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✦ Charline88 Mon enfer XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Mon enfer — Chapitre 5

28 minutes
1.2k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteurs

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Mon enfer

Chapitre 5

Le superflu et l’essentiel ! 5/8
Bienheureux ceux qui ne sont plus tout à fait tout seuls !
La fin de cette nuit a été bien tourmentée. Nos deux corps se sont connus, reconnus et tellement rapprochés que l’aube nous a surprises, toutes les deux, emberlificotées dans d’invraisemblables positions. Repues, nous avons dû nous lever et doucher ensemble avant de gagner le quartier de nos activités professionnelles. Mélanie était là depuis longtemps et elle allait de long en large.
— Francine… enfin, mais où étais-tu passée ? Gino n’a pas arrêté d’appeler chez moi. Il ne savait pas où tu étais ! Que se passe-t-il ? Que vous est-il arrivé ?
— Laisse-le mijoter dans son jus ce salaud… il n’a que ce qu’il mérite ! Il t’a raconté tout ?
— Tout quoi ? Il était aux quatre cents coups et les gosses pleuraient.
— Bien sûr ! Il s’est encore donné le beau rôle, hein ? C’est lui qui baise avec tout ce qui bouge et c’est moi la salope qui abandonne ma famille… ben, tiens donc ! Mais il va pouvoir profiter de la belle vie et voir comment c’est des soirées avec les enfants. La bouffe, les douches, les histoires pour les endormir, on verra s’il trouvera encore du temps ou de l’énergie pour tringler les salopes qui passent à la maison quand je travaille.
— Tu… tu veux dire que tu vas le quitter ?
— Tu ne penses pas que je vais lui dire merci à ce connard ? Je l’ai trouvé avec une pouffiasse dans notre propre lit, dans la maison de mes parents et je devrais dire amen…
— Oh ! Là ! Il ne m’a parlé de rien et surtout pas de cela… Il m’a simplement dit que vous vous étiez engueulés et que tu avais claqué la porte. Il semblait inquiet et sur le coup je me suis demandé ce que vous aviez bien pu foutre…
— Bon ! Nous sommes là pour bosser, alors laisse-moi régler ça avec ce con… ce sont seulement mes affaires !
J’ai suivi toute la scène d’un œil neutre et j’ai bien vu que Mélanie accusait le coup. Pas celui de savoir que Francine avait eu une altercation avec son mari, non ; mais quand elle lui a dit pour l’autre, pour le plumard, et tout le toutim… j’ai compris que ça l’avait plus affectée qu’elle ne voulait le laisser paraître. Mouchée dans sa chair, mais je m’en doutais bien. Finalement Gino a deux ennemies maintenant, même s’il n’en est pas conscient. Rien n’est pire que des femmes qui détestent un mec. Je le plains, mais d’un autre côté, il l’a bien cherché. À jouer avec le feu, il arrive que l’on se brule. C’est surtout pour Alix et Milan que ça risque de se compliquer si Francine persiste sur sa lancée.
Mais bon je n’arrive pas à la blâmer. Elle sait ce qu’elle fait et ses réactions sont plutôt rationnelles et normales. D’ici un jour ou deux, elle sera en manque de ses gosses. L’amour maternel, même si je ne le connais pas, je sais, je sens qu’elle en a un maximum cette femme. Nous n’avons plus revu notre patronne de la matinée et elle ne sort pas de son bureau pour venir déjeuner en notre compagnie. Par acquit de conscience, je vais quand même lui signaler que nous y allons. Et la femme que je trouve assise devant son ordinateur à tout de quelqu’un qui a pleuré. De larges cernes sous ses yeux en attestent. D’un signe elle me fait savoir que l’appétit n’est pas là, que nous pouvons y aller toutes les deux.
Le repas en tête à tête avec celle que je dois bien appeler mon amante est vraiment étrange. Je la sens, tout comme je le suis, gênée. Puis au fil de la conversation, elle se déride m’entrainant avec elle dans un soulagement tout relatif. Elle respire un peu mieux lorsque je lui propose de passer le temps qu’elle veut chez moi, en attendant que sa situation se clarifie. Je sens dans ses yeux un reflet étrange, comme des paillettes qui me font flipper. Mais elle s’empresse d’accepter, comme par peur que je recule. Donc me voici en colocation avec elle pour quelque temps, je suppose ! Ceci dit, pour moi qui sait que ce c’est que d’être dans la misère morale, je ne vais pas lui refuser une main tendue.
