Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
S3 : Desmond, les écrits — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
S3 : Desmond, les écrits
Chapitre 1
Desmond, Les écrits
En 2000 puis 2012 (Le Caire, Egypte)
En 2000 puis 2012 (Le Caire, Egypte)
Citation : « La lecture est un acte d’identification : si nous comprenons ce que nous lisons, c’est que les sentiments exprimés sont déjà en nous » Madeleine Chapsal, écrivaine et journaliste française
L’écriture permet d’exprimer un sentiment, une envie mais aussi une expérience, de même que la lecture nous permet de vivre, de ressentir des émotions, des frissons.
L’écriture c’est aussi la possibilité d’authentifier des décisions, des actes bien plus que les souvenirs des témoins qui peuvent être altérés par le temps, la cupidité ou la menace. Mais peut-on être reconnu coupable de nos actes quand nous ne possédons aucune de ses capacités essentielles.
L’écriture c’est aussi la possibilité d’authentifier des décisions, des actes bien plus que les souvenirs des témoins qui peuvent être altérés par le temps, la cupidité ou la menace. Mais peut-on être reconnu coupable de nos actes quand nous ne possédons aucune de ses capacités essentielles.
Il y a des odeurs qu’on ne peut oublier, des images qu’on voudrait ne plus revoir mais dès qu’on ferme les yeux, elles sont toujours présentes et nous hantent tout comme ces cris et ces regards. Ceux des bourreaux avec leurs yeux exorbités et assoiffés de sang mais aussi ceux des victimes qui semblent déjà sans vie alors que la vie ne va pas tarder à les quitter. Il y a ces regards résignés qui sont encore pire que tout regard terrifié car à cet instant, tout espoir est perdu.
Cela fait déjà près de dix ans mais Desmond Roosevelt a encore l’impression de toujours se trouver entre Tubman Boulevard et 14th Street au sud de la capitale du Liberia : Monrovia. Quoi qu’il fasse, les actions du 29 juillet 1990 le hantent, quoi qu’il ait fait ou pas fait ce jour-là, sa responsabilité sera toujours là, elle lui collera éternellement à la vie, jusqu’au jour de sa mort.
A cette époque il fait partie des Armed Forces of Liberia, l’armée régulière fidèle au président Samuel Doe. A la mi-juillet, son capitaine l’a chargé de superviser l’Unité Spéciale Antiterroriste (SATU) de Moses Thomas qui doit combattre les troupes du NPFL, les rebelles composés principalement des membres des ethnies Gio et Mano.
A cette époque il fait partie des Armed Forces of Liberia, l’armée régulière fidèle au président Samuel Doe. A la mi-juillet, son capitaine l’a chargé de superviser l’Unité Spéciale Antiterroriste (SATU) de Moses Thomas qui doit combattre les troupes du NPFL, les rebelles composés principalement des membres des ethnies Gio et Mano.
En début de soirée, le 29, l’information qu’un nombre important de personnes de ces ethnies, près d’un millier, se trouve dans l’église luthérienne St-Peter de Monrovia en périphérie sud de la capitale, non loin de Divine Town, arrive aux oreilles des lieutenants de Thomas. Cela déclenche les préparatifs de la furie qui va suivre, sous les yeux alarmés de Desmond d’innombrables machettes mais aussi des pistolets mitrailleurs sont préparés. Les informations que lui a reçues montrent que ce sont principalement des vieillards, des femmes, des enfants et des nourrissons qui se trouvent dans l’église, il y a très peu d’hommes. Il transmet l’information au chef de la SATU mais celui-ci lui dit que des rebelles peuvent bien aussi s’y cacher et préparer leurs futures incursions dans la ville. Selon Moses, il faut les déloger avant que ce soient les troupes du NPFL qui ne le fassent.
Desmond décide de regagner en urgence le quartier général avant qu’il ne soit trop tard, le Capitaine Bowen doit être averti. Son supérieur l’écoute et lui dit qu’il va prévenir sa hiérarchie pour envoyer des troupes sur place afin d’empêcher Thomas d’agir mais Desmond doit y retourner sans intervenir pour constater les manquements et les agissements des hommes de la SATU.
Malgré ce qu’il redoute de découvrir, Desmond est un soldat et il se doit d’agir comme tel, on ne discute pas un ordre. En quelques minutes, il arrive devant l’église luthérienne St-Peter. Là c’est l’horreur la plus absolue qu’il découvre : des femmes et des enfants tués à la machette, de l’autre côté des rangées de personne criblées de balle dont une femme tenant son bébé dans ses bras. Certaines personnes crient de douleurs, ceux-là sont achevés aux couteaux ou à la machette, pas la peine de gâcher plus de balles crie un des lieutenants de Thomas.
D’autres crisde femmes lui proviennent de l’intérieur de l’église, probablement des viols. Il veut intervenir mais il a ordre de ne pas s'interposer et surtout il ne ferait pas le poids seul.
En avançant au milieu des corps, il tombe sur un enfant d’à peine onze ou douze ans, il s’agenouille et l’examine mais c’est trop tard, ses blessures sont beaucoup trop graves. L’enfant l’implore comme s’il lui fait comprendre qu’il veut qu’il l’achève, il semble préférer mourir des mains d’un homme dans lesquels il voit encore de l’humanité dans les yeux. Armé du courage qu’il lui reste, il dégaine son arme et en le regardant jusqu’au bout, lui envoie une balle dans la tête.
En avançant au milieu des corps, il tombe sur un enfant d’à peine onze ou douze ans, il s’agenouille et l’examine mais c’est trop tard, ses blessures sont beaucoup trop graves. L’enfant l’implore comme s’il lui fait comprendre qu’il veut qu’il l’achève, il semble préférer mourir des mains d’un homme dans lesquels il voit encore de l’humanité dans les yeux. Armé du courage qu’il lui reste, il dégaine son arme et en le regardant jusqu’au bout, lui envoie une balle dans la tête.
Au loin il entend Thomas qui harangue ses hommes dont beaucoup sont des enfants. Beaucoup se dirigent déjà vers les installations de la Croix-Rouge installée à proximité. Desmond sait très bien qu’ils vont en terminer avec les blessés sur leurs lits d’hôpitaux. Le soldat se désolant de ne voir intervenir aucune troupe pour empêcher ce carnage. Les cris et le crissement des machettes sont un bruit insoutenable mais il doit rester pour constater. Le bilan est très lourd avec plus de six cents morts décomptés par la SATU.
De retour au quartier général, il en informe le capitaine Bowen et demande pourquoi les troupes ne sont finalement pas intervenues. Son supérieur lui explique qu’ils ont dû contenir des troupes au nord à hauteur de Arthington, puis on remet à Desmond le compte rendu de son rapport d’observation à signer. Il est étonné que celui est déjà rédigé alors qu’il n’a pas donné tous les détails. Il n’a pas d’autres choix que de signer sous le regard insistant de Bowen puis se retire.
Desmond n’est pas idiot et sait que les ordres émanent probablement de la présidence dont l’unité anti-terroriste dépend directement. Quand l’INPFL capture, torture puis assassine le président Doe au début de septembre, Desmond lui est déjà loin. Profitant de combat à l’est de Clara Town, il s’embarque discrètement durant la nuit sur un remorqueur, facilité dans sa manœuvre par son ami égyptien Ayman qui sur le coup a pris d’énorme risque. Le bateau a fait route jusqu’à Dakar d’où il a pu prendre un vol jusqu’au Caire.
C’est ainsi que depuis dix ans, il travaille sur les chantiers de construction et de rénovation d’immeuble d’Ayman qui l’a hébergé un temps avant de lui trouver un appartement dans un des immeubles qu’il a rénovés au nord du palais d’Abedin sur le secteur d’El Mosky, un des cœurs névralgiques de la capitale égyptienne. La ville est très bruyante et très effervescente mais l’avantage c’est que personne ne vous remarque. Desmond est un homme très discret qui sort très peu, il ne fréquente pas grand monde si ce n’est Ayman et sa famille : son épouse Rania, leurs quatre enfants : Imane, Youssef, Samir et Noor ainsi que quelques cousins. Le couple d’ami a bien essayé de caser ce vieux garçon de près d’une quarantaine d’année avec diverses femmes de leurs entourages mais cela n’a pas porté ses fruits jusqu’alors.
