Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Projet phenix — Chapitre 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Projet phenix
Chapitre 3
Tome 1 – Chapitre 6 : La punition
Huit mois dans l'unité.
Les corps étaient des machines maintenant : muscles d'acier, endurance de marathonien, souplesse de gymnaste. Les chronos tombaient chaque semaine – marche en trois heures, parcours du combattant en douze minutes.
Mais les hormones rongeaient en silence : peau plus sensible, colères soudaines, fatigue qui frappe sans prévenir.
Les corps étaient des machines maintenant : muscles d'acier, endurance de marathonien, souplesse de gymnaste. Les chronos tombaient chaque semaine – marche en trois heures, parcours du combattant en douze minutes.
Mais les hormones rongeaient en silence : peau plus sensible, colères soudaines, fatigue qui frappe sans prévenir.
Ce jour-là, erreur collective.
Nico avait laissé traîner une arme pendant l'exercice de tir. Duval l'avait vu.
Pas de pardon.
Nico avait laissé traîner une arme pendant l'exercice de tir. Duval l'avait vu.
Pas de pardon.
Duval aligna l'unité au crépuscule. Terrain extérieur. Vent froid qui fouette.
— Erreur d'un, punition pour tous ! aboya-t-il. « Combat corps à corps. En duo. Sans règles. Vous vous affrontez jusqu'à ce qu'un craque. Le perdant : isolement vingt-quatre heures. Pas de bouffe. Pas d'eau. »
Les regards se croisèrent. Peur dans les yeux de Tom. Lucas blêmit.
Duval désigna les paires au hasard.
— Alex contre Émile !
Alex sentit son estomac se nouer. Émile aussi.
Ils s'étaient entraînés ensemble, aidés, soutenus. Pas affrontés.
Ils s'étaient entraînés ensemble, aidés, soutenus. Pas affrontés.
Au centre du cercle. Torse nu. Peau luisante de sueur froide.
— Commencez ! hurla Duval.
Émile attaqua d'abord – feinte basse, coup de poing haut. Rapide, souple.
Alex bloqua, riposta d'un crochet au flanc. Impact sourd. Émile grogna, recula.
Alex bloqua, riposta d'un crochet au flanc. Impact sourd. Émile grogna, recula.
— Plus dur ! cria Duval. « Vous êtes des soldats, pas des copains ! »
Ils enchaînèrent. Prises au sol. Étranglements. Coups qui claquent.
Alex plaqua Émile au sol, genou sur la poitrine. Émile se tortilla, souple comme une anguille, inversa la prise.
Bras tordu. Douleur lancinante.
Alex plaqua Émile au sol, genou sur la poitrine. Émile se tortilla, souple comme une anguille, inversa la prise.
Bras tordu. Douleur lancinante.
Le cercle murmurait. Tom pleurait déjà dans son duel. Lucas saignait du nez.
Alex murmura entre ses dents : « Tape pas. Résiste. »
Émile répondit d'un regard : « Toi non plus. »
Mais Duval vit.
— Arrêtez de retenir ! Ou j'ajoute une semaine d'isolement !
Ils durcirent. Un coup d'Émile fendit la lèvre d'Alex. Sang chaud.
Alex riposta – coup de coude au sternum. Émile toussa, yeux larmoyants.
Alex riposta – coup de coude au sternum. Émile toussa, yeux larmoyants.
Le lien craquait. Chaque impact faisait mal au-delà du physique.
Étaient-ils amis ou ennemis maintenant ?
Étaient-ils amis ou ennemis maintenant ?
Émile tapa le sol enfin. Soumission. Souffle court.
Duval siffla la fin pour tous.
— Émile en isolement ! Les autres : pompes jusqu'à l'aube.
Alex aida Émile à se relever avant qu'on l'emmène. Main serrée.
— Tiens bon.
Émile hocha la tête, voix cassée : « Toi aussi. On est Phénix. »
Cette nuit-là, pompes collectives. Bras qui tremblent. Épaules qui lâchent.
Alex pensa à Émile seul dans le noir, sans eau. Inquiétude qui ronge.
Et si ça brisait tout ?
Alex pensa à Émile seul dans le noir, sans eau. Inquiétude qui ronge.
Et si ça brisait tout ?
Tome 1 – Chapitre 7 : Les Départs
Deux semaines plus tard.
L'entraînement ne pardonnait plus. Chronos impossibles : cinquante kilomètres en cinq heures, combats enchaînés sans pause.
Certains craquaient.
Réunion du matin. Duval et Véra alignés devant l'unité. Colonel Laurent en observation.
Duval lut une liste. Voix neutre.
L'entraînement ne pardonnait plus. Chronos impossibles : cinquante kilomètres en cinq heures, combats enchaînés sans pause.
Certains craquaient.
Réunion du matin. Duval et Véra alignés devant l'unité. Colonel Laurent en observation.
Duval lut une liste. Voix neutre.
— Tom. Nico. Paul. Vous ne tenez pas le rythme. Punitions accumulées. Chronos en dessous. Vous partez.
Tom fondit en larmes. Nico serra les poings. Paul baissa la tête.
— Pas virés, précisa Véra. « Transférés. Unités standards. Légion ou infanterie. Vous servirez la France ailleurs. Mais pas ici. Phénix demande les meilleurs. »
Les trois furent escortés. Sacs faits en dix minutes. Voiture noire qui les emporte.
Le reste de l'unité : silence lourd.
Moins de vingt maintenant. Plus serrés.
Alex et Émile se regardèrent.
Ils avaient soutenu ces gars. Aidé aux chronos. Partagé les punitions.
Le reste de l'unité : silence lourd.
Moins de vingt maintenant. Plus serrés.
Alex et Émile se regardèrent.
Ils avaient soutenu ces gars. Aidé aux chronos. Partagé les punitions.
— Ça pourrait être nous, murmura Émile pendant la pause.
Alex secoua la tête. « Non. On est plus forts. Ensemble. »
Mais l'inquiétude planait. Duval poussait plus dur. Véra notait chaque faiblesse.
Et les hormones amplifiaient tout : doutes, fatigue, liens qui se tendent comme des cordes prêtes à rompre.
L'unité se resserrait. Charisme d'Alex et Émile inspirait les survivants.
Mais à quel prix ?
Mais l'inquiétude planait. Duval poussait plus dur. Véra notait chaque faiblesse.
Et les hormones amplifiaient tout : doutes, fatigue, liens qui se tendent comme des cordes prêtes à rompre.
L'unité se resserrait. Charisme d'Alex et Émile inspirait les survivants.
Mais à quel prix ?
Tome 1 – Chapitre 8 : Survie Sauvage
Neuf mois dans Phénix.
L'entraînement durcissait. Duval et Véra avaient annoncé le tournant : plus de simulations. Du réel.
L'entraînement durcissait. Duval et Véra avaient annoncé le tournant : plus de simulations. Du réel.
— Demain, stage survie, avait aboyé Duval la veille. « Deux semaines en forêt. Pas de bouffe. Pas d'eau fournie. Vous chassez, vous filtrez, vous survivez. Maniement armes inclus : fusils, couteaux, pièges. Si vous crevez, tant pis pour vous. »
Le Colonel Laurent avait approuvé d'un signe de tête.
— C'est l'armée. Pas une colonie de vacances. Prouvez que vous méritez de rester.
Le jour J. Largués en hélico dans les Cévennes. Forêt dense, rivières traîtres, nuits froides.
Quinze recrues. Sac minimal : couteau, corde, fusils d'entraînement chargés à blanc pour les drills.
Première semaine : enfer vert.
Pluie incessante. Boue qui aspire les bottes. Faim qui ronge les tripes.
Alex et Émile en duo naturel.
Ils construisirent un abri de branches. Filtrèrent l'eau d'un ruisseau avec du charbon improvisé.
Quinze recrues. Sac minimal : couteau, corde, fusils d'entraînement chargés à blanc pour les drills.
Première semaine : enfer vert.
Pluie incessante. Boue qui aspire les bottes. Faim qui ronge les tripes.
Alex et Émile en duo naturel.
Ils construisirent un abri de branches. Filtrèrent l'eau d'un ruisseau avec du charbon improvisé.
— Feu d'abord, murmura Alex, frottant deux silex. Étincelles. Flamme faible.
Émile alimenta. « Bien joué. Maintenant, pièges pour lapins. »
Duval patrouillait, invisible mais présent.
Duval patrouillait, invisible mais présent.
— Maniement armes ce soir ! Assemblage fusil à l'aveugle !
