Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une colocation d'Enfer — Chapitre 2 · Le traumatisme de Léon
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Une colocation d'Enfer
Chapitre 2 · Le traumatisme de Léon
(Lilyss)
Putain… Mais qu'est-ce qu'il vient de se passer ?! Il n'y a même pas cinq minutes, nous étions tous les deux en train de nous chauffer, je pouvais très clairement sentir qu'il avait envie, mais, d'un coup, il m'a tapé un malaise. En plus de cela, il vient de repousser ma main comme si j'avais la peste, et il s'est enfermé dans sa chambre !
Là, je dois bien avouer ne pas comprendre ce qu'il se passe, Léon semble pourtant réceptif à mes charmes. Dans le pire des cas, il m'aurait peut-être dit d'attendre un peu avant qu'on fasse quoi que ce soit, certains humains sont très prudes, il est vrai. Je l'entends de sa chambre, il a toujours du mal à reprendre son souffle et il sanglote, puis j'entends quelque chose frappé violemment son mur.
— Léon ! Que se passe-t-il ?! Est-ce que ça va ?
Plusieurs minutes passent, et à part un petit « oui » à peine audible, je n'ai pas le droit à la moindre réponse de sa part. Il paraît être dans un état de choc assez important, mais il continue de sangloter et sa porte est fermée à clé. Clairement, je ne pourrais rien tirer de lui ce soir, il va me falloir attendre le lendemain pour savoir ce qu'il se passe.
Cependant, quand le soleil se lève, Léon fait tout pour m'éviter. Il part tôt le matin prétextant qu'il doit aller bosser, mais son planning est accroché sur la porte d'entrée, il ne travaille pas. Le soir, c'est la même, il m'évite autant qu'il le peut, n'osant même pas me regarder en face et va se réfugier dans sa chambre à peine rentrer de je ne sais où. Tant pis, j'aurais sûrement plus de chance demain. Sauf que non, je n'ai pas plus de chance le lendemain, il continue à se recroqueviller sur lui-même, évitant de me parler et de me regarder. Quand je me décide à aller le voir directement dans sa chambre, je me frotte à une porte close.
— Léon, il faudra bien qu'on en parle un minimum non ?
— Je suis occupé, excuse-moi.
— Arrête un peu, ça fait trois jours que tu es occupé ! Allez, ouvre la porte.
De nouveau, il se réfugie dans le silence, me laissant là comme une idiote sans savoir que faire, ni dire. Et avoir l'air d'une idiote est quelque chose que je déteste au plus haut point !
— Bon, tu sais quoi ? Démerde-toi ! Ça fait trois jours que j'essaie de t'aider, mais tu ne me calcules même pas ! J'ai compris, tu ne veux pas de mon soutien, mais portes au moins tes couilles et dit le moi en face !
Toujours rien, aucun son ne sort de sa chambre à part celui de sa musique. Parfait ! Qu'il se démerde alors ! Je ne suis pas sa mère ! Si vraiment il veut rester cloitré dans son coin à se morfondre seul, qu'il le fasse !
Quand je me réveille le lendemain, j'ai toujours la haine envers lui. Il faut que je me change les idées et pour me changer les idées, il n'y a rien de mieux qu'une bonne baise pour moi. Quand je me prépare pour aller voir mon plan du moment, Léon est déjà parti, il commence tôt aujourd'hui et ne rentrera que vers seize heures. Ensuite, il…
Mais merde ! Je m'en fous de son programme, j'ai autre chose de bien mieux à faire dans l'immédiat. J'envoie un message à mon amant humain, lui demandant quand est-ce que je pourrais passer le voir, il me répond rapidement que ce serait bon pour quinze heures. Je voulais qu'il me dise tout de suite, mais bon, je vais devoir faire avec.
Lorsque l'heure approche et que je sors pour me rendre chez lui à pied, je remarque que beaucoup d'humains tournent encore la tête dans ma direction, au moment où je passe à leur niveau. J'ai tendance à oublier que, malgré le fait que cela fait dix ans que les démons et les humains vivent ensemble, je suis venue m'installer dans une ville où la population démoniaque est encore très faible.
Cela ne me gêne aucunement d'être dévisagé par des mortels, au contraire, je dois bien reconnaitre que je tire une certaine satisfaction à attirer les regards. C'est surement une vieille habitude de démon, mais que ce soit des regards d'envie ou de craintes, sentir des regards sur moi me fait toujours un petit effet. C'est même de cette manière que j'ai commencé à coucher avec celui que je suis en train de rejoindre.
Quand nous nous sommes rencontrés il y a un mois, lors d'une de ces soirées que les humains affectionnent en « boite », il m'a fixé pendant un moment. Et, contrairement à l'autre dégonflé qui me sert de colocataire, il a porté ses couilles et est venu me voir, en étant totalement honnête sur ses intentions envers moi. Il était curieux de coucher avec une démone et, comme j'avais très envie à ce moment-là, je lui ai donné sa chance. Puis, vu que tout s'est bien passé, j'ai gardé son contact et je fais appel à lui quand je le veux.
