Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Laisse-moi te guider — Chapitre 1 · Avant que tout commence
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Laisse-moi te guider
Chapitre 1 · Avant que tout commence
Avant de raconter ce qui s'est passé cette nuit-là, il faut que je parle de nous. Parce que sans voir nos corps, nos distances, nos proportions, rien de tout ça n'aurait vraiment de sens. Ce qui s'est joué entre Léa et moi ne vient pas d'un coup de foudre spectaculaire. Ça vient d'un contraste. D'une présence à côté d'une autre. De deux silhouettes qui ne semblaient pas faites pour occuper le même espace.
J'avais vingt ans à l'époque. Un mètre quatre-vingt-deux, soixante-dix-huit kilos, une carrure construite sans y penser, juste des années de sport qui avaient laissé des épaules larges et des bras solides. Rien d'impressionnant au sens mannequin du terme, mais une densité tranquille, le genre de physique qui prend naturellement de la place sur une chaise ou autour d'une table. On m'avait souvent dit que j'avais une voix calme, grave, posée, et une manière de parler qui rassurait les gens. Ce soir-là, j'étais habillé comme d'habitude : t-shirt sombre, manches roulées sur les avant-bras, jean brut, baskets fatiguées. Simple, efficace. Le genre de type qu'on ne remarque pas spécialement... jusqu'à ce qu'il s'asseye trop près.
Léa, elle, c'était l'exact opposé.
Dix-huit ans, première année de fac, à peine 1M62, 50 kilos, 90D. Fine, presque fragile au premier regard, comme si un coup de vent pouvait la plier en deux. Pourtant, son corps racontait autre chose. Des hanches rondes, une taille marquée, et surtout une poitrine beaucoup trop généreuse pour sa silhouette menue. Des courbes impossibles à ignorer, même quand elle essayait désespérément de les cacher sous des pulls trop grands ou des sweats informes. Le tissu tirait toujours un peu quand elle se penchait, comme s'il refusait de coopérer. Elle croisait souvent les bras sur elle sans s'en rendre compte, réflexe de protection plus que de confort.
Au lycée déjà, certains garçons avaient été lourds. Des regards insistants, des blagues idiotes murmurées trop fort. Alors elle avait appris à rentrer les épaules, à se voûter légèrement, à occuper le moins d'espace possible, comme si son propre corps l'embarrassait. Ses longs cheveux bruns, lisses, tombaient le long de son dos, attachés à la va-vite en une queue-de-cheval qui se défaisait sans arrêt. Elle repoussait les mèches derrière son oreille toutes les trente secondes. Pas maquillée. Jamais. Une peau claire, quelques taches de rousseur sur le nez, et de grands yeux noisette qui évitaient toujours les miens plus de deux secondes.
Elle n'était pas “sexy” au sens évident. Pas provocante. Pas calculée. Mais de près, elle devenait magnétique. Une douceur, une maladresse, quelque chose d'intact qui donnait envie de la protéger sans savoir pourquoi.
Un soir, en rangeant nos affaires, elle m'avait confié ça presque en s'excusant : un seul petit copain au lycée, quelques mois, des baisers maladroits et rien de plus. Jamais été plus loin. Jamais vraiment laissé quelqu'un découvrir son corps. Elle avait rougi en le disant, comme si c'était un aveu de faiblesse. Moi, j'étais resté silencieux, surpris de sentir mon cœur accélérer pour une raison aussi étrange.
La bibliothèque aurait déjà dû fermer quand tout a commencé.
Les néons diffusaient une lumière blanche et fatiguée, et l'air sentait le papier chaud et la poussière. La plupart des étudiants étaient partis. Le campus devenait silencieux, presque irréel à cette heure-là. On n'était plus que quelques silhouettes éparpillées entre les rayonnages, et elle, assise en face de moi derrière une pile de livres presque plus haute qu'elle.
Ses manches couvraient la moitié de ses mains pendant qu'elle écrivait. Elle mordillait son stylo en fronçant les sourcils, concentrée comme si sa vie dépendait de cet exercice. Moi, j'avais le manuel ouvert devant moi, mais je ne lisais plus vraiment. Je la regardais. Ses cheveux qui glissaient sur sa joue, sa bouche légèrement entrouverte quand elle réfléchissait, ses pieds sortis de ses baskets sous la table. Des détails minuscules. Ridicules. Mais impossibles à ignorer.
— T'as fini l'exercice ? demandai-je finalement.
Elle leva les yeux vers moi. Nos regards se croisèrent une seconde, peut-être deux, puis elle baissa aussitôt la tête, comme si le contact la brûlait.
— Pas vraiment...
Sa voix était douce, presque timide.
Je tendis la main vers sa feuille. Elle me la donna sans discuter. Ce geste simple me frappa plus que prévu : cette manière qu'elle avait de me faire confiance, de me laisser prendre les choses en main. Je me levai pour contourner la table et m'assis à côté d'elle plutôt qu'en face. C'était plus pratique pour expliquer, mais surtout, ça me rapprochait d'elle.
Mon épaule frôla la sienne. Mon genou toucha sa cuisse.
Elle se figea aussitôt. Pas un recul. Juste une respiration plus courte.
