ai pas trop l'habitude de conduire tu sais... mon chauffeur est là pour ça" !
"Ah ! Parce que Monsieur à son chauffeur" ?
Charline éclate de rire. Elle avait oublié un instant l'immense fortune de son hôte.
— Ok ! Alors c'est moi qui serait ton chauffeur ce soir, et... tu me laisseras tout conduire.
[/i] !
"D'accord... Il se fait tard, nous devrions rentrer, je suis vraiment fatigué" !
"Faut-il que j'avance la voiture de Monsieur" ?
"Arrête Charline... ne me fait pas rire, filons vite d'ici, je suis un peu las et je n'ai qu'une hâte, retrouver mon lit" !
"D'accord, je ne t'embête plus. On rentre et tu vas te reposer, je m'occuperai de toi et de ton traitement si tu permets que je fouille un peu le mas".
Charline a bien remarqué que, bien qu'enjoué, Jean n'a pas touché à grand chose de son assiette. Elle l'a bien observé durant le repas, il ne ressemble plus guère à la photo qu'il lui avait adressée. Ses joues se sont creusées, la veste semble trop ample... Le mal irait-il encore plus vite que prévu par son médecin ? L'inquiétude commence à la saisir.
Comme promis, arrivée au domaine, Charline s'occupe de tout. Le froid étant piquant, elle allume une flambée alors que Jean prend une nouvelle douche. Il était tremblant dans la voiture. Elle prépare un café et lance :
"Je me fais un expresso, tu en veux un" ?
"Non merci... je ne peux plus rien avaler" !
Elle s'en doutait. Après avoir regardé l'ordonnance qui traîne sur le plan de travail, Charline se met à l'œuvre et prépare l'ensemble des médicaments. Anti-spasmodiques, neuroleptiques, anti-douleurs... bref, une dizaine de comprimés. Elle emplit ensuite un grand verre d'eau alors qu'il sort de la douche.
"Je t'ai préparé tes traitements... Tu vas me prendre tout cela, tu vas t'allonger et, si tu le permets, je te rejoins dans ta chambre... Je veux être avec toi, être auprès de toi jour et nuit durant mon séjour... enfin, si tu n'y vois pas d'inconvénients" !
"Comme tu veux, merci pour tout. Là il faut vraiment que je m'allonge. Je suis désolé pour cette fin de soirée que j'aurais voulu parfaite" !
"Elle était parfaite, ne t'en fais pas... va ! Je te rejoins dans un instant".
Jean est allé directement au lit. Charline le rejoint peu de temps après. Elle est en tenue légère, son hôte lui, en pyjama, semble déjà endormi. Presque timidement elle se couche à ses côtés, le regarde un instant d'un air sombre et triste.
"Qu'il devait être beau jeune... il faut qu'il soit heureux dans les jours qui viennent, il faut que je parvienne à lui faire oublier ses souffrances, lui faire oublier ce qui l'attend".
C'est sur cette dernière idée qu'elle parvient enfin à trouver le sommeil.
25 décembre 2010 - 12h30
Delphine est réveillée par le médecin de garde. Avec douceur il a posé la main sur l'épaule de la jeune femme.
"Madame ! Madame ! Je suis le médecin de garde... j'ai quelques questions à vous poser" !
Lentement, avec beaucoup de difficultés, Delphine sort de sa léthargie.
"Oui... excusez moi... la nuit a été compliquée" !
"Ne vous excusez pas, c'est tout à fait normal... J'ai trouvé un mot de l'infirmière de nuit. Elle m'a demandé de vous voir... je crois qu'elle était vraiment inquiète à votre sujet. Je voudrais vous examiner rapidement pour m'assurer que tout va bien" !
"Je ne suis pas malade Docteur ! Je suis juste triste, fatiguée et complètement perdue. Mais bon, si vous insistez, faites ce que vous avez à faire" !
"Ok, je vais vous poser quelques questions... Ne vous inquiétez pas, c'est juste pour moi, pour me faire une idée" !
Delphine se moque bien de ce que lui demande le docteur et répond sans réticence à ses questions.
"Non Jean n'avait pas de MST... Oui nous avons eu des relations... Quand ? heu... souvent depuis deux mois... Oui bien sûr, il prenait ses traitements... Mais où voulez vous en venir" ?
"Ce ne sont que quelques formalités qui me permettront de me faire une idée, disons que c'est un avant diagnostic, votre compagnon était très malade, je dois savoir si vous vous protégiez" !
"Non... Nous avions tous deux pratiqué les examens de dépistage il n'y avait aucune raison" !
"Bien alors c'est parfait, votre tension est un peu basse... et votre cœur un peu trop rapide. Je préviens l'infirmière, elle va pratiquer une prise de sang, si bien sûr, vous me donnez votre accord" !
"Faites docteur" !
"Merci, ne vous inquiétez pas, ce n'est qu'un petit examen, mais vous semblez exténuée et je m'en voudrais de passer à côté de quelque chose. Quel âge avez-vous ? Avez vous tous vos vaccins à jour ?".
"J'ai vingt-cinq ans docteur pour quelques semaines encore, et oui, je suis à jour dans mes vaccins" !
Le médecin repart comme il est venu, silencieusement. Delphine se rajuste, en elle même elle remercie l'infirmière de nuit qui a pris soin d'informer le médecin de sa grande fatigue et des troubles qu'elles ressent depuis peu.
Quelques instants plus tard, une infirmière se présente.
"Je vais pratiquer la prise de sang si cela ne vous dérange pas ! Ensuite je reviendrai avec un plateau repas, il faut manger un peu" !
"Merci. Oui je vais me forcer" !
La prise de sang faite, l'infirmière s'en retourne et revient avec le plateau. C'est Noël... le repas du jour est un peu amélioré même si cela reste un repas d'hôpital. Delphine remercie une nouvelle fois l'infirmière.
La semaine de Charline
Durant la nuit, après la soirée resto, Jean s'est levé. Il est allé dans la salle de bain et a rendu son repas, ou du moins, le peu qu'il a mangé. Charline l'a entendu elle en avait mal pour lui. Quand la crise est passée, Charline entend la douche. Puis Jean réapparaît, il n'a même pas pris le temps de se rhabiller. Il s'allonge tel quel sur le lit. Doucement, Charline se retourne et pose sa main sur le torse encore humide de son compagnon. Elle peut percevoir les battements de cœur, ils sont rapides et irréguliers. Rapprochant sa tête de son oreille, elle lui glisse de doux mots, des mots en lesquels elle ne croit pas elle-même :
— Calme toi Jean, ce n'est rien... J'ai vu que ton traitement comportait des interactions désagréables, les vomissements et ton cœur qui bat vite en font partie. Tout va bien, je suis là, il faut que tu te reposes.
Jean soupire mais ne répond rien. Il se contente de poser sa main sur celle de Charline.
Au petit matin, le couple se réveille en même temps. Ils n'ont rien fait et Jean s'en excuse.
"Tu aurais peut-être souhaité un peu plus de câlins Charline... je te promets d'être en forme aujourd'hui" !
