S3 : Félix, romance à la mexicaine
Chapitre 1
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

S3 : Félix, romance à la mexicaine — Chapitre 1

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S3 : Félix, romance à la mexicaine

Chapitre 1

Félix, Romance à la Mexicaine
1962 (Mexico, Mexique)
Citation : « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon, vous n’en sortirez pas vivant » Bernard le Bovier de Fontenelle, écrivain et dramaturge français
Il y a ceux pour qui la vie doit être prise avec sérieux, ceux pour qui c’est une fête et ceux pour qui c’est une source de problème. Certains peuvent aussi se dire qu'il faut la vivre à fond car ils ne verront pas le lendemain. Parfois la vie est aussi une impasse et donc, qu’est-ce qu’on doit faire dans ce genre de cas ? Certains choisiront d’y aller à la masse, est-ce votre cas ?
Le soleil est encore présent même s’il y a aussi de gros nuages juste au-dessus de l’A11. Cal est dans son Aston Martin avec son épouse Béa à ses côtés. Ils sont à hauteur de la ville de Dangeau juste au sud de Chartres. C’est la voiture de Robbie et Diana qui est juste devant lui, derrière il y a Fabien et Agnès tandis que Salma et Clément ferment la marche. Stella qui a Marjanna dans sa voiture, ouvre la route en direction de Cloyes-les-Trois-Rivières.
Notre alsacien observe sa belle rousse à la dérobée, elle est bien soucieuse. Il sait que ce sont ces élections législatives anticipées qui la préoccupent en partie, une victoire de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche serait très mauvaise pour les affaires. Mais il sait aussi qu’elle est peinée pour Astrid. Tout le monde est là ce week-end pour soutenir la femme de Franck qui a perdu son grand-père Félix il y a quinze jours, tout le monde était là aux funérailles. La jeune femme s’est ensuite proposée pour aller faire l’inventaire des biens du château des Trois-Rivières afin de soulager la charge mentale de ses parents en cette période si difficile.
Donc après un peu plus de trois heures de route, ils traversent le village en remontant la rue de Châteaudun et prennent à droite pour entrer sur le domaine de l’Esperanza. C’est curieux comme nom par ici, se dit Cal. A cet instant, l’alsacien regarde son épouse qui doit penser la même chose que lui. Ils ont découvert le mur blanc en Suède, là c’est un vrai mur vert qu’ils ont devant eux. De longues rangées de pins extrêmement hauts les recouvrent des deux côtés de la voie et face à eux se découpe dans le paysage, un château majestueux. On dirait la tour de Saroumane dans le Seigneur des Anneaux. A la différence du château de Talspitze où Béa et lui se sont mariés, le château n’impressionne par la grandeur de son domaine où le nombre de pièces dont il dispose mais plutôt par sa disposition qui donne l’impression d’une forteresse. A l’exception de la grande forêt de pin à l’avant du domaine, le château ne dispose que d’une petite cour à l’arrière en demi-arc de cercle.
Astrid et Franck les attendent déjà sur le perron. Les retrouvailles sont chaleureuses avec leurs amis, tout le monde redouble d’attention pour la jeune femme. Les marrants du groupe que sont Rob et Cal charrient déjà le couple sur la vie de châtelain :
— Je ne sais pas trop en fait si c’est fait pour moi, leurs répond Astrid. Je ne sais même pas ce que voulait papy. Je me suis proposée pour faire l’inventaire du domaine mais de toute façon maman comptait me le demander. Maman ne me l’a pas dit mais elle craint que pour papa perdre d’abord sa mère il y a deux ans et cet année son père ne lui est mis un gros coup au moral. C’est pour cela qu’ils partent en croisière en dernière minute. Ils ont même dû décaler leur départ d’un jour le temps de faire leurs procurations pour les élections.
— Ah ne m’en parle pas, c’est un casse-tête ces élections du côté de Villers-Saint-Frederic en termes d’organisation, lui dit Clément qui est adjoint au maire.
— Trois semaines pour organiser le premier tour et pour faire campagne, c’est horrible leur explique Stella. La jeune femme est revenue en catastrophe de Milan pour soutenir son frère Nicola qui se présente dans la première circonscription de la Côte d’Or.
— Bon, comme on savait que cette discussion aller durer des heures, commence Franck, on a préparé avec Astrid de très bonnes choses à manger et à boire. On sera quand même mieux dans le salon de réception, vous ne croyez pas ?
— Et t’as vu Cal, enchaine Rob, il se met déjà à la vie de châtelain. Bientôt on l’appellera monsieur le Vicomte.
L’anglais explose de rire tout fier de sa blague, Cal participe aussi aux fous rires sous les yeux attendris de leurs épouses respectives.
Franck et Astrid n’ont pas fait les choses à moitié, il y a à manger pour un régiment. Le carpaccio de bœuf parsemé de parmesan côtoie l’œuf cocotte au foie gras entre le cappuccino de betteraves et les verrines de crevettes et d’olives de Lucques.
Cal se régale justement de l’œuf mimosa chic au saumon fumé accompagné d’une Vodka Martini au shaker, Franck le connait par cœur.
Notre héros observe ses amis qui sont comme sa famille. Clément est entouré de son épouse Salma qui a la main posée sur soi poignet droit, de Stella et de Fabien. Le Breton enfin convaincu par son amie, la ministre de l’Education Nationale Alana, va se lancer en politique plus activement. Il sera suppléant dans la douzième circonscription des Yvelines. Salma ou Miss Money pour les intimes va quitter le Château de Versailles après les JO pour rejoindre le service de com d’un groupe qui veut promouvoir la transition énergétique. Leurs deux filles suffisent à leur bonheur et ils ne prévoient pas d’autres enfants. Pour Stella, les choses deviennent un peu plus sérieuses avec Marjanna, si bien qu’elles ont acheté un domaine en Bourgogne avec une propriété et des vignes.
Fabien et Agnès sont aujourd’hui à la tête de trois restaurants dans le monde. Leurs réussites personnelles sont aussi à souligner, le couple attendant pour cette année un deuxième enfant.
Justement la restauratrice qui a déjà un bon ventre de deuxième trimestre discute avec les nouveaux parents que sont Robbie et Diana.
S’il s’attendait à cela pour son meilleur ami, certes il connaissait l’histoire avec Jayani, il a toujours été un des seuls à être au courant de cette histoire malheureuse devenue tragique. Mais voir son meilleur ami et sa future femme adopter trois enfants dont une est la fille biologique de l’Anglais, c’est tout simplement waouh. Il est en tout cas très heureux pour son meilleur ami.
Un peu plus loin sur sa droite, l’amour de sa vie Béa est au coin du feu juste en face de leurs hôtes Astrid et Franck. Il parie que sa petite femme est déjà en train de discuter décoration alors même que rien ne dit que leurs amis lyonnais vont hériter du château. En tout cas, ils ont fait un bon chemin ensemble depuis leurs rencontres en 2019, le petit Willy en est la preuve. Il est ce week-end chez ses grands-parents paternels, mais il est sûr que la tentation d’avoir un deuxième enfant va vite revenir au galop pour les futurs châtelains, une fois cet épisode un peu triste passait.
Le repas à été succulent, il faut dire que la cuisine préparée par la cuisinière personnelle de Papy Félix est d’une qualité incroyable. Le Casuela chilien succulent avec son maïs, ses potirons, pommes de terre et haricots verts. Mais que dire de la viande d’agneau qui l’accompagne.
Justement ces références hispanophones intriguent de plus en plus Cal :
— Dis-moi Astrid, si je peux me permettre, ton grand-père a un rapport particulier à l’Amérique du Sud ou je me trompe ?
