Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Des pirates très particuliers... — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Des pirates très particuliers...
Chapitre 1
Au large de la Barbade, 1662.
J'ai beau regarder dans chaque direction, le résultat est le même. L‘océan, l'océan à perte de vue. C'est d'ailleurs le même spectacle depuis trois jours, soit depuis qu'un ouragan a frappé le vaisseau de commerce où j'avais pris place pour me rendre sur Sainte-Lucie dans les Antilles. Je suis probablement l'unique survivant d'un navire de cent cinquante âmes, ceci dit je devais aussi être l'un des seuls à savoir nager et surtout à avoir trouvé un grand pan de bois flottant sur lequel me réfugier. Les ailerons qui passent parfois paresseusement près de mon instable petit refuge me renseignent sur le sort des autres. Heureusement l'ouragan avait été accompagné de pluie et mes vêtements s'en étaient bien imbibés. Mais j'ai eu beau tout essorer encore et encore il ne me reste plus rien depuis hier. J'ai défait un long cordon de ma veste et en y fixant un clou j'ai fabriqué un hameçon rudimentaire. Heureusement qu'en tant que fils cadet j'ai souvent trainé avec les pêcheurs et les marins de ma petite ville bretonne et que j'ai appris assez de choses pour survivre. J'imagine mon ainé ou mes cousins si férus de bals, de salons, aucun d'eux n'aurait survécu dans ma situation.
Situation qui est bien loin d'être favorable. D'abord je ne sais pas où je me situe, les vents ayant pu m'envoyer bien loin de la route prévue. Bien sûr les courants devraient me renvoyer vers les îles mais ce pourrait aussi être vers les possessions espagnoles voire sur les côtes sauvages de l'Amérique du Sud. Et si une voile apparait je ne peux que prier afin que ce soit un vaisseau de commerce. Un vaisseau espagnol signifierait être pendu à la grande vergue quant à un esquif pirate ce pourrait être tout ou rien !
J'ai finalement réussi à prendre un poisson et à la remonter avant qu'il ne soit happé par un plus grand et cela me redonne vaguement des forces. Un bout de chemise mouillé d‘eau de mer sur ma tête me protège vaguement d'un soleil écrasant tout comme un vague reste de vareuse sur mes épaules. C'est d'ailleurs ce vague bout de tissu que j'agite au-dessus de ma tête, quand je vois en début de soirée une voile au loin. Un éclat de lumière me fait comprendre qu'une lunette m'observe et la course du vaisseau change. Je sais assez les choses de la mer pour comprendre que n'ai plus longtemps à attendre et savoir si ce sera la vie ou la mort pour le fils cadet des De Minihic. Le vaisseau dispose d'un seul mât mais charge de la toile ce qui me fait penser à un cotre., excluant de facto un gros vaisseau marchand. Quand il se rapproche et que je vois sa voile principale teintée de rouge cela exclut non seulement un vaisseau de guerre mais surtout confirme l'identité du vaisseau pirate et ce même pour moi qui vient directement de France. Les autres passagers ont assez glosé sur le terrible pirate Roberts, le massacreur des Antilles, le dévoreur d'enfants pour que je comprenne le funeste destin qui m'attend. Tout en restant debout, l'esprit de ma lignée derrière moi je me demande quand même pourquoi venir vers moi, une manœuvre comme celle que le cotre a fait coûtant des forces et du temps mais bon je vais le savoir dans un instant…
Quand le cotre s'approche je vois qu'il a en remorque un canot que je reconnais immédiatement comme celui que quelques passagers ont pris juste avant l'arrivée de l'ouragan, j'imagine donc d'autres survivants mais encore une fois je verrais bien. En attendant on me lance une corde je la saisis et grimpe tout seul en serrant les dents, peut-être veut-on voir si je suis assez costaud pour le faire. Quand j'arrive sur le pont, la tête me tourne et puis je vois deux choses. La première est le petit groupe compact de passagers et le troisième lieutenant venant du Belle-Amie dont je viens de quitter le reste de bois m'ayant sauvé la vie et l'autre est le fait que tous les autres matelots ou presque sont des femmes.