Notre journée terminée, nous rentrons toutes les deux chez moi ou chez nous comme chacun l’appréciera. Au moment de démarrer une curieuse impression se fait dans mon esprit, et j’ai cette désagréable sensation qu’une voiture nous emboite le pas.
— Ton mari a quel type de véhicule ?
— Une Renault… pourquoi ?
— Une Mégane bleu nuit ?
— Oui c’est ça !
— Alors il nous suit, nous allons le perdre dans les rues ne t’inquiète pas… Je vais entrer dans le parking de la gare et le temps qu’il prenne un ticket, nous ressortirons de l’autre côté. J’ai un passe qui ne m’oblige pas à m’arrêter à l’entrée ! Ça devrait fonctionner et il devrait ne plus nous retrouver après.
— Pff ! Je suis désolée de te créer ce genre de problème. Je descends lui dire deux mots si tu veux, pour qu’il nous laisse tranquilles.
— Je connais ce genre de gars, il ne te lâchera pas ! On n’abandonne pas la poule aux œufs d’or tu devrais savoir cela.
— Bon alors sème-le si tu peux…
— Ne t’inquiète pas, c’est seulement une question de minutes et de précaution. Là tu vois… il reste à quelques centaines de mètres et c’est bien ce que j’espérais.
Aussitôt dit, aussi vite fait et coincé au péage, Gino se trouve le bec dans l’eau. Il ne voit plus que l’arrière de ma voiture et nous nous engouffrons dans l’autre rue à la seconde sortie, immédiatement happées par le trafic ! S’il a la bonne idée de comprendre ce que nous venons de faire, il va se heurter au flot de bagnoles qui arrivent du centre-ville et il ne nous reverra pas ce soir. Une fois ma tire remisée dans le garage, sans adresse, impossible de savoir où nous sommes. Et seule Mélanie sait où je réside. Je pense qu’elle n’osera jamais lui donner la rue et le numéro de mon appartement. À peine entrées, nous prenons un bon jus. Elle a retrouvé un peu des couleurs qu’elle avait perdue en apprenant que son mari nous suivait.
Ensuite elle me demande la permission pour prendre une douche. Et ça me gave un peu.
— Tu ne vas pas me demander toutes les cinq minutes quelque chose. Tu te considères chez toi, et tu fais comme si tu l’étais. Tu fais ce que tu veux ! Si tu as envie d’une douche, prends là, pas besoin de demander…
Alors que je lui dis cela sans aucune méchanceté, juste avec un ton sans doute trop sec, elle a des larmes aux yeux. Elle s’approche de moi et sa main vient sur la mienne. Elle se colle contre ma poitrine et je sens à nouveau ce minuscule creux au ventre qui… je ne le connais que trop bien annonce quelque chose de bien plus conséquent. Je tente de faire diversion, mais au fond de mon cerveau, le mal est déjà fait. Mon foutu corps ne réagit plus qu’à l’instinct et celui-ci lui dicte que cette promiscuité est source de plaisir.
Encore une fois je botte en touche. Je ne vais quand même pas passer mon temps à faire l’amour avec une autre femme… mais ce n’est pas l’envie qui m’en fait défaut pourtant.
— Allez ! Ne pleure plus va ! ça va s’arranger ! File… la douche te fera du bien ! Pendant ce temps je vais voir de quoi sera fait notre diner.
— Je n’ai pas très faim, tu sais !
— Tu dois manger, il le faut ! Allez ! Zou, va te faire belle pour le repas !
Son merci se perd dans les pas qu’elle fait pour se rendre à la salle de bain. Quand j’entends couler l’eau, je me glisse dans la préparation d’une dinette pour deux. C’est drôle comme je retrouve des gestes oubliés, ces moments de douce tendresse qui rendaient tellement heureux mon Michel. En quelques jours, les traits de celui-ci se sont un peu estompés de ma mémoire, comme s’il mourait un peu plus chaque matin. Quand elle sort de ses ablutions, mes patates sont pratiquement cuites et il ne reste à faire que l’assaisonnement de ma salade verte. En robe de chambre, elle se met aussitôt en devoir de dresser la table pour toutes les deux. Elle a compris qu’ici elle se trouvait en sécurité. Puis à un moment je ne la vois plus, mais l’entends chuchoter. Depuis le salon, elle vient d’appeler ses deux garnements.
Je ne joue pas la voyeuse ou la perverse, j’entends seulement quelques bribes de conversation et ça n’a pas l’air de se passer très bien avec son Gino. Sa mine est défaite lorsqu’elle revient à la cuisine.