En ce début de printemps de l’an 2000, ils ont encore essayé mais Desmond a préféré écourter la soirée car le lendemain il doit se lever tôt pour commencer le nouveau chantier de rénovation qu’Ayman lui a confié avec une nouvelle équipe. Son grand ami lui a demandé d’apprendre le métier à son neveu Majid et de bien le surveiller car le jeune homme désespère le grand frère d’Ayman par ses mauvaises fréquentations. Le chantier est à l’intersection de Saleh Al Gaafari et Al Mansouria, à côté du secrétariat général de l’autorité mondiale de la Fatwa, une organisation religieuse chargée de donner une réponse juridique à des cas douteux ou nouveaux qui concerne l’Islam.
Le bâtiment blanc et vert abrite beaucoup d’étudiants qui viennent d’un peu partout en Afrique mais surtout de pays de la partie orientale du continent comme l’Ethiopie, la Somalie, le Kenya ou encore le Zimbabwe et l’Afrique du Sud.
Le premier jour est consacré à l’installation des échafaudages et des bâches dans les étages où ils vont travailler. Pour les habitants il a fallu soit aller pendant quelques temps chez la famille, des amis ou profiter de la solidarité entre voisins le temps que chaque étage soit rénové.
Le premier jour est consacré à l’installation des échafaudages et des bâches dans les étages où ils vont travailler. Pour les habitants il a fallu soit aller pendant quelques temps chez la famille, des amis ou profiter de la solidarité entre voisins le temps que chaque étage soit rénové.
Ayman El Gamal est un grand professionnel qui ne fait pas les choses à moitié, tous les services sont proposés : isolation thermique et phonique, peinture, dératisation, vitrage et réfection des sols. C’est beaucoup de travail et plusieurs équipes travaillent en même temps. Desmond est chargé en tant que contremaître de veiller à ce que tout fonctionne correctement dans le respect du cahier des charges. Son patron lui a adjoint un jeune apprenti pour régler les litiges notamment et l’ensemble des questions administratives. Le jeune Salim le soulage vraiment d’un poids et lui permet de faire ce qu’Ayman attend de lui.
Notamment Majid qu’il a déjà dû reprendre pour une pause cigarette trop longue.
Notamment Majid qu’il a déjà dû reprendre pour une pause cigarette trop longue.
Majid va encore se faire remarquer pour de mauvaise raison. En fin de journée, alors que l’équipe sort de l’ascenseur après avoir travaillé au dernier étage, ils tombent sur un groupe d’étudiantes qui semblent rentrer de l’université, le jeune homme se met à siffler et a une attitude que Desmond qualifierait de trop insistante :
— Whoaw ! Miel ! Venez par ici les filles ! Je saurais bien vous satisfaire. Que ce soit par devant ou par derrière commence-t-il faisant bien rire certains collègues.
— Majid ! Le rappelle à l’ordre Desmond
— Désolé patron, mais ces Kalba, elles respirent le sexe, elles ne veulent que ça ! Elles en veulent toujours plus.
Si aucune des filles ne semble vouloir répondre à Majid, l’une d’elles sort du groupe et vient se dresser devant le jeune homme bien irrespectueux :
— Khalass ! c’est qui que tu traites de chienne, espèce de Kelb, on est pas des charognes sur pattes, des types comme toi j’en ai déjà vu plein dans ma vie que ce soit dans mon pays ou ici en Egypte et crois moi je ne suis pas comme toutes ces filles qui préfèrent presser le pas et ignorer la façon dont on les traite, lui balance-t-elle à la gueule
— Tu ne me parles pas comme ça, sale Qahba, esmek eh ?
— Takkul khara ! tu t’es pris pour qui ? Tu me traites de pute et tu veux mon nom ? Allah Yekhlike Belkhela !
— Tu vas…
— Non Majid ça suffit, interrompt Desmond qui trouve que les choses ont assez duré, ton attitude est inacceptable surtout devant des femmes. Je vais faire part de ton attitude scandaleuse à ton oncle. En attendant tu vas t’excuser.
— Quoi il est hors de…
— Ferme là Majid et excuse toi ! le coupe à nouveau Desmond d’une voix cassante tout en posant fermement sa main sur le poignet du jeune homme.
Contraint et forcé, il finit par s’excuser du bout des lèvres.
Desmond se tournant vers Salim :
— Ramène tout le monde au dépôt, je vous rejoins ensuite. Dis à Ayman que j’aurai à lui parler à mon retour termine-t-il tout en jetant un regard mauvais à Majid
Quand tous les hommes sont partis, il se tourne vers la jeune femme qui se tient face à lui :
— Ana Asif pour l’attitude de mon employé, je vais en parler à notre patron, soyez en sûr, j’espère que l’image de marque de notre société n’en souffrira pas et à titre personnel sachez que je ne laisserai plus aucun autre homme se comporter de la sorte avec une femme. Acceptez encore mes plus plates excuses.
— Vous n’avez pas à vous excuser monsieur, votre attitude a été exemplaire. Croyez-moi, vous vous êtes vraiment comporté en homme civilisé par rapport à tous les hommes que j’ai déjà pu rencontrer surtout ici au Caire. Vous ne pouvez pas imaginer comme certains hommes se comportent ici.
— Je ne le sais que trop bien, c’est pour cela que si jamais Majid, un autre des employés de notre entreprise ou n’importe quel autre homme se comporte mal, prévenez-moi. Je vous laisse ma carte, il y a mon numéro et mon nom, c’est marqué là, lui indique-t-il sur la carte
— Vous vous appelez El Gamal Travaux, lui répond la jeune femme avec une moue sceptique.
— Excusez-moi, j’ai montré le mauvais endroit, mon nom c’est Desmond Roosevelt.
— Enchanté Desmond, moi c’est Thandie, lui dit-elle avec un beau sourire et les joues légèrement rosies.
— Rien ne vous oblige à me dire votre prénom vous savez.
— J’en avais envie, quelque chose me dit que je peux vous faire confiance.
— C’est un grand honneur que vous me faites, bien je vais devoir vous laisser. Mon employeur doit m’attendre. Bonne fin de journée Thandie et à vous aussi mesdames.
De retour au dépôt dans le secteur de Nasr City, il retrouve Ayman qui est le dernier sur site à l’attendre. Ils prennent un thé à la menthe et des gâteaux préparés par Rania pendant que Desmond fait son compte rendu de la journée avec notamment l’incident du hall d’entrée.
— Oui je vois, commence Ayman l’air soucieux, c’est un peu ce que je craignais. Oussama m’a parlé de l’attitude de son fils envers les femmes. J’avais espéré que dans le cadre du travail, il saurait se contenir mais bon ne t’inquiète pas je vais lui parler dès demain matin sinon ce sera la carrière d’Assouan, un de mes cousins y extrait du granit rose. Là-bas il ne va plus voir beaucoup de filles. Mais bon tu sais comment c’est la famille, Oussama a fait beaucoup pour que je puisse lancer l’entreprise, je lui dois bien ça.
— Ne t’inquiète pas mon ami, je sais comment c’est. Tu sais que je me demande chaque jour si les membres de ma famille restés au Liberia vont bien. D’ailleurs je ne te remercierai jamais assez des nouvelles que tu as pu me donner. Ne t’inquiète pas je vais faire de mon mieux pour cadrer Majid.
— Je le sais, entre amis il est normal de se rendre des services. Bon arrêtons de parler de boulot, et si tu me parlais de cette fille, Salim m’a dit qu’elle a un sacré caractère.
Desmond parle donc de Thandie à son ami et ce dernier est satisfait de constater que pour la première fois en dix ans, son ami semble gêné en parlant d’une femme. Il sait ce que sera le sujet de discussion avec Rania ce soir pendant le repas.
Dans les semaines qui vont suivre, la vie va suivre son cours sans changement notable si ce n’est que Desmond et Thandie vont souvent se croiser avec toujours ces sourires gênés et ces phrases un peu bateau mais deux événements vont faire s’accélérer les choses.