Au moment où j'arrive chez lui et qu'il m'ouvre la porte, je me jette sur lui et commence directement à l'embrasser. Mais au bout de quelques secondes, j'arrête tout, il est couvert de sueur et sent fort.
— Pourquoi tu sens comme ça ?
— Je reviens à peine de la salle de sport. J'ai tout juste eu le temps de poser mon sac que tu es arrivée.
— Ok, pas grave, juste va te laver un coup s'il te plaît. Fais vite, j'en ai vraiment besoin là.
— Tout de suite.
Il se déshabille devant moi, laissant tomber son tee-shirt et son short au sol, m'offrant la vue de son corps sculpté par un nombre innombrables d'heures à soulever de la fonte. Je plains quand même pas mal les humains sur ce point : nous, les démons, sommes naturellement musclé et forts, tandis que les mortels doivent se dépenser pour espérer avoir un physique ressemblant un minimum au nôtre. Mais bon, ils auront beau faire tous les efforts du monde, jamais, ils ne parviendront à obtenir notre force, nous leur resterons éternellement supérieurs sur ce point.
— C'est mieux comme cela ? Me demande-t-il après être sorti de la salle de bain avec une bien meilleure odeur corporelle.
— Beaucoup mieux, oui.
— Je trouve toujours cela très drôle qu'une démone soit autant à cheval là-dessus.
— J'ai beau être une démone de la luxure pour qui le sexe est primordial, l'hygiène est tout de même un point à ne pas négliger pour moi. Aller, au boulot maintenant.
— On dirait que tu en as vraiment besoin.
— Oui, alors arrête de parler et vient t'occuper de moi.
Il ne lui en faut pas plus pour se précipiter sur moi et commencer à m'embrasser fougueusement, il faut croire que lui aussi a besoin de se soulager, à en juger par son érection. Je ne perds pas de temps et je me déshabille à mon tour, avant d'allonger mon partenaire sur son canapé et de commencer à le chevaucher. Au moment de m'installer sur lui, je vois qu'il a encore quelques gouttes sur ton torse musclé, c'est forcément de l'eau, parce qu'il sort à peine de la douche… La douche ! Mais oui, c'est ça la solution !
Je viens tout juste de faire rentrer la queue de mon plan cul en moi, mais je me retire aussitôt et je mets mes vêtements et mes chaussures. Pris par surprise, et un peu lent d'esprit de base, mon partenaire met un peu de temps à réagir.
— Que fais-tu ? Je croyais que tu en avais besoin.
— Ouais, mais j'ai un truc plus urgent à faire.
— C'est un peu con de me presser à rentrer pour finalement partir deux minutes après.
— Tu as un problème, peut-être ?
Mon ton est sec et tranchant, je n'aime pas qu'on remette en question mes décisions, encore moins quand c'est un simple humain que je pourrais écraser si je le désirais. En voyant mes yeux rouges devenir plus vifs, signe de ma colère, il se ravise et se contente de se rasseoir bien gentiment.
— On peut aussi remettre ça à une prochaine fois, pas de problème.
— Je préfère ça. Je te rappellerai.
En claquant la porte de son appartement, je me dis que, finalement, probablement pas. Je verrais bien en fonction de comment mon idée avec l'autre va se concrétiser. Je regarde l'heure, il est presque seize heures, Léon a presque terminé sa journée et, comme à son habitude, il va foncer sous la douche dès qu'il sera rentré. C'est là, à ce moment, que je pourrais le piéger, il ne pourra pas s'enfuir si je lui bloque la porte de la salle de bain, il sera bien obligé de me parler.
Je ralentis le rythme pour qu'il rentre en premier et, quand c'est à mon tour d'entrer dans l'appartement, je l'entends allumer l'eau de la douche. Timing parfait ! Je me précipite à mon tour dans la salle de bain, m'adosse à la porte après l'avoir discrètement fermé, et prends quelques secondes pour trouver que dire. Heureusement qu'il y a un rideau de douche, ça me laisse un peu de temps. Quand je suis prête, je me racle la gorge bruyamment, faisant sortir la tête de Léon de la douche.
— Lilyss ?! Je… Je viens juste d'arriver, tu peux attendre cinq minutes ?
— Non, on va discuter, maintenant.
— Tu en es carrément à venir me harceler sous la douche.
— Tu ne m'as pas vraiment laissé le choix, étant donné que « Bonjour » et « bonne nuit » sont les seuls mots que tu m'as adressés en trois jours.
Léon ne dit rien et baisse la tête avant de la repasser de l'autre côté du rideau. Je ne le vois plus, mais je sens qu'il est enfin en train de commencer à s'ouvrir.
— Que veux-tu savoir ? Demande-t-il en continuant de se laver.
— Que s'est-il passé l'autre soir ? Pourquoi tu m'as rejeté d'un coup, je te sentais pourtant partant.
— Au début, je l'étais oui, mais…
Il s'arrête et se bloque à nouveau, mais je sens que cette fois, il cherche à surmonter cela. Il faut que je lui donne un coup de main.
