Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'appel à la jouissance — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'appel à la jouissance
Chapitre 1
Son tandem, son amie, il la voit comme un miroir sincère, une amitié depuis longtemps débarrassée des précautions d'usage et même décomplexée depuis qu'ils se sont dégoupillés l'un à l'autre, comme deux obus qui ont eu un jour l'idée ou l'envie de se croquer en même temps, une nuit, même deux. (Pour tout savoir de ce dégoupillage en règle, je vous encourage à lire ma première histoire, pour redonner toutes ses lettres de noblesse à la fellation). Dès lors, ils se racontent des histoires pas possibles et qui pourtant font partie de leur vie secrète, avec une grosse part de vérité et toujours un zeste d'exagération. Et pourtant, ce soir-là, son récit le met mal à l'aise. Lui, l'ami, il s'est habitué à tout entendre, par moments, il croit la connaître, il connaît cette folie qui vous vient du corps, qui vous transforme le temps d'une nuit en un autre, qui vous consume comme un astre pressé d'éclore pour être furtivement puissant et mourir bientôt.
Ce récit impudique, il l'a déjà entendu, il la sait capable de vivre ces moments. Car elle est gourmande, curieuse, passionnée, séductrice, affranchie autant qu'est attachée, complexe, complexée, menteuse, peureuse, gâtée. Il la connaît dans ses entêtements, il sait qu'elle ne l'écoute pas tellement, qu'il n'a rien à lui apprendre, qu'ils sont deux malheureux êtres qui cherchent à vivre, à aimer et qui n'aspirent par moments qu'à jouir librement.
Ce soir-là, son histoire n'est pas plus épicée qu'une autre histoire, il la croit capable de se donner rapidement à un inconnu qui recherche la même chose qu'elle, une baise rapide, imprégnée de tous les clichés de la culture porno, dans une arrière-salle glauque avec même le secret espoir de se faire surprendre, nue, avilie, haletante. Il la croit également capable d'avoir tout inventé, il la cherche dans la sincérité, parfois, il la perd et, parce qu'il n'est pas sûr d'avoir tout compris, de ce qu'elle a voulu lui dire à travers ce récit cru, il rentre chez lui avec plusieurs questions qui le mettent mal à l'aise.
Quelques jours plus tard.
C'est un hôtel bon marché dans le centre historique d'une ville arabe. La nuit est calme, de temps un klaxon, un crissement de pneus, un raclement métallique, le bruit lointain d'une climatisation. Il vient d'éteindre la lumière. Un bref dilemme intérieur, mais ce soir, c'est décidé, il ne se branlera pas, les draps sentent la javel, le lit est trop étroit, lui-même est déjà assez sale et malodorant, il n'a pas envie de s'y vautrer, il est même trop fatigué pour faire marcher son imagination.
Il est réveillé en pleine nuit par un cri de femme. C'est un cri qu'il connaît bien. Il ignore sa nationalité, mais elle jouit. Elle jouit ou elle se fait jouir, à ce stade, la question se pose encore. Elle jouit, elle jouit bruyamment et tient à le faire savoir aux chambres voisines, du moins pour ceux qui l'écoutent. Qui est cette femme qui partage son cri grave, ses gémissements profonds, sa jouissance intime au beau milieu de la nuit ? Seule certitude, c'est un cri vrai, pas de risque de le confondre avec les gémissements crapuleux d'un porno. Autre recoupement, elle occupe la chambre vingt et une, à côté de la sienne. Tant pis pour les draps mouillés, il se décide d'accompagner cette musicienne. Dans un tempo lent, sa main guide sa baguette qui n'est plus souple depuis qu'il remobilise son imagination à partir des cris réguliers de cette femme généreuse. C'est le gémissement d'une femme seule, il le tient de souvenirs rassemblés depuis près de quinze ans.
Quinze ans plus tôt.
Son amoureuse s'était dérobée ce matin-là à son envie trop pressante de la sauter de bon matin. Il n'avait même pas mis les formes et c'est logiquement qu'elle s'était fermée à son désir bestial qui reflétait sa muflerie de la veille où ils avaient tous bien bu. Refroidi, il avait rejoint leurs amis, déjà affairés au petit-déjeuner. Il avait parlé fort pour oublier sa déception matinale. Il eut soudain envie de s'excuser, de se blottir contre elle. Ne l'avait-elle pas entendu venir ? Que souhaitait-elle lui montrer ? Allongée sur le dos, elle se doigtait énergiquement, avec violence même, son gémissement n'était même pas étouffé, elle l'assumait aux sues de tous, alors que leurs amis pouvaient survenir à tout moment. Lui qui se pensait décomplexé, s'effaça avec gêne. Elle rêvait peut-être de quelqu'un d'autre, il n'était pas question de s'immiscer dans les affaires privées d'une femme de vingt ans qui se rêve dans les bras d'un homme (ou d'une femme).
