Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Vita consumptibilis est — Chapitre 1 · Défi méli-mélo
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Vita consumptibilis est
Chapitre 1 · Défi méli-mélo
OCCURSUS
Il traînait dans l'ombre, le pelage sombre et les pas en peine à peine retenus par la douceur d'une brume-tombe. La nuit était tombée. Avec elle le silence, et le seul cri d'un corbeau brisé. Oreka pourfendait sans hâte l'obscurité de sa silhouette que la noirceur elle-même confondait.
Ses mouvements d'outre-ronde griffonnaient une musculature faune, son souffle dissimulait des grognements rauques. La bête suintait l'ichor, le marais, la mort. Une fragrance maudite habillait d'une aura pressante ce cimetière-ci, cette nuit-là. Aussi, à mesure qu'il arrachait les rayons de lune, il se faisait silencieux, il abandonnait ses cornes et sinistrait le ciel de nuages d'orage, seulement zébré de rais éclairs et sinistres. Car. Aperçue au loin. L'âme suspendue en rêve à ignitier aurait bientôt un choix.
Une demoiselle à l'âme en friche. Une artiste, dont le nom se propageait dans l'air comme un murmure, et point. Du talent, Iratze en possédait-elle peut-être, or la reconnaissance l'éviter en tout point. Sa beauté se cachait dans la fragilité qu'oripeau elle portait à sa peau, plus encore dans les tremblements certains de ses envies en quête de gloire. Un aspect à mettre en lumière, puisqu'elle n'était pas particulièrement belle ; rien qu'aux yeux des mortels.
Le cul terrait à la cime de cet arbre sec, elle s'assit sûrement sur la planche de la balançoire grinçante encore agrippée à une branche. Elle agitait ses jambes au-dessus des pierres tombales avec l'ardeur de ceux qui ne comprennent pas le prix des feux. Entre la chaîne et sa main était emprisonné un pinceau dont les prières s'envolaient dans les affres de la tempête. Son regard traquait la beauté du monde, elle peignait pour respirer, pour survivre, contre vents et démons.
Sentit-elle ce frémissement de l'univers en approche, lors, elle sauta, se réceptionna, se redressa.
Oreka s'approcha sans bruit, son corps s'insinuant au sein de la sorgue ; soudain s'arrêta à quelques mues serpentines d'elle, son corps vieux et grand s'imposant à l'éclat d'un tonnerre souriant, bien caché sous un imperméable long comme la pluie. Le ciel grondeur derrière lui rappelait les ailes et les cornes qu'il avait quitté à dessein de méfaits.
Une intuition, de la naïveté, nul ne sait, pourtant, Iratze en rien fut effrayée.
Un écho qui vibre dans la nuit comme un son remontant de l'abîme :
– Tu cherches ce que tu ne peux avoir seule.
Iratze posa son regard sur lui. Ses yeux brillaient d’une lueur que le défi et la curiosité mêlés ne sauraient reproduire.
– Si vous me parlez d'un parapluie, j'en ai déjà un. En revanche, si vous évoquez votre nom, vous pourriez effectivement m'aider à plus facilement accepter le tutoiement. Ce n'est manifestement pas la besogne qui vous arrête.
Iratze posa son regard sur lui. Ses yeux brillaient d’une lueur que le défi et la curiosité mêlés ne sauraient reproduire.
– Si vous me parlez d'un parapluie, j'en ai déjà un. En revanche, si vous évoquez votre nom, vous pourriez effectivement m'aider à plus facilement accepter le tutoiement. Ce n'est manifestement pas la besogne qui vous arrête.
Le vent emporta les piques, autant pour lui que pour les contes jadis racontés aux enfants. Un moyen franc de garder posture.
Oreka sourit, une moue étrange dessinée sur son visage vestige épris de vertige bestial.
– Je suis celui qui fait les échanges, les pactes, celui qui offre des chemins là où il n’y en avait pas. Je suis celui qui t’offre ce que tu désires, mais rappelle-toi ceci, humaine : la vie n'a d'usage que son usure avant la mort.
– Ainsi donc, vous seriez Oreka. Et cela ferait de moi une sotte de jouer le jeu d'un vieil homme en mal d'amour.
– Ainsi donc, vous seriez Oreka. Et cela ferait de moi une sotte de jouer le jeu d'un vieil homme en mal d'amour.
L'aphonie qui suivit ses mots pesait lourdement, et elle sentit, dans ses entrailles, un frisson de compréhension. La folie, l'existence n'est rien qu'une route éreintée que chacun foule sans se rendre compte qu’elle s’éteint à chaque pas. Ses bras lui tombèrent. Sa force aussi. Iratze ne put qu'abonder hors de sa bulle.
– Je veux la reconnaissance... qu'importe le prix.
DIABOLI FOEDUS
Il fit un mouvement vers elle, la démesure s'extirpant davantage de son monde. Puis d'un ton annihilateur de compromis :
– Alors nous avons un accord.