— Ah je me disais que l’un de vous allait bien finir par le remarquer. En fait Mamie Natalia est chilienne, c’est là-bas qu’ils se sont rencontrés dans les années soixante. Ils ont beaucoup voyagé ensuite. Je me rappelle encore toutes les histoires que mon grand-père racontait sur le Mexique, le Pérou ou encore Cuba. Papa lui me disait souvent que grand-père Félix exagérait ses histoires mais moi je les trouvais incroyables.
— Tu avais un rapport très fort avec tes grands-parents, lui demande prudemment Salma
— Oui j’ai passé une partie de mon enfance ici à Cloyes-les-Trois-Rivières. On y allait presque tous les étés avec mes parents et j’ai continué à y revenir assez souvent même une fois adulte. Cela a été très compliqué pendant le confinement d’autant que c’est à cette période que mamie a commencé à développer son Covid long, conduisant à son décès il y a deux ans. Papy n’a plus jamais été le même dès lors. On a même eu l’impression que pour lui, cela n’a été une longue procession jusqu’à la fin.
Ils parlent encore longuement de la famille d’Astrid et du château jusqu’à une heure très avancée puis Astrid et Franck leurs ont donnés des dernières recommandations avant d’aller se coucher :
— Bon puisque je sais que tous mes amis sont de gros pervers et que je pense que ce soir le château va finir en lupanar, j’ai quelques recommandations à vous faire, commence Astrid.
Pour les chauds lapins de la bibliothèque que sont Cal et Béa, celle de papy est très fournie et ce sera deuxième étage dans l’aile nord.
Tout le monde s’esclaffe et même le couple en question.
— Salma et Clément, je sais que vous aimez tous ce qui est noir et sombre mais je ne pense pas que vous trouverez ce que vous cherchez dans la cave à vin. Je vous conseillerais plutôt les écuries, vous devriez y trouver votre bonheur, enchaîne Franck avec une œillade exagérée.
— Ensuite je vous informerais que la chambre d’Agnès et Fabien est la plus grande, elle est située dans l’aile Sud, reprend Astrid. Je m’adresse surtout à Rob et Diana au cas où vous auriez envie de refaire le coup du Lac de Côme. Enfin ma chère Stella, pour info notre chambre est en face de la tienne et il n’est pas impossible que cette porte s’ouvre sur moi dans la nuit, tout comme il est possible que j’ai parlé à Marjanna en début de soirée et comme c’est probable que mon voyeur de mari vienne regarder ce qui se passe termine, la jeune femme.
Faisant bien rire l’assistance mais aussi monter la température.
— Enfin dernière info, si l’un de vos groupes lors d’une divagation nocturne tombe sur un trésor, sachez que c’est pour bibi, je ne fais pas fifty-fifty, reprend Astrid
— Rabat-joie, lui crie l’assistance
La nuit a dû être un peu agitée car ils ont tous des mines fatiguées au petit déjeuner mais ils leur restent deux jours pour faire l’inventaire de tout un château donc par groupe de trois ils se répartissent les différentes pièces de l’ancienne demeure de papy Félix.
En tout début d’après-midi, le groupe Fabien, Agnès et Stella semble avoir fait une sacrée découverte car ils convoquent tout le monde dans le salon sur leurs boucles What’s App.
— Qu’est-ce qu’il se passe, leur demande Franck ?
— Dites-moi, vous étiez sérieux hier quand vous parliez de trésor et de pièces secrètes ? Lui répond Agnès
— Euh Non ! Hésite Astrid. Pourquoi vous avez découvert quelque chose ?
— Je crois qu’il va falloir qu’on vous montre, s’exclame Stella
Arrivés au niveau de l’un des bureaux du deuxième étage de l’aile Ouest, Fabien reprit la parole :
— On était en train de faire l’inventaire de ce bureau quand j’ai accidentellement fait tomber le vase. C’est là que mon épouse a remarqué que ça coule. On a retiré l’épais tapis pour tomber sur une trappe, il n’y a peut-être rien mais on s’est dit que c’est important de te montrer Astrid.
— Vous avez bien fait, maintenant reste plus qu’à trouver le mécanisme qui va nous permettre d’ouvrir en espérant que je ne vais pas ouvrir une boîte de Pandore, conclut la jeune femme avec un rire nerveux.
C’est finalement Salma bien au fait des systèmes de dissimulation qui trouve l’ouverture en faisant tourner la manivelle qui permet de faire descendre le volet. En effet, un système automatique ayant été installé dans cette partie du château, ce mécanisme n’a plus lieu d’être.
Sous la trappe, se trouve un escalier en colimaçon qui semble descendre tout le long du château. Arrivés en bas qu’elle n’est pas leurs surprises de tomber sur une grande pièce avec des arches en pierre de taille, des lanternes éclairent la pièce. Tout au bout de la pièce se trouve un très long bureau avec deux sièges tous les deux ornés d’une lettre sur le dossier, un F sur l’un et un N sur l’autre. Au centre de la pièce, une rangée d’une demi-douzaine de fauteuils très confortables avec de petites tables basses entre chacun des sièges. Mais ce qui va particulièrement les étonner se trouve sur les côtés dans de grandes armoires en verre ou dans des alcôves :
— Oh my god Astrid ! S’exclame Rob, ton grand-père a une sacrée collection d’armes. Regardez-moi ça c’est un Tokarev TT 33 avec son chargeur à huit coups et là un pistolet mitrailleur PP SH-41.
Comme tout le monde le regarde avec des yeux ronds, il répond :
— Non ! Je ne suis pas marchand d’armes ou autres choses de pire que vous pourriez imaginer. J’ai aidé à vider un entrepôt d’armement à l’époque où j’ai fait mon service militaire dans l’armée de sa majesté. C’était pour la plupart des armes qui provenaient de l’opération « Moisson essentielle » en ex-Yougoslavie. C’est pour cela que je m’y connais un peu en armes comme je peux te dire par exemple Stella que l’arme que tu admires est une mitraillette Thompson, très populaire chez les gangsters américains des années 30.
— Dis-moi Astrid, enchaîne Diana, ils travaillaient dans quel domaine tes grands-parents ?
— Eh bien de ce que m’ont dit et que papa m’a confirmé, grand-père était employé par l’ambassade de France au Chili, c’est là-bas qu’il a rencontré grand-mère. Ils sont devenus ensuite négociants en vin, c’est comme cela qu’ils ont pu acquérir ce domaine. C’était un peu après la naissance de papa. Mais là j’ai plutôt l’impression qu’en fait c’étaient des agents secrets. J’ai vraiment besoin d’un verre, conclue-t-elle en s’affalant dans un fauteuil.
— Tu veux quoi ? Il y a l’embarras du choix. Là encore ton grand-père a une excellente collection et pas des bouteilles qu’on trouve chez Monoprix, lui explique Fabien lui désignant les bouteilles à côté du vieux gramophone.
— La bouteille de rhum Appleton Estate me fait de l’œil depuis tout à l’heure. Un bon verre s’il te plaît.
— Je ne veux pas t’enfoncer ma petite Astrid mais je crois que tu es dans le vrai avec ton histoire de service secrets, enchaîne Béa avec un regard désolé.
— Me dit pas que tu as trouvé des liasses de billets et des passeports dans une mallette ? Rétorque Franck
— Si ! des liasses de diverses monnaies et des passeports au nom de Feliciano Marquez et Natalya Trufemova. C’est bien eux sur les photos ?
Astrid se lève avec son verre à la main et regarde les documents officiels :
— La femme blonde c’est bien ma grand-mère et le monsieur avec cette moustache bien prétentieuse c’est mon grand-père. Ils ont bien cinquante ans de moins. Du coup ils étaient quoi vous croyez, des agents du KGB ?
