Le Mont Kemukus
Chapitre 1
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le Mont Kemukus — Chapitre 1

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Le Mont Kemukus

Chapitre 1

L'air de Java, en Indonésie, est lourd. C'est une matière compacte qu'il faut traverser. Cela sent le diesel des nombreuses motos qui m'entourent et une odeur de pourriture. C'est bien loin de la qualité de l'air dont j'ai l'habitude. Je me tiens au milieu de ce tourbillon d'activité. Mes jointures blanchissent sur les sangles de mon petit sac à dos. Je suis au pied du Mont Kemukus. Il ne ressemble pas à une montagne, vu d'ici. C'est plus un vortex.
Une mer de gens se meut dans une lente procession hypnotique. Des milliers de personnes sont vêtues de sarongs aux couleurs éclatantes. Leurs têtes sont couvertes de songkoks tressés. C'est vraiment dépaysant. Leurs lèvres murmurent en continu des prières. C'est un bourdonnement continu, uniquement couvert par une sonorisation diffusant d'autres prières.
Le soleil se couche, donnant une lumière orangée à cette drôle de scène. Des torches à pétrole s'embrasent. Des volutes de fumée d'encens flottent entre les corps et au-dessus de la foule. L'odeur est entêtante. Je dirais un mélange de santal et d'un autre parfum fort, mais que je n'arrive pas à identifier. J'avance avec les autres. Mes vêtements me semblent un peu déplacés face à ces tenues presque d'apparat.
Sur internet, ils parlent d'un pèlerinage. Je ne suis pas pratiquante, même si mes parents m'ont baptisée lorsque j'étais bébé dans la religion catholique. Ici, il paraît que c'est une expérience culturelle unique. Mon guide de voyage est assez vague mais très poétique sur cet évènement qui a lieu tous les 35 jours lunaires. Rien n'indiquait l'intensité des regards où dévotion religieuse et désir se mêlent. Les hommes et les femmes s'observent, se scrutent tout en respectant le recueillement du moment.
Il y a des boutiques tout du long de la route que parcourt la foule. J'en profite pour acheter un sarong, pour faire plus couleur locale, même si je me détache clairement. Avec ma peau et mes cheveux clairs, je suis comme un phare au milieu de la mer. Le vêtement repose de façon maladroite sur mes hanches et recouvre mon pantalon. Je sens les nombreux regards que j'attire, certains curieux, d'autres plus insistants.
“Première fois ?” m'interpelle une voix douce et teintée d'un léger accent.
Je me retourne pour découvrir un homme, peut-être de l'âge de mon père, mais difficile à dire ici. Il se tient à quelques pas. Il porte un simple sarong marron et une chemise blanche. Son visage est bienveillant, même s'il semble assez fatigué, comme après une longue journée de travail.
Je hoche la tête avant de lui répondre : “C'est… évident ?”
Il sourit. Ce simple geste adoucit les rides autour de ses yeux. Il a l'air plus jeune ainsi.
“Un peu”, m'avoue-t-il. “Je suis Bapak Adi. Vous êtes venue seule ?"
“Oui !” affirmai-je en m'efforçant d'afficher une assurance que je n'ai pas. “Je suis Evelyne. Je voulais voir le pèlerinage. En vrai.”
“En vrai”, répète-t-il. Son regard parcourt la foule. “C'est bien des choses.”
Il porte un simple panier d'offrandes : des fleurs, de l'encens et quelques gâteaux de riz. Il parle vraiment bien français, c'est incroyable. J'en profite pour obtenir plus d'informations.
“Vous êtes venu avec votre famille ?” lui demandai-je, comme il est de coutume de le demander quand on rencontre des locaux.
“Ma femme”, me dit-il avec un regard plus sombre en désignant d'un signe de tête la masse compacte de corps qui commence à monter les marches de la colline. “Elle… se prépare. Nous venons chaque année, pour recevoir des bénédictions. Pour la prospérité de notre boutique.”
Il récite une prière à ces mots.