Tout d’abord, à la fin d’un poste alors que Desmond fait son inspection du troisième étage, il voit dans le fond derrière un échafaudage Majid avec une fille. Le contremaître est prêt à passer son chemin, après tout la journée est finie mais le regard que lui lance la jeune fille est implorant. Elle est terrorisée, il s’est promis de ne plus jamais tourner le dos face à une femme en détresse. D’autant que l’attitude du jeune donne clairement l’impression d’un prédateur sexuel vu comment il se touche le sexe par-dessus le jeans et en se léchant les babines.
Desmond s’avance et arrive dans le dos de Majid qui ne l’a pas vu avant de lui attraper le bras pour lui faire une clef de bras tout en le plaçant à genoux contre l’échafaudage, il se tourne vers la jeune femme :
— Partez ! Et vite !
Puis s’adressant cette fois au jeune égyptien :
— Apparemment la menace de t’envoyer à Assouan ne suffit pas. Tu ne peux pas t’en empêcher de te comporter comme un porc.
— Sale Azzi, tu n’es qu’un Aabid de mon oncle. Toute façon cette boîte elle me reviendra, c’est mon père qui paie. Donc tu n’es qu’une de nos putes.
Le contremaître le relève, le retourne face à lui puis de sa main droite lui enserre le cou et serre de plus en plus fort puis il se penche vers son oreille et lui murmure tout bas :
— Tu ferais bien de surveiller ton langage, surtout si tu ne sais pas à qui tu parles. Le Nil regorge de personnes qui ont été très imprudentes. J’espère que tu seras plus prudent à l’avenir Majid.
Il le lâche et voit ce qu’il veut voir dans les yeux du neveu de son patron : de la peur. Ils se sont compris.
Majid s’enfuit du bâtiment et Desmond peut se remettre donc à son inspection mais du bruit attire son attention de l’autre côté du couloir qu’il inspecte. Qu’elle n’est pas sa surprise de voir Thandie derrière un autre échafaudage. Mais la jeune femme est dans une zone où le faux plafond juste au-dessus d’elle n’est pas consolidé et cela menace justement de s’effondrer sur elle.
La zimbabwéenne ne voit qu’au dernier moment le morceau de faux plafond qui va tomber sur elle. Avant que Thandie n’est pu faire un pas, une immense force la soulève du sol, elle s’accroche au gilet du contremaître et les deux s’écrasent au sol au moment où le faux plafond finit sa course à l’emplacement où elle était il y a encore quelques secondes.
La zimbabwéenne ne voit qu’au dernier moment le morceau de faux plafond qui va tomber sur elle. Avant que Thandie n’est pu faire un pas, une immense force la soulève du sol, elle s’accroche au gilet du contremaître et les deux s’écrasent au sol au moment où le faux plafond finit sa course à l’emplacement où elle était il y a encore quelques secondes.
Dans la poussière qui se soulève, elle arrive à voir celui qui l’a sauvé, l’homme a les yeux fermés et ne bouge pas. La jeune femme craint qu’il ne se soit fait très mal :
— Ça va ? Vous allez bien Desmond ? Vous ne vous êtes pas fait mal ?
L’homme a laissé ses paupières fermées à cause de la poussière mais en en même temps il est bien dans cette situation avec cette belle femme qui sent divinement la vanille mais il est temps de la rassurer :
— Oui je vais bien tant que vous allez bien, désolé j’ai gardé les yeux fermés à cause de la poussière lui dit-il tout en regardant ses beaux yeux.
Il a vraiment de beaux yeux bleus, c’est assez rare sur un homme de couleur se dit-elle.
— Merci de m’avoir sauvée de la chute de ce plafond enchaine-t-elle
Puis mue par une inspiration et peut-être poussée par l’adrénaline de l’instant, la zimbabwéenne se penche et dépose un doux baiser sur les lèvres toutes douces du libérien qui d’abord surpris, tarde à répondre avant d’envoyer sa langue à la rencontre de la sienne.
C’est un baiser exigeant mais plein de passion aussi, chacun se donne vraiment à l’autre.
C’est un baiser exigeant mais plein de passion aussi, chacun se donne vraiment à l’autre.
Toujours aussi excitée, Thandie ouvre avec dextérité la braguette du bleu de travail de Desmond et commence à passer sa main de haut en bas sur le chibre de l’homme qui ahane déjà, elle sent déjà du liquide pré séminal sortir de ce morceau de chair de bonne facture. Puis elle remonte sa djellaba jaune vif pour lui faire découvrir sa belle dentelle violette qu’elle écarte légèrement sur le côté, il peut donc voir ses belles lèvres bien roses sur sa peau couleur caramel. La belle demoiselle grimpe alors sur lui après l’avoir recouvert d’un préservatif et très doucement, elle insère son pénis en elle. Pour Desmond c’est comme un fourreau tout chaud qui l’aspire et qui fait vivre à l’intérieur d’elle son membre turgescent. C’est un rythme lent mais tellement enivrant où chacun peut profiter pleinement du spectacle des yeux et des sens. La jeune femme lui prend ses deux mains restées bien inactives jusque-là et les posent sur sa poitrine qu’il pétrit à travers la djellaba et le soutien-gorge.
Le coït dans cette position dure un petit moment mais à un moment, Desmond entend du bruit dans l’escalier à côté, il soulève alors la belle sans la désarçonner qui continue à lui déposer mille bisous sur le visage. Il leur fait traverser une partie du couloir tout en la maintenant attacher à lui par son seul membre bien palpitant. Il l’emmène jusqu’à un renfoncement d’où ils sont cachés du reste du couloir par une plante, au cas où quelqu’un d’autres s’aventurerait à cet étage en travaux. Ce tendre moment peut reprendre avec Desmond face à Thandie, le libérien lui malaxant les fesses de ses deux mains pendant qu’il lui rentre toujours plus loin son python. La jeune femme tout en maintenant la connexion des yeux, passe ses mains dans ses cheveux et sur ses pectoraux dont elle peut profiter après avoir baissé le haut du vêtement de chantier. La zimbabwéenne transpire de plus en plus, elle a très chaud et de la sueur coule au milieu de son dos, un coup de pine bien placé de Desmond finit par la faire partir. Ses yeux se révulsent et elle resserre beaucoup plus fort ses jambes autour de celui qui l’a fait grimper au rideau. Le Libérien attend qu’elle ait pleinement savourer son orgasme avant de la retourner et de la prendre par derrière dont les coups puissants font de nouveau monter en pression la belle. La vue qu’il a sur sa chute de reins est un puissant aphrodisiaque qui finit aussi par avoir raison de lui, c’est par saccades qu’il se déverse dans la capote au moment où il attrape la tête de Thandie qu’il tourne sur le côté gauche pour l’embrasser avec passion.
Ils ne vont pas s’arrêter là et vont poursuivre leur découverte charnelle dans l’appartement de la jeune femme situé au deuxième étage, cet étage n’étant pas encore en travaux.
Le nouveau couple va beaucoup se voir surtout dans l’appartement de Thandie et celui de Desmond notamment après le début des travaux du deuxième étage. La première chose qui frappe la jeune demoiselle en arrivant chez son nouveau petit-ami c’est la quantité impressionnante de livres tous soigneusement rangés dans une bibliothèque. C’est comme cela que va commencer un petit rituel entre eux.
La jeune femme va prendre l’habitude le soir souvent avant qu’il ne fasse l’amour de lire quelques pages à son homme. Le son de sa voix est entrainant mais la vue qu’il a de la jeune femme nue sur son lit, les jambes relevées à hauteur de ses fesses lui donnent des envies pas très pures vis-à-vis de la jeune femme. Les ouvrages sont très variés allant de L’étranger d’Albert Camus à Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley en passant par la servante écarlate de Margareth Atwood et Le palais du désir de Naguib Mahfouz.