— Cela je ne saurais pas te le dire mais apparemment il y a un Daniel qui les appréciait beaucoup, aux vues du nombre très important de carte que j’ai retrouvé sur les bouteilles sans parler des cinq boîtes de cigares cubains lui dit Cal
— Dis voir Cal, tu as pensé à ouvrir les boîtes de cigares pour voir leurs provenances ? Lui demande Clément. Astrid je peux ?
— Au point où j’en suis, vas-y !
Le mari de Salma sort un petit carton qu’il déplie et commence à lire le mot d’accompagnement :
A des camarades sincères de la Révolution, je suis sûr que Natalya saura parfaitement apprécié ces Cohiba Behike 52. Votre ami Fidel.
— Attends Fidel, comme Fidel Castro, demande Franck. Lui aussi finit par s’affaler dans un fauteuil un verre de Whisky à la main.
— Euh il y a aussi une photo qui accompagne la boîte dit Salma qui s’est postée à côté de son époux.
Puis elle tend la photo à Astrid pendant que tous se mettent autour de la jeune femme.
— Est-ce que vous avez une idée de qui sont toutes ces personnes autour de mon grand-père et ma grand-mère.
— Bon je crois que les deux là on ne peut pas vraiment se tromper c’est Fidel Castro et Ernesto Che Guevara, leur montre Cal. Pour les autres, j’ai une appli qui peut faire de la reconnaissance faciale sur photo grâce à une IA.
Après avoir placé la caméra de son téléphone face à la photo, ils sont tous étonnés de voir des noms et des biographies apparaître sur le côté.
— Alors celui à l’extrémité gauche de la photo avec sa barbe bien taillé c’est Raul Sendic, le fondateur du mouvement Tupamaros en Uruguay, reprend Cal. Celui à sa droite en bras de chemise et avec une belle moustache c’est Miguel Enriquez du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire chilienne et juste à côté son nom va forcément vous parler puisque c’est Salvador Allende.
— Allende ? Ce n’est pas le président chilien qui s’est suicidé alors que son palais était assiégé par les hommes de Pinochet ? demande Salma
— Si c’est bien lui ! Ensuite on a Marighella et Alvès les Brésiliens et Santucho l’argentin.
— Tu peux me dire Cal qui sont les deux hommes qui entourent papy et mamy.
— Alors ces deux messieurs sont Daniel Ortega et Tomas Borgé, d’après la fiche ils ont notamment fait tomber la famille Somoza au Nicaragua. Le premier a même été Président à plusieurs reprises et apparemment ce n’est pas un tendre. Aux vues du nombre de recours qui ont été intentés contre lui.
— Mais ce n’est pas vrai ! S’exclame Astrid avec les deux mains devant les yeux. Il y a encore une heure papy était l’homme qui m’a appris la patience de la pêche et l’art de mitonner de bons petits plats tandis que mamy était la femme élégante et raffinée à laquelle je rêvais de ressembler étant petite. Là je découvre que c’étaient sûrement des agents secrets ou des mercenaires à la solde de dictateurs panaméricains. Au secours ! Dites-moi que c’est un cauchemar ou pincez moi.
Agnès pose sur son épaule une main secourable contre laquelle s’appuie la jeune femme puis au bout d’un moment Franck se lève et va commencer à chercher au niveau du bureau :
— Bon les gars, vous attendez quoi ? On ne peut pas laisser la Astrid comme ça ! Le grand-père a forcément laissé un mémo quelques parts pour expliquer tout ça. Donc messieurs il faut m’aider à le trouver !
Alors que toutes les filles se réunissent autour d’Astrid, les hommes s’affairent pour trouver quelques choses.
— Eurêka ! S’exclame Fabien après de longues minutes très pesantes. Le tiroir du bureau a un double fond. C’est ce que l’on cherche, Astrid ! C’est une lettre de ton grand-père qui t’est adressée.
Fabien la tend à Astrid et se place avec tout le monde en retrait mais la femme de Franck va sortir le vieux rétroprojecteur qui traîne dans un coin et commence à projeter la lettre sur le mur :
— Vous êtes à mes côtés depuis toujours, voir vous être démenés pour trouver ce courrier, vous méritez aussi de connaître la vérité sur ma famille, leur explique-t-elle
Donc tout le monde commence à lire ce qui s’affiche sur le mur :
Cloyes-les-Trois-Rivieres, le 10 mai 2024
Ma petite Astrida,
Je suis assez vieux désormais pour savoir quand vient la fin, je suis plus prêt de la fin de ma vie que du début. Les choses ne sont plus pareilles depuis que ma Natalia nous a quittés il y a déjà bientôt deux ans. Je pense que toi comme le reste de la famille a remarqué que je me sens de plus en plus déconnecté du monde. Ce monde est désormais bien différent de celui que j’ai connu mais je ne peux pas partir sans laisser la moindre trace de mon expérience de vie. Si tu as eu accès à cette lettre c’est que tu as trouvé l’accès à notre guarida. J’imagine facilement toutes les questions que tu dois te poser, tu dois certainement être en train d’imaginer les pires choses sur ta grand-mère et moi. Je ne peux pas t’en vouloir surtout après tout ce que tu as vu dans cette pièce sans une explication claire. Je te dois cette vérité comme je la dois à ton père, c’est pour cela que j’ai convaincu ta mère d’emmener ton père en croisière dans les Caraïbes quand viendra le moment où je ne serais plus parmi vous. Dans les îles et surtout au Nicaragua, des amis fidèles lui expliqueront qui nous étions et ce qui va lui revenir de droit, notre héritage à ta grand-mère et à moi-même. Cet héritage c’est aussi notre histoire que je vais te compter. J’ai commencé à écrire ces lignes quand les premiers signes de la maladie d’Alzheimer sont apparus chez ta grand-mère, le but étant que je puisse lui rappeler qui nous étions, comment nous nous sommes aimés et toutes les merveilleuses aventures que nous vécues des deux côtés de l’Atlantique. Comme tu le sais, cette merde qu’on appelle Covid est passée par là et m’a enlevée les dernières années que j’aurai pu passer auprès de la femme de ma vie. Celle que très bientôt je rejoindrai. Je voudrais juste que tu saches ma petite, c’est que bien au-delà de la façon dont tu jugeras nos actes passés, je voudrais que tu te souviennes combien nous t’avons aimée et combien je t’aime encore. Tu es la raison pour laquelle, nous nous sommes battus une bonne partie de notre vie pour améliorer ce monde si imparfait. Sache aussi que tu nous as toujours rendus si fiers et je regrette tant que ma Natalia n’est pas pue connaître son petit-fils Willy mais je sais que de là-haut elle veille sur nous. J’espère que tu comprendras un jour nos choix. A toi pour toujours mon Astrida.
Ton papy qui t’aime tant.
C’est en larmes qu’Astrid termine ces derniers mots, enfouissant sa tête dans les bras réconfortants de Franck. Au bout de longues minutes et après avoir encore reniflée à de nombreuses reprises qu’elle se décide à sortir les liasses de feuilles noircies par son grand-père. Comme elle l’a fait pour la lettre, elle pose la première feuille sur le projecteur et commence sa lecture, ce que font aussi ses amis, captivés par cette histoire qu’ils pressentent extraordinaire.