"Ne t'inquiète pas pour ça... nous avons la semaine et puis, tu étais fatigué. L'essentiel c'est qu'aujourd'hui tu ailles mieux et que nous profitions de la maison. J'ai entendu ton personnel rentrer ce matin de bonne heure. Nous n'avons rien à faire d'autre qu'à nous reposer".
Après une rapide toilette, Jean et Charline descendent au rez-de-chaussée. L'odeur de café flotte dans l'immense espace de la bâtisse, elle est accompagnée d'un doux parfum des croissants chauds.
"Cela ne te donne pas faim Jean" ?
"Non... Même pas. J'ai encore l'estomac en vrac, mais viens, nous allons nous installer à la cuisine, je prendrai un jus d'orange pendant que tu prendras ton petit-déjeuner" !
La table est dressée, elle regorge de fruits et de viennoiseries. La cuisinière est debout, dans l'entrebâillement de la porte. Charline se sent un peu mal à l'aise... ce n'est pas vraiment son milieu. Cependant elle prend place tandis que Jean s'installe à ses côtés.
"Vous pouvez servir Louise".
Jean et Charline n'échangent que peu de mots... En se levant la jeune femme demande :
"Qu'est-ce que tu as prévu aujourd'hui" ?
"Cela ne va pas te plaire, mais je pensais faire comme hier, me reposer pas mal ce matin, passer l'après-midi à la piscine. J'ai aimé te voir nue hier, qui sait... je serai peut-être plus en forme aujourd'hui. J'ai aussi quelques mails à transmettre et il faut que j'appelle Yves, mon médecin. Il doit avoir d'autres résultats à me transmettre. Enfin, si cela ne te dérange pas" !
"Non, pas de problème... J'ai de quoi faire ici, entre la lecture et te chouchouter" !
"Parfait, alors je vais tout de suite faire mes mails... ensuite j'irai me reposer une heure, ces putains de traitements m'épuisent".
Jean se lève à son tour, dépose habilement un baiser sur le front de Charline et quitte la pièce pour rejoindre le bureau où il a installé son ordinateur. Là il commence à rédiger son message pour Claude.
"Bonjour Claude, Je suis bien installé dans
le Sud. Comme nous en avons convenu,
tu pourras m'y rejoindre en début de semaine
prochaine. Voici en pièce jointe l'adresse
et l'itinéraire. Nous aurons quelques jours
devant nous pour échanger, parler, rire.
A très vite".
Après avoir vérifier les données qu'il doit transmettre, il coche la touche "envoi".
"Bon, il faut que je fasse de même avec Myriam... de quoi y perdre son latin... mais je dois le faire aujourd'hui, allons ! courage il y en a pour une minute et puis je ne vais pas me prendre la tête... juste la date à préciser et ça ira".
"Bonjour Myriam, je suis bien dans le Sud
comme prévu. Tu peux prendre tes dispositions
pour m'y retrouver aux environs du 20 octobre
si ton école d'arts te laisse cette liberté. Je t'y
attends. Ci-joint, adresse et itinéraire.
Bien à toi"
Après l'envoi de ce deuxième mail, Jean s'allonge sur le sofa. La douleur est intense, les nausées reviennent. Malgré le mal, il prend sur lui d'appeler Yves.
"Allô ? Yves... Bonjour, c'est Jean"
"Bonjour Jean"
"As-tu les derniers résultats d'analyses" ?
"Oui, hélas aucune amélioration n'a été relevée, je suis désolé Jean... ton état ne s'améliore pas, je te fais parvenir par mail une autre prescription pour te soulager un maximum. Respecte les doses, c'est du costaud mais ça t'aidera. Je suis en lien avec l'hôpital le plus proche de chez toi, en cas de soucis, d'urgence ou autres, n'hésite pas à t'y rendre, ils me tiendront au courant".
"Ok Yves... j'espérais que... enfin, en même temps je ne me faisais pas trop d'illusions. Merci d'être présent et merci pour ton amitié, elle m'est précieuse" !
"De rien Jean, les amis c'est dans les bons et les mauvais moments qu'ils sont là. Je suis de tout cœur avec toi, sois fort, ne baisse pas les bras ! Tu connais le dicton ... tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir".
"Oui... on va dire ça ! Encore merci, je te tiens au courant" !
Abattu, Jean raccroche, ferme les yeux et tente de se vider l'esprit.
"Penser à autre chose, il faut que je pense à autre chose... saloperie de maladie" !
***
La matinée s'est écoulée, le déjeuner est pris dans la cuisine sous l'autorité de Louise qui ne quitte pas son patron du regard. Elle tente de savoir si le repas est à la hauteur de ses désirs, mais elle ne décèle rien dans l'attitude de Jean qu'elle connaît depuis des années. Charline a profité de ces quelques heures pour flâner dans le parc. Elle s'est mis en tête de faire l'amour à son hôte cet après-midi. Qui sait pense-t-elle, peut-être que cela lui plaira.
Jean et Charline comme prévu passe une grande partie de l'après-midi au bord de la piscine intérieur. Tous deux nus, Charline regarde Jean, hésite et se lance enfin.
"Jean ? Jean ! J'ai envie de toi... est-ce que tu te sens ... enfin est-ce que tu crois qu'à présent nous pouvons avoir un plus grand rapprochement" ?
"Je crois oui... ton corps est splendide, tes yeux sont magnifiques... Je pense que nous pouvons franchir le pas, si, et seulement si tu en as vraiment envie. Je ne veux pas de pitié, pas de relation comme ça, pour dire de le faire. J'éprouve quelque chose pour toi, je suis bien avec toi... il faut peut-être en profiter pendant qu'il est encore temps" !
Charline, du coin de l'œil peut constater qu'effectivement son hôte est prêt à passer à autre chose, étendu sur son transat son organe masculin ne laisse planer aucun doute. Elle prend l'initiative de se rapprocher, et, avec une infinie tendresse, elle commence à caresser son compagnon. Pour la première fois, ils font l'amour dans une parfaite osmose comme s'ils se connaissaient depuis des années.
"C'était bien" ?
"Oui Charline... même mieux que bien... durant un instant j'ai pu tout oublier" !
"Moi aussi j'ai perdu la notion du temps, du lieu et ... de tout le reste. Tu m'as donné beaucoup de plaisir Jean".
Le silence s'installe, heureux, les deux profitent de l'instant.
La semaine s'écoule ainsi, dans un calme relatif, avec quelques périodes difficiles à passer pour Jean. Ils font l'amour dès qu'ils en ont envie, dès que Jean le peut, parfois plusieurs fois dans la journée au point qu'à la veille du départ Charline déclare :
"Et bien dis-donc... Malgré ton traitement tu es un sacré étalon... Quel dommage que je dois partir demain, on était si bien. J'espère que tu ne regrettes rien de cette délicieuse semaine" !
"Je t'ai dit, je n'ai eu que peu d'expériences sexuelles... cette semaine m'a fait rattraper beaucoup de temps perdu et j'y ai pris un très grand plaisir à chaque fois. Tu es une femme merveilleuse Charline, tu exerces un superbe métier... venir en aide, soigner, écouter, ce n'est pas à la porter de tout le monde. Tu es un petit ange protecteur merci à toi" !