Je suis fascinée par ce lien entre tradition, leurs croyances et le monde actuel.
Adi me regarde. Il me détaille. J'en profite pour faire de même. Il semble être un homme qui assume ses devoirs. Il est bien différent des hommes que je connais. C'est émoustillant.
“Le rituel”, commence-t-il à m'expliquer en pesant ses mots, “ce n'est pas qu'une simple prière. C'est une question de… désir. Demander ce que l'on veut. Parfois, cette demande implique une… transaction.”
“Une transaction ?” lui demandai-je, étonné d'entendre ce mot.
“Avec les esprits. Entre nous”, continue-t-il.
Il marque une pause. Le murmure de la foule nous entoure. Il semble chercher à me faire comprendre quelque chose sans véritablement le dire.
“On vient chercher quelqu'un. Être avec quelqu'un. Pour ce soir. Cela fait partie de la tradition. Pour la fertilité. Pour la chance”, finit-il par dire.
Mes joues s'empourprent. Je comprends enfin avec un certain choc. Les regards prennent tout leur sens. L'atmosphère est chargée d'émotion. C'est la vérité crue que le guide papier et les sites internet ont omise. Je dois ressembler à un poisson hors de l'eau.
“Tu devrais faire attention”, me conseille Adi. Sa voix est d'une douceur presque douloureuse. “La montagne écoute. Et les gens d'ici… ils prennent très au sérieux ce qu'ils demandent.”
Soudain, une femme apparait au côté d'Adi. Elle l'enlace de manière possessive. Elle est petite. Son regard est perçant. Sa bouche est fine comme une ligne. Elle me dévisage de haut en bas. Un examen rapide et méprisant.
“Adi, viens. La file avance”, annonce-t-elle froidement.
Il la suit ou plutôt il se fait traîner. Il croise une dernière fois mon regard et me dit : “Fais attention.” La foule l'emporte loin de mon regard.
Je reste un instant immobile. Le poids de ses paroles m'accable. Je suis partie en voyage pour perdre mon innocence. C'est ce que je désire, n'est-ce pas? Quitter mon quartier protégé de Paris. Vivre la vie réelle, brute. Vivre un frisson, vif et dangereux. Oui, c'est la raison de ma venue ici. Alors je commence à monter les marches de pierre, polies par d'innombrables pas.
De part et d'autre du chemin, dans des alcôves ombragées, j'aperçois des offrandes qui me coupent le souffle. Entre les fleurs, les noix, les colliers, il y a des sculptures. Celle-là représente un couple en pleine action, ici un phallus, là une poitrine ou l'intimité d'une femme sous couvert d'une fleur… Je détourne le regard pour me concentrer sur l'ascension.
Les chants s'intensifient. L'air est chaud et dense. Il porte l'odeur de nos sueurs due à l'effort, les clous de girofle et ce drôle d'encens. La foule se presse autour de moi. Une main effleure le bas de mon dos. Elle s'attarde sur le haut de mes fesses une demi-seconde avant de disparaître. Mon cœur bat la chamade.
Nous atteignons une grande clairière éclairée aux flambeaux. C'est ici que les prières principales sont récitées. La foule s'éclaircit. J'en profite pour m'appuyer contre la paroi rocheuse. Elle est bien fraîche, ça me fait du bien. Il me faut un certain temps pour calmer ma respiration. 
J'aperçois de nouveau Bapak Adi. Il est agenouillé sur une natte tressée. Sa femme est juste à côté, mais on aurait pourtant dit que des kilomètres les séparent. Leurs têtes sont inclinées. Leurs lèvres bougent à l'unisson. Pourtant l'énergie qu'ils dégagent est différente. Elle semble passionnée et exigeante. Lui semble réciter machinalement les mots. Comme s'il sentait mon regard, Adi lève les yeux. Il croise les miens à travers la lumière vacillante des flambeaux. Nous restons longtemps à nous fixer. Il n'y a aucune faim prédatrice chez lui, juste un conflit et une question. Peut-être un avertissement pour moi.
