Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Rien de bon — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Rien de bon
Chapitre 1
- Environ 8800 mots - 30 minutes de lecture -
- Le cimetière -
C'était une fin d'après-midi de novembre. J'étais seule, debout et immobile, plantée devant sa tombe. Mes mains gantées étaient plongées dans les poches de mon long manteau d'hiver en laine. Celui qu'il m'avait offert, « parce que j'avais toujours froid ». Mes cheveux commençaient à s'échapper de mon bonnet, et quelques fines mèches virevoltaient au gré d'une brise légère, mais glaciale.
Je regardais cette plaque de pierre grise, sobre et nue, sans inscription aucune, sous laquelle gisait son corps vêtu de l'un de ses costumes noirs que l'on m'avait demandé de choisir. Il était là, à deux mètres de moi, et pourtant loin, si loin ! Son corps était peut-être tout près, mais lui, il était où, lui ? Il n'était pas dans cette grande boîte de bois, ni sur le lieu de l'accident, ni même réparti dans les personnes qui ont bénéficié de ses organes. Il était dans ma tête. Ses yeux, ses mains, son sourire, son souffle n'appartiendraient plus désormais qu'à moi. À moi seule. Si proche, et pourtant si loin…
La mise en bière avait eu lieu à seize heures. Je n'avais pas pu me décider à y aller. Je n'avais pas eu la force de rencontrer tous ces gens, sa famille, ma famille, ses ami·es, nos ami·es, ses connaissances, et cætera. Toutes ces personnes qui, plus ou moins attristées par sa disparition, savaient qu'elles seraient regardées, parfois jugées, par les autres. Elles le savaient parce qu'elles feraient exactement pareil : elles verraient qui avait acheté des vêtements pour l'occasion, qui se serait simplement glissé·e dans une liquette noire à peine repassée, qui aurait masqué ses yeux secs derrière de gros verres teintés, qui ferait semblant, et qui serait réellement peiné·e.
Le soleil couché et la nuit tombant, j'étais venue deux heures après – une fois les gens partis – en secret, pour regarder cette grosse pierre gris chiné couchée bien lisse et bien brillante, celle qui sépare les morts des vivants. Je le voulais pour moi toute seule, loin des Hommes, loin de tous. Le cimetière était vide, enfin ce que j'en percevais dans la pénombre qui s'installait. J'étais seule. Seule comme jamais. Et seule pour toujours. L'air froid, soufflé par un Éole sadique, me piquait les joues, le menton et le nez. Il s'attaquait au moindre bout de peau non protégé. Et, comble de malheur, ma chair exposée à l'air libre était trempée de larmes, transformant les petites aiguilles perfides du froid en lames de rasoir affûtées et pénétrantes.
Je reniflais, les yeux trempés, et le dessus de la lèvre humide. Je me foutais de renifler comme ça bruyamment, je m'en foutais complètement. J'étais sale et moche, décoiffée, les yeux bouffis, le nez rouge et coulant, reniflant sans retenue comme une gamine de trois ans qui ne sait pas encore se moucher seule. Et après ? Je n'avais plus aucune raison de me faire belle ! Je ne voulais plus voir personne, lire de la pitié dans leurs yeux. Gardez votre empathie pour des causes qui valent qu'on se batte pour elles ! Moi, j'étais une cause perdue. Ne perdez pas votre temps, ne gaspillez pas votre énergie en vain. Passez à autre chose.
Je regardais sa sépulture mais je le voyais lui. Mes yeux fixaient sa tombe, mais mon âme était perdue entre abattement morbide et souvenirs heureux. Notre passion, notre bonheur, nos fous rires rien qu'à nous, nos moments d'extase, tout ça, c'était fini.
Arrêtez les pendules, éteignez vos portables,
Calmez donc le chien par un os délectable.
Que cessent les pianos, que frappent les tambours !
Avancez le cercueil, et la famille autour.
Que les avions tournoient, gémissant au-dehors,
Qu'ils inscrivent au ciel ce message : "Il est mort"
Que l'on cercle de noir le cou blanc des pigeons,
Que l'on gante de noir les agents en faction.
Car il était mon nord, mon sud, mon est, mon ouest,
Mes cinq jours de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson,
Je croyais que l'Amour durerait, et bien non.
Je ne veux plus d'étoiles, chassez-les de mon ciel,
Dégagez-moi la lune, cachez-moi ce soleil,
Videz les océans, balayez les forêts,
Rien de bon ne peut plus arriver désormais.
On aurait tellement dit que W. H. Auden avait écrit ce poème pour moi ! Il exprimait tout ce que je ressentais, tout ce désespoir qui m'était tombé dessus en un instant, et tout ce détachement qui m'affectait depuis lorsque je pensais à l'avenir. Ah, l'avenir… Mais quel avenir ? Quel futur pouvais-je envisager sans lui ?
Nous en avions pourtant un. Il était presque écrit, en tout cas dans les grandes lignes. Nous n'avions plus qu'à remplir les trous, en y mettant le maximum de souvenirs, de joies, de découvertes et de premières fois. C'était prévu. « |i]C'était
»… Oh mon Dieu… ParleraiS-je encore à un autre temps que celui du passé ? Quel serait mon présent, hormis celui des larmes ? Quant à mon avenir, il s'était évaporé instantanément une semaine plus tôt ; on me l'avait arraché, piétiné, réduit en cendres, avec son âme et l'essentiel de la mienne.[/decale]
Cela faisait probablement une heure que j'étais là, à ne penser à rien – enfin, à ne penser à rien d'autre que lui, que nous. La nuit m'avait complétement enrobée. Le vent s'était calmé. C'était un silence paisible, si l'on s'accommodait des bruits de circulation alentour. Les feuilles mortes, humides et luisantes sous la lumière vacillante et fantomatique des réverbères, tapissaient le sol autour de moi. Elles devaient glisser. Que n'avais-je quatre-vingt-dix ans pour espérer déraper sur l'une d'elles et en finir une bonne fois pour toute avec cette survie dans laquelle je me débattais depuis la semaine qui venait de s'écouler, si abominablement longue ?!
Je m'imaginais courbée, cacochyme et tremblante, perdre l'équilibre sur ce sol que j'espérais voir s'ouvrir pour m'engloutir. Mais malgré moi, je me voyais également, cette fois-ci jeune et alerte, m'étalant les quatre fers en l'air, morte de honte, et lui, preux chevalier servant venu de nulle part, m'offrant un bras solide pour m'aider à me relever. Je sentais son odeur, mélange de son déodorant et d'effluves masculines. Je voyais ses yeux qui me fixaient, bienveillants, tandis que je me relevais, agrippée à son avant-bras qui ne tremblait pas ; son torse puissant, ses pectoraux mal dissimulés sous une chemise blanche un peu trop cintrée ; son sourire franc qui cachait des dents blanches et alignées qui avaient su me mordiller à de nombreuses occasions pour me donner un plaisir infini.
Mes yeux et mon nez se remettaient à couler, tandis que, bien malgré moi, je regardais ces feuilles avec un regard de mélancolie plutôt que comme une échappatoire pouvant m'emmener vers lui en une chute violente. Mais non, point de chute pour moi. Rien que de les regarder, ces feuilles, et mes pensées me ramenaient à lui. Comme tout ce que je voyais ou entendais depuis quelques jours, d'ailleurs. Tous les chemins mènent à Rome ? Pfff… Non ! Tous les chemins – absolument tous – mènent à lui.