Charline reprend la route le lendemain. Les adieux sont douloureux, difficiles. Mais ils étaient prévus.
"Je ne m'attarde pas Jean... Je ne veux pas fondre en larmes devant toi. Sois fort, nous nous sommes aimés à notre façon, c'était merveilleux et cette semaine restera pour moi l'un des plus beaux moments de ma vie. Je ne regrette pas d'avoir répondu à ton annonce. Je te souhaite pour les prochaines rencontres, de profiter aussi pleinement des instants qui se présenteront et... dois-je te le dire... même si c'est mon souhait, quelque part cela me rend un peu jalouse" !
"Merci ma douce. Ne sois pas jalouse, tu as été une partenaire inoubliable, jusqu'à la fin tu resteras dans mon cœur. Fais attention à toi, profite de la vie, tu sais combien elle peut être courte. Allez... file où c'est moi qui vais pleurer" !
25 décembre 2010 - 13h30
Toujours dans la salle de repos, Delphine voit apparaître à nouveau l'infirmière.
"Désolée... c'est encore moi. Vos analyses de sang sont en cours, un premier résultat montre une petite anémie, tout à fait anodine, mais le médecin souhaite aussi faire une analyse d'urine... est-ce que je peux vous remettre ce flacon... et si vous pouvez le faire d'ici une heure ou deux avant que les personnels du labo qui sont d'astreinte ne quittent l'hôpital" ?
Bien que surprise, Delphine consent, tout en se demandant si on va la laisser tranquille quelques heures, elle a besoin de souffler, de réfléchir, de se remémorer ces dernières semaines. C'est presque vital pour elle car elle n'a qu'une peur, c'est que tous ces doux moments passés avec Jean ne s'effacent petit à petit. Elle sait bien que ce Noël ne pourra jamais disparaître de sa mémoire, mais ce sont les jours de bonheur qui risquent de s'estomper avec le temps.
"Oui bien entendu, je vous ferai ça... Vous n'auriez pas des nouvelles des PFG ? Je n'ai toujours revu personne au sujet de la suite à donner" ?
"Non, il y a eu plusieurs décès cette nuit hélas... je pense qu'ils sont forts pris et en sous effectif".
"Ok, mais vous pensez qu'ils vont passer quand même... J'aimerais pouvoir me changer je n'ai rien pris avec moi" ?
"Oui ne vous inquiétez pas Madame, les formalités sont toujours faites le jour même, il faut être patiente, et je crois que n'étant pas d'ici, et n'ayant pas de famille joignable, votre compagnon restera à la chambre mortuaire jusqu'à ... enfin jusqu'à ce que vous donniez les directives aux PFG" !
Delphine prend le flacon que lui tend l'infirmière et la remercie. La porte refermée, elle se love dans le fauteuil mis à sa disposition. Elle pense à Claude, à ce que lui a raconté Jean sur cette relation sans ambiguïté.
Au dehors, la neige a enfin cessé. Quelques voitures tentent de quitter les places de stationnement avec difficultés tant la poudreuse s'est épaissie tout au long de la matinée rendant la circulation délicate. Un frisson parcours Delphine... il va lui falloir regagner la bâtisse, revoir les objets que Jean aimait même s'ils ne lui appartenaient pas, entrer dans la chambre où elle l'a trouvé à l'agonie, revivre encore et encore les derniers instants. Elle préfère chasser cela de son esprit mais aucun souvenir heureux ne parvient à prendre la place. Chez elle, loin en région Centre, il n'y aura pas de sapin, pas de décoration, pas de repas. Décidément, elle n'a rien à quoi se raccrocher pour échapper à son chagrin.
17 octobre 2010 - Claude
Comme tout était calculé, Claude se présente au domaine le dimanche 17 octobre en début de matinée. Comme pour Charline, Jean l'attend, impatient. Il sait bien que là il ne se passera rien, mais il est heureux d'avoir accepté les conditions de sa nouvelle visiteuse. Il a toujours été convaincu qu'il n'y avait pas que le sexe entre un homme et une femme, qu'il pouvait y avoir autre chose, comme une amitié sincère. Bien qu'ayant de nombreuses femmes dans ses différentes entreprises, il n'a jamais pensé à jouer autre chose que le rôle du patron. Cette expérience nouvelle n'est donc pas pour lui déplaire.
Lorsqu'elle se présente, Jean voit apparaître une jolie femme de 30 ou 35 ans au visage doux, très doux, mais aussi très triste. Fine, grande, il se dégage d'elle une forme de grâce indéfinissable, un mélange de langueur qui pourrait passer pour de la nonchalance.
"Bonjour Claude" !
Ah, un sourire éclaire enfin son visage. Elle paraît tout de suite encore plus jolie.
"Bonjour Jean" !
"Je t'en prie, entre, ne reste pas dehors" !
Une fois à l'intérieur, les deux se font la bise, presque gênés. Jean procède de la même façon qu'avec Charline, il propose à Claude de visiter la maison, lui désigne la chambre où elle couchera, et lui indique qu'une fois installer ils feront ensemble le tour de la propriété. Claude accepte, elle ne semble pas bavarde. Jean trouve cela compréhensible, il faut du temps pour nouer un commencement de dialogue entre deux inconnus.
"Je te fais préparer un café dès que tu te seras installée dans ta chambre" ?
"Avec plaisir oui, je n'ai pas eu le temps de m'arrêter sur l'autoroute... j'avais un peu de retard au départ... j'avoue que j'ai hésité jusqu'au dernier moment pour venir".
"Je comprends Claude, ce n'est pas évident comme situation... j'aurais compris si tu n'étais pas venue, mais n'en parlons plus, tu es là... c'est l'essentiel ! Installe toi vite, je vais prévenir Louise que tu es arrivée, elle va nous servir le café avec quelques friandises pour attendre midi".
L'installation de Claude s'est faite tranquillement. Jean l'attend en bas, lorsqu'elle redescend elle n'a pas changé de tenue. Elle s'installe sans attendre devant le café.
"N'hésite pas, prend ce que tu veux, tu es ici chez toi, enfin, façon de parler puisque moi-même je ne suis pas chez moi" !
Claude avale son café, prend un croissant, regarde Jean :
"Tu n'es pas surpris ? Je veux dire, cela ne t'étonne pas que j'ai répondu à ton annonce en précisant qu'il ne se passerait rien entre nous ? Tu devais t'attendre à autre chose non" ?
"Non. J'ai bien précisé que j'avais envie de connaître d'autres expériences, mais tu as sans doute compris que je ne parlais pas que de sexe... une nouvelle expérience en amitié est plus importante sans doute encore si elle apporte un certain réconfort, et puis, depuis quelques temps, j'ai comme un esprit de partage qui m'habite" !
