Hermaphrodite
Chapitre 1 · Le droit à la différence
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✦ Jane Does Hermaphrodite XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Hermaphrodite — Chapitre 1 · Le droit à la différence

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Jane Does
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Hermaphrodite

Chapitre 1 · Le droit à la différence

Encore une histoire bancale qui prend fin. Et plus rapidement que je ne le voudrais. J'ai à vingt-six ans l'impression que je refais chaque fois les mêmes erreurs. J'attire donc tous les loosers de la terre ? Pourtant celui-là, avec son air de petit saint, il me plaisait bien. Notre nuit agitée en est une preuve flagrante. Mais voilà, à la question qui me parait sensée au petit matin, un retour implacable.
— On va se revoir quand Jauris ?
— Ben… il faut que je t'avoue un truc… tu es belle, tu me plais bien. Mais je suis marié !
— Quoi ? Mais hier soir lors de notre rencontre… tu m'as bien dit être célibataire, non ?
— On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre, ma belle… mais je veux bien que tu deviennes ma maitresse en titre. Tu as un beau cul et tu baises bien !
La moutarde me monte au nez !
— Fous le camp !
— Quoi ?
— Tire-toi ! Allez dégage.
— Oh là ! On se calme, la pétasse ! C'est juste un petit mensonge de rien du tout.
Il est là, à poil sur le drap, à se tripoter la nouille. Ça me fiche hors de moi. Ce type s'est encore bien foutu de ma gueule et merde… je suis chez moi ! Alors ses grands airs, il peut se les carrer là où je pense. Je chope ses fringues, les roule en boule et j'ouvre la porte de mon appartement.
— Dégage ! Tu as compris, tu te tires.
— Hé ? Qu'est-ce que tu fais avec mes vêtements ?
— Je les balance dehors et si dans dix secondes tu n'as pas pris le même chemin, je me mets à hurler. J'ameute tous les voisins en faisant un raffut du diable.
— Mais… tu en avais autant envie que moi, d'un bon coup de bite, non ?
— Je te préviens, je compte jusqu'à trois et après, je crie si fort que tout l'immeuble va rappliquer.
— Ça va, j'ai compris ! Donne-moi mes vêtements que je me refringue, au moins chez toi.
— Non ! Tu vas te rhabiller dans le couloir.
— T'es vraiment une grande cinglée, toi ! Franchement…
— Fous le camp ! Et vite ! Un… deux…
Il passe devant moi, l'air plutôt en rogne. Mais ce n'est rien à côté de la hargne qui m'anime. Il sort enfin sur le palier et je lui balance ses frusques sur le coin du museau, puis je claque la porte violemment à son nez et à sa barbe. Il bougonne dans le couloir, mais pas trop fort. Sans doute qu'il remet son froc et sa liquette. Je retourne dans la chambre, arrache les draps du plumard, et ce crétin frappe de nouveau à ma porte. Je n'ouvre pas, lui demande ce qu'il veut, à travers la lourde.
— Mes chaussures, bon sang, Camille, je ne peux pas partir en chaussettes.
— Dégage, je vais te les lancer par la fenêtre.
— Mais… t'es au premier étage…
— Je m'en tape… fiche moi le camp.
Et je repousse la porte qui sépare ma cuisine du hall d'entrée. J'entrouvre la fenêtre, attrape les pompes et en jetant un coup d'œil dans la cour, histoire de ne pas assommer un voisin qui serait malencontreusement dans celle-ci, je jette ces deux godasses sur les pavés quelques six ou sept mètres plus bas. Le gus gesticule sous mes regards furibards, récupère ses chaussures et enfin s'éloigne de mon lieu d'habitation. Ça m'apprendra à faire trop confiance aux mecs beaux parleurs. Mais je suis coutumière du fait. Si au moins il avait eu la franchise de me l'avouer avant… zut ! C'est fait, c'est fait, il ne m'a pas violée non plus. C'est mon amour propre qui a pris du plomb dans l'aile une fois de plus.
Dans le tas de linge que je porte dans la panière de la salle de bain, un slip… celui de ce foutu Jauris, dont j'ai même un doute réel sur son identité désormais. Celui-là ne va pas aller souiller ma machine à laver, non ! C'est directement à la poubelle qu'atterrit le chiffon qui pourtant lui faisait hier soir… un beau cul à ce foutu con ! Un soupir plein de toutes mes rancœurs fuse de ma gorge et je refais le bilan de cette chevauchée nocturne. Il avait du bagout, savait si bien parler, trop puisque je m'y suis laissé prendre. Mais je me jure que c'est fini. Ça n'arrivera plus, je ne vais pas me trainer tous les crétins de la terre entière, tout de même. Je jure, un peu tard surement, que l'on ne m'y reprendra plus.
Mais je sais au fond de ma caboche que c'est un serment d'ivrogne. Je suis toujours prête à retomber dans mes petits travers. Une gueule d'ange, trois tirades et c'est l'affaire qui court. Mais qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour n'avoir sur ma route que des sales types qui ne cherchent rien d'autre qu'une nuit à passer dans mon pieu ? Je me promets d'être plus rigoureuse… ou méfiante à l'avenir. Vœux pieux, qui risquent bien de n'être suivis d'aucun effet… je suis incorrigible dans ce domaine. Remets-toi ma vieille ! Ce n'est pas la fin du monde non plus. Juste un pauvre type qui trompe sa femme, mais qui se couche surement dès qu'elle claque des doigts… ils sont si nombreux.
