Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les Chroniques de l'Ether — Chapitre 6 · Un réveil difficile
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Les Chroniques de l'Ether
Chapitre 6 · Un réveil difficile
Chapitre 6 - Un dur réveil
Cela balançait. Et pourtant elle était ailleurs, perdue dans les méandres obscurs de la pensée du monde. Après le gel, elle brûlait d’une fièvre maladive, ne parvenant pas à se raccrocher à sa réalité, ne parvenant pas à revenir à sa temporalité. Des milliers d’images subliminales s’imprimaient dans son crâne, la torturant implacablement. Toute notion du temps lui échappait.
Et cela balançait. Flash.
Elle se retrouva dans une forêt très dense. Les insectes volants étaient énormes. Le sol trembla sous les pas d’un monstre qu’elle ne vit pas. Une montagne au loin brûlait sous la roche en fusion qui coulait du sommet. Surgirent deux mastodontes des fourrés, l’un pourchassant l’autre. L’un dont le crâne était couvert d’une grande collerette et hérissé de trois cornes fuyait sous l’assaut d’un titan dressé sur ses pattes arrières puissantes, rugissant et attaquant la gueule grande ouverte. La scène était terrible mais elle ne pouvait s’en détacher. Le ciel, soudain, s’embrasa avec l’entrée d’un énorme météore dans l’atmosphère. Les deux bêtes le regardèrent passer, comme hypnotisées, avant de sentir le choc contre la Terre.
Et cela balançait. Flash.
Elle fut propulsée dans un village à moitié en ruine. Une chaleur écrasante. Des gens miséreux y vivaient. Le sol était stérile et ça se battait pour quelques gouttes d’eau. Les vestiges du passé la frappèrent de plein fouet : des bâtiments détruits, les arbres arrachés et brûlés. L’odeur piquante de la cendre, la mort et de la poussière lui agressait le nez. Le ciel métallique était zébré continuellement par des chutes d’objets. Elle s’avança dans les ruines, fantomatique, effrayée par ce dont elle était témoin : la décadence de l’humanité. Une créature famélique anthropomorphe difforme était pendue à un gibet. Un gros chien nourrissait les corbeaux non loin de là. Deux gamines xanthodermes très étranges aux yeux épicanthiques
— Encore une, soeurette ?
— Oui mais celle-là n’est pas méchante.
Une voix les héla depuis l’intérieur d’une ruine. “Scylla ! Charya ! ICI !” Les interpellées coururent dans un nuage de poussière dans leur abri.
repli vertical de la paupière supérieure
jouaient dans la poussière. Leur peau se recouvrait d’une texture qu’elle ne reconnut pas immédiatement, tant la saleté les couvrait. La plus grande des deux, une mignonette au visage doux malgré la crasse et les écailles, l’observa attentivement. Mantarkh en fut surprise, bien qu’elle ne comprît pas comment cela était possible. L’autre gamine au duvet noir comme la suie demanda à la première : — Encore une, soeurette ?
— Oui mais celle-là n’est pas méchante.
Une voix les héla depuis l’intérieur d’une ruine. “Scylla ! Charya ! ICI !” Les interpellées coururent dans un nuage de poussière dans leur abri.
Et cela balançait. Flash.
Un homme travaillait dans une haute tour. Il diffusait un magnétisme qui fit chavirer l’oracle, une crinière de cheveux noirs masquait le visage tourné sur la machine qu’il construisait. Des dizaines de fioles bleues étaient éparpillées autour de lui, dans un fatras d’outils, de plans, de feuilles de calculs compliqués. Il chantonnait en générant un léger halo rougeâtre. Sa redingote noire était jetée par-dessus sa tunique et son capri de même couleur. Elle le regarda à l'œuvre, bien qu’elle ne voyait pas son visage. Lorsqu’il se tourna, son regard noir plongea dans le sien. Elle en fut horrifiée. Son sourire machiavélique lui glaça le cœur et la nausée la prit.
Et cela balançait. Flash.
Elle atterrit dans un monde qu’elle n’avait jamais vu ainsi. Elle se tenait au milieu de constructions titanesques. Des véhicules de toutes les tailles, couleurs, formes, se mouvaient sur un revêtement noir et âcre, en crachant des voluptes de gaz nauséabonds. Des détritus jonchaient le sol dur et stérile. Des humains, à ce qu’elle supposait, marchaient ça et là, sans but a priori. La plupart avait un appareil bizarre dans les mains ou fixé sur le côté du crâne. Elle ne comprenait pas. Leurs discussions abordaient des sujets sans intérêt comme les fonds spéculatifs, les taux variables, les profits, les pertes, les dividendes, la politique extérieure. Uniquement des notions qu’elle trouva ennuyantes et dénuées d’humanité. Une grande annonce retentit soudainement. Les visages se tournèrent vers une immense vitre qui projetait une image mouvante et un son qui surpassait le volume urbain. On y montrait des déflagrations immenses et terrifiantes qui, selon la narratrice, se déroulaient partout dans le monde. Ce fut la panique, les gens lâchèrent leurs affaires, ce fut l’émeute, le chaos. Le plus puissant flash aveuglant qu’elle n’eut jamais connu lui brûla les yeux.