Je n'avais même pas la force de haïr Dieu, le Destin ou le Grand Marionnettiste qui tire les ficelles depuis là-haut. Si j'avais eu de la colère, elle aurait pu m'aider à avancer, à me reconstruire, peut-être même à me venger. Mais non. Je ne ressentais ni haine, ni colère. La tristesse et l'amertume m'avaient envahie pour de bon, et ne me quitteraient plus jamais. Plus jamais. Juste de vagues moments de répit où je me laisserais aller à revivre encore et encore, des souvenirs merveilleux où il n'y avait que nous. Putain de nostalgie.
Rien de bon ne peut plus arriver désormais.
* * * * *
- Je redoutais -
Je redoutais de rentrer, mais il était temps : la nuit était bien installée et, même si les rares feuilles encore désespérément accrochées aux branches malingres des arbres du cimetière ne bruissaient plus depuis bien longtemps, le froid, lui, s'était accentué. Mais si je sentais le froid, je ne le ressentais pas. Il ne m'atteignait pas vraiment. J'étais là sans être là. Un peu comme lui, finalement : il était là, dans ma tête, mais sans être là, sur Terre et bien vivant. Non, lui il était sous terre, immobile et froid.
Je redoutais de sortir du cimetière. C'était comme si je l'abandonnais, le laissais seul au milieu d'une foule menaçante, celle des morts de toutes les époques passées, pressée de l'emmener avec elle, de nous séparer pour de bon, définitivement. Si je passais le portail, qui sait quand je reviendrais, et même si je reviendrais ? En aurais-je le courage ?
Je redoutais de marcher dans la ville, frôlant les murs, évitant les gens et leur regard. Je ne voulais pas entendre les cris des enfants courant devant leur père pour leur montrer comme ils allaient vite. Je ne voulais pas entendre des nénettes téléphoner à leur chéri, en toute indiscrétion, comme ça, sur le trottoir, pour leur dire qu'elles arrivaient, et me balancer leur bonheur écœurant à la face.
Je redoutais de prendre le bus, parce que j'y serais seule, sans pouvoir lui parler. Je ne pourrais plus me moquer à voix basse, presque dans le creux de son oreille, de cette mamie qui a mal boutonné son chemisier, de cet ado boutonneux qui geeke sur son téléphone sans lever le nez une seconde de son écran et qui loupe le décolleté plongeant d'une jeune femme à trente centimètres de son visage.
Je redoutais d'aller faire deux ou trois courses, de faire la queue derrière deux personnes, manifestement voisines, qui parleraient en phrases toutes faites : « Ça s'est bien rafraîchi, dites donc ! Y a plus d'saison… », « C'est la faute à tous leurs écrans aux jeunes, ça ! », « Avant je m'en tirais pour cent euros de courses par semaine, ah la la, c'te inflation ! ». « La droite, la gauche, c'est tous les mêmes, y en a pas un pour rattraper l'autre ! » ; on se serait regardés, c'est sûr, en se retenant de pouffer de rire devant ce flot ininterrompu de clichés et de banalités navrantes.
Je redoutais d'ouvrir mon sac et de prendre mon portefeuille pour payer. Ce sac que j'avais mis dans mon panier Amazon durant des mois sans jamais le valider… pour finalement le recevoir en cadeau. Une gentillesse comme ça, pour rien, pour me faire plaisir et me montrer qu'il m'aime.
Je redoutais de passer par la boulangerie et de ne plus prendre une bonne baguette bien chaude et croustillante, et de craquer pour des opéras ou des tiramisus qu'on se partagerait, pour lui faire la surprise. Surprise qui se produisait presque chaque fois que je passais devant notre boulangerie. Ça n'en était plus une, à force, bien sûr ; mais j'aimais me faire croire que ça en était une quand même.
Je redoutais de rentrer à la maison sans la baguette amputée d'un de ses croûtons, parce que lors des deux cents mètres qui me séparaient de la maison, je n'avais pas pu résister à l'appel de ce pain tiède sentant si bon, bien que je susse d'avance qu'il m'engueulerait à moitié – gentiment – de ne rapporter que les trois quarts de la baguette, tout en en prenant une large portion à son tour en me narguant gentiment.
Je redoutais d'entendre le claquement sec de l'interrupteur que j'allais presser pour allumer l'entrée. Claquement que je n'entendrais plus jamais sans l'avoir provoqué, car personne d'autre que moi ne toucherait plus à ce bouton.
Je redoutais de me préparer un repas. Et non pas de nous préparer le repas. Quand on est deux, c'est « le » repas. Mais quand on est seul·e, c'est « un » repas. Même la langue française ne me laissait pas de répit…
Je redoutais le silence écrasant de la maison, sans les musiques de sa playlist qu'il mettait en boucle, quel que soit le moment de la journée. Un mélange de ses chansons et de nos chansons. Avec les deux ou trois titres qui nous faisaient tout arrêter, pour soit se mettre à danser comme des fous, soit se faire un mélange de câlin doux et sensuel, debout, serrés l'un contre l'autre, et de slow langoureux, tournant à peine dans la pièce, en oubliant tout le reste. Les yeux fermés. Seuls au monde, dans notre salon, avec cette musique qui nous prenait aux tripes.
Je redoutais notre grand lit froid. Si grand. Si froid. Non : c'était dorénavant mon grand lit si froid. Notre lit, lui, avait été accueillant et chaleureux. Douillet, confortable comme un nid. Il nous avait incités de si nombreuses fois à rester entre ses draps pour nous montrer mutuellement notre amour, encore et encore.
Je redoutais, en sortant le linge de la machine, d'y trouver une de ses chaussettes, perdue au milieu de mes affaires fraîchement lavées, qui avait dû rester là, toute seule dans le tambour, coincée près du hublot, pendant toute une semaine.
Je redoutais de me voir comme cette chaussette, qui vient de passer sept longs jours sans sa moitié, repliée, froissée, en boule, seule, si seule dans ce lave-linge, si pitoyable ; de me reconnaître en elle, symbole ultime de ce qu'était ma vie avant que la paire ne soit séparée, et de ce qu'elle était aujourd'hui, solitaire et exilée involontaire, loin de toutes et tous. Je craignais de réaliser que j'étais cette chaussette : elle ne servait plus à rien si la paire n'était pas complète.
Je redoutais d'aller dans la salle de bain, de voir sa serviette, sagement pendue, bien repliée sur elle-même bord à bord sans une couture qui dépasse, d'ouvrir notre armoire de toilette et d'y trouver sa brosse à dents, son bain de bouche à la menthe extra forte qui m'a tant piquée quand j'ai voulu y goûter, son rasoir, sa brosse à cheveux. Et puis cette boîte de préservatifs, qui nous servaient de temps à autre, lorsque nous nous sentions d'humeur aventureuse.
Je redoutais la soirée, cette première soirée où je n'avais plus rien à faire, car maintenant qu'il était… là où il était, la charge administrative s'était brutalement allégée. Il n'allait pas me proposer de reprendre la série où nous étions, ni de regarder tel film dont on lui avait parlé et qui lui faisait envie. Je ne lirais plus de bouquin assise sur le canapé, près de lui pendant qu'il travaillait sur son ordinateur et marmonnant parfois tout seul.