24 août 1962, Santiago du Chili
Il avait le mal du pays, c’est le terme. Félix est arrivé ici au Chili au début de l’année 1962. Le Quai d’Orsay l’y a envoyé pour traiter les retours des agents de terrain. Maurice Couve de Murville, le ministre des Affaires étrangères mais aussi George Pompidou s’inquiète de la montée des mouvements socialistes en Amérique centrale et du Sud. Surtout depuis l’échec de la baie des Cochons, Fidel Castro a bien eu les Américains ce jour-là. Il n’aime pas particulièrement l’expansionnisme et l’impérialisme américain mais il se gardera bien de donner son opinion. Quand on travaille pour l’ambassade de France il vaut mieux savoir se taire.
Donc cela fait déjà huit mois qu’il est dans ce pays qu’il ne connaît pas même s’il parle couramment l’espagnol. La nourriture de sa Sarthe natal lui manque, en fait beaucoup de choses lui manquent. Sans parler desjournées tellement harassantes qu’il n’a même pas le temps de faire des rencontres. Le soir en rentrant, la plupart du temps il s’écroule sur son canapé et s’endort tout habillé.
Une de ces rares distractions depuis son arrivée ici a été la coupe du monde de football qui s’est déroulée dans le pays andin et qui s’est achevée les dix-sept juin par la victoire du Brésil. Mais ce qui l’a marqué dans ce tournoi, c’est la violence sur le terrain, le très bon Pelé qui nous avait fait tant de mal il y a quatre ans en Suède a été mis hors course par les Tchécoslovaques. Mais le pire a été le quart de finale entre les italiens et les chiliens, la presse a même parlé de « Bataille de Santiago ». Il a justement été très étonné par cette équipe chilienne qui a finalement été sortie par le Brésil. Même sans Pelé, ils étaient imprenables avec Vava mais surtout Garrincha et ses jambes arquées. Il admire ce joueur car même avec son infirmité, Garrincha fait des choses merveilleuses sur le terrain.
En cet fin d’été donc, son responsable Jean-Daniel l’a libéré plus tôt à son grand étonnement. Il lui a dit de descendre au Nunõa dans le quartier du Barrio Civico, non loin du Palacio de la Moneda où se trouve la présidente chilienne. Ne voyant pas de raison de refuser, Félix se rend dans ce club de jazz très sélect. Une table lui a été réservée par son patron mais en attendant qu’elle soit prête, il peut prendre un verre au bar. Son choix se porte sur un Pisco sour au shaker, la boisson nationale dont le Pérou revendique aussi la paternité. C’est une boisson fait à partir d’une eau de vie, le pisco issu de la distillation du raisin. Félix est au milieu de son verre quand une femme pose sa main sur son épaule et lui demande si la place à côté de lui est disponible. Il s’apprête à répondre que oui mais il manque de salive face à la beauté de la demoiselle.
En effet Natalia comme elle se présente est un mélange subtil entre raffinement et sophistication. Ses beaux cheveux blonds retenus par un serre-tête reposent sur un côté pour dégager totalement sa nuque à l’opposé. Cette asymétrie attire vite le regard d’autant que son collier de perle blanche y contribue. Ses beaux yeux bleus vous donnent envie de vous baigner dans son regard. Sa robe rétro blanche à pois noir retenue par une ceinture de couleur noir à la taille magnifie ses formes très avantageuses. Félix promène peut-être un peu trop longtemps ses yeux sur ses jambes dénudées au bout desquelles se trouvent deux escarpins de grande marque.
La jeune femme s’est laissée admirer quelques secondes avant de tousser légèrement pour rappeler à notre français que sa tête est un peu plus haut :
— Veuillez m’excuser commence Félix. On doit sûrement vous le dire mais vous avez égayé ma soirée belle demoiselle.
— Oui c’est vrai lui répond-t-elle d’une voix toute douce. Mais c’est une des rares fois où c’est dit avec des yeux qui respirent la sincérité. Vous avez de très beaux yeux verts vous savez.
— Oui on a déjà dû me le dire aussi, en revanche où sont mes manières, je peux vous offrir un verre pour continuer cet agréable moment ?
— Il ne serait pas très poli de ma part de décliner, qu’est-ce que vous me proposez ?
— Hum, je dirais un Caïpirinha
— Audacieux, la boisson nationale brésilienne. Deux mois après la coupe du monde de football et la victoire du Brésil sur le Chili en demi-finale.
— Ah, c’est original je n’ai pas l’habitude de parler football avec une femme, c’est rafraîchissant et très surprenant.
— Je pense n’avoir pas fini de vous surprendre cher monsieur enchaine-t-elle avec une voix très énigmatique
Le français semble avoir un éclair de lucidité.
— Ah ! J’espère ne pas me tromper alors que nous passons un agréable moment donc veuillez m’excusez si je me trompe. Mais je crains que vos tarifs soient bien trop chers pour moi.
Tout en posant sa main gantée gauche de dentelle sur son avant-bras, elle se penche légèrement et lui murmure à l’oreille :
— Ne vous inquiétez pas pour ça, Jean-Daniel s’est déjà occupé de tout. Je serai votre cavalière pour la soirée si vous le voulez toujours.
— Eh bien comment refuser dans ce cas d’autant, j’aurai eu d’infinis regrets de ne pas avoir eu plus de temps pour mieux vous connaître.
— Nous avons toute la soirée et la nuit aussi pour cela.
C’est un moment magique entre eux, Félix oubliant totalement qu’elle a été payée pour passer la soirée en sa compagnie et la jeune femme savourant bien plus ce rendez-vous qu’elle n’a pu le faire avec d’autres hommes. Félix est un homme raffiné, avec d’excellentes manières. Sans oublier qu’il a une culture incroyable et un avis sur tout sans jamais parti pris. Le Français a du mal à imaginer que Natalia est chilienne avec une telle blondeur. Elle lui explique que son père qu’elle n’a connu que quelques années était probablement un ancien dignitaire du régime nazi tandis que sa mère a des ancêtres américains qui ont émigrés au Chili au début du XIXème siècle.
La musique de Sam Cooke ajoute une note merveilleuse à ce moment.
Don't know much biology… But I do know that I love you.
Natalia n’est pas familière effectivement avec la science mais elle sent bien cette alchimie entre eux deux.
Don't know much trigonometry, don’t know much about algebra… But I do know that one and one is two.
Non, son domaine ce n’est pas la trigonométrie et encore moins l’algèbre mais il sait que un plus une cela fait deux et que là ce un c’est lui et ce une c’est elle.
What a wonderful world this would be
Ce monde serait si beau si cette nuit n’était que la première.
Le coup de foudre est immédiat entre eux et spontanément alors qu’il se promène à San Cristobal Hill qui surplombe toute la ville, le jeune Français sur un coup de tête demande à la jeune femme de l’épouser tout en se disant qu’elle va le trouver ridicule. Mais tout aussi spontanément la jeune femme accepte, le premier baiser entre eux est d’une pureté absolue. Félix est étonné de trouver un prêtre à une heure si tardive mais il est encore plus surpris que celui-ci accepte de les marier au pied de la statue de la vierge de l’immaculée conception avec les lumières de la nuit de Santiago en arrière-fond.
En passant à côté d’un petit plan d’eau juste à côté d’une sculpture dans un style très japonais, Natalia commence à retirer ses escarpins puis elle dénoue sa robe sous les yeux d’un Félix totalement éberlué. Elle n’a bientôt plus que ses sous-vêtements blancs en dentelle. La belle jeune femme descend dans cette eau bien rafraîchissante et commence à s’immerger. Cette façon qu’elle a d’envoyé ses cheveux tous mouillés en arrière assèche totalement la bouche de son mari. Elle sort légèrement le haut de l’eau pour montrer à Félix, ses beaux seins bien fermes désormais bien visibles sous la dentelle dérisoire, elle lui fait le signe de venir la rejoindre. Le Français ne se déshabille même pas et fonce tout habillé dans l’eau pour prendre dans ses bras sa nouvelle épouse. Ils vont jouer pendant quelques minutes comme des enfants dans l’eau avant d’entamer de vraix jeux d’adultes.
