Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le Thé des Adultères — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le Thé des Adultères
Chapitre 2
Quelques jours plus tard
...
La pancarte « boutique fermée » claque contre la vitrine. Chez moi, l'automne s'y fait sensuel : houx piquant, baies rouges comme des lèvres, citrouilles rondes et prometteuses. Je l'avais joliment décorée pour inviter quiconque à se perdre un instant dans ma librairie.
Je m'affaisse sur le tabouret du comptoir et retire mes bourreaux — des escarpins vernis, fermés par de petites boucles argentées — avant de déboutonner ma chemise, révélant une large ecchymose d'encre qui tranche violemment sur le blanc immaculé du vêtement. La maudite imprimante capricieuse, dont j'avais espéré voir produire les nouvelles cartes d'adhérents, avait explosé cet après-midi alors que je la secouais de droite à gauche, me maculant d'une énorme tache violacée. L'incident m'avait frustrée pour le reste de la journée. Pendant ce temps, les clients, toujours plus exigeants, s'étaient succédé, me harcelant de questions sur les dernières parutions, les meilleures ventes et les auteurs à connaître absolument.
Je saisis le crayon abandonné sur le papier à notes et l'enfonce dans mes mèches aux couleurs corbeau, les torsadant en un chignon négligé. J'aurais aimé m'effondrer quelques minutes, mais ma stagiaire, peu dégotée, avait erré dans les allées, indifférente à toute tâche. La pile de commandes en ligne m'adressait donc un sourire narquois. Et le deuxième rendez-vous chez la thérapeute se profilait déjà à l'horizon : demain, au petit matin. Un dimanche. Quoi de pire que de sacrifier un week-end alors que j'aurais pu m'abandonner à la lecture ? Je pressentais que ce mi-temps à écrire pour un magazine dévasterait mon emploi du temps, mais là... Et quel thérapeute accepte de travailler un dimanche ? Ça devait être une très mauvaise psy.
Sur les bons de commande, une succession de chiffres me murmure des histoires. Quel secret le client 327 confie-t-il à ce livre pour vouloir le commander trois fois dans ma boutique ? Trois exemplaires, trois femmes... trois mensonges ? Quant au client 343, pourquoi se limite-t-il soudainement aux récits de voyage ? Veut-il seulement s'offrir une parenthèse, ou bien prépare-t-il en secret une nouvelle vie avec sa maîtresse ? Et la cliente 359, pourquoi préfère-t-elle un simple clic à une visite en librairie pour ce marque-page ? Après avoir scruté son historique de commandes, le constat s'imposa : elle dévorait les romans érotiques avec une frénésie compulsive. Ses ouvrages reposaient sans doute sous son oreiller, attendant que son mari parte travailler pour qu'elle puisse s'y abandonner, surtout entre ses cuisses. Elle enchaînait les commandes en ligne, même pour le plus innocent des objets. C'est plus prudent. Pas vu, pas pris.
Commandes terminées, je fais craquer mon cou. Un bon thé me ferait le plus grand bien, et sans attendre. Alors que je terminais par un léger coup de balai, mon pied heurta une boîte. Je recule d'un pas, un soupir d'exaspération. Encore un colis abandonné par un client fantôme. Parfois, les commandes en ligne revenaient en boutique lorsque les clients omettaient de venir les chercher à la Poste. Et, naturellement, ma stagiaire ne m'avait pas signalé ce retour. Je saisis le carton, le soupesant avec curiosité, scrutant angle et recoin. Je penche la tête sur le côté, plissant les yeux pour mieux voir... rien. Il était étrangement dénué de toute étiquette. Pas la moindre indication. Ni nom ni adresse. Seul le chiffre 96 y était inscrit au marqueur indélébile.