J'ai envie de lui. Non pas pour l'homme, mais pour l'expérience qu'il représente. Cette chose profonde, chaotique et authentique. Un pas délibéré que je veux faire vers l'inconnu. Si je n'étais pas bien décidée à vivre le moment, j'aurais sorti mon téléphone pour immortaliser le moment. Mais ce n'est pas quelque chose à montrer à d'autres. C'est une expérience à garder pour soi.
Je m'éloigne du lieu de prière, suivant un sentier plus étroit et plus sombre. Il m'a été indiqué par un homme vendant de l'eau en bouteille. Dans un anglais approximatif, il a pointé le sentier pour ce qu'il appelle “la vraie bénédiction”. Le sentier mène à l'entrée d'une grotte plus petite et plus tranquille que l'esplanade. L'atmosphère est plus intime, plus secrète. Ici, des couples et des petits groupes se tiennent côte à côte. Ils parlent à voix basse. Il y a moins de ferveur religieuse et plus de négociations silencieuses. Un frisson me parcourt. Je me suis embarquée dans une aventure qui me dépasse. Je le sais et c'est le but recherché.
Je me retourne pour mieux observer le lieu et ses acteurs. 
Il est de nouveau là. Bapak Adi se tient à l'entrée du sentier. Sa silhouette se détache sur la lumière plus vive de la clairière principale. Sa femme est introuvable. Certainement perdue dans la foule ou absorbée par ses prières. Il est seul. Il me regarde avec son doux visage où je peux lire une angoisse presque palpable. Il fait un pas vers moi. Il s'arrête.
Je ne détourne pas le regard. Je ne souris pas. Je l'attends, tout simplement. Mon pouls bat la chamade, contrastant avec le murmure lent des prières. L'interdit des vœux du mariage et pourtant la promesse d'une bénédiction plane dans l'air enfumé.
Il jette un coup d'œil derrière lui, comme s'il regardait sa vie bien rangée, son mariage et son magasin. Il me regarde, moi, le choix qu'il peut faire à cet instant. Il prend une lente et profonde inspiration, comme pour se donner du courage. Il s'enfonce dans la grotte. Il ne tend pas la main vers moi. Il reste là, immobile, attendant ma décision. La sienne est déjà prise silencieusement.
Au-dessus de nous, les étoiles de la nuit javanaise sont voilées par la fumée du désir. La faible lueur des bâtonnets d'encens et de quelques torches dessine des ombres mouvantes sur les parois. 
Adi se détache nettement devant mes yeux. Sa main surgit. Il ne me caresse pas. Il me saisit le bras. Sa poigne est forte. Sa peau est calleuse à force de manipuler des marchandises dans sa boutique. Il me tire, brutalement, plus profondément dans ce gouffre sombre. 
Mon pied glisse sur la pierre humide. Je trébuche. Il me retient. Je sens la chaleur de son corps à travers le fin coton de sa chemise. 
“Tu trembles”, me murmure-t-il à l'oreille.
Son haleine sent les clous de girofle et le thé sucré. Sa main sur mon bras se fait douce. Son autre main vient caresser ma mâchoire. Son pouce effleure ma pommette avec une tendresse surprenante. J'aurais pensé qu'il me sauterait dessus comme un animal en rut.
“La tradition n'est pas une question de brutalité. Pas au début. C'est une question… d'attention”, tente-t-il de m'expliquer.
Son pouce est maintenant sur mes lèvres. Un frisson me parcourt, sans lien avec un courant d'air froid. Il me regarde avec une intensité que je pense sa femme n'a jamais connue. Il scrute mes réactions. Lentement, il me guide en arrière, jusqu'à ce que mes épaules touchent un mur de pierre couvert de mousse. L'odeur d'humidité et de végétation emplit mes narines. Il ne tâtonne pas. Ses mains vont directement défaire mon paréo. D'un geste, le tissu forme une flaque à mes pieds. Il défait mon pantalon. Lui aussi finit au sol. Je me tiens là, vêtue de ma simple culotte en coton et de mon débardeur. Je me sens plus nue que jamais.