"Oui, c'est vrai, c'est bien pour ça que je t'ai répondu... Je t'expliquerai tout en détail pour que tu me comprennes et je t'écouterai de la même manière. Nous avons certains points en commun dans un certain sens".
C'est ainsi que Jean et Claude passent leurs journées. Pas une sortie, pas un resto... ils restent simplement dans la bastide. Même la piscine, Claude a refusé sans raison particulière, peut-être juste par timidité.
Au cours d'un repas, Jean demande enfin des choses plus personnelles, Claude se prête au jeu.
"Dis-moi... on parle on parle, et ce depuis plusieurs jours, mais on ne connaît rien l'un de l'autre ! Est-ce que tu es mariée" ?
Claude hésite un instant... elle savait que les questions plus ou moins gênantes allaient arriver, elle s'y était préparée, alors sans détour, après ce bref instant d'hésitation, calmement elle répond :
"Oui ! Enfin je l'étais. Je vais te raconter. Mon mari m'a quitté pour une autre femme il y a huit mois. Je suis tombée en dépression, j'ai perdu mon emploi, j'étais à bout et j'ai failli faire une bêtise. Par sécurité, mes enfants, oui j'ai deux garçons, ont été placés chez les parents de mon mari, enfin, aujourd'hui ce serait plutôt mon ex, et moi j'ai été placée en maison de repos durant dix semaines. A mon retour, j'avais pas mal d'impayés, le loyer entre autre, je n'avais aucun contact avec mes enfants sous prétexte que je leur faisais du tort... Enfin tu vois le genre" !
"Oui... je comprends, même si, il est évident que je ne peux pas me mettre à ta place" !
"Bref, mes amis et amies se sont éloignés de moi, quant à mes collègues de travail, aucun n'a pris de mes nouvelles. J'étais de plus en plus seule. Quand j'ai vu ton annonce, par hasard, je te rassure, je ne suis pas de celles qui cherchent des rencontres sur le net, je me suis dit que je pouvais t'être utile et que par la même occasion, cela allait me permettre de vider mon sac, même à un inconnu" !
Jean écoute, en lui même il plaint cette femme, encore jeune, encore belle.
"Alors tu n'as plus d'emploi ? Mais tu as encore un "chez-toi" j'espère" ?
Claude explique qu'elle a dû déménager, prendre un appartement plus petit, régler ses dettes. Et non, elle n'a plus d'emploi, juste quelques petites aides de l'État lui permettent de subvenir au quotidien.
"Mais je ne pleure pas sur mon sort Jean, je n'en ai pas le droit surtout vis à vis de toi, et puis, nous ne sommes pas ici pour ne parler que de moi" !
Jean raconte à son tour, parfois au déjeuner, parfois dans le parc, sa vie, une vie qu'il décrit comme triste, reconnaissant n'avoir jamais eu d'autres satisfactions que la réussite professionnelle.
Au matin du départ de Claude, Jean lui assure que tout va s'arranger, qu'elle traverse une sale période mais que le soleil pourra briller pour elle à nouveau. Après l'embrassade, Claude prend la direction de la gare. Les derniers gestes d'adieu adressés de part et d'autre, Jean regagne l'intérieur se précipite devant son ordinateur et prend quelques notes. Une fois fait, il appelle le nouveau PDG de son immense entreprise, qui, par le rachat de ses parts, est devenu le plus gros actionnaire.
25 décembre 2010 - 15h10
Le Directeur de PFG, cherche Delphine. Il la trouve attablée à la cafétéria au rez-de-chaussée.
"Désolé de vous déranger. Tout est prêt pour votre compagnon. Il repose à la maison funéraire où nous avons fait transporter le corps conformément aux instructions qu'il avait laissées".
"Pardon ? Vous l'avez emmené sans même me prévenir" ?
"Nous avons respecté toutes ses dernières volontés Madame. Il souhaitait être une dernière fois présentable avant la fermeture du cercueil. Nous avons donc pris toutes les dispositions, procédé aux soins de conservation et nous l'avons conduit à la chambre. Cela va vous permettre de rentrer et de vous reposer comme il faut. Nous sommes ouverts 24h/24. Dès que vous vous sentirez prête, vous pourrez venir pour la veillée funèbre... je crains cependant que vous ne soyez seule. En ce qui concerne l'incinération, celle-ci aura lieu au plus tard dans deux jours" !
"Bien, je vois que je n'ai plus qu'à suivre vos conseils. Merci Monsieur" !
"Tenez, voici notre carte et l'adresse de la maison funéraire. Nous vous y attendrons. Bon courage encore une fois" !
Alors qu'elle prend la carte, l'infirmière passe avec un étrange sourire figé sur les lèvres et lance un regard à Delphine avant de s'approcher. Un sourire que l'on pourrait prendre de circonstance, chargé de commisération mais aussi un tantinet joyeux.
"Nous aurons bientôt vos résultats d'analyses..."
Delphine ne lui laisse pas le temps de terminer sa phrase :
"Merci, mais on vient de m'annoncer que mon compagnon a été dirigé vers la chambre funéraire. Je vais donc rentrer chez moi un petit moment, histoire de changer de toilette et de prendre un peu de repos. Je vous laisse mon numéro de téléphone si besoin"...
Cette fois c'est l'infirmière qui interrompt Delphine :
"Inutile Madame, nous l'avons. Je pense que le médecin vous appellera d'ici peu. Je vous présente à nouveau toutes mes condoléances, je tiens aussi à vous féliciter pour votre courage durant cette épreuve. Mais gardez espoir, tout n'est pas triste, c'est Noël aujourd'hui, tentez de faire au mieux pour qu'il ne reste pas à jamais le plus sombre dans vos souvenirs" !
Tandis que l'infirmière termine sa phrase, le portable de Delphine vibre :
"Il faut que je réponde, désolé. Merci pour tout ce que vous avez fait, remercier aussi l'infirmière de nuit, elle a été d'une aide précieuse" !
L'infirmière se retire, Delphine ouvre l'écran de son portable :
"Delphine, c'est moi, Charline,
il faut que je t'appelle, en visio
si possible, dis moi quand
Bises et bon courage" !
Delphine ne perd pas un instant :
"Je rentre au mas, je prends une douche
et je t'appelle ! As tu des nouvelles de
Claude et de Myriam ?"
La jeune femme n'attend pas la réponse, après avoir regrouper ses affaires, mis le téléphone dans son sac à main, elle quitte l'hôpital pour regagner la location. L'appréhension est passée même si le chagrin reste présent. Elle a hâte de se changer et de connaître ce qu'a à dire Charline.
Myriam et Jean - 23 octobre 2010
Lorsque Myriam arrive au mas, Jean est au plus mal. Il n'a pas pu l'attendre sur le perron et c'est Louise, la cuisinière, qui l'accueille.
"Monsieur se repose, il traverse un mauvais moment. Suivez-moi, je vais vous montrer votre chambre" !
