Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
La machine à fric — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La machine à fric
Chapitre 1
La machine reposait sur la table de chevet, un objet froid et inerte que personne n'aurait remarqué. Elle ressemblait à un ancien réveil numérique, cerné de métal brossé et parcouru de minuscules veines lumineuses qui palpitaient d'une lueur ambrée.
Son premier son fut un soupir. Un doux ronronnement mécanique qui semblait naître du centre même de l'appareil. Puis, avec une lenteur exquise, un billet de cinq euros a commencé à émerger de la fente frontale. Il n'a pas jailli, il a glissé, comme poussé par une main invisible et patiente. Le papier froissé a chatouillé le bout de mes doigts avant de se libérer complètement et de tomber sur le petit tas déjà formé.
Un euro par minute. Soixante par heure. La mathématique était simple, obscène. Mais la voir en action était autre chose. C'était une pulsion.
Je me suis assis sur le bord du lit, le cœur battant à un rythme primal. Je n'ai pas ramassé l'argent tout de suite. J'ai laissé la machine travailler, j'ai écouté son ronronnement devenir le battement de fond de la pièce. Chaque petit bourdonnement, chaque frémissement du métal était une promesse. Je sentais une chaleur monter dans mon bas-ventre, une anticipation torride. C'était mon secret. Mon pouvoir. Ma source.
Après une heure, soixante billets gisaient en désordre sur la table. Soixante promesses de plaisir. Je les ai pris dans mes mains, j'ai enfoui mon visage dans le papier. L'odeur de l'encre neuve, du papier frais, était un aphrodisiaque brutal. Ce n'était pas l'odeur de l'argent, mais celle de la liberté. Une liberté sensuelle, immédiate, sans compte à rendre.
Le premier mois fut une lente et voluptueuse exploration. Trente mille euros en liquide, empilés dans un coffre que je cachais sous une trappe dans le plancher. Chaque sortie était un rite. Je me perdais dans les magasins, les doigts parcourant les tissus soyeux d'un costume sur mesure, la surface lisse et froide d'un appareil électronique dernier cri, le grain du cuir d'un canapé profond. Chaque achat était une caresse, un orgasme consumériste consenti et assumé.
Je me suis offert des massages dans des instituts discrets, où des mains expertes ont modelé ma chair nouée par des années de tension. Allongé sur la table chaude, les huiles essentielles embaumant l'air, j'écoutais le souvenir du ronronnement de ma fascinante mécanique aux œufs d'or sur papier imprimé. Chaque pression des doigts du masseur sur mes muscles endoloris était synchronisée avec le son fantôme de la machine déversant sa manne. Le plaisir était physique, financier, fusionnel. C'était une boucle de rétroaction sensuelle : l'argent générait du plaisir, et le plaisir aiguisait mon désir pour l'argent.
Les nuits, je ne dormais pas. Je me formais. Dans des cybercafés aux néons blafards, l'odeur du café brûlé et de la poussière surchauffée remplissant mes narines, j'apprenais. La fraîcheur du clavier sous mes doigts était un autre type de caresse. J'étudiais les VPN, le chiffrement, le dark web. Chaque ligne de code assimilée était un voile de plus posé sur mon identité, un vêtement que je devais porter à chaque fois pour me livrer, anonyme, à ma passion secrète. Dépenser mon argent magique. La sueur perlant sur mon front n'était pas seulement due à l'effort, mais à l'excitation de me savoir en train de construire ma forteresse d'ombre.
Au bout de ce premier mois, alors que je rentrais, la peau encore imprégnée du parfum d'ylang-ylang d'un spa, je me suis arrêté devant la machine, ma machine. Les veines lumineuses battaient plus vite, leur pulsation ambrée presque frénétique. Une tension nouvelle émanait de l'appareil. J'ai approché ma main, non pas pour prendre l'argent, mais pour poser ma paume à plat sur son capot.
Le métal était tiède, presque vivant.
Un frisson m'a parcouru l'échine. Le centième jour approchait. La promesse d'un zéro supplémentaire. Une intensification. Une nouvelle fréquence.