“Lève les bras”, m'ordonne-t-il doucement.
Je lui obéis silencieusement. Il passe mon débardeur par-dessus ma tête, avant de rejoindre le reste de mes vêtements. Son regard est lourd et admiratif. Il parcourt les courbes de ma poitrine comprimée par mon soutien-gorge, plus pratique que beau.
“Si blanche”, murmure-t-il presque pour lui-même, “comme un fantôme.”
Ses doigts trouvent l'agrafe dans mon dos. Le bruit de l'ouverture de ma prison de contention résonne presque de façon obscène dans l'espace. Les bretelles de mon soutien-gorge glissent le long de mes bras. Mes seins se libèrent totalement. Mes tétons pointent instantanément dans l'air humide. Il ne les touche pas. Pas encore. Il se contente de regarder. Ses yeux sombres s'imprègnent du spectacle, alors que ma respiration s'accélère.
Une ombre se déplace à l'entrée de la grotte. Je serre mes bras contre ma poitrine. Deux hommes se tiennent juste sur le seuil. Leurs silhouettes se détachent. Leurs visages sont impénétrables dans l'obscurité. Ils observent. Leur immobilité est plus menaçante que n'importe quel mouvement.
Adi suit mon regard. Sa main revient sur ma joue, ramenant mon visage vers lui.
“Ils n'ont pas de complice”, me dit-il doucement, mais fermement. “Ils observent. C'est permis. Mais ils ne peuvent rien faire. Le choix ne leur appartient pas. Le choix est le tien.”
Cette logique est un réconfort pervers. J'ai fait le choix. J'ai choisi Adi. Je laisse retomber mes bras le long de mon corps. Je m'offre au regard de mon partenaire et au leur. Une fierté étrange et brûlante se mêle à ma honte. Ses yeux s'illuminent d'un plaisir profond et possessif.
“Bien”, m'encourage-t-il.
Ses mains me touchent enfin. Elles remontent depuis ma taille. Elles effleurent la courbe de mes côtes, jusqu'à ce que ses paumes se posent sur mes seins. Il les malaxe doucement. Ses pouces caressent mes tétons jusqu'à ce qu'ils deviennent extrêmement sensibles. Un gémissement aigu s'échappe de mes lèvres.
“Une caresse. Une chose simple, mais ça peut aussi être une prière”, me souffle-t-il tendrement à l'oreille.
Il baisse la tête. J'en profite pour respirer son odeur et apprécier son souffle sur ma peau. Sa bouche se referme sur un de mes tétons. Je pousse un cri. Mes mains se portent à ses cheveux. Il me lèche de sa langue. Il m'aspire. Il trace une ligne de plaisir pur et intense de ma peau jusqu'au plus profond de moi. Il vénère mon autre sein avec la même attention dévouée. Ses dents frôlent doucement ma peau. Mes hanches tressaillent. Ses mains glissent plus bas. Elles s'accrochent à l'élastique de ma culotte. D'un geste fluide, il la fait glisser le long de mes jambes.
Je suis désormais nue devant ce presque inconnu et un public invisible.
Il recule d'un demi-pas. Son sarong est toujours soigneusement noué à sa taille. Son regard me parcourt encore. Il s'arrête quelques instants sur la touffe blonde à la naissance de mes cuisses, et sur mes jambes laiteuses. Il me fait signe de me retourner.
Tremblante, je me retourne face à la paroi. J'offre mon dos, la courbe de mes fesses à toute personne dans la grotte. Je perçois un murmure qui me fait comprendre que les spectateurs sont plus nombreux que ce que je vois.
Les mains d'Adi se posent sur mes hanches. Elles sont chaudes et fermes. Il se presse contre moi. Je sens sa virilité dure et épaisse. Le sarong est toujours une barrière entre nous. Il se loge contre le creux de mes fesses. Ses doigts glissent sur mon ventre. Ils s'aventurent dans mes boucles pour trouver mon sexe. Il caresse mes lèvres intimes déjà humides de mon désir. Il semble surpris et ravi. Il m'écarte. Ses doigts trouvent mon clitoris, mon bouton gonflé. Il commence à le caresser avec une précision lente et torturante. 