Nuit tombée. Fusils démontés. Yeux bandés.
Alex tâtonna les pièces. Doigts engourdis par le froid. Clic. Monté en deux minutes.
Émile juste après.
Mais Lucas rata. Pièce tombée.
Punition : veiller toute la nuit, fusil sur l'épaule.
Deuxième semaine : pire.
Froid qui mord. Faim qui affaiblit.
Un exercice : traque simulée. Tirer sur cibles mouvantes avec armes réelles – balles en caoutchouc.
Alex toucha cinq sur six. Rapide, précis.
Émile quatre. Souple dans les buissons.
Mais Tom craqua. Cheville tordue sur une racine. Fièvre.
Duval évacua trois autres : trop faibles, chronos armes foireux.
Retour base. Quinze devenus douze.
Corps amaigris, mais durs. Endurants.
Alex et Émile se regardèrent dans le miroir du dortoir.
Plus minces, mais plus forts.
Alex tâtonna les pièces. Doigts engourdis par le froid. Clic. Monté en deux minutes.
Émile juste après.
Mais Lucas rata. Pièce tombée.
Punition : veiller toute la nuit, fusil sur l'épaule.
Deuxième semaine : pire.
Froid qui mord. Faim qui affaiblit.
Un exercice : traque simulée. Tirer sur cibles mouvantes avec armes réelles – balles en caoutchouc.
Alex toucha cinq sur six. Rapide, précis.
Émile quatre. Souple dans les buissons.
Mais Tom craqua. Cheville tordue sur une racine. Fièvre.
Duval évacua trois autres : trop faibles, chronos armes foireux.
Retour base. Quinze devenus douze.
Corps amaigris, mais durs. Endurants.
Alex et Émile se regardèrent dans le miroir du dortoir.
Plus minces, mais plus forts.
— On a tenu, souffla Émile.
Alex hocha la tête. « Et ce n'est que le début. »
Duval passa ce soir-là.
Duval passa ce soir-là.
— Bien, les survivants. Mais durcissez encore. Le vrai combat arrive.
Tome 1 – Chapitre 9 : Les Hormones et les Départs
Un mois plus tard.
Les hormones agissaient. Peau plus douce. Émotions en vrac – colères soudaines, larmes refoulées. Poitrine qui gonfle légèrement sous les t-shirts. Voix qui monte un peu.
L'unité sentait le changement. Murmures dans le dortoir.
Les hormones agissaient. Peau plus douce. Émotions en vrac – colères soudaines, larmes refoulées. Poitrine qui gonfle légèrement sous les t-shirts. Voix qui monte un peu.
L'unité sentait le changement. Murmures dans le dortoir.
— Bientôt, on sera... différents.
Duval et Véra appelèrent cinq recrues au bureau du Colonel.
Alex et Émile n'étaient pas dans le lot. Mais Lucas oui. Et deux autres qu'ils avaient soutenus.
Réunion générale après.
Le Colonel Laurent, voix ferme.
Alex et Émile n'étaient pas dans le lot. Mais Lucas oui. Et deux autres qu'ils avaient soutenus.
Réunion générale après.
Le Colonel Laurent, voix ferme.
— Cinq d'entre vous partent. Transférés dans d'autres corps d'armée : Légion, infanterie, paras. Vous avez tenu le rythme, mais les hormones avancent. Avant que ça devienne trop visible, vous servirez ailleurs. La France a besoin de vous là-bas.
Lucas serra la main d'Alex. Yeux humides.
— Merci pour tout. Sans vous, j'aurais craqué plus tôt.
Émile tapa dans le dos. « Sers bien le drapeau. On se reverra peut-être. »
Les cinq partirent le lendemain. Voiture noire. Sacs sur l'épaule.
Unité réduite à sept. Plus serrée. Plus déterminée.
Alex et Émile seuls dans le dortoir vide.
Les cinq partirent le lendemain. Voiture noire. Sacs sur l'épaule.
Unité réduite à sept. Plus serrée. Plus déterminée.
Alex et Émile seuls dans le dortoir vide.
— C'est dur, murmura Alex. « Perdre des frères comme ça. »
Émile hocha la tête. « Mais on reste. Pour Phénix. Pour la France. »
Duval hurla depuis le couloir :
Duval hurla depuis le couloir :
— Pas de temps pour les regrets ! Entraînement armes demain ! Durcissez ou cassez !
Les changements arrivaient.
Le vrai test commençait.
Le vrai test commençait.
Tome 1 – Chapitre 10 : Le Goulet de l'Enfer
Onze mois s'étaient écoulés depuis le début de leur transformation. Les hormones murmuraient encore en coulisse : peau plus sensible, seins naissants sous les bandages serrés, voix qui craquait parfois comme du verre sous la pression. Mais rien de tout cela ne transparaissait sous les treillis. Duval, avec la froide précision d'un horloger militaire, avait décidé de tester leurs limites avant l'entrée dans la phase féminine.
— Une épreuve extrême, avait-il annoncé la veille, le regard fixé sur les sept recrues alignées. « Le Goulet. Pyrénées. Trois jours, pas de sommeil. Portage de blessés simulés, combats en altitude. Tempête annoncée. Sept départs, sept survivants seulement. Les autres ? Transférés avant que les changements soient trop visibles. »
Ils furent largués par hélicoptère au lever du soleil, à deux mille cinq cents mètres d'altitude. Le sol était une mâchoire de roche glissante, le vent un hurlement continu qui semblait vouloir les découper vivants. Chacun portait un sac de quarante kilos, plus un mannequin « blessé » de vingt-cinq kilos, lié sur le dos comme un camarade tombé au combat.
La voix de Duval crachota dans la radio, métallique et sans appel :
— Objectif : sommet en quarante-huit heures. Traque mutuelle. Vous êtes ennemis entre équipes. Capturez le drapeau adverse. Blessure simulée = portage immédiat. Chute = élimination. Survivez, ou crèverez. Pour la France.
Sept recrues. Deux équipes de trois, et un duo libre : Alex et Émile.
Jour 1
La roche coupait les mains comme du verre brisé. L'altitude pompa l'air dès les premières foulées, transformant chaque inspiration en brûlure. Alex et Émile prirent la tête, leurs mouvements souples, presque fluides, malgré la charge inhumaine.
La roche coupait les mains comme du verre brisé. L'altitude pompa l'air dès les premières foulées, transformant chaque inspiration en brûlure. Alex et Émile prirent la tête, leurs mouvements souples, presque fluides, malgré la charge inhumaine.
— Reste près, souffla Alex en essuyant du revers de la main le sang qui perlait de sa paume entaillée. « On prend le flanc ouest. »
Émile hocha la tête, ses longues marches des mois passés lui avaient forgé des jambes d'acier. « Lucas et les deux autres suivent. On les couvre. »
Mais au premier goulet — une paroi verticale à quatre-vingts degrés — Lucas glissa. Le mannequin qu'il portait se détacha de son harnais. Il chuta de dix mètres avant de s'écraser sur un replat rocheux.
Alex plongea sans réfléchir. Émile le suivit.
— Je le porte ! grogna Alex en chargeant le mannequin sur son propre sac. Quarante-cinq kilos de poids mort qui tordaient ses vertèbres. Ses genoux tremblaient sous la charge.
Émile fixa la corde d'assurage, les doigts blanchis à force de serrer. « Pousse ! Pense au drapeau ! »
Lucas, désormais « blessé », gisait blême, les dents serrées. « Laissez-moi... je ralentis trop... »
Lucas, désormais « blessé », gisait blême, les dents serrées. « Laissez-moi... je ralentis trop... »
— Ferme-la ! aboya Émile. « Phénix porte ses frères ! »
Ils gravirent. Le vent giflait leurs visages, des pierres dévalaient autour d'eux comme des obus silencieux.
Deux heures plus tard, ils atteignirent un sommet intermédiaire. La tempête montait, le froid mordait jusqu'à la moelle.
Nuit 1
Pas de feu. Abrités sous un surplomb rocheux, ils se blottirent les uns contre les autres, tremblants. Alex serrait les mâchoires. Le froid, la fatigue, les hormones qui amplifiaient chaque douleur, faisaient affleurer des larmes qu'il refoulait par orgueil.
Pas de feu. Abrités sous un surplomb rocheux, ils se blottirent les uns contre les autres, tremblants. Alex serrait les mâchoires. Le froid, la fatigue, les hormones qui amplifiaient chaque douleur, faisaient affleurer des larmes qu'il refoulait par orgueil.
