Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le Thé des Adultères — Chapitre 1 · Mon mari ? Jamais.
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le Thé des Adultères
Chapitre 1 · Mon mari ? Jamais.
Règle d'or du journalisme : principe déontologique imposant à une journaliste de ne jamais s'impliquer affectivement ou amoureusement avec son sujet, afin de préserver distance, objectivité et crédibilité. Une règle valable pour toute forme de journalisme, qu'il soit écrit, audiovisuel ou en ligne.
Voulez-vous signer ? Oui / Non.
...
Tout était limpide entre nous : je n'étais pas sa femme, et lui n'était pas mon homme. J'étais là pour déchirer l'adultère, l'observer à nu et le traduire en mots tranchants pour la double page centrale du magazine Pop Porn, là où les drames sexuels, les passions clandestines et les désirs inavoués se transforment en papier glacé, titrés et mis en page pour provoquer, séduire et choquer. Mes nuits étaient consacrées à fouiller les recoins des forums pour en grignoter les aveux anonymes en même temps que mon tiramisu bien imbibé, couche après couche, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un fond sucré et écœurant. Mais il me fallait un vrai trompeur face à moi. En chair, en charme et en mauvaise foi pour retranscrire au mieux cette culture rampante de la trahison charnelle et que chaque ligne de mon article soit un éclat de désir sous cellophane, prêt à faire pop dans l'imaginaire du lecteur.
C'est là, par un jour de pluie battante, qu'il est apparu. Et c'est devenu notre deal. J'assistais à une seule séance de thérapie pour remplacer son épouse et en échange, il répondait à toutes mes questions brûlantes. Tout ce que je savais de cette femme se limitait à une unique description, mais il avait pris soin, lors de ce qu'il appelait son « briefing stratégique » dans la salle d'attente de la thérapeute, de m'imposer un protocole précis : dos raide, visage fermé et surtout, de remettre ma paire de lunettes, celle qui glissait sur l'arête de mon nez lorsqu'il m'avait interrompue en plein mots croisés dans ma librairie. Et dans le sous-texte de ses instructions, je sentais poindre un mélange étrange de contrôle. Lui qui affichait l'allure d'être un peu égaré, il savait aboyer ses ordres.
Je fouillais machinalement les prospectus éparpillés sur la table basse. Il y avait des brochures pour des sex-toys d'une taille démesurée, des catalogues de lingerie fine et des flyers ridiculement sérieux vantant des ateliers de « câlins chamaniques » ou encore, de « méditation érotique sous transe ayahuasca » à des prix exorbitants. Pendant que je pliais nerveusement les coins d'une des brochures, je ne pouvais m'empêcher de me demander ce que ce trompeur compulsif aurait voulu me faire subir, ici, dans cette salle d'attente. Et je savais très bien que je n'étais sûrement pas la première idiote à tomber dans ce piège. Je supposais qu'il déchiquetait déjà du regard le drapé fluide de mon tailleur, prêt à caresser mes cuisses sous le tissu, avant de me contraindre à me lever et m'écraser contre la fontaine à eau pour desserrer ma cravate.
Il s'élancerait ensuite pour... m'arracher mon gilet de costume, les boutons sautant et roulant sur le faux parquet, découvrant sous ma chemise mon soutien-gorge en dentelle noire. Sans prévenir, il plaquerait ma nuque contre son épaule, serrant mes hanches pour m'immobiliser tandis que d'un geste brutal, il attraperait ma cravate, la nouant autour de mes poignets. Ou alors pour déboutonner chaque bouton un à un, lentement. La plante en plastique sur le rebord de la fenêtre, ses feuilles figées et vert criard, semblerait nous épier, complice de ses mains qui malaxeraient ma poitrine à travers le tissu, s'imaginant pouvoir y goûter.
Ce genre d'homme, je le connaissais par cœur. Trop. Beaucoup trop. Je ne le plaignais pas. Il m'exaspérait. Il me dégoûtait. Mais je n'avais pas le choix. C'était exactement ce que mon lectorat affamé attendait. Et pour eux, aujourd'hui, j'étais là, sur ce canapé trop mou avec une boîte de mouchoirs me séparant de cedit inconnu.
— Depuis combien de temps êtes-vous mariés ? interrogea la thérapeute, en ouvrant un dossier encore vierge dans son cabinet.
Je n'avais aucune idée de la réponse. Pourtant, je fis mine, fronçant les sourcils :
— Parfois, tout suggère que ce n'est que depuis aujourd'hui... grommelais-je, mordant presque mes mots, tandis que l'ironie me crispait les lèvres.
Je suis une excellente épouse imaginaire.
— Vous pouvez commencer par me dire ce qui ne va plus entre vous ? poursuivit-elle, tapotant son stylo. Puis elle ajouta : c'est vous qui avez insisté pour venir, si j'ai bien compris ? Est-ce une démarche d'un commun accord ?