Myriam est une belle, très belle jeune femme d'une vingtaine d'années. Étudiante en Arts à Paris, elle vit dans un petit meublé où elle reçoit beaucoup de jeunes hommes et jeunes femmes. Lorsqu'elle a quitté la Province, elle s'est jurée de rattraper le temps perdu avec des parents autoritaires, intransigeants. Elle profite donc de la vie et de toutes les expériences qu'elle propose. Le message laissé par Jean sur le site de rencontre lui a ouvert une nouvelle voie. Elle s'est dit qu'après tout, essayer le sexe avec un homme beaucoup plus mûr devait être un truc à tenter. De plus, dans le Sud... elle n'a pas hésité et a répondu favorablement à l'annonce. En précisant qu'elle ne roulait pas sur l'or, Jean lui a annoncé qu'il prenait en charge l'ensemble du voyage et du séjour.
Pour l'heure, elle suit Louise qui d'un pas lent la conduit à sa chambre. A peine la porte ouverte, Myriam laisse échapper un cri d'admiration.
"C'est tout simplement somptueux... rien à voir mais rien à voir du tout avec mon studio" !
Louis n'écoute déjà plus, elle est repartie vaquer à ses obligations en précisant juste que le repas serait servi à midi.
Après une douche rapide, et après avoir enfilé une tenue décontractée laissant libre ses petits seins sous un tee-shirt blanc, Myriam entend frapper à la porte :
"Oui" !
"C'est Jean ! Je peux entrer" ?
"Oui oui ! Entrez" !
La porte s'ouvre et Myriam voit un bel homme pénétrer. Même si elle constate la blancheur de son teint et ses traits tirés, elle ne peut qu'être satisfaite. Il a bien sûr perdu de sa superbe par rapport à la photo sur le site, mais il est des plus séduisant.
"Bonjour... je suis en train de m'installer" !
"Oui je vois. On se fait la bise" ?
Myriam ne se fait pas prier et claque une bise sur la joue rasée de près. Sa main se pose, innocente, sur la poitrine de son visiteur. Elle peut sentir la masse musculaire des pectoraux encore présents.
"Merci d'avoir répondu à mon annonce. Je crois, si j'ai bien compris, que tu as une vie disons, trépidante à Paris... j'espère qu'elle le sera ici aussi durant ton séjour" !
La main descend sur les abdominaux :
"Je n'en doute pas Jean. Ne croyais pas que je suis une fille facile, mais je suis jeune, je pense être assez attirante, je veux profiter de la vie" !
Les doigts de Myriam sont passés en dessous de la ceinture, Jean n'a pas bougé.
"Nous avons le temps jeune fille... tu connais ma situation, tu sais ce que je souhaite, alors faisons en sorte que cela se passe au mieux" !
Myriam attire Jean à elle :
"Viens, j'ai hâte de savoir ce qu'un homme mûr peut m'offrir" !
***
Malgré les douleurs, malgré la fatigue, Jean a fait l'amour. L'espace d'un instant il en a oublié son mal. Myriam a su déployer tout ce qu'il fallait pour donner pleine satisfaction à son hôte. De son côté, Jean a retrouvé les plaisirs de toucher, caresser, pénétrer des chairs fermes, délicatement dessinées et subtilement parfumées.
Les deux amants vont, durant ces quelques jours, faire l'amour sans tabou, sans retenue, avec tendresse et surtout, beaucoup de compréhension de part et d'autre. Après chaque acte, ils parlent, il n'y a entre eux aucune gêne, et lorsque Myriam repart, Jean sait qu'il a été comblé, que les vides de sa vie sexuelle ont été remplis.
"On ne se perd pas de vue... je veux dire... on se téléphone" !
"Oui, tu auras bientôt de mes nouvelles Myriam... merci ! Merci mille fois pour le bonheur que tu m'as donné" !
"Ne me remercie pas Jean. J'ai pris énormément de plaisir et je regrette de devoir te quitter si tôt. Repose toi, fais attention à toi. Bisous" !
25 décembre 17h30
De retour au domaine, Louise est là avec la femme de chambre. Les deux sont en larmes. La jeune femme tente de les consoler mais sans résultat. Elles semblent inconsolables.
Delphine ne perd pas un instant de plus. Elle file sous la douche et laisse longuement couler l'eau chaude.
En sortant de la douche, nue sous sa chemisette, elle s'affale sur le lit, ouvre son ordinateur portable, entame la connexion lui permettant de joindre Charline... au bout de quelques minutes, en visio, Charline décroche.
"Bonjour Charline, heureuse de te voir enfin. Je n'ai pas beaucoup de temps, je dois m'habiller pour la veillée funèbre... fais vite" !
De l'autre côté de l'écran, Charline ne cache pas son impatience de raconter ce qu'elle a à annoncer à Delphine.
"Bonjour Delphine. C'est très triste que Jean soit ainsi parti, mais il faut que je te dise... J'ai eu Claude et Myriam entre midi et deux au téléphone... tu ne vas pas me croire" !
"Vas-y parle arrête de me faire languir" !
"Et bien Jean avait tout prévu !... mais tout tu comprends" ?
"Non, rien du tout ! je ne comprends rien du tout" !
"Bien je vais commencer par moi... tu vas vite comprendre la suite ! Tu sais que je suis infirmière libérale. J'ai beaucoup parlé avec Jean durant mon séjour et je lui ai expliqué que le plus difficile était de trouver un cabinet digne de ce nom pour exercer, pour m'agrandir aussi, je voulais prendre des associées, mais dans mes locaux actuels, cela n'était pas possible" !
"Ok, et alors" ?
"Alors, pas même une heure après ton message ce matin, j'ai reçu la visite d'un type en costume trois pièces... bon ça on s'en fout... bref... il m'a apporté un acte de propriété... C'est énorme tu sais ! Jean m'a offert un immense cabinet entièrement équipé. Il est à moi depuis plus d'un mois mais je n'en savais rien... Avec l'acte notarié, un simple mot dans une enveloppe... Il me dit "merci pour tout, sois heureuse et continue à venir en aide aux gens. Je t'embrasse : Jean" !
"Il ne pouvait pas savoir qu'il partirait le jour de Noël" !
"Il ne le savait pas... vivant ou mort, c'était juste son cadeau de Noël" !
"Mais quel rapport avec Claude et Myriam" ?
"Ben c'est simple... elles ont eu toutes les deux le même genre de visite exactement à la même heure... Claude a reçu un chèque d'un montant considérable et un contrat d'embauche en CDI pour un poste de DRH au sein de la société de Jean... de toute évidence il avait pris ses dispositions avec le PDG qui l'a remplacé" !
"C'est super pour elle, je sais qu'elle tirait le diable par la queue... Elle va pouvoir récupérer ses enfants alors" !
"Oui... et Myriam, ah, cette Myriam, si je n'avais pas envie de pleurer j'en rigolerais" !
"Et bien quoi Myriam" ?
"Elle a elle aussi reçu la même visite et à la même heure... Elle est aujourd'hui propriétaire d'un chalet en Suisse et d'une rente mensuelle à vie de 5000 €... elle n'a plus de soucis à se faire non plus" !