C’est d’abord Félix qui après avoir écarté la dentelle de Natalia, commence à lui lécher les petites lèvres juste sous sa bande de poils puis il descend de plus en plus pour atteindre son bouton d’amour. La façon qu’elle a de se malaxer les seins maintenant totalement à l’air libre, l’excite tellement, qu’il se branle sous l’eau de sa main droite. Il va même jusqu’à lui lécher son trou interdit mais visiblement c’est une caresse dont elle a l’habitude vu la façon qu’elle a d’envoyer son bassin vers sa bouche vorace. Elle pose même sa main dans les boucles mouillées de son homme pour qu’il entre encore plus loin la pointe de sa langue. Sa chatte absorbe dans le même temps trois de ses doigts et Félix se dit qu’il va être bien au chaud dans son puit d’amour quand il la pénétrera dans quelques minutes. Il la trouve tellement plus belle quand elle atteint l’orgasme mais il perçoit dans son regard l’abandon totale, l’allégresse mais surtout un côté vorace. Elle va le manger tout cru. C’est le cas vu la façon qu’elle a de s’enfoncer son membre épais jusqu’au fond de sa gorge après qu’ils ont inversé leurs places. Natalia lui montre tout son savoir-faire avec ses lèvres mais aussi avec des doigts agiles, le contact de sa main gantée et mouillée est si aphrodisiaque. La vue qu’elle lui offre avec sa poitrine qu’il voit par en dessous, sortant à peine de l’eau le fait encore plus gonflé. Il se perd dans ce regard candide qui joue avec lui, elle teste ses réactions face à ses petits coups de langue et à ses léchages de boules. L’excitation est trop forte, il n’a même pas le temps de la prévenir qu’un premier jet part au fond de sa gorge suivi d’un deuxième et d’un troisième. Natalia est d’abord surprise puis flattée de son effet sur Félix.
Une partie du sperme coule de ses lèvres et tombe sur ses seins nus ou dans l’eau formant de petits points blancs. Natalia va ensuite l’aider à reprendre vigueur en appuyant ses seins contre son bassin. Ce massage le fait vite regonfler et il est prêt à honorer son épouse pour la première fois même si l’endroit est totalement incongru et qu’il risque gros si quelqu’un les attrape. La chilienne se couche dans l’herbe, laissant juste ses jambes dans l’eau pendant que son homme se place entre ses jambes. En la regardant droit dans les yeux, il commence sa lente progression dans ses replis intimes. Le moment est intense, les caresses sur leurs corps dénudés font encore plus monter le mercure, même l’eau qui les immerge en partie ne fait pas retomber la température. Ils essaient de ne pas crier trop fort même si les petits cris de Natalia à l’oreille de Félix sont comme une douce mélodie. Au bout de longues minutes, Félix passe du missionnaire au cowgirl en la prenant sur ses cuisses, leurs corps flottant désormais à la surface de l’eau. Les coups sont plus vifs et les cris moins retenus, il va falloir vite finir sous peine d’être arrêtés. C’est Natalia qui part la première, son abandon entraînant la reddition de son époux qui sort au dernier moment pour se répandre dans l’eau. Il a envie un jour d’avoir un enfant avec cette belle femme mais pas aujourd’hui.
Ils savourent quelques instants avant de vite sortit de l’eau. Pour Natalia c’est moins dérangeant, ses vêtements sont secs tandis que Félix est totalement trempé mais il s’en fiche étant éperdument amoureux. La traversée de la ville en voiture assis dans un siège qui colle à la peau a bien fait rire son épouse qui pose sur lui un regard attendri. Ils ont refait l’amour une fois chez lui avant de se lover ensemble dans son grand lit avec vue sur la Plaza de Armas. Félix se fait un plaisir de décrire sa Sarthe natale qu’il a hâte de faire découvrir à sa belle qui l’écoute attentivement avant de laisser filtrer quelques larmes. Cela met mal à l’aise le jeune homme qui a toujours été un peu impuissant face à la détresse d’une femme, il va quand même s’enquérir auprès d’elle du problème :
— Ma Novia, qu’est-ce qui ne va pas ? Dis-moi s’il te plait ? Je n’aime pas voir une femme pleurer
— En fait j’aimerai beaucoup venir avec toi dans ton beau pays mais je suis bloquée ici au Chili, disons que par mon métier et ceux pour qui je travaille. Ils ne vont pas vouloir me libérer.
— Comment s’appelle celui qui t’emploie ?
— Cristobal Rojas, mais c’est un homme très dangereux, tu ne sais pas à qui tu as à faire.
— Rojas ? Ne t’inquiète pas, je sais certaines choses sur lui comme comment le trouver par exemple. Il a ton passeport et un certain nombre de tes affaires c’est bien ça ?
La jeune femme hoche la tête. Elle a épousé cet homme dont elle est tombée éperdument amoureuse dès le premier regard sans savoir qui il est mais Félix pourrait bien être celui qui va lui simplifier la vie.
— Est-ce que tu as quelqu’un ou quelque chose qui te retient dans ce pays ?
— Non, absolument rien.
— Eh bien c’est parfait tout cela reprend Félix, nous allons partir en lune de miel dès ce soir, ne t’inquiète pas je m’occupe de tout.
Il explique la situation à Jean-Daniel qui se montre très compréhensif et lui donne comme conseil de ne pas rentrer en France tout de suite, il lui conseillede passer par Mexico où un de ces contacts pourra établir des faux papiers pour son épouse. Félix le remercie et fait le nécessaire pour obtenir rapidement des billets d’avion pour quitter Santiago. Mais avant il doit s’occuper de libérer son épouse auprès de Rojas.
Ce dernier habite dans le secteur résidentiel de Vitacura au niveau de Pio XI. Lui et Natalia attendent que ses hommes de main soient partis chercher à manger pour se glisser dans l’immeuble qui comporte plusieurs étages. C’est Natalia qui toque à sa porte, il semble ravi de la voir jusqu’à ce qu’il voit le Français :
— Quién es ese weón ? Dit-il en s’adressant à Natalia
— Le connard c’est celui qui a épousé Natalia hier soir, lui répond de façon tout aussi direct Félix
— Eh Gringo, tu crois que parce que tu as passé la nuit avec une de mes Camboyana, que tu peux l’épouser et partir avec. Ça ne se passe pas comme ça ici au Chili, Cachai !
— Je crois que c’est toi qui ne piges pas Rojas ! Dès ce soir Natalia rentre avec moi en France ! Et elle part avec son passeport et ses affaires que tu vas nous donner tout de suite sans faire d’histoire.
— El Pico ! Tu crois que tu peux venir dans mon pays et faire ce que tu veux sans payer les conséquences.
— Si tout est une question d’argent, il faut le dire tout de suite.
Félix sort une liasse de billet et lui balance en pleine tête provoquant l’ire de Rojas qui sort son poignard de sa ceinture et tente de poignarder le Français qui ayant prévu la manœuvre le contre et tourne l’arme dans l’autre sens. Cristobal résiste mais qu’elle n’est pas sa surprise quand il est poignardé au thorax par Natalia. Surpris par ce coup, il sent Félix enfoncer sa propre lame tranchante dans son ventre.
— Sale Zunga ! Assène Natalia tout en tournant sa lame dans sa chair pour lui faire cracher encore plus de sang par la bouche. C’est pour tout le mal que tu m’as fait !