Émile écarta un pan de sa couverture de survie. « Tiens. Partage avec moi. »
Le contact de leurs peaux sous la toile fragile fut fugace mais brûlant.
Le contact de leurs peaux sous la toile fragile fut fugace mais brûlant.
— On va pas lâcher, souffla Alex, la voix rauque. « Pas après tout ça. »
Jour 2
La tempête faisait rage, le blanc absolu effaçait le monde. Visibilité nulle. Le portage était devenu double : le mannequin et Lucas, désormais considéré « inconscient » après un malaise suspect. Alex portait cinquante-cinq kilos. Ses poumons sifflaient comme des soufflets crevés.
La tempête faisait rage, le blanc absolu effaçait le monde. Visibilité nulle. Le portage était devenu double : le mannequin et Lucas, désormais considéré « inconscient » après un malaise suspect. Alex portait cinquante-cinq kilos. Ses poumons sifflaient comme des soufflets crevés.
Émile marchait en éclaireur, couteau à glace en main, taillant des marches dans la paroi. L'air lui-même semblait gelé, prêt à briser les bronches au moindre effort.
Soudain, l'autre équipe surgit du brouillard. L'embuscade fut brutale. Coups simulés à blanc, corps à corps en altitude, les gestes amplifiés par la fatigue et l'urgence.
Alex relâcha le portage une seconde — une erreur fatale. Un adversaire le plaqua au sol, poing dans le ventre, l'air coupé net.
Émile apparut comme une lame. D'une balayette parfaite, il projeta l'assaillant dans la neige. « Relève-toi ! » hurla-t-il à Alex.
Ensemble, ils neutralisèrent deux adversaires. Le troisième prit la fuite, drapeau arraché.
Émile apparut comme une lame. D'une balayette parfaite, il projeta l'assaillant dans la neige. « Relève-toi ! » hurla-t-il à Alex.
Ensemble, ils neutralisèrent deux adversaires. Le troisième prit la fuite, drapeau arraché.
Mais Lucas vomit. Un vrai malaise. Hypothermie naissante.
La voix de Duval grésilla dans la radio : « Évacuation pour lui. Et deux autres de l'autre équipe. Trop lents. Transférés demain. »
La voix de Duval grésilla dans la radio : « Évacuation pour lui. Et deux autres de l'autre équipe. Trop lents. Transférés demain. »
Ils n'étaient plus que cinq. Alex et Émile portèrent deux mannequins et Lucas jusqu'au camp. Jambes en bouillie, poumons en feu, vision trouble.
Jour 3
Le sommet final se dressait devant eux, paroi verglacée, ultime mur vertical.
Alex grimpa le premier, corde tendue entre ses doigts gourds. Il glissa. Chute contrôlée de cinq mètres, mais son épaule heurta la roche et se démancha dans un craquement sourd.
Le sommet final se dressait devant eux, paroi verglacée, ultime mur vertical.
Alex grimpa le premier, corde tendue entre ses doigts gourds. Il glissa. Chute contrôlée de cinq mètres, mais son épaule heurta la roche et se démancha dans un craquement sourd.
Émile le hissa sans un mot, les poignets prêts à lâcher sous la tension. « Ne tombe pas ! Résiste ! »
Alex grogna, la douleur irradiant dans tout le côté gauche. « Continue... drapeau... France... »
Alex grogna, la douleur irradiant dans tout le côté gauche. « Continue... drapeau... France... »
Il planta le fanion tricolore au pic. Le vent le fouetta comme un étendard vivant.
L'hélicoptère arriva pour l'extraction.
Retour à la base
Médecins, radiographie, épaule remise en place dans un cra sec, points de suture sur les mains et les côtes.
Duval les aligna : cinq survivants, visages creusés, yeux caves, mais debout.
Médecins, radiographie, épaule remise en place dans un cra sec, points de suture sur les mains et les côtes.
Duval les aligna : cinq survivants, visages creusés, yeux caves, mais debout.
— Vous avez tenu, dit-il, la voix rauque, presque fière. « Lucas et deux autres sont transférés. Leurs changements seront trop visibles bientôt. Ils serviront ailleurs, dans des unités adaptées. Vous, vous allez en phase suivante. Féminine. Mais d'abord, vous vous remettez. Vous êtes Phénix. Les meilleurs. »
Alex et Émile s'effondrèrent côte à côte à l'infirmerie, leurs corps lâchant prise dans un même épuisement.
— On l'a fait, murmura Émile, les paupières lourdes.
Alex, l'épaule bandée, esquissa une grimace qui aurait pu être un sourire. « Ensemble. Mais putain... ça fait mal. »
Vont-ils craquer avant la transformation ?
Le vrai enfer n'est pas fini.
Le vrai enfer n'est pas fini.
Tome 1 – Chapitre 11 : Le Miroir
Un an et demi déjà.
Les trois survivants se regardaient à peine dans les miroirs des douches, ces derniers mois. Ils savaient que quelque chose changeait, mais ils évitaient d'y penser. Ce matin-là, pourtant, plus moyen de fuir.
Elles étaient alignées dans la grande salle d'entraînement, encore en sueur de la course de l'aube. Duval marchait devant elles, lent, les mains dans le dos.
« Vous avez survécu à l'enfer que je vous ai fait vivre. Vous êtes dures. Rapides. Endurantes. Vous pourriez encore tenir tête à n'importe quel légionnaire.
Mais à partir d'aujourd'hui, le programme change. »
Il s'arrêta, les fixa une par une.
Elles étaient alignées dans la grande salle d'entraînement, encore en sueur de la course de l'aube. Duval marchait devant elles, lent, les mains dans le dos.
« Vous avez survécu à l'enfer que je vous ai fait vivre. Vous êtes dures. Rapides. Endurantes. Vous pourriez encore tenir tête à n'importe quel légionnaire.
Mais à partir d'aujourd'hui, le programme change. »
Il s'arrêta, les fixa une par une.
« Matins avec moi : physique, combat, armes. Comme avant. Je ne vous laisserai pas ramollir.
Après-midis avec le Commandant Véra : phase féminine. Vous apprendrez à devenir des armes qu'aucun homme ne verra venir. »
Véra s'avança. Tailleur noir impeccable, talons qui résonnent doucement. Elle posa sur chacune un regard presque tendre, mais tranchant.
« Et d'abord, les noms.
Après-midis avec le Commandant Véra : phase féminine. Vous apprendrez à devenir des armes qu'aucun homme ne verra venir. »
Véra s'avança. Tailleur noir impeccable, talons qui résonnent doucement. Elle posa sur chacune un regard presque tendre, mais tranchant.
« Et d'abord, les noms.
Plus de demi-mesure. Vous répondez à vos nouveaux prénoms dès maintenant.
Alex... tu es Alexandra.
Émile... tu es Émilie.
Sami... tu es Samia. »
Un silence lourd tomba.
Alex... tu es Alexandra.
Émile... tu es Émilie.
Sami... tu es Samia. »
Un silence lourd tomba.
Alexandra sentit l'air lui manquer une seconde. Émilie baissa les yeux sur ses mains, puis les releva, déterminée. Samia déglutit, hocha la tête.
Duval claqua dans ses mains.
Duval claqua dans ses mains.
— Assez de sentimentalisme ! En piste !
Matin
La routine reprit, brutale, familière.
Vingt-cinq kilomètres en forêt, sacs lourds, Duval qui hurlait dans leur dos.
Mais cette fois, les corps répondaient différemment : les hanches roulaient un peu plus, la poitrine, même bandée, pesait sur la respiration. La sueur coulait autrement sur la peau plus fine.
Mais cette fois, les corps répondaient différemment : les hanches roulaient un peu plus, la poitrine, même bandée, pesait sur la respiration. La sueur coulait autrement sur la peau plus fine.
Après la course, corps à corps sur le tapis.
Duval contre les trois.
Duval contre les trois.
Alexandra plongea la première, basse et souple, faucha les jambes. Émilie enchaîna par un étranglement latéral. Samia bloqua la riposte.
Duval finit au sol, souffle court.
Il se releva, un sourire fugace au coin des lèvres – chose rare.
Duval finit au sol, souffle court.
Il se releva, un sourire fugace au coin des lèvres – chose rare.
— Vous êtes toujours des tueuses. Bien. Gardez ça.
Elles sortirent de la salle à midi, épuisées, couvertes de bleus, mais fières.
Le contraste avec ce qui les attendait était violent.
Le contraste avec ce qui les attendait était violent.
Après-midi
La salle aux miroirs était calme, presque intime. Lumière tamisée, musique douce en fond – un piano lent.