Oui, des femmes ! Et une bonne quarantaine au moins. Des femmes de toutes origines et de toutes couleurs de peau. Elles me paraissent nombreuses à être dans la vingtaine mais bon nombre sont aussi plus âgées ; en tout cas les deux ou trois pirates mâles que je vois ont tous les cheveux blancs voire absent pour l'un d'entre eux. Je me sens scruté, jaugé par tout cet aéropage et curieusement j'espère que mon aspect dû à cette période seul sous un soleil cuisant ne donne pas de moi une image trop faible. Car presque instantanément je comprends que je dois apparaitre à mon avantage et j'ai une pensée pour une jeune débutante à son premier bal ! Je sais que je suis grand, mince et plutôt musclé, des cheveux noirs avec un catogan et que mon visage m'a valu un bon nombre d'aventures galantes mais est-ce que cela suffira ? J'ai l'intuition qu'il n'y a pas que cela.
Si la plupart des femmes sont vêtues d'un pantalon court et d'une large chemise ouverte dévoilant une partie de leur poitrine d'autres n'ont qu'un pantalon. Je n'ai jamais vu autant de seins de toute ma vie ni autant de jolies femmes. Par contre toutes arborent des sourires moqueurs et échangent entre elles à notre sujet des quelques mots en anglais ou en français que je saisis au vol. Celles qui entourent le groupe de survivants portent sabres, pistolets ou piques d'abordage et je gage qu'elles savent s'en servir au vu de leur air assuré et de leur musculature tonique. Je n'avais jamais eu vent d'un équipage de pirates femmes ce qui est logique puisqu'il n'y a jamais eu de survivants pour parler d'amazones pirates.
Une femme plus âgée que les autres, aux cheveux presque ras, tatouée sur le corps et étonnamment musclée s'avance et me fait signe de la hache qu'elle porte de rejoindre le groupe ce que je fais péniblement. Elle porte un foulard rouge autour du cou et j'en déduis que ce doit être un signe de son rang à bord. Je me place au bout de la rangée et la même femme nous crie alors en français de jeter nos armes sur un tas. Je ne cherche pas à jouer au petit rusé et je jette les deux couteaux que je portais dans des étuis de ceinture. Puis je me baisse et extrait un petit couteau d'un étui de cheville et que je pose aussi sur le tas.
Le commandement suivant est crié en plusieurs langues par les femmes qui nous regardent et je quitte mes habits enfin mes haillons que je pose devant moi. Comme je m'y attendais on entend un clong quand un de mes voisins jette sa veste et, vive comme un serpent une jolie petite asiatique sors un coutelas de ses affaires. Coutelas qui, une seconde plus tard est planté dans la poitrine du marchand sous les applaudissements des spectatrices. Un matelot entre deux âges et à l'air de brute sors alors une lame et va pour planter la jeune fille mais à peine a-t-il fait un pas qu'une hachette se fixe dans son crâne et qu'il s'effondre. Les autres se dépêchent alors de se mettre nus sous les rires et les commentaires graveleux des femmes. Nous ne sommes plus que six, nus comme Adam.
La femme que j'imagine Bosco ou quartier-maître lance alors un tonitruant « Allez tenez vous droit mes jolis « au double sens évident. Soudain, une femme arrive de l'arrière et se porte devant nous. Elle porte aussi un pantalon – noir dans son cas -, une chemise rouge nouée par une large ceinture de tissu dévoile la superbe vallée entre ses seins mais une ceinture de cuir supporte son sabre et une hachette d'abordage. Elle est plutôt grande, rousse avec une natte courte, porte un tricorne de cuir et surtout est sans nul doute la plus jolie femme que j'ai jamais vue malgré la longue cicatrice sur le côté gauche de son visage. Ses yeux sont verts et me semblent froids comma la glace. A moins d'être idiot on comprend que c'est elle la capitaine. Mais certains ne comprendront jamais rien et le gros marchand qui durant toute la traversée c'est présenté comme le plus riche de Dinan crie qu'il veut voir le chef. Un court silence suit ses mots et un éclat de rire général y met un terme avant qu'un revers de sabre ne mette aussi un terme à sa vie.