Je me suis senti durcir, non pas de peur, mais d'un désir brut. Le jeu devenait plus dangereux, plus excitant. Le ronronnement de la machine semblait maintenant résonner en moi, un appel bas et profond qui se mêlait au battement de mon sang. Dix euros par minute. C'était plus qu'hier, moins que demain.
Le centième jour arriva avec la précision implacable d'un mécanisme d'horlogerie suisse. À minuit pile, les veines ambrées de Raider palpitèrent d'un éclat violent, presque douloureux, inondant la chambre d'une lumière dorée et pulsatile. Le ronronnement habituel se transforma en un vrombissement profond, un grondement de fauve qui sembla faire vibrer l'air lui-même. Puis, le premier billet émergea.
Son premier son fut un soupir. Un doux ronronnement mécanique qui semblait naître du centre même de l'appareil. Puis, avec une lenteur exquise, un billet de cinq euros a commencé à émerger de la fente frontale. Il n'a pas jailli, il a glissé, comme poussé par une main invisible et patiente. Le papier froissé a chatouillé le bout de mes doigts avant de se libérer complètement et de tomber sur le petit tas déjà formé.
Un euro par minute. Soixante par heure. La mathématique était simple, obscène. Mais la voir en action était autre chose. C'était une pulsion.
Je me suis assis sur le bord du lit, le cœur battant à un rythme primal. Je n'ai pas ramassé l'argent tout de suite. J'ai laissé la machine travailler, j'ai écouté son ronronnement devenir le battement de fond de la pièce. Chaque petit bourdonnement, chaque frémissement du métal était une promesse. Je sentais une chaleur monter dans mon bas-ventre, une anticipation torride. C'était mon secret. Mon pouvoir. Ma source.
Après une heure, soixante billets gisaient en désordre sur la table. Soixante promesses de plaisir. Je les ai pris dans mes mains, j'ai enfoui mon visage dans le papier. L'odeur de l'encre neuve, du papier frais, était un aphrodisiaque brutal. Ce n'était pas l'odeur de l'argent, mais celle de la liberté. Une liberté sensuelle, immédiate, sans compte à rendre.
Le premier mois fut une lente et voluptueuse exploration. Trente mille euros en liquide, empilés dans un coffre que je cachais sous une trappe dans le plancher. Chaque sortie était un rite. Je me perdais dans les magasins, les doigts parcourant les tissus soyeux d'un costume sur mesure, la surface lisse et froide d'un appareil électronique dernier cri, le grain du cuir d'un canapé profond. Chaque achat était une caresse, un orgasme consumériste consenti et assumé.
Je me suis offert des massages dans des instituts discrets, où des mains expertes ont modelé ma chair nouée par des années de tension. Allongé sur la table chaude, les huiles essentielles embaumant l'air, j'écoutais le souvenir du ronronnement de ma fascinante mécanique aux œufs d'or sur papier imprimé. Chaque pression des doigts du masseur sur mes muscles endoloris était synchronisée avec le son fantôme de la machine déversant sa manne. Le plaisir était physique, financier, fusionnel. C'était une boucle de rétroaction sensuelle : l'argent générait du plaisir, et le plaisir aiguisait mon désir pour l'argent.
Les nuits, je ne dormais pas. Je me formais. Dans des cybercafés aux néons blafards, l'odeur du café brûlé et de la poussière surchauffée remplissant mes narines, j'apprenais. La fraîcheur du clavier sous mes doigts était un autre type de caresse. J'étudiais les VPN, le chiffrement, le dark web. Chaque ligne de code assimilée était un voile de plus posé sur mon identité, un vêtement que je devais porter à chaque fois pour me livrer, anonyme, à ma passion secrète. Dépenser mon argent magique. La sueur perlant sur mon front n'était pas seulement due à l'effort, mais à l'excitation de me savoir en train de construire ma forteresse d'ombre.
Au bout de ce premier mois, alors que je rentrais, la peau encore imprégnée du parfum d'ylang-ylang d'un spa, je me suis arrêté devant la machine, ma machine. Les veines lumineuses battaient plus vite, leur pulsation ambrée presque frénétique. Une tension nouvelle émanait de l'appareil. J'ai approché ma main, non pas pour prendre l'argent, mais pour poser ma paume à plat sur son capot.