— xXx —
Cette mésaventure est derrière moi depuis quelques semaines déjà. Et je suis toujours sur la défensive. Clara, ma collègue de bureau fête ses trente ans et je fais partie d'un groupe très fermé de ses invités. Une soirée où je vais pouvoir me dérider un peu, avec une flopée de gens que je connais peu ou prou. Les risques sont donc limités. Et puis… pas question de me laisser aborder de toute façon par n'importe quel clampin. Je passe donc chez mon fleuriste en sortant du boulot, et en ressors avec un bouquet de roses. Puis… un saut chez moi, histoire de me refaire une beauté. J'ai depuis quelques jours un paquet pour la belle dame avec qui je cohabite dans l'agence qui nous emploie. Clara est amoureuse des beaux bouquins, alors celui que j'ai dégoté, une édition spéciale d'un grand auteur français, ça devrait lui plaire.
Le rendez-vous chez mon amie est prévu pour vingt heures et j'ai donc du temps devant moi pour une douche et un ravalement de façade que je veux le plus somptueux possible. Histoire de ne pas paraitre trop « vieille fille » aux yeux de ses autres invités. Et c'est donc juste à l'heure, politesse oblige, que je débarque chez le couple qui a déjà une demi-douzaine de personnes dans sa salle à manger. Elle me présente à ceux qui ne me connaissent pas et pour les autres, je m'en accommode. Son mari Ghislain est affable, élégant et souriant. Il va et vient, avec un mot gentil pour tous les invités de son épouse. Sans être des proches, nous nous fréquentons de temps à autre. Je le vois donc qui discute avec une jeune femme brune, tout comme moi.
Je m'approche de la table où sont servis des rafraîchissements et pour ce faire je dois passer tout près des deux-là qui stoppent leur conversation à mon approche. Alors Ghislain en profite pour me présenter la femme avec qui il parle.
— Ah, Camille, viens donc par là. Je te présente une amie de Clara… Claude ! Claude, voici Camille la collègue de bureau de Clara.
— Enchantée, alors Camille. Clara me parle souvent de vous…
— Heureuse de faire votre connaissance donc Claude. Par contre, je dois admettre que Clara s'est montrée très discrète en ce qui vous concerne… jamais elle n'a fait allusion à vous.
— Oh… peut-être un sentiment de honte.
— De honte, dites-vous ?
— Bon… les filles, veuillez m'excuser, je me dois aussi aux autres invités de ma louloute… je vous laisse en tête à tête !
— D'accord, Ghislain… c'est vrai que tu es très occupé… vous voulez bien trinquer avec moi Camille ?
— Naturellement ! Je n'ai pas saisi votre… allusion à la honte !
— Oh ! Laissons cela de côté, voulez-vous, j'ai parfois la langue trop bien pendue. Et puis… c'est délicat.
— Comme vous voulez ! Que cela ne nous interdise pas de lever nos verres en l'honneur de notre trentenaire préférée.
— Oui… elle entre dans la catégorie des anciennes désormais… et je suis seulement plus jeune qu'elle de six mois, jour pour jour.
— Je vois… à la santé donc de notre Clara… nationale.
Les autres invités ne semblent guère s'intéresser à nous, deux nanas dans un coin. Ça bourdonne un peu tout autour de la table et finalement cette femme me donne une contenance. Nous buvons une coupe gentiment, puis notre hôtesse ouvre ses cadeaux. Ses yeux pétillent devant l'écrin que vient de lui remettre son homme. Un bracelet… magnifique. Puis viennent les sempiternels châles et autres pièces de lingerie que seules des femmes savent dénicher. C'est au tour de mon bouquin d'être mis en pleine lumière et je vois sur les lèvres de ma collègue une risette. Vraie satisfaction puisqu'aussitôt dans l'assemblée hétéroclite qui peuple sa salle à manger, son regard vient à la rencontre du mien.
Un merci muet souligne ses lippes et je sais que j'ai touché juste. Claude qui reste à mes côtés a suivi elle aussi, les quinquets de celle avec qui je bosse. Elle penche la tête vers mon oreille. Je réalise là qu'elle est grande et me dépasse d'une bonne demi-tête.
— Je crois que votre présent lui a fait plus plaisir que tous les autres… Oh… excepté celui de Ghislain, bien entendu.
— Ce n'est qu'un livre, vous savez !
— Oui ? Alors vous avez du gout en la matière. Clara aime les beaux objets. Mais… puis-je vous demander quelque chose ?
— Faites, faites, je vous en prie.
— Peut-être pourrions-nous nous tutoyer ? Sauf si bien sûr ça vous gêne… ce serait plus sympa, non ? Après tout, nous faisons partie des amies de notre amie, alors…
— Oui, oui évidemment ! C'est d'accord… et puis nous avons un autre point commun, n'est-ce pas ?
— Ah ?
— Oui, nos prénoms !
— Nos prénoms ?
— Ils sont mixtes… Camille et Claude peuvent aussi bien être portés par des hommes que des femmes.
— Tiens, c'est vrai ça… je n'avais pas vraiment compris, mais tu as bougrement raison. L'ambiguïté de la chose… c'est cocasse…
—…
Elle laisse tomber ce mot « cocasse » d'un ton qui me surprend. Mais pas question que je relève et lui pose la question de savoir pourquoi. Nous reprenons une autre coupe et puis un traiteur débarque avec un diner digne d'un bon restaurant. Claude s'est tout simplement installée à ma droite à table et l'ambiance est à la bonne humeur. Enfin, après le repas, la longue table est poussée contre le mur du fond, ainsi que les sièges. Une piste de danse improvisée et nous voici avec des cavaliers qui nous guident. Rien d'extraordinaire, quelques pas esquissés en nous trémoussant gentiment sur les accords suaves des CD que la chaine nous crachouille. À diverses reprises, je croise la nana qui a diné près de moi et j'ai la nette impression qu'elle ne me quitte pas des mirettes.