Désormais cinq, la rouquine stoppe devant le premier de la rangée, un matelot au faciès rougeaud et lui fait :
- C'est toi qui as tripoté les deux passagères ?
- Ben c'était qu'des femmes quoi !
En même temps qu'elle lui tranche la gorge d'un geste limpide et surtout très rapide je comprends que deux femmes ont survécu et que leur sauvetage n'a précédé le mien que de très peu. Elle s'approche ensuite du second matelot et lui lance :
- Et toi aussi ?
- Crève charogne !
Mais encore une fois il n'a pas le temps d'esquisser un geste qu'il est déjà au sol, la gorge ouverte. Elle s'adresse au dernier marchand et lui fait
- Alors on fait du trafic d'esclaves ?
- Mais ils n'ont donc pas d'âmes !
La sienne le quitte quand une femme très grande et forte, aux longs cheveux nattés à la peau presque bleue tant elle est sombre lui plante sa pique dans la poitrine.
La rousse regarde ensuite le tout jeune troisième lieutenant et lui demande s'il est prêt à travailler dur. Il baisse les yeux et réponds que oui sous les rires des autres.
- Et bien mes amies voilà l'occasion d'un peu d'animation. Vigie, rien en vue ?
- Rien Capitaine !
- Gamia donne lui un bâton et va t'amuser avec lui.
La belle africaine au visage scarifié de guerrière s'exécute et, elle-même munie d'une arme similaire vient vers lui. Il ne lui faut que quelques secondes pour faire voler le bâton de l'autre et l'assommer sous les hourras.
Enfin, elle s'approche de moi et fais :
-Et donc notre naufragé, tu sais faire quoi ?
A travers mes lèvres gercées par le soleil j'arrive à croasser quelques mots
- Matelotage, pêche, écrire et lire, aide à la cuisine…
Elle m'interrompt : - Tu lis le latin ?
- Oui.
Une lueur passe dans ses yeux émeraude et elle rajoute rapidement
- J'ai vu tes couteaux, et un bâton tu sais t'en servir mieux que lui ?
L'espace d'une seconde, nos yeux se croisent et malgré la faiblesse je soutiens son regard puis réponds - Oui.
- Mes filles ont dirait qu'il va y avoir un peu plus de spectacle, ne triche pas ! Allez Bosco prends les paris.
J'ai beau regarder dans chaque direction, le résultat est le même. L‘océan, l'océan à perte de vue. C'est d'ailleurs le même spectacle depuis trois jours, soit depuis qu'un ouragan a frappé le vaisseau de commerce où j'avais pris place pour me rendre sur Sainte-Lucie dans les Antilles. Je suis probablement l'unique survivant d'un navire de cent cinquante âmes, ceci dit je devais aussi être l'un des seuls à savoir nager et surtout à avoir trouvé un grand pan de bois flottant sur lequel me réfugier. Les ailerons qui passent parfois paresseusement près de mon instable petit refuge me renseignent sur le sort des autres. Heureusement l'ouragan avait été accompagné de pluie et mes vêtements s'en étaient bien imbibés. Mais j'ai eu beau tout essorer encore et encore il ne me reste plus rien depuis hier. J'ai défait un long cordon de ma veste et en y fixant un clou j'ai fabriqué un hameçon rudimentaire. Heureusement qu'en tant que fils cadet j'ai souvent trainé avec les pêcheurs et les marins de ma petite ville bretonne et que j'ai appris assez de choses pour survivre. J'imagine mon ainé ou mes cousins si férus de bals, de salons, aucun d'eux n'aurait survécu dans ma situation.