"C'est merveilleux pour vous... moi je n'ai eu qu'un message post-mortem où il me dit qu'il a pris des dispositions pour moi notamment, une galerie d'art qu'il m'a achetée... Je reviens, on vient de sonner à la porte je vais voir qui cela peut être"...
Delphine se rend à la porte d'entrée, au passage, elle constate que Louise et la femme de chambre sont encore en larmes dans la cuisine.
En ouvrant la porte, elle tombe nez à nez avec un grand type en costume trois pièces... elle ne tarde pas à faire le rapprochement avec ce que vient de lui dire Charline qui attend encore sans doute derrière son écran.
"Bonjour" !
"Bonjour ! Vous êtes Delphine" ?
"Oui, que puis-je pour vous" ?
"Rien, absolument rien... j'ai juste ces quelques plis à vous remettre" !
"Vous voulez entrer" ?
"Ce serait préférable, il y a quelques signatures à mettre sur certains documents" !
L'homme entre et s'installe à la place que lui désigne Delphine.
"Voilà... Le premier pli concerne une galerie d'arts à Marseille... Mr Jean en a fait l'acquisition à votre nom, il me faudrait donc votre signature à la fin du document officiel" !
Delphine blêmit... tout ce passe comme son compagnon l'avait prévu. Elle paraphe les pages et signe la dernière.
"Ensuite, il y a ce document aussi... mais... restez assise" !
"Je suis trop émue, je n'avais donc pas l'intention de me lever" !
"Cela tombe bien... Alors en quelques mots, vous venez également de devenir la propriétaire de ce domaine... Oui oui... l'opération a été faite devant notaire il y a trois semaines pour une somme conséquente permettant ainsi à ce bien de vous revenir sans rétractation possible de la part des vendeurs. Vous êtes donc ici chez vous... et vous avez de plus ces documents à signer qui indique que vous gardez les employées de maison sur place, lesquelles percevront mensuellement leur rémunération ce à quoi il a jugé bon d'ajouter une belle prime. Enfin, le dernier document, la rente annuelle que vous lègue Monsieur Jean, une rente qui devrait vous ôter tous soucis de trésorerie pour de longues années" !
Comme si elle était ailleurs, Delphine, blanche, tremblante, signe tous les documents alors que l'homme est déjà debout.
"Voilà... notre notaire aura l'occasion de vous contacter dans les jours à venir. Je vais par conséquent vous demander de rester encore quelques temps ici après les funérailles. Je reprends les dossiers, ne vous dérangez pas je connais le chemin".
Les jambes molles, Delphine remonte à l'étage... elle annonce à Charline la nouvelle d'une voix brisée.
"Mais c'est magnifique. Il aura su, malgré tout, faire de ce Noël un Noël tout à fait particulier. Quel homme c'était" !
Delphine n'a pas le temps de répondre, on sonne à nouveau à la porte...
L'infirmière de nuit est là, en tenue civile, un large sourire illumine son visage.
"Re bonjour Madame... pardon de vous déranger mais, le médecin m'a demandé de venir vous annoncer la nouvelle de vive-voix... Je n'ai pas beaucoup de temps... non non... je n'entre pas, je dois retourner prendre mon service... Voilà... Les résultats de votre prise de sang sont excellents. Vous êtes en parfaite santé et... le bébé aussi" !
Un voile blanc passe devant les yeux de Delphine avant qu'elle ne perde connaissance.
Épilogue - 25 décembre dix ans plus tard 11h20
Elles sont là toutes les quatre en ce jour de Noël, sous un ciel gris et affreusement triste, l'air est particulièrement frais et la pluie menaçante. Elles sont accompagnées de Jéhane, la petite de Delphine et de Jean. Une petite qui a les yeux et les cheveux de son père mais le sourire de sa mère.
Sur l'immense monument funéraire, on peut y lire cette épitaphe : "La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas. Il sonne pour toi".Une citation du poète britannique du XVIe siècle John Donne. C'était l'un des auteurs anglais préférés du père de Jean et c'est lui qui avait fait inscrire cela sur le monument fermé par une imposante grille en fer forgé. Là où repose toute la famille à l'ombre de grands cyprès.
Comme cela était convenu, Delphine a fait procédé à la crémation de son cher Jean. Elle a récupéré l'urne funéraire et a donné rendez-vous aux trois jeunes femmes en Bretagne juste à la fin de la cérémonie. Elles étaient toutes les quatre présentes lorsque Delphine quelques semaines plus tard, déversa les cendres de Jean dans l'immensité de l'océan.
Après les obsèques et la dispersion des cendres où elles étaient là encore ensemble, elles sont restées en contact, se sont revues de plus en plus souvent. Trois ont fait leur vie au final et ont plutôt bien réussi grâce à Jean. Elles se sont mariées mais n'ont rien oublié de cette aventure hors du commun. Delphine est restée célibataire, et malgré les années passées, elle est toujours une très belle femme qui tient par la main sa fillette, l'enfant de l'amour. Delphine était partie pour lui donner le prénom féminin de son père, "Jean/Jeanne"... mais trouvant que c'était désuet elle a finalement opté pour Jéhane, prénom qui lui va très bien.
Si elles se retrouvent toutes ensemble aujourd'hui devant le monument, c'est pour rendre hommage à Jean. Même s'il n'y repose pas, c'est le seul endroit où elles peuvent venir lui parler, un peu comme si il y était.
"Bonjour Jean... comme tu vois, ou comme tu le vois peut-être de là-haut, nous sommes toutes là. Dix ans déjà que tu es parti, dix ans qu'avec toi l'amour s'en est allé pour moi. Oh non, ne t'en fais pas, je ne suis pas à plaindre, grâce à toi si bref fut-il, j'ai connu le grand, le véritable amour. Jéhane, ta fille, me parle sans cesse de toi, me pose mille et une questions... J'ai si peu de choses à lui raconter que cela me fait peine. Alors je lui réponds toujours que tu as été l'homme de ma vie et probablement celui qui m'a fait le plus beau des cadeaux en me donnant une fille. Je suis heureuse Jean, surtout ne t'en fais pas et à chaque soir de Noël, je me souviens de l'instant où j'ai appris ce que tu avais laissé en moi,... ta petite bouteille à la mer" !
Les filles ont écouté sans vouloir interrompre Delphine. Elles n'ont pas plus de souvenirs qu'elle, tout a été si bref, mais si fort. Il n'y a pas grand chose à ajouter.
Charline, dont quelques rides plissent le front à présent, dépose à l'entrée du monument la gerbe qu'elles ont toutes les quatre choisie. Elle fut la première des partenaires éphémères de Jean. Il semblait logique à chacune que ce geste lui revienne. Delphine elle, dépose simplement une rose rouge, symbole de l'amour éternel qu'elle porte au père de Jéhane.
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Commentaires ()