Et cela balançait. Flash.
Sa vision revint doucement. Elle errait dans une forêt sombre, la neige et le givre recouvrant le sol, noire comme la poix. Froide et terrifiante, la peur la tenaillait. Aucun bruit ne résonnait. Aucun cri. Nul animal ne semblait vivre, aucun insecte ne semblait fouiller le sol. La Nuit éclairait d’une lumière blafarde, découpée par les arbres morts qui occultaient la vue. Une odeur rance flottait dans l’air. Une odeur de pourriture. Une odeur de mort qui traînait dans ces bois. La chose qui les hantait était une infâmie innommable. Mantarkh le sentit au plus profond de son être. Et lorsqu’elle la vit enfin, son esprit se serra d’effroi contre lui-même. Ses yeux rouges semblaient être la seule chose vivante de cette monstruosité qui se déplaçait entre les arbres. Crayeuse, les os saillants perçant presque sa peau diaphane, les bras longs et décharnés, les jambes finissant en sabots, le corps nu révélant une poitrine auparavant volumineuse mais désormais tombante, sanguinolente et émaciée, elle portait l’obscurité comme un manteau, la haine comme un voile et les andouillers qui sortaient de sa tête, ses épaules et son dos en faisaient une reine damnée et affamée. Mantarkh vomit d’horreur quand elle entendit les pleurs d’un bébé. Le son semblait si lointain. L’horrible créature l’entendit et se retourna vivement vers elle, soufflant vers elle un relent glacé et putride.
Et cela balançait. Le cœur lui battait les côtes et les tempes. Flash.
Une rivière. Enfin un peu de paix. Enfin un paysage qui la convenait tellement mieux. Elle contrôla sa respiration et retrouva son calme après les tempêtes qu’elle venait de subir. Une voix féminine criant sa douleur se fit entendre. Elle s’avança et comprit ce qu’elle voyait. Ses protégés étaient là, donnant la vie, œuvrant pour l’avenir dans le plus grand des secrets. La fée brune souffrait et le futur père la soutenait, l’aidait. La scène était émouvante au possible. Elle célébrait la vie, la communion à la nature. Et le nourrisson qui naquit finit par pousser son premier cri.
Et cela balançait. Des pleurs lui parvinrent aux oreilles, ce qui finit par la sortir de sa stase. Elle se redressa, tant bien que mal, s’appuyant sur le bord de l’embarcation. Les souvenirs lui revinrent. Les larmes montèrent. L’embarcation descendait la rivière, les remous la jetant tantôt à gauche, tantôt à droite. De la glace restait sur la proue. Les pleurs continuèrent de retentir bien qu’elle ne sût les situer. Stabilisant l’esquif, elle la dirigea sur la grève et en descendit. Plusieurs degrés du Jour s’écoulèrent pour examiner la zone.
Elle finit par reconnaître l’endroit, vu précédemment dans ses songes. C’était dévasté. La foudre y était tombée, à voir le sable vitrifié au sol et les marques de brûlures sur les aulnes autour. Au milieu il y avait un tas difforme, noirci. La dryade s’approcha, les pleurs s’intensifiant. La tristesse la gagna lorsqu’elle identifia les corps sans vie. Mais au cœur de ce cocon encore chaud, le nourrisson braillait à pleins poumons et débattait. Il était tout nu, sans défaut ni aspérité. Elle le trouva parfait. Elle préleva de sa robe une grande feuille et l’enveloppa pour le tenir au chaud contre elle. Elle chantonna pour l’apaiser et lui soulager sa faim. D’un geste discret de la main, elle fit trembler le sol sablonneux pour ensevelir les parents décédés.
Il leur fallut un cycle complet de Jour pour arriver au village le plus proche par bâteau. L’accueil de la dryade fut très frais, aussi elle ne s’y aventura pas longtemps. En effet, ils avaient aussi subi les affres de l’incident : un bon nombre d’habitations était détruit. A un autre endroit, ils rassemblaient les cadavres de leurs proches. Cette vue lui serra le cœur. Elle voulut les aider, soulager leurs peines et chantonna avec une infinie douceur. Elle vit alors dans leurs regards le bien que cela faisait. Cependant, cela n’effaçait pas l’animosité qu’ils ressentaient pour elle, une créature qui ne leur ressemblait en rien.