Je redoutais la nuit, seule, toute seule dans une maison plongée dans l'obscurité, une maison beaucoup trop grande pour moi. Je redoutais le noir et les craquements du bois des meubles qui travaillait. Je redoutais de le traverser pour aller faire pipi, pieds nus, sur le parquet puis le carrelage toujours trop froid. J'étais devenue cette petite fille peureuse dans une grande demeure qu'elle ne connaît pas.
Je redoutais la vie sans lui.
Je redoutais la vie…
* * * * *
- Seule -
J'étais finalement rentrée chez nous. Enfin, ce n'était plus chez nous, maintenant : c'était chez moi. Je n'avais pas pris le bus, très peu pressée de me retrouver à la maison encore plus seule qu'avant de partir pour le cimetière, deux ou trois heures auparavant. La semaine que je venais de vivre avait été affreusement longue. Le temps avait été comme suspendu. Les journées avaient été denses, les nuits longues, entre l'hôpital, la paperasse, les coups de fil incessants – auxquels je ne répondais plus, d'ailleurs, depuis quelques jours – les pompes funèbres, etc. tout avait été à la fois très vite et m'avait semblé si long. Long comme un jour sans lui.
Peu avant d'atteindre notre rue, j'ai vu au loin la boulangerie qui faisait angle. Je l'ai passée, les mains enfoncées au fond de mes poches, la tête baissée, le nez plongeant vers le trottoir, presque honteuse, sans regard aucun pour sa vitrine exposant tout ce qu'elle avait d'appétissant dans son large ventre, comme si elle me regardait, m'attendait, souhaitait que je rentre pour lui acheter son bon pain, sa raison de vivre. Elle devait se sentir abandonnée, elle aussi.
Le Carrefour City, une vieille porte cochère, deux entrées d'immeuble, le restau asiatique, encore une centaine de mètres de commerces, services et habitations, et j'arrivais. Mais je ne voulais pas. Je redoutais tant le moment où, une fois rentrée, mon sac à main posé, mon manteau accroché et mes chaussures ôtées, je poserais mon séant sur le canapé.
Ma tâche principale serait alors de survivre. De passer en mode automatique, de ne fonctionner que par réflexes, laisser ma mémoire corporelle me guider pour toutes les tâches. Toutes ces actions qui sont formidablement répétitives, toujours les mêmes. Se brosser les dents, faire pipi, se préparer un repas, remplir le lave-vaisselle, lancer une lessive, nourrir Mozart, aller récupérer le courrier, répondre aux vocaux, se doucher, se laver les cheveux, se sécher les cheveux, dormir, manger, nettoyer. Et recommencer, sans fin.
Finalement, j'avais trouvé d'autres choses à faire, telles que remplir l'évier et laisser la vaisselle s'entasser car si j'avais souhaité utiliser le lave-vaisselle j'en aurais eu pour deux semaines avant de le remplir seule, prendre un livre et le reposer au bout d'une minute, asperger de son déo le canapé et le patchwork du lit, regarder la rue par la fenêtre et rêvasser, voir la poubelle se remplir mais refuser de sortir pour la vider parce que quitter la maison – ne serait-ce que pour quelques secondes – c'était m'éloigner de son odeur, mettre une série puis éteindre le téléviseur presqu'aussitôt, caresser Mozart, jouer avec l'interrupteur de l'entrée encore et encore, me noyer dans le coussin du canapé.
Et regarder nos photos. En boucle. Savoir chaque histoire qui se cachait derrière. Les quelques instants d'avant, ceux d'après. Penser un peu à lui. Beaucoup. Bon, d'accord : tout le temps… Et à ce putain de coup de sonnette alors que je venais de rentrer, et les deux gendarmes aux têtes complètement grotesques à travers le judas de la porte d'entrée, mon cœur qui s'était arrêté, mon ventre qui avait compris instantanément pourquoi iels étaient là, le visage assombri et le regard baissé de la gendarme qui était entrée la première qui confirmaient ce que je redoutais sans y croire, mais tout en le sachant d'avance…
Un après-midi, endormie sur le canapé, la tête enfouie sous le coussin, le dos tourné au séjour, je m'étais réveillée la main entre les cuisses. Je venais de rêver de lui, et nous faisions l'amour. Enfin, nous allions le faire. Il me couvrait de baisers, me picorait sur tout le corps, une vraie poule devant un parterre de graines et qui ne savait plus où donner du bec. M'embrassant partout, il descendait doucement, mais sûrement, se rapprochant lentement de ma toison. Et au premier coup de langue… je m'étais éveillée. J'étais à la fois folle de bonheur de l'avoir vu, et rattrapée par la réalité et son chagrin qui ne me quittait plus. J'étais excitée et frustrée ; encore un peu vaseuse, j'avais relevé la main pour la glisser – presque malgré moi – dans mon pantalon de pyjama que je n'avais pas quitté depuis des lustres. Mais au contact de mon bouton rendu sensible par le rêve, j'avais éclaté en sanglots et prestement enlevé mon bras.
Je venais de réaliser qu'il ne me ferait plus jamais l'amour, que nous n'aurions plus ces moments de communion ultime où nous jouissions à l'unisson, essoufflés et en sueur, peau contre peau. L'envie m'était passée aussi vite que les larmes m'étaient montées aux yeux.
Après un long moment, je m'étais levée brusquement pour aller chercher un vieux traversin stocké sous vide dans notre grande armoire. J'avais presque déchiré la housse en plastique en l'extirpant avec frénésie. Puis j'étais allée récupérer son déo resté sur la table basse, au milieu de tout ce que j'avais laissé traîner depuis des jours et des jours. Après l'avoir aspergé de son odeur, je m'étais jetée sur le lit avec le traversin, le calant entre mes cuisses, le serrant dans mes bras, m'enfouissant le visage dans son parfum.
J'avais envie de l'embrasser à pleine bouche, que nos langues se mêlent. Je voulais glisser mes doigts dans ses cheveux. Je voulais me presser contre lui, sentir ma poitrine s'écraser contre son torse. Je n'en pouvais plus qu'il ne m'embrasse pas dans le cou, sous les oreilles, sur le coin de la bouche et les paupières. J'en pouvais plus…
Il fallait que je fasse quelque chose, j'avais trop mal. Je m'étais redressée, comme mue par une pulsion me contrôlant, et m'étais rendue dans la salle de bain. En levant les yeux, je m'étais vue presque de pied en cap dans le miroir. J'étais dans l'encadrement de la porte, hirsute, débraillée, le pantalon de pyjama informe, tâché, haut sur une hanche d'un côté, et à moitié baissé de l'autre. J'avais enfilé le dernier tee-shirt qu'il avait porté – enfin, l'avant-dernier – quelques jours auparavant. Je l'avais trouvé dans le panier de linge sale. Et je n'avais pas pu résister : je l'avais mis et ne l'avais plus quitté depuis, même s'il était bien trop grand. Il était tâché également, et me glissait sur une épaule. Mes seins pendaient lamentablement, sous le fin tissu, car cela faisait je-ne-sais-pas combien de jours que je n'avais pas mis de soutien-gorge. Je n'étais pas maquillée, j'avais le visage barbouillé de toutes les humeurs possibles s'écoulant de mes yeux, de mon nez et de ma bouche.