— Ce salaud, il me menace de demander la garde des gosses si je divorce. Tu y crois à ça ? Il me fait cocu à tire-larigot et il se donne encore le beau rôle.
— Écoute décide ce que tu veux, mais si tu le largues, contacte vite, très vite un avocat ! Il me semble trop malin ton mari. Et dans ce genre de chose, c’est celle qui part qui a toujours tort. Tu vois ce que je veux dire…
— Ben… oui, mais… moi des avocats, je n’en connais aucun. Où voudrais-tu que je déniche un oiseau rare comme ça ?
— J’en connais un pas trop mauvais, mais je ne sais pas s’il s’occupe de divorce. Tu veux que je l’appelle pour toi ?
— Tu ferais cela ? Mais tu es une fée mise sur ma route…
Cette formalité est immédiate. Mon conseil, enfin son fils, sonne le soir même à notre porte et je laisse les deux là s’entretenir ensemble dans le salon. Quand Gilles nous quitte, il est dix heures du soir et je sens Francine soulagée.
— Il m’a rassuré et demain, je rentre chez moi ! Il va aller voir Gino ! C’est chez moi, la maison est celle de mes parents, il va devoir déguerpir et je pourrai m’occuper de mes enfants. Gilles va m’arranger ça rapidement. Merci, merci Claude !
— Eh bien ! Tu l’appelles déjà par son prénom… tu es plutôt rapide toi.
— C’est un beau mec, tu ne trouves pas ? Il a l’air gentil et ce qui ne gâche rien, il semble s’intéresser à moi !
— À toi ? Ou à ton affaire ?
— Et si je rêvais que ce soit aux deux ? Après tout, je dois aussi vivre non ?
— Si tu le dis… nous dinons quand même ensemble ?
— Oui… et plus si tu en as envie… tu vois de quoi je parle ? Cette histoire m’a fait comprendre que je suis une passionnée et que tu es une belle femme. Je n’avais jamais fait l’amour avec une fille avant… hier… je ne sais pas non plus si je le referai encore après… après toi !
Le repas est rempli de sous-entendu. Elle ne cache pas son désir de jouer à nouveau à touche pipi avec moi et mon esprit s’ouvre de plus en plus facilement à cette éventualité. Elle est comme un mec, prévenante, douce, attentive, elle épie mes moindres faits et gestes ! Sa bouche se pose à de multiples reprises sur mon cou, sur mes joues, elle est toute tendue à l’idée que nous allons de nouveau partager un peu de temps, voire un peu de sexe. Je me raisonne en songeant que demain elle va partir, que demain ma soirée sera plus solitaire, mais je n’éprouve nulle joie à cette seule évocation. Pendant que nous desservons la table et lavons la vaisselle, elle n’arrête pas de me frôler, de me toucher et mon corps ne reste pas insensible à ces attouchements féminins.
Alors qu’elle s’installe au salon, près du téléviseur, c’est à mon tour d’aller me faire belle pour la nuit. Je dis pour la nuit, mais c’est sans aucun doute avec des tas d’arrière-pensées ancrées dans ma caboche. Je revois les yeux fermés cette toison douce, ces cuisses mouvantes, ce ventre qui m’ensorcèlent finalement bien plus que je ne veux me l’avouer. Je laisse la cabine de douche pour le miroir du lavabo et l’image que me renvoie cette glace, je la trouve différente. Je suis redevenue celle qui a aimé, il y a bien longtemps de cela, un homme. Une femme qui avait perdu toutes ses illusions. Mais c’est si bon de revoir un sourire au coin de ces lèvres-là ! Et c’est bien à Francine que je la dois cette beauté fraiche qui se mire là.
Je ne me suis pas non plus habillée. Seulement un long peignoir en éponge, rien dessous. Si ce n’est pas avoir une idée derrière la tête ça, c’est que c’est bien ailleurs qu’elle se situe pour être franche. Et c’est certainement bien plus bas que s’installe le point de cette idée fixe. Francine suit des yeux mon arrivée dans la pièce, jaugeant sans doute ce qui se cache sous le long drap de bain. Elle se lève, sans à coup, coupe le son de la télé et appuie sur le bouton de la chaine. Un slow langoureux monte entre les quatre murs du salon et elle s’approche de moi. Je ne dis pas un mot quand elle m’enlace et nous tournons ainsi, serrées l’une contre l’autre, sur les accords d’un air fait pour cela.