À cette distance, je sentais l'odeur propre de son shampoing. Quelque chose de léger, presque innocent. Mes épaules occupaient la moitié de son espace. À côté de moi, elle semblait minuscule.
— Tu réfléchis trop, murmurai-je. Laisse-moi te guider.
Elle hocha la tête immédiatement.
Sans discuter. Sans hésiter.
Ses yeux suivaient chacun de mes gestes pendant que j'écrivais sur sa feuille, comme si j'étais le seul point stable dans la pièce. Et je sentis cette chaleur étrange monter dans ma poitrine. Pas juste du désir. Quelque chose de plus profond. L'impression qu'elle s'abandonnait un peu, qu'elle me laissait décider pour deux.
Au fond de la salle, une porte claqua. Le dernier employé faisait sa ronde. La bibliothèque se vida complètement, et le silence devint dense, presque intime. Ma main reposait sur la table, à quelques centimètres de la sienne. Je voyais ses doigts trembler légèrement. Pourtant, elle ne les retirait pas, comme si elle attendait que je fasse le premier geste, comme si, depuis le début, elle m'autorisait à choisir pour elle, et pour la première fois de la soirée, l'air me sembla beaucoup trop chaud pour respirer.
Assis à côté d'elle, je compris très vite que je venais de faire une erreur. Pas une erreur logique, une erreur physique. On était beaucoup trop proches. La table de la bibliothèque n'était clairement pas prévue pour deux personnes côte à côte : mon épaule frôlait la sienne, ma cuisse pressait légèrement contre la sienne dès que je bougeais, et le tissu de son jean frottait contre le mien à chaque mouvement. Un contact minuscule, presque ridicule, mais constant. Impossible à ignorer.
Au début, elle s'était raidie. Je l'avais senti immédiatement, cette tension dans son corps, cette façon de retenir sa respiration comme si elle craignait de me toucher. Puis, peu à peu, elle s'était habituée. Ou peut-être qu'elle faisait juste semblant. Ses mains restaient posées bien sagement sur ses cuisses, cachées à moitié dans les manches trop longues de son pull, comme une élève appliquée. Cette posture presque enfantine contrastait violemment avec ses formes que le tissu peinait à dissimuler dès qu'elle se penchait sur la table.
Je me penchai pour écrire sur sa feuille, ma voix devenue naturellement plus basse pour ne pas briser le silence épais de la salle. Il ne restait presque plus personne autour de nous. On n'entendait que le bourdonnement des néons et le frottement de nos stylos. Elle suivait chacun de mes gestes avec une concentration troublante, les yeux fixés sur ma main comme si c'était la seule chose importante au monde.
— Tu vois, là t'as sauté une étape. Regarde, c'est plus simple comme ça.
Elle hocha la tête, docilement. Toujours cette manière de me laisser prendre le contrôle sans discuter. Comme si c'était naturel que je décide pour elle. Ses épaules restaient crispées, légèrement rentrées, comme si elle cherchait à se faire plus petite encore.
— T'es tendue, soufflai-je. Détends-toi.
Elle baissa les yeux, gênée. « J'ai pas l'habitude d'être aussi près des gens », murmura-t-elle. La phrase me frappa plus que prévu. Pas l'habitude. Comme si la proximité physique était quelque chose de rare, presque inconnu pour elle.
Sans réfléchir, je posai doucement ma main sur son poignet pour guider son stylo vers la feuille. Juste ça. Un geste banal. Presque académique. Pourtant, au moment où ma peau toucha la sienne, une chaleur me traversa tout le bras. Elle se figea net. Son souffle se coupa. Ses doigts se crispèrent dans le tissu de son pull, mais elle ne retira pas sa main. Elle la laissa sous la mienne, immobile, comme si elle attendait que je décide à sa place.
Je sentais sa respiration devenir irrégulière. Ses joues rosissaient. Ses lèvres restaient entrouvertes, comme si elle cherchait de l'air. Chaque détail, à cette distance, prenait des proportions absurdes : la douceur de sa peau, l'odeur propre de ses cheveux, la chaleur de sa cuisse contre la mienne. Je devenais beaucoup trop conscient de son corps, beaucoup trop conscient du mien.
— Lucas... murmura-t-elle soudain.
La première fois qu'elle disait mon prénom aussi bas, presque timidement. Pas pour m'appeler. Juste pour vérifier que j'étais là.
Je tournai la tête. Nos visages étaient si proches que je distinguais les petites taches de rousseur sur son nez. Son regard hésitait entre mes yeux et mes lèvres, complètement perdu. Elle ne reculait pas. Elle ne faisait rien pour mettre de la distance. Au contraire, elle semblait attendre, suspendue à ce que j'allais faire.
Ce n'était pas de la provocation. Pas du jeu. C'était de la confiance pure. Brutale. Le genre de confiance qui donne presque le vertige.
Au fond de la salle, une porte claqua. Le dernier employé quittait les lieux. On était désormais seuls. Ma main avait glissé contre la sienne sans que je m'en rende compte, et ses doigts s'étaient refermés très légèrement autour des miens. Un geste timide, presque accidentel, mais qu'elle ne chercha pas à corriger.
À cet instant, au milieu de cette bibliothèque vide, avec sa petite main chaude prisonnière de la mienne, je compris que réviser n'était plus du tout le problème.
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