— Quoi donc ? Tu n'avais pas envie de coucher avec une démone ?
— Non, ce n'est pas ça.
— Tu es puceau ?
— Non ! Enfin… Si, mais ce n'est pas ça le problème. C'est plutôt que… Je n'arrive pas à toucher une femme.
— Il y a une raison ?
Il coupe l'eau, mais ne bouge pas, il reste immobile derrière le rideau de douche. Je sens sa respiration s'accélérer, comme quand il a commencé à paniquer l'autre soir.
— Léon ?
— Ça va, dit-il en reprenant son souffle, toujours derrière le rideau. Quand j'ai eu dix-neuf ans, une femme que je connaissais très bien à… à chercher à abuser de moi.
Ah ouais, pour le coup, c'est moi qui ne trouve rien à dire. Jusqu'à là, je pensais que c'était un problème de timidité extrême, ou peut-être une première fois catastrophique. Mais pas… Ça.
— Nous étions seuls chez elle ce jour-là, reprend-il en tentant tant bien que mal de contrôler sa respiration. Je venais de fêter mon anniversaire, et elle n'arrêtait pas de me complimenter sur le fait que j'étais devenu un homme, un adulte capable de prendre mes propres décisions…
Je vois son ombre tituber et sa respiration se fait de plus en plus forte. Je commence à peine à me rendre compte de l'immense difficulté qu'il doit être en train de traverser en ce moment.
— Léon, j'ai compris, tu n'es pas obligé de…
— Elle a alors tenté de me séduire, reprend-il en s'appuyant contre le mur de la douche. J'ai refusé ses avances, mais elle l'a très mal pris et a commencé à me frapper, puis à me menacer.
— Comment tu as fait pour t'en sortir ? Est-ce qu'elle a…
— Non, elle n'est pas allée jusqu'au bout. Heureusement, quelqu'un est arrivé au même moment, ce qui a tout arrêter.
— Tu l'as dénoncé ? Ou… Comment vous dites déjà ? Porter plainte ?
— Non, je n'en ai pas eu l'occasion, personne n'est au courant de ce qui m'est arrivé. Elle est morte quelques semaines plus tard et, avant cela, je n'ai pas eu le courage de le faire.
— C'est une forme de justice, non ?
— Non… C'était ma tante.
De nouveau, un silence pesant s'installe entre nous, je le sens chercher à nouveau sa respiration, assit au bord de la baignoire. Je sens très bien qu'il lui a fallu rassembler toutes ses forces pour arriver à le dire. Quand même, agresser par quelqu'un de sa propre famille, c'est quelque chose qui ne devrait pas arriver ! C'est le genre de proie avec lesquelles les démones de la luxure aiment le plus jouer en Enfer !
— Et comme tu n'as rien dit, tout le monde la voit encore comme une bonne personne et la pleure ?
— Exactement. Je dois vivre avec ça maintenant. Pourtant, si jamais j'avais eu le cran de le révéler avant… Si je n'avais pas été aussi lâche… Je…
— Léon !
Sa respiration devient beaucoup trop irrégulière ! Je l'entends chercher de l'air comme l'autre soir, il est de nouveau en état de panique, je ne peux pas le laisser comme ça ! Je me précipite vers la baignoire, dégage le rideau de douche et le voit recroquevillé au fond de la baignoire, les yeux fermés et les mains saisissant sa poitrine. Non, ce n'est pas comme il y a trois jours, c'est encore pire !
Je prends l'une de ses mains dans ma main droite, tandis que je pose l'autre sur son visage. Je n'aime pas trop recourir à cela, mais je n'ai pas le choix, il est vraiment dans le mal. Je ferme les yeux et je me concentre sur sa respiration, dans le but de la calquer sur la mienne, plus calme et posée. Quand je sens son cœur reprendre un rythme normal pour un humain, une vague de chaleur apaisante se diffuse dans tout son corps et il ouvre enfin les yeux, me montrant un regard apaisé, mais un peu perdu.
— Que m'as-tu fait ? Me demande-t-il après quelques instants.
— J'ai utilisé mes pouvoirs pour t'apaiser. Il n'y a pas que dans ce domaine dans lequel mes pouvoirs sont excellents
— C'est… Efficace, je me suis rarement senti aussi bien depuis des années. Mais, ce n'est pas le genre de pouvoir que je m'attendais à voir chez une démone.
— On a tous nos secrets, Léon. Peut-être que je te dirais les miens un jour. En attendant, nous allons devoir nous occuper de toi.
— Comment cela ?
— Je compte bien t'aider à surmonter ton traumatisme.
— Pourquoi tu tiens à me donner un coup de main là-dessus ?
C'est vrai ça, pourquoi est-ce que je me soucie autant de l'état mental de cet humain que je ne connais que depuis quelques semaines ? Il est gentil, et ne mérite clairement pas ce qu'il lui arrive, mais ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de me montrer aussi bienveillante. J'approche mon visage du sien, passe mes ongles longs sur son torse nu et humide puis, d'une voix suave, je me contente de lui dire :
— Parce que je suis une démone, et que je ne lâche jamais ma proie !
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