* * * * *
- Mozart -
Ne supportant plus le spectacle déplorable de mon reflet, je m'étais approchée du miroir et avait ouvert l'armoire de toilette. Il y avait bien quelques médicaments, mais rien de bien transcendant non plus. Juste un flacon à moitié vide, des plaquettes entamées, du sirop antitussif. Des analgésiques, des antipyrétiques, un anti-diarrhéique, un antiémétique, mais aucun anti-se-souvenir-de-lui-à-chaque-seconde. Ceux dont j'avais le plus besoin, ceux que j'aurais pris par poignées.
Il y avait aussi, un peu à part sur l'étagère, ma réserve de Microval. J'avais pris la plaquette dans la main, la regardant comme si c'était la première fois. Je n'en aurais plus jamais besoin. D'ailleurs, je n'avais pas pris ma pilule depuis le soir où les gendarmes étaient venu·es me dire que… C'était quand, deux semaines auparavant ? Trois semaines ? Depuis combien de temps étais-je une loque ? Je ne savais même pas où j'en étais de mon cycle. À quoi bon tenir les comptes, de toute manière ?
Reposant la plaquette, je réfléchissais à mes dernières règles. Je n'arrivais pas à me souvenir. C'était loin, très loin. C'était avant. Et avant, c'était une autre vie. Ma plaquette en cours était dans mon sac à main. J'aurais pu aller la chercher pour voir où j'en étais. Mais j'avais peur : à quand remontait la dernière fois que nous avions fait l'amour, qu'il avait joui dans mon ventre ? Combien de temps était-ce avant son accident ?
Un jour ? Deux ? Plus ? Nous faisions en général l'amour tous les jours ou tous les deux jours, parfois un peu plus selon nos humeurs, nos emplois du temps, mes règles, etc. Est-ce que je redevenais fertile dès l'arrêt de la pilule ? J'avais appris à mes dépens que les nageurs de mon chéri pouvaient "vivre" plusieurs jours au fond de moi. Se pourrait-il que je sois tombée enceinte, la veille de son accident ? Quel coup tordu m'aurait alors joué le Destin, non ?
Et si j'engloutissais les vingt-huit comprimés que je venais de reposer ? L'idée me séduisait grandement. Tout à coup, c'était presque le seul truc que j'avais voulu, désiré, depuis plusieurs semaines. Mais si c'était pour me tordre de douleur comme pour le RU 486, non merci, j'allais passer mon tour. Une fois, pas deux.
Putain ! Je n'avais même pas de quoi le rejoindre et trouver la quiétude, le repos de l'âme, un repos de larmes. Me voilà Sisyphe, condamnée à pousser ce roc de chagrin sans fin. J'étais devenue une Danaïde, comdamnée à remplir un tonneau de mes larmes, indéfiniment. J'hésitais, l'espace d'un instant, à tout prendre : dix grammes de paracétamol pour me flinguer le foie, un ou deux d'aspirine pour me liquéfier un peu le sang et me faciliter une éventuelle hémorragie interne, les vingt-huit comprimés de Microval, et tout le reste. En combinant tout à haute dose, ça ne pouvait que mal se finir ! J'allais rouvrir l'armoire de toilette lorsque j'avais entendu Mozart miauler derrière moi.
Mozart, c'était notre bébé à tous les deux. Nous l'avions pris peu de temps après l'avortement. Une petite présence pour tenter de nous consoler, pour nous occuper un peu plutôt que de broyer du noir. Je n'étais pas très chaude, à l'époque, de prendre ainsi une sorte de substitut de bébé. Pour moi, un animal serait toujours un animal et l'affection qu'on aurait pu lui porter n'aurait jamais été comparable à celle que l'on aurait eue pour notre enfant. Mais ce n'était pas son idée. Il voulait que l'on s'en occupe, qu'on n'ait pas le choix de nous en occuper. Nous pouvions nous laisser abattre, ne plus rien faire, ne plus sortir, tout remettre au lendemain. Mais un animal, surtout un chaton, réclamait une attention quasi permanente. Et c'était là-dessus qu'il comptait : obligée d'en prendre soin, je pouvais doucement oublier les moments difficiles que nous venions de vivre.
Nous étions allés le récupérer au refuge de Poulainville, pas très loin de chez nous. Ni trop loin non plus du C.H.U. où nous étions allé·es une semaine plus tôt pour l'I.V.G., et où je m'étais rendue seule, catastrophée, un soir, quatre ans plus tard. Tout me ramenait à lui, tout. Mozart avait presque trois mois quand nous l'avions adopté, c'était une petite boule de poils tellement mimi ! De grandes oreilles, de grands yeux, une toute petite truffe, et une queue très courte et peu garnie. Il était noir et blanc, un assortiment parfait de couleurs pour nous qui étions tous deux des quarterons. Nous avions craqué pour lui sur-le-champ.
Un nouveau miaulement, plus près de moi. J'avais toujours la main gauche sur le miroir, prête à ouvrir l'armoire de toilette. Puis je m'étais visualisée dans un flash, morte par terre, dans un mélange de vomi, de sang et de souillures, avec un pauvre petit Mozart qui n'avait plus de croquettes depuis plusieurs jours, et qui songeait sérieusement à s'attaquer à mes oreilles, mon nez ou mes doigts. Pas que cela m'angoissât particulièrement d'être bouffée, mais c'était surtout injuste de ma part d'emmener Mozart avec moi dans l'au-delà. Si je coulais, je n'embarquerais personne avec moi et partirais seule. Il me restait au moins cette dignité-là.
Ce petit animal, on l'avait choisi tous les deux, on avait craqué pour lui instantanément et simultanément. C'était un signe qu'il était fait pour nous, pour nous deux. Mais pour « moi une » ? Est-ce que cela avait encore du sens ? Mozart ne serait-il pas mieux au sein d'une famille qui s'occupe de lui, plutôt qu'avec quelqu'un qui le nourrit irrégulièrement, qui ne nettoie sa litière que lorsque, écœuré par l'insalubrité de son lieu d'aisance, l'animal décidait de faire ses besoins juste à côté de sa caisse afin de montrer son inconfort ?
Encore un « Miaou ! », cette fois à mes pieds. Il insistait. Il avait faim. Moi, j'avais faim de ne plus avoir faim. J'avais soif de ne plus avoir soif. J'avais envie de ne plus avoir d'envie. D'envie de le voir, de le regarder de tout mon saoul comme on admirait une œuvre d'art, de le toucher, de le caresser, de l'étreindre à m'en faire mal aux bras, au cou et au dos. Puis, baissant le regard, j'avais croisé celui de Mozart. Cette petite chose semblait si innocente, si fragile. Mon cœur, déjà en lambeaux, s'était déchiré davantage de le voir si démuni, si dépendant.
J'avais alors laissé l'armoire de toilette fermée, puis étais sortie de la salle de bain en l'éteignant, avais rempli la gamelle du chat dans la cuisine, et étais allée retrouver mon traversin sur le lit, mon ersatz de lui. Et puis, quitte à être au trente-sixième dessous, j'avais branché et rallumé mon téléphone qui était éteint depuis plusieurs jours, à court de batterie, et avais écouté en boucle « Sois tranquille », d'Emmanuel Moire. Une chanson dans laquelle son frère jumeau, mort dans un accident de circulation lui aussi, s'adressait au chanteur pour lui dire d'être tranquille, que tout allait bien pour lui là où il était.