Ce jour-là, elle lui lit un passage de l’Amant de Marguerite Duras :
Cet amour insensé que je lui porte reste pour moi un insondable mystère. Je ne sais pas pourquoi je l’aimais à ce point-là de vouloir mourir de sa mort. J’étais séparée de lui depuis dix ans quand c’est arrivé et je ne pensais que rarement à lui. Je l’aimais, semblait-il pour toujours et rien de nouveau ne pouvait arriver à cet amour. J’avais oublié la mort…
Elle est là le livre entre les deux mains, nue au milieu de l’eau de la baignoire de chez Desmond, ce dernier est assis sur un siège à côté et il est tout aussi nu qu’elle, sa proéminence bien en évidence reposant sur le côté de sa cuisse mais prenant de plus en plus de volume au son de la voix de la belle zimbabwéenne. Après quelques minutes, toujours les yeux sur le livre, elle lui fait signe d’approcher de la main. Une fois que Desmond est arrivé à sa hauteur, il pose sa jambe gauche sur le bord de la baignoire et présente sa longue tige à la jeune femme qui sans détacher ses yeux du livre, le prend directement dans sa bouche. Il peine désormais à comprendre les mots mais les sensations qu’elle lui procure sont démentielles. Thandie lui lèche la hampe sur toute sa longueur puis va gober ses boules l’une après l’autre avant de revenir le sucer en mode ventouse tout en s’aidant de sa main libre qui virevolte sur son membre qui se gorge de sang. Il ne va plus tenir très longtemps et elle le sait donc elle le suce encore plus fort jusqu’à ce qu’il se répande entre ses lèvres. Un peu de foutre s’échappe de la commissure de ses lèvres pour tomber sur le livre, la jeune n’hésite pas à aller nettoyer cette goutte de sa langue pour rendre le livre bien propre. Desmond en voyant ce geste bien obscène à une nouvelle montée de sperme qu’il envoie dans l’eau de la baignoire.
Mais un autre endroit où ils vont aussi beaucoup se rendre c’est chez Rania et Ayman, rue El Nahda dans le très paisible quartier de Maadi au sud de la capitale égyptienne.
En ce début de seconde quinzaine d’août, Thandie et Rania profitent du soleil de la fin de journée sur les transats dans le jardin en discutant joyeusement et en regardant leurs hommes joués au football avec les enfants. Rania dit à Thandie qu’elle est vraiment la femme qu’il faut pour sortir ce bon Desmond de sa routine, il a pourtant leur âge mais il vit vraiment comme un grand-père. La femme d’Ayman le trouve plus épanoui depuis que la zimbabwéenne est dans sa vie, elle compte sur Thandie pour bien veiller sur Desmond car c’est un type en or. Pour Ayman et elle c’est plus qu’un employé, c’est un membre de leur famille.
Elle lui raconte la fois notamment où ils sont tombés en panne de voiture en plein milieu du désert, le Libérien n’avait pas hésité à faire des centaines de kilomètres pour venir les chercher.
En ce début de seconde quinzaine d’août, Thandie et Rania profitent du soleil de la fin de journée sur les transats dans le jardin en discutant joyeusement et en regardant leurs hommes joués au football avec les enfants. Rania dit à Thandie qu’elle est vraiment la femme qu’il faut pour sortir ce bon Desmond de sa routine, il a pourtant leur âge mais il vit vraiment comme un grand-père. La femme d’Ayman le trouve plus épanoui depuis que la zimbabwéenne est dans sa vie, elle compte sur Thandie pour bien veiller sur Desmond car c’est un type en or. Pour Ayman et elle c’est plus qu’un employé, c’est un membre de leur famille.
Elle lui raconte la fois notamment où ils sont tombés en panne de voiture en plein milieu du désert, le Libérien n’avait pas hésité à faire des centaines de kilomètres pour venir les chercher.
C’est dans une superbe ambiance que tout le monde passe à table pour savourer le kochari, composé de riz, de lentilles brunes et des macaronis farcies, ce plat est un délice. Et que dire de la viande de pigeon grillée. Les plus courageux ou courageuses ont pris en dessert le Oumm Ali qu’à préparer avec doigté Rania. Les discussions tournent surtout autour des vacances de la famille à Bahreïn :
— Alors vous devez être content de bientôt partir en vacances, commence Thandie
— Oui oui ! Lui répond toute joyeuse Noor du haut de ses cinq ans, la petite est mignonne avec ses cheveux bouclés, les deux dents qu’il lui manque et ses lunettes roses. Je vais retrouver ma cousine Hassna.
— On pourra aller se baigner dans l’océan, dit ensuite Samir, le troisième enfant du couple qui a sept ans.
— Et les requins vont te manger tout cru, lui répond Youssef l’air taquin du haut de ses dix ans.
— Youssef ! On t’a déjà dit de ne pas embêter ton petit frère, le gronde sa mère et finis ta viande. On ne jette rien, il y a des gens qui n’ont pas ta chance.
— Oui Ummi, lui répond avec déférence Youssef
— Ne t’inquiète pas Samir, Oncle Hussein m’a dit qu’il a trouvé une plage parfaite où on pourra aller se baigner, faire un barbecue et où tu pourras faire du football avec tes cousins le rassure son père. Il m’a dit que l’endroit s’appelait la plage d’Al Janayer.
— Ah oui ! Ce n’est pas cette plage qui est située juste à côté d’une réserve naturelle avec plein d’animaux, reprend Desmond avec un clin d’œil adressée au plus petits des enfants.
— Ouiiii Ouiii ! Crient en cœur Noor et Samir, des animaux ! Il y aura peut-être des girafes s’extasie déjà la petite Noor
— Ou des gorilles, lui répond le jeune garçon
— Dommage que tu ne puisses pas venir tonton Desmond, tu aurais pu emmener ton amoureuse, commence l’espiègle Noor. Dis je pourrais venir à ton mariage ?
Heureusement qu’il est aussi noir que l’ébène, sinon on verrait les rougeurs sur le visage de Desmond, la petite lui a complètement coupé le sifflet. Mais c’est Thandie qui vient à sa rescousse.
— Promis ma petite, le jour où ton tonton et moi on se marie, tu seras invitée et tu pourras même tenir ma traîne. Tu voudras ?
— Oui oui ! Merci Tata Thandie
— Ummi ! Commence la grande Imane (elle a treize ans) qu’on n’avait pas entendu jusque-là, c’est des vacances, je dois vraiment emmener mes devoirs avec.
— Oui Imane, tes professeurs trouvent que tu peux faire beaucoup mieux et surtout en Anglais. Tu dois redoubler d’effort.
— Justement tonton Desmond toi qui parle couramment anglais, j’ai des problèmes d’écriture sur certains mots. Tu voudrais bien me relire et me dire si mes phrases sont bien formulées ?
Avant que Desmond ne puisse répondre, c’est Ayman qui intervient :
— Pourquoi tu ne demandes pas à tata Thandie, pour elle l’école est bien moins loin que pour notre cher tonton Desmond, il est un peu rouillé. Et puis papa doit parler travail avec ton tonton. Desmond, j’ai donné congés à la plupart des membres de l’équipe pendant mon absence, il n’en restera que quelques-uns avec toi durant ces quinze jours, vous n’aurez que la cour extérieure du bâtiment de ta petite amie à traiter. N’oublie pas si tu as le moindre souci, demande à Salim, je lui ai demandé de bien te seconder. Il sait où se trouve tous les documents administratifs. Ça va aller Desmond ?
— Ne t’inquiète pas mon ami, pars en vacances tranquille, profite bien de ta famille et surtout repose toi. Je compte sur toi Rania pour qu’il se ménage et ne passe pas tous son temps au téléphone. Je vais veiller sur votre entreprise en votre absence, tout va bien se passer.
— Merci Desmond ! Qu’est-ce qu’on ferait sans toi, l’encense Rania. Je te jure, parfois j’ai l’impression qu’il dort avec son 3310 sous son traversin. Le matin quand je me lève, il est déjà au téléphone. Je me demanderai presque s’il n’y a pas une autre femme.
— Mais non habibi ! Il n’y a que toi. Mais tu sais les affaires, ce sont les affaires. Il n’y a pas vraiment d’heure. Et puis ces téléphones portables, c’est l’avenir je vous le dis. Bientôt tout le monde en aura et on pourra communiquer de partout sans devoir passer des heures accrocher à un câble.