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Photo de profil de Donatien A.F. de Sade
Donatien A.F. de Sade
14 janvier 2023 à 12:55
J'ai bien aimé la recherche en amont sur les termes médicaux, sauf si vous êtes médecin ou que vous travaillez en santé et que vous connaissiez déjà ces termes, comme les transaminases et la vitesse de sédimentation (bien que pour ce dernier examen, il est de plus en plus remplacé par des tests comme la mesure de la protéine C-réactive, aussi appelé CRP, ou encore de la procalcitonine, qui permettent d’évaluer l’inflammation de façon plus précise).

Il y a, dans cette histoire, un certain niveau de compréhension médical qui me laisse à penser que vous travaillez dans ce domaine, ou tout du moins que vous avez connu ces types de cancers, si ce n'est du fait d'une recherche sur le sujet. Malheureusement, les cancers dont souffre Jean ne comportent que très peu de chance de rémission, et les chances de guérir dépendent de l'endroit où se situe la tumeur, de son stade d'évolution et de sa composition.

C'est pourquoi, à la lecture comme quoi la chimio peut ralentir la progression de ces cancers, ce qui est vrai, me fait penser à ce que je disais, que vous faites possiblement parti du corps médical ou que vous avez fait de grandes recherches sur le sujet avant l'écriture de l'histoire.
La lettre de Jean à Delphine sur les souvenirs comparés aux marées de l'océan, j'ai bien aimé, très bien aimé. J'aime beaucoup ce genre de métaphore qui me rejoint totalement.