Situation qui est bien loin d'être favorable. D'abord je ne sais pas où je me situe, les vents ayant pu m'envoyer bien loin de la route prévue. Bien sûr les courants devraient me renvoyer vers les îles mais ce pourrait aussi être vers les possessions espagnoles voire sur les côtes sauvages de l'Amérique du Sud. Et si une voile apparait je ne peux que prier afin que ce soit un vaisseau de commerce. Un vaisseau espagnol signifierait être pendu à la grande vergue quant à un esquif pirate ce pourrait être tout ou rien !
J'ai finalement réussi à prendre un poisson et à la remonter avant qu'il ne soit happé par un plus grand et cela me redonne vaguement des forces. Un bout de chemise mouillé d‘eau de mer sur ma tête me protège vaguement d'un soleil écrasant tout comme un vague reste de vareuse sur mes épaules. C'est d'ailleurs ce vague bout de tissu que j'agite au-dessus de ma tête, quand je vois en début de soirée une voile au loin. Un éclat de lumière me fait comprendre qu'une lunette m'observe et la course du vaisseau change. Je sais assez les choses de la mer pour comprendre que n'ai plus longtemps à attendre et savoir si ce sera la vie ou la mort pour le fils cadet des De Minihic. Le vaisseau dispose d'un seul mât mais charge de la toile ce qui me fait penser à un cotre., excluant de facto un gros vaisseau marchand. Quand il se rapproche et que je vois sa voile principale teintée de rouge cela exclut non seulement un vaisseau de guerre mais surtout confirme l'identité du vaisseau pirate et ce même pour moi qui vient directement de France. Les autres passagers ont assez glosé sur le terrible pirate Roberts, le massacreur des Antilles, le dévoreur d'enfants pour que je comprenne le funeste destin qui m'attend. Tout en restant debout, l'esprit de ma lignée derrière moi je me demande quand même pourquoi venir vers moi, une manœuvre comme celle que le cotre a fait coûtant des forces et du temps mais bon je vais le savoir dans un instant…
Quand le cotre s'approche je vois qu'il a en remorque un canot que je reconnais immédiatement comme celui que quelques passagers ont pris juste avant l'arrivée de l'ouragan, j'imagine donc d'autres survivants mais encore une fois je verrais bien. En attendant on me lance une corde je la saisis et grimpe tout seul en serrant les dents, peut-être veut-on voir si je suis assez costaud pour le faire. Quand j'arrive sur le pont, la tête me tourne et puis je vois deux choses. La première est le petit groupe compact de passagers et le troisième lieutenant venant du Belle-Amie dont je viens de quitter le reste de bois m'ayant sauvé la vie et l'autre est le fait que tous les autres matelots ou presque sont des femmes.
Oui, des femmes ! Et une bonne quarantaine au moins. Des femmes de toutes origines et de toutes couleurs de peau. Elles me paraissent nombreuses à être dans la vingtaine mais bon nombre sont aussi plus âgées ; en tout cas les deux ou trois pirates mâles que je vois ont tous les cheveux blancs voire absent pour l'un d'entre eux. Je me sens scruté, jaugé par tout cet aéropage et curieusement j'espère que mon aspect dû à cette période seul sous un soleil cuisant ne donne pas de moi une image trop faible. Car presque instantanément je comprends que je dois apparaitre à mon avantage et j'ai une pensée pour une jeune débutante à son premier bal ! Je sais que je suis grand, mince et plutôt musclé, des cheveux noirs avec un catogan et que mon visage m'a valu un bon nombre d'aventures galantes mais est-ce que cela suffira ? J'ai l'intuition qu'il n'y a pas que cela.
