Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Mon passé d'aro/ace — Chapitre 1 · Asexuelle
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Mon passé d'aro/ace
Chapitre 1 · Asexuelle
Bonjour à tous !
Je ne suis pas encore prête à dévoiler qui je suis réellement, alors on va dire que vous pouvez m'appeler Hermione. Depuis toute petite, j'ai toujours aimé ce personnage. On me dit même que je lui ressemble beaucoup. Mes yeux brun clair et mes fins cheveux mi-longs, blond foncé, et qui frisent très légèrement me rapprochent effectivement d'elle. Nous avons aussi quasiment le même âge, puisque je n'ai qu'un an de moins que l'actrice, Emma Watson, mais la différence est nettement plus marquée en termes de taille et de poids... puisque je ne fais que 1m54 pour 43 kilos ! Et encore, ça, c'est maintenant...
Mais ce qui m'avait toujours plu chez elle, c'était son état d'esprit : fillette modèle et un peu réservée, tout comme moi. Enfin, au début de la saga, car au fil des années, c'était avec tristesse que je la voyais changer et s'affirmer. De mon côté, je restais la petite timide de la classe, la « taiseuse » comme disent certains. Seule, dans mon coin, dans mon univers, j'avais non seulement tendance à ne pas aller vers les autres, mais aussi à les fuir. Plus les années passèrent, plus la différence entre moi et Hermione se creusait.
Dans mes dernières années de lycée (je n'ai pas continué l'école après mes 18 ans, étant sujette à de régulières crises d'angoisse et de sociophobie), alors que la saga cinématographique se terminait, j'en étais même venue à détester la comparaison avec la « Miss Granger ». Cette héroïne que j'affectionnais beaucoup avait fini par m'indifférer, et même, me rebuter. Surtout, je comprenais de moins en moins tous les arcs de romance autour d'elle, alors que de mon côté, les garçons me laissaient froide. Et ne vous y trompez pas : les filles aussi. Je ne m'intéressais pas aux autres, et les autres ne s'intéressaient pas non plus à moi. Je n'avais aucune attirance pour les romances, et encore moins pour le sexe. Cela me répugnait presque même. J'appris alors sur internet que j'étais ce qu'on appelle une asexuelle, aromantique. Sans attirance, ni pour le sexe, ni pour l'amour en général.
Ce qui m'attirait réellement le plus, c'était mon petit univers à moi, et mes créations que je partageais alors en ligne. J'ai même acquis, au fil des ans, une certaine notoriété voire célébrité grâce à cela (et c'est pourquoi d'ailleurs je préfère rester anonyme, et je tâcherai de ne pas en dire trop non plus). Je n'avais donc pas franchement d'amies/amis IRL, même pas du tout, mais j'appréciais beaucoup mes amies en ligne. Bien sûr, aucune de ces amitiés en ligne n'avait éveillé en moi d'intérêt romantique (et encore moins sexuel).
J'habitais alors encore chez mes parents, dans notre appartement, et je passais donc la quasi-totalité de mes journées dans ma chambre, à discuter (à l'écrit !) avec mes amies en ligne ou à travailler sur mes créations et à diffuser mes contenus en direct. Mes parents sont assez stricts, mais c'est surtout ma mère qui est étouffante. Je pense que si le dessin animé était sorti quelques années plus tôt, on m'aurait appelée « Raiponce » au lieu d'Hermione. D'ailleurs, elle, je l'appelle parfois « ma Mère Gothel » ! Constamment dans les parages, à me surveiller, me refusant toujours tout ce que je lui demandais, elle m'a régulièrement fait « péter un câble ». J'étais alors contente de pouvoir soulager ma frustration en ligne, mais souvent, je me calmais rapidement, car mes amies et amis (et, parfois même, des inconnus !) me proposaient rapidement de partir de chez moi pour fuir cette ambiance toxique. Mais pour aller où ? Et comment ? Avec ma timidité ? Impossible.