Félix et Natalia font ensuite reculer Cristobal dans son appartement, laissant une marée de sang sur le sol. Ils vont ensuite le laisser se vider de son sang dans la baignoire pendant qu’ils vident l’appartement. Pendant que Natalia cherche pour retrouver ses affaires, Félix sait très bien lui ce qu’il est venu chercher ici. Son contact n’a pas menti, c’est bien là dans le conduit de la cheminée. Une fois prêt, ils repartent discrètement avec son épouse. Prochaine destination : Mexico.
_______________________________________
Benito Gonzalez est un homme très contrarié, déjà on l’a dérangé alors qu’il est à un dîner avec des hommes très importants dont le maire de la ville. Puis il a découvert que des chiens ont exécuté Cristobal qui est comme un membre de « sa famille », Chucha ! Il plaçait pourtant beaucoup d’espoir sur le jeune homme pour prendre sa suite à la tête de l’Organización. Enfin tout ce sang va tacher ses Carmina blanches qu’il a fait venir exprès depuis Majorque et puis le rouge sang cela jure horriblement sur son beau costume blanc. Il a beau être dans le crime organisé, ce n’est pas pourtant qu’il aime le désordre. Il est aussi très contrarié parce qu’on l’a volé également, quelqu’un savait que Rojas cachait des coordonnées géographiques d’une importance capitale dans le manteau de sa cheminée. Gonzalez va devoir sévir et en premier lieu il doit punir ceux qui ont relâchés la garde de son bras droit, le plus vieux d’entre eux Marcelo est égorgé dans la même baignoire où a terminé d’agoniser Cristobal, tandis que les quatre autres ont l’oreille gauche tranchée. Ils doivent servir d’exemple. Il fait ensuite venir des personnes pour nettoyer tout ce bordel. Benito en a marre de ce personnel incompétent, heureusement qu'il est compétent.
En quelques heures il a réussi à savoir qu’une des filles manque à l’appel : Natalia. Apparemment son client d’hier est un Français qui travaille à l’ambassade de France. Justement cet homme qui s’appelle Félix vient de s’envoler pour Mexico avec une femme qui ressemble à la description de Natalia. Ces deux Hijos de puta vont payer pour ce qu’ils ont fait à Cristobal. Il va s’en occuper lui-même mais pour cela il doit prendre contact avec ses collègues de Sinaloa.
_______________________________________
A sept mille kilomètres de la capitale chilienne, un autre homme n’est pas content non plus. C’est le commandant Salazar Ortiz-Hernandez qui dirige une unité anticriminalité de la ville mexicaine. Déjà il voit poindre de plus en plus de troubles de gauche ici à Mexico. Il sait par son frère Ignacio qui contrôle la police dans la région de Guerrero, dans le sud-ouest du pays, que la révolte gronde. Les « rouges » comme il les appelle poussent les paysans à se révolter, ils veulent un régime communiste comme à Cuba mais les hommes comme Salazar ne vont pas laisser faire cela. C’est pour cela qu’il a des oreilles partout dans la ville. Justement Felipe, un de ces jeunes de la police a réussi à obtenir une information utile. Apparemment un européen a pris contact avec les révolutionnaires nicaraguayen et il serait question d’une aide monétaire et d’information capitale, l’échange doit avoir lieu ici à Mexico.
Une autre de ses informateurs l’a prévenu au sujet de mouvement du côté des cartels qui doivent accueillir une délégation importante venus du Chili, des membres de l’Organización.
Salazar ne sait pas si ces deux affaires sont liées mais cela ne lui dit rien qui vaille, il va falloir qu’il enquête sur le sujet.
_______________________________________
Juan Espinoza lui en revanche est très excité, c’est la première mission d’importance que lui confie Carlos Fonseca. Cela veut dire que l’on compte sur lui au sein du Front Sandiniste de Libération Nationale. Sa mission n’est pas censée être dangereuse, il doit juste rencontrer un Français et lui échanger une valise contre une autre valise. Ce n’est pas compliqué qu’on lui a dit juste avant qu’il parte pour le Mexique. Fonseca lui a adjoint quelques hommes en arme afin d’assurer sa sécurité et celle de son fameux sac. L’échange doit avoir lieu dans quelques heures.
_______________________________________
C’est dans l’avion qui les emmène de Santiago à Mexico que Félix explique son plan à son épouse. Il y a quelques semaines, un des agents extérieurs qu’il a rencontré lui a rapporté une information qu’il a obtenu fortuitement. L’agent ne peut rien faire de cette information mais lui peut-être. Apparemment le Cartel de Sinaloa et l’Organización chilienne utilisent un camp dans la forêt du Nicaragua pour entreposer leurs stocks de cocaïne et beaucoup d’argent. Le camp est ultra protégé avec des hommes surarmés, l’agent en question a vu des Chiliens sur place dont Cristobal Rojas, bien connu à Santiago.
Félix y a vu son intérêt dans cette affaire. Ce que Natalia doit comprendre c’est que bien qu'il travaille pour le gouvernement français, il est tenu de bien cacher ses affinités pour le communisme. Pendant la seconde guerre mondiale, tous ses frères et même son père ont été membres des francs-tireurs partisans. Ils ont continué après la guerre à chasser ceux qui ont collaboré et livré des juifs et des résistants. Mais eux ne les jugent pas, ils les exécutent et font disparaître les corps, les exploitations de porc c’est très pratique. Il est à peine majeur en 1947 quand il a exécuté de sang-froid un homme qui a livré des familles entières de juifs du côté de La Flèche.
Personne ne sait pour ses amitiés communistes depuis qu’il est entré au service de la République.
Face à la perplexité qu’il voit dans les yeux de son épouse, il tient à lui rappeler qu’à aucun moment il n’a voulu se servir d’elle, il l’aime sincèrement. Félix n’a rien prévu de leur rencontre et il a juste saisi l’opportunité quand elle lui a dit travailler pour Rojas. En aucune façon il ne veut la mettre en danger et pour le lui prouver, le Français lui dit qu’une fois son nouveau passeport établi, elle peut aller dans le pays qu’elle veut sans lui si elle veut.
Natalia prend juste quelques secondes de réflexion avant de lui répondre :
— Depuis que je suis avec toi, je n’ai jamais senti le danger d’aussi près mais paradoxalement je ne me suis jamais senti aussi vivante qu’à cet instant. J’ai ressenti quelque chose d’incroyable quand on s’est occupé ensemble de Cristobal. C’est un sentiment qui peut s’apparenter à une excitation permanente avec l’adrénaline et la tension du danger. Si j’écoute là mes envies les plus profondes, je t’emmènerai aux toilettes de cette avion pour qu’on fasse l’amour sur le champ.
— Et pourquoi pas ? Lui répond Félix, son excitation étant bien palpable.
C’est main dans la main qu’ils se rendent ensemble aux toilettes sous le regard outré de certains des passagers et un peu plus amusé d’autres. Comme à chaque fois c’est très intense, les mains de Félix sous les fesses de Natalia, les baisers de la jeune femme sur le torse du jeune homme, la main droite du Français qui malaxe adroitement le sein gauche de Natalia pendant que sa bite va et vient dans son antre humide. La sueur coule entre les seins de la chilienne et le long de l’échine du Français. Se sentant presque partir, Félix se vide en longue saccade dans la cuvette des toilettes.
Le reste du voyage permet au nouveau couple d’un peu plus se découvrir, ils se sont mariés mais finalement ils se connaissent assez peu.
Une fois arrivés dans la capitale mexicaine, ils descendent à la Casa Hidalgo situé à l’Ouest de la ville, juste en face de la Plaza Tenanitla et juste à côté d’un bazar et d’un lieu de célébration de mariage. Mais surtout juste à côté du Parroquia de San Jacinto, une petite paroisse proche de la diaspora nicaraguayenne. C’est justement là qu’il doit retrouver dans quelques heures le contact que lui ont envoyés les révolutionnaires du FSLN, sur la Plaza San Jacinto.