***

Ce conte, bien que triste, car oui il m'a fait verser des larmes autant pour les deux chapitres, en partie car il m'a fait repenser à ma grand-mère qui est décédée le 25 décembre 2012, à ma cousine qui a été fauchée par un délit de fuite en décembre 2018, et à une petite amie très chère qui a été emporté jadis, lorsque j'étais plus jeune, par le cancer en décembre, mais cette lecture m'a apporté également de la joie car elle est tellement bien composée.

Elle est très bien écrite, la trame narrative est excellente, la douleur est descriptive à souhait, les personnages évoluent bien, les descriptions sont juste ce qu'il faut pour rendre l'histoire saisissante et le tout est cohérent. De plus, j'aime bien ces "turn back the pendulum" de la narration intercalée que vous avez su employer à très bon escient, les paragraphes qui remontent dans le passé et qui reviennent au présent. C'est très bien joué. Tout est en délicatesse, en finesse. J'ai ajouté cette histoire à mes favoris sans aucun doute. La douleur et l'amour vont si bien ensemble, ils se complètent.

Selon l'une de mes poésies préférées, et c'est un peu ce que Delphine a vécu;

"Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur.
Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,
Que ta voix ici-bas doive rester muette.
Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots."

On dit souvent qu'il ne faut pas en faire trop, qu'on ne doit pas se perdre dans les détails car ils ruineraient l'ensemble, mais c'est faut car le manque de détail est réellement ce qui nuit aux histoires. Il faut seulement apprendre à manier bien l'écriture pour mettre les détails aux bons endroits, comme vous l'avez fait ici. C'est l'un des meilleurs chef-d'œuvre que j'ai lu sur le site. Les hypotyposes sont à se damner. Ils nous font vivre l'action avec une intensité comme j'en ai que rarement lu dans les histoires du site.

Lorsque j'ai lu que Delphine allait bien aux vue de ses résultats médicaux et que le bébé allait bien aussi, j'ai sauté de joie littéralement. Je m'attendais à ce qu'il y ait une mauvaise nouvelle pour elle, quoique j'espérais une bonne nouvelle, mais je ne me serais jamais douté d'une telle nouvelle. Jéhane, en mémoire de Jean, que c'est touchant. Au moins, Delphine peut chérir sa fille qu'elle a eu avec Jean. Un autre cadeau d'adieu, fruit et résultat de leur union, de leur amour.
Et que dire de la citation de John Donne. Je comprend maintenant pourquoi le père de John, l'un des protagonistes principaux du récit, a prénommé son fils ainsi, en mémoire de son auteur favori.

Un mot de la fin, bien que j'ai éprouvé toutes sortes d'émotions, et je met le focus sur les émotions, elles n'ont pas seulement qu'été tristes, il y en a qui m'ont fait éprouvé du plaisir. Donc, le but est doublement atteint.
J'espère juste ne pas finir comme Jean, car je focalise un peu trop, peut-être, sur le travail. Ce serait triste cette fin. Bon, il est vrai que contrairement à lui, je m'amuse un peu en charmante compagnie, si vous voyez ce que je veux dire. Sur ce point, au moins, je n'ai rien à rattraper. ^^
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
11 janvier 2023 à 01:20
Conclusion, Durandal Maître Emotions qui réussit avec brio à faire couler les larmes des endurcis. Mon seul regret est de ne pouvoir mettre un énorme j'aime.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Durandal71
Durandal71
10 janvier 2023 à 06:08
Merci pour ce charmant commentaire qui me touche. Comme beaucoup, j'ai vécu des Noëls particulièrement difficile après le départ d'êtres chers, même si tout est inventé ici, le chagrin qu'on éprouve au moment des fêtes est lui bien réel. Bonne journée à vous et encore merci.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Jane Does
Jane Does
9 janvier 2023 à 12:10
Qu'il est doux de lire des histoires... qu'il est difficile de ne pas se sentir tout petit parfois devant ce qui nous dépasse...
Un grand bravo pour un texte qui nous emporte dans des sentiments que l'on voudrait ne jamais montrer.
Et pourtant... l'essentiel est là, avec ses moments de faiblesse et ses glandes lacrymales qui n'en font qu'à leur tête....

Enfin... les mouchoirs jetables sont là pour nous rappeler que la vie ne se résume pas aux joies quotidiennes.

Bravo !
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Utilisateur supprimé
5 décembre 2022 à 10:08
Le premier chapitre est émouvant. Le second l'est tout autant et d'une tristesse qui nous remue les entrailles. Ces allers retours dans l'histoire sont parfaits. Un texte parfaitement maîtrisé. Bravo :)
Soyez respectueux
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Ced6782
4 décembre 2022 à 17:30
Très beau bravo
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Lucifer88
1 décembre 2022 à 09:39
Histoire touchante mais aussi une leçon de vie. Jean semblait tout avoir dans la vie mais il s'est rendu compte trop tard qu'il n'avait rien de véritable valeur en fait. Enfin pas l'essentiel. Son regret qu'il exprime lorsqu'il apprend qu'il arrive a la fin du chemin en est révélateur.

Créer des liens forts et passionnés avec autrui, vivre de belles aventures ensemble, les moments précieux avec les personnes qui nous sont chères et voir grandir ses enfants... Des cadeaux qui n'ont pas de prix et trop souvent sous estimés. Bref voilà pour mon interprétation de cette belle histoire.

Bravo pour ce récit Durandal !
Soyez respectueux
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MaxenceC
30 novembre 2022 à 20:59
Belle histoire émouvante de belle facture.
Ah que d'émotions !
Soyez respectueux
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bombons
29 novembre 2022 à 19:27
Quelle belle et émouvante histoire. Il est rare de lire un texte avec autant d’émotions sur le site. La trame narrative est parfaite, et me rappel grâce aux flash-back, le film de Claude Sautet ‘’les choses de la vie’’, pour moi une référence. Merci !
Soyez respectueux
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pianist75
29 novembre 2022 à 09:10
Très beau et émouvant récit.
Soyez respectueux
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