Elle sait y faire, je ne refuse pas ses avances. Alors pour que soit réussie cette soirée qui s’annonce, nous y mettons chacune du nôtre. Ses jambes passent et repassent entre les miennes et nous nous berçons de musique. Les mains de mon amie courent sur mon dos, et elles me donnent des frissons. C’est tout naturellement que tombe la parure d’éponge sous laquelle je me cache. Comment les lèvres de Francine arrivent elles sur ma bouche ? Ça n’a pas grande importance ! Seul compte le résultat et c’est du genre humidification rapide. La patte de ma cavalière qui me couvre la nuque me maintient contre son corps alors que de l’autre main elle me tripote les fesses ! Il n’en faut pas plus pour me mettre le feu au… enfin partout.
C’est communicatif et elle respire plus vite. Nous en oublions jusqu’aux pas de notre slow. Quand d’une pichenette, elle me propulse contre le canapé, je ne cherche pas à me dérober. Et nous retrouvons les gestes ancestraux de cet amour physique qui marie aussi bien les femmes et les hommes que les femmes entre elles. Nos mains deviennent des objets errant dans le seul but de nous couvrir de frémissements, nos lèvres découvrent la salinité latente de la peau de l’autre. Tout concourt à nous amener à ce plaisir auquel nous aspirons sans oser le dire. Il n’y a pas de temps mort, seulement des pauses qui nous permettent de respirer, de reprendre nos souffles un instant altérés par trop d’envie, par de nombreux effleurements d’une exquise tendresse.
Francine me murmure des mots que je devine plus que je ne les comprends. Elle me dit que je suis belle, mais elle ne l’est pas moins quand ses paupières entièrement closes, elle gémit délicatement sous mes doigts qui dessinent de larges courbes en suivant la masse veloutée de ses seins ou que mes ongles viennent griffer sans violence, la plage de son ventre, plus tout à fait plat. Nous nous jetons dans cette bagarre aux relents de tromperie des amours éphémères, dans ce jeu inconscient des envies de passage et aucune de nous ne délaisse sa compagne du moment. Elle me dit que je suis belle… mais comme elle me ressemble… dans ces ballets interchangeables que forment nos deux corps emmêlés !
Tout est fait pour nous porter vers ce ciel aux couleurs amoureuses, vers une montée lente, mais inexorable d’un plaisir que nous partageons avec passion. Elle n’est pas amoureuse de moi, je ne le suis pas davantage d’elle, nous avons seulement besoin que nos corps exultent et c’est par une série de caresses intimes et une jouissance explosive que nous mettons en valeur cette nécessité de se dire que nous existons, pleinement, vraiment. Alors nos bouches ne font plus qu’une, nos cuisses se frôlent, se touchent, nos ventres se creusent sous les assauts répétés et de moins en moins innocents, engendrés par des doigts qui s’aventurent dans chaque repli, chaque recoin de ce double qui se donne à eux. Le temps n’a plus de prise sur aucune d’entre nous, et c’est le plaisir de Francine qui fait monter dans les tours le mien… à moins que ce ne soit l’inverse finalement.
Nos entrecuisses se frottent l’un contre l’autre et nous jouissons sinon ensemble, du moins en même temps. Et ce duo qui nous offre la magie d’un plaisir que nous savons de courte durée nous surprend comme si nous ne l’attendions plus. Francine a la tête en arrière et ses cris remplissent la pièce, faisant en cela un écho parfait à mes soupirs. Nos doigts dans un dernier mélange se crispent les uns sur les autres et nos bouches finissent, dans un baiser qui se veut le plus long possible, de nous tétaniser alors que les spasmes de cette volupté nous emportent vers les rives sauvages de l’abandon total. Il me semble, mais sans doute n’est-ce qu’une hallucination, que je l’entends murmurer un « je t’aime » aussi fugace qu’inutile.
Nous dormons dans le même lit, le mien. J’aime sentir la présence de son corps, l’odeur de sa peau aussi. Et elle garde sa main dans la mienne pour un repos qui nous envahit lentement, nous transportant dans un sommeil que nous aimerions réparateur. Demain… demain elle va partir ! Je ferme les yeux en attente d’un assoupissement qui me fera oublier que si j’y songe trop, une larme pourrait bien venir ternir l’apothéose de cette soirée si riche en émotions. Le merci que mon oreille reçoit, sorti tout droit de la bouche de mon amie me va droit au cœur. Demain elle va partir… mais demain c’est encore si loin…