J'halète. Mon front repose contre la pierre froide. Un plaisir intense et indéniable irradie à son contact. Il fait monter la tension en moi. Je veux qu'il arrête ses caresses pour introduire un doigt en moi et me donner encore plus de plaisir.
“Ils te regardent”, murmure-t-il en m'enlaçant. “Ils t'entendent. Ils ne peuvent qu'attendre.”
Ses doigts pénètrent enfin en moi, deux à la fois, m'étirant. Je gémis, un son rauque et désespéré qui résonne. Il fait des va-et-vient avec ses doigts. Son pouce continue de stimuler mon petit bouton. La sensation est accablante, mais tellement bonne. Mes hanches bougent d'elles-mêmes. Je me masturbe sur sa main. Il fait naître en moi des vagues de plaisir. La honte a totalement disparu, consumée par un besoin physique et viscéral.
“Fais-leur entendre ce qu'ils ne peuvent avoir”, m'incite-t-il.
Adi me fait réaliser que les ombres m'observent, que je peux me laisser aller, que je suis à lui et en sécurité. La caresse continue. Tout se heurte. Je ne suis que plaisir. Je perds la tête. Un cri muet m'échappe tandis que mon corps se contracte autour de sa main. Des vagues de plaisir intense me secouent jusqu'à me faire trembler. Il me soutient.
Je m'affaisse contre lui, épuisée.
Il dénoue son sarong. Son sexe est épais et rougeoyant. Il se guide vers mon entrée humide. Son gland écarte doucement mes lèvres. Il se frotte. Il savoure le moment. Je lui suis totalement offerte.
Les spectateurs se penchent en avant. Ils veulent voir. Ils bruissent d'anticipation.
Adi n'attend pas plus. Il me pénètre d'un seul coup, lent et inexorable. Il me remplit entièrement. Il m'étire. Il est tellement plus gros que ses doigts. Je gémis et m'abandonne totalement à lui et aux sensations qu'il me procure.
L'étirement initial fut une profonde douleur avant de me faire haleter contre la pierre froide. Chaque poussée se mue en une friction plus douce et plus profonde. Un glissement chaud qui éveille mes terminaisons nerveuses dont j'ignorais l'existence. Mon corps vibre encore du plaisir de mon premier orgasme. Mes muscles se contractent autour de lui dans un rythme différent, lancinant. Ce besoin de plaisir se ravive sous la simple force de son invasion.
Son souffle est chaud et saccadé. Ses mains agrippent mes hanches. Ses doigts laissent des marques tandis qu'il ramène son pieu d'une claque humide en moi.
“Jolie chatte française bien serrée”, grogne-t-il.
Ses mots crus prononcés dans un français accentué me font frissonner. C'est humiliant, mais tellement différent du vernis des expériences touristiques. C'est le marché. C'est le sexe. C'est le rituel. Son grognement n'est certainement pas une protestation.
“Sens leurs regards”, me siffle-t-il en me possédant. “Leurs yeux sur tes fesses. Sur mon sexe enfoui en toi. Ils imaginent ta chaleur.”
Et je le sens. Ce regard collectif comme une pression physique sur ma peau. C'est un contrepoids à la pression interne qu'il exerce en moi. Son plaisir devient une performance, un spectacle. Cette situation rend tout plus brûlant. Je vais à sa rencontre. Je réponds à ses pulsions. Nous nous accordons sans parole et frénétiquement.
Les bruits humides sont obscènes. C'est un chœur gluant et impudique qui résonne sur la pierre. Son rythme s'accélère. Il devient moins contrôlé. Disparu le professeur de plaisir, il est remplacé par un homme cherchant à jouir dans le corps d'une inconnue. Son sexe frotte contre mes parois internes, à la limite de la douleur. C'est une friction dévastatrice.
“Reçois ma prière dans ta chatte d'étrangère”, halète-t-il.