Véra les attendait, assise sur une chaise haute, jambes croisées.
La salle aux miroirs était calme, presque intime. Lumière tamisée, musique douce en fond – un piano lent.
Véra les attendait, assise sur une chaise haute, jambes croisées.
— Déshabillez-vous jusqu'à la lingerie. Regardez-vous. Vraiment.
Elles obéirent, gênées d'abord.
Devant les grands miroirs, trois jeunes femmes apparurent.
Cheveux plus longs, visages adoucis, lèvres plus pleines, taille marquée, seins fermes sous la dentelle obligatoire. Jambes interminables. Peau lisse, presque lumineuse malgré les cicatrices d'entraînement.
Alexandra resta figée un instant.
C'était elle. Et ce n'était plus lui.
Un mélange de choc, de peur... et d'une étrange puissance.
Émilie s'approcha doucement, se plaça à côté d'elle.
C'était elle. Et ce n'était plus lui.
Un mélange de choc, de peur... et d'une étrange puissance.
Émilie s'approcha doucement, se plaça à côté d'elle.
Leurs regards se croisèrent dans le miroir.
— Tu es... belle, murmura Émilie, voix basse, presque intimidée.
Alexandra sentit ses joues chauffer. « Toi aussi. »
Véra interrompit le silence.
« Première leçon : la démarche.
Talons. Pas lents. Hanches naturelles. Regard droit. Vous ne marchez plus comme des soldats. Vous glissez. Vous attirez. Vous désarmez avant même d'ouvrir la bouche. »
Elle fit une démonstration : dos droit, épaules ouvertes, bassin qui ondule légèrement.
« Première leçon : la démarche.
Talons. Pas lents. Hanches naturelles. Regard droit. Vous ne marchez plus comme des soldats. Vous glissez. Vous attirez. Vous désarmez avant même d'ouvrir la bouche. »
Elle fit une démonstration : dos droit, épaules ouvertes, bassin qui ondule légèrement.
Les trois imitèrent. D'abord raides, maladroites. Puis, lentement, les corps se souvenaient des hormones, du nouveau centre de gravité.
Alexandra sentit le mouvement venir tout seul. Émilie aussi. Samia sourit pour la première fois de la journée.
Véra passa derrière elles, corrigea une épaule, un menton.
— Parfait. L'homme – ou la femme – que vous voudrez manipuler ne verra plus une menace. Il verra un désir. Et il baissera sa garde.
Deuxième leçon : la vulnérabilité.
Véra joua l'ennemi.
— Vous êtes prise. Vous devez obtenir des informations. Utilisez la fragilité.
Alexandra s'assit face à elle, épaules rentrées, voix douce, presque brisée.
— Je... je ne sais rien, je vous jure... j'ai peur...
Les larmes vinrent toutes seules – les hormones, la fatigue, tout.
Véra caressa sa joue, jouant le rôle.
— Chut... dis-moi tout et je te protège...
Alexandra sentit la scène devenir vraie une seconde.
Véra recula. « Excellent. Il aurait tout avoué. »
Véra recula. « Excellent. Il aurait tout avoué. »
Troisième leçon : la domination.
Émilie se leva. Posture ouverte, regard planté dans les yeux de Véra. Voix basse, assurée.
— Tu vas parler. Parce que je le veux. Et tu vas aimer me plaire.
Un sourire lent, carnassier.
Même Véra eut un frisson visible.
Même Véra eut un frisson visible.
À 18h, elles sortirent de la salle, jambes tremblantes – pas de fatigue physique, mais d'autre chose.
Un mélange d'épuisement mental, de découverte, de sensations nouvelles.
Un mélange d'épuisement mental, de découverte, de sensations nouvelles.
Dans le couloir, Émilie rattrapa Alexandra.
Elles marchaient côte à côte, en silence d'abord.
Puis Émilie effleura son bras.
Elles marchaient côte à côte, en silence d'abord.
Puis Émilie effleura son bras.
— Ça va, toi ?
Alexandra inspira profondément.
— Je sais pas encore. C'est... beaucoup. Mais on est toujours là. Toutes les trois.
Émilie sourit doucement.
— Et demain, Véra a dit qu'on commence la séduction tactile.
Alexandra sentit son cœur s'accélérer – peur ou attente, elle ne savait plus.
— Ensemble, alors.
Elles entrèrent dans le dortoir. Samia déjà allongée, yeux fermés, mais sourire aux lèvres.
Dehors, Duval hurlait déjà sur une autre section.
Dedans, trois jeunes femmes s'endormaient, corps soldats, âmes en pleine métamorphose.
Phénix changeait de peau.
Dehors, Duval hurlait déjà sur une autre section.
Dedans, trois jeunes femmes s'endormaient, corps soldats, âmes en pleine métamorphose.
Phénix changeait de peau.
Tome 1 – Chapitre 12 : Le Double Jeu
Matin – 05h15. Le terrain de Bourgogne, brouillard froid.
La sirène venait de retentir.
Sous les néons blafards du vestiaire, trois corps déjà en mouvement. Alexandra enfilait son treillis kaki, doigts agiles sur les boutons-pressions. Un instant d'hésitation, imperceptible : la coupe différait. Le pantalon épousait des hanches plus marquées, la veste était ajustée à la taille. Le treillis « féminin » – bien que toujours conçu pour le combat – leur avait été délivré la veille. Même le tissu semblait différent, plus souple, moins bruyant.
La sirène venait de retentir.
Sous les néons blafards du vestiaire, trois corps déjà en mouvement. Alexandra enfilait son treillis kaki, doigts agiles sur les boutons-pressions. Un instant d'hésitation, imperceptible : la coupe différait. Le pantalon épousait des hanches plus marquées, la veste était ajustée à la taille. Le treillis « féminin » – bien que toujours conçu pour le combat – leur avait été délivré la veille. Même le tissu semblait différent, plus souple, moins bruyant.
— PLUS LENTES QUE LA PLUIE, BANDE DE MOLLASSES !
Duval entra comme un obus, botte claquant sur le béton. Son regard balaya les trois jeunes femmes, cherchant la faille, la trace de l'élégance imposée l'après-midi. Il n'en vit aucune. Juste des soldats. Presque.
— Sacs de trente-cinq ! Parcours du combattant, version boue ! Chrono : vingt minutes. Dernière à passer la ligne : isolement. EN AVANT !
Dehors, le monde était gris et froid. La boue collait aux nouvelles bottes, plus légères. Alexandra sentait le tissu du treillis frotter différemment contre sa peau, glissant sur des courbes qui n'existaient pas un an plus tôt. Ce n'était pas une gêne. C'était une donnée à intégrer, comme le poids du sac ou l'angle de la corde.
Elle prit la tête, suivie par Émilie. Samia serrait les dents derrière. Le parcours était une traîtrise : mur glissant, fosse d'eau glacée, barbelés sous lesquels il fallait ramper, boue jusqu'au ventre.
Au mur, Alexandra bondit, attrapa la crête. Son centre de gravité, plus bas, lui donna une stabilité nouvelle. Elle se hissa d'un bras, propulsant son corps avec une puissance canalisée. Elle avait appris à utiliser ses hanches pour l'élan, pas à les combattre.
Émilie, plus fluide, l'imita. Samia, plus musculeuse, força le passage à l'ancienne, dépensant plus d'énergie.
Au mur, Alexandra bondit, attrapa la crête. Son centre de gravité, plus bas, lui donna une stabilité nouvelle. Elle se hissa d'un bras, propulsant son corps avec une puissance canalisée. Elle avait appris à utiliser ses hanches pour l'élan, pas à les combattre.
Émilie, plus fluide, l'imita. Samia, plus musculeuse, força le passage à l'ancienne, dépensant plus d'énergie.
Dans la fosse, l'eau glacée mordit la peau. Alexandra refoula un cri. Le tissu du treillis, trempé, plaqua contre son corps, révélant une silhouette qu'elle cherchait encore à oublier le matin. Elle vit le regard de Duval, analytique, froid. Il notait tout : leur façon de se relever, de courir, de porter le poids. Il ne cherchait plus la brute. Il cherchait l'efficacité hybride.
Dernière épreuve : le combat. Duval les fit s'affronter en round robin. Alexandra contre Samia.
Pas de douceur. Les coups claquaient, secs, précis. Alexandra utilisa la souplesse nouvelle de son buste pour esquiver un crochet, pivotant sur ses hanches pour riposter d'un coup de pied bas. Samia, plus statique, encaissa, grogna, tenta de la plaquer. Alexandra glissa comme une anguille, utilisant son poids réduit et son agilité accrue pour la déséquilibrer et la mettre au tapis.