— oooOOooo —
Le jour a repris ses droits et la vie avec lui, sépare ceux qui se sont trouvés si proche l’instant d’avant. Au bureau pas un mot, rien n’est dit et Mélanie ne pose aucune question. C’est presque à l’heure du déjeuner que je suis rattrapée par ce passé que je fuis le plus possible. Au courrier, une lettre dont je reconnais immédiatement la provenance et qui me ramène à mes vieux démons. Je sais déjà que c’est la justice qui se rappelle à moi ! Cette justice avec ses armes si particulières et la convocation que contient le pli me donne un coup au cœur, mais de plus il me sape le moral. J’accuse le coup, en essayant de ne rien laisser paraître. Je m’enfonce à nouveau dans le cauchemar de ces moments si difficiles qui m’ont en partie détruite. Ne pourra-t-on jamais me laisser tranquille ?
Je me rends dans le bureau de Mélanie, pour lui demander ma journée de demain. Bien entendu elle me l’accorde, mais je sens peser son regard sur moi ! La factrice lui a d’abord remis le courrier et le sigle de la République sur l’enveloppe ne pouvait pas passer inaperçu. Mais elle ne demande rien, se bornant à attendre que je parle. Je n’y parviens pas et elle me suit des yeux alors que je quitte son bureau. Je me mets un tas d’idées saugrenues dans la caboche. Ce n’est jamais facile de recevoir ce genre de missive, une convocation en fait et quand on connait ce dont est capable la justice… on peut avoir la trouille. Me voici en flash-back, bien des années en arrière. Je ne m’en réjouis nullement.
Le type en uniforme bleu à qui je remets ma convocation me fait patienter. Du banc ou j’ai pris place, je le vois qui manipule son téléphone. D’un geste il me fait signe et me donne un itinéraire que je n’écoute pas, parce que trop inquiète. Je pars tout de même dans la direction qu’il m’a indiquée et je me paume dans ce labyrinthe de portes. Une femme sans âge me guide vers celle où un homme relativement jeune me reçoit. Il est poli, courtois, ça, ça me change de la précédente fois… et il me fait asseoir face à lui. Un énorme dossier vient s’ouvrir sur son bureau. Il examine lentement quelques pièces, puis me jette un coup d’œil que je juge… bienveillant.
— Madame Claude C… ?
— Oui, vous avez ma pièce d’identité.
— Oui, oui ! Mais détendez-vous… nous avons à parler…
— Écoutez… une fois déjà j’ai eu à discuter avec des uniformes et j’ai le souvenir que de nombreuses années de ma vie sont passées à la trappe, si vous voyez ce que je veux vous dire…
— Je saisis parfaitement ! Mais nous devons quand même revenir sur ce sujet. Est-ce que le nom de Michaux vous rappelle quelque chose ?
— Je pense que c’était un ami de mon mari ! Mais c’est vieux tout cela.
— Et cet homme vous l’avez revu depuis… votre élargissement ?
— Je n’ai revu en fait que le fils de mon conseil et encore parce qu’il me l’avait demandé. Sinon, je veux rester loin de toute cette affaire.
— Et si je vous disais que nous avons… enfin… j’ai de bonnes raisons de vous croire quand vous assuriez lors d’interrogatoires que vous ne saviez rien de cette histoire, que vous n’étiez pour rien dans le meurtre de votre mari…
Je regarde le type, l’extraterrestre qui me fait face. Qu’est-ce qu’il me veut encore celui-là ? J’ai pourtant payé cher le droit à une liberté que l’on m’a volé et le voici qui remet sur le tapis cette… monstruosité à laquelle je me défends de repenser.
— J’ai tiré un trait sur cette partie de ma vie. Un trait rouge sang, un trait de larmes et je ne sais plus quoi vous dire. Vous avez aussi tout loisir de reprendre les minutes de la cour d’assises… puisque notre bon peuple a décidé que je devais payer… pour cette mort ! Je ne vois pas ce que je fais ici.
— Nous avons de bonnes raisons de penser qu’un fait nouveau est arrivé et qu’il remet en cause votre prétendue culpabilité…
— Ah ? Bon Prince alors ! Un autre juge daigne fouiller dans ce passé si douloureux pour moi ? Je ne veux plus parler de rien, je crois qu’en France on ne peut pas me condamner deux fois pour le même crime !
— C’est sûr, mais on peut quand même vous innocenter et vous indemniser de ces moments gâchés.