Le métal était tiède, presque vivant.
Un frisson m'a parcouru l'échine. Le centième jour approchait. La promesse d'un zéro supplémentaire. Une intensification. Une nouvelle fréquence.
Je me suis senti durcir, non pas de peur, mais d'un désir brut. Le jeu devenait plus dangereux, plus excitant. Le ronronnement de la machine semblait maintenant résonner en moi, un appel bas et profond qui se mêlait au battement de mon sang. Dix euros par minute. C'était plus qu'hier, moins que demain.
Le centième jour arriva avec la précision implacable d'un mécanisme d'horlogerie suisse. À minuit pile, les veines ambrées de Raider palpitèrent d'un éclat violent, presque douloureux, inondant la chambre d'une lumière dorée et pulsatile. Le ronronnement habituel se transforma en un vrombissement profond, un grondement de fauve qui sembla faire vibrer l'air lui-même. Puis, le premier billet émergea.
Ce n'était plus un billet de cinq euros.
C'était un billet de cinquante.
Il glissa hors de la fente avec une autorité nouvelle, épais, craquant, son papier plus rigide entre mes doigts. L'odeur était plus forte, plus âcre, plus intoxicante. Cinquante euros. Toutes les soixante secondes. Le flux était devenu une marée. La caresse, une étreinte.
Les deux mois suivants furent une frénésie. Six-cent milles euros en plus. J'obéis à mon plan. J'achetai de la puissance de calcul, des serveurs anonymisés dans des data-centers à l'autre bout du monde. Leurs ventilateurs hurlaient une symphonie numérique que je trouvais étrangement érotique. C'était la voix de mon empire naissant, le contrepoint industriel au ronronnement bestial de la machine. L'électricité qui parcourait ces ordinateurs était comme une extension de mon propre système nerveux, canalisant la puissance brute de l'argent en quelque chose d'immatériel, d'insaisissable.
Mais au quatrième mois, le vertige me gagna. Trois cent mille euros par mois... Je ne pouvais plus tout consommer. Et, je ne pouvais rien investir. Je ne voulais pas que cela se voit. L'argent remplissait des sacs, des valises. Son poids était devenu une anxiété palpable. Le plaisir solitaire de la consommation se mua en une pression sourde. Posséder un tel secret est une forme de pouvoir ; en posséder un trop grand est un arrêt de mort.
C'est là que l'idée naquit, non pas comme une stratégie, mais comme un besoin charnel, une pulsion de dispersion, une façon de survivre aussi à la possession d'un bien aussi lourd, sans pour autant y renoncer.
J'achetai les cartes en gros, des centaines. Des cartes « Joyeux Anniversaire » aux couleurs naïves, des « Bon Rétablissement » aux messages génériques. Leur papier bon marché contrastait sensuellement avec la texture des billets que j'y glissais. Deux cents, trois cents euros. Je prenais mon temps. Je pliais les billets avec soin, je les insérais dans la carte, et je scellais l'enveloppe. Chaque geste était une offrande, une préparation intime. La colle sur le rabat avait une odeur fade et sucrée qui se mêlait à celle, dominante, de l'encre des billets.
Puis venait la chasse.
La nuit, je devenais un fantôme. Je parcourais les villes endormies, les banlieues, les villages. Je choisissais les boîtes aux lettres au hasard, ou presque. Une avec un petit pot de fleurs, une autre avec un autocollant d'une équipe de foot, une troisième, modeste, dont la peinture s'écaillait. Je m'approchais, mes pas étouffés sur le bitume. La nuit était fraîche sur ma peau, contrastant avec la chaleur qui m'habitait.
Glisser l'enveloppe dans la fente était l'acte final. Un instant de contact furtif entre mon secret et leur vie ordinaire. Je ressentais une jouissance immédiate, presque coupable, à imaginer leur stupeur au matin. Le visage d'une mère qui pourrait s'offrir un répit, celui d'un étudiant qui pourrait payer ses livres, celui d'un retraité qui pourrait s'accorder un luxe. Je n'étais plus un consommateur ; j'étais un démiurge. Je distribuais du hasard, de la grâce, du chaos bienveillant. Chaque enveloppe livrée était un petit orgasme anonyme, un acte d'amour parfaitement désintéressé et pourtant profondément égoïste, car la puissance que je ressentais était mon véritable carburant.