Je ne me voyais pas partir d'ici. Je ne m'en sentais pas capable. Alors, je prenais sur moi, et je restais là, dans ma chambre, seule face à mon écran, dans mon petit univers. Pendant 8 longues années...
Un jour, un de mes amis en ligne m'a proposé de nous rencontrer à l'occasion d'un de ses déplacements professionnels (car lui travaillait). Je l'appréciais plutôt bien (platoniquement, sans aucune pensée amoureuse et encore moins sexuelle). On se « fréquentait » en ligne depuis quelques années et, coup de chance, on devait passer dans la même ville au même moment. Lui y faisait étape à l'occasion de son déplacement, et moi, à l'occasion d'une sortie en famille, avec mes parents et ma sœur aînée (je suis la cadette). J'avais donc tenté de « préparer » le terrain avec ma mère pendant plusieurs semaines. Finalement, lorsque je lui demandais si je pouvais rencontrer mon ami là-bas, elle accepta ! Je n'en revenais pas, j'étais aux anges (et, il faut le dire aussi, très apeurée par la nouveauté de cette rencontre à venir).
Je reconnais que ma sœur m'avait aussi beaucoup encouragée et aidée (même si elle s'imaginait, à tort, qu'il s'agissait de mon « petit ami », ce qui ne calma pas mes angoisses ni ma timidité). J'en informais donc mon ami, qui fut ravi malgré les « quelques » conditions que ma mère posa. D'abord, ce ne serait que pour le temps d'une soirée. Et interdiction de partir avec mon ami, ou de le ramener à la maison. Ensuite, pas question de nous laisser seuls : il s'agissait d'une sortie en famille, au cours de laquelle ma mère tolérait seulement que mon ami participe. Enfin, elle se gardait le droit de changer d'avis, et on devrait alors tous partir en laissant mon ami seul. Des conditions assez souples pour ses standards.
Le jour venu, nous sommes donc partis pour notre petite virée en famille, et je n'arrivais pas à décoller les yeux de mon téléphone. Je suivais avec angoisse le temps qui défilait, ne profitant pas vraiment de notre promenade dans cette ville. J'avais peur que, subitement, mon ami se détourne et m'abandonne, m'envoyant un message pour dire qu'il ne viendrait pas. Et dans le même temps, j'angoissais de cette rencontre, et j'avais moi-même régulièrement une furieuse envie de lui envoyer un texto pour tout annuler. Mais je parvenais à me contenir, jusqu'au moment de recevoir le fatidique message : « Je suis arrivé ! ». Poussée d'adrénaline, montée d'angoisse, genoux, mains, et même tout le corps qui tremble...
Je tâchais de me calmer, et j'informais le reste de ma famille que mon ami était là. Ne l'ayant jamais vu et ne m'ayant jamais vue (nous n'avions jamais échangé de photo ni discuté par webcam : j'étais trop craintive), je lui décrivis ma tenue et l'endroit où nous étions (par texto, bien sûr, ma timidité me paralysant à l'idée même de passer un coup de téléphone, ou de discuter à l'oral en ligne). J'attendis.
Après un temps indéterminé, perdue dans mes pensées et dans les scénarios catastrophes que je m'imaginais, quelqu'un nous aborda. Il me salua et se présenta à mes parents et ma sœur, et, en réalité, à moi-même aussi, car si nous discutions beaucoup en ligne, je n'en savais que très peu sur lui. Il s'appelle Charlie (enfin, on va dire, car il ne souhaite pas lui non plus être explicitement nommé dans cette histoire). Il est nettement plus grand et baraqué que moi (1m85 pour le double de mon poids, je l'ai su par la suite), sans pour autant avoir l'aspect d'une armoire à glace. Cadre dans une grande entreprise, presque trentenaire (trois ans de plus que moi), il traversait régulièrement le pays pour son travail. Ma famille et lui commencèrent alors à discuter de choses et d'autres, tout en marchant au gré des rues de la ville. Je les suivis, et j'écoutais, passivement et pensivement. Comme toujours. Étais-je encore une fois juste celle qui n'est là que pour décorer ? Pas vraiment.