Cette promesse vulgaire me fait basculer. Un second orgasme me prend. Ce n'est pas une vague, mais une crise. Il est d'une violence aiguë. Je me contracte fermement sur son membre. Je le traie. Je crie à m'en arracher la gorge.
D'un dernier coup de rein brutal, il s'enfonce profondément. Son corps se raidit contre mon dos. Un flot brûlant et palpitant me submerge. Jet après jet, dans une intimité bouleversante, il me remplit. Il me laisse sans voix.
Nous restons ainsi enlacés, haletants dans l'obscurité. Le public est plongé dans la contemplation. Le silence est absolu, juste brisé par nos respirations. 
Lentement, il se retire. Un filet de sperme coule le long d'une de mes cuisses. Il me retourne pour me caresser doucement. Il plonge son regard dans mes yeux vitreux. Je n'arrive pas à reprendre pied dans la réalité. Il essuie tendrement une trace de terre sur ma joue du bout du pouce. L'intimité du geste, si tendre après la brutalité physique de l'acte, me trouble plus que tout. Je suis imprégnée de son odeur. 
Les ombres à l'entrée de la grotte se sont dissipées. Les observateurs se fondent à nouveau dans le chaos nocturne. Leur absence laisse un vide. Je prends soudainement conscience de l'humidité entre mes jambes. L'air est froid sur ma peau. C'est la réalité, pas un fantasme. Pas une aventure. C'est une transaction. Une prière.
Il me tend mes vêtements. Ses gestes sont méthodiques et silencieux. Je m'habille lentement. Chaque morceau de tissu me paraît appartenir à une étrangère. Je ne remets pas mon pantalon, juste le sarong.
“Merci”, murmurai-je sans vraiment savoir pourquoi.
Adi fait un geste de la main, sec et dédaigneux. Il ne veut pas de mes remerciements. Il noue son sarong et c'est comme s'il redevenait l'époux de sa femme. Pas l'homme qui a pris ma virginité.
“La tradition… ne s'arrête pas à une seule personne. Nous pouvons rester. Toute la nuit est consacrée à cela. S'unir, plusieurs fois, pour renforcer la prière”, m'explique-t-il en évaluant ma réaction. “ou bien aller avec quelqu'un d'autre. Ou plusieurs. C'est permis. C'est même pour certains, l'essentiel.” Il marque une pause pour me laisser assimiler les informations. “Tu es une curiosité ici. Ils feront la queue pour croiser le fantôme blanc.”
Le terme cru qu'il avait employé dans le plaisir est devenu une analyse de marché. J'ai la chair de poule. La répulsion cache pourtant une curiosité sombre. Je voudrais me libérer de cette dernière carapace…
“Je ne veux pas d'une queue”, dis-je d'une voix ferme sans penser au double sens. “Mais… je ne sais pas ce que je fais. Tu m'as montré…”
Adi hoche la tête. Il semble comprendre ce que je n'arrive pas à dire.
“Tu as des questions concernant ton propre corps. Pas seulement ce qu'un homme peut lui faire”, affirme-t-il, en s'asseyant sur une pierre plus lisse. “Alors apprends ! Ici, maintenant ! Là où tu es en sécurité.”
En sécurité. Le mot paraît absurde en ce lui et pourtant j'y crois. Il est protecteur. C'est un guide dans un monde souillé. Je m'agenouille sur mon sarong. La pierre est dure sous mes genoux. Il reste là, m'observant, tel un instructeur silencieux.
“La nuit est longue. Le choix t'appartient toujours”, m'annonce-t-il.
J'entends les murmures des autres couples dans l'obscurité. De nombreuses prières seront faites cette nuit. Les ombres dansent. Adi reste là, silencieux. Mon corps sera utilisé, exploré et terriblement vivant. Je serre mon paréo dans mes mains avant d'annoncer ma décision : “Guide-moi.”
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Inga
15 mars 2026 à 20:22
Très belle écriture. Merci pour ce texte.
Soyez respectueux
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