Si la plupart des femmes sont vêtues d'un pantalon court et d'une large chemise ouverte dévoilant une partie de leur poitrine d'autres n'ont qu'un pantalon. Je n'ai jamais vu autant de seins de toute ma vie ni autant de jolies femmes. Par contre toutes arborent des sourires moqueurs et échangent entre elles à notre sujet des quelques mots en anglais ou en français que je saisis au vol. Celles qui entourent le groupe de survivants portent sabres, pistolets ou piques d'abordage et je gage qu'elles savent s'en servir au vu de leur air assuré et de leur musculature tonique. Je n'avais jamais eu vent d'un équipage de pirates femmes ce qui est logique puisqu'il n'y a jamais eu de survivants pour parler d'amazones pirates.
Une femme plus âgée que les autres, aux cheveux presque ras, tatouée sur le corps et étonnamment musclée s'avance et me fait signe de la hache qu'elle porte de rejoindre le groupe ce que je fais péniblement. Elle porte un foulard rouge autour du cou et j'en déduis que ce doit être un signe de son rang à bord. Je me place au bout de la rangée et la même femme nous crie alors en français de jeter nos armes sur un tas. Je ne cherche pas à jouer au petit rusé et je jette les deux couteaux que je portais dans des étuis de ceinture. Puis je me baisse et extrait un petit couteau d'un étui de cheville et que je pose aussi sur le tas.
Le commandement suivant est crié en plusieurs langues par les femmes qui nous regardent et je quitte mes habits enfin mes haillons que je pose devant moi. Comme je m'y attendais on entend un clong quand un de mes voisins jette sa veste et, vive comme un serpent une jolie petite asiatique sors un coutelas de ses affaires. Coutelas qui, une seconde plus tard est planté dans la poitrine du marchand sous les applaudissements des spectatrices. Un matelot entre deux âges et à l'air de brute sors alors une lame et va pour planter la jeune fille mais à peine a-t-il fait un pas qu'une hachette se fixe dans son crâne et qu'il s'effondre. Les autres se dépêchent alors de se mettre nus sous les rires et les commentaires graveleux des femmes. Nous ne sommes plus que six, nus comme Adam.
La femme que j'imagine Bosco ou quartier-maître lance alors un tonitruant « Allez tenez vous droit mes jolis « au double sens évident. Soudain, une femme arrive de l'arrière et se porte devant nous. Elle porte aussi un pantalon – noir dans son cas -, une chemise rouge nouée par une large ceinture de tissu dévoile la superbe vallée entre ses seins mais une ceinture de cuir supporte son sabre et une hachette d'abordage. Elle est plutôt grande, rousse avec une natte courte, porte un tricorne de cuir et surtout est sans nul doute la plus jolie femme que j'ai jamais vue malgré la longue cicatrice sur le côté gauche de son visage. Ses yeux sont verts et me semblent froids comma la glace. A moins d'être idiot on comprend que c'est elle la capitaine. Mais certains ne comprendront jamais rien et le gros marchand qui durant toute la traversée c'est présenté comme le plus riche de Dinan crie qu'il veut voir le chef. Un court silence suit ses mots et un éclat de rire général y met un terme avant qu'un revers de sabre ne mette aussi un terme à sa vie.
Désormais cinq, la rouquine stoppe devant le premier de la rangée, un matelot au faciès rougeaud et lui fait :
- C'est toi qui as tripoté les deux passagères ?
- Ben c'était qu'des femmes quoi !
En même temps qu'elle lui tranche la gorge d'un geste limpide et surtout très rapide je comprends que deux femmes ont survécu et que leur sauvetage n'a précédé le mien que de très peu. Elle s'approche ensuite du second matelot et lui lance :
- Et toi aussi ?
- Crève charogne !
Mais encore une fois il n'a pas le temps d'esquisser un geste qu'il est déjà au sol, la gorge ouverte. Elle s'adresse au dernier marchand et lui fait
- Alors on fait du trafic d'esclaves ?