Cette fois-ci, j'avais une impression différente. Peut-être était-ce dû aux petits regards que Charlie me lançait de temps à autre en me souriant. Ou le fait qu'il me semblait parvenir si facilement à mettre mes parents en confiance, ce que je n'avais jamais réussi à faire en 26 ans. Mais surtout, j'avais l'impression que même si Charlie parlait avec mes parents et ma sœur, c'était en réalité à moi qu'il s'adressait. Comme si tout ce qu'il leur racontait alors m'était destiné. Et si, habituellement, je fuyais instinctivement le regard des autres, je me surpris à apprécier les quelques « eyes contacts » que nous avions, et je lui souriais en retour.
Arrivés devant un petit restaurant, mon père proposa d'y dîner. Tout le monde accepta. Moi, bien sûr, je ne disais rien. Je n'ai jamais réellement faim, et je trouvais ces restaurants ennuyeux et bondés. Nous passâmes quand même à table, et Charlie s'installa à mes côtés. Je rougissais, intérieurement j'espère, en me rendant compte que je n'avais pas été assise à côté d'un garçon depuis le lycée, depuis presque dix ans. Les plats défilèrent, je les goûtais à peine, laissant les autres terminer mon assiette à chaque fois. Mes parents et ma sœur me firent leurs habituelles remarques sur mon absence d'appétit, mais Charlie parvenait je ne sais comment à détourner le sujet à chaque fois. « Je l'aime bien finalement », me disais-je.
Le repas terminé, Charlie proposa de payer l'addition, mais mes parents refusèrent. Il insista alors pour au moins m'inviter. J'acceptais (enfin, plutôt, mes parents acceptèrent pour moi). C'était la première fois que quelqu'un m'invitait. Cela me fit à nouveau tout drôle. Au moment de quitter le restaurant, Charlie me dit un truc. Je n'avais pas écouté. Aïe. Je paniquais intérieurement, ne sachant que faire ni que dire. Et là, je vis de nouveau passer une étincelle dans ses yeux. La même que j'avais pu voir à chacun de nos « eyes contacts » précédents. Ce petit quelque chose qui, sans que je ne sache pourquoi, me rassurait intérieurement. Il tourna alors ses yeux (qu'il avait de la même couleur que moi, peut-être était-ce cela qui me troublait ?) vers mes parents, et leur dit :
— Enfin, si cela vous convient à vous aussi ?
— Ma foi, pourquoi pas, c'est d'accord, répondit ma mère. À tout à l'heure alors !
— Ma foi, pourquoi pas, c'est d'accord, répondit ma mère. À tout à l'heure alors !
Je n'avais aucune idée de quoi ils parlaient, mais sur ce, ma mère, mon père et ma sœur partirent de leur côté, me laissant seule avec Charlie. Je me rendis alors compte qu'il leur avait demandé si on pouvait passer le reste de la soirée ensemble. Comment diable avait-il bien pu faire ? J'avais l'impression de me faire renvoyer dans les ronces par ma mère à chaque fois que je lui demandais un truc, et là, elle semblait dire « Amen » à tout. Seuls tous les deux, nous partîmes en direction des remparts de la ville, et nous nous installâmes sur un banc pour admirer le paysage et le Soleil d'été qui commençait à décliner. Peu de paroles furent échangées, mais cela me convenait. Charlie n'était ni pressant ni oppressant, et je me sentais calme avec lui. Nous discutions un peu de nos vies, enfin surtout de la sienne. La mienne me parut si vide à côté. Mais le sujet dériva ensuite vers mes propres créations, et je me sentis pousser des ailes, discutant alors avec enthousiasme.