— Et tout l’argent du monde ne va pas ramener mon mari ! Alors, posez-moi vos questions et laissez-moi oublier cette affaire.
— Dites-moi ce que vous savez de ce… Michaux !
— Je ne le connais que par son prénom ! Michel… mon mari l’appelait Jules et ils étaient en affaires, mais c’est tout ce que j’en sais ! Je me souviens surtout qu’il a largement contribué à me faire croupir en prison durant des années. Son témoignage a été capital pour les jurés.
— Il vient de mourir d’un cancer et… ben : tenez lisez vous-même… pas de secret entre nous. Je suis de bonne foi !
L’homme à qui je donnerais entre trente-cinq et quarante-ans, me tend une lettre manuscrite. Je ne reconnais pas l’écriture, mais dès les premières lignes je sens qu’il s’agit d’une confession. À plusieurs reprises mon prénom ainsi que mon nom sont cités. Il déballe des vérités qui rapportent des faits. En large, en long et en travers, il atteste sur son honneur, mais que vaut celui-ci compte tenu de ses dires devant témoins au tribunal, il déclare donc avoir menti pour protéger un ami commun à Michel et à lui. Un certain Albert, dont le prénom revient souvent dans la lettre. Ce déballage met en cause cet Albert qui aurait, c’est écrit noir sur blanc, fait pression sur le signataire du courrier pour que je sois accusée. Je lis ces mots, avec la main qui tremble, mes yeux se couvrent d’une fine buée.
Le policier me fixe sans état d’âme particulier, suivant tous mes faits et gestes, analysant en profondeur mon comportement. Je me demande pourquoi ce salaud de Michaux m’a ainsi démolie, sachant parfaitement que je n’avais rien à voir dans ce crime odieux. Même la peur que l’on détruise votre famille ne donne à personne le droit de sacrifier la vie des autres. Je repousse la lettre placée sous plastique, et j’attends la suite des évènements.
— Vous devriez voir avec votre conseil… Avec ce papelard il devrait pouvoir vous faire réhabiliter.
— Et ça m’avancerait à quoi ? À revenir sur ces moments tellement douloureux que mon esprit veut à tout prix les effacer ? Puis vous croyez qu’un peu d’argent va me redonner les années de galères, de fouilles, de privations, d’humiliation ? Vous y croyez vraiment ?
— Non… non bien sûr ! Mais un casier judiciaire sans tâche…
— Que voulez-vous que ça me foute ? J’ai ma conscience et celle-là est plus propre que toutes celles de ceux qui ont fait cela, mais sans aucun doute également plus nette que celles des gens qui m’ont condamnée. C’est sans doute à eux qu’il faut dire qu’ils se sont trompés !
— De toute manière nous allons appréhender ce Jules… vous serez amenée à revenir… nous voir.
— Et si je ne veux pas moi ? Si je veux ne plus jamais parler de cette époque révolue de ma misérable vie ? Hein ? Tout le monde s’en fiche, que je sois de nouveau broyée, trainée dans la boue, parce qu’il se trouvera quand même encore des cons pour penser que c’est une invention de ma part, qu’il n’y a pas de fumée sans feu, vous connaissez la chanson…
— Oui ! Je sais bien… mais je vous demande juste d’y réfléchir… vous voulez bien ? Nous en reparlerons dans quelques jours ?
— Je hais ces gens… vous ne pouvez pas savoir à quel point ! Je hais aussi tous les uniformes du monde, bleu ou vert… j’ai cette haine viscérale plantée là, en moi.
— Alors nous nous reverrons en dehors de nos locaux si vous le permettez, ça atténuera votre… dégout peut-être…
— oooOOooo —
Je ne suis pas retournée à mon bureau. Aucune envie que Mélanie et Francine voient ma bouille déconfite. Ce con de flic m’a replongée dans un marasme épouvantable. D’un côté je suis soulagée de voir que quelque part un type, longtemps après, a eu honte de ce qu’il a fait ou dit. Mais bon sang, comme je ne veux pas revivre cette période pénible. Je m’enferme dans mon appartement, et des images remontées de mon passé viennent hanter cette fin de journée morose. C’est drôle j’aurais besoin de… la compagnie de Francine, je voudrais sentir ses mains sur moi. Un peu d’amour, de n’importe qui, un peu d’attention qu’elle soit féminine ou masculine serait la bienvenue. Mais… ça tombe le soir où elle reprend pied dans la réalité et que moi je risque de sombrer dans un amer retour en arrière.