Je voyageais en train, payant mes billets en cash, me fondant dans la foule. Le rythme des rails sous mes fesses, le paysage qui défilait, tout cela faisait partie du rituel. J'étais le porteur du feu, et chaque boîte aux lettres était une étincelle que j'allumais dans l'obscurité.
Au bout de deux cents jours, le vrombissement de la machine était devenu un rugissement continu. Trois millions par mois. La distribution devint une entreprise titanesque, épuisante, mais l'excitation ne faiblissait jamais. C'était une danse de plus en plus rapide, un corps-à-corps avec le destin. Je sentais l'argent couler de moi comme un fluide vital, et chaque donation était une extase qui me vidait et me remplissait à la fois.
Je posais parfois ma main sur ma machine, entre deux expéditions nocturnes. Le métal n'était plus tiède. Il était brûlant. Comme ma peau. Comme mon sang. La machine et moi ne faisions plus qu'un, un circuit fermé de désir et de dispersion, engendrant un plaisir si vaste et si dangereux qu'il en devenait sacré. Le prochain zéro approchait. Et je savais, avec une certitude viscérale, que si j'avais réussi jusque-là à enrichir le tout venant en restant discret, cela ne pourrait plus durer encore longtemps.
Au trois centième jour, la machine n'explosa pas. Elle accoucha. Le rugissement était si profond qu'il n'était plus tout à fait un son, mais une vibration qui faisait trembler la moelle de mes os. La lumière ambrée se condensa en un soleil miniature, aveuglant, au centre de la pièce. Et puis... les billets n'émergèrent plus un par un, mais par liasses, pressés les uns contre les autres, chauds et presque humides, comme s'ils venaient tout juste d'être imprimés par la sueur du métal en fusion.
Trente millions par mois.
La réalité que j'avais construite, ce délicat équilibre entre le don et l'ombre, vola en éclats. Les cartes d'anniversaire ? Une goutte d'eau dans un océan en ébullition. Je tentai de poursuivre, devenant une ombre hyperactive, distribuant des liasses entières dans des boîtes aux lettres, mais c'était comme vider la mer avec une cuillère. L'argent s'accumulait plus vite que je ne pouvais le disperser. Mon appartement se transforma en une grotte d'Ali Baba cauchemardesque, les murs semblaient suinter des billets. L'odeur était devenue écrasante, un parfum de papier et de pouvoir qui vous prenait à la gorge.
C'est là que la révélation me frappa, une nuit, alors que je trébuchais sur un sac de sport gonflé de billets. Je n'étais plus un homme. J'étais un système. Un organe secret au sein du corps économique. Et un organe qui ne fait que stocker est un organe malade, un cancer. Pour survivre, il fallait que je fonctionne. Que je circule. À l'échelle des nouveaux flux.
Le don anonyme en espèces était devenu insuffisant. Il fallait une artère plus large.
Je me souvins de mes nuits dans les cybercafés, de la froideur sensuelle des lignes de code. La puissance de calcul que j'avais achetée n'était pas qu'un jouet ; c'était un réseau nerveux. Je le réquisitionnai. Pendant des jours et des nuits, bercé par le ronflement bestial de la machine et le bourdonnement de mes serveurs, je devins architecte.
La machine ne créait plus de l'argent liquide mais des milliers de portefeuilles numériques fantômes, des entités sans visage nichées dans les replis de la blockchain. Puis, je mis au point un algorithme, une veine numérique. À intervalles aléatoires, il puisait dans la réserve de mes comptes électroniques. De là, l'argent était redirigé, comme par un système capillaire, vers des causes, des organisations, des individus.
Ce n'était plus du don. C'était une transfusion.