Alors elle cessa et passa son chemin. Elle connaissait une famille qu’elle avait aidée par le passé, et s’y rendit sans plus tarder. Arrivés au bout du chemin, une chaumière aussi peu épargnée que les autres fumait par la cheminée encore debout, coincée entre deux chênes millénaires. Les enfants coururent l’accueillir et le seul maître de maison, un homme rustre mais au cœur bon, la fit entrer. La discussion qui s'ensuivit dura longtemps, mais il finit par accepter de garder l’enfant. Elle les remercia avec sincérité, allégeant leurs peines, rétablissant les parties de la demeure abîmée et restaurant leurs cultures. Le maître de maison insista, ils durent s’absenter dans la chambre.
Quittant la famille d’accueil, heureuse de ce nouveau venu, elle retrouva son embarcation pour rejoindre la capitale. Il fallait trouver un moyen de faire mieux que vivre ainsi. Beaucoup de personnes, fées ou autres, qu’elles ne connaissaient pas, étaient apparues dans ses voyages. Son esprit nécessitait des réponses… et des projets.
Quittant la famille d’accueil, heureuse de ce nouveau venu, elle retrouva son embarcation pour rejoindre la capitale. Il fallait trouver un moyen de faire mieux que vivre ainsi. Beaucoup de personnes, fées ou autres, qu’elles ne connaissaient pas, étaient apparues dans ses voyages. Son esprit nécessitait des réponses… et des projets.
***
Le brasier était éteint lorsque Thermoptès s’émergea. Le vieux chêne s’était effondré sous les flammes, son abri avec, et le Grand Cèdre avait également brûlé. Il ne lui restait plus rien de sa vie. Elle se releva péniblement et toussa pour évacuer les cendres qui lui encombraient les voies respiratoires. Elle voulut épousseter sa tunique mais elle n’en avait plus. Elle regarda autour d’elle, assez perdue. L’épée qu’elle avait pour Prothérius avait survécu, en revanche. Elle se demanda si tout le monde avait été affecté comme elle. Elle massa ses seins, se rappelant la douleur indicible qui l’avait transpercée quand ils avaient vomi des gerbes de flammes. Et les cris du pauvre Oméga…
Elle s’envola doucement et passa au-dessus du lac devenu bleu électrique. Cela la laissa pantoise. Comment était-ce possible ? Avait-elle créé tout cet Érotium ? Avec son seul orgasme ? Toutes ces questions en tête, elle finit par rejoindre les restes du Grand Cèdre pour examiner les décombres, tenter de trouver des affaires et surtout des survivants. Elle fouilla les débris, alors le Jour était haut dans le ciel clair, encore zébré par les rémanents des aurores. Soudain, quelqu’un la saisit par le bras et la retourna de force. Elle se trouva face à un Hylédiptère enragé, qui la secoua brutalement :
— QUE S’EST-IL PASSÉ?? POURQUOI T’ES ENCORE VIVANTE??!! C’EST DE TA FAUTE, ESPÈCE DE SALOPE!!! hurla-t-il, lui serrant les bras toujours plus fort.
— Mais lâche-moi ! tenta-t-elle de se débattre.
L’incompréhension la gagnait. Pourquoi surréagissait-il comme cela ? D’accord elle manipulait le feu, mais jamais à ce point-là. Le grossier personnage la tenait toujours vigoureusement. Et une lueur malsaine passa dans ses yeux. Il attrapa la fée rousse par la gorge et, son vit sorti, il essaya de pénétrer sa bouche que la pauvre maintenait fermée. La colère monta en elle, la température aussi.
— ASSEZ !!!
Le cri retentit parmi les débris, ses ailes émirent une vague brûlante, qui expulsa l’agresseur à quelques pas. Les flammes courraient sur la peau de la fée fulminante.
— Mais qu’est-ce q-que….
— DEGAGE !!!
Son hurlement transpirait de sa fureur, sa peine, sa douleur et elle souffla une nouvelle onde de flammes dirigée contre lui…
Le vent éluda la poussière qui en restait alors qu’elle tentait de retrouver son calme et reprit ses recherches. Elle finit par dénicher une robe comme elle les aimait : transparente, bien décolletée, couleur crème. Elle jeta un dernier regard embué autour d’elle : sa colonie détruite, sa forge anéantie. Son agresseur avait raison, c’était de sa faute. Mais elle ne comprenait pas pourquoi. Que s’était-il passé ? Pourquoi elle ? Elle allait devoir rapporter les pertes à la tour de la Grande Cité. Peut-être aurait-t-elle quelques réponses.