Duval siffla la fin.
— Bien, Alexandra. Tu utilises ce qu'ils te donnent. Samia, tu te bats encore comme un homme plus lourd. Adapte-toi ou crève.
Le retour au vestiaire, suants, boueux, victorieux, était une transition brutale. La douche brève et collective était désormais un exercice de contrôle du regard. Elles se lavaient vite, dos tournés, préservant une intimité qui n'existait pas avant. Leur corps n'était plus neutre. Il était devenu à la fois un outil et un secret.
13h00. La Salle du Miroir.
L'atmosphère était un choc sensoriel après l'âpreté du matin. Lumière chaude, parfum discret de cire et de fleurs. Véra les attendait, vêtue d'un tailleur de soie gris perle, irréprochable.
L'atmosphère était un choc sensoriel après l'âpreté du matin. Lumière chaude, parfum discret de cire et de fleurs. Véra les attendait, vêtue d'un tailleur de soie gris perle, irréprochable.
Sur des présentoirs, trois tenues étaient préparées.
Non plus des tailleurs d'exercice, mais des uniformes « féminins » stricts, réglementaires, mais conçus pour souligner.
Non plus des tailleurs d'exercice, mais des uniformes « féminins » stricts, réglementaires, mais conçus pour souligner.
Pour Alexandra : une robe chemisier bleu marine, cintrée à la taille, jupe au genou.
Pour Émilie : un ensemble pantalon et veste en laine grise, coupé avec une précision militaire mais une élégance civile.
Pour Samia : un uniforme de steward de compagnie aérienne, sobre et autoritaire.
— Avant l'artifice, la structure, annonça Véra. « Un uniforme féminin n'est pas un déguisement. C'est une armure sociale. Il communique autorité, fiabilité, accessibilité, selon le code choisi. Il doit être parfait. Un ourlet de travers, un bouton lâche, trahissent plus qu'une arme mal dissimulée. »
Elle les fit se changer, puis les aligna devant les miroirs.
Alexandra se regarda. L'image était étrangère, mais terriblement cohérente. La femme dans le miroir avait la posture droite d'un soldat, mais la robe lui donnait une autorité différente, plus lisse, plus persuasive.
Véra passa derrière elle, redressa une épaule, fit resserrer une ceinture d'un millimètre.
Alexandra se regarda. L'image était étrangère, mais terriblement cohérente. La femme dans le miroir avait la posture droite d'un soldat, mais la robe lui donnait une autorité différente, plus lisse, plus persuasive.
Véra passa derrière elle, redressa une épaule, fit resserrer une ceinture d'un millimètre.
— Cette tenue dit : “Je suis une officielle compétente, approchable, mais ne vous y trompez pas.” Celle d'Émilie dit : “Je suis une cadre supérieure, efficace, un peu distante.” Celle de Samia dit : “Je suis là pour votre sécurité, faites-moi confiance.”
Puis vint l'étape redoutée.
Véra ouvrit une mallette professionnelle, révélant un arsenal de pinceaux, de fards, de crèmes.
Véra ouvrit une mallette professionnelle, révélant un arsenal de pinceaux, de fards, de crèmes.
— Le maquillage, dit-elle, « n'est pas de la peinture de guerre. C'est de la topographie appliquée au visage. On ne se “grime” pas. On sculpte la lumière, on redessine l'attention, on efface les traces de l'entraînement. »
Elle commença avec Alexandra, face à elles toutes.
— Teint. Vous avez des cicatrices, des cernes de fatigue. Une base fluide, légère, couvrante. On ne cache pas, on uniformise.
Son geste était chirurgical, rapide, efficace. Sous ses doigts, les dernières marques violettes du combat de la veille disparurent.
— Les yeux. Ils sont votre arme principale. On ne les alourdit pas. On les souligne. Un trait d'eye-liner liquide, parfaitement droit, allonge le regard, donne une impression de franchise et d'acuité. Une touche de khaki mat sur la paupière pour creuser l'orbite.
Alexandra sentait le pinceau frôler ses cils. L'effet dans le miroir était saisissant. Son regard, déjà perçant, devenait magnétique, presque hypnotique.
— Les lèvres. Pas de rouge agressif. Un rose naturel, satiné. Il attire le regard sur la bouche quand vous parlez, sans être provocateur. Il dit : “Je suis saine, je suis sincère.”
Elle répéta le processus sur Émilie, adaptant les couleurs à son teint plus chaud, puis sur Samia, optant pour un maquillage encore plus neutre, presque invisible.
— Maintenant, faites-le vous-mêmes. Chrono : cinq minutes. Vous devez pouvoir le faire dans les toilettes d'un train, d'un avion, avec une lampe de poche si nécessaire.
Ce fut un désastre initial. Les mains habituées à démonter un fusil tremblaient devant le petit pinceau. L'eye-liner partait en zigzag, le fond de teint était trop blanc ou trop orange.
Véra ne grondait pas. Elle corrigeait, calmement. « Pensez précision. Comme un tir à longue distance. Un geste sûr, fluide. »
Véra ne grondait pas. Elle corrigeait, calmement. « Pensez précision. Comme un tir à longue distance. Un geste sûr, fluide. »
Au bout d'une heure, Alexandra parvint à tracer un trait presque droit. Son visage dans le miroir lui renvoyait une image double : celle du soldat épuisé du matin, et celle de cette femme posée, crédible, l'œil acéré derrière l'élégance discrète.
Véra les fit ensuite marcher.
— La tenue et le visage imposent une démarche. La jupe limite l'amplitude. Les talons – bas, mais présents – modifient l'équilibre. Vous ne marchez plus, vous vous déplacez. Avec assurance. Regardez.
Elle montra : pas plus courts, dos droit, balancement contrôlé des hanches, non pas provocateur mais naturel, affirmant la possession de l'espace.
— Une femme en uniforme qui marche comme un homme est perçue comme agressive. Une femme qui marche comme un mannequin est perçue comme frivole. Vous devez trouver le juste milieu : l'autorité gracieuse.
La journée se termina par un exercice de présentation.
Alexandra, en robe chemisier et maquillage léger, devait expliquer un plan de sécurité fictif à Véra, qui jouait le rôle d'une diplomate réticente.
Elle sentait le tissu de la jupe contre ses jambes, le léger vernis sur ses ongles courts, le poids microscopique du maquillage sur sa peau. Chaque mot qu'elle prononçait était filtré par cette nouvelle enveloppe. Elle parlait fermement, mais avec un sourire qui ne quittait pas ses lèvres roses. Et elle vit, dans le miroir sans tain où Duval les observait, l'approbation rare dans son regard.
Alexandra, en robe chemisier et maquillage léger, devait expliquer un plan de sécurité fictif à Véra, qui jouait le rôle d'une diplomate réticente.
Elle sentait le tissu de la jupe contre ses jambes, le léger vernis sur ses ongles courts, le poids microscopique du maquillage sur sa peau. Chaque mot qu'elle prononçait était filtré par cette nouvelle enveloppe. Elle parlait fermement, mais avec un sourire qui ne quittait pas ses lèvres roses. Et elle vit, dans le miroir sans tain où Duval les observait, l'approbation rare dans son regard.
Le soir, dans leur chambre, le silence était épais.
Assise sur son lit, Alexandra frottait machinalement ses doigts, essayant d'effacer la sensation du fond de teint et du crayon. Émilie, debout devant le miroir, tournait la tête de droite à gauche, étudiant son profil.
Assise sur son lit, Alexandra frottait machinalement ses doigts, essayant d'effacer la sensation du fond de teint et du crayon. Émilie, debout devant le miroir, tournait la tête de droite à gauche, étudiant son profil.
— C'est comme une infiltration, murmura enfin Samia, rompant le silence. « Mais on s'infiltre dans un corps qu'on habite déjà. »
Alexandra leva les yeux, rencontra son regard dans le reflet.
— Duval nous prépare à combattre, dit-elle. « Véra nous prépare à... à entrer dans la pièce sans qu'on nous remarque, pour pouvoir mieux frapper. »
Elle baissa les yeux sur ses mains, qui avaient étranglé, frappé, manipulé des armes le matin, et tenu un pinceau avec une précision d'horloger l'après-midi.