Dans la pénombre qui englue la salle, je sens peser son regard sur moi, avec une insistance qui me dérange un peu. Puis dès que l'occasion se présente, elle revient vers moi, seule.
— Tu veux bien que nous dansions toutes les deux ?
— Euh…
Pas vraiment le temps de réagir, puisqu'elle me prend dans ses bras d'autorité, sous l'œil agacé d'un grand échalas qui s'apprêtait à me quémander un slow. Bon ! Elle sait ce qu'elle veut et nous tournons donc sur le parquet improvisé, au rythme lent d'une danse qui nous colle l'une contre l'autre. Sa joue est douce qui effleure la mienne. Je mets ça sur le compte de la mélodie et de l'euphorie créées par les verres d'alcool absorbés au cours de la soirée. Et je me laisse bercer par cette cavalière qui me conduit de main de maitre. Nos contorsions corporelles durent un long moment et quelques invités finissent par se rhabiller pour quitter les lieux. J'en profite de mon côté pour accoster Clara et Ghislain.
— Clara, c'était une très belle fête. Merci ma belle… et à toi aussi Ghislain… mais il se fait tard et je dois rentrer. On se revoit au bureau la semaine prochaine. Merci pour ce bon moment.
— C'est moi ma chérie qui doit te remercier… ton cadeau est… très original et j'ai adoré… tu me connais presque aussi bien que mon homme…
— Oh ! Je sais ton amour pour les livres… alors ce n'était pas trop compliqué.
— Tu fais gaffe en rentrant chez toi ! Tu es venue en voiture ?
— Non… Je n'habite pas au bout du monde et puis… j'ai commandé un taxi… pas de risque de prendre le volant avec un peu trop de boisson.
— C'est plus prudent, tu as raison… mais si j'osais…
— Oui Ghislain ? Tu veux me demander quelque chose ?
— Ben… Claude réside pas très loin de ton quartier, ça te dérangerait de la reconduire chez elle, enfin qu'elle prenne la même voiture que toi ?
— Ben… non bien sûr ! Et puis sans mentir, elle a l'air très sympathique…
— Oh, elle l'est. C'est parfait. Je ne me voyais pas ressortir en voiture à cette heure tardive… Merci pour ma Clara… tu es une chouette collègue de boulot, ma jolie… et quand donc irons-nous à tes noces, Camille… ?
— C'est mal barré, à mon sens. Pour cela, je dois encore dénicher l'introuvable… l'oiseau rare… et avec le pot que j'ai… je ne suis pas près de le découvrir, celui-là.
— Sait-on jamais ? Bon, ma belle merci et… à lundi donc. Merci aussi pour Claude !
— De rien et… bonne fin de nuit à vous deux.
Dans le hall d'entrée, ma nouvelle amie me suit immédiatement. Dehors le chauffeur de taxi nous attend déjà. Nous quittons la maison du couple vers une heure du matin, et assises toutes les deux à l'arrière du véhicule, je me tasse contre la portière. Est-ce juste une impression ? Cette Claude ne me colle-t-elle pas un peu plus que la normale ? Sa cuisse se frotte à la mienne, ramenant à la surface mes doutes quant à la promiscuité de sa joue plus tôt lors de nos slows. Bizarre tout de même ! Et puis zut, je dois me faire un film. Une nana ne peut pas me draguer aussi éhontément… ou du moins se lover contre moi telle une chatte. Je n'ai guère l'occasion d'y songer trop profondément, nous voilà au début de ma rue.
Le pilote s'arrête devant mon immeuble et je descends. Curieusement Claude aussi s'extirpe du véhicule et reste plantée à deux pas de moi pendant que je règle la course. La voiture s'éloigne et nous sommes face à face sur le trottoir. Elle attend je ne sais quoi et je ne vois pas quoi lui dire. Je tente tout de même, presque à voix basse.
— Tu… tu habites dans le coin ?
— Oh ! Oui, à deux pâtés de maison d'ici…
— Tu vas marcher toute seule dans les rues désertes ? Tu n'as donc pas peur de faire une mauvaise rencontre…
— Ben…
Je la sens hésitante, comme si quelque part, elle ne parvenait pas à extérioriser ce qui la turlupine. Mais je n'ai pas envie de passer trop de temps sous les fenêtres de mes voisins. Et puis je n'aime pas trop la ville à une heure aussi tardive.
— Je suis crevée… Claude…
— Si… si j'osais…
— Oui ?
— Tu n'as rien à boire chez toi ? Un dernier verre, quoi ?
—… ?
Ma parole, elle me fait le coup du « on monte » ? Je n'en reviens pas. Comment est-ce possible ? Cette nana aussi seule que moi qui visiblement me fait du rentre-dedans, comment l'éconduire ? Je ne suis pas spécialement attirée par mes congénères, enfin je veux dire par les femmes. Je ne sais pas trop quoi lui dire et encore moins quoi faire. Bon ! Tant pis.
— Un fond de bouteille de blanc peut-être ? Mais rien de plus !
— Oh… ça m'ira. Je… comment te dire ça, je déteste la solitude et la nuit. Alors… tous les prétextes sont bons pour ne pas rester isolée.
— Allez viens, mais on monte en silence, je n'ai pas envie de réveiller tout l'immeuble.