Je m'étais assoupie comme ça, blottie contre mon traversin et l'étreignant, pleurant silencieusement pendant que la pénombre s'installait doucement. À quelques mètres de moi, j'entendais, quand la musique retombait, les croquettes craquer sous les dents de Mozart.
* * * * *
- Un costume -
L'idée d'en finir pour ne plus souffrir de son absence ne m'était jamais venue, jusqu'à présent. J'avais encaissé la nouvelle, j'avais pleuré, hurlé, mais finalement, j'avais fait face, bon an mal an, durant la semaine qui avait suivi. Les choses s'étaient plus ou moins enchaînées. J'avais eu des tâches administratives à faire, signer des trucs, en décider d'autres. Et il avait fallu que je choisisse le costume dans lequel il serait inhumé ! Jamais de ma vie je n'avais songé à cela, pourtant j'avais déjà assisté à une demi-douzaine d'enterrements.
La violence du truc, c'était inimaginable ! On m'avait demandé de choisir la tenue dans laquelle son corps resterait pour toujours ! For ever and a day… C'était vraiment ce qui avait été le plus dur, dans toute cette période. Même le coup du nombre de poignées, du type de bois, de la forme du cercueil, tout ça – sans être une partie de plaisir – ne m'avait pas traumatisée outre mesure. J'étais plus ou moins en pilotage automatique. Mais quand j'avais entendu, d'une voix un peu hésitante, la personne des pompes funèbres qui s'occupait de nous m'annoncer : « Et puis… hum… il faudra aussi choisir la tenue pour la levée du corps… hum… », ça m'avait fait un nouveau choc, presqu'aussi violent que l'annonce de la gendarme.
Malgré cela, submergée de chagrin, je n'avais pas songé une seule fois à le rejoindre. Je devais être dans une sorte d'état de sidération et, comme je le disais, en pilotage automatique. Je faisais les choses un peu comme elles venaient, sans bien y réfléchir. Je me laissais guider par les gens, sans réflexion, sans avis ni jugement. Je voguais d'étape en étape. Ses parents, ses adelphes, nos ami·es, le personnel des pompes funèbres, celui de l'hôpital d'Amiens et les gendarmes, toutes et tous m'avaient accompagnée, orientée. J'étais ballotée d'un lieu à l'autre, d'une tâche à l'autre, d'un jour à l'autre. Une bille de billard qui filait en ligne droite tant qu'elle ne rencontrait pas une autre bille ou une bande, pour repartir – toujours en ligne droite – jusqu'au prochain choc.
Ainsi donc, je m'étais retrouvée, l'avant-veille de l'inhumation, à devoir me décider pour une tenue, sa dernière tenue. Il avait fallu que je regarde dans notre grande armoire avec son miroir qui faisait office de psyché. Choisir des vêtements, des sous-vêtements. Chemise grise et pantalon de toile habillé ? Costume ? Quelque chose de strict ou un truc un peu plus naturel, un peu moins guindé ? Je connaissais tous ses vêtements. Je lui avais tous enlevés au moins une fois. À de rares occasions, je l'avais habillé – entendez par là qu'il m'avait demandé mon avis pour sa tenue vestimentaire. Mais là, je devais l'habiller sans savoir ce qu'il en pensait. En penserait. Le choix me semblait à la fois impossible (quoi ? lui choisir des vêtements pour toujours ?) et tellement futile (à quoi bon, qui les verra, dans l'obscurité totale de sa grande boîte en bois ?)
J'avais fini par choisir un de ses deux costumes. Le premier qu'il s'était acheté. Le premier que j'avais vu sur lui, qui le rendait si beau, si homme, mon homme. Nous l'avions choisi ensemble. Mais cette fois-ci, j'avais dû le choisir seule. J'avais dû l'apporter aux pompes funèbres seule. J'avais dû le toucher pour la dernière fois de ma vie, puis le lâcher pour le donner. Quelqu'un l'avait habillé. Quelqu'un l'avait touché, partout. Et ce n'était pas moi. Apporter ce costume, ça avait été la dernière chose que j'avais eue à faire. Je n'étais pas retournée là-bas pour assister à la levée du corps, je n'avais pas assisté à la cérémonie au bord du trou. J'étais allée voir, en catimini, sa place définitive, une heure ou deux après. Et depuis, je n'avais rien fait, absolument rien.
Et maintenant ? Et maintenant que la souffrance était à son paroxysme – enfin, en espérant que « Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain » ne se vérifierait pas – maintenant que je n'avais plus que ça à penser, que ma seule et unique pensée était de me morfondre de son absence, de pleurer, de me lamenter, de me demander pourquoi lui, pourquoi moi, maintenant que je prenais conscience de mon malheur, je voulais y mettre un terme.
Et mon mal-être étant inextricablement lié à mon âme – ou tout du moins ce qu'il en restait – quelle autre solution avais-je que d'arrêter le cours de mes pensées pour interrompre le flot continuel de souvenirs qui m'assaillait ?
Alors certes, parfois un doux rêve me venait quand je dormais. Mais il n'était doux que sur l'instant. Dans ce genre de rêve, j'étais heureuse : il était là et n'avait jamais disparu, ou je le retrouvais et les gendarmes s'étaient trompé·es, ou encore c'était de simples souvenirs de choses que nous avions vécues ensemble. Mais soit dans le rêve, soit après au réveil, la chute n'en était que plus brutale. Le retour à la réalité me faisait mal à en hurler. J'avais l'impression que mon cœur se voyait percé de mille aiguilles, qu'on me labourait le ventre à coups de dagues acérées, que mes entrailles se déchiraient violemment.
Quand bien même ces rêves étaient merveilleux, le bonheur éphémère qu'ils me procuraient ne valaient pas le coût, le prix à en payer lors du retour sur Terre. Non, rien de rien de pouvait justifier que l'on endurât une douleur si totale, envahissante. Sa présence était si… absolue qu'elle en devenait presque palpable, concrète. J'avais l'impression qu'elle était à deux doigts de devenir tangible. Que les gens auraient pu la voir, la toucher, un peu comme une tumeur.
Mais elle était bien plus grande et hideuse qu'un crabe. Un mélange abject de tout ce qu'il y a de plus affreux. Un croisement entre un arachnide, un blobfish et un dindon. Un sommet du dégoût, appelant un consensus incontesté sur sa monstruosité, quelle que soit l'époque, quelle que soit la civilisation, quelles que soient la culture et les croyances. L'horreur absolue, totale, faite chair. Cette douleur-là, mon Malheur incarné, je devais la tuer. L'éradiquer, la supprimer, la dissoudre, la pulvériser, la renvoyer vers un monde non concret, dans le monde des idées. Il fallait qu'on se sépare.