- Mais ils n'ont donc pas d'âmes !
La sienne le quitte quand une femme très grande et forte, aux longs cheveux nattés à la peau presque bleue tant elle est sombre lui plante sa pique dans la poitrine.
La rousse regarde ensuite le tout jeune troisième lieutenant et lui demande s'il est prêt à travailler dur. Il baisse les yeux et réponds que oui sous les rires des autres.
- Et bien mes amies voilà l'occasion d'un peu d'animation. Vigie, rien en vue ?
- Rien Capitaine !
- Gamia donne lui un bâton et va t'amuser avec lui.
La belle africaine au visage scarifié de guerrière s'exécute et, elle-même munie d'une arme similaire vient vers lui. Il ne lui faut que quelques secondes pour faire voler le bâton de l'autre et l'assommer sous les hourras.
Enfin, elle s'approche de moi et fais :
-Et donc notre naufragé, tu sais faire quoi ?
A travers mes lèvres gercées par le soleil j'arrive à croasser quelques mots
- Matelotage, pêche, écrire et lire, aide à la cuisine…
Elle m'interrompt : - Tu lis le latin ?
- Oui.
Une lueur passe dans ses yeux émeraude et elle rajoute rapidement
- J'ai vu tes couteaux, et un bâton tu sais t'en servir mieux que lui ?
L'espace d'une seconde, nos yeux se croisent et malgré la faiblesse je soutiens son regard puis réponds - Oui.
- Mes filles ont dirait qu'il va y avoir un peu plus de spectacle, ne triche pas ! Allez Bosco prends les paris.
Gamia s'avance vers moi et lance une feinte à laquelle je ne laisse pas prendre et réponds rapidement faisant s'entrechoquer nos armes car un bâton bien manié est une arme mortelle. Tout mon être me crie que je ne dois pas me montrer servile ou faible. Mais en même temps je ne peux la blesser sinon je ferais sans doute connaissance avec les requins ce qui rajoute de la difficulté. C'est donc un jeu un peu tronqué car elle n'y va pas de main morte et je me sens de plus en plus faible. Elle y va tant et si bien qu'un sein lourd et bien ferme s'échappe de sa chemise mais je reste concentré. Désormais et en dehors du bruit du vaisseau et des vagues seul le bruit du choc des bâtons résonne. J'ai passé tellement de temps à m'entrainer au bâton et à l'escrime avec les soldats du château familial puis avec différents maîtres d'arme que je reste ferme et ne me laisse pas distraire par certaines qui exhibent leurs appâts pour me déconcentrer. Mais d'un coup et alors même que chacun a reculé, tout commence à tourner autour de moi, je tente de rester debout mais je vacille et m'effondre sur moi-même vaincu par ces jours d'enfer.
L'Africaine écarte le bâton que mes doigts sans force ont lâché et me saisit le visage avant de dire :
- Je crois que celui-là n'a rien avalé depuis longtemps. En tout cas il a été courageux malgré son état.
- Bon que les anciens s'en occupent et attention m'a tout l'air d'être un rusé renard.
Ce sont les derniers mots que j'entends avant de sombrer dans un bienheureux néant. Des cris me font vaguement reprendre conscience et, en même temps qu'on me donne doucement à boire, j'entends une voix masculine me dire de me reposer. Je réponds au conseil en replongeant dans le néant. Finalement le brouillard cotonneux dans lequel je suis plongé se dissout et mes yeux s'ouvrent sur un des vieux matelots. Il me sourit et je lui renvoie le sien. Comme je vais pour parler il lève la main et me fait :
- Si tu l'as pas encore compris gamin, nous sommes à bord du Liberté le vaisseau du Capitaine Roberts. Tout son équipage à part moi et quatre compagnons sont des femmes et crois-moi ce sont de sacrées combattantes. Si toi et le petit officier vivez encore c'est parce qu'elles ont vu quelque chose en vous en dehors de la chair fraîche achève t'il en riant.