Le remède, c’est une pilule rose, une de celles qui m’ont parfois servi en détention pour alléger le temps. C’était plus facile à obtenir qu’un sourire de quelqu’un, alors le confort qu’elles procurent, est ce soir, de nouveau mis à contribution. C’est simple, c’est rapide, un verre d’eau, une rasade de liquide dans la bouche pour faire glisser le sommeil en gélule et le ciel de la nuit passe du sombre au néant. C’est parfois sans compter sur les fantômes et ceux-là semblent bien décidés à me torturer. C’est donc avec une sorte de formidable gueule de bois médicamenteuse que je vois le jour suivant. Tout débute par la trogne que me renvoie le miroir et je me fais peur. Les cernes noirs sous les yeux sont la rançon de ces cauchemars qui m’ont poursuivi pendant la nuit.
Comme un zombie, je tente de ravaler la façade de ce monument historique, de ce chef-d’œuvre en péril que l’aube a engendré. Bienheureux l’inventeur du fond de teint et autre mascara, de l’eye-liner et tous ces remèdes miracles permettant aux femmes de paraître… peut-être plus jeunes. Toujours entre réveil et somnolence, je file rejoindre mes deux collègues. Elles sont, comparées à moi, radieuses. Mais ni l’une ni l’autre ne m’apostrophe après l’accolade matinale. Ce n’est que pour la pause déjeuner que je peux enfin entendre d’une oreille distraire les confidences de Francine. Mélanie n’est pas venue ! Encore une fois, une facture a récupérer ? C’est fou le nombre de mauvais payeurs de nos jours. La femme qui mange face à moi est souriante, enjouée, apparemment tout s’est bien passé avec son Gino !
— Il est parti, j’ai récupéré mes gamins… Ton Gilles a fait des merveilles ! Il m’a appelé ce matin vers dix heures, pour me dire que Gino retournait vivre chez son frère. Ouf ! Merci de ton aide… merci pour mes fils…
— J’ai été convoqué chez les flics. Hier c’est pour cela que je n’ai pas bossé l’après-midi.
— Ah bon ? Tu as des ennuis ?
— Plus maintenant… je crois même que ça pourrait s’arranger ! Un type a fait une confession et il dit qu’il a menti pour protéger sa famille dans mon affaire. Il donne le nom de celui qui a tiré sur mon mari.
— Tu as dû avoir de sales moments. La taule, ça ne doit pas être drôle tous les jours.
— C’est encore pire que tu ne peux l’imaginer. Mais c’est loin derrière moi ! Je n’ai pas envie de revivre des jours comme…
— Je te comprends. Comment personne ne s’est aperçu de rien ? Comment un juge peut-il condamner un ou une innocente ?
— Ce n’est pas seulement un juge, tu sais, ce sont des gens comme toi et moi en cour d’assises qui nous déclarent coupables. Ils ne sont que des marionnettes, manipulés par un président aidé en cela par le Procureur Général qui lui, a toujours une bonne raison de…
— Alors comment ça va se passer pour toi ? Ils vont revenir sur ton jugement ?
— Je ne sais pas, je m’en moque éperdument. Michel ne reviendra pas et cette affaire est si loin…
— Ne les lâche pas, bas-toi pour montrer à tous, que nous les femmes nous pouvons avoir… des… pardon pour mes mots… des couilles au cul !
Je vois ses yeux qui brillent, alors qu’elle me jette ces mots avec une certaine violence. Nous en rions et je sais bien que c’est elle qui a raison ! Nous ne pouvons pas toujours tout supporter sans rien dire. Sa main se dirige vers mon poignet. Elle s’en saisit et le serre si fort que j’en ai presque mal.
— Tu as été là pour moi, pour nous avec mes enfants, je veux être là pour toi.
Cette simple déclaration amicale me donne une montée lacrymale que j’ai bien du mal à ne pas laisser voir. Francine sur sa lancée se lève, se penche au-dessus de la table qui nous sépare et sans être gênée plus que cela, elle m’embrasse sur les lèvres. Je souris enfin, heureuse de voir, de sentir que finalement, une amie c’est bien agréable. Pas seulement pour les soirées de solitudes, mais pour les moments où nous sommes toutes si fragiles. Je sais que je ne suis plus totalement isolée, que j’ai une épaule pour me consoler, une oreille pour m’écouter et c’est bien cela, l’essentiel…
— oooOOooo —
A suivre…
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Docsevere
1 février 2016 à 21:19
Passionnant. Et touchant. C'est tellement réaliste. J'admire la profondeur psychologique des personnages.