Je finançais des potagers communautaires à Naples, l'achat de manuels scolaires au Sénégal, le loyer d'un café associatif à Berlin, la dette médicale d'une famille à Detroit. L'argent ne touchait plus terre. Il fuyait de ma chambre, devenait pure énergie, un flux numérique et bienveillant qui contournait tous les systèmes. Je n'étais plus le Père Noël ; j'étais le Saint-Esprit de l'économie parallèle.
Le plaisir avait changé de nature. Il n'était plus dans le frisson du risque physique, dans le contact furtif avec une boîte aux lettres. Il était dans la contemplation froide et sensuelle des données. Sur un écran mural, des cartes du monde s'illuminaient de milliers de points lumineux, chacun représentant un flux, un battement de cœur financier. Chaque point qui s'allumait était une petite décharge de dopamine, une jouissance cérébrale et absolue. Je contrôlais tout, sans jamais être là. Je palpais le monde par procuration numérique.
Puis, vint le quatrième saut.
Quatre cents jours. Trois cents millions par mois.
Ce ne fut plus un flot, mais une éruption. Ma machine surchauffait, son métal devenait douloureux au toucher. Le son était maintenant un vacarme assourdissant, le hurlement d'une étoile en train de naître. L'air de la pièce était épais, chargé d'ozone et de l'odeur du papier neuf.
La transfusion devint un tsunami. Mon algorithme, poussé à son paroxysme, ne pouvait plus suivre. L'argent inondait les circuits que j'avais créés, menaçant de les faire imploser. Les points lumineux sur ma carte s'emballaient, clignotant dans une frénésie épileptique.
C'est à ce moment-là que les premiers articles apparurent. D'abord des faits divers locaux : "Un mystérieux bienfaiteur inonde la région d'argent." Puis des analyses économiques : "Afflux monétaire atypique, source non identifiée, risque inflationniste localisé." Un blogueur financier parla de "théorie monétaire fantôme". Un autre de "Keynésianisme anarchique".
Ils ne me cherchaient pas encore. Ils cherchaient le phénomène. Mais je sentais le filet se resserrer. Mon corps économique était devenu trop gros, trop bruyant. Il attirait les prédateurs, les banques centrales, les services secrets.
Je me tenais devant ma machine, le corps parcouru de tremblements, le visage ruisselant de la sueur que la chaleur de la machine faisait perler sur ma peau. La machine et moi étions devenus un seul être symbiotique, un dieu fiévreux et incontinent, créant et détruisant à une échelle qui me dépassait.
Le prochain zéro approchait. Trois milliards par mois.
Je posai ma main sur la coque brûlante de la machine, acceptant la douleur cuisante. Ce n'était plus du désir. C'était une fusion toxique. Un sourire que je ne contrôlais plus déforma mes lèvres.
Le cinq centième jour. Le dernier zéro.
Il n'y eut pas de son. Seul un silence de mort, lourd, étouffant, comme si l'univers retenait son souffle. Puis, la lumière. Les veines ambrées de la machine se dilatèrent, se fondirent, jusqu'à ce que la machine entière ne soit plus qu'un bloc de soleil liquide, pulsant à un rythme obscène. La chaleur était insoutenable, elle arrachait la sueur de ma peau, brûlait mes poumons.
Et puis, la machine jouit.
Ce fut un vomi, un torrent, une diarrhée explosive de grosses sommes d'argent déposées sur les comptes en banques de la planète entière. Ils jaillirent de la fente dans un geyser continu, en une masse compacte, gluante, encore chaude de la matrice mécanique. L'odeur n'était plus celle du papier neuf, mais celle du métal fondu, de l'ozone brûlé et d'une sueur sucrée, organique. L'argent avait une texture visqueuse, comme s'il était imprégné du lubrifiant vital de la machine.
Trois milliards par mois. Cent millions par jour. Le flot me frappa de plein fouet, m'envoyant valser en arrière. En une minute, j'étais enterré jusqu'à la taille. En cinq, jusqu'au cou. La pression était incroyable, écrasante, excitante. Les billets, abstraits, numériques mais qui traversaient tout mon être de leur puissance, me fouettaient le visage, se coinçaient dans ma bouche, mes narines. Je suffoquais, je riais, je jouissais dans mon pantalon, secoué de spasmes incontrôlables, chaque vague de billets nouveaux était une nouvelle vague de plaisir brut.