En attendant c’est l’ami de Jean-Daniel qu’ils rencontrent dans leurs chambres d’hôtels pour les faux passeports :
— Je me suis permis déjà de vous faire une petite sélection de nationalité commence Raymond le faussaire. Je peux aller jusqu’à trois passeports chacun aujourd’hui dans la limite de ceux dont je dispose, au-delà il faudra je fasse de nouvelle commande et cela peut prendre jusqu’à plusieurs semaines.
— Non je pense que trois chacun devraient faire l’affaire lui répond Félix. Que nous conseillez-vous ?
— Pour madame je dirais un mexicain comme pour vous monsieur mais aussi un soviétique et un belge. Ils sont moins regardants sur la qualité que les autorités françaises. Ensuite je ne pense pas que vous voulez garder vos prénoms et noms d’origines.
Il continue après qu’ils ont l’un et l’autre fait un mouvement de tête de gauche à droite.
— Bien, je pense que vous voulez aussi des noms qui vous permettent totalement de vos pays d’origines. Si je peux conseiller à madame, pour moi le mieux serait un nom soviétique car cela collerait bien avec votre blondeur, qu’en dîtes-vous madame ?
— Je pense que vous avez assez raison Raymond, je peux vous appeler Raymond lui demande-t-elle tout en se replaçant. Cela fait remonter sa jupe sur sa jambe nue, ce qui n’échappe pas au faussaire.
— Mais bien entendu madame ! Il n’y a aucun souci, vous pouvez m’appeler comme vous voulez. Pour le prénom, n’allons pas chercher bien loin, on va transformer Natalia en Natalya. Et pour le nom, un de mes amis s’appelle Trufemov. Donc Natalya Trufemova cela vous va comme un gant je trouve.
— Tu en penses quoi mon chéri s’exclame-t-elle en se tournant vers son époux.
— Parfait ! J’ai l’impression d’être marié à une femme fatale soviétique. Pour ma part j’avais déjà un peu réfléchi à la question, que pensez-vous de Feliciano Marquez ?
Si Natalia trouve que c’est très viril et macho comme nom, elle l’adore. Raymond se met alors à tourner autour de Félix tout en grattant sa barbichette.
— Je trouve qu’il manque quelques choses pour que ce nom vous aille parfaitement. Ah oui je sais ! Crie-t-il presque tout en fouillant dans son sac d’où il sort un paquet avec une fausse moustache.
Quelques minutes plus tard après avoir essayé l’artifice, Félix s’exclame :
— Vous rigolez j’espère, on dirait Don Diego de la Vega, il manque plus que l’épée, le masque et la cape noir.
— Mais c’est aussi le très mystérieux Feliciano Marquez rétorque Raymond en se plaçant derrière Félix et lui montrer quelque chose d’imaginaire devant ses yeux.
— Moi je te trouve très à mon goût, je pense que tu dois même te laisser une vraie moustache. Cela te donnerait encore un peu plus un côté « Hombre »
— Vous voyez même la séniorita est d’accord.
Le faussaire prend ensuite les photos d’identité de Natalia et Félix avec un petit appareil photo dont le français a entendu parler mais jamais vu en vrai jusque-là : un Polaroïd.
Une fois fini et juste avant que Félix ne paie Raymond, la jeune demande tout en regardant la mallette du faussaire :
— Vous vendez aussi des armes Monsieur Raymond ?
— Oui ! J’ai même de très bons modèles pour madame et aussi pour messieurs s’il veut.
— Voyons voir ce que vous pouvez nous proposer ?
Finalement Natalia acquit un Sauer M38H, une arme de poing à double action beaucoup utilisé par la police allemande et les officiers de la Wehrmacht en plus de quelques couteaux. Tandis que son époux est resté bien français avec deux MAC modèle 1950 et le holster qui va avec.
Une fois Raymond payé et parti, la jeune chilienne s’assoie plus confortablement dans son fauteuil et s’adresse à son époux :
— Mon petit chéri, combien de temps avons-nous avant la transaction ?
— Quelques heures encore je pense en voyant où veut en venir sa belle
— Viens dit-elle tout en écartant les jambes pour révéler son absence de culotte et lui présentant sa belle toison
— Madame Trufemova ne porte pas de petite culotte, une vraie dépravée lui dit-il tout en s’avançant vers Natalia.
Il se met ensuite à genou pour laper sa belle chatte, les soupirs de plaisir de la chilienne vont l’accompagner une bonne partie de l’après-midi.
C’est en début de soirée, aux alentours de dix-neuf heures trente que le couple quitte son hôtel pour se rendre sur la Plaza San Jacinto avec sa fontaine en plein milieu, ses colonnades blanches à liserés rouge et ces tracés orange au sol en spirale qui forme une étoile avec donc en son centre la fontaine. Félix doit y rencontrer son contact venu du Nicaragua, un certain Juan. Pendant que Natalia admire les colonnades, lui regarde sa montre à gousset accrochée à son pantalon. Quasiment à la seconde près arrivent donc les hommes du FSLN :
— Buenas Noches Señor et Señorita, je suis un peu étonné car on m’avait dit que vous viendrez seul demande Juan à Félix
— N’ayez crainte cher camarade ! Je vous présente mon épouse Natalia qui est aussi une amie de la révolution.
— Veuillez m’excuser, on n’est jamais trop prudent je pense.
— Il n’y a aucun problème surtout dans nos activités et je vois que le camarade Carlos a été bien prévoyant lui dit-il tout en montrant les pistolets sous les par-dessus que portent les hommes qui accompagnent Juan. C’est un endroit sûr je pense ?
— Oui il n’y a aucun risque. le père Felipe nous a beaucoup aidé par le passé, c’est le lieu parfait pour notre échange. Vous avez ce qui était promis ?
— Effectivement ! rétorque Félix tout en désignant Natalia du menton et vous ?
— Tout est là, enchaîne Juan en montrant quelqu’un derrière lui.
— Je pense que l’on peut procéder à l’échange, j’espère que vous ferez bonne usage de ces informations explique Félix à Juan
Mais alors que les malettes vont changer de main, ils entendent :
— Police de Mexico, ne faites pas un geste de plus et posez ces malettes et vos armes.
Au niveau de l’entrée Est se tiennent environ huit hommes en uniforme dont celui qui doit être leur chefs au vue des chevrons qu’il a sur ses épaulettes.
Mais dans le même temps, les cinq hommes qui accompagnent Juan ont sorti les leurs de même que Félix et Natalia.
L’arrivée d’un nouveau groupe va pimenter les enjeux et rendre ce moment encore plus dramatique :
— Bande de Gilipollas, ces informations sont à moi, vous allez me les rendre où je vous liquide tous ! Éructe un homme dans un beau costume blanc et avec un chapeau de la même couleur.
Assurément un mafieux se dit Félix, probablement le patron de Cristobal. Cependant, lui et ses sept hommes vont sérieusement compliquer leurs replis. Il regarde en biais son épouse qui a un regard déterminé, comme lui, elle se dit qu’ils vont bien s’amuser. C’est Juan qui répond au mafieux chilien :
— Chupamela, Tu puta madre ! Ces informations serviront la cause du Front Sandiniste de Libération Nationale, on ne déposera jamais les armes, pas vrais mes camarades. Viva la Revolucion !
— Bon là ça suffit, vous êtes sur le territoire du Mexique, ces informations sont donc à nous. Vous n’avez aucune chance et aucune fuite n’est possible. Vous êtes cernés s’exclame le chef des policiers.