— D'accord ! Tu peux compter sur ma discrétion…
Et je tape le code sur le clavier de la porte qui clôt la cour de mon immeuble. Nous voici dans le hall, gravissant les marches sans bruit. Puis nous pénétrons dans mon antre. Claude me suit et je sens dans son sillage un parfum subtil. Dans la salle à manger de Clara, je n'ai pas humé cette odeur. Une fragrance délicate, légèrement épicée, peut-être aussi un peu compromise par un zeste de sueur ? Je suis très sensible aux odeurs et celle qui parvient à mes narines a quelque chose de très féminin masculin. Incompréhensible, mais c'est drôle les réactions de mon corps ! À moins que ce ne soit le fait qu'une femme ne débarque chez moi au beau milieu de la nuit ?
Elle se tourne à s'en démancher le cou, rezieutant tout ce qui l'entoure. Puis d'une voix à peine voilée, elle laisse gentiment tomber…
— C'est chouette chez toi. Tu as beaucoup de gout.
—… ? Ben c'est simple et puis comme je vis seule, je ne dérange pas beaucoup.
— Moi, je suis bien plus bordélique que toi. J'ai beau ranger, il y a toujours un truc qui se planque dans mon appart et je passe ma vie à la recherche de ceci ou cela. J'aime l'ordre pourtant.
— Je vois… bon… tu voulais boire un verre ? Un peu de blanc ?
— Oui… c'était surtout une manière déguisée de ne pas me retrouver seule pour une fin de nuit très… sympa. Je suis contente de t'avoir rencontrée.
— Je… pardon de te dire ça, mais je ne suis pas… enfin tu saisis que les femmes ne sont pas…
— Tu veux dire que tu n'es pas attirée par les femmes ? J'ai un peu honte de mon côté…
Encore ce fichu vocable ? « Honte » ? Elle vient bien de redire ce mot ? Je ne pige pas vraiment.
— Attends… je ne suis pas là pour te juger. Tu vis comme tu l'entends, Claude. Tes orientations sexuelles ne sont pas le problème.
— Mais pourquoi parles-tu de problème ? J'assume pleinement ce que je suis, ne t'effraie pas pour ça. J'ai seulement honte de ne pas toujours être ce que je parais…
C'est dingue. Je n'arrive pas à entraver un traitre mot de ce qu'elle me baragouine. Qu'elle soit lesbienne ou juste bi, je m'en fiche éperdument. Je ne suis pas vraiment axée sur le sexe féminin, c'est aussi simple que cela. Pour dire plus simplement, j'aime les mecs et surtout l'engin qui lui fait défaut. Mais il y a chez elle, une indéfinissable posture qui m'indispose et m'interdit de l'envoyer balader franchement. Je sers deux verres d'une boisson à la couleur d'or. Et nous cognons nos godets en signe d'amitié. En tout cas pour moi, il ne peut s'agir que de cela. Pas question d'aller plus loin avec celle qui ne porte pas d'attribut pouvant me faire plaisir.
Nous sommes désormais assises, chacun à un bout de mon sofa de trois places. Je suis loin et n'ai aucunement l'intention de me rapprocher. Je me penche, tends le bras pour poser mon verre et elle aussi fait un mouvement identique. Nos deux mains s'effleurent et je reçois comme une décharge électrique. Le sursaut que j'esquisse lui laisse croire que c'est volontaire. Et d'un coup, sans que je ne sache comment, elle me serre contre elle. Bon sang ! Dans le geste d'une grande tendresse qu'elle fait pour m'enlacer, nos visages se rejoignent. Et… mince alors, deux lèvres qui empestent le vin de Moselle cherchent ma bouche.
Une jonction inévitable alors que je n'ai pas le réflexe de seulement détourner la tête. Le résultat est tel qu'une langue se fraye un passage entre mes lippes. Est-ce bel et bien moi qui réponds avec une ferveur inconnue à cet assaut d'une femelle qui me roule une pelle ? Il n'y a plus dans mon cerveau qu'un brouillard épais. Incapable de réagir, je ne subis pas tout à fait ce baiser, mais j'y réponds trop bien. Pire surement, je ne décolle pas ma bouche de celle de Claude et nous insistons très lourdement sur ce qui nous tient réunies toutes deux. Ses mains sont déjà à l'œuvre et elles ont vite trouvé le chemin des boutonnières de mon chemisier.
Je me sens dénudée sans avoir le courage de la repousser. Là, je ne bronche pas, lui cédant du terrain. Si je ne résiste pas, je ne l'encourage pas non plus. J'ai une chaleur inouïe qui se dispense dans tout mon corps. Incroyable, cette nana me donne un coup de sang. Je réalise d'un coup que ce qui me taraude le ventre c'est une envie réelle de sexe. De faire l'amour, devrais-je bien-dire. Mais comment est-ce possible ? C'est une femme qui m'enivre à ce point ? Désespérément, je m'accroche à mes certitudes et parviens à décoller mon museau de celui de la brune qui me vampirise pour de bon.
— Mais Claude… qu'est-ce que nous sommes en train de faire ? Bon sang… je ne…
— Chut ! Tu en as autant envie que moi. Pourquoi lutter et t'en défendre ? Il suffit de lâcher prise et puis… je te promets, Camille, que tu vas avoir la plus belle surprise de ta vie.
—… ?
Je n'entrave pas grand-chose dans ses paroles énigmatiques. Elle revient à la charge et cette fois, ses doigts experts qui savent en dénouer la ceinture font glisser le zip de la fermeture éclair de ma jupe. Mon Dieu, elle va me mettre à poil si je ne le lui interdis pas. Un peu de courage, ma vieille, juste du cran. Une autre nénette ne peut pas te tripoter aussi impunément. Et pourtant ? Je ne sors pas un son de ma gorge, subjuguée par l'ampleur de la défaite qui se profile déjà. N'est-ce pas également de mon propre chef que je soulève mon derrière pour que le tissu sombre de mon vêtement me soit retiré ?