Lui n'avait jamais caché à ses copines ses penchants solitaires, mais s'était donné comme règle de ne pas partager ces moments. Quelques fois, l'envie était trop forte, le sommeil de l'autre trop lourd, l'appétit du désir trop intense, il prenait plaisir à souiller les draps avec le possible espoir que l'autre s'en aperçoive, lui donne sa bénédiction, l'imite même. Une seule fois, elle comprit ce qu'il manigançait, elle se tourna vers lui les yeux grands ouverts, d'un air doux et compréhensif. Il se tourna vers elle, ferma les yeux, s'oublia. Du fond du cœur, il la remercia secrètement.
Dans la chambre 21, l'appel à la jouissance redoublait de plus belle.
Dans ces circonstances, il convoqua également un autre souvenir, intense, plus proche. Ils avaient eu la semaine précédente un rapport si intense, qu'il n'y avait pas l'ombre d'un doute. La semaine suivante donc, il avait proposé de la raccompagner chez elle, il était donc entendu qu'elle attendrait de lui qu'il se comporte comme une bête. Aussi, fut-il terriblement frustré quand elle lui indiqua la direction de la chambre voisine et la place d'un lit d'ami qu'il n'était pas. Il ruminait sa déception quand le sommeil le prit. Comme cette nuit, un cri profond le réveilla. Comme cette nuit, était-ce une invitation ? Un hymne à la jouissance fraternelle ? Un plaisir égoïste ? Un acte sadique ? Une manifestation de soi aux yeux du monde ? Cette fois-ci, il voulut en avoir le cœur net. Il surgit nu dans sa chambre, dont la porte était largement entrouverte. Elle fit mine de ne pas remarquer sa présence, mais elle ne pouvait l'ignorer, car il s'astiquait bruyamment, il gémissait aussi.
Sans le regarder, elle haussa le son. Il lui emboîta le pas. Chez certains, la masturbation frise le grotesque. Pour eux, ce soir-là, ce fut un moment de partage intense, dans leur rapport intime à leur corps, ils se sentaient sincères et vivants, ils hurlaient leur désir teinté de rage. Elle maîtrisait à la perfection son excitation, il se calquait sur son rythme et pendant de longues minutes, son sexe crachait des cris sauvages. Elle le regarda enfin sans manifester le moindre étonnement ni même d'autre expression de visage qu'une femme concentrée sur son plaisir. Il admirait son aisance à maîtriser sa jouissance au milieu d'une telle sauvagerie. D'un regard, elle lui demanda de s'approcher. Ma lectrice, mes lecteurs, mon tandem, s'attendent peut-être à ce que cette femme le suce à présent. Ils en seront pour leurs frais, car, pour ce soir, c'est elle décide du scénario. Il a bien compris qu'il ne servait à rien de vouloir l'influencer.
Elle s'abandonne à son orgasme tout en gardant les yeux bien ouverts. Elle veut voir cet homme en face tel qu'il est dans sa complexité : généreux, fragile, puissant, paumé, pervers, jouisseur. Un cri de libération pour tous les deux. Un déchargement sonore. Son visage éclaboussé. Sa main pour l'étaler sur son sexe, sur leurs visages, sur leurs corps, elle le mange, il se laisse faire.
Dans cette chambre d'hôtel bon marché, dans cette nuit, il est dans tous ses rêves et avec cette femme qui jouit en solitaire, gravement, puissamment. Il en est désormais certain, elle est seule, elle défie les lois de l'attraction masculine dans cette société machiste. Au milieu de ses gémissements, quelques mots en arabe pour s'encourager, c'est peut-être une plainte, un acte de résistance, qui sait ? Un moment de liberté dans une vie trop surveillée ? Que sait-il finalement de cette femme qu'il imagine marocaine ? Inutile de décrire une nouvelle fois la jouissance solitaire de cet homme qui s'autorise lui aussi, dans des draps javellisés, à partager son plaisir... Ils seront deux à se parler à travers la cloison, par une jouissance sonore décomplexée, qu'ils souhaitent partager et partager bruyamment entre eux et à monde entier.
Le lendemain matin, salle du petit-déjeuner.
Elle est assise face à lui, pianote sur son smartphone, indifférente aux regards. Un visage fin, des lèvres généreuses, des cheveux longs, une femme d'origine marocaine sans aucun doute. Mais une femme d'affaires ? Une consultante internationale ? Une femme habituée aux petits-déjeuners médiocres des capitales méditerranéennes. Sans un regard pour lui et ceux qui l'entourent, elle remet au gardien la clé de la chambre vingt et une, son taxi est arrivé, elle ramasse sa veste, elle partagera peut-être son plaisir dans les bras d'un homme ou seule dans un hôtel d'une autre capitale. Il lui souhaite. Du regard, il la voit s'engouffrer dans l'ascenseur, et il l'encourage à répandre son plaisir dans tous les hôtels de la terre.
Cette sainte femme libre s'en va. Dans le registre du jour, un nom arabe et une organisation, US AID.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
J'aime vraiment bien ta plume, tu trouves toujours le bon tempo,Lebon rythme dans chacune de tes phrases.
Donc, je m'abonne !
Bravo pour ton récit, je me suis laissée porter :).