— Le matin, on forge l'acier, murmura Émilie. « L'après-midi, on le polit pour qu'il ressemble à de la soie. »
Elles éteignirent la lumière, plongeant dans un noir où les fantômes du garçon qu'elles avaient été croisaient les silhouettes encore floues des femmes qu'elles devenaient. La ligne de front n'était plus sur un terrain. Elle traversait désormais chaque geste, chaque regard, chaque souffle. Elles étaient en guerre perpétuelle, et leur première mission de chaque jour était de conquérir leur propre reflet.
Tome 1 – Chapitre 13 : Maîtriser les Moteurs et les Cœurs
La dualité était désormais leur quotidien, une pendule infernale oscillant entre le rugissement des moteurs et le chuchotement de la séduction. Une nouvelle semaine s'ouvrait, marquant un saut dans la complexité de leur formation.
Matin – 06h00 : Le Champ de Manœuvres
L'aube était grise, l'odeur du diesel et de l'huile chaude remplaçant celle du pin et de la terre humide. Le Sergent-Chef Duval, les bras croisés sur son treillis taché de cambouis, se tenait devant une ligne hétéroclite de véhicules.
— Écoutez bien, recrues ! aboya-t-il, sa voix dominant le ronronnement des moteurs au ralenti. « Un agent qui ne peut pas fuir, poursuivre ou disparaître est un agent mort. Vous allez apprendre à faire parler le métal. Pas comme des pilotes de salon. Comme des extensions de votre propre corps. »
Le parcours était une anarchie de défis : une piste en terre bosselée, des slaloms entre des plots, une rampe d'accès à un semi-remorque, une zone de dérapage sur gravier, et une section « réparation express » avec des pneus crevés et des fusibles à remplacer.
— Première leçon : la 2CV.
Des rires étouffés fusaient. Duval foudroya les rieurs du regard.
— Elle est lente, capricieuse et fragile. Mais dans une ruelle médiévale ou sur un chemin de terre, elle est invisible. Elle vous apprend la douceur, l'anticipation. Contrôlez-la, ou elle vous enverra dans le fossé. Alexandra, à toi.
Alexandra s'installa sur la banquette crêpée. L'habitacle sentait la vieille toile cirée et l'essence. Elle démarra, le moteur toussotant. La direction était molle, la boîte de vitches fragile comme du verre. Au premier virage en épingle, elle força trop, manquant de faire un tonneau. Duval hurlait à sa fenêtre ouverte. Elle serra les dents, sentit le véhicule dans ses paumes, dans son assise. Au deuxième tour, elle avait compris. Elle anticipait, guidait la vieille voiture avec une précision de joaillier, glissant entre les plots avec un centimètre de chaque côté.
— Bien ! Maintenant, l'inverse. La BMW Série 5. Puissance et précision. Émilie !
Émilie s'installa dans le siège en cuir. Le moteur vrombit, une bête en cage. Elle dérapa volontairement dans la zone de gravier, contrôlant la glisse d'un contre-braquage instinctif, le visage impassible. Elle sentait la puissance à portée de pied, une arme à contrôler.
La progression était vertigineuse. Camionnette de livraison (pour se fondre dans le paysage urbain), 4x4 bourru pour le tout-terrain, moto cross (où Samia excella, trouvant dans l'équilibre sur deux roues un écho à sa nouvelle agilité), et enfin, l'épreuve reine : le semi-remorque.
— C'est une forteresse qui bouge, grogna Duval alors qu'Alexandra grimait dans la cabine surélevée. « Vous devez sentir ses douze mètres de long comme vos propres membres. Reculez entre ces deux barrières sans les toucher. »
La manœuvre était un supplice de concentration. Les rétroviseurs déformaient l'espace. Alexandra, la langue entre les dents, les mains moites sur le gros volant, inversa les commandes dans sa tête. Pivot, contre-pivot, regard aux miroirs, au sol, aux plots. La remorque recula, lente, majestueuse, et se cala dans l'espace avec une précision millimétrique. Un silence, puis le grognement approbateur de Duval.
La matinée culmina sur le simulateur de vol, une capsule close qui reproduisait les vibrations et les G. Pas pour en faire des pilotes de chasse, mais pour leur apprendre les bases : tenir un cap, atterrir en catastrophe, comprendre les instruments. Alexandra, le casque sur les oreilles, les yeux rivés aux cadrans lumineux, dompta la tempête virtuelle, la sueur coulant sur ses tempes. C'était un autre langage, une autre forme de puissance. Ici, elle commandait aux éléments.
À midi, elles sortaient du champ couvertes de poussière, d'huile, les oreilles encore bourdonnantes, les muscles vibrants des vibrations des moteurs. Elles sentaient le diesel dans leurs cheveux, la puissance brute dans leurs veines.
13h30 : Le Salon de l'Hôtel Particulier
Le contraste était délibérément violent. Elles étaient conduites non pas à la Salle du Miroir, mais dans un hôtel particulier parisien réquisitionné pour la journée, meublé avec un luxe discret et froid. Véra les attendait dans le grand salon, vêtue d'une robe en jersey gris perle d'une élégance intimidante.
— Débarrassez-vous de l'odeur de l'atelier, ordonna-t-elle simplement. Des serviettes chaudes parfumées au citron, des peignoirs de soie. Une transition forcée.
Une heure plus tard, transformées, elles se tenaient devant elle. Alexandra en tailleur-pantalon en lin crème et chemisier de soie, Émilie en robe fourreau vert émeraude, Samia en ensemble jupe et chemisier structuré. Le maquillage était « de jour sophistiqué » : teint parfait, yeux nuancés, lèvres en apparence naturelles mais impeccablement dessinées.
— Le matin, vous avez appris à dompter la mécanique, commença Véra, sa voix un filet de soie dans le silence feutré. « L'après-midi, vous apprendrez à dompter la psychologie la plus complexe et la plus imprévisible : le désir humain. Non pas pour le plaisir, mais pour l'accès, l'information, le contrôle. Vous allez apprendre à draguer. Hommes et femmes. »
Un frisson parcourut l'assistance. C'était différent de l'exercice entre elles. C'était l'inconnu, le terrain de l'autre.
— Première leçon : l'art de la conversation ciblée.
Véra désigna deux hommes et une femme, assis à l'écart. Des agents de la DGSE, spécialisés dans le contre-espionnage, jouant les rôles de cibles-types.
— Lui, dit-elle en montrant un homme d'une quarantaine d'années, costume strict, « est un diplomate de carrière, intellectuel, méfiant. Elle, » une femme d'une trentaine d'années, style « galeriste », « est une activiste idéaliste, émotive. Lui, » un homme plus jeune, look « entrepreneur tech », « est arrogant, assoiffé de reconnaissance. Vous devez, en dix minutes de conversation, identifier leur point d'orgueil, leur vanité cachée, et l'effleurer avec une phrase qui les met en confiance. »
Alexandra fut désignée pour le diplomate. Elle s'approcha, offrant un sourire poli, ni chaleureux ni froid. Elle l'écouta parler de géopolitique, ne le contredisant jamais, l'alimentant de questions précises. Elle repéra sa fierté : il se voyait comme un « honnête homme » des temps modernes, incompris. Vers la huitième minute, elle dit, en regardant son verre de Perrier : « On sent chez vous cette loyauté à des principes, malgré les compromis du métier. C'est... rare. » L'homme se raidit, puis son visage s'adoucit. Il avait mordu à l'hameçon de sa propre image flatteuse.
Émilie, face à l'entrepreneur, utilisa une autre tactique : la fascination feinte. Elle le laissa se vanter, les yeux légèrement écarquillés, murmurant des « incroyable » bien placés. Elle toucha son ego démesuré en disant : « Vous avez vraiment cette vision qui change la donne. La plupart des gens parlent, vous, vous agissez. » Il se rengorgea, offert.
Samia, avec l'activiste, opta pour la connivence. Elle parla écologie, injustice, avec une ferveur mesurée, trouvant le point sensible de l'indignation de la femme. « C'est épuisant, parfois, de se battre contre l'indifférence, non ? De sentir qu'on est les seuls à voir ? » L'activiste hocha la tête, les yeux brillants, trouvant en Samia une âme sœur de circonstance.
— Bien, commenta Véra après l'exercice. « Vous avez touché juste. Mais ce n'était que la parole. Maintenant, intégrez le langage du corps. »
Elle leur enseigna la science du micro-contact. La main qui effleure un avant-bras pour ponctuer une confidence. L'épaule qui frôle l'épaule en riant. Le croisement de regard tenu une seconde de trop, puis détourné avec une fausse timidité. Le fait de se pencher légèrement en avant, créant une bulle d'intimité.