Je dois me rendre à l'évidence, cette femme se joue de mes envies, les provoque, les amplifie mieux que ne le ferait un mâle en rut. Et bien entendu que ma culotte, tout comme précédemment mon soutien-gorge, va grossir le tas de nippes qui jonche le sol de mon salon. Une légère pression du plat de la menotte de Claude, et me voici livrée nue, allongée sur l'assise de mon divan. Une dinde sur canapé, offerte aux caresses infernales d'une gouine ! Et comment expliquer que l'autre, à genoux devant moi couchée, se met en devoir de me masser sur tout l'épiderme ? C'est… surprenant, puis ça devient infernal. Inutile de mentir, j'adore sa façon de me toucher, de m'effleurer, d'enfoncer aussi par endroits ses doigts dans ma chair.
Elle va de ma nuque à mes orteils, avec une lenteur exaspérante, triturant mon dos sans relâche. Je sombre peu à peu dans un bien-être que rien ne vient perturber. Ses phalanges se font papillons, vont et viennent sur ma peau, efficace et subtile. Cette fois, le trop-plein d'envie déborde à coup sûr, sur les coussins où je gis. Les mains sont sur mes fesses et d'une petite tape, sans prononcer un seul mot, la nana me fait comprendre qu'elle tient à ce que je soulève mon bassin. Je saisis vite qu'elle veut glisser entre mon ventre et l'assise quelque chose qui va faire saillir mon derrière. Plus aucune résistance de ma part, j'obtempère. Les visiteurs sont déjà sur la place, prêts à accomplir un office qui n'a rien de catholique et encore moins de religieux.
Les yeux clos, je me laisse bercer par ces attouchements qui sont de plus en plus ciblés. Et ce qui court dans la raie de mes fesses, qui les écarte légèrement sous la pression, ce sont les doigts d'une main qui s'enhardit au fil des passages. Plus précise, plus méticuleuse dans son approche, je sais où elle veut se rendre, sans pour cela que je ressente le besoin de lui interdire ce chemin des plaisirs promis. Un long frisson me parcourt l'échine alors que les frôlements se font plus présents. Lorsqu'enfin un index ou un majeur, quelle importance à cet instant, vient titiller lentement mon clitoris, je râle sans discontinuer. Claude sait bien qu'elle vient de gagner la partie. Les câlins sont trop avancés, ils m'ont mise dans une telle condition que je ne suis plus en mesure de dire « non ». Je ne les subis plus, je les réclame à haute voix.
C'est une autre voix qui vient en échos de mes gémissements.
— Camille… tu veux bien te retourner… te mettre sur le dos ?
— Mmm !
Je grogne plus que je ne réponds, mais l'ensemble de mon anatomie pivote et me voici dans la posture réclamée. Cette fois, les yeux de la femme ont une vue élargie sur ma poitrine et sur mon sexe. Ou plus justement du buisson qui le cache plus ou moins. Elle stoppe un court moment ses savantes caresses pour sans doute admirer cette face de moi qu'elle n'a pas encore vue en totalité. Sa menotte douce et chaude vient plonger dans les poils bruns, longs et soyeux qui ornent mon pubis. Comme si elle découvrait une merveille. La voix enrouée revient à mes oreilles dans un murmure.
— Oh Camille… c'est magnifique… bien peu de femmes… ou d'hommes sont aussi naturels. Je n'ai jamais véritablement apprécié le « tout lisse ». Si le Bon Dieu nous a faites velues, poilues, ça doit bien avoir un sens… et pour moi, c'est le summum de l'érotisme… tu me donnes une formidable envie de toi… je peux me servir ?
—… Te… servir ?
— Oui ! Aller plus loin, te caresser plus en profondeur… jusque-là, ce n'était que quelques attouchements sans envergure. J'aimerais mettre ma bouche, ma langue dans tout ce qui fait de toi cette femme exceptionnelle…
— Je… je ne sais pas…
— Oh ! C'est seulement à toi de décider. Je ne veux pas te toucher plus si… tu ne le désires pas… et toi seule peux dire oui… ou non !
Je n'ai pas de réplique à cela. Ma seule manière de lui dire, c'est d'ouvrir les bras et de l'attirer contre moi. Nos lèvres de nouveau se font la fête. Le gout du vin blanc a disparu pour une saveur très particulière, celle d'un baiser qui ne doit rien à ceux que j'ai déjà essuyés avec les hommes. Et je plonge dans le vice de ses pattes qui savent où me toucher pour que je me mette à râler encore et encore. Je ferme les yeux et mon cœur bat à tout rompre. Les paumes de mains me quittent un court instant. Je ne veux pas savoir ce qui se passe autour de moi. Mais ma tête enregistre les bruits très spéciaux que son effeuillage rapide entraine.
Son retour tout près de moi est surprenant. Elle a la peau nue, douce qui se love contre ma poitrine. Ses seins fermes, avec leurs tétons qui semblent danser contre les miens… j'adore sa manière de se couler lentement contre mon ventre. De faire descendre son minois pour qu'il creuse mon ventre et que la caresse devienne très intime. Claude me lèche d'abord très délicatement les grandes lèvres puis sa langue les écarte en glissant de haut en bas. C'est pour mieux revenir, pour mieux renouveler ses lécheries et je me pâme déjà au bout de deux ou trois aller et retour. C'est si bon que je ne peux m'empêcher de porter mes pattes sur le crâne qui demeure planté entre mes cuisses largement ouvertes.