La pièce était pleine. Les fenêtres craquèrent sous la pression. La porte se bloqua. J'étais emmuré vivant dans un sarcophage de fric chaud et poisseux. L'orifice de la machine, distendu à l'extrême, n'était plus qu'un trou béant, un cervix métallique qui continuait à expulser sa progéniture de papier monnaie devenu monnaie numérique avec des soubresauts convulsifs. C'était immatériel et matériel à la fois. Cela n'avait plus de sens, n'est-ce pas ?
Mon esprit décrocha. La jouissance était devenue douleur, la douleur était devenue extase. Je n'étais plus un homme, ni un système. J'étais le réceptacle. Le godemiché humain d'une économie en rut. Je sentais chaque muscle de mon corps se contracter, se vider, se remplir à nouveau d'une énergie perverse. Le rythme de la machine était devenu mon propre rythme cardiaque, un battement de plus en plus rapide, plus violent, vers un point de non-retour.
Dehors, les sirènes hurlaient. Le monde avait senti l'éjaculation terminale. Les forces de l'ordre, les économistes, les curieux – ils étaient tous là, tentant de percer mon tombeau de billets. Leurs voix n'étaient plus que des murmures étouffés, le bruit de fond d'une masturbation collective autour de mon agonie.
Puis vint le grand spasme final.
La machine émit un grincement aigu, déchirant, le son d'un orgasme qui arrache l'âme. La lumière explosa, aveuglante, et le flux devint un unique projectile, un énorme fœtus de billets compressés, de métal fondu et de câbles arrachés qui traversa la pièce comme un missile et vint s'encastrer dans ma poitrine.
L'impact fut d'une violence inouïe. Mes côtes craquèrent. Ma bouche s'emplit d'un goût de cuivre et de sperme mécanique. Je sentis la chose, chaude et palpitante, fusionner avec mon sternum. La machine était morte, mais elle m'avait implanté son cœur.
Le silence retomba, brisé seulement par le crépitement des billets qui se tassaient.
Je gisais là, empalé sur le noyau de la machine, le corps brisé, baignant dans une flaque de mes propres fluides et de l'huile de la machine. Un dernier sourire tordit mes lèvres. Ils allaient me trouver. Ils allaient découvrir le dieu déchu et son dernier grand œuvre, une scène de crime économique et charnel d'une obscénité sans nom.
Ils ne comprendraient jamais. Ils croiraient à un fou, à un trafiquant, à un illusionniste.
Mais moi, je savais.
J'avais été possédé. J'avais possédé. J'avais été la machine et la machine avait été moi. Et dans cet accouplement final, brutal et trash, nous avons engendré le seul acte économique qui vaille : une jouissance pure, sans objet, sans raison, sans lendemain.
Le dernier billet, un cinq mille euros fantasque souillé de mon sang et de mon foutre, se décolla de l'appareil.
Puis, plus rien.
Il n'y eut pas de son. Seul un silence de mort, lourd, étouffant, comme si l'univers retenait son souffle. Puis, la lumière. Les veines ambrées de la machine se dilatèrent, se fondirent, jusqu'à ce que la machine entière ne soit plus qu'un bloc de soleil liquide, pulsant à un rythme obscène. La chaleur était insoutenable, elle arrachait la sueur de ma peau, brûlait mes poumons.
Et puis, la machine jouit.
Ce fut un vomi, un torrent, une diarrhée explosive de grosses sommes d'argent déposées sur les comptes en banques de la planète entière. Ils jaillirent de la fente dans un geyser continu, en une masse compacte, gluante, encore chaude de la matrice mécanique. L'odeur n'était plus celle du papier neuf, mais celle du métal fondu, de l'ozone brûlé et d'une sueur sucrée, organique. L'argent avait une texture visqueuse, comme s'il était imprégné du lubrifiant vital de la machine.