Le vent éluda la poussière qui en restait alors qu’elle tentait de retrouver son calme et reprit ses recherches. Elle finit par dénicher une robe comme elle les aimait : transparente, bien décolletée, couleur crème. Elle jeta un dernier regard embué autour d’elle : sa colonie détruite, sa forge anéantie. Son agresseur avait raison, c’était de sa faute. Mais elle ne comprenait pas pourquoi. Que s’était-il passé ? Pourquoi elle ? Elle allait devoir rapporter les pertes à la tour de la Grande Cité. Peut-être aurait-t-elle quelques réponses.
Elle prit son envol, lui offrant une bouffée de bonheur. De courte durée : de nouveau elle s’était embrasée et ses affaires tombaient en lambeaux au sol. Ses ailes devinrent immenses et flamboyantes. Elle se surprit à adorer cela et brilla de tous ses feux vers l’horizon.
***
Témoin vigilant, un oiseau d’un autre genre s’envolait. Plus grand, plus noble. Plus triste aussi.
Il avait assisté à la chute de son clan, juste avant de sombrer contre la montagne. A son réveil, il avait mis du temps à rassembler ses souvenirs. Lorsque tout lui fut revenu, la résignation l’avait envahi, le sentiment d’échec, la solitude. L’amertume avait remplacé le sentiment de deuil qu’il aurait dû exprimer. Il se fut rappelé Artamès qu’il avait perdue, le groupe soudé qui allait avec, et maintenant son clan. La douleur était insoutenable. Cela lui revint aussi : ils l’avaient ressentie avant de mourir, soit brûlés soit écrasés au sol. Aerkyr avait expérimenté leur douleur et leur angoisse au moment de cet évènement cosmique. Elles étaient gravées dans ses chairs, dorénavant. Dans son esprit, résonneraient à jamais leurs hurlements de plainte, leur détresse et leur incompréhension.
Après avoir rassemblé ses affaires dans un baluchon qu’il pourrait transporter, il les cherchait désormais, son regard acéré perçant maintenant toutes les matières. Il trouva le premier rapidement : il était écrasé au milieu des rochers. Les vautours avaient déjà commencé à équarrir son corps mutilé. En arrivant, il les chassa d’un battement d’ailes, avant de reprendre forme humaine. Il le porta sur ses épaules, malgré sa faiblesse, et le déposa dans une cavité. Il érigea un cairn pour le recouvrir et pensa à quelques mots pour le réconforter et se remémorer ses souvenirs avec lui. Un brave sans histoire venait de s’envoler pour d’autres horizons. La rancœur le tenaillait.
Après avoir rassemblé ses affaires dans un baluchon qu’il pourrait transporter, il les cherchait désormais, son regard acéré perçant maintenant toutes les matières. Il trouva le premier rapidement : il était écrasé au milieu des rochers. Les vautours avaient déjà commencé à équarrir son corps mutilé. En arrivant, il les chassa d’un battement d’ailes, avant de reprendre forme humaine. Il le porta sur ses épaules, malgré sa faiblesse, et le déposa dans une cavité. Il érigea un cairn pour le recouvrir et pensa à quelques mots pour le réconforter et se remémorer ses souvenirs avec lui. Un brave sans histoire venait de s’envoler pour d’autres horizons. La rancœur le tenaillait.
L’aigle décolla, à la recherche du corps suivant. Après quelques passages, il trouva une de ses partenaires, brûlée en partie et suspendue à la branche d’un arbre, le corps brisé. Il atterrit en changeant de forme pour se glisser plus facilement entre les branches. Depuis l’incident, sa taille en tant qu’aigle avait considérablement augmenté et lui compliquait sérieusement sa circulation dans les sous-bois. Lorsqu’il s’approcha de son amie, l’effroi le saisit. Son ventre était déchiré transversalement et s’ouvrait sur un fœtus mort. Les larmes montèrent mais l’affliction les ravala. Il la décrocha alors avec délicatesse, dans un dernier remous de sang partiellement coagulé, et descendit cinq toises plus bas d’un bond agile et souple. A la force de ses bras, il creusa le sol au pied de l’arbre et déposa au fond de la tombe le corps sans vie de son amie. Il la couvrit d’un linceul de feuilles larges avant de combler la fosse. Il érigea également un cairn et prononça quelques mots en son for intérieur. Une mère avait péri.