Sûre de sa force tranquille, de sa victoire aussi acquise de haute lutte, elle insiste longuement sur mon con qui suinte de ce trop-plein qu'elle entretient avec une ardeur décuplée. Ma tête se balance de droite à gauche, bercement impossible à réprimer qui contribue à me mettre le corps en transe. Alors, quand elle se met à ramper vers le centre de mon ventre, en tentant de garder tout de même le contact avec ma chatte, je sais déjà qu'elle attend une caresse similaire à celle qu'elle me prodigue. Et une sorte de panique s'empare de moi. Jamais de ma vie, je n'ai été en contact avec une anatomie si semblable à la mienne. Je n'ai absolument pas songé une seule fois à… ce genre de cajoleries.
En fait, ce qui me fiche la trouille, c'est bien de ne pas savoir comment m'y prendre. Mes réflexions toutes personnelles sont vite interrompues par l'arrivée au niveau de ma bouille des hanches de la dame. Plus le temps de réfléchir ni de me poser la moindre question. Et je fais un bond terrible, parce que… ma joue frôle un objet dur et fin que mon cerveau n'arrive pas à définir. Non ! C'est impossible. Et pourtant… dois-je ouvrir les paupières pour être certaine que je ne cauchemarde pas ? Pas vraiment. Il ne peut y avoir de doute sur ce qui se frotte à mes lèvres. Claude sait bien que ma surprise n'est pas feinte… et elle me rassure.
— Ne t'inquiète pas, ma belle… je suis aussi une femme… mais un peu particulière, comme tu peux le deviner.
—… ? Mais…
— Nous en parlerons tout à l'heure, tu veux bien ?
— Mmm !
Elle prend ça pour une acceptation et ce bizarre sexe qui se vautre contre mon visage, trouve son chemin entre mes lèvres. Un baiser du diable bien sûr. La trique me parait très fine, mais suffisamment raide pour que ma langue l'enduise d'une salive abondante. Je me prends au jeu d'autant mieux que ma partenaire est revenue sur mon clitoris avec une douceur exquise. Et c'est bien dans un soixante-neuf très étrange que nous continuons notre soirée festive. Ce n'est que lorsque je porte mes doigts sur la flute enchantée que je découvre avec stupeur, outre l'absence de ce qui fait qu'une queue est une queue, mais également… un lieu étrange qui ressemble à celui que léchouille toujours Claude chez moi.
Je ne peux m'empêcher de sursauter et elle s'en rend compte. Mais surement qu'elle s'y attend depuis un bon moment. Je n'arrive pas à croire ce qui se trouve là, sous mon nez. Sous mes yeux grands ouverts également depuis que je saisis l'anormalité de la chose. Et Claude se laisse tomber sur le flanc, tout en continuant à me caresser l'intérieur des cuisses, là où la chair est d'une sensibilité extrême, enfin chez moi.
— Bon… tu vois, tu saisis maintenant ? La nature n'est pas toujours très… sympa. Je ne suis ni un homme complètement, et pas plus totalement, une femme. Mais je peux me servir de cette particularité avec les deux sexes. Pratique dans tous les cas. Mais est-ce que ça fait de moi autre chose qu'un monstre ? En tout cas, beaucoup de mes complices ne le sont que l'espace d'une nuit, ou d'un après-midi.
— Mais… pourquoi ?
— Je suppose que ça fait peur aux autres, cette anatomie particulière… et puis pour les femmes, l'absence de coucougnettes me rend surement diabolique… bien que je puisse et tu peux le constater bander comme n'importe quel bonhomme. Quant aux vrais mecs, tu sais les hétéros, les purs et durs, les virils qui ne raisonnent qu'avec leur queue, eh bien pour eux, je suis une tapette… et souvent, ils sont au bord de l'apoplexie en découvrant mon anomalie. Quelques-uns m'ont presque mis une raclée… ça serait surement arrivé, si je n'avais pas déguerpi rapidement. Mais toi… quel est ton verdict ? Tu me vois comment ? Maintenant que tu sais ?
— Ben…
Je suis un peu interloquée par ce que je ressens. Une formidable envie latente me garde en feu. Alors je laisse juste filtrer une question qui me parait idiote, puisque j'ai déjà la réponse…
— Ça… ça marche vraiment ?
— Hein ?
— Je… pardon, mais je suis émue, est-ce que tu peux faire l'amour à une femme…
— Tu penses toi aussi que c'est ce truc qui permet de faire l'amour ?
— Je demandais simplement si… tu peux me faire jouir… avec ta baguette…
— Oui, tu veux vraiment une preuve ? Alors, viens… ! Viens ! Pour toi, je suis un gros mâle bien viril pour les heures à venir… et demain pour un brave type qui osera, je serai une jolie salope… à ton image.
Elle… il, comment dire, merde ! Je me perds dans des considérations sans fondement. Claude se couche sur moi et je guide sa bite vers mon vagin. Elle me lime alors très doucettement, rythmant ses coups de reins sur mes gémissements. Et… j'ai au bout de quelques minutes une idée précise de ce que cette femme est capable de faire. Elle m'emporte dans un tourbillon de sensations que rien ne peut plus stopper… je suis trempée comme aucun mec ne m'a jamais fait mouiller… Je m'accroche à ce corps de femme outillée gentiment pour me faire l'amour avec une science affirmée de la sexualité. Je ne veux même pas écouter si elle aussi jouit alors que je pars dans des vocalises qui vont donner des idées à mes plus proches voisines… si elles m'entendent.
— xXx —
Début de semaine pluvieux et je ferme mon parapluie alors que les talons de Clara martèlent le bitume devant l'agence où nous allons prendre notre poste. Elle aussi cramponne son pépin et d'une main, elle me fait un signe qui se veut « salutation ». Le timbre joyeux de sa voix me parvient.