Trois milliards par mois. Cent millions par jour. Le flot me frappa de plein fouet, m'envoyant valser en arrière. En une minute, j'étais enterré jusqu'à la taille. En cinq, jusqu'au cou. La pression était incroyable, écrasante, excitante. Les billets, abstraits, numériques mais qui traversaient tout mon être de leur puissance, me fouettaient le visage, se coinçaient dans ma bouche, mes narines. Je suffoquais, je riais, je jouissais dans mon pantalon, secoué de spasmes incontrôlables, chaque vague de billets nouveaux était une nouvelle vague de plaisir brut.
La pièce était pleine. Les fenêtres craquèrent sous la pression. La porte se bloqua. J'étais emmuré vivant dans un sarcophage de fric chaud et poisseux. L'orifice de la machine, distendu à l'extrême, n'était plus qu'un trou béant, un cervix métallique qui continuait à expulser sa progéniture de papier monnaie devenu monnaie numérique avec des soubresauts convulsifs. C'était immatériel et matériel à la fois. Cela n'avait plus de sens, n'est-ce pas ?
Mon esprit décrocha. La jouissance était devenue douleur, la douleur était devenue extase. Je n'étais plus un homme, ni un système. J'étais le réceptacle. Le godemiché humain d'une économie en rut. Je sentais chaque muscle de mon corps se contracter, se vider, se remplir à nouveau d'une énergie perverse. Le rythme de la machine était devenu mon propre rythme cardiaque, un battement de plus en plus rapide, plus violent, vers un point de non-retour.
Dehors, les sirènes hurlaient. Le monde avait senti l'éjaculation terminale. Les forces de l'ordre, les économistes, les curieux – ils étaient tous là, tentant de percer mon tombeau de billets. Leurs voix n'étaient plus que des murmures étouffés, le bruit de fond d'une masturbation collective autour de mon agonie.
Puis vint le grand spasme final.
La machine émit un grincement aigu, déchirant, le son d'un orgasme qui arrache l'âme. La lumière explosa, aveuglante, et le flux devint un unique projectile, un énorme fœtus de billets compressés, de métal fondu et de câbles arrachés qui traversa la pièce comme un missile et vint s'encastrer dans ma poitrine.
L'impact fut d'une violence inouïe. Mes côtes craquèrent. Ma bouche s'emplit d'un goût de cuivre et de sperme mécanique. Je sentis la chose, chaude et palpitante, fusionner avec mon sternum. La machine était morte, mais elle m'avait implanté son cœur.
Le silence retomba, brisé seulement par le crépitement des billets qui se tassaient.
Je gisais là, empalé sur le noyau de la machine, le corps brisé, baignant dans une flaque de mes propres fluides et de l'huile de la machine. Un dernier sourire tordit mes lèvres. Ils allaient me trouver. Ils allaient découvrir le dieu déchu et son dernier grand œuvre, une scène de crime économique et charnel d'une obscénité sans nom.
Ils ne comprendraient jamais. Ils croiraient à un fou, à un trafiquant, à un illusionniste.
Mais moi, je savais.
J'avais été possédé. J'avais possédé. J'avais été la machine et la machine avait été moi. Et dans cet accouplement final, brutal et trash, nous avons engendré le seul acte économique qui vaille : une jouissance pure, sans objet, sans raison, sans lendemain.
Le dernier billet, un cinq mille euros fantasque souillé de mon sang et de mon foutre, se décolla de l'appareil.
Puis, plus rien.
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Commentaires ()
Je m'attendais à un texte érotique, et en fait c'en est un: jouissance, extase, orgasme qui se termine ,non par la petite mort, mais par la grande.
Quelle imagination diabolique tu as, cher auteur!
C'est une merveille de dystopie que tu nous as construite ,comme une dentelière, mais avec une accélération exponentielle.
Tu a utilisé un programme def suite géométrique pour évaluer la progression des valeurs? Ou tu es assez doué en maths pour avoir fait le calcul à la main?
Voici le meilleur texte que je trouve ici, je vais te faire de la pub sur le forum.
Et je t'envoie un MP
Ce texte est formidable !
Et d’ailleurs c’est intéressant ce rapport à l’argent qu’à le narrateur qui finit par posséder trop pour se complaire dans une forme d’égoïsme et cherche à faire le bien autour de lui à la mesure de ses moyens de plus en plus vastes.