Deux heures plus tard et alors que le Soleil avait totalement disparu sans que je ne m'en rendisse compte, Charlie me rappela que nous devions repartir et rejoindre mes parents et ma sœur.
— Zut, dommage. Je serai bien restée là.
— Moi aussi, mais je ne peux pas y aller sans toi.
— Et pourquoi pas ? rétorquais-je en blaguant.
— Moi aussi, mais je ne peux pas y aller sans toi.
— Et pourquoi pas ? rétorquais-je en blaguant.
Il ne répondit rien, et me regarda en souriant. Je compris alors subitement que, sans y prêter attention, je m'étais peu à peu allongée, le dos sur le banc, la tête sur ses cuisses. Je me redressais d'un coup, rouge pivoine, manquant de l'assommer d'un coup de front sur son menton.
— Quels abdos ! me dit-il hilare, en me « pokant » le ventre.
— Arrête, te moque pas, tu n'en as pas plus que moi d'abord ! lui répondis-je en lui faisant de même, m'apercevant qu'en fait si, il en avait, lui, des abdos.
— Hé, surprise ?
— Un peu, reconnus-je en continuant de lui appuyer sur le ventre avec un, puis deux, puis trois doigts.
— Et moi, je peux tester ? demanda-t-il sans vraiment attendre la réponse, posant sa main sur mon propre ventre, ce qui me fit interrompre mes gestes. Ah oui, il y a quelques carrés de chocolat ici, dit-il en appuyant à peine. Mais c'est de l'extra-fin ! ajouta-t-il en rigolant, avant de se lever. Allons, ne traînons pas trop, sinon, tes parents vont nous attendre. Je ne voudrais pas qu'ils t'engueulent.
— Arrête, te moque pas, tu n'en as pas plus que moi d'abord ! lui répondis-je en lui faisant de même, m'apercevant qu'en fait si, il en avait, lui, des abdos.
— Hé, surprise ?
— Un peu, reconnus-je en continuant de lui appuyer sur le ventre avec un, puis deux, puis trois doigts.
— Et moi, je peux tester ? demanda-t-il sans vraiment attendre la réponse, posant sa main sur mon propre ventre, ce qui me fit interrompre mes gestes. Ah oui, il y a quelques carrés de chocolat ici, dit-il en appuyant à peine. Mais c'est de l'extra-fin ! ajouta-t-il en rigolant, avant de se lever. Allons, ne traînons pas trop, sinon, tes parents vont nous attendre. Je ne voudrais pas qu'ils t'engueulent.
Il me tendit la main, et je l'attrapai mécaniquement pour me relever, encore perdue dans les pensées qui se bousculaient dans ma tête après ce contact. La chaleur de sa main sur mon ventre, derrière le simple et fin tissu en viscose de mon top, m'avait complètement retournée. Je ne reviens sur Terre qu'après avoir fait quelques pas... Avant de m'apercevoir que ma main n'avait pas lâché la sienne pendant ce temps ! Nouvelle vague de panique. Mais, une panique contenue. Bien qu'incapable de comprendre ce qui m'arrivait, je n'ai pourtant pas envie de fuir. Je me laissais donc faire, et profitais de ce trajet du retour pour réfléchir avec moi-même à ces sensations nouvelles pour moi. Charlie ne disait rien. Il devait sentir qu'il me fallait un peu de temps pour assimiler tout ça.
Nous rejoignîmes finalement mes parents et ma sœur sur le parking, et je lâchai la main de Charlie pour repartir avec eux, après de rapides « au revoir ». Sur la route, mes parents ne me posèrent aucune question, mais ma sœur se montra bien plus curieuse, me demandant comment cela s'est passé, si nous nous étions embrassés, etc. Je ne répondis qu'en partie, et restai vague. Je me dis surtout que mon regard sur lui avait changé. Je déverrouillai mon téléphone. J'avais un message de Charlie.
Moi aussi.
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