Alors, je savais bien sûr qu'il n'était rien que le temps ne réparât. C'est ce qu'on disait tout le temps, pour consoler les âmes en peine. Mais ce n'était pas vrai. Non, il ne réparait rien. Il aplanissait, il érodait, il usait, il effaçait, il faisait qu'on oubliait, tôt ou tard. Il faisait que l'Everest d'aujourd'hui serait une plaine demain. Mais il ne guérissait rien. Rien ne redevenait comme avant. Il n'y avait que la vie, qui avait ce pouvoir. La vie pouvait, à l'inverse de tout raisonnement chimique et physique, ordonner, réparer, améliorer. Elle pouvait diminuer l'entropie, elle savait réfuter la sacro-sainte deuxième loi de la thermodynamique. La vie, c'était juste une variation entropique négative locale. Bim ! Mystery solved. Drop the mic'…
Partant de là, étais-je encore vivante ? Étais-je réparable ? Ce qui ne me tue pas me rend plus forte, disait l'autre moustachu allemand avec deux fois plus de consonnes que de voyelles dans son nom. Ben alors, alea jacta est : je savais que je ne serais jamais plus forte. Jamais. Donc, par contraposée, « ça » m'avait tuée. Quod erat demonstrandum.
* * * * *
- Il mio rifugio -
Mozart me regardait avec ses grands yeux à la « Chat Potté ». Il était dans sa petite cage de transport. Je la tenais à la main, me dirigeant vers notre voiture. Il n'aimait pas être confiné là-dedans ; c'était toujours synonyme de vétérinaire, avec son cabinet rempli d'effluves chimiques, de phéromones de toute sorte et de toute espèce, de tripotage dans tous les sens, y compris la gueule et parfois même l'anus et le scrotum même si ce dernier avait été évidé et était à peine visible, tout aplati.
— Je sais, Zazar, je sais : t'aimes pas ta cage.
Ma voix, qui se voulait apaisante, n'avait pas arrangé les choses. Il s'était mis à miauler, de longues plaintes lentes et sonores.
— T'en fais pas, ça va pas être long. Et puis, tu vas trouver une gentille famille qui t'aimera et qui s'occupera bien de toi. Moi, j'y arrive plus et tu mérites pas ça…
J'avais tenté d'adoucir la voix, de ne pas parler trop fort pour ne pas l'effrayer davantage, d'y mettre de l'empathie et de le rassurer au maximum. Mais cela n'avait servi à rien. Il continuait comme si je n'avais même pas ouvert la bouche. Même rythme de miaulements, même lenteur, mais volume sonore. Apparemment parler ne changeait rien. Ou bien que pour moi alors : j'avais eu l'impression de faire quelque chose, peut-être… De me donner bonne conscience.
La cage s'était retrouvée – c'était rare – sur la place passager. En général, nous allions tous les deux avec Mozart chez la vétérinaire, donc la cage se retrouvait naturellement derrière. Il y a dû y avoir une fois ou deux, peut-être, où je n'y étais allée qu'avec Mozart. La première fois qu'il s'était trouvé installé à côté de moi, c'était bizarre, presqu'amusant : une petite virée, rien que lui et moi. Aujourd'hui, c'était juste triste. Il avait pris sa place, pas parce qu'il n'était pas là, mais simplement parce qu'il n'était plus là.
Comme à son habitude, Mozart avait miaulé pendant les vingt minutes de trajet. Quelque part, cela me rassurait : au moins, il ne semblait pas comprendre que la situation du jour n'était du tout comme les autres fois. Là, c'était un aller sans retour chez nous. Il s'en retournerait ailleurs, chez d'autres personnes. Des gens avec des enfants. Une petite famille qui s'occuperait de lui, avec attention et amour. Moi, je n'étais plus capable d'amour. Même pour notre Mozart.
Au refuge, l'homme qui m'avait reçue à l'accueil ne semblait pas très aimable. Peu souriant, la bouche fermée, tirée vers le bas. À peine arrivée avec la cage, il m'avait saluée d'un « Bonjour » plutôt sec, puis m'avait montré du menton la direction d'une porte entrouverte sur le côté :
— C'est là-bas, j'ai déjà prévenu Safia.
Décidément non, le ton n'était guère avenant. Était-ce un traitement spécial qu'il me réservait ? Ou bien était-il de mauvais poil aujourd'hui ? Ou encore était-il toujours ainsi, monsieur Bougon en personne ? Dans le fond, je m'en fichais. Ce qui m'importait, en revanche, c'était que je vivais mes derniers instants avec Mozart, notre petit Mozart. Je n'allais pas les gâcher avec Grincheux.
Dans la pièce indiquée, dont j'avais toqué à la porte tout en entrant doucement, une jeune femme – manifestement Safia – était assise derrière un bureau. Elle devait être un peu plus âgée que moi, peut-être vingt-huit ou trente ans. M'ayant entendue, elle avait quitté des yeux l'écran de son ordinateur et me regardait, avec une légère curiosité dans la prunelle me semblait-il.
Le temps de la rejoindre, et j'avais compris pourquoi ces deux personnes (Grincheux et Curiosity) affichaient une attitude particulière : j'avais téléphoné deux heures auparavant, pour savoir si je pouvais donner un chat dont je ne pouvais plus assurer la garde. C'était une voix masculine qui m'avait accueillie, et m'avait dit que c'était a priori possible, mais qu'il fallait voir avec la directrice du refuge.
Lui devait m'en vouloir soit d'abandonner un animal, soit de lui donner du travail en plus – voire les deux à la fois. Quant à elle, c'était probablement de la curiosité, étonnée de voir une personne lui confier un chat dont elle ne pouvait plus s'occuper. C'était peut-être plus dans les habitudes de la fourrière que de simples particulier·ères.
Mais je n'avais aucunement envie de m'expliquer sur les raisons pour lesquelles Mozart allait changer de foyer. Quitte à passer pour une sans-cœur ou une bourgeoise s'étant lassée de son joujou.
— Bonjour, m'avait-elle dit, asseyez-vous, avait-elle ajouté en me montrant une des deux chaises face à elle
— Bonjour madame, merci, avais-je simplement répondu en m'asseyant tout en posant la cage sur la chaise inoccupée et accrochant mon manteau au dossier de la mienne
— Vous voulez donc vous séparer de votre chat parce que vous ne pouvez plus vous en occuper, c'est bien ça ?
— Bonjour madame, merci, avais-je simplement répondu en m'asseyant tout en posant la cage sur la chaise inoccupée et accrochant mon manteau au dossier de la mienne
— Vous voulez donc vous séparer de votre chat parce que vous ne pouvez plus vous en occuper, c'est bien ça ?
J'avais acquiescé silencieusement, pressée d'en finir, et peu encline à faire plus de ronds-de-jambe que nécessaire. J'étais déjà suffisamment peinée d'abandonner Mozart…
— Mais il a fait des bêtises ? Il est malade ? Ou…
— Non, tout va bien, il est adorable, l'avais-je coupée, mais là, je peux plus m'en occuper. Donc, plutôt que de l'abandonner dans le Bois de Garenne, j'ai préféré vous l'amener
— Non, tout va bien, il est adorable, l'avais-je coupée, mais là, je peux plus m'en occuper. Donc, plutôt que de l'abandonner dans le Bois de Garenne, j'ai préféré vous l'amener
Elle avait tiqué quand j'avais lâché le mot « abandonner ». Tant mieux, c'est qu'elle devait être bien à sa place de directrice de refuge. Elle ne confierait pas Mozart à la première personne venue juste pour s'en débarrasser.
— Ah ! Mais si vous avez des difficultés, on peut peut-être vous donner des conseils, vous recommander des livres ou des sites très bien faits ? Par exemple…
— Non, non, je vous remercie, l'avais-je à nouveau interrompue, c'est autre chose.
— Non, non, je vous remercie, l'avais-je à nouveau interrompue, c'est autre chose.