Le même cri que j'ai entendu dans ma semi-hébétude retentit encore plusieurs fois.
- Ah ton compagnon vit encore !
- Tu as parlé de chair fraîche, elles sont, elles sont cannibales ?
Le vieux part dans un rire sonore et doit même essuyer des larmes avant de me reprendre :
-Toi tu pourras te vanter de m'avoir fait rire aux larmes et je ne vais pas être le dernier, mais non idiot quand je parlais de chair fraiche je voulais dire autre chose, t'as une belle gueule t'est quand même pas puceau ?
L'Africaine écarte le bâton que mes doigts sans force ont lâché et me saisit le visage avant de dire :
- Je crois que celui-là n'a rien avalé depuis longtemps. En tout cas il a été courageux malgré son état.
- Bon que les anciens s'en occupent et attention m'a tout l'air d'être un rusé renard.
Ce sont les derniers mots que j'entends avant de sombrer dans un bienheureux néant. Des cris me font vaguement reprendre conscience et, en même temps qu'on me donne doucement à boire, j'entends une voix masculine me dire de me reposer. Je réponds au conseil en replongeant dans le néant. Finalement le brouillard cotonneux dans lequel je suis plongé se dissout et mes yeux s'ouvrent sur un des vieux matelots. Il me sourit et je lui renvoie le sien. Comme je vais pour parler il lève la main et me fait :
- Si tu l'as pas encore compris gamin, nous sommes à bord du Liberté le vaisseau du Capitaine Roberts. Tout son équipage à part moi et quatre compagnons sont des femmes et crois-moi ce sont de sacrées combattantes. Si toi et le petit officier vivez encore c'est parce qu'elles ont vu quelque chose en vous en dehors de la chair fraîche achève t'il en riant.
Le même cri que j'ai entendu dans ma semi-hébétude retentit encore plusieurs fois.
- Ah ton compagnon vit encore !
- Tu as parlé de chair fraîche, elles sont, elles sont cannibales ?
Le vieux part dans un rire sonore et doit même essuyer des larmes avant de me reprendre :
-Toi tu pourras te vanter de m'avoir fait rire aux larmes et je ne vais pas être le dernier, mais non idiot quand je parlais de chair fraiche je voulais dire autre chose, t'as une belle gueule t'est quand même pas puceau ?
- Heureux de t'avoir fait rire. Non et c'est juste que je ne suis pas encore bien frais.
- Hé sans mes soins tu risquais fort d'y passer.
- Et maintenant ?
- Maintenant elle va te donner le choix. Vivre avec nous ou…
- Une mort rapide ou plus lointaine quoi.
- Oui, mais beaucoup d'activités mon gars.
Son clin d'œil égrillard fait écho aux cris de plaisir venant du pont et je demande encore.
- Moi aussi je vais servir aux joies de l'équipage ?
- Oh elles ont jouées et c'est le carré qui t'as gagné. Tu vois il y a celles qui sont avec nous les anciens, celles qui sont entre elles, l'équipage et le carré. Tu sais gamin, moi j'étais maitre voilier et je crevais comme un vieux chien galeux à la Martinique, j'ai été pris à bord après une cuite et pour tout l'or du monde je voudrais pas repartir.
Je le regarde, l'air en forme malgré son âge et sa jambe de bois, arborant un large sourire et comprends ce qu'il veut dire…
Soudain, il se lève, sors et je sens comme un flux d'air glacé.
- Bien remis matelot ?
- Oui merci Capitaine.
Mais J'ai senti sa légère inflexion sur le mot matelot et je me souviens qu'en dehors de mes vêtements qui ne sont pas ceux d'un matelot, elles ont recueilli deux passagères qui forcément m'ont croisé lors de la traversée. Aussi je rajoute car je sens que mentir à cette femme serait une erreur
- Mais même si je sais me débrouiller dans la mâture, je suis le cadet désargenté d'un hobereau de province qui cherchait juste à faire sa place.