Un pacte. Oreka tendit une main massive où chaque griffe semblait une lame dont le fil tirerait à sillon sûr des larmes.
Iratze prit sa main, et l'instant où leurs doigts se touchèrent, un néant de douleur pure traversa son corps. S'ensuivit une chaleur soudaine, intense, un brasier dévastateur de veines. Son souffle se coucha en un soupir désespéré.
La voix brisée d'angoisses nouvelles :
– Que dois-je faire ?
–Tu feras ce que ton art dictera. Peins, et laisse tes toiles témoigner de ce que tu vivras. La gloire viendra, mais tu la paieras. Comme tous les autres.
–Tu feras ce que ton art dictera. Peins, et laisse tes toiles témoigner de ce que tu vivras. La gloire viendra, mais tu la paieras. Comme tous les autres.
CARNIS OBLATIO
Un relent de terreau humide, une pestilence animale, une caresse morbide où chaque inspiration, raccord des yeux ébène dévoreur de lumière, emprisonnait des vérités que personne ne pouvait supporter de connaître. Écho venu des cavernes de la création, le timbre assomma Iratze du sinistre colporteur. Elle n'en comprendrait jamais la portée, néanmoins un frisson parcourut son corps. Oreka la tira contre lui. Une sauvagerie douce, occise de chaleur, mortuaire de lourdeur ; leurs lèvres se rencontrèrent.
Il l’embrassa, et Iratze répondit à son baiser avec une ardeur qu’elle n’avait jamais connue. Ses mains glissèrent sous le manteau et se perdirent sur le corps poilu, en lutte contre cette étrangeté, aussi en fervent abandon.
Les heures passèrent sans qu’elle ne puisse les compter, une danse entre deux êtres venus d'orages opposés. Le démon la guida, insidieux, malicieux, au sein d'une cadence ancienne, tortueux jusqu'au point de non-retour. Dans ses bras, Iratze abandonna toute résilience, tout ce qu’elle croyait savoir de l’art, du plaisir et de la souffrance.
Enveloppée par les silences susurrants de sept nuits sans fin, Iratze peignit.
Un premier tableau. Fidèle évocation d'un acte pur ; une vision du monde par les yeux d'une femme éprise dans la force brute d'un sauvage. Elle se tenait là, ouverte, vulnérable mais résolue, prête à recevoir, le ciel caché par des yeux obscènes, son corps réduit à ce seul instant de peau contre peau, où les cicatrices effleuraient les saillies profondes, sanglantes, vivantes. Sous la poix des âmes.
Le second, né d'un autre acte, s'animait d'une folle dynamique, où une jouvencelle en contrôle dominait la scène, la posture érigée et le port altier pointaient les monts chaleureux. L'ascension vers le chaos, la puissance des cahots, libre et fragile elle s'enfuyait toujours plus haut, en pal pourtant, toujours, à jamais conquise, mais le regard vers l'horizon. Une griffure écaillait les pigments ardemment séchés : L'ascension des cendres.
Un troisième, quatrième, cinquième.
Le second, né d'un autre acte, s'animait d'une folle dynamique, où une jouvencelle en contrôle dominait la scène, la posture érigée et le port altier pointaient les monts chaleureux. L'ascension vers le chaos, la puissance des cahots, libre et fragile elle s'enfuyait toujours plus haut, en pal pourtant, toujours, à jamais conquise, mais le regard vers l'horizon. Une griffure écaillait les pigments ardemment séchés : L'ascension des cendres.
Un troisième, quatrième, cinquième.
Vint Enclume et martel, et martel, et martel, et martel.
Puis Au cœur des flammes oubliées, enfin.
Sept nuits. Septs tableaux.
Sept nuits. Septs tableaux.
REDITUS GLORIÆ
Le vernissage battait son plein. Une foule de corps enivrés se pressait autour des toiles d’Iratze, les visages oscillaient entre admiration feinte ou sincère étonnement. L’humage de peinture fraîche se mêlait à l'humeur que provoque le vin, seulement, une effervescence plus lourde encore imprégnait l’air. Les invités, enivrés de leur propre vanité, chuchotaient entre eux du gargarisme de leur anticonformisme, torses guindés et mentons haut levés, bandés et bien pensants. Une forme d'élévation, à mille lieues, nonobstant, de saisir la transgression véritable des tableaux. Des scènes de sexe brut, de la chair offerte, des corps emmêlés dans un tourbillon viscéral. Une provocation déguisée en art, une affirmation qui transpirait la défiance. Risible.
Iratze se tenait sur la scène centrale, mais son regard, effleurant la salle, s'enquérait de plus. Elle était là, parmi eux ; dans sa tête, autre chose. Les regards curieux, cependant effrayés, se perdaient dans ses œuvres, dans la folie du désir qu’ils transcrivaient, des ires qu’elle avait exhumés de ses entrailles afin de les exposer au grand jour. Or, sous cette pluie d’applaudissements feints, elle percevait une tension qu'elle ne parvenait point à pointer. Une attente. Une promesse. Une parole en sienne.