J'avais hésité à dire « c'est plus compliqué ». Le truc qui voulait tout dire et rien dire. Le truc qui fait qu'on ne pose pas davantage de question, un peu comme les « problèmes personnels / familiaux » où il était d'usage de prendre un air grave, en penchant la tête tout en la hochant deux ou trois fois, les lèvres pincées. Mais je ne voulais toujours pas rentrer dans le jeu des faux-semblants sociaux, avec ses codes de bienséance. Je voulais en finir vite, arracher le pansement d'un coup sec, et passer à autre chose. Sans lui laisser le temps de réagir – c'était surtout ce que je ne voulais pas ! – j'avais enchaîné :
— Il a quatre ans et demi. Nous… JE l'avais pris ici, et il avait trois ou quatre mois à l'époque. J'ai rien de particulier à signaler : voici son carnet de santé, il est à jour pour ses vaccins. Le prochain est pour septembre. Sinon il fait pas trop de bêtises, à part faire tomber une télécommande trop sur le bord de la table ou ce genre de trucs. Il griffe pas, il mord pas. Il aime bien ronronner pendant des heures en pressant un pull en boule sur le lit ou un plaid avec ses pattes avant. Voilà, voilà, voilà…
Tout était dit. Un ou deux autographes en bas d'un document, et l'affaire était terminée. Mozart, toujours dans sa cage, ne miaulait plus. Il était là, il regardait partout, la truffe agitée, ses vibrisses aux aguets.
— Vous voulez une ou deux minutes avec lui ? Vous voulez le caresser ou vous…
— Non, avais-je répondu très vite dans un souffle presque noyé dans un sanglot
— Non, avais-je répondu très vite dans un souffle presque noyé dans un sanglot
Je m'étais alors levée, un peu trop rapidement, avais attrapé mon manteau, et lâché à voix basse, pour moi-même, en sortant sans un « au revoir » :
— Non…
* * * * *
- Comme moi -
Décembre. Cela faisait un peu plus de trois semaines que je végétais. Je ne faisais… rien. Littéralement. Je me traînais, du lit au canapé, et du canapé au lit. Je regardais le plafond. J'écoutais, en boucle, la chanson d'Emmanuel Moire. J'écoutais les voitures passer dans la rue. Les gens vivaient, insouciants tandis que je mourais à petit feu. Je m'éteignais peu à peu. Le soleil se levait de plus en plus tard, se couchait de plus en plus tôt. Comme moi.
Et entre les deux, il faisait triste figure, faible disque lumineux incapable de réchauffer les Hommes. Il était pâlichon. Comme moi.
Il montait péniblement dans le ciel, sans même atteindre un azimut bien élevé, puis entamait déjà sa redescente. Il était lent, comme désabusé. Il se traînait. Comme moi.
Mozart n'était plus là depuis une dizaine de jours. Et lui depuis… un mois ? Seulement un mois ? Non, ça faisait dix ans ! Vingt ans ! Le temps ne s'écoulait plus. Les jours se ressemblaient, les uns après les autres. De plus en plus courts, de plus en plus sombres, de plus en plus ternes. Comme moi.
Je mangeais, parfois, quand mon estomac se rappelait à mes bons souvenirs. Tous les jours ? Non, je ne crois pas. Les placards et le réfrigérateur se vidaient cependant, lentement. Ma réserve de boîtes de conserve, de pâtes et de riz s'amenuisait tout doucement. Comme moi.
Le yucca que Léa & Joshua nous avaient offert lors de notre pendaison de crémaillère faisait grise mine. Il devait avoir soif. Les longues feuilles commençaient à jaunir au niveau des pointes, et une observation attentive aurait conclu que les feuilles pendaient un peu. Il s'étiolait, faute de soins, d'attentions. Et probablement de lumière solaire. Comme moi.
Je n'avais pas fait de ménage, depuis le cimetière. Rien balayé, rien aspiré, rien lavé, rien épousseté. La poussière s'accumulait doucement sur les étagères, des moutons commençaient à se balader çà et là sur le sol. Des miettes, des poils de Mozart, des tâches d'eau séchée, de larmes, tout ça constellait le carrelage du séjour et le parquet de la chambre. Et des cheveux, beaucoup de cheveux. J'avais l'impression de les perdre par poignées. La maison était sale, tout simplement sale. Comme moi.
Car je ne m'étais douchée qu'une seule fois, en trois semaines. Lorsque j'étais sortie pour aller à la S.P.A. et me débarrasser lâchement de Mozart. Et j'avais dû me brosser les dents quatre ou cinq fois, pour faire passer ce goût amer que j'avais parfois en bouche et tenter de rendre ma langue moins saburrale. Ce goût d'acétone me soulevait le cœur. Je ne me brossais plus les cheveux, qui ressemblaient probablement à présent à un truc flasque, sans volume, sans forme. Comme moi.
La cuisine puait. L'évier débordait d'assiettes sales, de récipients maculés, de bols, de couverts mal léchés. La poubelle, tassée, compactée et remplie à ras-bord, était ouverte, à côté d'un sac-poubelle au trois quarts plein, ouvert lui aussi et dégageant une odeur nauséabonde. Comme moi.
J'étais un peu comme la maison des Usher, dans la célèbre nouvelle d'Edgar Poe. Elle et moi étions en symbiose. Plus je me délabrais, plus je m'affaissais, plus elle était repoussante, sale, devenait un taudis. L'état de mon corps se reflétait sur la maison. Sans lui, notre maison était devenue insalubre. Comme moi
Pour rester dans les références littéraires, on pouvait également évoquer « Le portrait de Dorian Gray », d'Oscar Wilde. Œuvre dans laquelle un portrait en tableau s'enlaidissait au fur et à mesure que son modèle, Dorian Gray, s'enfonçait dans une noirceur et une monstruosité sans fond. Mon âme tout entière pourrissait en s'enfermant dans une spirale sans fin de tristesse, de dégoût et d'amertume, et notre maison tel le tableau, suivait le rythme, reflétant concrètement tout ce que je devenais intérieurement. Notre si jolie petite maison avait désormais un intérieur sombre et effrayant. Comme moi.
Décembre. Ça faisait un mois qu'il était parti. Il allait falloir choisir. Avais-je touché le fond ? Était-il temps pour moi de taper fort des deux pieds sur la vase pour commencer à remonter ? Où devais-je continuer à me laisser couler, sans me débattre, jusqu'à ce qu'il soit trop tard, trop tard pour tenter de remonter, jusqu'à ce que les ténèbres des abysses m'engloutissent complètement, irrémédiablement, définitivement ?
Je devais me décider. Il le fallait. Demain, peut-être…
* * * * *
- Demain -
Le lendemain était arrivé, le soleil s'était levé une fois de plus, n'en déplaise à David Hume. Et le surlendemain. Et le jour d'après. Et puis, le matin suivant, j'avais voulu me lever du canapé, où j'avais passé une partie de la nuit. Mais mes jambes, devenues trop frêles, et mon cœur, affaibli et n'arrivant plus à bien irriguer mon corps, m'avaient trahie. D'un commun accord, ils m'avaient laissé tomber – au sens littéral du terme.