C’est sur cette note futuriste que se termine la soirée. Notre couple est pressé de rentrer, Thandie a très envie de lire un nouveau passage du livre de Marguerite Duras.
Le 23 août, Desmond en compagnie de Thandie a conduit toute la famille à l’aéroport International du Caire. Après lui avoir donné ses dernières recommandations, Ayman et sa petite tribu ont embarqué avec les cent vingt-neuf autres passagers sur le vol Gulf Air 072 en direction de Manama.
Le 23 août, Desmond en compagnie de Thandie a conduit toute la famille à l’aéroport International du Caire. Après lui avoir donné ses dernières recommandations, Ayman et sa petite tribu ont embarqué avec les cent vingt-neuf autres passagers sur le vol Gulf Air 072 en direction de Manama.
Dans un peu moins de trois heures ils arriveront à l’aéroport de Bahreïn-Muharraq. En attendant Thandie doit aller retrouver quelques amis dans le centre pendant que Desmond se rend au bureau pour voir quelques sujets avec Salim.
La jeune femme prend un thé au Café Corniche à l’intérieur de l’hôtel Intercontinental et discute joyeusement quand un flash info apparait à l’écran de la télé installée dans le café. Le présentateur de Nile TV annonce qu’un avion de la compagnie Gulf Air s’est abimé en mer lors de la manœuvre d’approche sur l’aéroport de Bahreïn-Muharraq, le numéro de vol qui s’affiche en bandeau en bas de l’écran est comme un son qui va raisonner longtemps dans la tête de Thandie : le vol Gulf Air 072. La jeune femme espère un espoir qui est vite douché par le présentateur, il n’y a aucun survivant parmi les cent quarante-trois personnes qui était sur ce vol, passagers et personnels navigants compris. Elle doit tout de suite aller prévenir Desmond, il n’est surement pas au courant, la nouvelle va le dévaster.
La jeune femme prend un thé au Café Corniche à l’intérieur de l’hôtel Intercontinental et discute joyeusement quand un flash info apparait à l’écran de la télé installée dans le café. Le présentateur de Nile TV annonce qu’un avion de la compagnie Gulf Air s’est abimé en mer lors de la manœuvre d’approche sur l’aéroport de Bahreïn-Muharraq, le numéro de vol qui s’affiche en bandeau en bas de l’écran est comme un son qui va raisonner longtemps dans la tête de Thandie : le vol Gulf Air 072. La jeune femme espère un espoir qui est vite douché par le présentateur, il n’y a aucun survivant parmi les cent quarante-trois personnes qui était sur ce vol, passagers et personnels navigants compris. Elle doit tout de suite aller prévenir Desmond, il n’est surement pas au courant, la nouvelle va le dévaster.
En effet arrivé au dépôt de Nasr City, elle peut constater à quel point l’homme qui partage sa vie depuis peu est agité. Il semble si malheureux, il ne pleure pas mais la jeune femme voit la douleur qui marque son visage. Thandie discerne aussi une inquiétude profonde qu’elle met sur l’avenir de la société avec la mort soudaine de son directeur. Elle tente comme elle peut de calmer Desmond :
— Desmond, je viens d’apprendre la nouvelle terrible. Mon dieu ! Dans quel état tu dois être. Viens dans mes bras, cela te fera du bien.
— J’aimerais mais là je dois tout mettre en ordre avec Salim. Pour Ayman, je dois faire en sorte que l’entreprise continue de bien tourner mais il y a tellement à faire. Comment je vais faire sans lui, c’est horrible ! C’est si horrible ! Et Rania et les enfants, je n’en reviens pas, ils étaient si contents de partir en vacances.
Il s’affaisse dans son siège en osier et passe ses mains dans ses cheveux puis les refait descendre devant ses yeux comme si cela pouvait lui cacher l’horrible réalité. Thandie se met à genou devant lui et le prend dans ses bras.
Au bout de longues minutes, Desmond semble avoir retrouvé un peu son calme et dit à Thandie :
Au bout de longues minutes, Desmond semble avoir retrouvé un peu son calme et dit à Thandie :
— Ecoute, là j’ai encore trop à faire, il va falloir qu’on prépare la succession, la société sera surement reprise par Oussama donc il va exiger l’état des comptes, des dettes et des créances. Tu ne devrais pas rester seule, va retrouver tes amies. Je te rejoins dès que je peux, merci à toi d’être là, je t’aime…
L’homme s’interrompt se rendant compte de ce qu’il vient de dire, il ne lui a jamais encore avoué ses sentiments jusqu’à présent. Le trop plein d’émotion probablement. La zimbabwéenne malgré les circonstances apprécie et lui redit en retour qu’elle aime aussi. Ils auront probablement l’occasion d’en reparler dans de meilleures circonstances.
Toute la soirée, elle ne cesse de s’inquiéter pour lui, la nuit est très compliquée et très agitée. Au matin, elle se rend chez Desmond mais personne ne répond donc elle retourne au dépôt où elle retrouve Salim et les membres de l’équipe administrative :
— es-salam aleikoum Salim commence la jeune femme, dis-moi Desmond est déjà arrivé au dépôt ?
— aleikoum salam lui répond l’apprenti, non désolé madame, monsieur Roosevelt est resté très tard notamment pour organiser le rapatriement des corps depuis Bahreïn une fois que l’appareil sera sorti de l’eau. Je crois qu’il était aussi au téléphone avec le frère de madame El Gamal pour l’organisation de l’enterrement. Il est peut-être encore chez lui.
— Justement j’en reviens et personne n’a ouvert quand j’ai sonné. Bon je vais y retourner peut-être qu’il dort encore.
Mais malgré plusieurs tentatives, personne ne répond chez Desmond. Thandie finit par tenter d’ouvrir la poignet et étonnamment la jeune femme découvre avec stupeur que la porte n’est pas fermée et que l’appartement est sens dessus dessous. Il y a des affaires un peu partout comme si on s’est affairé en vitesse et effectivement un certain nombre d’affaires de son petit ami ne sont plus là. Une seule chose semble ne pas avoir subi cette furie : le camescope posé bien en évidence sur la table à manger. La jeune femme s’en saisit et constate qu’une vidéo a été tournée. Sur l’image, Desmond s’adresse à elle :
Ma chère Thandie, les quelques mois passés avec toi ont fait partie des plus merveilleux moments que j’ai passés dans ma vie. J’aurai aimé de que cela dure pour toujours mais la mort des personnes que je considère comme ma famille change tout, surtout la mort de mon ami Ayman change tout ! J’aimerais tant tout t’expliquer, tout te dire mais je ne peux pas. Peut-être qu’un jour tu comprendras pourquoi je ne peux pas rester au Caire, pourquoi je dois partir. Je ne t’oublierai jamais, tu es cette étoile qui a illuminé mon cœur et ma vie comme jamais personne d’autres ne l’a fait avant. J’espère que j’aurai de nouveau une petite place dans ton cœur quand tu parviendras à me pardonner de partir comme un lâche.
Si nous nous retrouvons un jour, je te promets de tout te dire mais aujourd’hui vis ta vie, continue à aimer comme tu m’as aimé. Tu es une femme fantastique et je sais crois moi ce que je perds en cet instant. Désolé mon amour, puissions-nous un jour nous retrouver de ce côté du Nil ou de l’autre côté. Au revoir Thandie.
Si nous nous retrouvons un jour, je te promets de tout te dire mais aujourd’hui vis ta vie, continue à aimer comme tu m’as aimé. Tu es une femme fantastique et je sais crois moi ce que je perds en cet instant. Désolé mon amour, puissions-nous un jour nous retrouver de ce côté du Nil ou de l’autre côté. Au revoir Thandie.
La jeune femme est complètement abasourdie, elle s’effondre dans le canapé et se met à pleurer, elle le sait depuis le début qu’il lui cache quelques choses mais elle ne pensait pas que ce secret le pousserait à s’enfuir comme un voleur dans la nuit sans même pouvoir enterrer la famille qu’il a eu ici en Egypte.