— Avec un homme, souvent, il faut flatter son ego ou éveiller son instinct de protection. Avec une femme, souvent, il faut créer une alliance, une complicité, parfois une admiration teintée de défi. Mais ce sont des généralités. Vous devez lire votre cible. Adaptez-vous.
Le dernier exercice fut le plus intense. Un « cocktail » fut simulé. Une dizaine d'« invités » (agents) circulaient. Leur mission à toutes les trois : obtenir un code spécifique différent de trois cibles (un homme, une femme, un homme) en utilisant tous les outils – conversation, langage corporel, promesses voilées – sans jamais formuler la demande directement.
Alexandra enlaça une conversation avec un « banquier » froid. Elle joua la jeune professionnelle impressionnée mais non soumise, défiant ses opinions avec un sourire pour le provoquer intellectuellement, l'effleurant au bras quand il marquait un point. Il céda le code, flatté d'avoir « séduit » une femme d'esprit.
Émilie, pour obtenir le code d'une « héritière » snob, joua la muse admirative, buvant ses paroles, laissant planer un soupçon d'admiration romantique teintée de mélancolie. La femme, émue par cette « sensibilité », se confia et lâcha l'information.
Samia, face à un « militaire » en retraite, utilisa une tout autre corde : la franchise soldatesque, un brin de nostalgie pour « l'époque où le service avait du sens », un respect palpable. Il lui donna le code comme on passe le relais à un camarade.
À la fin de la journée, épuisées mentalement, elles étaient assises dans la voiture qui les ramenait à la base. L'odeur de leur parfum léger se mêlait à celle, tenace, de l'essence dans leurs ongles.
Samia, regardant Paris défiler, murmura : « C'est plus crevant qu'une marche de cinquante bornes. »
Émilie appuya sa tête contre la vitre froide. « Au moins, avec un moteur, tu sais à quoi t'attendre. Un sourire, un regard... c'est un champ de mines. »
Alexandra gardait le silence, les yeux dans le vague. Elle sentait encore le volant rugueux du semi-remorque dans ses mains, et le contact soyeux du chemisier du banquier sous ses doigts. Deux mondes, deux puissances. L'une bruyante, physique, immédiate. L'autre silencieuse, psychologique, insidieuse.
Duval leur forgeait des corps et des réflexes d'acier.
Véra leur forgeait des sourires et des regards de velours.
Et au carrefour de ces deux chemins de fer, elles devaient apprendre à exister, à devenir ces armes vivantes, aussi à l'aise pour déjouer un système de freinage que pour déjouer les défenses d'un cœur ou d'un ego. Leur véritable entraînement, celui qui ferait d'elles des Phénix, venait à peine de commencer.
Véra leur forgeait des sourires et des regards de velours.
Et au carrefour de ces deux chemins de fer, elles devaient apprendre à exister, à devenir ces armes vivantes, aussi à l'aise pour déjouer un système de freinage que pour déjouer les défenses d'un cœur ou d'un ego. Leur véritable entraînement, celui qui ferait d'elles des Phénix, venait à peine de commencer.
Tome 1 – Chapitre 14 : Reflets Intérieurs
La sirène du soir avait retenti depuis une heure. Le silence règnait dans le dortoir, mais c'était un silence plein, épais, chargé de tout ce qui n'avait pas été dit durant le jour.
Émilie était assise sur son lit, le dos contre le mur de béton. Elle tenait délicatement, comme un artefact explosif, le tube de rouge à lèvres « Rose Naturel » que Véra leur avait attribué ce jour-là. Elle le fit glisser, le regarda, le rabaissa.
— Tu crois qu'ils le font exprès ? demanda-t-elle sans préambule, la voix basse dans la pénombre.
Alexandra, allongée sur le ventre, releva la tête. « Faire quoi exprès ?
— Ce contraste. Le cambouis, le sang, la boue le matin... et la soie, la poudre, le parfum l'après-midi. C'est comme s'ils voulaient qu'on se sente... fendues en deux.
Samia, qui s'étirait sur un tapis au sol, cessa son mouvement. « Ils veulent qu'on maîtrise les deux mondes. Pour qu'on passe de l'un à l'autre sans un clignement d'œil.
— Oui, mais à quel prix ? insista Émilie. Elle posa le rouge à lèvres et leva ses mains devant son visage. Des mains encore marquées par les ampoules des cordes et les petites coupures du moteur, mais dont les ongles, aujourd'hui, étaient limés et recouverts d'une fine couche de vernis incolore. « Regardez ça. Ces mains ont serré un volant de semi ce matin. Cet après-midi, elles ont effleuré le revers d'un costume. Est-ce que ce sont les mêmes mains ? »
Un silence s'installa. C'était la première fois qu'elles osaient aborder le sujet frontalement, sans le détour des exercices ou des ordres.
— Le maquillage, dit finalement Alexandra en se redressant. Elle s'assit en tailleur, son visage nu, fatigué, étrangement jeune sans la « topographie » de Véra. « Au début, je détestais ça. C'était comme un masque humide. Une contrainte de plus. Mais aujourd'hui, quand j'ai tracé cet eye-liner... il était droit. Parfait. Et j'ai ressenti... une satisfaction. La même que quand je réussis un chrono. C'était technique. C'était une compétence acquise. »
— Mais est-ce que tu aimes ce que tu vois après ? chuchota Émilie.
— Mais est-ce que tu aimes ce que tu vois après ? chuchota Émilie.
Alexandra se tourna vers le petit miroir accroché au-dessus de son lavabo. Dans la lumière crue de l'ampoule, elle vit son reflet : les traits adoucis mais fermes, les yeux cernés mais intelligents, les cheveux coupés courts mais qui commençaient à boucler légèrement.
— Je ne sais pas, avoua-t-elle, et l'aveu lui coûta. « Parfois, quand Véra nous fait marcher, quand je sens la jupe autour de mes jambes et que je sais que mon mouvement est... harmonieux, je ressens une forme de puissance. Pas la même qu'après avoir mis Duval au tapis. Une autre. Plus silencieuse. Comme si je pouvais prendre possession d'un espace sans avoir à lever le poing. »
Samia eut un petit rire amer. « Moi, la jupe, ça me gave. Je me sens entravée. Le pantalon, même ajusté, c'est une liberté. Le maquillage... c'est de la camouflage. Utile. Rien de plus. » Elle se toucha la poitrine, instinctivement, un geste qu'elles faisaient toutes pour vérifier l'étanchéité de leurs bandages avant un exercice physique. « Ils nous donnent des corps de femmes et nous disent de les utiliser comme des armes. Mais est-ce qu'on est des femmes ? Ou est-ce qu'on est juste... des soldats dans des corps modifiés ? »
La question, lourde, tomba entre elles.
— Est-ce que... est-ce que tu préférerais être resté un homme ? demanda Émilie à Alexandra, en la fixant.
Alexandra ferma les yeux. Elle revit la cour de l'orphelinat, la pluie, les poings serrés, la sensation simple, brute, d'être Alex. Un garçon parmi les garçons, dans un monde de violence simple.
— C'était plus simple, murmura-t-elle. « Tout était à la surface. La rage, la faim, la peur. Maintenant... » Elle ouvrit les yeux, regardant ses mains. « Maintenant, tout est compliqué. Les émotions sont... liquides. Elles débordent. La colère est mêlée de tristesse. La fatigue est mêlée de je ne sais quoi. Et ce corps... il réagit. À un regard, à un contact. Parfois avec dégoût. Parfois avec... autre chose. Et ça, ça fait peur. »
Émilie hocha la tête avec ferveur. « Oui. Autre chose. Ce banquier, tout à l'heure. Quand je jouais à l'admirer. Il y a eu un moment où son regard s'est arrêté sur moi, et où j'ai senti... pas du plaisir, non. De la puissance. Le sentiment de tenir la ficelle. Et c'était troublant. Parce que c'était lié à ça, » dit-elle en désignant sa propre silhouette sous le tee-shirt. « À ce que je suis devenue. Pas à la force de mes poings. »
— Tu aimes ça ? questionna Samia, directe.