Dis-donc, "chefs d'oeuvre en péri", c'est pas tout jeune, ça... ;) :)
Soyez respectueux
Répondre
Lioubov
28 janvier 2016 à 21:15
A noter que les textes postés ici sont tous des inédits...

Je l'avais remarqué, et cela est d'autant plus méritoire.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
28 janvier 2016 à 20:24
A noter que les textes postés ici sont tous des inédits...

Merci en attendant pour ces encouragements... et bonne lecture à tous !

Charline
Soyez respectueux
Répondre
Lioubov
28 janvier 2016 à 19:08
Tu es très prolifique, Charline : 62 (très bons) textes sur RVBB. Quelle imagination...
Les lecteurs de Xstory en ont pour un moment à se régaler de tes écrits !
Soyez respectueux
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Utilisateur supprimé
28 janvier 2016 à 15:59
Bonjour !

Merci pour vos commentaires !

Mes histoires sont distribuées par le site et le rythme de leur parution ne dépend donc pas de ma volonté.

De plus je pense aussi qu’il est bon d'être un peu tenu(e) en haleine par un jour ou deux de pause entre chaque épisode.

A noter que mes histoires sont entièrement écrites dès lors que je les poste ! Je ne sais pas et ne saurai jamais écrire au jour le jour des suites et ne voudrais pas prendre le risque de ne pas finir mes récits.

J'y mets mon cœur et mon imagination alors... heureuse que vous retiriez un certain... bénéfice ou profit dans leur lecture...

Cordialement !
Charline
Modifié 28 janvier 2016 à 15:59
Soyez respectueux
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Gimenez
28 janvier 2016 à 14:12
Il ne faut pas qu'elle trahisse la confiance qu'elle a. Avec Francine. Il. Faut que maintenant qu'elle se sépare de Gino .lui avouer qu'il l'a trompé également avec leur patronne. Que c'est long entre chaques suites .mais C'est trés agréable à lire et très bien raconté. Vivement la suite
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de imaxparis
imaxparis
28 janvier 2016 à 11:50
Charline88 bonjour,

Cela fait plusieurs jours que j'ai découvert ton récit qui me passionne au plus haut point. J'attendais de lire plusieurs épisodes pour enfin te faire part de mes commentaires.
Tout d'abord le scénario, on est dans le schéma parfait d'une intrigue policière où l'héroïne se trouve broyée par le système judiciaire auquel elle est confrontée. Le climat devient ensuite plus érotique sans aucune touche de vulgarité et on a même droit à des séquences surprises... où la maitresse n'est pas celle qu'on croit !
Aujourd'hui c'est l'apothéose avec l'innocence déclarée de l'héroïne suite à un coup de théâtre auquel on ne s'attendait pas.

J'attends évidemment la suite avec impatience, en espérant que tout se termine bien - je suis très fleur bleue.

Bravo encore et bien entendu, j'ai mis des "J'aime" à chaque épisode.

Imaxparis

PS : écrit dans un style que j'apprécie, avec une orthographe que l'on aimerait voir apparaître dans tous les récits parus sur ce site.
Modifié 28 janvier 2016 à 15:14
Soyez respectueux
Répondre

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