La cérémonie religieuse à la Mosquée Amr ibn al-As sur le mont Mokattam est un abyme de douleur pour tous les proches de la famille El-Gamal. Il y a beaucoup de monde pour accompagner une dernière fois les membres de cette famille très appréciés dans leurs communautés mais beaucoup de membre de la famille s’étonne de l’absence de celui qui a tout organisé : du rapatriement des corps jusqu’à l’organisation des funérailles dont il a même payé une partie. En effet, Desmond Roosevelt le contremaître mais aussi l’ami le plus proche d’Ayman El Gamal n’est pas là, une seule personne sait que personne ne le reverra de sitôt, sa dernière petite amie Thandie.
La Haye (Pays-Bas), douze ans plus tard
Que le temps a passé depuis ces funestes journées d’août 2000, la société El Gamal Travaux a été repris par le grand frère d’Ayman, Oussama qui a nommé son fils Majid au poste de contremaître en lieu et place de Desmond. Mais ce même Oussama a dû licencier son propre fils moins d’un an plus tard sous la pression d’un de ses plus importants clients. Majid s’est notamment très mal comporté avec deux des filles de cet homme très bien placé. La société sera finalement revendue à une filiale d’Orascom TMT, l’un des géants de la construction.
Thandie a terminé son droit en 2004 puis elle est rentrée au Zimbabwe, où elle a rencontré son futur époux, l’aventurier Viktor avec qui elle a dirigé un complexe hôtelier à proximité des chutes Victoria jusqu’en 2010 où le couple a revendu ses parts du Vhandie Safari Lodge à un groupe d’investisseur anglais, proches amis de Gemma. Ils sont allés s’installer au Pays-Bas et plus précisément à La Haye où la jeune femme exerce, principalement dans les affaires qui traitent des droits de l’homme.
Ce matin-là alors qu’elle prépare un dossier en instruction à la Cour Pénale Internationale, sa collègue Agnieszka toque à la porte de son bureau :
— Entre lui, dit Thandie en levant à peine les yeux de son dossier
— Salut Thandie, c’est encore le dossier Lutimba ? La CPI est toujours aussi rigide sur le montage des dossiers. Comment va Viktor ?
— Salut Ann, oui ce dossier est vraiment tentaculaire, ça fait cinq semaines que je suis dessus. Ah Viktor, il est en pleine forme, là il prospecte pour acheter un nouvel hôtel, je crois qu’il devait se rendre près des côtes du Nord.
— C’est toujours un sacré aventurier ton mari, bon je ne suis pas là pour parler chiffon. J’aurai besoin que tu m’actives tes réseaux notamment au Caire, tu y as vécu je crois.
— Oui pendant cinq ans pendant que je faisais mon droit.
— Bien qu’est-ce que tu peux me dire Thandie sur la guerre civile libérienne ?
— Deux guerres civiles, la première de la fin des années 80 à 1997 et la seconde au tournant des années 2000 pour un bilan d’à peu près cinq cent mille morts. Et de nombreuses accusations de génocide notamment contre les ethnies Manos et Gios. Je présume que cela a un rapport avec la procédure qui s’ouvre pour crime de guerre et crime contre l’humanité instruit par la justice hollandaise au nom de la compétence universelle. Et que donc forcément ton client est accusé dans le cadre de la première guerre civile c’est bien ça ?
— Toujours aussi intuitive et perspicace maître Farrell, exactement notre cabinet est mandaté pour défendre un homme accusé de crime de guerre et crime contre l’humanité notamment pour le massacre de l’église St-Peter de Monrovia en juillet 1990. Évidemment le CPI ne peut pas s’en saisir car comme tu le sais, elle n’a pas de compétence rétroactive, elle ne peut instruire aucune affaire antérieure à 1998. C’est donc le procureur de La Haye qui instruit le dossier, certaines des victimes avaient la double nationalité hollandaise.
— Comment on l’a attrapé ce type ?
— D’après le document d’enquête, à la sortie d’un bar du côté de Gand en Belgique, une jeune femme d’une vingtaine d’année a été attaquée par six types dont certains étaient bien éméchés. Notre suspect est la seule personne qui soit intervenuepour empêcher le drame, il a envoyé trois gars au tapis avant de ployer sous le nombre. Ils allaient le lyncher quand des policiers municipaux sont intervenus. C’est lors de l’enquête qu’on a découvert qu’il avait une notice rouge d’Interpol.
— Donc pour résumer ce type était apparemment un bourreau qui a massacré des hommes, des femmes et des enfants il y a vingt-deux ans et aujourd’hui tu me dis que c’est un héros qui a risqué sa vie et sa liberté pour sauver une femme qu’il ne connaît même pas. C’est parfaitement logique ! Lâche Thandie de façon très ironique. Et donc pourquoi tu as besoin de mes réseaux en Égypte.
— Parce que le gars en question n’avait sur lui que des papiers égyptiens périmés, lors de son interrogatoire il a affirmé aux enquêteurs y avoir vécu de 1990 à 2000. Maître Wehlein aimerait donc que tu vérifies l’information auprès des autorités égyptiennes et que tu essais de savoir ce qu’il faisait au Caire.
— Très bien, comment il s’appelle ce monsieur ?
— C’est marqué là, donc c’est Roosevelt Desmond…
— Quoi !!!!
La zimbabwéenne a exprimé sa surprise tellement fort que sa collègue a failli en tomber à la renverse.
— Merde Thandie ! Qu’est-ce qui se passe ? J’ai failli avoir un arrêt cardiaque.
— Donne-moi vite ce dossier Agnieszka, je dois vérifier quelque chose.
Sa collègue polonaise lui donne le dossier et là c’est la sidération pour Thandie qui s’affaisse dans son siège et se prend la tête à deux mains. C’est bien l’homme qu’elle a aimé, il a douze ans de plus mais semble présenté trente ans de plus sur les photos. Sa grosse barbe blanche divulgue à peine ce visage qu’elle a bien connu.
Elle finit par se reprendre pour répondre à sa collègue qui l’interroge du regard :
Elle finit par se reprendre pour répondre à sa collègue qui l’interroge du regard :
— Ton suspect s’appelle bien Desmond Roosevelt et il a bien vécu au Caire jusqu’en août 2000 et je peux même te dire pourquoi il a quitté la ville si précipitamment. Et comment je le sais ? Parce que Desmond et moi avons été ensemble pendant cinq mois.
Elle lui raconte un peu plus les détails de ses quelques mois avec Desmond tout en omettant bien évidemment ces lectures de livre toutes nues. Sa consœur accepte de lui laisser volontiers le dossier pour qu’elle prenne connaissance des pièces.
Après avoir échangé en début de soirée avec Viktor pour lui dire qu’elle ne rentrerait pas, l’avocate se fait livrer un Japonais avant de se plonger dans la lecture des éléments à charge et décharge.
Au bout de deux bonnes heures, elle n’y comprend toujours rien, on dirait deux personnes différentes entre le Desmond du Liberia en 1990 et celui du Caire et de Belgique des années plus tard.
Au bout de deux bonnes heures, elle n’y comprend toujours rien, on dirait deux personnes différentes entre le Desmond du Liberia en 1990 et celui du Caire et de Belgique des années plus tard.
Elle se cale contre le dossier de son siège et écoute la musique qui sort de la stéréo du bâtiment, c’est Zombie des Cranberries :
Zombie…And the violence caused such silence…who are we mistaken.
C’est ce que tu es aujourd’hui Desmond, un Zombie, tu as l’air aussi décharné qu’un mort vivant. Est-ce cette violence qui a causé un tel silence chez toi ? Cette faute t’incombe-t-elle réellement ?
What's in your head, in your head, they are dying.
Qu’est-ce qu’il y a dans ta tête ? Des gens morts ?
Des phrases du dossier lui reviennent en tête : « Il marchait au milieu des cadavres », « Alors que trois personnes étaient déjà passés devant les lieux de l’agression, Monsieur Roosevelt s’est arrêté à hauteur des agresseurs et leur a ordonné de lâcher la victime », « il a mis une balle dans la tête d’un enfant », « il a placé la victime derrière lui et a utilisé son propre corps comme un bouclier ».