Je n'avais pas perdu conscience non ; juste un voile noir s'était rapidement levé devant mes yeux lorsque je m'étais redressée sur le canapé. Et la faiblesse de mes jambes m'avait déséquilibrée et je m'étais écroulée sur le sol, la tête heurtant le carrelage. Mon corps décharné en pyjama devenu trop ample était étalé sur le sol, sur le dos, les membres dans tous les sens. Ma vision du mois précédent avait peut-être été prémonitoire, à ceci près que Mozart ne crevait pas de faim à mes côtés.
Mais, même après cette chute, j'avais gardé conscience. J'étais restée ainsi quelques dizaines de secondes, sonnée, les yeux clos. Je n'avais pas mal, non. J'étais juste là, par terre, comme un pull qu'on avait jeté de loin vers le canapé mais qui avait loupé sa cible, et qui reposait depuis, moitié en boule, moitié étalé, à même le sol.
Puis je m'étais vue. Du dessus, comme si mon âme avait quitté mon corps et regardait une dernière fois ce qui avait été sa prison de chair durant vingt-quatre ans. Non, ce n'était pas tout à fait cela. Je me voyais plutôt comme lui me verrait, de là-haut. Et dans une demi-lucidité, je m'étais vue, vraiment vue… Tous les détails, tout était là dans sa moindre laideur : les tâches sur mon tee-shirt – enfin, le sien – à moitié relevé, révélant mon ventre creusé et quelques côtes saillantes, mon bas de pyjama lui aussi presque défait, montrant une hanche dont on voyait les contours de l'os coxal, mon mollet droit exposé également, poilu comme jamais, et mes pieds dont la longueur des ongles me faisaient gagner une pointure. Et surtout ma tête, mon visage. Pâle, si pâle, avec pour seule couleur les demi-lunes sous mes paupières rabattues, accentuant par contraste ma peau blafarde. Sous celle-ci, dénuée de toute graisse, mes joues et ma mâchoire affinées laissaient deviner les arêtes de mes os. Mes cheveux épars, une partie sur un bout de mon visage blême, le reste disposé n'importe comment sur mes épaules et le sol
Quiconque aurait pénétré la maison à ce moment-là et m'aurait vue aurait eu exactement la réaction du protagoniste de l'un des « Le cri », d'Edvard Munch.
Ça avait été à ce moment-là que j'avais brusquement ouvert les yeux, en prenant une profonde respiration par la bouche, grande ouverte, me redressant sur les fesses tout en prenant appui sur les mains. Comme dans les films, quand une noyée se « réveillait » après un bouche-à-bouche prodigué par un beau maître-nageur.
C'était ce tableau de Munch qui m'avait fait réaliser. Ce tableau qu'il aimait tant, dont il parlait avec passion à qui voulait l'écouter. La couleur, l'expression à la fois si neutre et si affolée de la personne au premier plan, le ciel qui n'avait jamais les mêmes teintes selon les versions du tableau, les mains posées sur des oreilles absentes, et cætera. Je venais de réaliser que, si les rôles avaient été inversés et que c'était lui qui avait dépéri de dénutrition, d'absence de soleil, d'isolement, de désespoir total, ravageur, absolu, je … j'aurais… rien fait. J'aurais été morte, d'où son état.
Mais c'était trop tard. J'avais l'image en tête, avec lui sur le sol de notre séjour dans un état tellement plus piteux que celui que j'avais vu au C.H.U. le soir de son accident. J'avais reçu comme un électrochoc, j'en avais frissonné pendant plusieurs minutes après m'être relevée doucement. J'étais allée boire, goulûment, au robinet, les cheveux trempant dans la vaisselle sale. Puis je m'étais mise sous la douche, encore habillée. L'eau avait coulé sur mes cheveux gras et emmêlés, le long de son tee-shirt, enlevant un peu de son odeur – et de la mienne – elle s'était glissée sous mon pyjama, entre mes fesses décharnées, jusqu'au sol.
J'avais levé la tête en arrière, me tirant les cheveux pour qu'ils se réunissent et pendent dans mon dos. J'avais enlevé son tee-shirt et retiré mon pantalon de pyjama, qui était presque tombé tout seul, sous son poids, gorgé d'eau. Ils gisaient là, dans un coin de la cabine de douche, en boule, s'imbibant des gouttes qui rebondissaient sur ma peau. L'eau, qui s'échappait en tourbillonnant par la bonde circulaire, était vaguement teintée de rose. Plongeant la main entre les cuisses, je l'avais regardée comme si c'était nouveau pour moi : j'avais mes règles.
Un cycle venait de s'achever, un nouveau allait pouvoir commencer…
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Commentaires ()
Merci.
alors je vais juste dire que ce texte m'as beaucoup ému , mais vraiment , jusqu'au tripes...
alors MERCI ..... tout simplement
Auriez-vous préféré
Que je fasse des rimes
Au lieu de raconter
Un récit qui déprime ?
Auriez-vous préféré
Que je parle de fesses ?
Que j'évoque des pets
Pour vous mettre en liesse ?
Auriez-vous préféré
Que je verse des larmes
Sur un bout de papier
Pour avoir plus de charme ?
Would you rather enjoy
Puting under your eyes
A story full of joy
Even if it is lies?
Auriez-vous préféré
Que je sculpte le marbre ?
Voir une fiancée
Pendue dessous un arbre ?
Vous ferais-je l'offense
De vous remémorer
Que je n'ai pas la chance
De bien "néerlander" ?
Afin de bien comprendre
Vos mots fort intrigants,
Je dois aller en Flandre
Étudier le flamand.
Et si dans quelques mois
J'entends votre message
Vous aurez - croyez-moi -
Un retour d'une page.
Vous comprendrez j'espère
Que ma prose sera
Facile et bien légère
Après ces quelques mois.
Mais pour rimer, bien sûr,
Il me faudra du temps :
L'exercice étant dur,
Je vais prendre trois ans.
Après quoi, vous aurez
Quelques alexandrins
Que j'aurai fait rimer
Du début à la fin.
Merci.
vraiment bravo !
j' ai perdu un être cher, il y a prêt de 20 ans , c’était mon frère...
je me retrouve évidement dans certaine de vos lignes...
je ne peut que vous encourager a continué d'ecrire !!
Merci.
Merci.
Poignant, ça prend aux tripes. Tout ce qu'on redoute. Que je n'ai heureusement pas vécu mais que je me suis déjà imaginé. Et dans ma tête c'était comme ça...
L'odeur, le contact physique, l'irremplaçable. Tout y est.
Bravo pour ton style, percutant, qui va droit au but. J'ai beaucoup aimé les références littéraires aussi. Les bruits, les musiques.
Putain, t'es vraiment douée.
Pour le fond il y a deux thèmes importants : le travail de seuil, et l'isolement social (où on sait qu'il peut mener.) Et aussi la résilience.
Parce que l'amour fusionnel qui isole totalement le couple peut amener à la destruction de celui qui reste, et que les relations sociales durant la vie du couple sont le remède à bien des maux, elles le ressourcent également (bon, là je vais un peu loin dans ma réflexion, ça n'est plus le thème de ton histoire...)
Ça aurait été dommage d'être privé de tes textes.
P.S. : j'ai eu un chat qui s'appelait Mozart
Et quel texte ! C'est fort, poignant et sombre comme peu l'être parfois la vie.
Il fait aussi un peu écho à mon spleen automnal actuel, et c'est peut-être ce qui m'a autant touché dans cette longue lecture.