Et il s’en alla. A pied, cette fois-ci. Il avait besoin de marcher. Mille questions le harcelaient, taraudaient son esprit et lui brouillaient les sens. Mais celles qui revenaient sans cesse étaient les pires, selon lui : que s’est-il passé ? Pourquoi avait-il survécu et pas une future mère ou un brave homme ? D’autres avaient-ils survécu ? Pourquoi ses capacités avaient changé ? L’apathie l’ankylosait. Ses pas le menèrent dans une clairière, qui avait dû être jolie avant : elle était dévastée par le feu. Des fumerolles s’élevaient encore du chêne carbonisé. Il n’y avait personne ici, personne de vivant en tout cas. Le lac d’un bleu électrique sur lequel donnait cette clairière rejeta sur la grève un corps. S’approchant, il en reconnut la silhouette : une autre amie. Il la tira hors de l’eau et l’examina. Les brûlures étaient superficielles et elle ne semblait pas plus blessée. Les déplacements du corps firent expulser de l’eau de la bouche de la femme. La surprise fut de taille quand elle se mit à crachoter et vomir de l’eau et le contenu de son estomac, en se mettant à quatre pattes.
— Tu vas bien, Hystaer ? s’exclama Aerkyr, bouleversé.
— N-non, gémit-elle, douloureuse, t-tu nous as t-tous vu tomber, non ? Alors t-tu sais que ç-ça ne va pas ! Tout le monde est mort ?
— Tout le monde, je ne sais pas. Mais tu es la première survivante que je croise.
— Je m-meurs, Aerkyr. J’ai mal partout…
— Non, l’interrompit-il décidé, tu vas vivre !
Elle sourit faiblement, alors qu’il aida à se relever. Elle fit quelques pas puis s’écroula au sol. Toujours nue, elle s’écorcha les genoux, les mains et les coudes.
— Tu as toujours eu le béguin pour moi, hein ? Même si je t’éconduisais…
— J-je… quoi ?
— Allons, j-je voyais ton regard… Le même que tu as là… Mais j-je t-t’aurais fait du m-mal.
- …
— T-toujours p-plus. J-j’en v-voulais t-toujours p-plus…
Elle finit par s’allonger sur le côté, de la salive coulait de la commissure de ses lèvres, rougissant sa joue. Son sein petit et rond frottait contre les pierres jonchant le sol.
— Laisse-moi, Aerkyr. Laisse-moi mourir.
Il se pencha alors vers elle, prit son visage délicatement dans ses mains et pressa ses lèvres contre les siennes. Elle lui rendit son baiser dans un ultime effort avant de se coucher, dans un soupir d’expiation “Si j’avais su…”. Il pleura. La tristesse, d’abord. La fureur, ensuite. La résignation, enfin. Et pour elle aussi, impuissant encore, il érigea un monticule de pierre.
Le ressentiment faisait rage en lui, une tempête battait son esprit. Dans un accès de sentiments non contrôlés, il se libéra de ses entraves et lâcha son alter-ego dans une bourrasque qui écuma l’eau calme du lac, fouetta le sable et les galets de la grève. Et il s’envola à la recherche de son dernier compagnon déchu, à grands coups d’ailes vifs et rageurs. Il fouilla de son regard scrutateur le sol depuis les nuages, sans succès. Il perça la roche, le terrain, les arbres mais ne le trouva pas. Il élargissait ses rondes afin de n’omettre aucun détail, aucune aspérité mais rien n’y fit.
Son dernier ami avait disparu.
Son dernier ami avait disparu.
Soudain, son regard fut attiré par une gerbe de flamme qui parut loin au bord du lac. Et avant qu’il ne pût amorcer quelconque mouvement, un oiseau de feu prit également les airs et suivit la rivière à rude allure. Abandonnant les recherches non sans un regret lourd, il se raccrocha à la vie et suivit de loin cette créature qu’il ne connaissait pas.
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Commentaires ()
Un grand bravo à toi en tout cas ;)
La suite devrait lever quelques interrogations :)
Beaucoup d’inspiration oui ;) et on a déjà parlé d’un bouleversement du monde dans le chapitre 1 :)
Tu verras bien :)
Ça chauffe :)
Et ces visions du passé, où notre humanité a, semble-t-il, été trop loin... Mystère !
En tout cas, tout ça ressemble bien à un moment charnière où nos protagonistes vont se rencontrer... Nous verrons bien ;)
Pour ce qui est du reste, chaque miette de pain trouvera une réponse dans les chapitres suivants (enfin j’ai essayé !)
Ravi que l’histoire continue de te plaire !
En tout cas les différents protagonistes semblent prendre une route qui les fera se réunir, ce que j'ai hâte de lire !