C’est à ne rien y comprendre, on dirait toujours deux personnes différentes puis à mesure qu’elle réfléchit, elle se dit que la réponse peut se trouver dans les souvenirs qu’elle a de Desmond et l’illumination se fait au bout d’une dizaine de minutes. Elle doit appeler un contact en Israël et ensuite elle doit passer rendre une visite à Desmond à la prison demain matin.
C’est à ne rien y comprendre, on dirait toujours deux personnes différentes puis à mesure qu’elle réfléchit, elle se dit que la réponse peut se trouver dans les souvenirs qu’elle a de Desmond et l’illumination se fait au bout d’une dizaine de minutes. Elle doit appeler un contact en Israël et ensuite elle doit passer rendre une visite à Desmond à la prison demain matin.
C’est à la prison de Scheveningen qu’a été enfermé Desmond ainsi que d’autres coaccusées en attendant leurs procès. Même si elle y est venue déjà de nombreuses fois, Thandie a toujours du mal dans cette espace clos et tellement pesant.
Elle attend là dans cette pièce coupée en deux par un mur en verre, tant qu’elle n’est pas officiellement son avocate, elle ne peut pas le rencontrer en tête à tête sans séparation.
On fait entrer un homme légèrement voûté, il ne l’a pas encore vue. On lui a annoncé la visite d’une avocate du cabinet qui le défend, une certaine Maitre Farrell probablement pour recueillir de nouvelles informations.
On fait entrer un homme légèrement voûté, il ne l’a pas encore vue. On lui a annoncé la visite d’une avocate du cabinet qui le défend, une certaine Maitre Farrell probablement pour recueillir de nouvelles informations.
Quel n’est pas sa surprise en relevant la tête de tomber sur la femme qu’il a abandonnée au Caire il y a douze ans :
— Bonjour Desmond, ça fait longtemps !
— Than…Thandie, mais qu’est-ce que tu fais ici ? C’est toi Maitre Farrell ?
— Oui je suis bien maître Farrell mais rétablissons les choses, ici c’est moi qui pose les questions et tu as un sacré paquet de réponses à me donner.
— Très bien, qu’est-ce que tu veux savoir ?
— Déjà si les actions le 29 juillet 1990 se sont passées comme le dit le dossier d’instruction ?
— Tu veux savoir si j’y ai ma part de responsabilité dans ce qui s’est passé dans l’église St-Peter ? La réponse est oui, ce qu’il s’est passé est ma faute je l’assume entièrement.
— As-tu pris une part active à ce qu’il s’est passé ?
— Si tu parles de cette enfant que j’ai tué, la réponse est encore oui ! Il était gravement blessé donc je n’ai pas eu le choix que d’abréger ses souffrances mais il n’y a pas un jour qui passe sans que j’y repense en permanence.
S’ensuivent diverses autres questions jusqu’à ce que la femme sorte sa carte maîtresse :
— Est-ce que tu peux me certifier que tu as signé ce document qui atteste que tu as pris unilatéralement la décision de laisser faire la SATU sans en avoir informé ta hiérarchie ?
Elle lui met le document contre la vitre, Desmond se penche et regarde brièvement avant de lui confirmer :
— Oui, je te le confirme. J’ai bien signé ce document.
— Tu sais que tu viens de me confirmer avoir signer la recette du clafoutis aux fraises enchaîne Thandie avec un sourire mauvais
— Non, non je n’ai pas mes lunettes donc je n’ai pas…
— Tu mens Desmond ! Ce qui vient de se passer confirmes ce que je pense. Tu ne sais pas lire ! Tu n’as jamais pu signer ce document ou alors tu ne l’as pas fait en connaissance de cause.
— Quel importance cela a-t-il ? C’est quand même ma faute, je n’ai pas pu sauver toutes ces personnes alors que mon rôle en tant que militaire était de servir tous les habitants du Liberia quel qu’il soit.
— Quel importance ? Mais tout simplement celle de ne pas payer pour les vrais bourreaux, les vrais monstres. Tu ne peux pas accepter de servir de bouc-émissaire.
— De toute façon je ne veux pas qu’on sache que je ne sais pas lire et tu ne peux pas le prouver. Lors de l’audience je peux décider de ne pas utiliser mon droit à m’exprimer.
— Très bien, je trouverai une autre solution pour t’innocenter, capitule finalement l’avocate, en attendant je veux que tu me racontes toute ton histoire. Je présume que seul Ayman savait la vérité ?
Il lui confirme d’un signe de tête et lui raconte ce qui s’est passé au Liberia puis comment son ami Ayman qui faisait alors du commerce au Liberia pour la société de son père l’a aidé à sortir vivant du pays. C’est grâce à l’égyptien qu’il s’est établi au pays des pharaons. La famille d’Ayman est devenue sa famille, il est devenu « Tonton Desmond » et cela le comblait de bonheur. Puis Thandie est arrivée dans sa vie, il a vécu à cet instant la meilleure période de sa vie mais la brutalité de la vie l’a cruellement rattrapé. Il aurait mille fois préférés mourir ce funeste jour d’août car à la terrible douleur de la perte de sa famille s’est ajoutée la perte irremplaçable de celui qui lui facilitait la vie depuis dix ans. Ayman a vraiment pris soin de lui, il l’a aidé à avoir des papiers en règle, il veillait avec Rania à ce qu’il ne manque de rien et qu’il soit toujours entouré.
Il n’a eu d’autre choix que de s’enfuir mais il ne pouvait le faire sans avoir tout fait pour que toute la famille soit rapatriée en Égypte et qu’elle est des funérailles à la hauteur de ce qu’ils lui ont apporté. Cela lui a fendu le cœur de devoir regarder la cérémonie depuis une colline environnante comme un vulgaire voleur.
Il a ensuite erré, vivant de petit boulot en petit boulot. D’abord en Afrique du Nord puis en Europe. C’est comme ça qu’il s’est retrouvé à Gand.
— J’imagine que si tu as cherché à défendre cette femme au péril de ta vie c’est parce que tu t’es promis de plus laisser personne s’en prendre à des personnes plus faibles. Je me suis souvenue de ce que tu as dit à Majid il y a douze ans.
Là encore il lui confirme d’un signe de tête.
— Bon écoute Desmond, je vais respecter ta demande mais je ne m’empêcherai pas de chercher une façon de te sauver que tu le veuille ou pas. Car aujourd’hui comme hier, tu es quelqu’un de bien, sache le et tu as le droit de vivre heureux au moins une fois dans ta vie.
Quelques semaines plus tard, le procès qui s’est ouvert va longtemps lui laisser un goût amer. Tous les coaccusés dont le capitaine Eywood Bowen se sont tous défaussés sur un Desmond qui ne cherche pas à se défendre. Thandie qui assiste Maître Wehrlein bout littéralement de rage mais un élément arrivé le seize novembre 2012 va changer la donne et permettre à l’avocate de renverser le cours du procès.
Dans l’après-midi a alors lieu l’interrogatoire du sergent Lincoln MacArthur qui était le secrétaire du capitaine Bowen pendant l’année 1990. La jeune femme avec l’assentiment de maître Wehrlein peut l’interroger :
Dans l’après-midi a alors lieu l’interrogatoire du sergent Lincoln MacArthur qui était le secrétaire du capitaine Bowen pendant l’année 1990. La jeune femme avec l’assentiment de maître Wehrlein peut l’interroger :
— Sergent MacArthur, pouvez-vous dire à la cour quel est ce document s’il vous plaît ?
— C’est le document que le capitaine Roosevelt a transmis à Moses Thomas pour lui donner toute l’attitude dans le traitement de l’église St-Peter.
— Et pourriez-vous nous dire si vous avez déjà vu ce document auparavant ?
— Non jamais Maître Farrell,
— Eh bien vous mentez sergent MacArthur
— Objection ! Lance directement la défense
— Votre honneur, je veux juste montrer à la cour, le manque de crédibilité du sergent
— Objection rejetée ! répond alors le président Van Beek, poursuivez maître Farrell
— Très bien donc sergent, vous êtes toujours sûr de n’avoir jamais vu avant ce document ?