— Salut Camille… quel temps pourri ! Vivement le printemps !
— Bonjour Clara. Ta fête s'est bien terminée ?
— Oui et toi, bien rentrée… tu as trouvé sympa notre amie Claude ? Un sacré numéro, celle-là !
— Le taxi nous a déposés devant chez moi… et pourquoi est-ce un « sacré numéro », votre copine Claude ?
— Oh… il se dit beaucoup de choses sur elle. Fausse surement, mais il n'y a jamais de fumée sans feu…
— Et qu'est-ce qui se raconte alors ?
— Personne ne sait si elle est lesbienne, ou hétéro. Il se murmure même que ce serait un transgenre.
— Ah bon ! Mais tu n'es pas censée être son amie ? Et tu ne sais rien d'elle ?
— Ben… je vis avec Ghislain et elle ne me drague pas ouvertement. Du reste, c'est mon homme son pote… plus que moi. Mais toi… elle ne t'a pas draguée ? Parce que c'est de notoriété publique qu'elle court après tout ce qui bouge. Que ça porte jupon ou pantalon, rien ne l'arrête… mais ce ne sont que des rumeurs sans doute.
Je n'ai rien à lui raconter. Je suis même satisfaite de me taire. Emportées par notre boulot, nous n'avons pas ensuite de vraies occasions pour reparler du cas « Claude ». De toute façon, je ne vais pas raconter ma vie, pas plus à Clara qu'à quiconque. Ce qui se passe dans mon lit reste dans mon lit, un point c'est tout. Et les heures défilent, puis les jours qui forment ainsi des semaines. Je revois de temps en temps Claude, mais elle ne semble plus s'intéresser à moi. Elle a sans doute tourné la page et est passée à autre chose. C'est presque moi que ça dérange le plus cette affaire. Il me semble qu'elle m'avait ou pouvait m'apporter un certain équilibre… je me suis gourée une fois de plus ? Il est évident que pas plus avec les femmes que les hommes… je ne sais pas être une compagne idéale.
Les fleurs printanières ont refait une apparition remarquée et ce samedi matin, je me prélasse au lit. Une fois n'est pas coutume, pas vraiment de motivations pour me sortir des draps. Alors, je ne dors plus tout à fait, sans pour cela être totalement en éveil. Un brut très suspect accroche mes oreilles et je mets un bout de temps avant de comprendre que c'est la sonnerie du digicode qui dirdingue comme ça dans l'entrée. Mince alors ! Qui peut bien venir me déranger un jour de repos ? Je sors de mon pieu en trainant des pieds. L'interphone proche de la porte d'entrée me voit un peu mollassonne, appuyer sur le bouton pour demander qui est là !
— Oui ?
— Camille… c'est Claude ! Je passais par là et me suis dit… tiens ! Si j'allais faire un petit coucou à mon amie Camille…
— Ah…
— Eh ben ? Il pleut à vache qui pisse… tu ne veux donc pas m'ouvrir ?
— Oh pardon… si, si.
Et mon index s'enfonce sur la touche qui libère la gâche électrique dans la rue. Zut ! Je suis nue et je file daredare à la salle de bain récupérer un peignoir. Tout juste le temps de me couvrir le cul que déjà elle frappe deux ou trois coups légers dans ma porte. Je la fais entrer et ferme vite derrière elle.
— Mais… tu es à peine levée ? Mince j'avais oublié que nous sommes samedi… c'est un jour de repos pour toi.
— Pas grave ! Ça me fait plaisir de te revoir Claude.
— Honnêtement, moi aussi je suis heureuse de te retrouver. Tu me manques un peu plus chaque jour.
—… ? Qu'est-ce que tu me chantes là ? Nous nous sommes revues plusieurs fois depuis… mais tu n'as jamais rien montré.
— Ben, peut-être que j'attendais un signe de toi, mais au fur et à mesure que le temps passe, je vois bien que je rêve. Alors je me suis dit que c'était le moment de prendre le taureau par les cornes et de venir te causer franchement.
—… ? En clair ? Ça sous-entend quoi, Claude ?
— Que je me morfonds dans une attente insupportable ! Et j'ai besoin de savoir, tu comprends ?
— Savoir quoi ? Non, je ne pige pas ! Pas vraiment quoi !
— Je dois donc te mettre les points sur les « I » ? Tu m'as plu tout de suite et je suis… amoureuse de toi, de ce que tu représentes aussi. Tu ne m'as pas jugée, pas repoussée. Tu m'as en fait acceptée telle que je suis, avec ma différence et… ça m'a ouvert les yeux. Je sais ce que le verbe aimer veut dire depuis notre rencontre. Je n'ai plus revu personne, je ne vis que pour cet instant, celui de nos retrouvailles. Et je n'en peux plus d'espérer. Alors tant pis si je me ramasse une gamelle, une fois de plus. Au moins ce soir, je dormirai sur mes deux oreilles avec l'esprit en paix. Ou tu me jettes, ou tu me gardes, mais il ne saurait y avoir de demi-mesure. J'ai besoin de toi, Camille…
—… en voilà une de déclaration ! Mon Dieu… je me suis toujours vautrée, fourvoyée. Chacune de mes relations avec les hommes s'est soldée par un échec cuisant… et ton silence, ton mutisme m'ont laissé penser que de ton côté, tu agissais comme tous les bonshommes.