- Au moins tu ne mens pas ! Bon j'imagine que jambe de bois t'as raconté notre situation. Notre liberté te gène ?
- Un philosophe dirait que vous l'avez gagné, qui suis-je pour y redire. Je suis prêt à m'engager.
- Il vaudra mieux et si tu suis nos règles ta vie pourra se poursuivre voire plus. Enfin, tant que tu comprends le sens du nom de ce vaisseau.
- Le Liberté.
- C'est un nom d'espoir pour toutes les femmes car aucune n'est libre en dehors de ce cotre. Esclaves noires arrachées à leurs terres, esclaves de leurs pères et de leurs maris, domestiques soumises, jouets de luxure pour soudards ou marchands. Ici c'est différent. D'ailleurs tu fais partie du carré désormais.
- Tout comme le petit lieutenant appartient à l'équipage ?
- Exactement. Mais nous aussi avons jouées entre nous… Elle se retourne alors et crie :
- Gamia viens célébrer ta victoire…
- Hé sans mes soins tu risquais fort d'y passer.
- Et maintenant ?
- Maintenant elle va te donner le choix. Vivre avec nous ou…
- Une mort rapide ou plus lointaine quoi.
- Oui, mais beaucoup d'activités mon gars.
Son clin d'œil égrillard fait écho aux cris de plaisir venant du pont et je demande encore.
- Moi aussi je vais servir aux joies de l'équipage ?
- Oh elles ont jouées et c'est le carré qui t'as gagné. Tu vois il y a celles qui sont avec nous les anciens, celles qui sont entre elles, l'équipage et le carré. Tu sais gamin, moi j'étais maitre voilier et je crevais comme un vieux chien galeux à la Martinique, j'ai été pris à bord après une cuite et pour tout l'or du monde je voudrais pas repartir.
Je le regarde, l'air en forme malgré son âge et sa jambe de bois, arborant un large sourire et comprends ce qu'il veut dire…
Soudain, il se lève, sors et je sens comme un flux d'air glacé.
- Bien remis matelot ?
- Oui merci Capitaine.
Mais J'ai senti sa légère inflexion sur le mot matelot et je me souviens qu'en dehors de mes vêtements qui ne sont pas ceux d'un matelot, elles ont recueilli deux passagères qui forcément m'ont croisé lors de la traversée. Aussi je rajoute car je sens que mentir à cette femme serait une erreur
- Mais même si je sais me débrouiller dans la mâture, je suis le cadet désargenté d'un hobereau de province qui cherchait juste à faire sa place.
- Au moins tu ne mens pas ! Bon j'imagine que jambe de bois t'as raconté notre situation. Notre liberté te gène ?
- Un philosophe dirait que vous l'avez gagné, qui suis-je pour y redire. Je suis prêt à m'engager.
- Il vaudra mieux et si tu suis nos règles ta vie pourra se poursuivre voire plus. Enfin, tant que tu comprends le sens du nom de ce vaisseau.
- Le Liberté.
- C'est un nom d'espoir pour toutes les femmes car aucune n'est libre en dehors de ce cotre. Esclaves noires arrachées à leurs terres, esclaves de leurs pères et de leurs maris, domestiques soumises, jouets de luxure pour soudards ou marchands. Ici c'est différent. D'ailleurs tu fais partie du carré désormais.
- Tout comme le petit lieutenant appartient à l'équipage ?
- Exactement. Mais nous aussi avons jouées entre nous… Elle se retourne alors et crie :
- Gamia viens célébrer ta victoire…
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Commentaires ()
Merci pour cette belle introduction et au plaisir de suivre la suite des aventures de ces Amazones des mers, de ces femmes libres avant tout :)
j'attends la suite avec impatience !
bravo
Vivement la suite