Dans un coin de la salle, finalement, une forme se mouvait. Ses pas émettaient aucun bruit. Oreka, dans son éternel imper' noir, gisait là, immobile, imprimant au mur, de la pointe d'une batte de base-ball, une cadence insensément hypnotique. Le métronome, loin de perturber la fête, l’accentuait au contraire. Il frappait, sans nulle hâte, chaque coup du bois contre la pierre ébranlait l'insondable tension.
Les écornifleurs ne s'en préoccupaient pas, le snobaient ; vulgaire tache dans le décor. Iratze s’approcha de lui subjuguée. À sa hauteur, Oreka posa son regard sur elle. Il avait les yeux carmins, étincelés par l'éclat des projecteurs. Un frisson la parcourut.
– Je me délecte du paroxysme dont tu jouis.
Elle s'imprégnait des mots, en accueillait la profondeur. L’angoisse monta, dans sa poitrine le cœur s'emballa et ses poumons l'air manqua. Elle se tenait là ; sans rien dire ; ni faire ; figée dans l'instant qu'Oreka rompit.
– Or, notre pacte et ses termes, conclure je suis venu.
Soudain, dans un coin de la pièce, un cafard fit son apparition. Puis un autre. Et encore un autre. Ils sortirent du sol, invisibles jusqu’alors. Les invités reculèrent. À toute hâte, en criant se bousculèrent. Un patin de chaise crissa sous l'élan d'un pied, valsant la chaise au sol avec un fracas métallique. Le chaos empereur.
Iratze mirait autour d’elle, et les cafards se multiplièrent. Le sol se coucha sous le poids de son épouvante. Elle avait joué avec ses rêves et laissé la procrastination ronger son âme.
L'entité tendit alors la main vers elle, un objet sombre entre ses ongles : une télécommande.
– Puissé-je au moins te rendre le plaisir d'insuffler la fin. Appuie donc sur le bouton, j'ai grand faim.
Dehors, l’orage gronda. L’air s’alourdit d'un prélude à l’inéluctable. Le ciel s'assombrit à vue d’œil. Un éclair zébra le ciel, et la pluie se mit à tomber, tabassant les vitres du vernissage.
Iratze fixa la télécommande dans ses mains, l'intérieur en tambour battant à tout rompre. Elle sentit une chaleur s’intensifier en elle, un feu qui se propageait, qui l’embrasait à chaque seconde, ravageur d'esprit. Tout allait changer. Le tout était là, dans ses mains.
Elle appuya.
Un souffle.
Un souffle lourd.
Un souffle lourd de trinitrotoluène.
Un souffle lourd.
Un souffle lourd de trinitrotoluène.
Un instant suspendu... explosif.
Seule, au centre d'un cratère de débris, de ruines et de flammes, Iratze.
Elle était seule. Avec la plus grande bavure de sa vie.
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Commentaires ()
Mais j’ai adoré certains passages, qui résonnent comme de la poésie :
« l’existence n’est rien qu’une route éreintée que chacun foule sans se rendre compte qu’elle s’éteint à chaque pas »
« L’ascension vers le chaos, la puissance des cahots, libre et fragile elle s’enfuyait toujours plus haut »
Merci pour ce bon moment de lecture :)
Texte étrange et qui demande plusieurs lectures, ce que j'ai fait au moins 5 fois avant de commenter.
Je pense ne pas avoir encore tout saisi, car trop complexe pour moi.
J'y reviendrai certainement plus tard car l'histoire le mérite.
Vous savez, il n'est pas si complexe, voir pas du tout. Se laisser aller à la lecture me semble la meilleure manière d'aborder la chose.
Un défi relevé d'une manière très originale et j'ai vraiment pris grand plaisir à te lire et à te voir manier les mots avec une telle dextérité.
Un très grand bravo à toi ;)
Moi qui suis restée sur la terre ferme, j'ai bien peur de ne pas pouvoir décrypter tous ces signes dessinés dans les cieux.
Mais je ne doute pas du travail et t'en félicite :).
Ta proposition du pacte avec le diable est remarquable.
J'ai dû lire trop vite, je ne les ai pas vues.
Superbement bien écrit, loin de beaucoup d'autres textes ici. À mon sens, il ne se lit pas qu'une fois pour bien comprendre chaque subtilité des mots et de leur position dans les phrases et découvrir une dimension plus personnelle à ce qui est vu en premier lieu.
On n'est pas loin des Angoisses de Doc tout de même :D
Edit : par contre, le site n'aime pas trop le titre visiblement 😂
Ainsi soit-il.
Nonobstant, merci pour le retour !