— Bon sang, Camille ! C'est pour cela que tu ne m'as pas encouragée lors de nos deux ou trois rencontres suivant notre nuit ? Si j'avais su… j'aurais osé dès le lendemain. Je me suis fait violence, tu sais pour ne pas craquer… je t'aime comme je n'ai jamais aimé quelqu'un… ou quelqu'une !
— Mais… c'est une histoire de fou…
— De folles tu veux dire ? On ne choisit pas qui on aime ou pas… tu le sais aussi bien que moi. Je… Camille…
Elle est là devant moi, les yeux remplis de perles brillantes qui finissent par rouler sur ses joues. Un filet humide qui dégouline jusqu'à son menton et je me sens… comment exprimer ce qui soudain m'étreint les tripes. Ça me serre le cœur dans un étau qui se contracte de plus en plus fort. J'ai les bras ballants, pitoyable dans ma cuisine alors qu'elle n'attend surement qu'un geste pour venir coller sa caboche contre la mienne. Je suis là à peser le pour et le contre. C'est rapide, mes bras la saisissent, l'enveloppent de toutes mes forces et nos poitrines s'écrasent l'une contre l'autre. Elle sanglote doucettement, son visage contre ma joue. Ses larmes mouillent mon peignoir léger au niveau de mon épaule et… ma fichue envie de l'embrasser qui revient en force.
C'est… dingue, c'est tendre, c'est dément. Nos lèvres qui se reconnaissent, qui se retrouvent après des jours et des nuits à se rêver. Elle est là, Claude est de retour dans mon existence. Je me fiche des commérages, des « quand-dira-t-on », je suis bien, je me sens si agréablement légère. Plus rien d'autre n'est essentiel à mes yeux que cette présence si tendrement espérée. Et dans sa cage, mon cœur fait des bonds de cabri. Je suis moi aussi amoureuse de cette nana. La seule qui vaille la peine d'être aimée à mon sens. Je lui attrape le poignet ; la tire presque trop vite vers ma chambre à coucher. Les draps sont juste entrouverts. Et les gestes qu'elle a su si bien me prodiguer la première fois, je les répète là, avec une sorte de frénésie sans borne.
Nous faisons l'amour, avec tout ce que cela comporte comme bonheur, comme excès également. Je découvre ou redécouvre à l'infini ce corps si peu conventionnel, en tâtant tout ce qui fait d'elle une personne différente. Pas du tout dérangée par cette dualité qui en mettrait surement beaucoup mal à l'aise, moi, j'en explore tout le potentiel. Cette demi-femme, cet homme pour partie, il ou elle est à moi et je veux en savourer chaque parcelle, câliner chaque centimètre carré de cette peau. Nous nous oublions dans une déferlante de jouissance que plus rien ne parait pouvoir stopper. C'est fougueux, c'est elle, c'est moi, c'est nous. Mille fois sur le métier, nous remettons notre ouvrage et les ondes qui nous emportent vers demain sont comme les marées d'un océan.
Oui… je ne sais pas plus qu'elle de quoi demain sera fait. Pas plus que les jours qui suivront ce moment de retrouvailles si singulier qui nous unit dans un corps à corps somptueux. Je garde pour moi la partie masculine de notre affaire, pour mieux deviner celle plus féminine qui sommeille en elle à d'autres instants de notre voyage vers la félicité. Je veux hurler au monde entier que j'ai enfin trouvé, déniché cette ile vers laquelle tout mon être profond aspire plus que tout. Claude… mon hermaphrodite au cœur d'artichaut, ma déesse au sexe mâle, je veux te rendre au centuple ce que tu m'offres dans des élans si profonds. Oui… nous sommes un trio toi et moi et j'ai le bonheur de gouter à l'homme qui cache une femme en lui…
Nos amours ne dureront que le temps que nous nous aimerons. Elles sont belles et j'avoue que je veux en profiter un maximum. Claude me rend admirable, radieuse et… je m'enfonce dans les abimes de ces amours infiniment précieuses…
Claude… moi aussi je t'aime…
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Lauly
29 septembre 2025 à 05:44
Cette histoire est très belle. J'ai adoré
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Photo de profil de Jccdslx
Jccdslx
23 juin 2024 à 10:21
Très jolie histoire. Avec Jane, on est jamais déçu….un savant cocktail d’érotisme et de délicatesse.
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Photo de profil de Christ77
Christ77
20 juin 2024 à 23:15
Très belle histoire qui se laisse découvrir à chaque mot. De la sensualité avec autant de sexe bien écrit, non injurieux et surtout, respectueux de l'autre. Bravo.
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Photo de profil de fab-io72
fab-io72
14 juin 2024 à 10:25
Merveilleuse histoire d'amour, tout en délicatesse et bienveillance. Une vraie réussite.
Merci mille fois pour ce partage.
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Nounours1239
14 juin 2024 à 07:03
J’adore les histoires d’amour.
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Monsieur Plume
13 juin 2024 à 21:14
Un très joli texte, plein de charme et d'originalité, dans lequel on se laisse glisser avec un grand plaisir !
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Photo de profil de bale1984
bale1984
13 juin 2024 à 19:25
Voilà un texte et un sujet traité avec élégance et intelligence.
Bravo et merci !

Et bien sûr, tout ça en conservant une puissance érotique que nous venons chercher ici.

Alors doublement merci et félicitations.
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Utilisateur supprimé
13 juin 2024 à 19:11
De la délicatesse
De l’amour
De la passion
De la compréhension de l’un envers l’autre

Une histoire superbe … et superbement écrite

Bravo et merci
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Utilisateur supprimé
13 juin 2024 à 18:44
Voilà un très beau texte, plein de délicatesse.
Le monde en a besoin. Alors merci à vous.
Soyez respectueux
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