L'inconnu avala sa salive.
— Elle a refusé de venir. Elle prétend n'avoir rien à se reprocher.
Bien sûr qu'elle n'a pas désiré venir. Ce salaud l'avait sûrement trahie à maintes reprises. Elle avait sans doute déjà dû déchirer ses illusions en retrouvant des soutiens-gorge glissés derrière le fauteuil et des textos horriblement torrides sur son téléphone... des preuves salaces éparpillées comme des confettis dans la maison. Elle ne pouvait sûrement plus le voir en peinture, rien que d'imaginer qu'il baisait une autre femme sur sa table à manger, le même mobilier qui lui appartenait, la trahissant jusque dans l'intime et le quotidien.
— Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?
Elle décroisa les jambes et se pencha vers moi, attentive.
La pêche aux informations, songeais-je.
Voyant la situation bloquée, elle reprit d'une voix égale :
— Il n'y a pas d'urgence à bien commencer. On peut dérouler le fil ensemble, au fur et à mesure. Le début est souvent confus.
— Excusez-moi un instant, je reviens tout de suite.
— Excusez-moi un instant, je reviens tout de suite.
Je me lève rapidement, prétextant un besoin urgent. Ce petit détour m'offre une pause pour respirer, tentant de rassembler ce foutoir d'émotions qui pourtant, ne sont pas à moi, sur la cuvette des toilettes. La colère me traverse comme un éclair : contre lui, contre la trahison, contre cette mécanique implacable de tromperies répétées. Je sens le dégoût me nouer l'estomac, une bile acide qui me fait frissonner en imaginant toutes les femmes qu'il a foulées, tous les gestes impudiques qu'il a imposés, toutes les promesses qu'il a piétinées.
Il est temps de faire semblant de tirer la chasse, de reprendre contenance. Je m'approche du lavabo, laisse le jet d'eau s'abattre sur mes mains, puis je frotte vigoureusement le savon à l'odeur de citron, une senteur que je hais profondément. Je sors de la pièce. Il termine de se moucher, essayant maladroitement de dissimuler ses larmes de crocodile, tandis qu'un léger tremblement trahit la vulnérabilité qu'il aspirait à cacher. Une belle métaphore pour un homme incapable de retenir ses envies. Un pincement au cœur pourrait m'inviter à la compassion, mais je me rappelle avec acuité ma mission. Et dans un souffle intérieur amer, je me dis qu'il a attendu que je quitte la pièce deux minutes pour confesser ce que je suis venue chercher, orchestrant son aveu dans l'intimité de mon absence.
— Comme je le disais à votre mari, je vais devoir clôturer cette première séance.
Mon mari ? Jamais.
J'ai un exercice pour vous, complète-t-elle, à réaliser pour notre prochain rendez-vous. Je vous demande d'élaborer une liste d'objectifs de travail, comprenant cinq points sur lesquels vous souhaitez progresser. Idéalement, vous devriez le faire ensemble. Il ne s'agit pas seulement de paroles ici, mais d'une volonté de changement. Le premier pas est toujours le plus difficile, mais vous venez de le franchir.
Nous sortons du cabinet. L'air frais m'enveloppe, contrastant avec la chaleur étouffante de la pièce où nous venions de passer une demi-heure. J'ai un besoin urgent de thé, me dis-je, sentant mes nerfs crépiter en dessous des réverbères de la ville, jetant des halos orangés sur le trottoir humide.
— Merci, dit-il, d'un ton trop léger pour ce que nous venons de vivre.
Je le fixe un instant, et ma voix fend l'air nocturne, ferme, sans concession :
— Ne me remercie pas. Je n'ai pas encore obtenu les réponses à mes questions. Un silence s'installe. Le vent soulève légèrement les feuilles mortes au bord du trottoir, les faisant virevolter comme autant de questions suspendues.
— Je rédigerai ces cinq objectifs, mais j'y glisserai un sixième.
— Je rédigerai ces cinq objectifs, mais j'y glisserai un sixième.
Je fronce les sourcils, sur le point de répliquer, mais il lève la main, sans agressivité. Je le fixe, méfiante. Il se penche légèrement. Moins pour se rapprocher que pour me forcer à l'écouter.
— Que tu viennes à toutes les autres séances. Pas seulement à celle-là.
Je songeais alors à Virginia Woolf : « La vérité, si elle est trop vive, brûle les mains qui la tiennent. » Ici, le piège est palpable, et je devrai manier ma curiosité avec la même prudence que ces frissons qui m'enserrent à cet instant.
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Commentaires ()
Après, citer Virginia Woolf … Forcément, ça vous rend très sympathique à mes yeux.