Émilie hésita longtemps. « Je... je n'aime pas le mot ‘aimer'. Je le maîtrise. Et il y a une forme de... de grâce, à maîtriser ça aussi. Comme un nouvel art martial. Mais est-ce que je me sens femme ? » Elle secoua la tête, perdue. « Je ne sais pas ce que ça veut dire, ‘se sentir femme'. Je me sens Émilie. Je me sens Phénix. Le reste... c'est un uniforme. Comme celui de Duval ou celui de Véra. »
Alexandra les regarda toutes les deux, ces deux visages devenus si familiers, si beaux dans leur vulnérabilité nocturne. « On nous a pris notre passé de garçons. On ne nous a pas donné un présent de femmes. On nous a donné une mission. Et cette mission a besoin d'un corps spécifique, d'un visage spécifique. »
— Alors on est des outils, conclut Samia, sans amertume, avec une lassitude factuelle. « Des outils qu'on affine matin et après-midi. »
— Peut-être, dit Alexandra. « Mais même un outil peut avoir une préférence. » Elle se leva, s'approcha du miroir. Elle prit le crayon à yeux sur son étagère, et d'une main redevenue ferme, elle traça, sans règle, sans guide, un trait net et parfait le long de sa paupière. Elle se recula, étudiant l'effet.
— Je ne sais pas si j'aime être une femme, dit-elle à son reflet. « Mais j'aime la précision. J'aime la maîtrise. Et ça... » Elle toucha du doigt le trait de khaki sur sa paupière, « ...ça demande une maîtrise folle. Tout comme piloter un semi. C'est peut-être là notre terrain d'entente. Pas dans le genre. Dans l'excellence. »
— Peut-être, dit Alexandra. « Mais même un outil peut avoir une préférence. » Elle se leva, s'approcha du miroir. Elle prit le crayon à yeux sur son étagère, et d'une main redevenue ferme, elle traça, sans règle, sans guide, un trait net et parfait le long de sa paupière. Elle se recula, étudiant l'effet.
— Je ne sais pas si j'aime être une femme, dit-elle à son reflet. « Mais j'aime la précision. J'aime la maîtrise. Et ça... » Elle toucha du doigt le trait de khaki sur sa paupière, « ...ça demande une maîtrise folle. Tout comme piloter un semi. C'est peut-être là notre terrain d'entente. Pas dans le genre. Dans l'excellence. »
Elle se retourna vers les autres. « On n'est plus des garçons. On ne sera peut-être jamais des femmes comme les autres. On est Phénix. Et Phénix, ça se forge dans le feu et... et dans la soie, apparemment. »
Un sourire fatigué, mais vrai, naquit sur le visage d'Émilie. Samia hocha lentement la tête.
C'était la seule réponse qu'elles avaient pour l'instant. Elles n'étaient ni d'un côté ni de l'autre. Elles étaient dans l'entre-deux, un no man's land identitaire qu'elles devaient occuper et défendre, car c'était là que se trouvait leur force unique. Et pour la première fois, en en parlant, la confusion ne les affaiblissait pas. Elle les liait un peu plus.
Elles éteignirent la lumière, et dans le noir, les fantômes d'Alex, d'Émile et de Sami se mêlèrent un peu plus aux silhouettes d'Alexandra, d'Émilie et de Samia. Ce n'était pas une fusion, pas encore. Mais c'était un début de cohabitation.
Tome 1 – Chapitre 15 : Ligne Rouge
La salle d'observation était une bulle de silence derrière le miroir sans tain du salon de l'hôtel particulier. Duval et Véra regardaient, immobiles, les trois jeunes femmes s'efforcer de « draguer » les agents sous couverture.
Les images étaient parlantes. Alexandra, trop technique, comme un mécanicien appliquant un manuel. Émilie, plus instinctive, mais avec des moments de recul presque imperceptibles. Samia, carrément en retrait, jouant la franchise pour éviter tout sous-texte.
Une fois les recrues parties, emmenées dans la voiture discrète, Véra laissa échapper un léger souffle.
— Elles progressent. Mais on touche à une limite.
Duval, adossé au mur, croisa les bras sur son torse massif. « Laquelle ? Elles ont le corps, elles ont les bases. Elles apprennent vite. »
— C'est justement le corps, répondit Véra, tournant un stylo entre ses doigts fins. « Elles ont physiquement seize ans. Mentalement, à cause de l'entraînement, elles en paraissent dix-neuf ou vingt. Mais légalement, moralement... il y a une ligne qu'on ne franchira pas. »
Duval comprit aussitôt. Il avait l'esprit aussi brut que ses méthodes, mais pas stupide. « L'entraînement avancé. Le passage à l'acte. L'utilisation du sexe comme outil. »
Véra hocha la tête. « Tout ce qu'on fait ici, Valérie y a réfléchi. Chaque étape. On les forge, on les transforme, on les manipule. Mais on ne les prostituera pas. Pas avant leur majorité. Pas avant qu'elles aient pleinement compris et accepté le poids de ce qu'on leur demande. C'est une ligne rouge. »
Duval gratta sa cicatrice à la mâchoire, l'air grognon. « C'est un handicap opérationnel. Une cible ne va pas attendre qu'elles aient dix-huit ans pour se laisser séduire. Et le jour où on les lâchera sur le terrain, si elles n'ont jamais pratiqué pour de vrai, elles vont se figer. Ou pire, craquer. »
— Je le sais, admit Véra, froide. « C'est pour ça qu'on leur enseigne la théorie. La psychologie, le langage corporel, la construction de légende, l'art de la promesse et du sous-entendu. On les habitue à l'idée. On les endurcit mentalement à la proximité, au contact, à la manipulation des désirs. On affine leur radar. Mais la pratique... »
— ... On la reporte, acheva une troisième voix, calme.
— ... On la reporte, acheva une troisième voix, calme.
Le Colonel Valérie Laurent était entrée sans bruit. Elle se tenait sur le seuil, observant le salon vide comme si elle y voyait encore l'écho des exercices.
— Le programme Phénix est déjà dans une zone grise éthique que peu de gens au-dessus de moi peuvent même concevoir, dit-elle en s'approchant. « Mais il a un cadre. Des règles. En faire des mineures sexuellement actives dans le cadre de leur formation serait franchir une ligne qui nous ferait basculer, à mes yeux et aux yeux de ceux qui fermeraient les yeux sur tout le reste, dans l'indicible. »
Elle posa un dossier sur la table. « Leurs prochains modules jusqu'à leur dix-septième année seront : cyber-surveillance, langues avancées (accent et argot), techniques de désinformation, et surtout, analyse profonde de cibles. Elles apprendront à déconstruire les désirs des autres, sans avoir à y répondre physiquement. »
Duval émit un grognement. « Elles vont ronger leur frein. Elles sentent bien que c'est la suite logique. »
— Et c'est très bien, rétorqua Véra. « La frustration peut être un moteur. Elle les poussera à maîtriser encore mieux l'art de l'esquive, de la suggestion, du leurre. À être créatives. Une arme qui ne sait séduire qu'au lit est une arme pauvre et prévisible. »
Le Colonel eut un mince sourire. « Exactement. On fait des artistes de l'ombre, pas des prostituées de luxe. La nuance est capitale pour leur intégrité future... et pour la nôtre. L'année qui vient sera celle de la finesse, de l'intellect, du contrôle absolu de la parole et du non-dit. Leur corps continue sa transformation. Laissez-le mûrir. Laissez leur esprit mûrir avec. »
Elle se dirigea vers la porte, puis se retourna.
— Et ça, c'est un ordre. Aucun exercice ne devra simuler un rapport sexuel ou une situation les mettant dans une position d'extrême vulnérabilité physique de cet ordre-là. Les contacts oui. La promesse oui. L'acte, non. C'est notre faille opérationnelle assumée. Et parfois, ajouta-t-elle avec une lueur glaciale dans les yeux, « assumer ses failles, c'est ce qui permet de ne pas se briser. »
Elle sortit, laissant Duval et Véra dans la pièce.
— Une faille assumée, répéta Duval en secouant la tête. « J'espère juste que cette faille, un jour, ne leur coûtera pas la vie. »
Véra rangea ses notes.
— Si c'est le cas, Sergent, alors cela signifiera qu'on aura échoué à leur apprendre l'essentiel : qu'une mission se gagne avec la tête, bien avant de se gagner avec le corps. Même un corps comme le leur.
Le miroir sans tain reflétait désormais une pièce vide, mais pleine de l'écho d'une décision éthique dans un monde qui en avait bien peu. Une ligne rouge venait d'être tracée, pour protéger, autant que possible, ce qui restait d'humanité dans les armes qu'ils étaient en train de forger.
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Commentaires ()
Ils ont tellement évolué, progressé qu'on en avait oublié que ce ne sont encore que des ados.
Je rappelle tout de même qu'enrôler de force des mineurs de moins de quinze ans dans l'armée est considéré comme un crime de guerre passible de la cour pénale internationale de La Haye.
Des fois que ça intéresserait quelqu'un.