— Te mêle pas de ça Maricon ! Lui balance le chilien
— Zorra ! Rétorque le mexicain
— Bon vous n’en avez pas de marre de vous insulter d’enfoiré et de salope, vous êtes des hommes ou pas ? Les rabroue Natalia. Nous on attend pour se mettre sur la gueule
— C’est une vrai impasse mexicaine cette affaire s’exclame Félix
Pour donner corps à ces paroles, Natalia est la première à ouvrir le feu sur l’un des hommes du chilien qui tombe raide mort et là c’est parti en couille, c’est exactement ce qu’a dit Juan en Espagnol au même moment :
— Se va la merda ! Exulte-t-il alors qu’il tire dans tous les sens à son tour.
Les balles pleuvent, s’écrasant sur les colonnades laissant des impacts qui écaillent le blanc, traversant la chair dans d’effroyables cris de douleurs et explosant des têtes. Félix et Natalia tels des danseurs de ballet évitent les balles dans une danse incroyable avec l’ange de la mort. C’est Juan qui a abattu le chef de la police mexicaine après que ce dernier est gravement blessé le mafieux chilien, Natalia s’est chargée de l’achever au couteau.
Une belle amitié est née ce jour-là au milieu d’une scène que même le plus sanglant des cinéastes n’aurait pas imaginé. Le sol orangé a carrément viré au cramoisi. Sur les vingt-deux hommes et une femme qui ont dansé cette danse macabre, dix-neuf hommes sont restés sur le carreau. Un des policiers a réussi à se replier, tandis qu’il reste un homme à Juan. En revanche tous les mafieux mangent les pissenlits par la racine.
Ils ont quitté le Mexique pour rejoindre les montagnes au Nicaragua où ils sont accueillis en héros. C’est avec les hommes de Juan qu’ils ont pris d’assaut la grotte d’Alamikamba dans l’Est du pays ainsi que l’embarcadère où partent les cargaisons.
La suite est racontée dans la lettre qu’à laisser Félix à sa petite-fille :
Ma petite Astrida,
Tu sais désormais comment les choses ont commencé entre ta grand-mère et moi. Par la suite nous sommes devenus des sortes de Robin des bois des temps modernes. Pour soutenir la révolution nous avons fait un très grand nombre de braquages à mains armés dans des banques et dépôts d’argent appartenant à l’état capitaliste. Rassure-toi nous ne prenions que l’argent des riches pour le donner aux pauvres qui eux étaient plus nécessiteux. Nous avons eu divers surnoms en Amérique centrale tel que Robin des bois donc mais aussi les Bonnie and Clyde des Caraïbes mais celui qui est resté c’est Los Cinco Jinetes Del Pueblo, « les cinq cavaliers du peuple » car notre but a toujours été de repartir équitablement les richesses. Je dirais que nous avons aidé humblement à mettre du sable dans les rouages de l’économie impérialiste américaine. Est-ce que nous avons regretté nos choix à un moment ou un autre ? Absolument pas, ma Natalia et moi avons toujours vécu notre vie à fond car le lendemain nous aurions pu être tués, c’est même comme cela qu’on a pensé que cela se finirait. Mais au début de 1967 soit douze ans avant que nos amis Daniel Ortega et Tomas Borgé accèdent aux pouvoirs, ta mamy est tombée enceinte de ton papa. Là les choses ont changé pour nous, il n’était plus question pour nous de ne penser qu’à nous, pour la première fois on pouvait imaginer un avenir. Nous avons quitté nos amis restés au Nicaragua pour rentrer en France. Cela faisait des années que j’envoyais de l’argent à la famille. Ils pensaient qu’après avoir quitté la diplomatie, j’étais devenu propriétaire terrien et surtout de vignes en Amérique Centrale. Mais ce que je ne savais pas c’est que cet argent que j’avais envoyé au fil des années, ton oncle Rémi l’avait très judicieusement investi et en quelques sortes il l’a « blanchi », a rapporté encore plus d’argent. C’est ainsi qu’il m’a remis les clefs du domaine de Cloyes-les-Trois-Rivières. Moi j’avais imaginé racheter une petite ferme dans ma Sarthe natale et la retaper, mais je n’aurais jamais imaginé devenir châtelain. Comme l’a fait ton oncle il y a cinquante-sept ans, je te lègue ce château et tout son domaine, je sais que tu y as été très heureuse étant petite et même encore après. Ne t’inquiète pas pour ton père, les petits enfants de Juan vont lui remettre les actes de propriété des domaines agricoles, des entreprises et des maisons dans lesquels ta grand-mère et moi avons investis à partir du début des années 80 pour un jour avoir quelques choses à donner à notre fils. Il pourra vivre paisiblement sa retraite dans un pays et au milieu d’un peuple que nous avons tant aimé et qui nous l’a bien rendu. Vis ta vie ma petite, sans jamais rien regretter car on a qu’une seule vie et elle peut vite Se va la merda comme aimé le dire notre vieil ami.
Ton papy qui t’aime.
P.S : Tu n’as découvert qu’une seule de nos pièces, je crois me rappeler qu’étant petite tu adorée jouer à la chasse au trésor, je peux t’assurer que tu n’es pas au bout de tes surprises.
Astrid s’enfonce un peu dans son fauteuil, elle souffle un grand coup en posant ses mains à plat sur ses yeux avant d’éclater de rire sous les regards ahuris de son époux et de ses amis qui pensent qu’elle a perdu la tête :
— ça va ma princesse ? Lui demande Franck prudemment
— Oui très bien, ne t’inquiète pas Francky. J’avais juste besoin de réponses que j’ai obtenues. Quelques parts je préfère boire le verre à moitié plein qu’à moitié vide. Certes ce qu’ils ont fait est très répréhensible, mais je préfère me dire qu’ils ont aidé beaucoup de gens dans le besoin. Quelques parts ce sont des héros et ce sont mes héros.
— Tu as raison Astrid lui dit Béa, ils ont fait ce qu’ils ont pour des bonnes raisons car ils avaient des convictions chevillées aux corps et personne ne pourra leurs reprocher cela.
— Eh les amis s’exclament Agnès, regardez le classeur que je viens de trouver, il y a plein de coupure de presse en espagnol. Franck tu peux traduire s’il te plait ?
Le mari d’Astrid prend le classeur et regarde :
— C’est le récit des exploits de tes grands-parents vus par la presse cubaine, nicaraguayenne, jamaïcaine mais aussi des petites coupures de journal de Miami. A la fin il y a même une photo. Je crois que tu devrais regarder cela mon amour.
Sur la photo en noir et blanc est inscrit manuscritement dans l’encart blanc en bas : Los Cinco Jinetes Del Pueblo. On y voit cinq personnes portant des masques et portant des armes. De gauche à droite est inscrit le nom réel de la personne avec un surnom accolé :
Lucho «El Gorila», Juan «El Mosquito», Félix «El Bigotudo», Natalia «La Rubia» et Raquel «La Leona».
Finalement Astrid se dit que ses grands-parents ont eu la chance d’avoir des amis sur qui compter, un peu comme elle avec ses amis.
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OlgaT
5 août 2024 à 21:39
C'est d'abord un plaisir que de retrouver Cal, Béa et tous leurs amis.
L'histoire est exceptionnelle!
Elle aurait peut-être gagnée à être racontée en deux épisodes
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
5 août 2024 à 13:58
Je ne sais pas si Astrid a de quoi être fière de ses grands-parents, mais tu nous a emmené ici dans un voyage inattendu, plein de surprise, d'action et de passion. Un bien beau cocktail !
Soyez respectueux
Répondre

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