— Oui Maître lui répond un MacArthur qui commence à se ratatiner
— Vous voyez le paraphe en bas de page, il est indiqué M.L, savez-vous qui au sein de l’unité du capitaine Bowen a ces initiales ?
— Non !
— Juste vous sergent MacArthur Lincoln et vous voulez savoir comment nous le savons ? Enchaîne une Thandie déchaînée. Voici un autre document récupéré auprès des archives de le présidence libérienne. C’est une note rédigée par votre main avec votre signature et nous retrouvons les initiales M.L en bas de page.
— Objection, scande à nouveau la partie adverse, nous n’avons pas été mis au courant de cette pièce.
— Le document figure bien au dossier Maître Denkoop, lui répond son confrère maître Wehrlein, il vous suffisait de regarder les trois milles cent pages de documents que nous avons versés aux dossiers d’instructions.
— Merci maître Wehrlein, votre honneur je peux poursuivre ? reprend Thandie
— Je vous en prie maître Farrell
— Sergent MacArthur, où avez fait votre formation d’officier ?
— Au Liberia, lui répond avec étonnement le sergent
— Et ou d’autres ?
— En Israël
— Sur le site de la base militaire de Reim c’est bien ça ?
— Effectivement
— Sergent, vous saviez que les Israéliens conservent scrupuleusement les archives de tous les officiers des armées étrangères qu’ils ont formés ? Sur les registres qu’ils nous ont remis figurent bien vos noms, celui du capitaine Eywood Bowen et de la plupart de vos coaccusés, mais vous savez quel nom n’y figure pas ?
— Non répond MacArthur d’une toute petite voix
— Celui du capitaine Roosevelt et donc nous arrivons sergent MacArthur à un moment charnière de ce procès, à cet instant deux possibilités s’offrent à nous : soit vous avez sciemment rédigé ce document en connaissant parfaitement les conséquences et l’avez fait signer à un soldat qui n’est même pas capitaine, ce qui voudrait dire que ce serait vous l’instigateur de ce massacre. Soit vous avez eu des ordres et avez donc obéi à votre hiérarchie.
— Très bien répond le sergent totalement dépassé, J’ai menti mais je n’ai pas eu le choix, c’est Bowen qui m’a obligé…
— Ferme là Mac où je t’égorge comme un porc…
— Maitre Denkoop, je ne saurais tolérer de tel propos dans mon tribunal, tonne le président Van Beek, je vous conseille de calmer votre client sinon je fais évacuer la salle. Sergent, je veux la vérité et cette fois-ci plus de mensonge sinon je vous fais condamner pour mensonge devant une cour pénale.
— Bien votre honneur, ce jour là dans l’après-midi du 29, le capitaine Bowen est revenu d’un briefing à la présidence et il m’a dit de rédiger un document qui va permettre de dédouaner les actes de Moses Thomas et de la SATU, un document au nom du capitaine Desmond Roosevelt. En début de soirée quand Roosevelt est revenu nous avertir des préparatifs du massacre, Bowen lui a dit qu’il allait envoyer des troupes puis il lui a ordonner de repartir observer sans intervenir. Après le départ de Roosevelt, il a appelé le général et lui a dit que le plan suit son cours et que tout va se passer comme prévu par le président Doe.
— Et quel était ce plan ? lui demande Thandie
— Nous savions, commence-t-il tout en regardant Desmond dans la salle, que certains de nos soldats étaient illettrés et analphabètes, Roosevelt en faisait partie. Quand il est revenu après le massacre de l’église St-Peter, Bowen lui a fait signer ce que Roosevelt croyait être son rapport d’observation qui servirait de preuve comme Thomas mais il ignorait qu’en fait il venait de se faire piéger.
— Donc si je résume, le soldat Roosevelt a obéi aux ordres qui émanaient de ses supérieurs de ne pas intervenir, ces mêmes responsables qui l’ont piégé profitant de son état de faiblesse.
Par ailleurs, les membres de la croix rouge encore sur place ont affirmé que l’enfant que le soldat Roosevelt a abattu était agonisant. Il a juste accompli un acte humain, plein de courage mais qui continue encore de le hanter. Votre honneur, à la lumière des révélations du sergent MacArthur, nous souhaiterions réinterroger le capitaine Eywood Bowen puis le soldat Desmond Roosevelt.
Par ailleurs, les membres de la croix rouge encore sur place ont affirmé que l’enfant que le soldat Roosevelt a abattu était agonisant. Il a juste accompli un acte humain, plein de courage mais qui continue encore de le hanter. Votre honneur, à la lumière des révélations du sergent MacArthur, nous souhaiterions réinterroger le capitaine Eywood Bowen puis le soldat Desmond Roosevelt.
— Accordé
A la suite de ces deux contre-interrogatoires, la cour se retira pour statuer et rendit son verdict une dizaine de jours plus tard :
— Accusé Roosevelt, veuillez vous lever pour l’énoncé du verdict, annonce le greffier
— Desmond Roosevelt, Soldat au sein de l’armée libérienne, au vue des éléments recueillis pendant ce procès et à la vue de la magistrale démonstration de maitre Farrell qui a mis en lumière la manipulation dont vous avez été victime, la cour pénale de La Haye annonce l’abandon totale des charges qui pèsent sur vous, vous êtes libre.
Thandie se tourne vers Desmond dont les larmes coulent librement, elle a réussi à l’innocenter alors qu’il n’a jamais cherché à l’aider. Le soir venu c’est à la table de Thandie et Viktor qu’il dine. Il est heureux pour la jeune femme, Viktor lui apporte ce que lui n’aurait jamais pu lui apporter, de la stabilité. C’est un couple très harmonieux et très bien accordé. Décidemment la jeune femme préfère toujours les hommes plus vieux qu’elle.
Le lendemain, elle lui fait une autre surprise quand elle le conduit à l’aéroport, ils partent ensemble pour l’Egypte.
Le lendemain, elle lui fait une autre surprise quand elle le conduit à l’aéroport, ils partent ensemble pour l’Egypte.
L’émotion est à son comble alors qu’il est là dans le cimetière du Caire, a genoux devant les tombes d’Ayman, de Rania et de leurs quatre enfants, il peut enfin s’y recueillir en homme libre :
— Mes amis, vous aviez raison, Thandie est la femme parfaite pour veiller sur moi, vous auriez dû la voir avec quelle passion et quel acharnement elle s’est battue pour prouver mon innocence. J’aurai tant voulu que vous et les enfants soyez à mes côtés, vous me manquez. Mon cœur est vide et sec depuis que vous n’êtes plus là. Mais Thandie et la vie m’ont donné une nouvelle chance alors je vais enfin la saisir pour vivre et aimer. Promis je reviendrai plus souvent vous voir ma famille.
Desmond se relève et Thandie qui a les yeux rougis par les larmes qu’elle vient de verser, pose ses mains et sa tête sur l’épaule de son ex-amant. Dans le soleil couchant au-dessus du Mont Mokattam, la jeune femme sait qu’elle va toujours veiller sur Desmond avec qui la vie a été si injuste, elle doit prendre la suite d’Ayman et de Rania, elle le leur doit.
En attendant, elle a acheté récemment un très grand nombre de nouveaux livres et elle réserve une lecture privée pleine de surprises à Viktor et Desmond.
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Commentaires ()
Et, je ne vais pas te le cacher, c'est un grand plaisir de retrouver Thandie que j'avais beaucoup apprécié la saison précédente.
C'est une histoire très belle et très dure, toujours aussi bien documentée, en particulier au sujet de la terrible guerre civile du Liberia, avec ses seigneurs de la guerre, ses enfants-soldats, ses massacres.
J'ajoute que c'est un plaisir de retrouver la belle Thandie, que nous avions découvert dans la saison précédente.
J'aurais aimé qu'une suite soit possible. Le mari de Thandie, Viktor, est un homme tolérant, prêt à tout pour le bonheur de sa compagne.
Je me plais à imaginer Thandie faire l'amour avec Desmond, e,n présence et avec la complicité de Viktor.
Merci en tout cas de vos bonnes idées et pour votre assiduité.