Un soupir plus lourd que moi s'échappa. Je n'ai plus le courage. J'empoigne le carton. Qu'il me pèse, au moins il m'occupe les mains. Je traverse la librairie d'un pas traînant jusqu'à la cage d'escalier en fer forgé de l'arrière-boutique, celle qui mène à mon appartement au deuxième étage. Mes mollets brûlent à chaque marche que je négocie, mon souffle saccadé heurtant mes côtes, mes hanches balançant presque contre la rampe, mais tant pis. Tant que je garde le contrôle... enfin, presque. D'un coup de pied, je pousse la lourde porte et laisse tomber le carton sur le sol avec un petit fracas. Mon canapé en velours, aux lignes classiques et aux boutons capitonnés, me fixe, impatient.
Direction la cuisine. J'allume la bouilloire et ouvre le frigo, presque par automatisme. Comme toujours, il est presque vide : une bouteille de vin blanc entamée repose sur l'étagère du haut et un pot de confiture de framboises à moitié vide me fait face, sa couleur rubis brillante sous la lumière froide me faisant presque saliver. Je saisis ma pâtisserie. Encore un tiramisu. J'en concocte dès que j'ai un peu de temps pour moi. Le parfum sucré m'enveloppe alors dans un tourbillon, pendant que je m'allonge enfin sur le canapé. Ce serait le moment idéal pour m'engloutir devant un porno, mais je préfère m'adonner à l'exploration de mon intimité avec l'art de mes mots fléchés érotiques.
Je me perds rapidement dans les interstices des énigmes, tandis que l'encre de mon stylo glisse avec fluidité sur le papier. « Secret voluptueux à savourer, sept lettres... », murmurai-je à voix basse, pressant machinalement le bout du crayon contre mon menton saillant. Délices ? Une éclatante illumination transfigure mon visage lorsque j'inscris avec délicatesse le mot Orgasme, apogée ultime du plaisir, qui s'enchevêtre parfaitement dans la grille. Détendue, je caresse distraitement le bras de mon fauteuil tout en scrutant les prochaines lignes. « Expression exquise de l'extase, 12 lettres. Posture intime adoptée à genoux, 8 lettres... » Jouissance ? Gémissements ? Levrette ? Je cherche, triturant les méninges avec une concentration fiévreuse. Cela me fait frissonner d'une excitation étrange, celle de l'intelligence mise au défi.
Une chaleur diffuse m'enflamme les joues, et j'en oublie presque la bouilloire qui siffle dans la cuisine. Le thé. J'en profite pour me redresser et arracher mon chemisier sale. Mon soutien-gorge glisse aussitôt de mes épaules et s'écrase en cascade sur le tapis, mes seins enfin affranchis de toute contrainte. Que vais-je choisir ce soir ? Mes yeux glissent sur les boîtes alignées comme une petite armée de tentations. Un thé noir aux notes profondes qui promet d'embraser ma gorge ? Ou un thé vert, plus tendre, aux notes d'amande ? Je reste là, indécise. Une frustration m'envahit. Pas la soif. Pas la faim. Quelque chose d'autre, tapi sous ma peau, me ronge. Un agacement dans ma nuque, une envie sans nom qui s'accroche à mes côtes. J'ouvre un pot, puis le referme. Je change de boîte, soupire, hausse les épaules. Tant pis. Ni noir ni vert. Qu'ils s'étouffent dans leurs boîtes, ces faux remèdes.
Je reprends mes mots fléchés. « Trahison au creux des draps ». Le mot à deviner clignote dans mon esprit, un effluve de tromperie s'en dégage : mensonge, duplicité... Je m'arrête net. Adultère s'emboîte dans la grille. Mon excitation retombe comme un soufflé, balayée par une pensée que je croyais avoir mise de côté pour la soirée : lui. Je ne savais encore rien, et il est vrai que cela, consciemment ou non, me travaillait. La date butoir pour rendre mon article approchait et les seules informations dont je disposais étaient que sa femme avait refusé de venir au rendez-vous et que, accessoirement, pendant mon absence aux toilettes, il avait exhibé quelques fausses larmes pathétiques devant la thérapeute. Je devais savoir. Mes lecteurs veulent savoir.
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